À propos du Saint Suaire de Turin (Revue religieuse de Cahors et de Roc-Amadour)

À propos du Saint Suaire de Turin
(Revue religieuse de Cahors et de Roc-Amadour)

Paul Vignon

1901

Vignon, P. (1901, 21 septembre). À propos du Saint Suaire de Turin. Revue religieuse de Cahors et de Roc-Amadour, 12ᵉ année(1), 13–14.

À propos du Saint Suaire de Turin
(Revue religieuse de Cahors et de Roc-Amadour)

Paul Vignon

1901

VARIÉTÉS

À PROPOS DU SAINT SUAIRE DE TURIN

On nous écrit :

Monsieur le Directeur,

Je lis avec un grand intérêt, dans le numéro du 7 septembre de la Revue Religieuse de Cahors et de Roc-Amadour, le compte-rendu qui y est donné, avec autant de délicatesse dans la critique que de bonheur dans l’expression, de la réunion tout intime qui a eu lieu récemment à Romans, chez M. le chanoine Ulysse Chevalier. Mis personnellement en cause dans ce compte-rendu, je fais appel à votre courtoisie en vous priant de bien vouloir insérer sans retard dans votre estimable Revue les quelques explications suivantes, qui me paraissent indispensables.

Il s’est effectivement déroulé, au cours de notre réunion, une discussion relative au St Suaire de Turin, discussion aussi courtoise que serrée, et que Sa Grandeur Monseigneur l’Évêque de Cahors a bien voulu accepter de présider. Il l’a fait avec une autorité bienveillante, devant laquelle chacun était heureux de s’incliner.

Au cours de cette discussion, étant donné la nouveauté, pour ces messieurs, d’une enquête expérimentale qui analyse dans ses moindres détails l’image de Turin, j’ai été obligé d’assumer un rôle de conférencier ; ce rôle, en bonne justice, n’aurait pas dû être le mien. Présentant à une première observation, forcément superficielle, des documents qui exigent un examen recueilli, j’étais loin de prétendre à faire franchir aux distingués convives de M. le chanoine U. Chevalier, en deux heures, les étapes d’une argumentation, soumise, depuis de longs mois, aux vérifications d’une foule de juges compétents.

J’ai en toute simplicité indiqué les conclusions, échelonnées auxquelles nous avons chance d’être conduits par la suite, si l’expérience, autorisant des éliminations successives, fait tomber par cela même les vues contraires à l’authenticité du St Suaire. Mais ce serait bien peu de compte des réserves expresses que j’ai introduites, pour ainsi dire à chaque pas, que de m’attribuer la responsabilité des propositions radicales que votre Revue reproduit entre guillemets.

Si jamais la science expérimentale reconnaissait, dans l’image de Turin, le portrait réel du Christ, imprimé d’une façon certainement aussi mystérieuse que savante, devrait-elle aborder une question plus difficile encore, en cherchant à se prononcer sur le caractère naturel ou surnaturel de l’empreinte ? J’ai fait remarquer que, avec soin, à quelle prudence serait tenu tout homme de laboratoire, qui, sans nul doute, conserverait par-devers lui son appréciation personnelle : cette appréciation resterait en effet sans valeur objective, aussi longtemps que la science n’aurait pas renoncé à rattacher aux lois normales de l’Univers un phénomène que, de prime abord, plusieurs seraient tentés de leur regarder comme supérieur.

Mais quittons le terrain mouvant des conjectures, qu’il n’est permis d’aborder que pour présenter, dans une introduction rapide et verbale, les faces multiples d’un problème. Poursuivons en silence une enquête difficile, évitons d’en divulguer prématurément les détails et gardons-nous d’interpréter légèrement en notre faveur l’intérêt, si légitime, qu’éveille, chez de hautes personnalités, la question du St Suaire de Turin.

Veuillez agréer, M. le Directeur, l’expression de ma haute considération.

[ Paul Vignon ]

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