Alessandro Piana

Alessandro Piana est un chercheur italien formé en sciences biologiques et spécialisé depuis plus de vingt ans dans l’étude du Saint Suaire. Ses recherches portent principalement sur l’histoire du tissu, les siècles séparant Constantinople de Lirey, les copies anciennes du Suaire et l’évaluation critique des hypothèses scientifiques relatives à la formation de son image.

Son travail se situe à la rencontre de plusieurs disciplines : histoire documentaire, biologie, étude matérielle des copies, analyse des publications scientifiques et diffusion des connaissances auprès du public.

Formation et parcours

Né en 1975 et résidant à Monza, Alessandro Piana est diplômé en sciences biologiques, avec une spécialisation biomoléculaire, de l’Université de Milan.

Il participe depuis de nombreuses années aux recherches et aux débats internationaux consacrés au Saint Suaire. Il a publié plusieurs ouvrages et articles, présenté ses travaux lors de congrès nationaux et internationaux et participé à différentes émissions de radio et de télévision.

En 2010, il a été membre du comité scientifique international de l’International Workshop on the Scientific Approach to the Acheiropoietos Images, organisé au centre de recherches ENEA de Frascati. Cette rencontre était consacrée à l’étude scientifique des images qualifiées d’« acheiropoïètes », c’est-à-dire considérées par la tradition comme n’ayant pas été réalisées de main humaine.

Depuis 2017, Alessandro Piana préside également le groupe de recherche sur le Saint Suaire « Mario Moroni », qui organise des conférences, des expositions et des rencontres consacrées aux recherches historiques et scientifiques sur le tissu.

Les « années perdues » du Saint Suaire

L’une des principales contributions d’Alessandro Piana concerne la période encore très discutée qui sépare la disparition du tissu de Constantinople, à la suite du sac de la ville en 1204, de son apparition documentée à Lirey au XIVᵉ siècle.

Cette période est parfois désignée comme celle des « années perdues » du Saint Suaire.

Dans son ouvrage Sindone: gli anni perduti, publié en 2007, Piana examine les documents et les traditions susceptibles de relier plusieurs étapes de cet itinéraire :

  • la présence d’un linge portant l’image du Christ à Constantinople ;
  • la disparition de reliques lors de la quatrième croisade en 1204 ;
  • le témoignage de Théodore Ange évoquant leur transfert ;
  • l’hypothèse d’un passage du tissu par Athènes ;
  • le rôle éventuellement joué par Othon de La Roche ;
  • les traditions liées à Ray-sur-Saône ;
  • la réapparition du Suaire dans la famille de Geoffroy de Charny à Lirey.

Piana rassemble ces éléments afin de proposer une possible continuité historique entre Constantinople et Lirey. Il convient cependant de distinguer les faits documentés des reconstitutions proposées : plusieurs étapes intermédiaires demeurent hypothétiques et continuent de faire l’objet de discussions entre historiens.

En 2024, Piana est revenu sur ce dossier dans une nouvelle contribution intitulée La Sindone dopo il 1204 e gli “anni perduti”. Un problema aperto tra vecchi dubbi e nuove prospettive. Le titre souligne justement que cette période reste un problème ouvert, confrontant documents, traditions, objections anciennes et nouvelles possibilités de recherche. 1

L’étude des copies historiques

Alessandro Piana travaille également sur les copies peintes et les reproductions anciennes du Saint Suaire. Ces objets constituent des témoins importants de l’histoire matérielle, iconographique et dévotionnelle du tissu.

Les copies permettent notamment d’étudier :

  • l’apparence attribuée au Suaire à différentes périodes ;
  • les détails que les artistes considéraient comme visibles ;
  • la diffusion géographique de la dévotion ;
  • les relations entre les institutions religieuses et les possesseurs des copies ;
  • les transformations de l’image au cours des siècles ;
  • les éventuelles traditions de contact avec l’original.

La copie d’Inzago : Une analyse Critique.

Parmi ses travaux les plus importants figure l’étude de la copie conservée dans l’église Santa Maria Assunta d’Inzago, en Lombardie. Cette copie aurait été remise en 1581 à saint Charles Borromée. Elle fut ensuite conservée grâce à plusieurs transmissions dont Alessandro Piana a cherché à reconstituer la succession à partir des documents disponibles.

Son étude associe :

  • la recherche sur la provenance ;
  • l’examen des documents attestant les changements de propriétaire ;
  • l’analyse historique et matérielle de l’objet ;
  • la place de cette copie dans le développement de la dévotion au Saint Suaire ;
  • la distinction entre l’image artificiellement réalisée et l’objet qu’elle prétend reproduire.

La copie d’Inzago présente également un intérêt particulier pour l’étude comparative des copies en tissu. Sa date ancienne permet d’observer certains caractères iconographiques connus avant les photographies modernes du Suaire. Elle peut ainsi être intégrée à une analyse comparative portant sur les dimensions, la position du corps, les traces de brûlures, les marques en « L », les écoulements sanguins, les pieds, les mains et différents détails anatomiques.

Le travail de Piana apporte ici une documentation essentielle : il ne se contente pas de signaler l’existence de la copie, mais cherche à en reconstituer la provenance et l’histoire de manière vérifiable. 2

Des ouvrages de synthèse en faveur de l’ Authenticité

Alessandro Piana a publié plusieurs ouvrages destinés à présenter l’ensemble du dossier sindonique.

Après Sindone: gli anni perduti, il publie La Sindone. Un mistero lungo duemila anni, qui propose une présentation générale de l’histoire du tissu, des recherches scientifiques et des principales interrogations relatives à son origine.

En 2021 paraît Perché la Sindone non è un falso? — « Pourquoi le Suaire n’est-il pas un faux ? ». L’ouvrage présente les arguments que l’auteur juge difficilement compatibles avec l’hypothèse d’une fabrication médiévale ordinaire. Piana y confronte les données historiques, les caractéristiques de l’image, les traces corporelles, les analyses scientifiques et les récits évangéliques. Le titre exprime clairement la position de l’auteur en faveur de l’authenticité.3

Alessandro Piana et les modèles tridimensionnels

Discussion du modèle tridimensionnel de Cícero Moraes

En 2025, Cícero Moraes publie dans Archaeometry une simulation comparant l’image produite par un tissu appliqué sur un corps tridimensionnel à celle obtenue sur un bas-relief. Il estime que le bas-relief produit une projection moins déformée et plus proche de l’image du Suaire. 4 En 2026, Alessandro Piana cosigne avec Tristan Casabianca et Emanuela Marinelli un commentaire critique publié dans la même revue. Les auteurs discutent notamment le caractère partiel de la simulation, l’absence de l’image dorsale et le passage d’une comparaison morphologique à l’affirmation d’une origine médiévale par bas-relief. 5 Cícero Moraes répond en précisant que son étude portait principalement sur les déformations produites par la projection d’un volume sur un tissu. 6

Bibliographie

— Notes —
  1. Piana, 2007, 2008, 2024[↩]
  2. Piana, 2020[↩]
  3. Piana, 2015, 2021[↩]
  4. Moraes, 2025[↩]
  5. Casabianca, Marinelli, & Piana, 2026[↩]
  6. Moraes, 2026[↩]

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