Procès-verbal du Cardinal Louis de Gorrevod ( 1473 circa – 1535 circa )
légat apostolique délégué par le pape Clément VII,
sur la visite faite et la réalité constatée du Saint Suaire de Chambéry
1534
Acte officiel dressé lors de lareconnaissance du Saint Suaire à Chambéry le 15 avril 1534,
Capré, F. (1672). Traité historique de la Chambre des comptes de Savoye: Justifié par titres, statuts, ordonnances, édits & autres preuves tirées des archives. Lyon: Guillaume Barbier.,
PP 391-406
Procès-verbal du Cardinal de Gorrevod, légat apostolique délégué par le pape Clément VII, sur la visite faite et la réalité constatée du Saint Suaire de Chambéry
Laurent de Gorrevod, [Laurentius de Gorreuodo] par la miséricorde divine prêtre cardinal de la sainte Église romaine, du titre de Saint-Césaire au Palais, communément appelé de Maurienne, légat a latere du très saint Seigneur notre Pape et du Siège apostolique dans le duché et dans tout le domaine du très illustre Seigneur notre Seigneur le duc de Savoie, tant deçà que delà les monts, ainsi que dans le comté de Genève, et les cités et diocèses de Genève et de Lausanne, et aussi commissaire, par autorité apostolique, spécialement et en totalité délégué dans cette partie. À tous et à chacun des fidèles du Christ des deux sexes, présents et à venir, qui verront, liront ou entendront lire les présentes lettres : salut dans le Seigneur, et foi indubitable à donner aux présentes..
Les lettres du très saint Père en Christ et notre Seigneur le seigneur Clément, par la divine providence pape septième, en forme de bref apostolique, scellées sous l’anneau du Pêcheur, selon la coutume de la Curie romaine, saines, intactes, non altérées, non cancellées, ni en aucune de leurs parties suspectes, mais entièrement exemptes de tout vice et de tout soupçon, telles qu’elles apparaissaient à première vue, adressées à nous par le susdit très saint Seigneur notre Pape sur les affaires ci-dessous écrites, nous les avons reçues avec la révérence qui convenait, sous le teneur qui suit.
Clément, pape septième : À toi, fils bien-aimé, salut et bénédiction apostolique.
Nous avons reçu, que naguère l’église, appelée la Sainte-Chapelle, du château de Chambéry, dans le diocèse de Grenoble, dans laquelle le linge appelé Suaire de notre Sauveur Jésus-Christ, ainsi que l’on le croit pieusement, était déposé, ayant été embrasée par un incendie, le linge susdit, par une certaine prompte intervention, avec la grâce concourant de cet incendie même, fut soustrait.
Désirant donc faire savoir à tous les fidèles du Christ, qui peut-être pensent que ledit linge a été entièrement consumé dans ledit incendie, sa conservation, si elle est véritable, afin que la dévotion de ces fidèles du Christ ne s’affaiblisse pas, nous confions par les présentes à ta vigilance que tu t’informes soigneusement des choses susdites, et si tu découvres que ledit linge a été préservé de l’incendie susdit, qu’il soit déposé en un lieu convenable et honorable à cet effet, et qu’il soit tenu et gardé avec la vénération qui lui est due. Et si par hasard ledit linge a souffert quelque lésion de ce même incendie, tu fasses en sorte qu’il soit réparé par quelques religieuses 1, à ton jugement. Sur toutes ces choses, nous concédons par les présentes à ta vigilance la pleine faculté, nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques et toutes autres choses contraires quelles qu’elles soient. de leur jugement, fassent à ce sujet ce qui convient à la sainteté, et nous leur concédons par les présentes la faculté de le faire, nonobstant les constitutions, ordonnances apostoliques et toutes autres contraires quelles qu’elles soient.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, sous l’anneau du Pêcheur,
le huitième jour d’avril mil cinq cent trente quatre, 2
la dixième année de notre pontificat.
Signé Blosius.
Signé Blosius [ Louis de Blois-Châtillon ] 3.
Et voici l’adresse ou suscription dudit bref, à savoir :
« À notre fils bien-aimé, Louis, cardinal-prêtre du titre de Saint-Césaire, notre légat de latere et du Siège apostolique.” 4, »
Après avoir reçu les lettres apostoliques en forme de bref, ainsi qu’il a été dit plus haut, et désirant accomplir le mandat qui nous était confié, nous nous sommes rendus en personne au château ou forteresse de la ville de Chambéry, dans le diocèse de Grenoble, puis à la tour communément appelée du Trésor. Là, à la date inscrite ci-dessous et en présence de témoins dignes de foi, nous avons pris en nos mains, avec révérence et honneur, le linge de la Sainte-Suaire mentionné dans ces lettres, retrouvé dans ladite tour lors de l’incendie qui y est rappelé. Nous l’avons ensuite porté, pour les vérifications requises en vertu de ce mandat apostolique, à la chapelle de la forteresse de Chambéry, où nous l’avons étendu de tout son long sur une table.
Et parce que, d’après les relations et attestations des révérends Pères dans le Christ, messieurs Claude de Staviaco [Claudij de Stauiaco], évêque de Belley, Pierre Farsein, [Petri Farfein] évêque de Bourg-en-Bresse, et Pierre Meynard [Petri Meynardi], évêque d’Ypres, ainsi que de l’illustre Jean [Ioannis], comte de Gruyère, des honorables Pierre Lambert [Peri Lamberti], président de la Chambre des Comptes de Savoie, seigneur de la Croix, Hugues de Balma [Hugonis de Balma], seigneur de Thoirette, Jean Odinet [Ioannis Odineti] et Jacques Seyturei, [Iacobi Seytureij] seigneur de Marsonnas, maîtres de l’hospice ducal, Philibert de Nanchugia [Philiberti de Nancugia], seigneur de la Grange, Jean-François de Ponte [Ioannis Francisci], seigneur de Villaret, François de Luyrieu [Francisci de Luyrieu], écuyer ducal, et Philibert Lambert [Philiberti Lamberti], gardien de ladite tour du Trésor — à notre interrogation sur l’identité du linge de la Sainte-Suaire susdit, par eux et chacun d’eux même sous serment prêté devant nous, après avoir vu de leurs propres yeux ledit linge de la Sainte-Suaire, et par eux et chacun d’eux examiné, vu et touché respectivement, et aussi d’après notre propre inspection et connaissance — il nous a été pleinement et véritablement établi et constaté que ce linge était bien le même Suaire qu’avant ledit incendie. Incendie qui, hélas !, a causé la ruine de ladite Sainte-Chapelle et l’embrasement ou destruction par le feu de ses pierres et de ses bâtiments, comme le prouvent et démontrent les faits eux-mêmes, et comme nous le savons aussi par ailleurs : car dans ladite Sainte-Chapelle il avait été déposé, et c’est là qu’il était vénéré et montré au peuple, aux temps ordinaires, tant publiquement que dans ladite Sainte-Chapelle.
Et ce même linge, nous aussi l’avions vu, tenu, touché et montré au peuple, à plusieurs reprises, avant ledit incendie, bien qu’il paraisse, en deux plis, à droite et à gauche, présenter en douze endroits une certaine noirceur provenant dudit incendie, et que dans quelques-uns de ces endroits, à cause dudit incendie, se remarque une certaine altération et dans cette noirceur,une fêlure, en dehors toutefois de l’effigie et de l’empreinte de la sueur du Corps du Christ, mais autour du coude droit, sans cependant atteinte de l’empreinte du sang qui y apparaît, c’est pourquoi, à cause de ce qui vient d’être écrit, dans quelques-uns desdits endroits de cette noirceur et fêlure de ce genre, devant être réparé, lorsque cela nous semblera bon, nous avons replacé ledit linge dans ladite tour ou grotte, et nous l’y avons remis, avec l’esprit et l’intention de prendre de plus amples informations sur ladite identité, afin qu’à tous les fidèles du Christ il apparaisse plus clairement et plus fermement établi et notoire que ledit linge de la Sainte-Suaire n’a pas été consumé par ledit incendie, et afin de le remettre en vue de sa réparation à quelques religieuses, en suivant la teneur des susdites lettres apostoliques insérées ci-dessus.
Et afin que personne ne puisse, au sujet de ce qui précède, douter ou hésiter, nous avons jugé bon de concéder les présentes lettres testimoniales, scellées de notre sceau, signées de la main de notre secrétaire, soussignées de son seing, et, de notre mandat, d’en délivrer autant d’exemplaires qu’il sera nécessaire, de même teneur.
Donné au château de Chambéry et dans la chapelle sainte susdite,
l’an de la Nativité du Seigneur mil cinq cent trente-quatre,
indiction septième, le quinzième jour du mois d’avril,
la onzième année du pontificat du très saint seigneur notre Seigneur le pape Clément VII.
Étant présents alors : le révérend Guillaume d’Oyonnax [Guillelmo de Oyennaco], doyen de Cerdon ; Claude des Gruez [Claudio dez Gruetz] ; Pierre Bolliet [Petro Bollieti], protonotaire du Siège apostolique ; les nobles Jean Bertin [Ioanne Bertini] et Antoine de Mollard [Antonio de Molario], témoins appelés aux présentes
Ensuite, le jour ci-dessous annoté et décrit, poursuivant le mandat qui nous avait été fait par le susdit très saint Seigneur notre Pape, nous nous sommes de nouveau, le matin vers la septième heure, transportés en personne au château de Chambéry et à ladite tour ou grotte, et ledit linge, que la veille nous avions déposé et replacé en ce lieu pour le but sus et sous écrit, nous l’avons de nouveau pris en nos mains, et nous l’avons porté, plié aussi décemment et honorablement que nous avons pu, de nos propres mains, au couvent des religieuses de l’ordre de Sainte Claire de l’Observance, situé dans la ville de Chambéry, et, dans ledit couvent et oratoire desdites sœurs où nous étions, nous avons déposé honorablement ledit linge de la Sainte-Suaire sur une certaine table ou planche, et ensuite, en présence des illustres François de Luxembourg [Francisci de Lucemburgo], vicomte de Martigues, Jean [Ioannis], comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, Guillaume de Poitiers [Guillelmi de Pictauia], baron de Miolans, seigneur de Sérignan, Bastien [Bastiani], comte d’Entremont, Charles de La Chambre [Caroli de Camera], baron de Meximieux, des honorables Alexandre [Alexandri], seigneur d’Avallon, Claude de Baleyson [Claudij de Baleysone], seigneur du lieu et d’Avanchers, Bernard de Menthon [Bernardi de Mentone], gouverneur de Genève, Claude de Mareste [Claudij de Maresta] seigneur de Loissey, bailli de Bugey, Syboud de Balme [Sybueti de Balma], seigneur de Ramasse, Philibert de Balme [Philiberti de Bauma], seigneur de Pérouges, Antoine de Villette [Antonij de Villeta], seigneur de La Couz ; des révérends Pierre Mornios [Petri Morniosi], abbé de Saint-Sulpice, Charles de Rossi [Caroli de Rossis] prieur ou commendataire de Saint-Georges près de Chambéry, Guillaume de Vège [Guillelmi de Vegio], chanoine et official de Genève, Barthélemy de Montferrat [Bartholomæi de Monteferrato], prévôt des Échelles, Pierre de Bellagarde [Petri de Bellagarda], doyen de l’église Saint-Pierre de Sallanches, Eynard de Villette [Eynardi de Villeta], prieur de Bourg-en-Bresse, Guillaume d’Oyonnax [Guillelmi de Oyennaco], doyen de Cerdon, Jacques de Passiat [Iacobi de Passiaco], docteur en droit, vicaire général de Maurienne, archidiacre de Tarentaise, et Claude des Gruez [Claudij dez Gruetz], de Genève, ainsi que Joffrey Boysson [Ioffredy Boyssonis], de Maurienne, respectivement chanoines et protonotaires du Siège apostolique, et du noble Claude Volon [Claudij Volonis], secrétaire du révérend père évêque de Grenoble — nous l’avons étendu de tout son long.
Et ainsi étendu, et par tous ceux ci-dessus, nommés et décrits sous ce jour présent, soigneusement inspecté, et par eux, successivement et respectivement, rapporté à nous sous serment, chacun pour sa part : que c’était bien ce même linge de la Sainte-Suaire, qui, avant l’incendie susdit, avait été déposé dans ladite Sainte-Chapelle du château de Chambéry, et qui était vénéré par les fidèles du Christ et montré au peuple, comme il a été dit ci-dessus, selon l’usage ; et qu’ils le reconnaissaient et savaient bien que c’était lui, l’ayant vu plusieurs fois, en diverses années et occasions, avant ledit incendie, lorsqu’il était montré au peuple, tant dans ladite chapelle qu’en public, aux temps ordinaires ils l’avaient vu, bien que, dans les endroits mentionnés ci-dessus, apparaissent à cause dudit incendie, une noirceur et une certaine altération selon le mode spécifié.
Nous, enfin, suivant la teneur des susdites lettres apostoliques, avons remis et confié à réparer, dans les endroits nécessaires, à vénérables Ludovica de Gingins [Ludouicæ de Gingin], abbesse, Bertrade Passin [Bertradæ Passinæ], vicaire, Peronette Roset [Peronetæ Rosentæ], sacristine, Marie de Berto [Mariæ de Berto] et Collecte Rochet [Collectæ Rochetæ], parmi les religieuses dudit couvent choisies par nous pour cela, ledit linge ; et nous l’avons laissé entre leurs mains, et auxdites religieuses ci-dessus nommées, et à chacune d’elles, nous avons concédé et concédons licence et faculté de le réparer, par l’autorité apostolique susdite, en vertu des susdites lettres. Sur quoi nous avons jugé bon de concéder les présentes lettres testimoniales en cette forme, que nous voulons et ordonnons être munies de l’apposition de notre sceau et de la souscription de notre secrétaire ci-dessous écrit.
Données dans la ville de Chambéry, dans le couvent et oratoire susdits, l’an, l’indiction et le pontificat susdits, le seizième jour du mois d’avril, en présence des révérends Hector de Grolée, protonotaire du Siège apostolique, Humbert Vespres, chanoine de Tarentaise, trésorier de ladite chapelle, Pierre Balandrin, chantre de Maurienne, l’honorable Jean Odinet, maître de l’hospice ducal, et le noble Philibert Lambert, gardien, témoins appelés aux présentes.
Signé Decroso 5
.
— Notes —- il s’agit des Soeurs Clarisses [↩]
- date erronée lors de la retranscription par Capré ou par Decrosio qui signe en bas , lire 1534 à la place de 1504[↩]
- Louis de Blois-Châtillon, dit Louis de Blois (en latin Blosius), né en octobre 1506 à Donstiennes (Belgique) et décédé en janvier 1566 dans son abbaye de Liessies (France), est un moine bénédictin de l’abbaye de Liessies, dont il fut l’abbé de 1530 à sa mort. Réformateur de son abbaye et ami personnel de Charles-Quint, il laissa de nombreux écrits spirituels. [↩]
- Louis de Gorrevod fut créé cardinal par le pape Clément VII en 1530, avec le titre de cardinal de San Cesareo in Palatio. [↩]
- ?? Decroso, Jérôme, notaire actif en 1680-1722 ?? il copie les actes lus aux archives ? [↩]