A la Mémoire de Don Domenico Leone

À LA MÉMOIRE DE DON DOMENICO LEONE

APÔTRE DU SAINT SUAIRE EN ESPAGNE
(Turin 1890 – Barcelone 1989)
par Luigi Fossati

Fossati, L. ( 1898 )  » A ricordo di don Domenico Leone  » – Collegamento- Pro Sindone, Septembre, Octobre 1898

À LA MÉMOIRE DE DON DOMENICO LEONE

APÔTRE DU SAINT SUAIRE EN ESPAGNE
(Turin 1890 – Barcelone 1989)
par Luigi Fossati

Le 17 avril dernier (1989), le prêtre Domenico Leone a été appelé à la vision du Christ glorieux, qu’il avait tant de fois annoncé dans ses conférences sur la Sainte Sindone. Le 22 mai, il aurait accompli sa quatre-vingt-dix-neuvième année. Peu sont donc ceux qui l’ont connu dans la pleine activité de son apostolat, d’autant plus qu’il a toujours vécu en Espagne. Il est cependant juste de rappeler sa longue et intense existence, entièrement consacrée au Seigneur, et pour une large part à la diffusion de la connaissance de la Sainte Sindone.

Né à Turin, près du sanctuaire de la Consolata, dans la paroisse de Saint-Augustin, il eut son premier contact avec la Sindone à l’âge de huit ans, en 1898, lors de la solennelle ostension de cette année-là. Ce souvenir l’accompagna toute sa vie et devint de plus en plus vivant à mesure qu’il approfondissait, par l’étude et la méditation, le grand événement que fut la révélation du négatif photographique.

Ordonné prêtre le 20 septembre 1913, il offrit les prémices de son sacerdoce comme aumônier des Alpins pendant la Première Guerre mondiale. Il fut ensuite aumônier du travail auprès d’entreprises qui construisaient des installations et des centrales électriques dans les vallées alpines. Il évoquait avec nostalgie et plaisir ses visites sur les chantiers, chaussé de lourdes bottes et portant un sac à dos dans lequel se trouvait l’autel portatif nécessaire à la célébration de la Sainte Messe sur les lieux de travail.

En 1928, il se vit offrir la possibilité – et dut faire le choix – de devenir aumônier de bord ou aumônier des émigrés italiens en Espagne. En bon alpin, attaché à la concrétude, comme il le disait lui-même, il préféra la terre ferme et s’installa ainsi à Barcelone, où il demeura jusqu’à sa mort. Durant la guerre civile espagnole, il apporta une aide précieuse tant aux Espagnols souhaitant se rendre à l’étranger qu’aux soldats italiens engagés sur place. À la fin du conflit, il collabora intensément avec les autorités espagnoles et italiennes afin de rassembler en un seul lieu les dépouilles des soldats italiens tombés, transférées et déposées dans le grandiose sanctuaire de Saragosse. Chaque année, tant que ses forces le lui permirent, il y célébra le solennel office funèbre en présence de nombreuses personnes venues également d’Italie.

Après la constitution, au sein de la Confrérie du Saint Suaire, des Cultores Sanctae Sindonis, il en devint le délégué officiel pour l’Espagne. Dès lors, son activité en faveur de la diffusion de la connaissance de la Sainte Sindone s’intensifia toujours davantage par des articles et des conférences données partout. Sa première conférence attestée remonte à 1934, alors que le souvenir des ostensions de 1931 et 1933 était encore vivant — la première organisée à l’occasion du mariage du prince héritier Umberto de Savoie avec la princesse Maria José, la seconde demandée par Pie XI au roi Victor-Emmanuel III pour commémorer le centenaire de la Rédemption.

Au Musée de la Sindone de Turin, il existe une documentation partielle des nombreuses expositions et conférences qu’il donna dans diverses localités. Elles se comptent par centaines, car toutes ne furent pas enregistrées, surtout dans les dernières années de son activité. Innumerables sont les tracts qu’il préparait toujours avec goût et ingéniosité. Convaincu que les paroles ne suffisaient pas à faire connaître la Sindone, il conçut et réalisa la Biblioteca Sindoniana, une collection de volumes de format maniable, commencée en 1950. Il traduisit et compendia certaines des publications les plus connues — Barbet, Judica Cordiglia, Hynek — et en sollicita d’autres auprès d’auteurs espagnols. L’initiative vécut plus d’une décennie, avec une publication par an.

L’œuvre qui mérite d’être rappelée tout particulièrement est son étude intitulée El Santo Sudario en España, parue en 1952 et rééditée en 1959. Elle constitue encore aujourd’hui une documentation extrêmement précieuse sur les nombreuses copies de la Sindone conservées en Espagne, travail qui lui coûta d’immenses sacrifices : correspondance, voyages, fatigues, et même des déceptions dues à l’incompréhension de certaines personnes auxquelles il s’adressait pour obtenir des informations et les autorisations nécessaires — pas toujours accordées — afin de photographier ces copies.

La collection comprend onze volumes et aurait dû être plus abondante selon ses projets, si les nombreuses difficultés rencontrées, puis l’avancée en âge, ne l’avaient découragé et contraint à renoncer à poursuivre. Retiré dans une maison de repos pour le clergé à Barcelone, il regrettait de se sentir toujours plus seul, voyant disparaître les nombreuses relations nouées durant son activité, au premier rang desquelles celle du roi Umberto II, avec lequel il entretint de nombreux contacts après que ce dernier se fut établi à Cascais à la suite du référendum en Italie. C’est aussi grâce à ses suggestions, outre la bienveillance du souverain, que la Sindone fut laissée à l’Église.

Ayant atteint l’âge de quatre-vingt-dix ans, il prépara avec soin et minutie, selon ses habitudes, les souvenirs mortuaires à envoyer aux personnes de sa connaissance. Sur le faire-part nécrologique ne pouvait manquer le visage de Jésus révélé par la photographie. Les diverses inscriptions (qu’il n’est pas possible de rapporter ici), rédigées dans un beau latin, exprimaient son profond attachement à l’Église et sa dévotion filiale envers la Vierge Marie, tant de fois vénérée dans le sanctuaire turinois près duquel il était né.

Pour conclure, je ne puis m’empêcher d’évoquer l’impression profonde que j’éprouvais chaque fois que j’eus l’occasion de célébrer la Sainte Messe avec lui. Les photographies prises le 29 septembre 1963, à l’occasion du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale, célébré dans la plus stricte intimité dans la petite chapelle d’une maison de retraite pour personnes âgées à Santo Stefano al Mare (Imperia), où nous nous étions rencontrés, en témoignent. Je revis encore l’atmosphère d’intense ferveur qu’il sut communiquer aux présents, émus par ses paroles et édifiés par son attitude recueillie et profondément dévote.

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