Giambernardo Vigo (1719–1805)

Giambernardo Vigo, également désigné dans les sources sous les formes Giovanni Bernardo Vigo ou, en latin, Ioannes Bernardus Vigus, naît à Corio en 1719 et meurt à Turin en 1805. Homme de lettres et universitaire piémontais, il enseigne notamment l’éloquence latine à l’Université de Turin et appartient au milieu savant turinois de la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. 1

Son intérêt pour le Saint Suaire

Son intérêt pour le Saint Suaire est antérieur à son principal ouvrage.

Le 17 mars 1761, Vigo prononce dans la cathédrale de Turin une oraison consacrée au Suaire, texte qui sera ensuite associé à son œuvre sindonique. 2

Illustration de l’ouvrage de 1768.

De Sindone Taurinensi (1768–1769)

En 1768, Giovanni Bernardo Vigo publie à Turin, à la Typographia Regia, son principal ouvrage consacré au Saint Suaire : Ad Carolum Emmanuelem Sardiniae, Hierusalem, et Cypri regem, De Sindone Taurinensi libri duo. Comme son titre l’indique, l’œuvre est dédiée au roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne. Il ne s’agit pas d’un petit traité descriptif, mais d’une vaste composition consacrée au Saint Suaire, à son histoire et à sa signification religieuse, organisée en deux livres et associant principalement poésie latine et développements complémentaires. Vigo prolonge cette entreprise dès 1769 par un Appendix ad Carmen de Sindone Taurinensi, également imprimé à Turin par la Typographia Regia. 3

Un exemplaire particulièrement intéressant de cette édition originale de 1768–1769 est actuellement décrit par la Libreria Antiquaria Bourlot de Turin. Il réunit les deux publications en un volume in-4° : la première partie comprend 137 pages numérotées et une page non numérotée, tandis que l’Appendix compte LX pages et possède son propre frontispice. La notice Bourlot signale également que le texte de la première partie est en latin et en italien, tandis que celui de l’Appendix est en latin. L’exemplaire est conservé dans une reliure rustique contemporaine en carton, avec papier décoré au dos, et comporte plusieurs annotations historiques manuscrites anciennes, notamment sur la garde antérieure, au bas du frontispice, à la p. 17 et sur le contreplat postérieur.

Le volume présente surtout un remarquable programme iconographique sindonique. Le frontispice de 1768 est orné de l’emblème de Charles-Emmanuel III gravé sur bois. À la p. 15, une fine gravure sur cuivre représente la Déposition du corps du Christ ; à la p. 109 apparaît une représentation du Saint Suaire ; à la p. 118, une vignette montre une médaille accompagnée d’un ange tenant le Suaire. Enfin, le frontispice de l’Appendix de 1769 représente saint Charles Borromée vénérant le Suaire exposé sur un autel. La description de Bourlot est d’autant plus précieuse qu’elle permet ainsi de restituer non seulement la structure matérielle de l’édition originale, mais également l’ensemble de son dispositif iconographique. 4

L’ampleur littéraire de cette entreprise est elle-même remarquable. Selon le décompte effectué par Luigi Fossati, le premier livre comprend 1 117 hexamètres et le second 1 462. Vigo complète encore l’œuvre en 1769 par une Appendix ad Carmen de Sindone Taurinensi de 1 558 hexamètres : l’ensemble atteint ainsi 4 137 hexamètres, auxquels s’ajoutent plusieurs compositions complémentaires. Cette ampleur permet de replacer Vigo parmi les auteurs ayant consacré au Suaire une véritable œuvre littéraire de grande dimension au XVIIIᵉ siècle. 5

L’intérêt documentaire de l’édition de 1768 – 1769

L’intérêt documentaire de l’édition de 1768 ne réside pas seulement dans son texte. L’ouvrage comporte également plusieurs illustrations relatives au Saint Suaire, notamment une scène de la Déposition, une représentation du linge et une vignette dans laquelle un ange présente le Suaire. L’Appendix de 1769 comporte quant à elle une représentation de saint Charles Borromée vénérant le Saint Suaire. 6

descriptions et les dimensions du Saint Suaire avant l’introduction du système métrique.

L’œuvre de Vigo présente ainsi un intérêt particulier sur les descriptions et les dimensions du Saint Suaire avant l’introduction du système métrique. Elle précède de sept ans la dissertation de Francesco Antonio Avondo, publiée à l’occasion de l’ostension de 1775, dans laquelle celui-ci attribue encore au linge environ « dix pieds » de longueur sur « trois pieds » de largeur. Il importe donc de rechercher systématiquement chez Vigo les éventuelles indications relatives aux dimensions du linge, à son aspect, à ses marques, à ses brûlures et aux caractères visibles de l’image, afin de déterminer précisément ce qu’un auteur turinois pouvait écrire sur son état dans les années 1760. 7

réédition de son œuvre à Turin en 1898

Enfin, l’importance accordée à Vigo dans la littérature sindonique est illustrée par la réédition de son œuvre en 1898, précisément l’année de la grande ostension de Turin et des photographies de Secondo Pia. Le texte paraît alors sous le titre Ioannis Bernardi Vigi De Sindone Taurinensi Carmen, dans une édition préparée par Vincenzo Lanfranchi et imprimée à Turin par l’Officina Salesiana. 8

La redécouverte de Vigo en 1898 est particulièrement intéressante : elle met directement en relation la culture sindonique turinoise du XVIIIᵉ siècle et la génération qui assiste, cent trente ans plus tard, à l’apparition de la photographie du Suaire. Son œuvre constitue donc une source à examiner de près pour reconstruire ce que l’on savait — et surtout ce que l’on disait voir — du Saint Suaire avant Avondo (1775), Parolis (1820), Piano (1833) et la photographie de 1898.

Références APA

Vigo, G. B. (1768). Ad Carolum Emmanuelem Sardiniae, Hierusalem, et Cypri regem, De Sindone Taurinensi libri duo. Augustae Taurinorum : Ex Typographia Regia.

Vigo, G. B. (1769). Appendix ad Carmen de Sindone Taurinensi. Augustae Taurinorum : Ex Typographia Regia. Notice de l’exemplaire conservé à l’Archivio di Stato di Torino

Avondo, F. A. (1775). Per la Santissima Sindone esposta al pubblico culto addì XV ottobre MDCCLXXV… Dissertazione. Torino : Onorato Derossi.

Vigo, G. B. (1898). Ioannis Bernardi Vigi De Sindone Taurinensi Carmen (V. Lanfranchi, éd.). Augustae Taurinorum : Ex Officina Salesiana.

Fossati, L. (1992). Avvenimenti che si riferiscono alla Sindone sotto il regno di Carlo Emanuele III (1730–1773). Collegamento pro Sindone, mars-avril, 14–39.

Fossati, L. (1993). Le misure della Sindone. Collegamento pro Sindone, novembre-décembre, 10–29.

Bourlot, Libreria Antiquaria. (s. d.). Vigo, Giovanni Bernardo. Ad Carolum Emmanuelem Sardiniae, Hierusalem, et Cypri regem, de Sindone taurinensi libri duo. Torino, ex Typographia Regia, 1768, legato con De syndone taurinensi appendix. Torino, ex Typographia Regia, 1769 [Notice de librairie antiquaire]. Consulté en septembre 2026. Notice Bourlot de l’exemplaire Vigo 1768–1769

— Notes —
  1. Les documents de l’Université de Turin permettent notamment de retrouver Vigo parmi les professeurs et le donnent comme professeur d’éloquence latine. Voir Archivio Storico dell’Università di Torino, documentation relative au corps professoral de l’Université de Turin, notamment l’année universitaire 1782-1783 ; voir également les notices biographiques consacrées à Giovanni Bernardo Vigo.[↩]
  2. Fossati revient sur cette première intervention de Vigo et situe l’oraison au 17 mars 1761, dans la cathédrale de Turin. Voir Fossati, L. (1992). Avvenimenti che si riferiscono alla Sindone sotto il regno di Carlo Emanuele III (1730–1773). Collegamento pro Sindone, mars-avril, 14–39.[↩]
  3. Vigo, G. B. (1768). Ad Carolum Emmanuelem Sardiniae, Hierusalem, et Cypri regem, De Sindone Taurinensi libri duo. Augustae Taurinorum : Ex Typographia Regia ; Vigo, G. B. (1769). Appendix ad Carmen de Sindone Taurinensi. Augustae Taurinorum : Ex Typographia Regia.[↩]
  4. Libreria Antiquaria Bourlot, s. d., notice « Vigo, Giovanni Bernardo. Ad Carolum Emmanuelem Sardiniae, Hierusalem, et Cypri regem, de Sindone taurinensi libri duo… », consultée en septembre 2026.[↩]
  5. Fossati donne précisément ce décompte lorsqu’il examine la littérature sindonique du règne de Charles-Emmanuel III. Voir Fossati, L. (1992). Avvenimenti che si riferiscono alla Sindone sotto il regno di Carlo Emanuele III (1730–1773). Collegamento pro Sindone, mars-avril, 14–39 ; Vigo, G. B. (1769). Appendix ad Carmen de Sindone Taurinensi. Augustae Taurinorum : Ex Typographia Regia.[↩]
  6. Ces éléments peuvent être vérifiés directement dans les exemplaires conservés des éditions originales. Voir Vigo, 1768 ; Vigo, 1769. L’Archivio di Stato di Torino conserve notamment l’Appendix de 1769 sous la cote bibliographique I.IV.19.[↩]
  7. Pour la comparaison avec les mesures données quelques années plus tard, voir Avondo, F. A. (1775). Per la Santissima Sindone esposta al pubblico culto addì XV ottobre MDCCLXXV… Dissertazione. Torino : Onorato Derossi, p. 18 ; Fossati, L. (1993). Le misure della Sindone. Collegamento pro Sindone, novembre-décembre, 10–29. Cette comparaison constitue une piste de recherche : elle ne signifie pas, à ce stade, que Vigo ait lui-même fourni une mesure du Suaire.[↩]
  8. Vigo, G. B. (1898). Ioannis Bernardi Vigi De Sindone Taurinensi Carmen (V. Lanfranchi, éd.). Augustae Taurinorum : Ex Officina Salesiana. Les annonces contemporaines donnent l’ouvrage dans la collection Latini Christiani Scriptores, n° 13, au format in-16, XXIV + 136 p. Il s’agit d’une réédition de l’œuvre de Vigo, et non d’un nouvel ouvrage sindonique composé par Lanfranchi.[↩]

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