Historia admiranda de Jesu Christi stigmatibus, sacrae sindoni imprintis 1616

Paleotti Alphonso – Malleoni Daniel

Historia admiranda de Jesu Christi stigmatibus, sacrae sindoni imprintis

1616

Traduction

Paleotto, A. (1616). Historia admiranda de Iesu Christi stigmatibus, ab Alphonso Paleoto Archiepiscopo Bononiensi explicata ; figuris aeneis, quaestionibus, contemplationibus, meditationibus, adnotationibus R. P. F. Danielis Mallonii illustrata. Douai : Ex Typographia Baltazaris Belleri. https://books.google.fr/books?id=LC1Kqf6KY50C&printsec=frontcover&source=gbs_atb&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true

SOMMAIRE DE TOUT L’OUVRAGE

L’ensemble de cet ouvrage est contenu en vingt et un chapitres.
Dans ceux-ci sont exposés, avec un ordre admirable, toute la suite de la Passion de Jésus-Christ, ainsi que les saintes blessures, les coups et les plaies infligées aux différentes parties du corps, en tant qu’elles apparaissent sur la Sindone, à l’aide des oracles des Écritures, des prophéties les plus appropriées et des témoignages des saints Pères.

  1. Du saint Linceul dans lequel le corps de Jésus-Christ fut enveloppé, et qui reçut l’empreinte de ce corps et de ses plaies.
  2. De l’histoire de la sainte Sindone, où elle fut conservée après la résurrection du Christ, comment elle fut transportée auprès des très pieux ducs de Savoie, et de ses principaux miracles.
  3. De la grandeur et de la beauté de Jésus-Christ, et de ses principales plaies.
  4. De la Croix.
  5. De la Flagellation.
  6. Du supplice des épines et du titre (INRI).
  7. Des plaies infligées à la plante des pieds de Jésus-Christ.
  8. Des plaies des hanches et des tibias dans la partie postérieure.
  9. De l’horrible blessure et de ce qu’elle infligea au Christ crucifié.
  10. Des terribles plaies du dos du Christ, reçues tant par la flagellation que par le port de la Croix.
  11. Des cheveux de la tête de Jésus arrachés et baignés de sang.
  12. De la couronne d’épines et de ses mystères.
  13. De la figure de la couronne d’épines et des autres ornements royaux par lesquels le Christ fut tourné en dérision.
  14. Des coups très saints portés au visage, des contusions, des outrages et de l’arrachement de la barbe.
  15. Des plaies du saint thorax et des bras.
  16. Des blessures des saintes mains.
  17. Des plaies du ventre.
  18. Des plaies antérieures des hanches et des tibias.
  19. Des plaies des saints pieds.
  20. De la précieuse blessure du côté et de ses effets.
  21. De la Lance du Seigneur et de ses mystères.

« Vous tous qui passez, voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur »
(Lamentations).

Histoire admirable des stigmates de Jésus-Christ, expliquée par Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne.

Illustrée, par des questions, contemplations et pieuses méditations, par le R. P. Fr. Daniel Mallonius, comme l’enseignera plus amplement le texte.

Sont ajoutés le tome II des Fêtes du Verbe incarné et les signes des instruments de la Passion du Seigneur, de M. Vigerius, cardinal de la Sainte Église Romaine.

Avec plusieurs additions du R. P. Richardus Gibsonus, théologien de la Compagnie de Jésus.

« Tu ne pourras voir ma face » (Exode 33)
« Tu verras mes arrières » (Exode 33)

Douai,
de l’imprimerie de Balthasar Beller,
1616.

« Entre par les fenêtres des blessures ; là tu trouveras et recevras un remède curatif, restaurateur, conservateur et préservateur. Là, quels que soient les délicats élixirs que ton âme désirera, prends-les pour toi. Voici que sont ouverts les trésors de la sagesse divine et de la douceur éternelle. Entre dans l’ouverture des blessures, et gratuitement, avec la plus grande délectation, tu obtiendras les douceurs les plus suaves. »

S. BONAVENTURA

Dédicace à Paul V

(Pape de 1605 à 1621).

L’abréviation Pont. Opt. Max. signifie Pontifex Optimus Maximus — « Souverain Pontife très excellent et très grand », formule honorifique héritée de la titulature antique.

L’auteur de la dédicace est : Daniel Malloni religieux hiéronymite (Congrégation de Saint-Jérôme), qui a rédigé et édité la version latine de l’ouvrage d’Alfonso Paleotti.

Or, telle est la vie éternelle, Très Saint Père : que nous connaissions Dieu le Père, et celui qu’il a envoyé pour nous, Jésus-Christ son Fils, l’unique, et que l’Apôtre voulait que nous reconnaissions comme crucifié pour nous. C’est pourquoi le Christ notre Sauveur, afin que cela demeurât à jamais, l’a accompli par sa prédication et par ses actions éclatantes et admirables, en sorte que sa véritable divinité fût reconnue par nous, et pareillement sa véritable humanité ; mais surtout il s’est appliqué à nous recommander plus profondément la connaissance de sa Passion. C’est pourquoi, plus difficilement encore, il ne s’est pas entièrement séparé de nous : demeurant pour nous, bien qu’invisible, dans le très saint sacrement de l’Eucharistie, où la mémoire de sa Passion est rappelée, il a voulu perpétuellement demeurer.

ÉPÎTRE

Et ne se contentant pas d’un si grand monument de son amour envers nous, il voulut aussi nous laisser un autre gage de sa piété envers nous : l’image inanimée de son corps, qu’il imprima, une fois mort, sur la très sainte Sindone, dans laquelle, comme dans un miroir très lumineux, se contemple l’amertume même de sa Passion.

C’est là ce suaire qui fut placé sur la tête de Jésus, que le Christ signa non avec de l’encre, mais avec son propre sang. C’est là le signe de l’alliance entre lui et l’Église qu’il s’est fiancée par son sang. C’est ce suaire que, après la résurrection du Christ Sauveur, Jean vit avec un mystère très grand, non pas déposé avec les autres linges, mais roulé à part en un seul lieu ; au sujet duquel Joachim abbé avait souvent prédit auparavant qu’il ne serait expliqué que dans le jour que le Seigneur lui-même aurait fixé.

Qu’y a-t-il d’étonnant, s’il demeura si longtemps enveloppé et inexpliqué ? Mais puisque le Christ Seigneur est venu jeter le feu sur la terre, que veut-il sinon qu’il brûle ? Car personne n’allume une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu’elle éclaire tous. C’est pourquoi il excita le cœur d’Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne, également très savant et très pieux, afin qu’il entreprît, pour l’édification spirituelle du troupeau qui lui avait été confié par disposition divine, l’explication de la sainte Sindone, qu’il a même heureusement menée à terme.

Et l’espérance du très pieux pasteur, ainsi que la piété de l’œuvre et l’ardent zèle des fidèles pour le Christ, l’ont emporté. Car ce livre d’or parcourt déjà au loin et largement toute l’Italie, et il produit dans les cœurs des fidèles autant de fruits que ceux qui liront pieusement ce livre en feront l’expérience chaque jour en eux-mêmes. Mais puisque le mystère de la Croix… »

et l’abondance de la Passion de Jésus-Christ ne pouvait être contenue dans un si bref volume ; c’est pourquoi, excité par une sorte de divine impulsion, celui qui aurait plus pleinement éclairé ces choses promet la vie éternelle, puisqu’il n’a pas craint de dire avec l’Apôtre : je n’ai rien jugé savoir parmi vous sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié pour nous.

C’est pourquoi, dans l’explication de cette très sainte Sindone, il fut décidé d’insérer des éclaircissements par lesquels les mystères très sacrés de la Passion du Christ, la gloire de la Croix, les plaies du Christ, la grandeur du Fils, la blessure de la couronne d’épines, les amertumes des flagellations, et bien d’autres choses encore que la contemplation attentive de la sainte Sindone présente comme autant de dons de Dieu lui-même, seraient expliqués.

Et certes, sous un heureux présage, on louait déjà l’ouvrage, lorsque Paul V, élevé au sommet du Souverain Pontificat, fut vu monter sur la chaire de l’Église. Temps sacré, jours heureux, où un si grand Pontife fut donné au monde ! Sous l’Ascension du Seigneur Jésus-Christ célébrée, aux jours où les cardinaux demandaient l’élection du Pontife suprême, Paul V, évêque très bienveillant de l’Église de Dieu, fut choisi. Dieu exaucé donna à l’Église un tel pasteur.

Au fondement de la foi et de la pierre que le Christ avait promis d’établir sur peu de fidèles, mais sur lesquels il confia beaucoup, il le plaça. Le Christ, expérimenté fidèle du Vicaire de Pierre, ne voulut plus seulement être Vicaire de Pierre, mais il l’élut, l’institua et l’établit. Que cette œuvre pieuse, où resplendit la gloire de la Passion du Seigneur Jésus-Christ et le mystère de la Croix, brille donc, Très Saint Père, et qu’en ce même Jésus-Christ dont vous portez les fonctions sur la terre, il vous plaise de supplier pour moi les prémices de la félicité et le bonheur éternel. »

Cacher le secret du Roi est une bonne chose ; mais publier et révéler les œuvres de Dieu est honorable.

Avant tout, assurément, cette œuvre héroïque de piété, par laquelle il entreprit de délivrer tout le genre humain captif, afin qu’on comprît ce qui fut dit par Dieu au prophète Habacuc : Je fais une œuvre en vos jours que vous ne croiriez pas si on la racontait.

Cette œuvre fut celle par laquelle le Père éternel, afin de racheter le genre humain, livra son Fils unique. C’est cette œuvre, que David appelait confession et magnificence. Car l’œuvre de notre rédemption fut la magnificence de la charité du Fils, laquelle n’a pas de plus grande ardeur que lorsqu’il donne sa vie pour ses amis ; mais aussi pour ses ennemis. C’est pourquoi l’œuvre de notre rédemption, puisqu’elle est pleine de magnificence, est digne aussi d’une confession, et d’être proclamée avec la plus grande louange et action de grâces.

Or, en vérité, l’abondance de la Passion du Christ en nous, et la reconnaissance envers nous de tout ce que le Christ a accompli, ont souffert pour nous — selon ce mot attribué à Jérôme — : Ce que le Christ a souffert pour nous, que notre âme le contemple ; ainsi le Christ demeure à jamais en nous par la mémoire de sa Passion.

Et cela je le crois très vrai : bien que parmi les fidèles, dans tout l’univers, la Passion du Christ ne soit pas ignorée, toutefois les circonstances et les raisons les plus profondes de cette même Passion, et ses mystères, demeurent encore inconnus de plusieurs.

Or, puisque le saint Siméon reçut le Christ après sa mort, de la très sainte Vierge et du très pieux Joseph, enveloppé dans un linceul, et le déposa dans le sépulcre, ce même Jésus-Christ a voulu que, dans cette vie agissante, nous fussions instruits par la vue des très saintes empreintes, des scarifications, des meurtrissures, des cicatrices, de leur grandeur, de leur nombre, afin que, les contemplant avec des yeux pieux, nous répandions des larmes, et que de notre cœur jaillît la douleur, et de notre visage la tristesse.

Et ce que l’on voit dans les autres membres et je confesse que je n’hésiterai pas à attester que j’en ai moi-même fait l’expérience. Assurément, lorsque, à partir du prototype véritable, j’eus contemplé l’image de la très sainte Sindone, je demeurai dans mon esprit tellement consterné, dans une telle douleur, dans un tel accablement, dans un tel amaigrissement, que, tel un autre Daniel, je fus comme tombé à terre sous le poids de la douleur.

Et bien que je sache que les souffrances du Christ sont innombrables, toutefois le Christ lui-même, ainsi brisé comme la très sainte Sindone le montre, je l’avais à peine imaginé. Ô combien, disais-je alors, abondantes sont pour nous les souffrances du Christ ! Véritablement, il a accompli une œuvre qu’on croirait à peine si elle était racontée. Voici qu’il n’a plus ni apparence ni beauté ; il a vraiment été condamné à une mort très infâme. Voici l’homme de douleurs, connaissant l’infirmité.

Reconnaissant en moi-même un don éminent de la bonté divine, je pus contempler les souffrances de Jésus-Christ dans le miroir très clair de la Sindone du Christ. Mon esprit s’enflamma en moi, afin que, ce que j’avais vu dans le très saint trésor de la sainte Sindone, je le rapportasse aussi à l’édification spirituelle des fidèles, et que je ne laissasse pas enseveli dans la terre le talent qui m’avait été confié.

Or, lorsque j’eus vu ce livre d’or, écrit avec une égale piété et érudition par l’illustrissime et révérendissime seigneur Alphonse Paleotti, et donné en latin par l’œuvre du R. P. M. Laurent de Arrighis, dans lequel le très pieux pasteur avait exposé, avec une méthode excellente et très exacte, l’explication de la très sainte Sindone, de telle sorte qu’il avait déclaré chacune des parties du corps du Christ visibles sur la Sindone et les douleurs correspondantes, sans s’écarter en rien de l’ordre et du style qu’il avait adoptés, sinon pour ajouter ce que l’érudit interprète pouvait y joindre en poursuivant le fil commencé — je résolus alors de confirmer, par les autorités des écrivains, ce que j’avais contemplé dans l’image de la très sainte Sindone.

C’est pourquoi j’ai examiné avec soin tous les livres que j’ai pu trouver sur la Passion du Christ, afin de pouvoir dresser le catalogue des auteurs que je présenterai plus loin. Et je n’ai pas omis non plus ce qui a coutume d’émouvoir certains, à savoir qu’ils ne rapportent que les sentences des auteurs les plus classiques et rejettent ceux d’un rang inférieur : j’ai estimé qu’il fallait donner place à leurs témoignages.

Pour ma part, pesant avec soin les oracles excellents des Écritures, je confesse : Je te rends grâce, Seigneur, Père du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, et que tu les as révélées aux petits ; oui, Père, car tel fut ton bon plaisir. À qui porterai-je mes paroles ? sinon à celui qui est humble de cœur et qui tremble à mes paroles ? Et puisque les grandes œuvres de Dieu fleurissent dans les cœurs simples, en qui habite l’Esprit Saint, qu’il conduit dans la solitude, et à qui Dieu parle en secret et se manifeste —

c’est pourquoi j’ai préféré les témoignages, révélations et sentences des auteurs pieux, comme conformes à l’esprit de la piété et de l’Église catholique, plutôt que la seule autorité des grands noms ; et parmi ces témoignages, j’ai mis au premier rang ceux de la glorieuse sainte Brigitte, dont les révélations furent approuvées par le souverain pontife Boniface IX et confirmées par le pape Martin V par leurs bulles.

Cette œuvre donc, destinée au réconfort spirituel et à l’édification des âmes, je la confie à ta bienveillance, lecteur chrétien ; et si tu y trouves quelque chose qui te paraisse digne de louange, attribue-le à Dieu très bon et très grand, de qui procède tout don excellent…

« Le Christ, en raison de son immense charité par laquelle il a tout voulu souffrir pour nous et pour notre salut, a agi avec la plus haute piété et la plus ardente charité. Notre ouvrage lui correspond. Il ne s’adresse pas aux tout jeunes, mais à ceux dont l’âge du lecteur est plus mûr : car la jeunesse est trop jeune pour recevoir des discours moraux, ainsi qu’en convenait Aristote, soit à cause de l’âge, soit à cause des mœurs susceptibles d’être façonnées ; nous n’excluons cependant personne de nos lecteurs, pourvu que, même s’ils sont jeunes d’âge, ils ne soient pas enfants par l’esprit, qu’ils soient embrasés par l’ardeur de la piété et animés du feu de la charité.

Pour les délices du Cantique des Cantiques, les anciens étaient initiés à quarante ans accomplis ; auteur en est Origène. Dans le prologue sur Ézéchiel, Jérôme enseigne qu’avant trente ans on ne doit pas entreprendre l’office sacerdotal, ni expliquer les mystères, de crainte que l’on ne scandalise les jeunes par leur inexpérience, eux dont l’esprit n’a pas encore atteint quarante ou au moins trente ans de maturité. Combien donc faut-il de maturité d’âme, de piété du cœur et de ferveur pour recevoir les très abondants fruits de piété que l’on retirera de cet ouvrage !

Pour que ces fruits soient plus grands et plus abondants, il a été nécessaire de réunir en un seul volume deux œuvres : l’une de l’illustrissime et très révérend seigneur Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne, qui a écrit l’explication de la sainte Sindone ; l’autre du frère Daniel Malloni, sur les stigmates de Jésus-Christ crucifié. Bien que les deux ouvrages traitent des mêmes réalités, le premier est plus concis, le second plus développé. Dans le premier, de nombreux points sont seulement indiqués en surface ; dans les chapitres du second, ces mêmes points sont examinés plus en détail.

Si vous avez parcouru l’un, lisez auparavant celui qui fut écrit par le très pieux prélat ; puis lisez l’autre, où ce qui fut brièvement exposé dans le premier ouvrage est expliqué plus amplement. Adieu.

Dans le livre du Révérend Père Carlo Bizoni

Alphonse, dans un petit ouvrage composé avec soin,
Célèbre pieusement les Stigmates divins sur la Sainte Sindone ;
Daniel y célèbre aussi les tristesses de la lettre
De la Mort, et rapporte beaucoup en un mince volume.
Tous deux rivalisent d’ardeur pour décrire les peines du Christ,
Les blessures qu’il a reçues et celles qu’il a données.

Qui fut vainqueur, qui vaincu ? À qui la couronne
Ceindra-t-elle le front ? Tous deux auront leur récompense.

Au Lecteur du même ouvrage

Si tu désires, ô Lecteur, contempler le Christ portant les tourments
Et voir en ton esprit sa mort,
Reçois le petit livre célèbre de Malloni, œuvre d’un art admirable,
Qui rapporte les marques laissées par le sang répandu sur la croix.
Ce qu’il a souffert, il le rappelle ici : le Christ dans son corps mortel
Et ses propres mains ensanglantées l’ont donné.

Pourquoi donc vouloir feuilleter davantage de livres inutiles ?
Tout, en celui-ci seul, la main savante te le donnera.

Au même, auteur du livre

Tu rappelles à tous, Daniel, les cruautés du Christ :
Les coups, le fiel, les clous, les blessures, les crachats, la croix ;
Et pour nous pieusement tu retraces les mystères de la mort ;
Par ta plume divine tu élèves ton œuvre jusqu’aux astres.

Et nous, qui nous réjouissons d’un si grand honneur,
Nous porterons désormais ton nom digne jusqu’au ciel.

Du même, ailleurs

Tu rappelles les blessures, Daniel, et des blessures saines :
Celui qui lira ces pages ne sera pas sain pour moi.

Du Révérend Père Henri Solis

À l’auteur du livre

Si tu exposes les dogmes du Christ et de Paul avec leur poids,
Et tout ce que l’assemblée sacrée des prophètes a chanté,
Qu’y a-t-il d’étonnant ? qui s’en étonnerait ?
Une si grande éloquence s’en va vers toi,
Tant de grâce habite sur tes lèvres.
Si, pareillement, tu mets en lumière les monuments des anciens sages,
On dirait qu’un Musée des Muses est né à l’instant.

À juste titre donc la noble jeunesse t’honorera comme Maître,
Malloni ; d’ici naîtront pour toi gloire et grands biens.

À son frère Daniel Malloni,

par le P. Hyacinthe Malloni

Toi qui jadis souffris des blessures par le fer cruel,
Daniel, souffre maintenant celles de ta plume.
Ce n’est pas la même main, mais ce sont les mêmes blessures :
L’une fut touchée par la piété, l’autre par l’amour.
Mais ces blessures versent toutes deux des gouttes qui guérissent ;
Celles-là rougissent par le fer, celles-ci noircissent par la plume.

Lis celles-ci, et vois celles-là : tu diras qu’elles brillent
De pierres précieuses égales,
Si toutefois il est donné de voir rarement ce que l’on lit souvent.

À l’Illustrissime et Révérendissime

Alphonse Paleotti,
Archevêque de Bologne,
par le P. Hyacinthe Malloni

Tandis que tu racontes les membres du Christ ruisselants de sang,
Tu me dissous en larmes pieuses, ô Paleotti.
Ainsi deux sources jaillissent d’une origine diverse :
L’une est blanche, l’autre rougit du sang vermeil ;
L’une naît du cœur, l’autre des yeux d’où coule l’onde amère.
Mais lorsque tu es confondu, mon onde devient plus douce.

Donc, pour toi, les yeux sont devenus une douce veine ;
Combien d’yeux devra le petit livre à ton Paleotti ?

Du même, à l’auteur du livre

Tandis que toi, Daniel, tu révèles au monde les mystères du Christ,
Tu révèles au monde ton nom illustre.
Car tant que vivra cette renommée (et elle vivra à travers les siècles),
La renommée savante portera aussi ton nom sur toutes les lèvres.

Du P. Jean-Baptiste Righini

Au Livre

Va, ouvrage, et sous des plumes applaudissantes parcours le monde ;
Et pour toi déploie de riches voiles vers les ports.
Déploie la croix, les étendards de Dieu, et le triomphe de la mort ;
Et tout ce que le Christ a souffert des cruautés des hommes.
Tu raconteras les stigmates, qui sont tes diadèmes, ta vie,
Et tandis que tu seras utile au monde, tu enseigneras les voies du ciel.

De Barthélemy Gasparini

Au Lecteur

Lis, Lecteur, l’ouvrage : il respire un amour divin ;
Si tout t’en détourne, l’amour vainc tout.
L’amour s’indigne si tu le cherches à prix d’argent dans ton cœur ;
Ici il n’est rien que n’enseigne un amour aimant.

Du Révérend Père Jérôme Alle

À l’auteur

Le génie donne la renommée par la lumière d’une doctrine sacrée,
Mais la vertu religieuse ne la refuse pas.
Et peut-être dirai-je, Daniel, que je te reprocherais ton talent,
Si ton esprit religieux ne l’accompagnait ;
Mais le nom mémorable que te donne ton zèle — la Sindone —
M’attire, et enlève tout blâme à ta gloire.

Trompe-t-elle donc, la Vertu ? La renommée n’accumule pas de vains honneurs ;
Que l’honneur désiré jouisse de la lumière du génie.
Des funérailles — chose plus admirable — te ceindront d’un manteau,
Dans la Sindone tu seras vu, et dans la Sindone enseveli.

Du P. Daniel Malloni

de la Compagnie de Jésus

Lorsque je parcours dans ce livre les saints Stigmates du Christ,
Mon esprit devient ivre de flots sacrés ;
Le nectar de la paix m’est donné par la doctrine et par la blessure du Christ.
Ainsi il est permis d’étancher ma soif à une double source ;
Par l’une je me détourne du péché, par l’autre j’évite les dangers ;
Et par l’une et l’autre ici mon âme est nourrie.

Mais pourtant, soit par ceux-ci, soit par ceux-là,
Et par ce livre, les Stigmates me rassasient ;
De sorte que, sous ton droit, je bois les fleuves du Christ,
Et plus les eaux sont bues, plus elles sont désirées.

Au Lecteur, du même

Ici tu lis tant de Stigmates du Christ, symboles de la Mort ;
Ici tu lis aussi les mêmes comme sûrs symboles de la Vie.
Car la Vie divine respirait à travers ses membres,
Qui furent d’un côté enlevés, de l’autre donnés.

Lis ces deux choses que ce petit livre révèle comme mystères :
Et crois que ces symboles sont ceux de ta propre vie.

Frère Théophile Cavicchius, prêtre du monastère de Sainte-Marie des Grâces de Bologne, Prieur,


au très révérend Père Maître Daniel Malloni, salut.

L’ouvrage d’or par lequel sont exposés les mystères de la Passion du Christ notre Seigneur et Sauveur, nous avons reconnu qu’il a été conçu avec autant de doctrine que de piété ; et comme il peut grandement servir à enflammer les âmes des fidèles par l’incendie de l’amour divin, et ainsi contribuer à la consolation des pieux — de qui nous comprenons que l’on peut attendre beaucoup de cet ouvrage — nous t’accordons par la teneur des présentes la faculté de le faire imprimer, après avoir observé ce qui doit être observé selon le jugement de ceux à qui il appartient, conformément aux règles de l’Index.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Donné à Bologne, le 6 novembre 1604.

Le même, susdit Frère Théophile.

Nous, Frère Pierre Martyr, Vicaire de l’Inquisition de Bologne,
Maître en théologie sacrée, de l’Ordre des Prêcheurs,

Ayant vu certains commentaires dans lesquels sont exposées les souffrances du Christ et les mystères qui y sont contenus, avec une piété égale à celle de leur auteur, le Révérend Père Maître Daniel Malloni, de la Congrégation hiéronymite, interprète public des lettres sacrées au très florissant Gymnase de Bologne ;

Les ayant parcourus avec la diligence qu’exigent les devoirs continus de notre saint office, nous n’y avons rien trouvé qui soit contraire aux règles nouvellement établies concernant l’impression des livres ; et bien que beaucoup de choses puissent paraître nouvelles à certains, puisqu’elles ne possèdent pas un fondement ferme dans les Saintes Écritures, elles ont cependant été transmises par les modernes comme propres à exciter la piété et l’ardeur de la dévotion, et nombre d’entre elles apparaissent dans les Révélations de sainte Brigitte.

C’est pourquoi nous estimons qu’elles peuvent produire un profit spirituel dans les âmes pieuses, si elles sont livrées à l’impression.

Frère Pierre Martyr, Vicaire de l’Inquisiteur susdit.

Sommaire du privilège

Il a d’abord été établi par lettres du très serein Archiduc, Prince de Belgique, qu’aucune personne, sans la volonté de Balthasar Bellerus, imprimeur de Douai, ne puisse, durant les six prochaines années, imprimer, ni faire imprimer ailleurs, ni importer dans ces provinces, ni mettre en vente un livre intitulé :

« Les Stigmates de Jésus-Christ crucifié, expliqués par Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne, avec les mystères de la Passion du Seigneur, etc. »

dont l’auteur est le Révérend Père Daniel Malloni ;

et que quiconque ferait le contraire encourrait la confiscation des livres et une lourde amende, conformément aux lettres données à Bruxelles le 11 janvier 1607

Signé :
S. de Grimaldi

Ensuite, afin que tout ce que le Christ Dieu a souffert de très cruel pour notre salut demeure longtemps profondément gravé dans nos cœurs, il ordonna que des lieux semblables à ceux de Jérusalem fussent construits dans l’Église, à savoir ceux où le Christ lui-même endura tant de supplices, et où fut représentée la véritable forme du Sépulcre.

Quant à moi, non pas tant à l’exemple de ce saint Patron, que de celui du Cardinal Paleotti — dont, bien qu’indigne, je fus le successeur —, en suivant les admirables traces qu’il a laissées dans tant d’éminents monuments de son génie, publiés pour l’utilité de tous, et qui, tant qu’il vécut, ne cessa jamais de nous instruire par ses enseignements et ses institutions pour le salut des âmes et pour nous exhorter avec art à aspirer à la vie céleste ; j’ai jugé qu’il me convenait, afin de ne rien omettre, de consigner par écrit quelque chose qui puisse porter témoignage très manifeste de l’amour que je vous porte.

Car, après avoir recueilli pendant de nombreuses années, en divers lieux — et certes auprès de personnes d’une réputation très connue et irréprochable — une assez grande quantité de saintes reliques, soigneusement disposées chacune à sa place dans mon mausolée sacré, que j’ai récemment offert à l’Église métropolitaine de notre cité, et que j’ai fait placer dans la chapelle des Paleotti dédiée à la Vierge Mère de Dieu ; chose qui me fut très heureuse, tant pour le nombre que pour l’ordre et l’éclat, et parce qu’en toutes choses elle rendait la louange véritable à Dieu ;

Je ne pouvais m’empêcher d’éprouver un vif plaisir en voyant, de part et d’autre, hommes et femmes affluer en grand nombre vers ce lieu par dévotion, au point que nous ne pouvions, en ce temps, défaillir en nombre auprès des vestiges de ce saint Patron ;

Surtout dans la partie où est contenu le vif désir d’imprimer dans les esprits des hommes les très douloureux tourments de notre Sauveur : puisqu’il nous représentait la forme du sépulcre dans lequel son corps fut déposé, enveloppé dans la sainte Sindone qu’avait achetée Joseph d’Arimathie ;

Et comme il n’existait chez nous absolument aucun souvenir d’une telle sainte relique, dans laquelle le monument de sa Passion serait pour ainsi dire sculpté au vif, et où apparaîtraient les traces gravées de toutes ses très saintes plaies ;

J’ai décidé, dans ce travail surtout, d’exposer en particulier ces sacrées blessures, afin qu’elles demeurent profondément imprimées dans vos cœurs les plus intimes, telles qu’elles se voient marquées au vif dans ladite Sindone ; et d’examiner chacune d’elles en détail, à la lumière de l’Écriture divine, des Prophètes et des Pères.

Une telle contemplation semble en effet non seulement convenable, mais nécessaire, puisque notre Sauveur, selon les saints Matthieu et Luc, a déclaré qu’il fallait que ces choses s’accomplissent…

toutes ces choses qui furent écrites à son sujet dans la Loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes.

Et, comme le dit le divin Cyrille, cela concerne la confirmation de notre foi : que tout ce qui est arrivé — fût-ce la moindre chose — dans la Passion de notre Sauveur, se soit accompli véritablement selon les oracles des Prophètes.

Or tout cela, il affirme que nous l’avons observé dans cet ouvrage.

Et d’abord, nous enseignons que la vertu attachée à ce sang très précieux, conservé dans la Sindone, fut telle — selon ce que dit surtout Clément VI, Pontife suprême — qu’une seule goutte de ce sang aurait pu suffire au salut de tous.

Il avait en effet en lui une si grande puissance qu’il aurait même profité aux Anges eux-mêmes. Comme le dit le divin Jean l’Évangéliste : « Et eux aussi ont vaincu par le sang de l’Agneau. »

Bien que cela soit le plus souvent interprété des saints martyrs, le cardinal Hugues cependant, et quelques autres, le rapportent aux Anges eux-mêmes, en ce sens qu’ils auraient remporté la victoire par le sang de l’Agneau.

Ce qui pourrait peut-être s’expliquer ainsi : les hommes, rachetés par la vertu de ce sang, auraient occupé les places qui étaient demeurées vacantes par la chute de Lucifer et de ses complices — et cela leur aurait profité de cette manière.

À moins que nous ne préférions dire, selon l’interprétation de certains, que par le nom d’« Anges » sont désignés tous ceux qui travaillent dans la vigne du Seigneur, et surtout les Pasteurs, qui dans l’Apocalypse de Jean sont appelés Anges ; lesquels, par la puissance de ce sang, repoussent l’ennemi terrifiant avec les ministres du désert, et l’éloignent assurément du troupeau.

De même, je me confie que, pour le salut de vos âmes, je rapporterai enfin une glorieuse victoire obtenue par ce même sang.

Car non seulement au ciel et sur la terre, mais même dans les enfers, ce sang a produit son effet.

Et bien que nous ignorions en vérité de quelle manière il ait profité aux Anges et aux âmes précipitées dans le Tartare, il est cependant très certain que nous devons confesser qu’il leur a été profitable ; ainsi que l’atteste saint Jérôme en ces termes :

« Nous ne pouvons savoir comment il a profité aux Anges et à ceux qui étaient en enfer ; mais nous ne pouvons ignorer qu’il leur a profité. »

Néanmoins, afin de satisfaire en partie au désir de l’intelligence et d’éveiller en même temps l’affection, nous dirons — comme nous l’avons déjà fait au sujet du secours apporté aux Anges par ce sang — qu’on pourrait également soutenir, par un raisonnement non dissemblable, que les damnés en enfer sont punis d’une peine moindre que celle qu’ils devraient subir selon la stricte justice ; ainsi que le pensent communément les théologiens ; et que cet adoucissement découle du mérite de ce très précieux sang, et qu’en ce sens il leur a profité.

On pourrait même aisément concevoir que les damnés en enfer aient reçu un certain profit en ce que ce sang a produit cet effet : que le nombre des damnés soit beaucoup moindre parmi les enfers seraient tourmentés ; si toutefois cela s’accorde avec la vérité et doit être tenu pour très certain : à savoir qu’un damné, parmi les autres damnés, ajoute accidentellement — comme on dit — une peine aux autres en enfer.

De là vient que ce riche, qui chaque jour se livrait à de somptueux festins, priait Abraham son père d’envoyer Lazare à ses frères pour les avertir, afin qu’ils ne fussent pas précipités dans les mêmes peines du Tartare.

Or ce malheureux ne voulait pas cela soit par amour de ses frères, soit par désir de leur bien — car de telles affections ne peuvent subsister chez les damnés — mais parce qu’il lui importait grandement que ses propres supplices ne fussent pas augmentés.

C’est avec une telle puissance pour opérer notre salut que Jésus a répandu son sang ; et non pas une seule fois, ni par une effusion partielle, mais tout ce qu’il y avait de sang dans ce corps sacrosaint, il l’a versé tout entier — et cela à sept reprises, comme le remarque saint Bernard : lorsqu’il fut circoncis ; lorsqu’il sue sang et eau au jardin ; lorsque des coups furent portés sur ses joues ; lorsque la couronne fut enfoncée sur sa tête ; lorsqu’il fut flagellé ; lorsqu’il fut transpercé de clous ; enfin lorsque la blessure fut ouverte en son côté.

Et cela pour aucune autre raison sinon afin de manifester en nous une charité très ardente par l’abondante effusion de ce sang très précieux ; laquelle fut si grande, en vérité, qu’il offrit sa vie à Dieu le Père pour nous.

Et, en outre, parce qu’il nous donna des exemples de patience, il nous ouvrit plus aisément la voie vers le ciel, en y montant triomphant.

Chacune de ces choses, tout homme doit les considérer attentivement en lui-même, prenant occasion de la Sainte Sindone, en méditant le nombre et la forme des très saintes plaies, ainsi que cette apparence d’abjection extrême que le Sauveur présenta au milieu du peuple, et que Jérémie avait déplorée bien auparavant, disant : « Il m’a établi comme un objet d’abjection au milieu du peuple » — parole que l’on applique communément au Christ souffrant.

Que chacun aussi, avec une grande ardeur d’esprit, considère que le Christ Dieu a voulu non seulement que ces blessures salutaires fussent annoncées par les Patriarches, représentées comme peintes par les Prophètes, expliquées plus pleinement par les Pères ; mais encore qu’elles fussent imprimées non par le ciseau ou le pinceau, mais par ses propres mains, par ses pieds, enfin par tout son corps ; non avec du minium ou quelque autre couleur, mais avec son propre sang, sur ce saint linceul, afin qu’elles y soient gravées très fidèlement.

À ces considérations il faut ajouter que le Sauveur lui-même voulut être exposé à la vue, afin que ceux qui ont des yeux pour voir fixent sur lui leur regard et soient profondément touchés.

Car la contemplation des choses divines rend les esprits plus purs et plus lumineux, et conserve les hommes exempts de toute souillure du péché ; ce que le vénérable Arnobe démontre clairement parce que nous sommes enclins aux fautes, dit-il, et affaiblis par l’inclination innée aux divers désirs de la concupiscence, le Christ a souffert afin qu’il soit toujours conçu dans nos pensées ; et tandis que nous le prions et nous efforçons de mériter ses dons, nous recevions la volonté d’innocence et soyons délivrés de toute souillure par l’ablation de tous nos péchés. »

Quant au reste, bien que nous eussions d’abord expliqué ces choses en langue vernaculaire, afin que même les plus simples puissent plus facilement tirer fruit de notre ouvrage et en retirer une consolation pieuse pour l’âme ; nous avons néanmoins pris soin de les traduire en latin, et d’y ajouter de nombreux passages tant de la Sainte Écriture que des Pères et de divers auteurs, afin que les plus savants en soient également touchés avec non moins de satisfaction et y trouvent une utilité égale.

Nous ajouterons encore que nous avons été mûs par un autre dessein : travailler aussi, par charité, pour les peuples étrangers qui ne comprennent pas l’italien, et leur être utiles.

Puisque donc rien ne peut être offert à vos âmes de plus précieux que ces plaies et ce sang par lesquels vous avez été rachetés et sanctifiés, c’est pour cette raison que nous plaçons devant vos yeux cette sainte Sindone comme un miroir, dans lequel, en fixant attentivement votre esprit, nous nous efforcerons d’obtenir par les prières de Jésus notre Seigneur que lui-même veuille graver perpétuellement ces stigmates dans vos cœurs.

En vérité, si tout ce qui est contenu dans cet ouvrage ne répondait pas, selon la méthode des mathématiques ou d’autres disciplines contemplatives, par des arguments certains et très solides dès l’abord, nous avertissons qu’il ne faut pas tout rechercher à la manière d’une démonstration sensible ; d’autant plus que nous écrivons ces choses pour des fidèles et des hommes pieux, lesquels, animés d’un esprit de foi vivant, méditant attentivement la matière dont nous traitons, saisissent aisément toute la force des raisons proposées.

Mais, afin d’exposer la manière dont chacun peut tirer le plus grand profit pour le salut de son âme, il faut remarquer qu’au commencement de l’ouvrage fut apposée une petite image de la sainte Sindone, véritablement très semblable à l’original, avec toutefois quelques additions disposées autour en série de lettres, selon notre jugement nécessaire.

Car lorsque le pieux lecteur aura examiné l’image des deux parties, et qu’il cherchera, parmi tant de chapitres, lequel il lui convient particulièrement de méditer, il pourra, selon que l’inspiration divine le lui suggérera, placer ses pieuses méditations à la fin de chaque chapitre ; ou bien ailleurs, selon ce que la divine Providence lui inspirera.

Et qu’il observe attentivement, dans les titres ajoutés à chaque partie du corps de Notre Seigneur, afin d’être instruit, sous la conduite des indications précédemment données, à recourir par lui-même à la partie de l’image dont il est traité dans le même chapitre.

parcourir tout l’ouvrage ; puis reprendre le livre depuis le commencement et le lire de nouveau ; afin que les Stigmates du Sauveur, profondément gravés dans les replis les plus intimes du cœur, y demeurent pour toujours.

Adieu, très chers. Recevez ces modestes travaux comme un signe du très grand amour que je vous porte ; et puisque je ne puis vous rendre de plus grands services, je vous supplie tous d’avoir la bonté de m’accorder en retour ce que je désire avec instance : que vous vouliez bien, d’une manière admirable, vous offrir à Dieu par vos prières, et demander que ces plaies — très certaines gages de la divine charité — demeurent à la fois profondément imprimées dans mon cœur et qu’elles vous apportent secours, en conservant vos cœurs purs de toute faute.

Alphonse

Il s’agit de la version latine amplifiée de l’Esplicatione della Sacra Sindone publiée à Bologne à la fin du XVIᵉ siècle, sous l’autorité de :

Daniel Malloni

Malloni (Hiéronymite) en est le rédacteur latin et l’éditeur savant, tandis que Paleotti en est l’auteur doctrinal.

Traduction synthétique du titre

Histoire admirable des stigmates de Jésus-Christ crucifié imprimés sur la Sainte Sindone, expliquée par Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne,

enrichie de très douces et abondantes éclaircissements, ornée d’une grande variété d’histoires antiques et d’une érudite élucidation des Saintes Écritures, par lesquelles sont exposés la série très amère de la Passion de notre Sauveur, ses Mystères, ainsi que les combats de la Très Sainte Vierge Mère de Dieu, adaptée aux fruits très abondants de la contemplation.

Intérêt historique

Cet ouvrage constitue :

  • l’un des premiers grands traités systématiques sur la Sainte-Suaire ;
  • un jalon majeur dans la théologie post-tridentine de l’image ;
  • un texte clé pour comprendre la réception catholique du Linceul à la fin du XVIᵉ siècle.

Il s’inscrit dans le contexte de la Contre-Réforme et de la valorisation des supports visuels comme instruments de méditation affective.

ALPHONSI PALEOTTI
ARCHEVÊQUE DE BOLOGNE
EXPLICATION
DE LA SAINTE SINDONE

Le Christ Seigneur, déposé de la croix, enveloppé dans le suaire, dans lequel Il a laissé l’empreinte même de sa propre forme, par le sang tout frais, presque encore chaud, avec lequel on lia ses plaies, et le suaire posé sur sa face.

CHAPITRE I

Puisque nous avons entrepris d’expliquer la sainte Sindone, dans laquelle le Christ Seigneur fut enveloppé lorsqu’il fut déposé de la croix, et dans laquelle les meurtrissures et les plaies de sa mort cruelle, qui y sont imprimées, semblent offrir à ceux qui les regardent une vision admirable, il nous faut d’abord, avant toute chose, affronter une difficulté non petite : comment traiter dignement une matière si élevée, si sublime, et presque infinie ; et comment l’exposer de façon intelligible, sans l’amoindrir, ni la profaner par un discours indigne.

En effet, lorsque j’ai considéré cette Sindone, l’esprit de l’auteur s’est trouvé si violemment sollicité à la contemplation des souffrances du Christ Seigneur, que, bien que j’eusse le désir d’en expliquer le sens, je craignais néanmoins que, par l’insuffisance de mon talent, une matière si sublime ne fût altérée ou amoindrie.

Cependant, puisque je voyais qu’il était non seulement permis, mais même utile, d’exposer ce que Dieu, par une providence très excellente, révèle chaque jour à travers cette image, et puisque je voyais que de nombreux serviteurs de Dieu — hommes très savants et très pieux — avaient déjà traité cette matière, j’ai jugé qu’il ne serait pas hors de propos que je tentasse moi aussi quelque chose, non par confiance en moi-même, mais par obéissance au zèle que Dieu inspire.

Car, comme l’enseigne saint Grégoire, « l’Écriture sainte, comparée à la lune, reçoit sa lumière du soleil » ; et, selon saint Jean Chrysostome, Dieu a préparé ces choses, non seulement pour Abraham…

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mais Moïse en a écrit neuf cents ans après, soit deux mille trois cent soixante-dix ans après la création du monde. Car celui qui parlait de ces choses par figures et signes a jugé bon, à ce moment-là, d’instruire les peuples par l’écrit. Ainsi, en effet, bien que Noé et Abraham aient existé, ce livre-ci est cependant transmis par Moïse ; et après deux mille trois cent soixante ans depuis la création du monde, Dieu a voulu enseigner non plus par des actes, mais par des lettres. Bien plus, les paroles divines elles-mêmes, riches en mystères, bien qu’encore immatures et inconnues à l’intelligence humaine, apparaissent davantage à mesure qu’elles sont rapprochées de la majesté divine.

De là vient que saint Bonaventure appelle les Écritures « enveloppées de voiles », et qu’il dit que dix choses y sont montrées sous des figures, comme les Chérubins étaient représentés par des formes tissées. C’est pourquoi l’Écriture sacrée est appelée voilée, parce que les vérités qui y sont contenues sont cachées sous des figures.

Ainsi, de nombreux mystères de la Passion de notre Sauveur sont passés sous silence par les saints Évangélistes. Car, comme le rapporte Simon de Cassia : « Il est préférable, dit-il, que l’Évangile de la croix soit administré avec retenue ; car les mystères très profonds du Christ crucifié ne doivent pas être offerts indistinctement à tous ; mais ils doivent être transmis selon la capacité de ceux qui les reçoivent. »

De même, nous voyons que beaucoup de corps de saints, longtemps cachés, ont été révélés à la lumière en des temps déterminés par la volonté divine. Et afin que nous croyions que cela devait arriver ainsi, nous entendons aussi l’abbé Joachim dire : « Il nous suffit de voir le suaire qui fut posé sur le visage du Sauveur ; mais il n’est pas permis de l’expliquer, sinon peut-être au jour que Dieu lui-même a établi. »

Or ses paroles sont celles-ci : « Il nous suffit de voir le suaire qui fut sur la tête de Jésus ; il ne nous est pas permis de l’expliquer avant le jour où le Seigneur en ordonnera la pleine manifestation. » Et ce linge sacré, que l’on attribue très probablement à ce suaire, que l’on appelle vulgairement, chez les Allobroges, “le saint suaire”, n’a pas seulement été plié sur la tête du Seigneur, mais il a aussi enveloppé tout son très saint corps.

Que cela soit suffisamment établi par ce que nous avons dit jusqu’ici.

Mais afin que nous avancions désormais vers l’origine de ce linge, il me semble qu’il convient de traiter ce sujet en distinguant soigneusement les faits. Il est beau, parmi les Évangélistes, de remarquer ceci : lorsque notre Sauveur, nu, fut suspendu à la croix, après sa mort, Joseph d’Arimathie, disciple secret, obtint de Pilate le corps ; et, en raison de la grande dignité et révérence qui lui étaient dues, il fut porté avec respect, enveloppé dans un linceul qu’il avait acheté, et aussitôt retiré de la croix.

C’est ce que remarque saint Matthieu au chapitre 27 : « Ayant reçu le corps, dit-il, il l’enveloppa dans un suaire. » Et saint Luc, au chapitre 23 : « Et l’ayant descendu, il l’enveloppa dans un linceul. » Et saint Marc, au chapitre 15 : « Joseph acheta un linceul, et, le descendant, il l’enveloppa dans le linceul. »

Puisque donc les saints Évangélistes affirment que Jésus-Christ, descendu de la croix, fut enveloppé dans un suaire, il est certain que ce linceul a existé ; ce qu’attestent également Vincent l’Historien et Juvénal le Poète. Il s’ensuit clairement que, bien que des parfums, de la myrrhe, de l’aloès et d’autres onguents précieux aient été préparés selon la coutume des Hébreux, laquelle était aussi observée chez les Égyptiens et les Syriens dès l’Antiquité, comme le montre clairement la Genèse sacrée lorsque Joseph fit ensevelir son père Jacob en l’aspergeant de parfums et d’onguents, selon ce qu’enseignent les préceptes anciens — « les médecins embaumèrent Israël avec des aromates » —, néanmoins cette coutume n’a pas empêché que le corps très saint fût enveloppé dans le suaire.

Saint Grégoire en témoigne également. Et d’autres encore l’enseignent, tels Alexandre d’Alexandrie et Jean Raulin, confirmant la même chose.

Ainsi donc, bien que ce corps très sacré ait été oint d’onguents, et que les mains et les pieds aient été liés, et que le suaire ait été posé sur la tête, toutes ces choses n’ont nullement empêché que l’empreinte fût produite sur le suaire…

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se trouvent les empreintes de tout le corps, depuis le moment où il fut déposé de la croix, jusqu’à ce qu’il fût porté enveloppé dans le linceul et placé au sépulcre ; et en ce temps-là, la forme des traits du visage, du corps et des plaies y fut imprimée, forme qui apparaît manifestement dans la Sindone. Saint Augustin l’enseigne, lorsqu’il dit que, bien que Joseph ait enveloppé ce corps sacré dans un linceul, nous ne sommes cependant nullement empêchés de comprendre que d’autres linges encore furent posés sur lui, à savoir le suaire qui était placé sur la tête, et les bandes avec lesquelles on liait le corps.

À ce sujet, bien que l’on ne trouve qu’un seul linceul mentionné, on peut toutefois dire avec la plus grande vérité que ce corps fut lié par des linges, ce que les Latins appellent lintea, c’est-à-dire tout tissu fait de lin. Et telles sont proprement les paroles du Docteur : « Joseph enveloppa Jésus dans un linceul », parce que cela n’empêche pas de comprendre que d’autres linges furent ensuite ajoutés par Nicodème, à savoir le suaire, qui fut posé sur la tête, et les bandes par lesquelles tout le corps fut lié. De là vient que l’une et l’autre chose peut être vraie : que Jésus ait été enveloppé dans le suaire, et qu’il ait été lié par des linges, c’est-à-dire par plusieurs bandes de lin, comme l’enseigne saint Jean. Le Cardinal Cajetan partage cette interprétation. Cornelius Jansenius démontre clairement ces choses par ses paroles : « Après que le Seigneur eut été descendu de la croix, il fut aussitôt enveloppé dans le linceul proprement dit, et ensuite Nicodème lia le corps du Seigneur avec des linges, et l’on porta ainsi le corps au sépulcre. »

Or cette sainte Sindone se voit aujourd’hui présente à Turin, où elle est vénérée avec une foi immense, avec dévotion et avec piété ; et même avec un éclat digne de la Sérénissime Maison des Allobroges, comme il convenait. Et à juste titre croyons-nous que le Christ Seigneur a voulu et veut encore, tant pour les temps passés que pour ceux à venir, illustrer cette ville par l’honneur de sa Sindone.

Car il ne s’agit pas ici d’une image sacrée de ce genre pictural, comme celle de Ialysos, peinte par Protogène sur les murs des Rhodiens, que, selon le récit, le roi Démétrius épargna lors de l’incendie de la ville, ainsi que le rapporte Plutarque ; ni comme celle que, selon Pline, le roi Démétrius n’osa brûler à Rhodes, de peur de détruire une œuvre de Protogène, bien qu’elle fût située dans la partie de la muraille exposée à l’ennemi.

Mais afin qu’à la fin de ce chapitre nous parvenions à quelque méditation pieuse et féconde, on peut concevoir ceci : que, lorsque dans Isaïe nous lisons que les anges interrogent le Seigneur en disant : « Pourquoi ton vêtement est-il rouge ? », et dans l’Apocalypse : « Il est revêtu d’un manteau trempé dans le sang », et encore que, dans une vision nocturne, Zacharie le prophète vit un homme monté sur un cheval roux, il s’ensuit que toutes ces choses se rapportent à l’humanité du Sauveur, couverte de sang, comme l’ont unanimement interprété les Pères.

Nous voyons assurément que les anges au ciel s’émerveillent, et qu’ils sont non seulement saisis d’admiration, mais encore entraînés à la dévotion, en considérant que le Sauveur a voulu communiquer à cette sainte Sindone l’aspersion de son sang, afin qu’elle fût comme un vêtement rouge, teint de son propre sang, et qu’elle fût ainsi une parole muette mais éclatante, disant : « Ô Christ Sauveur, pourquoi est rouge ce vêtement qui est le tien ? »

Puis, lorsque nous contemplons la très bienheureuse Vierge, nous trouvons qu’elle supporta des douleurs semblables ; douleurs qui, certes, ne furent en rien moindres dans l’enfantement, comme le dit saint Jean Damascène, mais qu’elle éprouva très durement dans la Passion, lorsqu’elle enfanta de nouveau son Fils dans la douleur, déchirée dans les entrailles par une compassion maternelle. Car, dit-il, les douleurs de l’enfantement, qui surviennent lors de la naissance, sont moindres que celles de la Passion, où la mère, par la compassion, est blessée et lacérée. C’est pourquoi on peut dire d’elle, avec Jérémie, à juste titre : « Les douleurs m’ont saisie comme celles d’une femme qui enfante. »

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FRÈRE DANIEL MALLONI
ÉCLAIRCISSEMENTS
SUR LA TRÈS SAINTE SINDONE

CHAPITRE I

La sagesse chrétienne a coutume de placer comme thème principal les traces de la Passion du Christ ; car elle sait que, dans le mystère très élevé et caché de la vénération la plus haute, résident les biens les plus précieux, et que rien n’est plus excellent. Elle ne fait donc pas descendre son discours vers des choses terrestres ni vers ce qui est simplement humain ; mais elle ne veut rien savoir sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié pour nous.

Car la sagesse est cachée dans le mystère. Le Christ Jésus, crucifié pour nous, est nouveau en un certain sens, et en même temps sublime, enveloppé et caché dans le très saint mystère de la Sindone. Et ce mystère-là même, le plus grand, fut la Sindone porteuse du Christ. En effet, puisque le mystère est quelque chose de haut, de divin et d’arcane, pourquoi le mystère de la très sainte Sindone n’a-t-il pas été connu plus largement ? Assurément, parce que certaines choses cachées devaient être reconnues au moment le plus opportun : ainsi la très sacrée Passion du Christ était scellée comme sous un sceau sacré.

Or le mystère de la sainte Sindone fut caché presque jusqu’à l’an du Christ 1455. Il fut donc caché, et conservé dans le secret, de sorte qu’il semblait ne devoir être vu par aucun homme, ou du moins par très peu, jusqu’à ce que la divine clémence, disposant les temps, le permît.

Enfin, ce que la piété divine et la providence ont voulu, non seulement cela a été révélé aux cieux, mais cela a été manifesté à un très grand nombre, confirmé par de nombreux miracles, et rendu évident par leur puissance ; et la très sainte Sindone a été faite signe très certain et très saint, comme le prix même de notre rédemption.

Les traces de la Passion du Christ apparaissaient manifestement ; et ce mystère très grand, dans lequel réside le prix suprême de la vénération humaine, la très pieuse nation de Savoie l’a tenu en une estime singulière. En effet, ses princes très pieux n’ont pas seulement conservé religieusement cette châsse d’argent, mais encore, estimant que la piété envers les choses sacrées est la première des vertus princières, ils ont construit une chapelle très magnifique, que l’on appelle la Chapelle du Très-Saint-Suaire, dans laquelle ils ont placé cette châsse d’argent contenant la Sindone porteuse du Christ.

Mais bien que la châsse de la sainte Sindone soit honorée par de très nombreux témoignages de piété et par des miracles très célèbres, cependant le mystère lui-même semblait encore demeurer caché. C’est pourquoi Dieu, qui, selon une disposition très ordonnée des temps, règle toutes choses, a voulu que cette très brillante lampe fût placée plus amplement sur le chandelier, afin qu’elle resplendît de la manière la plus éminente dans l’Église.

C’est pourquoi le très révérend et très illustre seigneur Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne, s’y est appliqué, afin que le mystère jusque-là caché fût mis au jour ; lui qui, obéissant aux inspirations divines, a entrepris de révéler les mystères cachés de la sainte Sindone par un ouvrage à la fois remarquable et lumineux, destiné à exciter les sentiments de piété les plus fervents et à enflammer les cœurs des fidèles de la lumière de la charité céleste, avec une très grande abondance, non moins savamment que pieusement.

Mais de même que, dans l’ancienne Loi, Dieu avait prescrit au Lévitique : « Tu ne glaneras pas ce qui restera après la moisson, tu ne recueilleras pas les grappes tombées dans la vigne, mais tu les laisseras au pauvre et à l’étranger »,

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Aussi, se souvenant de ce précepte et considérant avec attention l’Antithèse de l’œuvre dans sa citation, nous nous efforcerons de cueillir, non des raisins, mais des grappes plus petites ; non de moissonner, mais de ramasser des épis tombés ; non de porter une gerbe entière, mais de recueillir seulement quelques grains. Et c’est avec une main tremblante que nous tenterons d’en apporter quelques-uns, afin de ne pas paraître nous arroger ce qui est plus grand que nous.

Car la croix du Seigneur était plantée sur le Calvaire, et du côté percé jaillissait un fleuve vivant, qui répandait par ses canaux de sang des ruisseaux innombrables. Et pourtant, ce fleuve immense, nous ne l’atteignons pas à sa source, ni ne prétendons en mesurer l’ampleur, ni en décrire la multitude sans nombre.

Nous ne nous souvenons pas non plus de tout ce qui peut être loué dans le Christ, qui, dans les temples, par des traits à peine perceptibles, par une multitude de petites gouttes, fut célébré. En effet, Jérusalem exultait d’une grande magnificence lorsqu’elle se rassemblait en foule, immense par l’afflux de ceux qui accouraient, car Dieu avait voulu donner une abondance si vaste que la mémoire humaine pouvait à peine la contenir.

C’est pourquoi saint Grégoire affirme qu’il est impossible de comprendre pleinement, même en partie, ce qui est grand et presque infini.

Lorsque donc je m’efforce d’exposer ces choses, tandis que je contemple la croix et que la Charité, embrasée, m’entraîne vers ces mystères d’amour divin, une force nouvelle me saisit, et devant le peuple de Bologne, la très sainte Sindone de l’Évangile est déployée ; et les souffrances du corps du Christ, la beauté, la maigreur, la flagellation, les lividités, les blessures, les cicatrices et les reliques de la Passion du Christ sont exposées par une méditation singulière ; de sorte qu’il m’est alors accordé de voir ce que saint Maximien d’Italie vit autrefois.

Car, le premier de tous, à Carthage, il fut rapporté qu’une croix fut tracée sur des tablettes, et que ce signe sacré fut exposé devant le peuple, chaque point est exposé par un récit détaillé, et un très grand fruit en est recueilli. C’est pourquoi il faut l’examiner avec une très grande attention. Pline rapporte que Lucius Mancinus fut vivement admiré pour cette raison.

Or, puisque notre charité s’émerveille ainsi, le Christ Seigneur, après sa mort, a été enveloppé dans la Sindone immaculée, et le suaire a été plié avec un soin extrême. Les Évangélistes en font le récit : Matthieu, chapitre 27 ; Luc, chapitre 23 ; Marc, chapitre 15. Et Jean, chapitre 19, dit : « Ils prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges avec des aromates, selon la coutume des Juifs d’ensevelir. »

Ainsi donc le Christ Seigneur fut enveloppé dans la Sindone sacrée, et des linges furent disposés avec soin ; et pourtant, aucun Évangéliste n’a transmis que cette Sindone ait été remise ou conservée comme relique dans l’Église. Cela toutefois ne fut pas inconnu de Sixte V, souverain pontife, qui, dans son traité sur le sang du Christ, a écrit, et de même Jules II, pontife romain, dans la bulle d’approbation de la sainte Sindone, ainsi que dans les Heures canoniques célébrées dans la sainte chapelle des Augustins de Turin, où la sainte Sindone est vénérée avec le plus grand honneur.

Mais maintenant, puisque la très sainte page dans la sainte Sindone est attestée avec tant de clarté, il convient de considérer ce qui est dit par certains : que le sang du Christ est peint sur la Sindone. En effet, du sang du Christ sont imprimées les marques, et l’on y ajoute les coups, les blessures et les traces du sang répandu, qui apparaissent dans la relique du corps du Christ ; choses qui ne peuvent être feintes, mais qui sont proprement dans la Sindone.

Car si la Sindone n’était qu’une peinture, elle ne pourrait en aucune manière recevoir l’impression du sang ; et il serait très difficile d’y discerner la teinture des blessures, puisque le sang n’aurait pas pénétré dans la chair du Christ, d’où il s’ensuit que cette figure même ne pourrait exister.

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Mais pourquoi le Christ a-t-il voulu que les blessures de son corps — les plaies, les cicatrices, les marques de la flagellation, et surtout les traces de la Passion — soient conservées, et qu’elles le soient par un art si admirable, c’est-à-dire imprimées sur un linge ? Ce ne fut certes pas sans raison que les peintres vainqueurs, lorsque la victoire leur était échue, représentaient aussitôt par la peinture leurs exploits, et les rendaient publics. Ainsi Métellus, prince illustre, fit peindre à Carthage les victoires de la Sicile ; Hiéronyme en fit de même dans la Curie Hostilienne ; Lucius Scipion plaça au Capitole la peinture de sa victoire en Asie. De même, Lucius Hostilius fit peindre non seulement les victoires remportées, mais encore les ennemis défaits. De cette manière, le Christ voulut, comme par des trophées victorieux, que fussent exposées publiquement ses blessures, afin que, par cette peinture même, fussent portés devant tous les témoignages de son combat.

Mais pourquoi la peinture acquiert-elle tant de crédit et de renommée, alors que les peintres se servent de simples couleurs — cinabre, chrysocolle, sandaraque, indigo, pourpre —, et que cependant ils obtiennent tant d’effet par ces mêmes couleurs ? Les louanges du Christ s’en trouvent accrues, puisqu’Apelle, qu’Alexandre fit venir à Alexandrie, bien qu’il ait excellé sur tous les peintres de la ville, et qu’il ait été jugé digne même de la main du roi, ne put toutefois atteindre une telle unité d’effet ; et lorsqu’il osa rivaliser avec le roi, il fut justement réprimé.

Enfin, il y eut une très célèbre audace d’Apelle : ayant offensé l’honneur du roi, il fut averti par celui-ci ; Apelle corrigea alors son erreur avec mesure, effaça la marque de son audace, et répara son offense par une humilité exemplaire. Ce qui montre combien l’unité de l’art humain est fragile.

Mais Apelle peignait avec du carbone et de l’ocre, et cependant il fut admiré comme un très grand artiste ; mais le Christ, lui, a laissé une image infiniment plus admirable, non par art humain, mais par la vérité même de sa Passion il laissera pour les siècles une image impérissable, non peinte avec du charbon, mais avec son propre sang.

Mais afin que notre exaltation de ce fait fût plus ardente, et que la charité du Christ et la contemplation de la piété fussent plus profondément gravées en nous et transpercent davantage nos âmes par l’amour, le Christ a aimé l’Église, qu’il a défendue par sa Passion, d’un amour si ardent qu’il n’a pas seulement livré son sang, mais qu’il a donné son corps à manger et son sang à boire ; et il a voulu demeurer caché sous les espèces du pain et du vin, afin que l’Église, orpheline, fût consolée. Car l’amour veut être uni à ce qu’il aime ; et, lorsqu’il ne peut être satisfait par la présence visible, il est comblé par l’absence.

Ainsi, plus l’amour est ingénieux, plus il cherche de voies pour s’exprimer. Et afin que cet amour ne fût pas réduit à n’exister que lorsqu’il s’éloigne de nous, mais qu’il nous demeure présent, il a voulu nous laisser les réalités suprêmes et les signes visibles. Il a voulu être contenu invisiblement dans le sacrement de l’Eucharistie ; il a voulu, bien que mort, demeurer visible ; il a voulu laisser son corps à nous montrer avec des plaies visibles et indubitables ; et pour cette raison, il a laissé l’empreinte sacrée de son corps sur la Sindone, et les marques de la Passion, afin qu’elles fussent pour nous un monument perpétuel.

Mais peut-être quelqu’un désirerait-il chercher une raison plus élevée.
Qu’il interroge les mystères. En effet, ces choses mêmes qu’il est difficile de comprendre, Jérémie les a connues lorsqu’il disait : « Ah ! Seigneur Dieu, voici que je ne sais point parler, car je suis un enfant. » La raison pour laquelle il fuyait de parler était la grandeur des choses qu’il craignait d’exprimer. Jonas fuyait à cause du mal, mais il courait vers le bien suprême. Il s’enfuit pour ne pas être envoyé, mais il se hâta d’obéir à la volonté la plus parfaite…

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que le pasteur pieux doit s’efforcer d’expliquer, autant qu’il le peut, les mystères obscurs de la Sindone. Car, puisque cette relique très excellente et très noble est connue de tous, il convient aussi que ce qui est caché en elle ne demeure pas entièrement obscur. En effet, les mystères de la Passion du Christ, qui sont figurés dans la sainte Sindone, ne doivent pas être entièrement dissimulés, puisque déjà depuis l’Antiquité ils ont été exposés de multiples manières.

Cependant, comme il est difficile de traiter ces choses en raison de l’abondance presque innombrable des difficultés, dans l’explication des mystères que contient la sainte Sindone, il a paru opportun d’agir avec prudence, selon ce que disait Eusèbe de Césarée dans la préface de son Histoire ecclésiastique : « Les forces de nos esprits sont faibles, et nous ne pouvons pas tous supporter la rigueur d’une investigation trop profonde ; et c’est pourquoi les premiers qui ont osé s’engager dans ces chemins ont dû avancer avec une grande crainte. »

Et moi aussi, bien que je désire entreprendre ce travail, Seigneur Jésus, Sauveur des nôtres, je ne le fais qu’en m’appuyant sur ton aide, afin que nous puissions au moins comprendre quelques vestiges des traces de ta Passion.

Mais afin que ces choses ne soient pas entièrement obscures, je m’efforcerai de les expliquer autant que possible, en ajoutant ce qui pourra aider l’intelligence du lecteur. Car la lumière est introduite dans les réalités obscures par l’explication claire ; et c’est pourquoi, même si l’obscurité subsiste dans certains points, l’excellence de l’ingéniosité peut en être accrue.

Cependant, dans ces matières, la meilleure règle est que l’on procède avec modération, et que l’on ne cherche pas à saisir une gloire humaine par une audace excessive, mais que l’on s’efforce avec patience d’aborder ce qui est difficile, et que l’on s’applique avec une intention droite, sans prétendre expliquer ce qui dépasse nos forces.

Car celui qui, par un zèle trop empressé, se précipite dans ces choses, ne fait souvent qu’obscurcir davantage ce qu’il voulait éclairer. Il faut donc agir avec piété et avec une charité sincère, afin que, ce qui est entrepris pour le bien, ne soit pas retardé par des difficultés inutiles, mais soit mené à bien avec mesure…

Saint Jérôme, dans sa règle adressée à Eustochium sur la manière de prier par les paroles de la vie, rapporte la victoire de celui-ci, parce que, bien qu’immortel en lui-même, il s’est rendu mortel pour nous. Et saint Jean ajoute : « Le fidèle est celui qui s’abaisse humblement, afin d’être exalté ; car si tu es humble, tu n’auras rien à craindre. » L’audace, en effet, n’est pas la marque des chrétiens fidèles ; mais supporter les tourments pour le Christ est une marque certaine de la foi. Et ceux qui n’ont pas craint le jugement de Dieu ont succombé ; tandis que ceux qui ont craint Dieu ont triomphé par les souffrances.

Ainsi les luttes de l’Église pour la religion, autrefois supérieures aux tourments, sont devenues, par la mort du Christ, des trophées de victoire. C’est ce que rapporte Eusèbe de Césarée, livre V, chapitre I, de son Histoire ecclésiastique. Et de même saint Jérôme. Voici donc quelle doit être la condition de ceux qui osent expliquer les mystères du Christ : qu’ils soient humbles, afin qu’ils puissent comprendre ce qui est caché.

Mais surtout une chose est nécessaire.
La mémoire très pieuse de la Passion du Christ a toujours été nécessaire dans l’Église, et les fidèles l’ont eue constamment dans leur invocation ; car, sans l’imitation de l’humanité du Christ, on ne peut parvenir à la suprême béatitude.

C’est pourquoi le Christ Seigneur, en imprimant dans nos cœurs la mémoire de sa Passion, a voulu nous ennoblir par l’institution très sainte de l’Eucharistie. En effet, lorsque nous sommes exhortés à l’amour de Dieu, nous examinons aussi notre charité, nous contemplons la Passion du Christ, et, comme le dit l’Apôtre (Romains 5) : « La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs. »

Saint Augustin dit, dans le livre De doctrina christiana, chapitre 6 : « Personne n’a jamais aimé ce qu’il n’a pas connu. » Et il ajoute que les réalités inconnues ne peuvent être aimées ; et que l’amour est mesuré par la connaissance. Ainsi donc, les signes de l’amour…

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peut amollir la dureté de notre cœur par la contemplation de la Passion du Christ. Ô quelle bénédiction cela pourrait être pour Salomon ! Car ce n’est pas sans raison que le prophète a dit : « Donne-moi l’intelligence, afin que je connaisse tes témoignages » ; car si nous connaissons les réalités divines, nous ne demeurons pas stériles, mais nous portons des fruits abondants.

Ensuite, et ceci vient en troisième lieu :
De grandes grâces ont été accordées par Dieu à ceux qui ont traité ces matières. Et afin que nous ne paraissions pas nous éloigner du chemin, nous parlerons ici avec une certaine brièveté. Car, puisque nous avons commencé, nous devons poursuivre ; et bien que la tâche soit difficile, il est cependant plus aisé d’avancer que de s’arrêter.

Ainsi, ceux qui furent les premiers inventeurs des arts libéraux furent des hommes très savants ; et ce que les historiens ont voulu décrire, nous le lisons dans de nombreux volumes : à savoir que les premiers inventeurs des choses ont donné leur nom à ce qu’ils avaient découvert. De même, la grâce accompagne les premiers efforts : ainsi ceux qui ont été les premiers à expliquer la sainte Sindone ont obtenu des fruits abondants ; non seulement ils ont été supérieurs aux autres, mais ils ont aussi laissé à la postérité des exemples très remarquables de l’explication de la sainte Sindone ; et c’est pourquoi il m’a semblé juste d’exhorter ici, dès le début, à suivre leur exemple, et de persuader que cette explication de la Sindone, commencée par les anciens, soit poursuivie par le plus grand nombre, et que les auteurs ultérieurs tâchent de l’expliquer avec plus de clarté.

Quant à nous, au nom de notre Seigneur et de l’Église :
La vérité est fille du temps, et la diligence du père accroît les patrimoines. Aussi devons-nous accroître et amplifier les dons que Dieu a accordés à l’homme. Et le Christ Seigneur a voulu que la lumière de l’Évangile brillât toujours davantage, afin que la connaissance des choses divines progressât de jour en jour. Dieu, en effet, a voulu que son peuple fût instruit non seulement par les lois anciennes, mais aussi par des lois nouvelles et plus parfaites ; car il est très juste que les réalités les plus parfaites soient proposées à des hommes rendus plus parfaits lorsque la loi écrite fut donnée au peuple, soit par Moïse, soit par d’autres médiateurs, Dieu ne voulut pas toutefois que tout fût manifesté d’un seul coup, mais il réserva certaines choses pour des temps ultérieurs, afin que la doctrine fût rendue plus claire par degrés, selon les lieux et selon les temps.

Ainsi, comme nous l’avons dit plus haut, Esdras, livre IV, fit en sorte que fût établie dans l’Église l’autorité du canon ; et, de même que le canon de l’Écriture fut constitué, ainsi fut établie l’autorité dans l’Église. De là vient qu’Ambroise dit : « Là où est l’Église, là est Dieu. » Réellement, Moïse, sur le mont Sinaï, reçut de nombreuses et admirables révélations, et il étendit leur effet dans le temps. En effet, auparavant, il monta au ciel, descendit, puis remonta ; et, par ces montées et descentes, la loi d’Esdras fut peu à peu donnée, non en un seul volume, mais en plusieurs écrits, prescrivant ceci et cela. D’abord furent reçus les livres de la Loi, lus par les dignes et les indignes ; ensuite furent ajoutés les livres des Prophètes, transmis au peuple, dans lesquels se trouvent la source de l’intelligence et de la sagesse, et un fleuve très abondant de science.

En outre, le peuple du Christ reçut divers sacrements, et une loi très noble dans sa nouveauté, bien qu’ancienne dans son explication. Et lorsque l’Église fut enrichie par divers Prophètes et Patriarches, elle fut rendue plus noble par une multitude de missions ; enfin, le Fils lui-même fut envoyé, non avec les Prophètes et les Patriarches, mais comme accomplissement de la Loi ; et les Apôtres furent envoyés à travers le monde entier.

Et afin que la loi nouvelle fût mieux comprise, Dieu suscita ensuite Athanase, dans la dispute contre Arius, afin que la vérité de la foi fût manifestée avec la plus grande évidence, et que la Trinité des Personnes fût déclarée de la manière la plus parfaite, afin que l’unité de la Trinité, féconde en personnes, fût reconnue dès le jour de la Pentecôte. Il ajoute donc à ce propos, par l’autorité approuvée de Dieu, que selon la diversité des temps, les mystères doivent être expliqués de façon croissante.

De là vient que, lorsque l’Église comparait autrefois le jugement, le Cantique des Cantiques ne s’expliquait pas, comme l’écrit S. Jérôme, qu’au sujet du Christ et de l’Église. Rupert, abbé, l’explique au sujet de la Vierge. S. Grégoire explique le sens de l’âme, Tertullien dans le livre De la Résurrection, Ambroise au sujet de l’institution de la virginité, Jérôme au chapitre 66 d’Isaïe, Origène dans l’homélie 4 sur le Cantique de Salomon, Bernard dans le Cantique de l’Église expliquée, et bien d’autres encore. Et même la lune nocturne, lorsque le temps est éclairé, est située dans l’Église ; la fumée est comprise dans les nuages nuageux, les sauterelles et les chenilles sont comprises dans les ordres des hérétiques. À la fin de l’Apocalypse de Jean, la Reine Rutile est appelée épouse de Dieu, comme dans le chapitre 1 et 2. Dans l’Église de Dieu il est permis à tous d’occuper le lieu qui leur convient, à condition qu’ils exercent ce qu’ils ont reçu, et qu’ils accomplissent ce qui leur est assigné, comme l’approuve S. Irénée au livre 3, chapitre 5. Cyprien, dans le livre De l’unité de l’Église. Tertullien, au livre contre les Judéens, chapitre 3. Athanase, dans le livre De l’Humanité du Verbe. Augustin, épître 75 et 124. Matthieu. Théodoret, au livre Des fables grecques. Le sermon de S. Pierre et de Paul. Que la vérité soit établie par ces témoignages, comme l’a dit l’Apôtre, et que David l’affirme : “Dans toute la terre est sortie leur voix, et jusqu’aux extrémités du monde leurs paroles.”

 Il faut donc faire attention, dans la création du monde, au champ de la méditation, afin que les âges du monde ayant été constitués, de multiples disputes renouvelées nous soient corrigées ; qu’il soit difficile de comprendre certaines choses, que l’illustrissime cardinal Baronius, très remarquable historien de notre temps, a annotées avec sagesse et martyrologe. Quant aux chapitres, qu’il a expliqués. En effet, dès l’origine du monde jusqu’au retour du Christ, Rabbi Nathan a calculé 3770 ans ; Rabbi Abraham 3754 ; Hébreu anonyme 3760 ; Jérôme 3958 ; Bède 3252 ; Picus Mirandula 3998 ; Ioannes Lucidus 3960 ; l’abbé Vigenius 3962 ; Théophile 974 ; Charles Borromée 3989 ; Joseph Matthieu 410 ; Odon d’Autun 420 ; Cassiodore 497 ; Origène dans Matthieu 430 ; Épiphane de Salamine, épître 529 ; Paul Orose 504 ; Philon le Juif 595 ; saint Hilaire 596 ; Eusèbe de Césarée 519 ; Jean Naucler 520 ; Albunassar, astronome, 532 ; Augustin 535 ; Suidas 560 ; Lactance 508 ; Philastrius de Brescia, épître 501 ; Alphonse roi d’Aragon 584 ; Génébrard 409 ; les chrétiens d’Afrique 396 ; à Eusèbe de Césarée est attribuée l’interprétation de la Septante ; l’interprétation hébraïque fait 519 ans. Depuis Adam jusqu’à la naissance du Christ, divers auteurs calculent diversement. Le plus récent compte 6000 ans, car il n’est pas permis de dépasser six mille ans, depuis la création du monde. Aucun écrivain ancien ne compte plus de 6990 ans. Ainsi donc notre opinion est fondée, qui, selon le jugement unanime des anciens, affirme que les calculs de la création du monde sont variés, et que rien de certain n’est établi, ou que la diversité des calculs a produit cette incertitude. Jean Chrysostome l’enseigne, et encore et encore les divers accroissements des temps ont produit des calculs incertains de l’Église.

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Si l’on observe les écrivains ecclésiastiques, l’histoire évangélique est rendue très manifeste par eux ; aucun d’eux n’a écrit autrement que les Évangélistes eux-mêmes. Matthieu écrit en tant que rédacteur et interprète ; Marc et Luc ont dit ce qu’ils ont entendu ; et ils ont transmis ce qu’ils ont reçu. Il n’y a donc aucun doute, sans grande audace, que le mystère ait été transmis avec la foi. Enseignent ainsi saint Cyrille d’Alexandrie, livre 4, et saint Jean Chrysostome dans son écrit sur l’Écriture sacrée, chapitre 4. Le lauréat des docteurs, saint Augustin, fait confiance à la vérité. En outre, bien que ce mystère doive être caché par de nombreux lieux, Étienne certes de Césarée, cité dans le texte, l’enseigne de manière occulte ; cependant ce qui est caché ici est désigné là-bas, parce que les Évangélistes n’ont rien transmis à l’Église par des obscurités et des choses incertaines. Certains ajoutent, disant que les Évangélistes, au sujet de la crucifixion du Christ, ont remis les faits et versé des larmes ; et que les mystères de l’exacte crucifixion ne pouvaient être expliqués.

Troisièmement, ajoute César Caldararius, dans son petit livre intitulé Trophées de la Croix, que les Évangélistes, nourrissant la foi du Christ, n’ont pas pu expliquer commodément les souffrances du Christ, ou bien les expliquer exactement, par crainte de ne pas être crus ; à l’exemple de Timantès, le peintre, qui, ayant peint Iphigénie sacrifiée, lorsque de nombreux assistants étaient présents, les a peints très affligés, mais a voilé le visage du père Agamemnon, parce qu’il n’était pas possible d’exprimer le chagrin du père ; de même les peintres très anciens ont peint les souffrances du Christ, voilant le Père, parce que peindre la douleur n’était pas possible. Ainsi aussi les Évangélistes.

Quatrièmement, ajoute Jean Lengfrigius, dans l’élucidation des souffrances du Christ, disant : “Vois combien l’Évangéliste raconte brièvement la crucifixion, car il n’était pas possible d’expliquer le mode de la mort ; il n’était pas convenable à l’Évangéliste de prêter foi aux médiations humaines, et de s’attribuer la cause et la production de sa propre victoire ; en effet, il était plus utile pour l’édification de la foi de méditer sur ce qui était vraiment accompli, que d’expliquer les choses qui ne sont pas contenues dans l’Écriture, ni de définir quoi que ce soit contre l’Église, ni de provoquer un danger pour la victoire, mais de méditer ce qui concerne l’amour, la compassion et la dévotion.”

On ajoute encore l’admirable traité de la Providence, dans le livre des saints docteurs sur l’admirable gouvernement du monde ; comme si le gouvernement de tout l’univers avait été exploré avec soin, et que la Providence divine, singulière néanmoins, gouvernât l’Église par la disposition des sacrements, des mystères cachés et des admirables épreuves. En effet, dans tant de camps et de très nombreuses disputes déclarant le champ de la foi, on ne pouvait extirper les bruits et les angoisses. Mais au sujet des choses futures, on concède qu’il faut se fier à l’auteur de la foi ; et que, selon la Providence divine, à laquelle les choses religieuses sont assignées, les temps sont révélés selon une raison féconde. Et dans les commencements, la noblesse religieuse a heureusement inventé les sacrements et la foi de la crucifixion du Seigneur ; car bien que les persécutions aient exercé l’Église, cependant la victoire du Christ n’a pas été mise en doute ; la foi du Christ a été exaltée ; Dieu a voulu cacher la manière de l’œuvre, afin que la foi, nourrie par les œuvres, ne s’affaiblisse pas sous les coups de l’injure. Et, la paix de l’Église ayant été rétablie, Hélène, mère de Constantin, a allumé le cœur, afin qu’elle conquière la gloire de la Croix…

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Il se rendit avec zèle à Jérusalem, et la Croix du Christ, très magnifiquement ornée, fut retrouvée après un intervalle d’environ trois cents ans, et fut révélée par Hélène, mère de Constantin. Environ l’an 105, à Antioche, dans l’Église, la naissance du Christ commença à être célébrée, afin que les peuples barbares, qui auparavant avaient méprisé la miséricorde, recherchent désormais la foi. André l’Apôtre, le dominicain Lazare de Vérone, dont l’incroyable vertu des barbares fut prodigieusement répandue, et d’autres auteurs de ce genre. Guilielmus Tyrius, livre 6, chapitre 4. Paul Émile, livre 4 des Gestes des Francs. L’auteur du Supplément des Chroniques fut très célèbre dans l’histoire pour ces paroles : il disait que sous les temps d’Henri Ier empereur, des conciles très nombreux furent tenus, l’an 1015 de l’Empire. André, fils de Boniface, comte de Mantoue, abbé et évêque, rapporte qu’il apparut clairement que le peuple du Christ était accru, que les ennemis du Christ étaient dispersés, et que Bologne avait prospéré sous des lois excellentes. Et par des mouvements de terre fréquents, parce que le sang du Seigneur et l’eau avaient été répandus, l’usage des bains fut supprimé, et il ne fut pas permis d’ignorer de telles choses. Mais ces choses-là ne sont pas à retenir parmi les disputes. Qui donc admirera que tant de peuples aient dormi si longtemps, lorsque ceux qui prédisaient les temps futurs furent aussi longtemps expérimentés, ceux-là mêmes qui devaient annoncer la résurrection du monde ? Enfin, par la foi, l’admirable doctrine fut manifestée, qui fut établie à Rome sous le pape Grégoire XIII. Pont. Max., et que les générations ultérieures ignorèrent. Quand donc la religion fut restaurée chez les Romains, le Martyrologe romain fut réformé avec bonheur par Grégoire XIII, pape, malgré les controverses suscitées par les gens.

En effet, les actes des saints, bien qu’expurgés, sont mis en circulation dans le catalogue des saints, afin que les choses prochaines soient vues, et que les peuples apprennent à être pieux, ce que la majesté pontificale a généré. Les livres des papes et des saints, presque innombrables, excèdent en nombre. Cela s’explique d’autant plus heureusement que, bien que le corps du Seigneur ait été enfoui, les lieux furent indiqués, les monuments établis, et la vérité fut conservée par les écrits publics, ce qui est l’indice principal de l’antiquité, et qui rend les hommes pieux, et confirme la foi. Que dirai-je des docteurs, et des très illustres ? Le cardinal Baronius, dans l’année du Christ 351, numéro 45, rapporte ces choses avec des témoignages très assurés.

Il reste encore à expliquer certaines choses futures. D’abord, on doit comprendre le Soudarium, qui était porté sur la tête du Seigneur. Le Soudarium, dit l’abbé Isaac, c’est le linge. Qu’est-ce que le Soudarium ? dit Isidore. Le Soudarium est le linge porté sur la tête du Seigneur. Et ce qui est appelé Soudarium sur la tête du Seigneur est indiqué comme étant le linge. Ce que nous appelons linge, les Hébreux l’appellent hyperperion de la tête, et ils font ainsi le Christ voilé. Mais en vérité, ce qui est sur toute la tête, est appelé un suaire, parce qu’il fut posé sur la tête du Seigneur, et ainsi est signifiée la Sindone, qui est expliquée très magnifiquement par saint Bonaventure dans les Annales de la vie du Seigneur. Bède le recueille au livre 1 des Cantiques, chapitre 5, disant qu’il y eut plusieurs suaires : l’un fut posé sur la tête, l’autre autour du corps. Et il enseigne que le Soudarium fut posé sur la tête du Seigneur, et qu’ainsi il était plié. Ainsi donc, ici aussi, le corps du Christ fut enveloppé, et ce qui était posé sur la tête du Seigneur touchait aussi les extrémités du suaire.

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Ce qu’il faut comprendre ainsi. Ce que l’abbé Joachim écrit ici, comme venant d’une certaine autorité, est vu comme ayant été ainsi. De cet auteur il est écrit par Sixte de Sienne, livre 4 de la Bibliothèque sainte. Joachim, abbé du monastère florentin de saint Benoît, de Calabre, homme rigoureux, versé dans les Écritures divines, et exercé, fut de son temps tenu pour un prophète très véridique, appelé frère Rainerius du Pont en toute l’Église prophète, bien que d’un style rude et obscur, dans lequel de nombreuses choses furent écrites concernant les temps futurs de l’Église, et dont les prophéties, difficiles, multiformes et profondes, furent expliquées par certains auteurs. Claruit sous Frédéric empereur et sous Henri, l’an du Seigneur 1200. Matthieu Palmerius l’ajoute dans les Chroniques d’Eusèbe. Joachim fut appelé prophète par esprit divin. De là il est enseigné et écrit par le concile de Chalcédoine, livre 4, sur les choses futures. Des pontifes, ce qui est prédit par Joachim, bien que cela ne soit pas communément reçu par les docteurs italiens, fut cependant prédit en plusieurs endroits, et par les pontifes il fut permis, et il advint. Et cette chose admirable est rappelée ici. Car s’il y avait eu un homme ignorant, ou un novice n’ayant pas l’érudition, il n’aurait certes pas inventé certaines choses dans l’Italie monastique de Nazareth, où Mona Horum fuit, quand apparut un homme d’une très grande beauté, qui, vêtu de poil, tenant une amphore ancienne, debout dans une foule d’hommes excellents, disait ceci : Celui qui entend, boive et soit rassasié du fleuve, l’amphore rendra les choses de la foi biblique. Ensuite, dans les colloques et disputes, venus avec des hommes très savants, il apparut pleinement qu’il avait atteint une grande science. Ensuite l’abbé, élevé à la dignité pontificale, annonça de grandes choses au Vatican et au futur, jusqu’à ce que tout fût enfin confirmé. Car tout ce qu’il avait prédit s’est accompli, bien que certains Italiens aient été contradictoires au début. Ici apparaît cette chose admirable, que Gabriel Barrius, avocat, et abbé Joachim lui-même ont attesté, en présentant une intelligence si riche, disant : J’ai conçu un fils avant d’être baptisé, et j’ai vécu chaste après. Mais afin que ces choses fussent vues au-dessus de l’autel, les pères furent tous présents, alléluias, et des psaumes furent chantés parmi nous. De telle sorte que l’autorité de cette doctrine a grandi, et que Lucius III, Urbain III, Alexandre III, pontifes romains, ont ordonné, confirmé et prescrit, et dans les livres de l’Apocalypse ont décrit ces explications.

Ainsi donc, par tant d’autorités, surtout par des recommandations et des témoignages de très grands auteurs, on pourrait presque dire : je confesse que l’abbé Joachim était tel qu’il l’a montré dans le livre qui fut la correction de l’Église romaine, et qu’il en fut ainsi.

Ce qui concerne le troisième point fut fondé en nous par Dieu lui-même, et ce que de nombreux écrivains du Christ ont fondé. Le Soudarium, la voix même du linge, est hors du linceul, et le linge fut posé hors du suaire. Toutefois, dans le livre du linceul du Christ, il est dit que le linceul était dans lequel les sauveurs du Christ furent enveloppés. Quoi qu’il en soit, le cœur du Christ lui-même, attaché par amour, Caritès l’explique chez sainte Brigitte, livre 4, chapitre 51, disant : Du linceul même …

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ce que j’ai fait, afin que la sueur de mon sang fût essuyée du corps, et que je demande au Père si la coupe peut passer loin de moi ; du visage de mon petit corps a coulé une sueur de sang, en signe de la future effusion de mon sang. Mais les premiers linges du Christ furent, ceux-ci, les linges du Christ Seigneur. Le linge d’Abgar, roi d’Édesse. Le troisième linge fut celui de Véronique. Le Soudarium, qui fut posé sur la tête du Christ, est un monument très ancien, que l’on appelle la Sainte Sindone. De tous ces linges du Christ, l’âme pieuse se nourrit.

Du linge d’Édesse, on traite ailleurs, enseignant que sous l’abbé Édesse, roi d’Édesse, le visage du Seigneur fut peint, et que l’effigie du Christ fut reçue avec admiration. Mais l’effigie véritable et éclatante, qui devait être contemplée sur le visage du Christ, nul ne peut la comprendre en halluciné ; le Christ, qui dans le royaume d’Abgar, selon sa volonté propre, imprima la ligne de son visage, afin que l’image fût empreinte, et qu’Abgar fût affermi dans la foi. De ce linge, l’histoire est confirmée par Nicéphore, livre 2, histoire ecclésiastique, chapitre 7 ; par Jean Damascène, livre 4, chapitre 17 ; par Eusèbe, livre 1, chapitre 4 ; par Ecclésiaste, chapitre 27 ; par Jean, chapitre 9, verset 41 ; par Jean, chapitre 3, versets 6 à 9 ; et ailleurs encore. Le Soudarium du Saint, qu’on appelle non fait de main, est rapporté vers le temps de Léon empereur. Le roi Édesse demanda qu’il fût vénéré, non fait de main humaine, et qu’il fût adoré par le peuple, selon le Synode d’Édesse, rapporté par Étienne pape, et par Adrien pape, livre 2, dans le tome du Concile, chapitre 103. Adrien pape parle des images, où il dit du Soudarium qu’il était adoré presque de la même manière que l’image la plus ancienne. Préfère Alciat, livre des Traditions, partie 2, sur les antiquités des images. Conrad Brunus, livre des Images, chapitre 15. Conrad Klingius, livre des Lieux communs, chapitre 70. Paul Grillandus, livre de la foi catholique véritable, chapitre 3. Franciscus Suarez, dispute 64. Cottatius Porphyrius.

On traite ici en particulier de la Véronique. Paul Grillandus, dans le livre cité, affirme qu’elle fut apportée à Gênes. Il y eut dans l’Église une fête de saint Barthélemy. Ce linge fut porté pour la première fois à Constantinople au seizième jour d’août. On le trouve dans le Ménologe des Grecs, et chez Zonaras, tome 3, aux annales romaines de Léon le Copronyme.

Du linge de Véronique, on traite ici. Ils appellent le Christ cloué à la Croix, avec le fer calvarien, et le linge appliqué au visage ensanglanté d’une sainte femme, nommée Véronique, reçut l’effigie, de telle sorte que l’image, une fois appliquée, demeura immobile et imprimée. Cette description est mise en scène par Adrien, dans le théâtre de la terre de Jérusalem, livre 44, chapitre 3, mais elle est reçue comme fabuleuse, car la Véronique n’est pas mentionnée par le même Évangile ; cependant saint Cyrille rapporte que l’image du Seigneur a été faite de manière non peinte, mais imprimée par le Christ lui-même. Le nom de Véronique vient de vera icon, image vraie. Le Sauveur imprima le visage sur le linge. Par ce linge, un grand nombre d’exemples furent tirés, et il fut donné aux peuples pour être vénéré. Ainsi Bède le Vénérable, livre 4 sur la Sagesse, chapitre 7. Pierre le Vénérable, livre 3 sur les Images. Conrad Brunus, livre des Images, chapitre 3. Conrad Klingius, livre des Lieux communs, chapitre 70. Paul Grillandus, dans le livre de la foi catholique véritable, chapitre 3. Ecchius, sur la Passion du Christ. Actes, confession de Jean Turrecremata. Franciscus Suarez, dispute Thomas de Médicis, partie 3, chapitre 25. Rutilius Benzonius, livre 1 de la fuite, chapitre 1, folio 9. Il enseigne que cette image fut apportée à Rome. Vigenius, dans ses Institutions théologiques, livre 6, chapitre 66, dit que ce linge fut sous Tibère. Innumerables honneurs furent rendus au Christ. Suétone rapporte la même chose. Cependant Sénèque ajoute qu’elle fut placée dans le nombre des dieux.

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Mais je reviens à la cause antérieure, afin que les choses déjà dites soient tenues. Il est licite, en effet, à cause des remarquables choses admirables qui furent accomplies par le Christ sous Tibère, d’écrire que Ponce Pilate, dans une lettre adressée à César, comme il est dit dans l’Histoire ecclésiastique, livre 2, chapitre 2, en fit mention. En outre, puisque presque tous les écrivains les plus anciens ont transmis cela, et que ce qui aujourd’hui est tenu avec vénération dans l’Église du Vatican, et est conservé, ce qui fut transmis par Alphonse Paleotti, infra chapitre 3, et ailleurs, concerne le linge.

Du troisième Soudarium, on parle ici en ce qu’il fut autre que le linge de la Sindone, et qu’il fut un Soudarium posé sur la tête du Christ, comme on l’a vu ci-dessus, et comme on le lit au livre 20. Car le Soudarium, selon l’usage propre des Juifs, lorsqu’on embaumait les morts, fut placé séparément dans un autre lieu, à savoir à l’endroit où le Christ fut enseveli, et il était conservé séparément des autres linges, et posé sur la tête, comme Jean l’atteste, dans le Lazare ressuscité. Il est donc dit expressément que les linges furent posés, mais que le Soudarium était plié à part. Or le linge de la Sindone était placé autour du corps du Christ, et portait l’effigie imprimée, et il fut offert à la vénération. De ce Soudarium certain, Joachim dit que nous voyons le Soudarium être posé sur la tête. Expliquer ce linge autrement n’est ni fort ni manifeste, puisqu’il est dit que le Soudarium fut posé sur la tête, et non dans le même lieu. Saint Jean Chrysostome confirme cela, disant que le Soudarium indique que le corps fut enseveli, et que les linges furent laissés, et que le Soudarium fut posé à part. Nicéphore Calliste, livre 1 de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 23, dit :

La vérité de la Sindone est tirée de la diversité des Soudaria ; car la Sindone fut le linge qui enveloppa le corps du Christ ; mais le Soudarium fut autre, qui fut posé sur la tête ; et ainsi le corps fut enveloppé, et la tête fut couverte. Et parce que les Évangélistes écrivirent avec une grande sobriété, ils ont laissé beaucoup de choses à comprendre, selon la coutume des Juifs, comme lorsque le corps était enseveli, et que le Soudarium était placé à part. Et ainsi le Soudarium n’était pas posé avec les linges, mais en un lieu séparé. On lit cela au chapitre 33, et chez saint Grégoire, Homélie 22 sur l’Évangile. Ici donc, lorsqu’il est dit dans un seul endroit que les linges furent laissés, on comprend qu’ils furent laissés ensemble ; mais lorsqu’il est dit séparément, il est montré que le Soudarium était à part. Par le Soudarium, on comprend donc qu’il fut posé sur la tête du Seigneur, et par là la disposition divine est intelligible, afin que rien ne fût laissé à la définition humaine. Jean nous indique le rite de ce Soudarium lorsqu’il dit : le Soudarium qui avait été sur la tête de Jésus. Ainsi l’explique saint Jean Chrysostome, et d’autres encore. Le Soudarium, qui fut posé sur la tête de Jésus, ne fut pas dans le même lieu que les linges. Saint Jean Chrysostome dit : Mais si l’on considère que le linge indique que le corps fut enveloppé, et que le Soudarium indique que la tête fut enveloppée, il est clair que les linges furent laissés, mais que le Soudarium fut posé à part.

Cependant, parmi les scolies des saints, il y eut aussi une opinion très ancienne. L’explication est incertaine, bien qu’il y ait un seul titre, que les linges furent pliés ; cependant rien n’est laissé à l’inscription humaine. Mais puisque de nombreuses choses furent laissées sans explication, elles sont dites proprement explicables ailleurs.

On traite ici de l’ordre des linges. Le lieu plus élevé de ce mystère est introduit, et est expliqué par d’autres. Bien dit : De la Croix on ne dit rien ; car Luc n’en a rien ; des clous non plus. On dit seulement que la croix fut dressée, que les pieds furent fixés, que la terre fut ouverte, et qu’ainsi les clous furent manifestés. Et lorsque les membres du Christ furent étendus, la croix fut dressée ; parce que si le Christ avait été extrait de la croix, il n’aurait pas été dit proprement qu’il fut crucifié…

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mais les clous ayant été retirés, il est dit qu’il fut crucifié. Le verbe est pris au sens figuré, comme si l’on disait « décoré ». Le texte grec selon Luc, chapitre 23, explique cela clairement ; et les édifices sont dits tels, lorsqu’ils sont ornés. Il n’est donc pas vain ni oiseux que l’auteur évangélique ait rassemblé la cause de la sainte Sindone, afin que le Christ ne soit pas pris pour un fantôme. Car cela est confirmé par les témoignages très anciens des Évangiles, contre les hérésies. Et si l’on examine avec soin les dignités romaines et le titre de Philbertus Pignorius sur l’origine de la Sindone évangélique, Jean Calvin est hérétique, et plusieurs autres, qui, par calomnie, ont déclaré la Sindone comme cambrée par les usages de la vénération. Mais le Christ ne fut pas un fantôme, comme l’enseignent les hérétiques ; comme l’atteste saint Jean, chapitre 19, disant : ils prirent le corps de Jésus, et le lièrent avec des aromates, comme c’est la coutume chez les Juifs d’ensevelir. Moins toutefois il est dit que les linges furent laissés, comme chez Jean, chapitre 11, lorsque Lazare sortit, lié aux pieds et aux mains de bandelettes, et que son visage était enveloppé d’un Soudarium. Il est aussi dit du Soudarium que les linges furent posés, mais que le Soudarium fut posé à part, non avec la Sindone. Il est donc manifeste que le Christ reçut d’abord la Sindone, et que le Soudarium fut posé à part ; car la tête du Christ ne pouvait être contenue dans la même Sindone. Et il n’est pas permis de transférer à l’autre ce qui appartient à l’un. Ainsi la Sindone fut appliquée d’abord au corps, et le Soudarium à la tête.

On objecte pourtant : mais si la Sindone n’avait pas contenu le corps du Christ, pourquoi serait-elle appelée Sindone ? Je réponds : elle fut appelée Sindone parce qu’elle put envelopper le corps, et elle enveloppa le corps ; et le Soudarium ne l’enveloppa pas. Réfléchis à ce que dit Hugues de Saint-Victor, livre 2 des Sacrements, partie 4, chapitre 1. Réfléchis à la science, et définis ce qui est admirable, car il n’est pas impossible qu’une chose différente soit faite de manière semblable. Car si l’on considère l’omnipotence, rien n’est impossible à Dieu. Et quand on cherche à savoir comment Joseph enveloppa le corps, il faut recourir à une autre raison : car si l’on admet que des aromates furent abondamment répandus, il apparaît que le corps ne pouvait être enveloppé sans linceul. Mais les Évangiles eux-mêmes confirment cela, car dans Jean, chapitre 20, Nicodème est appelé sénateur. Sa noblesse fut grande, car il n’était pas l’un des petits ; ainsi il pouvait apporter une grande quantité d’aromates. Et c’est pourquoi, comme le dit saint Jean Chrysostome, Homélie 75 sur Jean, il est rapporté que Joseph fut noble, afin que l’on comprenne l’abondance des aromates. Car Nicodème, qui est appelé aussi Rhamathée, fut un homme riche. Et Rhamathée est dite une cité des Lévites, et dans Sophonie et Éphraïm, elle est souvent mentionnée. Adrien rapporte ces choses chez plusieurs chrétiens dans les traités théologiques.

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Dans le Théâtre de la Terre Sainte, dans la tribu d’Éphraïm, livre 70, on enseigne l’antiquité véritable de Saül, premier roi du peuple d’Israël. Mais revenons au prophète Samuel. Le Christ fut pieusement descendu de la croix par ses disciples ; et le corps du Christ, retiré de la croix, fut enseveli par Nicodème et Marie, comme le rapportent les Évangélistes. Sa magnanimité est claire, car il entra courageusement chez Pilate, et demanda le petit corps de Jésus. Or qu’aucun ne s’étonne que le Christ ait été enseveli par Nicodème et Joseph, et qu’il ait été mis au tombeau, puisque le corps fut crucifié sur la croix, et que les clous furent retirés. Luc, livre 23, en témoigne. Chez les Juifs anciens, même sous Pilate, une grande audace était permise. On voit clairement que les Juifs n’étaient pas persécutés, mais qu’ils agissaient librement sous la loi romaine. Guillaume Pignon et Ludolph le Chartreux enseignent que ce qui fut fait à l’égard de Pilate, et surtout à l’égard du petit corps de Jésus, ne peut être attribué à une audace téméraire, car la noblesse de Joseph fut reconnue, et il était décurion noble, et il se rendit avec assurance. Pierre Comestor, dans l’Histoire évangélique, chapitre 150, dit que Joseph fut de l’ordre de la curie. De cela, l’auteur du Supplément des Chroniques, dans l’année du Christ 33, dit que, lorsque les apôtres furent dispersés, l’Évangile de Judas fut rendu parfait par le Christ, mais que les autres, bien qu’ils fussent venus après, n’atteignirent pas tous la perfection. Mais le Christ lui-même fut manifesté à ses disciples, et les rendit bienheureux, glorieux, et ne laissa aucun doute. Ces choses sont célébrées dans le Martyrologe romain le 17 du mois de mars. De là les louanges du procurateur Laurent Justinien, livre du combat triomphal, chapitre 25. Mais revenons encore aux louanges de Nicodème.

Brisons, dis-je, et nous-mêmes louons Joseph dans la sublimité de la piété, car le Christ, descendu de la croix, fut enseveli avec honneur, ce qui est digne de louange. De même Gamaliel est juste, et tel est l’auteur du Supplément des Chroniques, dans l’année du Christ 33. Le prince fit cela. Le Christ, ayant été rendu à Jésus dans la nuit, fut reçu par Simon, qui intercéda en sa faveur. Ici apparaît l’office du corps du Christ, la piété de Judas reprise, et les persécutions horribles apaisées, ce qui montre que la passion du Christ fut accomplie avec circonspection. Ce qui est dit apocryphe cependant n’est pas tel en soi, puisqu’il doit être vu comme quelque chose de pieux. On rapporte chez Voragine, dans son invention, que Nicodème ne fut pas d’abord le principal initiateur, mais qu’il fut un homme bon et pieux, vénéré pour sa sagesse. Mais la mort du Christ fit croître l’instrument de la Passion, et la religion de la Passion du Christ fut instituée avec une diligence humaine, et, comme on pouvait, la grandeur du mystère fut recueillie. L’image du Christ sur le linge, et la similitude, sont dites avoir été imprimées sur le linge. Dans ce milieu, l’ensevelissement du Christ est dit être figuré par une autre mémoire de la Passion du Christ, et l’instrument est dit être déposé, comme la Sindone fut déposée chez les Juifs. De là Jacques de Voragine, dans son invention, décrit admirablement Nicodème comme un miroir de la vertu, orné de toutes les couleurs, fondateur de nombreuses choses. Ainsi donc la Vérité se défend elle-même. De là les inventions de saint Augustin. Mais cependant Joseph et Nicodème, et comme les fils de Marie, la Mère de Jésus, ont enseveli le Christ descendu de la croix, sans prix, de telle sorte que, même s’ils avaient enseveli le Christ de la croix, ils furent brièvement, par la Sainte Sindone.

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La sainte Vierge sainte Brigitte rapporte qu’une révélation fut faite à la bienheureuse Vierge, livre 2 des Révélations, chapitre 21, en ces termes : Moi, Dieu, Nicodème et Joseph, qui avons retiré mon corps de la croix, l’avons appliqué au linceul de lin ; et nous avons protégé les pieds. Selon l’usage des Juifs, on retirait les corps de la croix avec un grand soin ; d’abord ils descendaient le corps, et ils enlevaient le sang au moyen de linges, et ils l’essuyaient par la paille, puis ils le plaçaient dans un autre linge de lin ; et lorsque les Juifs faisaient cela, ils prenaient soin de protéger la tête et les pieds. Car lorsque l’on enveloppait le corps, on enveloppait d’abord les pieds, ensuite la tête, et ensuite le corps tout entier, et l’on posait la tête de manière à ce que le visage ne soit pas comprimé, afin que le sang ne se répande pas. Ainsi la bienheureuse Vierge rapporte que le corps du Christ fut enveloppé par la Sindone, et qu’il fut porté au sépulcre. Ce qui est confirmé par la coutume de Césarée, selon laquelle les corps étaient placés dans un nouveau monument, ce qui, si le livre des morts l’exigeait, se faisait avec une grande piété, comme l’écrit Adrien dans la description de Jérusalem, numéro 239.

Des aromates et de leur usage. On trouve que les aromates, en quantité abondante, furent employés dans les sépultures des morts. Ainsi Jean l’atteste en plusieurs endroits, disant, chapitre 19 : Nicodème vint apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. Et cela était une coutume très ancienne, comme il est écrit dans la Genèse, chapitre 50. Chez les Égyptiens, on rapporte que les cadavres étaient assaisonnés avec des aromates, selon les auteurs très anciens, comme l’attestent Pline, livre 11, chapitre 36, et Callius Rhodiginus, livre 7 des Leçons variées, chapitre 9.

Callius Calcagninus, dans ses collections d’antiquités. Lilius Giraldus, sur les divers rites funéraires. Jean Benus, dans le livre sur les momies, chapitre 5. Car il écrit que les corps des rois d’Égypte étaient salés ; les orateurs appellent cela honorer par l’embaumement. Ils avaient des prêtres, appelés taricheutes, pour préparer les corps. Ces derniers ouvraient le corps, retiraient les viscères, et l’extrémité du corps était lavée avec du vin de palme ; ensuite ils remplissaient le corps de myrrhe, de cannelle et d’autres aromates, sauf l’encens ; puis ils oignaient tout le corps avec des huiles, et ils l’enveloppaient dans un linceul de lin très fin. Ainsi Mirbaldus dit que cela ne doit pas être autrement entendu. Les corps des morts étaient ainsi conservés longtemps, et même parfois jusqu’à cent ans. Après cela, on les déposait dans des grottes ou des tombeaux. Ce procédé fut aussi utilisé chez les Hébreux, afin de conserver les corps des défunts. Car, comme l’Écriture le rapporte, les corps des morts étaient embaumés et ensevelis avec soin. Et plusieurs autres choses encore sont ici omises à cause de la brièveté. Il est cependant certain que de nombreuses nations ont appris des Égyptiens à ne pas laisser les cadavres sans soins, mais à les préparer. Les Éthiopiens extrayaient le cerveau par les narines, et ils retiraient les viscères par une incision du ventre ; puis ils oignaient le corps avec des herbes aromatiques, afin de conserver l’odeur et de prévenir la corruption. Ainsi l’Abyssinie fut aussi enseignée par les anciens à pratiquer ce rite. Les auteurs du Supplément des Chroniques rapportent que Nemroth, dont il est fait mention dans la Genèse, chapitre 11, fut un homme à la langue rusée, et qu’il établit le premier royaume dans le monde, et qu’il fut appelé par un autre nom, à savoir Ninus, et qu’il fut le premier des Babyloniens…

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fondateur, ce qui est probable, bien que très ancien, et attesté par des hommes très anciens. Ici donc Ninus bâtit la ville de Ninive, qu’il appela de son propre nom. Ainsi Ninus mourut, et après sa mort, on rapporte que son corps fut enterré ; et qu’on érigea un monument en son honneur. La croyance fut transmise, et le bruit se répandit parmi le peuple, que quelque chose de divin résidait en Ninus, prince. C’est pourquoi on recueillait et on conservait la statue de Ninus le père. Et puisqu’il était cru qu’il tombait du ciel, on crut qu’il fallait le recevoir, l’enseigner et le vénérer ; et ainsi l’erreur du diable s’infiltra peu à peu dans le peuple. De là on attribua l’honneur divin aux hommes, et l’on crut que Ninus était un dieu, et plusieurs commencèrent à être appelés par ce nom. De là Baal, Baël, et Belphégor, Béelzébub, Baalim, etc. Mais ceci a peu de rapport avec notre propos, sinon en tant que cela concerne la coutume des morts, car les corps des morts étaient oints d’aromates, selon l’usage des Juifs, des Égyptiens, des Assyriens et d’autres peuples. Mais cela regarde le rappel des morts, et le culte des corps, afin que les corps, ainsi traités, ne se corrompent pas. De là aussi les Juifs oignaient le corps du Christ avec des aromates. De là l’aloès fut trouvé pur, qui chez les Assyriens et les Égyptiens servait à embaumer les corps ; ainsi ils extrayaient les viscères, le cerveau et les parties grasses, ce qui était plus facile à conserver, et, après avoir retiré les entrailles, ils les remplissaient d’aromates, et ainsi les corps étaient conservés. De là aussi les Juifs oignaient les corps avec des aromates ; et le corps du Christ fut oint, afin qu’il ne se corrompît pas. Et cela doit être entendu, car le corps du Christ ne pouvait être enseveli autrement. Ainsi la sainte Sindone, qui montre pour nous l’effigie du Christ, doit être vénérée dans son intégrité, non altérée par aucun défaut, en mémoire. À Lydda aussi, dans les sépultures des cadavres, on avait l’usage de l’extraction des viscères. Ainsi Lazare, la putréfaction étant reconnue, ne put être ressuscité qu’après l’évacuation. Ainsi la clarté de la connaissance de la Sindone est reconnue.

Que la sainte Sindone ait été imprimée. Il est très probable que l’effigie du Christ ait été imprimée sur la sainte Sindone de manière non peinte, mais par le contact même, parce que même auparavant, si l’on doit croire Philbertus Pignorius, dans son petit ouvrage sur la Sindone évangélique, ce qui est très probable, que si l’on disait que les aromates furent mêlés avec des liquides, et que le corps fut oint, tant les pieds que les autres membres, il ne pouvait arriver que le linge ne fût pas imprégné de l’effigie. Et cela non pas par infusion, mais par le Soudarium, lorsque le linge eut été posé sur la tête, ce qui augmenta encore l’admiration. Car la nature de la myrrhe est de condenser, et, comme le dit saint Jean Chrysostome, Homélie 80, la myrrhe est gluante, et rend les choses tenaces. Nicéphore, livre 1, chapitre 33, dit que l’aloès a la plus grande vertu de conserver, et qu’il est entièrement immaculé. Il est ajouté que la mixture des aromates fut très abondante, car cent livres, comme l’écrit Jean l’Évangéliste, chapitre 19. Il est donc très probable que, par une telle mixture d’aromates, l’effigie ait été imprimée sur la Sindone. J’ai dit qu’il est très probable, car aucune de ces choses n’est miraculeuse ni extraordinaire ; ainsi le Christ a pu imprimer son image de la manière la plus appropriée. Mais ici on objecte : la bienheureuse Brigitte, au livre des Révélations, chapitre 21, dit que le linceul fut étendu sur la terre, et que le corps fut enveloppé par la tête, puis par les pieds, et que le visage ne fut pas couvert…

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que la mère était là, et que celui-ci, par le moyen de la mère, porta ce qui devait être porté, et administra ce qui devait être administré ; et que le linge, dans lequel le corps du Christ avait été enveloppé, fut posé à part, afin que le corps ne fût pas touché. Livre de Véronique. Avant que le corps du Christ fût enveloppé dans la sainte Sindone, le Christ, dans son linceul, reçut des coups, et ses yeux furent blessés, et il souffrit beaucoup ; car il n’était pas encore permis d’entrer dans le tombeau ; et depuis la croix, portant treize clous, et deux pieds au-dessus de trente, et selon ce qu’Adrien rapporte dans le Théâtre de la Terre Sainte, dans la description de Jérusalem, numéro 255 ; et de même au livre de la bienheureuse Brigitte, tome 1, chapitre 10, livre 4, chapitre 70, il est dit que le Christ fut descendu de la croix et placé dans un linceul, avant que le Christ ne fût enveloppé dans la Sindone ; et cela est confirmé par la révélation de la bienheureuse Brigitte, livre 2 des Révélations, chapitre 15. De cela Pierre mentionne dans le livre de Laurent Justinien, dans le livre du combat triomphal, chapitre 21.

Ce qui doit être cru est ceci. Il est aussi ajouté que l’Évangéliste écrit au livre 4, chapitre 26, que Procope, fils de Doléros, Zonaras, tome 3 des Annales, à Rome, à Leucate, et au chapitre 17 des Variations, et Nicéphore, livre 1, chapitre 17 et livre 17, chapitre 16, que le roi Abgar avait reçu l’image du Sauveur, lorsque le Christ lui-même l’avait imprimée, et qu’elle fut conservée à Édesse. De même, à Rome, dans le Latran, on appelle une image du Sauveur, qui apparut au peuple romain, et qui, bien qu’ayant été incendiée par les sceptiques, fut cependant conservée par l’Église.

Certaines choses doivent être affirmées. De là commencent nos contemplations, et par la contemplation les affections de notre âme s’échauffent et s’élèvent vers Dieu ; car un feu ardent s’allume en nous. Ainsi le Christ nous parle par la voie, il bouillonne en nous par l’Esprit, et par la contemplation il allume nos cœurs ; le guide conduit en nous les affections du Christ, et suscite l’intelligence et les volontés ; et il poursuit les intelligences, il soumet les volontés, et il dirige les appétits connus. Cela Thomas l’a comparé à l’homme animal, qui adore par l’affection, et qui compare la chaleur du cœur à l’eau qui fuit ; car il ne peut supporter le feu du zèle, tantôt la facilité de la piété s’échauffe par la méditation, tantôt par l’oraison l’homme s’enflamme. Lorsque la ferveur de la contemplation s’accroît, alors s’échappent les paroles du cœur, comme saint Bernard, au sermon sur la fête de Pâques, admirant par ces paroles, disant : Je brûle, je brûle, je suis embrasé d’amour. Digne est donc la providence, afin que, par la piété, l’âme se renouvelle, et que, par la méditation sur la Passion, elle soit conduite à la charité. Les douleurs de la bienheureuse Vierge font jaillir l’incendie de la piété. Et de même saint Laurent Justinien, dans un sermon sur l’exaltation de la Sainte Croix, avertit qu’il faut considérer ces choses, disant : Par la croix, la passion de la charité nous est montrée, et la gloire du Seigneur Jésus est manifestée, et la clarté de la transformation est montrée.

Il faut enfin recueillir cela. Dans le déploiement de la Sainte Écriture, on explique la valeur des paroles. Ainsi, en un même lieu, on enseigne ce qui est supérieur, et par la diversité de l’argument, on instruit à la fois sur le Christ et sur la Sainte Sindone ; et l’un et l’autre sont expliqués par la Sainte Écriture. Il ne faut donc pas rechercher ici un pouvoir d’explication plus grand, puisque l’office de la Sainte Sindone, comme celui du Siège apostolique dans la Sainte Sindone, et du Cabinet sacré dans la Sainte Sindone, est un seul et même…

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lieux où le Christ sacré fut vêtu de la Sindone sont compris ; et le Christ, entouré de pourpre et de sang, apparaît, et la Sindone, encore ensanglantée, est conservée dans le monument.

Très excellente Vierge Marie. La douleur très âpre de la Vierge est comparée aux douleurs des fils ; les douleurs des fils ne sont rien, comparées aux douleurs de la mère. Ici, chez les hommes, la loi de l’humanité enseigne, et les amitiés sont éprouvées par une affliction plus grande, lorsqu’avec une même affliction on partage la douleur d’un autre. Ainsi les larmes de Marie-Madeleine coulèrent avec les larmes du Christ. Ainsi la douleur de la bienheureuse Vierge fut plus grande, parce qu’elle réunissait peu à peu ce qui avait été dispersé ; ainsi la répartition des douleurs est indiquée : ce qui est fort agit plus, ce qui est faible moins ; et, par la comparaison, la douleur de la mère est reconnue plus grande, parce qu’elle pense davantage aux blessures, et à la douleur du fils ; elle se rappelle la foi, la lumière, et les douleurs passées, et elle porte en elle les douleurs non encore apaisées ; elle considère les douleurs du fils, et ajoute ses propres douleurs ; et ainsi elle surpasse les douleurs de tous, par les larmes et par la douleur, comme le dit saint Paul.

Quelque chose de semblable est dit par Silanus Razzius, livre 1 des miracles de la bienheureuse Vierge, lorsqu’il écrit que le clerc, qui avait contemplé la bienheureuse Vierge au moment de la mort, fut très douloureusement ému ; et cependant, autant qu’il le pouvait, il proposa des louanges, et les expliqua par des comparaisons. Car il dit : Réjouis-toi, ô Mère ; réjouis-toi, Marie immaculée ; réjouis-toi, Marie, qui as reçu la joie de l’ange ; réjouis-toi, Marie, car tu as répandu la clarté de la lumière éternelle sur le monde ; réjouis-toi, Marie, vierge et mère ; réjouis-toi, Marie, créature louable. Et cette piété fut obéie par la bienheureuse Vierge. Il est rapporté que, dans le dernier combat de la mort, un clerc fut frappé par une grande douleur, mais qu’il fut ensuite réconforté, et que, par la foi, la dureté fut adoucie, tandis que la piété du clerc fut défendue par un certain secours légitime. Il raconte en effet une vision, disant : Courrez ensemble, fils, qui pleurez avec moi, et consolez-moi ; réjouissez-vous avec moi, et triomphez ; réjouissez-vous avec moi, car je viens à vous ; je vous enlève toute difficulté, toute douleur, et j’ajoute à votre âme la gloire ineffable du bonheur céleste. Autant de larmes furent versées par nous, autant de larmes furent procurées par la bienheureuse Vierge.

Ce qui est dit est nul en partie. À ce point furent grandes, à ce point âpres furent les douleurs, que la bienheureuse Vierge participa aux douleurs de la Passion du Christ avec un cœur extrêmement excité. Ainsi Anselme, livre 5, chapitre 5, dit que l’excellence de la bienheureuse Vierge fut grande parmi les douleurs des martyrs, et qu’elle fut conforme aux douleurs, car elle fut conforme au fils dans les douleurs. Horun rapporte que les douleurs immenses de la bienheureuse Vierge sont décrites par Siméon dans l’Évangile, en annonçant le glaive, et en perçant l’âme. Mais combien plus grandes furent les douleurs parturientes, et combien plus âpres furent les douleurs qui survinrent, cela même mérite d’être examiné. Les Pères disent que les douleurs de la bienheureuse Vierge, qu’elle souffrit dans le fils et avec le fils, furent plus grandes que toutes les douleurs du Christ après la résurrection. Laurent Justinien, dans le sermon sur la Passion du Seigneur, et dans le livre du combat triomphal, chapitre 2. Cyprien, dans le sermon sur la Nativité du Christ. Athanase, dans la description de Marie. Et Joseph Bernard, sermon 2 sur la vigile de la Nativité. Damascène, livre 4 de la foi orthodoxe, chapitre 15. Et le sermon d’Anselme sur la bienheureuse Brigitte, texte 5. De même, sur la qualité des autres miracles de la bienheureuse Vierge, il est dit que la bienheureuse Brigitte, livre 2 des Révélations, chapitre 27, dit : Quels furent alors les afflictions qu’ils eurent en ces temps, on peut à peine le dire. En effet, ils furent faits martyrs…

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dont tous les membres furent partagés ; elle ressentit à la fois une douleur très vive, parce qu’elle voyait son Fils mourir, et en même temps une grande joie, parce qu’elle savait qu’il ressusciterait. Ainsi la mort du Christ ne fut pas comparable à la mort des autres, puisque celle-ci n’était pas une mort ordinaire, mais la mort même de la vie, de laquelle découla la vie éternelle. C’est pourquoi il fut Mère, et plus qu’une martyre. Bernard, sermon sur la figure du martyre. Jérôme, dans le sermon sur l’Assomption de la bienheureuse Vierge. Isidore, livre 2 de la bienheureuse Vierge. Anselme, livre sur l’excellence de la bienheureuse Vierge, chapitre 5. Éphrem le Syrien l’appelle l’honneur des martyrs, la déesse des martyrs. Laurent Justinien, livre du combat triomphal, chapitre 18 et suivants, et chapitre 21. Il appelle la très bienheureuse Vierge le miroir le plus lumineux.

Il fut plus douloureux que le glaive qui transperça l’âme de la bienheureuse Vierge, et il lui mérita une couronne. Jérôme, sermon sur l’Assomption, et Bernard, sermon sur l’Assomption. Un grand signe est appelé le martyre ; et plus qu’une martyre, non dans la chair, ce qui est dit, mais dans l’âme. Et cela est appelé martyre, car on ne peut pas supporter la douleur, et par le mérite l’ange de la bienheureuse Brigitte, au chapitre 18, dit qu’il n’y eut pas peu de miracle de Dieu accompli, parce que la bienheureuse Vierge fit des douleurs intérieures sans exhaler l’esprit, mais par un miracle spécial elle fut retenue par le don divin, afin qu’elle ne mourût pas.

Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne.

Explication de la Sainte Sindone.

Histoire, miracles et témoignages de la Sainte Sindone.

Chapitre II

Or cette Sainte Sindone est celle que saint Pierre et saint Jean l’Évangéliste virent dans le sépulcre, lorsque le corps du Sauveur avait été enseveli, avec le Soudarium, qui avait été posé sur son visage, et avec les linges par lesquels on avait procédé à l’ensevelissement, comme les saints Évangélistes en témoignent. Luc en effet, avec saint Pierre, dit : Il vit les linges posés à terre ; Jean, quant à lui, avec le même saint Pierre, dit : le Soudarium, qui avait été sur la tête.

Que cette Sainte Sindone ait été gardée dès les tout premiers temps avec un respect divin, il est permis de le croire. Car les mains du Prince des chrétiens furent déliées. De plus, du temps de Godefroi de Bouillon, lorsque la ville de Jérusalem eut été prise par la puissance divine, après que les Sarrasins eurent été chassés, et que les princes chrétiens eurent été établis dans le royaume de Jérusalem, l’Empire de Jérusalem fut affermi.

Puis, lorsque le roi Jean fut mort sans enfants, Louis d’Allobroges, duc, son neveu, fut établi à sa place. Et Hérodiade, capitale des Turcs, Marguerite, qui avait épousé le roi Jean, excitée par la fureur, demanda l’origine de la chose, et Caberium, et d’Allobroges…

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bourg noble, vers lequel Anne, duchesse des Allobroges, se rendit, et y établit sa demeure en raison de la proximité ; elle y plaça la Sainte Sindone, et ne voulut pas la laisser à Jérusalem, afin qu’elle ne tombât pas sous la domination des ennemis impies.

Or Dieu commença à accomplir par cette Sainte Sindone des miracles de ce genre : car lorsque certains voleurs eurent dérobé de nombreux objets à la dite Marguerite, parmi lesquels la Sainte Sindone était comptée, et qu’ils tentèrent de se la partager entre eux, ils furent saisis par les mains et rendus impotents. Et lorsque l’un d’eux voulut la laver, afin de la rendre plus blanche, pensant attirer davantage de vénération, et s’efforçait d’effacer la très sainte effigie, la Sainte Sindone apparut d’autant plus imprégnée de sang, et jamais elle ne perdit sa couleur, mais bien plutôt la même cécité survint. D’où, le vol ayant été découvert et des prodiges ayant été accomplis par la Sindone, et les voleurs eux-mêmes ayant été divulgués, une grande dévotion et une grande révérence furent suscitées parmi les Allobroges. C’est pourquoi Anne la Duchesse s’efforça instamment d’obtenir la Sindone en don de ses proches ; et bien qu’elle eût été auparavant importunée, elle se résolut néanmoins à l’abandonner complètement, par un miracle nouveau alors manifesté : car, tandis qu’elle se rendait à Chambéry, une mule de bât, qui portait un trésor si illustre, ne voulut en aucun cas avancer. Ainsi, la volonté de Dieu ayant été reconnue, elle y laissa la Sainte Sindone, laquelle, reçue par la Duchesse avec la plus grande dévotion, fut placée dans une chapelle magnifiquement construite et consacrée. Cette histoire fut poursuivie par Philbert Pignorius, mais aucune explication n’a toutefois été donnée concernant la Sindone elle-même, ni aucune description des plaies du Christ Sauveur.

Or, concernant cette Sainte Sindone, il convient de considérer ceci : qu’elle est de lin ;

Quisque la nature du lin apparaît très clairement, comme on le constate manifestement sur un exemplaire exposé ; qu’elle s’étend en longueur sur la mesure de douze coudées, et en largeur sur celle de trois ; car, puisqu’elle est de lin, et que le corps du Sauveur y fut enveloppé ;

de là il advint que le pape Sylvestre institua, et que la coutume ecclésiastique obtint force, que, dans les choses divines à accomplir, le voile par lequel est placé le Sacrement de l’Eucharistie soit fait seulement de lin, et non de soie, ni d’or, ni d’aucun autre tissu teint de couleur, ce que rapporte aussi Bède ; et il dit que cela fut recueilli des gestes des Pontifes : De là est née dans l’Église la coutume immémoriale que le sacrifice de l’autel ne soit pas célébré sur de la soie, ni sur un tissu teint, mais sur du lin tiré de la terre ; car le corps du Seigneur fut enveloppé dans une Sindone de lin pur, selon ce qui est prescrit dans les gestes pontificaux depuis le pape Sylvestre. Et Bède confirme encore cela ailleurs.

C’est à cette raison que la Sainte Sindone fut de lin, afin de signifier que ce lin est produit par la terre, et qu’il est conduit à la blancheur par un travail immense ; ainsi aussi le corps du Christ, né de la terre, c’est-à-dire engendré de la très chaste Vierge, par le travail très dur de la Passion, fut conduit à la blancheur de l’immortalité. Telle fut l’opinion de saint Rémi : car, dit-il, la Sindone  est faite de lin…

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le lin cependant est engendré par la terre, et c’est avec un grand labeur qu’il est conduit à la blancheur. Il est donc signifié que ce corps, qui provient de la terre, c’est-à-dire qui a été assumé de la Vierge, par le labeur de la Passion, est parvenu à la blancheur de l’immortalité.

Il a cependant voulu que le Serviteur fût enveloppé dans le sépulcre d’un linge simple, et enseveli dans le tombeau sans apparat, afin de condamner l’ambition excessive de ceux qui, même dans le sépulcre, ne peuvent se passer de richesses. Ainsi saint Jérôme dit que Jésus fut enveloppé dans un suaire pur, lui qui l’avait reçu avec une âme pure. Telles sont ses paroles. « De la simplicité de la sépulture du Seigneur, Ambroise déduit une condamnation contre ceux qui, même dans les tombeaux, ne peuvent se passer de richesses ; bien que cela signifie aussi que Jésus fut enveloppé dans un suaire pur, lui qui l’avait reçu avec une âme pure. »

Donc, par ce suaire sacré, Dieu a accompli de nombreux miracles, et surtout à cette époque où, le flambeau ayant été consumé et la châsse d’argent dans laquelle il était conservé ayant été détruite par l’incendie, le suaire demeura intact, si ce n’est en quelques petites parties, par un dessein sans doute divin, afin que tout ce qui pouvait troubler les esprits fût entièrement supprimé. Car puisque Dieu permit qu’il fût brûlé en quelque partie, il voulut assurément montrer que le suaire avait été tissé dans une matière capable de résister au feu. Pline rapporte qu’il existait une certaine espèce de lin, appelée Amiante ou Asbestinon, et par d’autres lin vivant, qui non seulement n’est pas consumé par le feu, mais au contraire est nettoyé et conduit à la blancheur. Or il n’apparaît pas que le saint suaire ait été confectionné de ce genre de lin, puisque il n’a pas résisté au feu sans aucun dommage ; mais, les autres parties demeurant entières et absolument intactes, et surtout en cette partie où apparaît l’empreinte de la sainte effigie, ce fut un indice très certain d’un prodige véritable.

De là il advint que, après cet incendie, divers Souverains Pontifes décrétèrent que cette sainte relique devait être honorée d’un culte plus solennel : ainsi Paul II, qui érigea en collégiale l’église illustre dans laquelle elle avait été placée ; ainsi Sixte IV, qui par une bulle pontificale donnée à Rome en 1480, établit que le flambeau sacré devait être honoré du titre de saint, estimant que dans le suaire même se trouvait le vrai sang du Christ, et que s’y manifestait aussi son image imprimée sur le linge vivant ; ainsi Jules II, qui, par une autre bulle donnée à Rome en l’an 1506, rapportée au début de ce livre, déclara également que le sang du Sauveur y adhérait, et permit que les Heures de la Sainte-Suaire fussent récitées dans la même église. Enfin, après l’incendie, Clément VII, qui confirma tout cela par des lettres apostoliques scellées de plomb, dont Pingone fait très souvent mention pour l’approbation de chacune.

Ces choses donc, concernant cette très sainte relique, confirmées par des miracles et appuyées dès l’origine par l’autorité pontificale, combien doivent-elles être tenues pour sacrées ?

Cette très sainte relique, confirmée par tant de miracles et soutenue avant tout par l’autorité pontificale, à quel prix ne doit-elle pas être estimée ?

Si l’effigie du Sauveur, fabriquée par Nicodème, laquelle, frappée par les Juifs, fit jaillir du sang et de l’eau — comme le rapporte saint Athanase et comme on le lit dans le deuxième concile de Nicée : « Du côté de l’image sortit du sang et de l’eau » — suscite une grande admiration chez tous.

Annotation  en marge du livre :

Saint Athanase, Sur la Passion du Seigneur, chapitre 20.

Deuxième Concile de Nicée, Acte IV.

Bréviaire romain, au 9 novembre (fête de la dédicace de la Basilique du Latran).

Charles Sigonius, Du Royaume d’Italie, livre III, année 753.

p27

De même, l’image du Sauveur qui apparut au peuple romain dans la basilique de Saint-Jean du Latran, comme l’atteste le Bréviaire romain et comme le rapportent Anastase et, parmi les auteurs plus récents, Charles Sigonius, est vénérée par tous comme une chose éminemment admirable.

Ainsi donc, cette sainte Suaire, admirablement honorée par de telles attestations, l’est aussi parce qu’elle porte l’empreinte du sang du Fils propre de Dieu, imprimée par le dessein éternel de la charité divine ; et parce qu’y apparaît, indiqué par d’innombrables blessures, le corps même du Christ, véritablement parfait.

D’ici découle ce que l’on peut méditer intérieurement et se rappeler : comme Joseph versa des larmes sanglantes, que Jacob, le patriarche, ressentit dans son cœur une douleur poignante ; vois, s’écria-t-il, une bête féroce l’a dévoré, mon fils ! et, le sac ayant été déchiré, il versa des larmes abondantes ; et pendant longtemps aucun soulagement ne consola véritablement sa douleur.

Ici donc, contemplant avec un plus profond amour les plaies très saintes, notre âme est occupée par la douleur de la Vierge sacrée ; car tandis que son fils très cher, arraché à ses bras, est enseveli dans le tombeau, l’effigie même, portant de manière admirable la forme de toutes ces blessures, est déployée dans ce linge ; et elle pourra très justement s’écrier : « Une bête féroce l’a dévoré, mon fils ». Car de cette façon, à la vue d’un fils couvert de plaies et de sang, il est facile pour cette mère très affligée de raviver la mémoire de sa douleur.

P28

Éclaircissements du frère Daniel Malloni sur la très sainte Suaire,

dans le chapitre second.

Chapitre II

C’est ici que, pour ainsi dire, la très sainte Suaire brille d’elle-même, lorsque la gloire de la vérité, à travers tant de preuves, éclate avec un éclat si grand qu’aucune voie ne paraît plus claire ni plus sûre que celle-ci, laquelle conduit à la vérité elle-même, et par laquelle, dans la chaire de la pestilence des mensonges, les maladies des âmes ne sont plus flattées, et les turpitudes du mensonge ne sont plus dissimulées, puisque les paroles mêmes font défaut. Car dans les linceuls de Lazare et de Joseph d’Arimathie, explorés par de nombreux auteurs, on voit que Joseph, après avoir acheté un suaire, y enveloppa le Christ descendu de la croix. Et l’Évangéliste affirme que le Christ fut déposé au sépulcre enveloppé d’un linge. Cela est très éloigné de l’erreur maligne de la synagogue menteuse qui combat la vérité chrétienne.

Puisque donc cette vérité fut si fermement établie et que la sainte Suaire fut honorée avec tant de vénération, elle fut conservée à Chambéry, en Savoie, jusqu’à ce qu’enfin elle fût transférée à Turin, métropole du Piémont, où elle est gardée aujourd’hui encore. Et afin qu’il ne reste aucun doute que ce linge est celui-là même dans lequel le Christ fut enveloppé après sa mort, et que l’Église n’ait pas été trompée, en Allemagne on conserva le linceul inférieur du Sauveur, et à Séquence et à Tournai, le linceul du Christ dans lequel on croit qu’il fut enveloppé.

Mais si quelqu’un désire résoudre plus facilement ces questions et les objections proposées, qu’il lise l’analyse présentée plus loin par l’Église elle-même, où il trouvera une réponse aisée à tout ce qui est objecté contre la sainte Suaire.

Car il est rapporté que Joseph d’Arimathie acheta un suaire de lin pur et neuf, et que le corps fut enveloppé dans ce linge ; ce que prouvent Matthieu au chapitre 27, Marc au chapitre 15, Luc au chapitre 23 et Jean au chapitre 19. De plus, saint Augustin, au livre III du Consensus des Évangélistes, chapitre 2, dit clairement que le corps du Christ fut enveloppé dans un suaire. Nicodème aussi apporta des aromates et le suaire, afin d’envelopper le corps du Seigneur selon le rite des Juifs. Ainsi encore le corps du Christ fut déposé de la croix et enveloppé dans un linge de lin.

Sainte Brigitte rapporte la même chose dans le livre I, chapitre 10. Il est donc évident que le sang du Christ fut conservé dans ce linge. C’est pourquoi l’Église ne s’écarte pas de la vérité lorsqu’elle affirme que le Christ a laissé dans ce suaire les traces de sa passion. Et cela apparaît encore plus clairement par l’examen attentif de ce linge, dans lequel sont visibles les blessures et les marques de la flagellation.

Il est rapporté que Pingone, dans son livre sur la sainte Suaire, ainsi que Jean Lansperge, chartreux, dans son traité sur la Passion du Seigneur, expliquent clairement que ces linges sont appelés linceuls. Il est donc facile de réfuter ceux qui condamnent la sainte Suaire de Chambéry, puisque nous l’avons reçue à Turin non restaurée, mais conservée, et que nous ne professons pas qu’elle soit une œuvre humaine ou artificielle…

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là où la vérité elle-même parle par elle-même : l’éclat par lequel la très sainte image du Christ resplendit n’est pas humain, mais divin ; non pas artificiel, et nullement issu de quelque énergie de l’art, mais d’une certaine force intime et cachée, et d’une puissance plus efficace, ainsi que David terrassa Goliath en le frappant avec sa fronde. Et, de même que par le son humain et les paroles, lorsqu’on atteint le cœur par la comparaison, on excite l’émotion, et que l’on fait jaillir les larmes, de même ici l’âme est émue par la contemplation de ce même prototype, qui ne brille pas par la peinture, ni par une forme façonnée au pinceau, ni par un ouvrage humain, mais par une certaine rare et divine empreinte reconnaissable.

Il arriva ensuite que, sous Sixte IV, puis sous Jules II, Souverains Pontifes, cette autorité fut confirmée, ainsi que l’atteste l’oracle apostolique publié ; et il n’y a nul doute que, dans les bulles de concession, la Sainte-Suaire, conservée à Chambéry, puis transportée en Savoie, puis à Turin, métropole du Piémont, ait été reconnue, approuvée et confirmée, de sorte que l’Église n’ait jamais douté que l’Évangéliste ait parlé de ce linge véritable.

Car, de fait, cette très sainte Suaire ne doit être niée ni jugée incroyable en aucune manière. Les démonstrations mathématiques, en effet, sont tenues pour certaines parce qu’elles sont crédibles ; celles-ci, au contraire, manifestement démontrent davantage, car, comme le dit le bienheureux Isidore, le suaire du Seigneur — car on peut appeler ainsi ce Suaire — ne peut être faux, puisque, hors de tout art, il porte les marques de la mort du Christ ; et les Juifs furent interrogés sur ce linge, et ceux qui l’avaient vu déclarèrent qu’il était véritable ; et l’Église elle-même le reconnut comme vrai ; et les œuvres mêmes, ainsi que la pauvreté, attestent qu’il n’est pas œuvre humaine.

Mais afin que l’espérance de ceux qui croient ne soit pas vaine, ce qui convient à la génération actuelle, cela a été confirmé non seulement par Athanase, dans son livre sur l’image du Seigneur Jésus-Christ, mais encore par l’Église de Syrie, dans la ville de Béryte. Car là aussi les chrétiens montrèrent l’image du Christ crucifié aux Juifs, et ceux-ci furent interrogés sur le rite ; et l’affaire fut portée devant le proconsul, qui ordonna que l’affaire fût examinée ; et lorsque Nicodème et Gamaliel furent convoqués, ils attestèrent que Gamaliel était celui qui avait enseigné Paul et Jacques ; et que ce linge, sur lequel le Christ était imprimé, avait été conservé dans la maison de Zacharie ; et que par la suite il était passé aux disciples de Jérôme ; et enfin que les Juifs, frappés d’une grande crainte, furent saisis d’un tel étonnement que plusieurs crurent.

Ceci est attesté par Agrippa, roi, qui gouvernait la Judée sous l’empereur Tibère ; par Agrippa, roi des Romains ; par le gouverneur ; par le culte et les rites de la religion ; et cela fut conservé dans les archives publiques. Puis avec le temps, lorsque Jérusalem fut détruite, l’Église de Syrie conserva ce qui avait été transmis ; et ce qui fut apporté par la tradition se transmit par héritage jusqu’à notre époque. À ce témoignage s’ajoute encore notre tradition, confirmée par un très grand nombre de témoins, produisant une admirable évidence, comme le rapporte Titus, ainsi que Vespasien, et surtout Eusèbe de Césarée, livre III de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 8, où il rapporte que l’Église florissante en Jérusalem fut avertie par Dieu par un oracle de se retirer de la ville et de se réfugier dans un certain village situé au-delà du Jourdain, appelé Pella.

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étant prise, et les hommes pieux, avertis par des signes célestes, ayant quitté les lieux, avant que le peuple ne fût détruit par la ruine de la patrie, furent sauvés. Cela est rapporté par Eusèbe, non seulement des hommes saints sortis de la ville, mais aussi protégés par une garde angélique ; car les autres, selon le jugement divin, furent châtiés.

Car Joseph, au livre II de La Guerre des Juifs, chapitre 20, rapporte que les prêtres furent transportés de Jérusalem au temple de Jéricho ; ce qui pourtant semble difficile à croire, puisque rien n’aurait été visible ; mais il faut néanmoins admettre ce qui est entendu, comme l’affirme Jérôme, livre IV sur Matthieu, chapitre 27, et dans l’épître à Hedibia, question 8, livre II, chapitre 2. Il ajoute aussi que dans l’Évangile, ce qui fut entendu à Nazareth, c’est ce que les voix angéliques firent entendre à Jérusalem au même moment. Mais ce qui ne fut pas vu alors, les faits le confirment plus tard, lorsque rien ne s’oppose à ce que ce soit cru, comme l’attestent Eusèbe de Césarée, livre III de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 6. Il en résulte donc que, par le témoignage le plus solide, il est établi que l’on ne doit pas tenir pour faux ce que la Chrétienté a reçu comme monument de la religion, transmis par l’ordre de nombreux hommes pieux, et que l’on doit juger digne de foi ce que la Sainte-Suaire a conservé à travers la succession de tant de siècles.

Il le dit expressément dans le livre du Supplément des Chroniques, où il affirme que Nicodème reçut des clous, une lance et le linge, et que ceux-ci furent transportés en France lorsque les Juifs persécutaient les chrétiens ; et que l’image du Christ fut laissée dans les tombeaux souterrains, dans lesquels les chrétiens peignaient l’image du Christ, afin que, par un intermédiaire, ils puissent exprimer la plénitude de la Passion du Christ, avec toutes les blessures infligées au Christ. Il rapporte que cette image fut alors appelée ce qu’elle est maintenant, le Linceul, nom qui est aujourd’hui le plus fréquemment employé.

Le même auteur du Supplément des Chroniques, livre V, fait comprendre ce qui est ici entendu ; il écrit en effet que, de la lecture du livre d’Athanase, et de ce qui est rapporté au concile de Nicée, actes IV, il ressort clairement que les Juifs furent accusés d’avoir frappé l’image du Christ d’un coup de lance, et que du sang jaillit aussitôt, ce qui étonna au plus haut point plusieurs auteurs. C’est ce que rapporte l’auteur du Supplément des Chroniques, livre I, année du Christ 780. En Syrie, une certaine image du Christ crucifié, frappée par un Juif d’un coup de poignard, laissa aussitôt couler du sang, ce que rapporte le cardinal Baronius dans les Annales, tome III.

Ce prodige se produisit vers cette époque, et (si l’on suit le témoignage d’Athanase rapporté) la Chrétienté hors de Jérusalem ne put connaître l’Ascension qu’au troisième jour, au cours duquel, ayant demeuré parmi les hommes, le Christ monta au ciel après sa mort ; ce que nous reconnaissons à partir du soixante-quinzième jour après la Nativité du Christ, selon le texte conservé à Jérusalem. C’est pourquoi Godefroy de Bouillon obtint le royaume de Jérusalem l’an 1099, afin que ces lieux fussent délivrés à jamais de la domination des Sarrasins. Cela eut lieu à partir du retour de Godefroy l’an 1100, et s’étendit sur vingt-quatre années.

Mais ici quelqu’un objectera peut-être : où se trouvait donc cette image remarquable, et où se conserva-t-elle, puisque Godefroy s’empara de la Sainte-Suaire ? Je réponds que, en Syrie, les reliques sacrées furent souvent déplacées de Jérusalem vers Constantinople à cause des incursions des ennemis chrétiens. Mais ce point sera expliqué plus loin. Jérôme l’affirme ; Eusèbe également, et Césarée dans l’Histoire ecclésiastique, chapitre 25, rapporte que des hommes saints vinrent fréquemment à Jérusalem.

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Il est donc écrit :

« Venez donc ici, je vous prie ». Ainsi l’Église, tant par les martyrs que par la proximité du Seigneur, demeura rendue permanente ; et aux temps de Trajan César, lorsque les affections des martyrs du Seigneur se faisaient sentir, on rapporte que l’Église de Jérusalem fut manifestement rendue illustre. Car la ville de Jérusalem fut certes détruite, et les chrétiens dispersés ; néanmoins les monuments de l’histoire ecclésiastique attestent que les autres Églises furent affermies par des miracles, et que la foi des fidèles fut conduite par Dieu ; et l’Apôtre Paul affirme que le Christ ne fut pas ignoré ; les Juifs en effet l’attaquèrent, le livrèrent, le condamnèrent et le mirent à mort.

Mais lorsque Luc suivit les chrétiens, qui étaient à Jérusalem, il y eut de nombreuses lamentations, des gémissements et même des menaces, comme le temps lui-même le fait apparaître. À ce moment, la crainte fut très grande, et la terreur put s’emparer des chrétiens. En vérité, les chrétiens furent confirmés par Cyrille de Jérusalem, évêque, et par Daniel, chapitre 9, et par le Christ lui-même, Matthieu 23. Mais aucun Juif ne put se défendre, car la passion du Christ avait provoqué une rage déchaînée. Car les Juifs, après avoir répandu le sang innocent, s’efforcèrent de réparer leur crime par une fausse sollicitude, mais il paraît qu’ils entreprirent de ronger la racine même, comme s’ils voulaient effacer la faute.

Voici donc que surgit un nouveau fondement, lorsque, sous Tibère, les Juifs opprimèrent les chrétiens, et que les persécutions s’exercèrent ; et à ce moment-là, la colère ne se répandit pas seulement par la parole, mais aussi par les armes ; et les instruments de supplice furent dressés, et la cruauté des Juifs s’enflamma. Enfin, lorsque la multitude rebelle fut frappée par la puissance manifeste des signes du Christ, la figure de la croix resplendit dans le ciel ; les Juifs furent terrifiés par ce signe, et la force du Christ les écrasa.

Cette chose fut connue par la renommée, et fut rapportée dès le commencement. Elle est racontée dans l’oraison de Nazareth, contre Julien, livre I ; par Népos, livre II de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 32 ; par Socrate, livre III, chapitre 17 ; par Théodoret, livre III de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 7 ; par Sozomène, livre V de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 21 ; par Eusèbe de Césarée, livre X, chapitre 37 ; par le livre de Rufin, Supplément d’histoire ; par Tripartite, livre VI, chapitre 44 ; par Adrien dans le Théâtre de la Terre Sainte ; et par Jérusalem, numéro 75.

Il convient d’admirer Godefroy de Bouillon. Il avertit que les lieux sacrés furent le plus souvent attaqués, tantôt par les païens, tantôt par d’autres, et que les commencements furent humains. Il montre ensuite que la ville de Jérusalem, au temps de la Passion du Christ Seigneur, fut frappée de diverses calamités. Il rapporte encore que la ville de Jérusalem ne put célébrer le Christ nouveau-né au bout de soixante-quinze ans, sous Titus et Vespasien, lorsque les Juifs furent écrasés par les chefs, et que, par un décret de l’Empire romain, la quatrième décime de l’annonce du Christ fut fixée. Puis, lorsque Conrad, roi des Romains, se précipita, Jérusalem fut reprise. En vérité, il retint la ville sainte, reçut l’empire de Jérusalem, et, ayant repris la croix du Seigneur, il rapporta au monde chrétien que la croix même du Christ, la vraie, avait été trouvée au Calvaire, et qu’en ce temps-là fut accompli ce miracle très éclatant, dont on lit qu’il eut lieu lors de l’exaltation de la sainte croix. Jérusalem fut donc reprise par les Romains, sous le pontificat de Léon IX, en l’an du Christ 63. Car alors l’armée des Turcs fut repoussée, sous la conduite d’Hémar. L’an 1096, Pierre l’ermite, divinement inspiré, se mit en route…

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aidé par la main, après de nombreux combats, enfin Urbain II, à Clermont, indiqua le concile, exhortant les princes catholiques et chrétiens à la reconquête de Jérusalem. À cette entreprise se joignit une immense armée de Gaulois, et la renommée de Godefroy de Bouillon s’accrut ; lui que l’on croyait issu des Lotharingiens, duc d’une illustre lignée de Normands, comtes de Toulouse, d’Anjou, de Flandre, de Blois, de Cantorbéry. Il était frère d’Hugues, roi des Gaulois, et parent de Baudouin et de Godefroy.

À ses côtés se trouvèrent Boémond, Tancrède, homme très illustre, ainsi que Pierre l’Ermite, soldat remarquable par son ingéniosité et son armée. Au premier rang se trouva Soliman, prince de Turquie, ennemi des Hiérosolymitains, qui fut mis en fuite et vaincu par les forces chrétiennes. L’an du Seigneur 1099, Godefroy, d’un commun accord et par le consentement unanime, fut proclamé roi de Jérusalem ; mais il refusa la couronne d’or, estimant qu’il ne convenait pas de porter une couronne d’honneur là où le Seigneur avait porté une couronne d’épines, jugeant indigne d’imiter la royauté humaine là où l’auteur du genre humain avait subi l’opprobre.

Après sa mort, Carinthie revint à son frère Baudouin. Celui-ci fut consacré roi de Jérusalem, le second des Hiérosolymitains, l’an du Seigneur 1100 ; il régna onze ans, et après lui Baudouin lui succéda.

Le second Baudouin, troisième roi de Jérusalem, fut créé roi l’an du Seigneur 1118 ; il régna dix-huit ans, et mourut l’an 1136. Il eut pour successeur Foulques d’Anjou.

Foulques d’Anjou, quatrième roi de Jérusalem, commença à régner l’an du Seigneur 1131, et régna treize ans ; il eut pour successeur Baudouin, son fils.

Baudouin III, cinquième roi de Jérusalem, reçut le gouvernement du royaume l’an du Seigneur 1144, et régna dix-huit ans avec succès et gloire, jusqu’à l’an 1162, et mourut sans enfants.

Amaury, sixième roi de Jérusalem, fut créé roi l’an du Seigneur 1162 ; il régna dix-sept ans, et mourut l’an 1179 ; il eut pour successeur Baudouin, son fils.

Baudouin IV, septième roi de Jérusalem, fut créé roi l’an du Seigneur 1174 ; il régna six ans et vécut très peu de temps, car il mourut jeune. Il eut cependant deux sœurs : Sybille et Isabelle, qui transmirent le royaume.

Sybille épousa d’abord Guillaume Longue-Épée, marquis de Montferrat, dont elle eut un fils, Baudouin V ; Guillaume mourut jeune. Sybille épousa ensuite Guy de Lusignan, prince.

Baudouin V, petit-fils de Baudouin IV, fut créé roi, mais mourut lépreux. Baudouin IV eut un neveu par sa sœur Sybille, Guy de Lusignan, qu’elle épousa après la mort de Guillaume Longue-Épée. Raymond, prince de Tripoli, gouverna alors le royaume.

Raymond mourut à l’époque de Baudouin IV, et Baudouin V, son petit-fils, régna l’an 1184, mais mourut peu après.

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Après la mort des rois de Jérusalem, le royaume passa par héritage à Guy de Lusignan, qui avait contracté un second mariage avec Sibylle. Guy fut donc créé roi l’an 1184. Raymond, tuteur de Baudouin, étant mort, Guy reçut le pouvoir royal ; mais comme il gouvernait sans prudence, il perdit bientôt le royaume par la guerre contre Saladin. Car Saladin, roi de Turquie et d’Égypte, ayant réuni une armée très puissante, attaqua les forces chrétiennes et les vainquit ; Jérusalem fut livrée, et le royaume contraint par des pactes et des conditions, de sorte que les Hiérosolymitains furent autorisés à se retirer librement avec leurs biens. Il s’ensuivit alors une grande calamité pour la chrétienté ; Héraclius, patriarche, et Clément s’enfuirent en pleurant, et, par une lamentation lugubre, appelèrent au secours.

Par André, patriarche de Tyr, et par Alexandre, patriarche de Jérusalem, il fut donc obtenu, l’an du Seigneur 1187, que la chrétienté se réunît pour reprendre Jérusalem. Cette entreprise fut menée avec raison et succès ; car Guillaume de Tyr, livre XVIII, et Raphaël Volaterran, livre II de la Géographie, chapitre sur la Céléranie et la Palestine, Eusèbe dans les Chroniques, et Matthieu Palmerius, dans son addition au Supplément des Chroniques, ainsi que l’auteur du Supplément, rapportent que, par cette réunion, de très nombreux soldats furent rassemblés, lesquels purent porter et transporter avec révérence la Sainte-Suaire parmi les troupes chrétiennes.

Et cela fut fait à plusieurs reprises. En l’an 1457, ces faits sont attestés par des monuments historiographiques très probants. Jérusalem étant alors occupée par les Turcs, les chrétiens pleins de piété constatèrent qu’en l’an 1187, donc après un long intervalle de deux cent soixante-dix ans, la Sainte-Suaire avait été apportée avec succès, et qu’elle avait été rendue visible.

Et certes, l’historien raconte qu’en l’an 1187, Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, fut libéré après une très lourde captivité, après de nombreuses années, et reprit la guerre contre Saladin pour le royaume de Jérusalem. Mais surtout Richard, roi d’Angleterre, vint au secours de Guy, et après avoir attaqué Saladin avec une armée très puissante, changea la fortune du royaume de Chypre. C’est pourquoi Richard fut appelé roi de Jérusalem ; cependant il ne put vaincre Saladin, et Guy n’obtint que le titre de roi de Chypre ; et, honteux de porter seulement un titre sans royaume, il renonça au royaume de Jérusalem, et Sibylle mourut peu après.

Guy contracta alors un troisième mariage avec Henri, comte de Champagne ; après la mort de celui-ci, un quatrième mariage fut contracté avec Amaury, frère du roi de Chypre ; mais celui-ci ne put être roi, et céda le royaume aux rois de Chypre. Ceux-ci conservèrent le royaume de Jérusalem comme un titre. Ensuite, par une longue succession, on en vint à Jeanne, femme très illustre.

Il y eut ensuite Jean de Chypre, qui eut aussi le nom d’Étolie, et régna de nom pendant un an. Ensuite Louis de Savoie, duc de Savoie, qui vécut en l’an 1432. Louis, duc de Savoie, en l’an 1453, frappa des monnaies d’or et d’argent, dont Pingone expose les types dans sa Hexa, afin qu’il apparaisse clairement qu’il détenait aussi le royaume de Jérusalem. Il épousa Anne, sœur de Louis de Savoie, duc de Savoie ; ensuite Frédéric II, empereur, conserva le titre du royaume de Jérusalem. Puis vinrent ceux de Naples…

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le royaume ayant été obtenu, les rois de Naples possédèrent par droit héréditaire le royaume de Jérusalem comme titre. Or, vers l’an 1450, alors que l’Orient était bouleversé par de très graves troubles, et que les forces et les armes ne pouvaient plus contenir la fureur turque, Marguerite, femme de grande noblesse et de piété insigne, issue de la maison d’Anjou et apparentée aux rois de France, se retira de ces querelles et se rendit d’abord à Chambéry, où, ayant contracté mariage avec Anne, elle apporta avec elle les autres reliques précieuses, et surtout la très précieuse Sainte-Suaire.

Que cette translation des royaumes ait eu lieu est dit par Raphaël Volaterran, livre IX de la Géographie, et par Matthieu Palmerius dans son addition aux Chroniques d’Eusèbe, et dans le Supplément des Chroniques, où ces faits ont été transmis ; il faut aussi lire Philibert Pingone dans son livre sur la Sainte-Suaire, qui rapporte ces mêmes choses, et dans la Sainte Chapelle, par des portes bien fermées, elle fut conservée.

Mais ce que l’on doit surtout noter en ce lieu, c’est que ce fait fut déclaré avec beaucoup plus de certitude et de vraisemblance, lorsque le très illustre duc d’Albret transmit ce trésor insigne à la très illustre maison de Savoie, par un don certain ; bien que certains aient voulu expliquer autrement ce fait. Car François Adorni, dans un opuscule qu’il inscrivit Pérégrination du cardinal de Sainte-Praxède, tente de l’expliquer autrement, mais sans fondement et sans preuve. Certains encore affirment que le linceul fut entouré à Rhodes, combattue avec la plus grande violence par les Turcs. Mais, lorsque les Albret furent expulsés, ce fait apparut clairement, du fait que le linceul fut emporté de là, et qu’il fut placé en lieu sûr, afin que la mémoire des rois de Jérusalem et des mérites des ancêtres fût conservée, et que le don fût transmis à la postérité. Mais ces choses ne sont dites qu’avec peu de vraisemblance.

Ils disent encore que ce trésor insigne, et la Sainte-Suaire elle-même, furent détenus par le grand maître de l’Ordre équestre de Jérusalem, comte de Privas, et qu’ils furent transmis avec tous les ornements de l’ordre et les protections futures ; mais cela non plus ne peut être prouvé par aucun témoignage digne de foi. Ce qui est certain, c’est que ce don fut fait par Marguerite, et que cela ressort des actes de donation rédigés à Chambéry le 2 mars 1453.

Ces choses ayant été dites sur l’origine de la Sainte-Suaire, et les miracles ayant été présentés comme de véritables témoignages, il faut maintenant examiner ce qui concerne le temple de la Sainte-Suaire, qui a été bâti pour la garder, et dont le milieu est orné de la Sainte-Suaire elle-même, selon ce que rapporte Philibert Pingone dans son petit livre sur la Sainte-Suaire évangélique.

De quelle manière la Sainte-Suaire, c’est-à-dire le très saint linceul, est dite évangélique, Jean l’explique au chapitre 20, où il est fait mention des linges et des aromates. On voit aussi que le linceul est appelé lincea ; le linge du linceul est ainsi nommé, parce qu’il est tissé de lin. Saint Augustin, livre III du Consensus des Évangélistes, chapitre 2, l’enseigne.

Dans l’Ancien Testament, la Sainte-Suaire, qui fut sanctifiée dans la chapelle, est rappelée par de très nombreux signes. Le pape Jules II l’approuva. Dans l’Écriture sainte il est rapporté que le corps du Christ fut enveloppé dans un linge. D’abord Samuel : l’éphod de lin est introduit. Dans le premier livre des Rois, chapitre 2, il est dit qu’il apparut à Daniel, et qu’il fut revêtu de vêtements de lin. Dans l’Apocalypse, les saints sont décrits vêtus de lin blanc. David fut conduit devant l’arche royale, vêtu d’un éphod de lin. Moïse, livre II, chapitre 34. Dans les Sommes du pontife Sacrati, chapitre 2, les vêtements de lin sont appelés très forts, et dans l’Exode, chapitre 36, on lit qu’ils sont faits de pourpre et de lin. On lit encore qu’ils furent faits en lin très fin, et aussi dans le voile qui pendait dans le tabernacle…

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de Noé était couvert de tentes ; Genèse, chapitre 9. Pierre fut frappé dans un linge, afin que même les animaux en fussent guéris. Actes, chapitre 10. La tunique du Christ fut teinte de sang ; Genèse, chapitre 37. Ainsi, dans toutes ces figures du Suaire, comme dans un tableau, est décrite la très sainte Suaire.

Or, si l’on considère la matière du lin, ce lieu nous montre l’humilité suprême du Christ, ainsi que la pauvreté volontaire, qui réduit à néant l’orgueil humain. D. Claude de Cypre, évêque d’Hyères, rapporte que saint Polycarpe fut enveloppé à Rome dans un linge, au siècle même de Marie très noble, reine de France, et que de très précieuses reliques furent transférées ; et que le linceul du Christ Seigneur fut estimé d’une très grande valeur ; et que B. Pierre fut enveloppé dans un linceul. Il dit aussi que le lin grossier est fait sans artifice. La Bienheureuse Vierge enfanta dans une grotte, et ce fut sans artifice. Comme l’enseigne saint Antoine, en dehors de l’autorité épiscopale, l’usage fut établi, pour que l’on crût que même à Rome, ville très illustre, et sous les soins du cardinal Rucius, de D. Paul Vicarius, évêque de Rennes, les plus sacrées reliques furent déposées, à l’exemple de l’ancienne Église ; et que les reliques sacrées fussent conservées avec le plus grand soin.

Mais quant à l’étendue de la Sainte-Suaire, le Christ fut enveloppé depuis les pieds jusqu’à la tête, et cela est enseigné plus amplement dans le petit traité de Philibert Pingone sur la Sainte-Suaire évangélique. Logiquement, puisque le suaire devait être étendu de toute sa longueur, il devait couvrir tout le corps. Guillaume Durand le note dans les Rationes divinorum officiorum, livre IV, rubrique 4, à propos des vêtements et des ornements, où il dit en ces termes : « La pallium corporel, qui est tendu dans la longueur, est étendu parce qu’il doit avoir trois plis en largeur, et trois en longueur, afin qu’il représente le corps du Christ enveloppé dans le linceul. » Et il ajoute : « De même que le suaire fut étendu dans la longueur, ainsi le corps du Christ fut enveloppé dans toute sa longueur. »

Bède dit la même chose dans le livre des Saints, chapitre 5, où il écrit que le suaire fut étendu de toute sa longueur, aussi bien aux pieds qu’à la tête, et que la forme exacte de la Sainte-Suaire fut montrée aux hommes. Il en est fait mention par le pape Sylvestre, par saint Maximin, par saint Trionabile, dans la constitution de l’Église, selon laquelle le corps du Christ, enveloppé dans la Sainte-Suaire, devait être présenté ; et ainsi la figure du corps du Christ est représentée sur le linceul. Cela est établi non seulement par le pape Sylvestre, mais aussi par saint Eusèbe, pape, et par saint Sylvestre son prédécesseur, dans la constitution, comme cela est confirmé. Cela est encore transmis dans le concile romain sous Sylvestre, et dans le décret pontifical. Il est encore attesté dans la troisième partie du décret, chapitre 134, par Grégoire le prêtre, dans son livre Polycarpus, et par de très nombreux manuscrits anciens copiés, livre III, titre 9. On le lit aussi dans le décret, chapitre 2, par Burchard, livre III, chapitre 99. De même dans le Panormitain, livre I, chapitre 2. Guillaume Durand en fait aussi mention, disant que le linge de lin, placé sur l’autel, signifie le suaire dans lequel le corps du Christ fut enveloppé, et que, de même que le calice signifie le suaire qui fut pour le sang, ainsi le corporal signifie le suaire pour le corps. Pierre Comestor, dans son Histoire évangélique, chapitre 180, le rapporte également, et le canonise dans le chapitre Confutantur.

Ainsi donc, il est clairement établi que la Sainte-Suaire fut appelée suaire commun, et ainsi fut transmise par décret. De même Eusèbe, et le pape Sylvestre, l’établirent par décret dans leur linceul ; et dans la Glose sur le chapitre Confutantur. Jean de Turrécremata, dans les Définitions, l’établit comme norme. De même Guillaume Durand, comme nous l’avons dit, ajoute que le lin, par sa blancheur, exprime la clarté et la pureté du corps du Christ…

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il est désigné comme celui du Christ par la flagellation, les blessures et la purification parfaite jusqu’à la blancheur.

Il voulut aussi être enseveli. Ici apparaît la grande pudeur du Christ. En effet, dans la Sainte-Suaire, il voulut être enseveli dans un linge pur. D’abord, afin que soit condamnée toute ambition. Chrysostome, homélie 75 sur Jean. De même Jérôme au chapitre 27 sur Matthieu. De plus, Jérôme, dans l’épitaphe du bienheureux Paul, dit que la pauvreté doit être recherchée, afin que l’on soit rendu semblable à Dieu ; car, dans la maison du plus humble, on ne peut être enveloppé que d’un linge de lin, et non d’un manteau étranger.

Saint Jérôme encore, dans la Vie de saint Paul, amplifie très clairement son humilité de sépulture, et dit que, dans le sépulcre, il ne fut placé que dans un linge de lin très simple, comme s’il était entouré d’une chute de feuilles. Ensuite, afin que soit montré aux fidèles que le corps du Christ nous est offert pur de cœur. Il ajoute encore une troisième raison : afin que soit montré combien le Christ nous a aimés, lorsqu’il voulut être enveloppé d’un linge pur, selon ce que Matthieu et Paul le disent. Vêtements blancs, vêtements purs : car, de même que le Christ ne devait pas être enveloppé dans un linge noir ou impur, ainsi Dieu ne veut pas que des morts soient enveloppés dans des linceuls précieux.

Troisièmement, afin que par le suaire du Christ soit figurée l’Église du Christ, qui ne doit pas être souillée par l’amitié du monde, mais doit être pure et candide, et imiter le Christ, comme le vrai chef de l’Église le conseille. Cette raison est donnée par Guillaume Durand, par le lin et par la pourpre, qui sont des vêtements du Christ : le lin signifie la pureté immédiate, la pourpre signifie le sang ; et par là sont combattues les ténèbres de la mort et la corruption de la chair.

Ainsi donc, par cette très sainte Suaire, Dieu a voulu accomplir de très grands miracles. Ici est décrit un miracle digne de la plus grande admiration, comment, ceinte de flammes, la Sainte-Suaire brûle de telle manière qu’elle n’est cependant pas consumée par le feu. Et afin que la grandeur du miracle soit manifeste, et que les esprits des hommes soient parfaitement excités à la contemplation, il faut rappeler à la mémoire tant de faits mystiques. Les rubis, dit Moyse, sont brûlés par le feu, et cependant ils ne sont pas consumés ; ainsi encore la Sainte-Suaire.

Il est raconté dans l’Exode, chapitre 3. Or, ce miracle est décrit de telle manière qu’à cette époque, lorsqu’un grave incendie se produisit, et que la Sainte-Suaire fut conservée par le feu, cela fut un indice très certain. Et en effet, tant d’incendies furent décrits par des écrivains ; par ceux de Chartres, de Troyes, par les lettres de Pierre d’Honoré ; par la chapelle incendiée ; par Pingone, dans la Sainte-Suaire évangélique. On raconte qu’au temps de la guerre, l’an 1532, lorsque les Barbares arrivèrent, au mois de décembre, dans la ville de Chambéry, ils incendièrent la chapelle où était conservée la Sainte-Suaire ; le feu l’ayant saisie, les flammes ne la consumèrent pas. Philibert, Lambert de Saxe, les chroniques, Guillaume Postel, auteur du Franciades, les livres anciens, rapportent ces choses.

Des mesures furent prises aussitôt : on appliqua des plaques d’argent ; la Sainte-Suaire fut réparée avec soin ; et les marques du feu furent visibles. Et bien que la flamme ait brûlé le marbre, le fer, le bois, les colonnes et les murs, la Sainte-Suaire fut néanmoins préservée ; et cela fut un signe manifeste de la puissance divine. Car bien que les flammes aient consumé tout ce qui était proche, et que les charbons aient laissé des traces de cendres, la Sainte-Suaire demeura intacte.

Ainsi donc, à partir de ces faits, il apparaît très clairement que la Sainte-Suaire n’a pas été consumée dans un si grand incendie ; et je vois là un très puissant argument…

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possible peut être reconnu. Une autre cause, certes, que l’on tire des signes de la résurrection, est vraie : en effet, comme il apparaît par de nombreux exemples, les substances ne sont pas détruites par le feu, lorsque Dieu le veut. Ainsi, dans les langes du nouveau-né, la mémoire du prodige est transmise par Tite-Live, Décade I, livre I, où il rapporte qu’un enfant fut nourri par une louve ; de même Virgile, au second livre de l’ Énéide, décrit des choses admirables.

L’Église elle-même, mère et parente de toutes choses, fournit des exemples admirables. Lambert de Saxe, dans sa Chronique, rapporte de nombreux faits semblables. Nulle part on ne lit que la matière ait été détruite, mais que les choses aient été conservées. De même, le feu fut éteint dans la fournaise par la prière de Benoît, cruellement injurié par des moines, comme on le lit dans sa Vie. Le même, ayant ordonné que l’on apportât de l’eau, éteignit des flammes qui menaçaient de détruire des enfants ; il éteignit aussi, par la puissance divine, les flammes trompeuses des démons, lesquelles, par l’illusion diabolique, étaient attisées par l’ennemi, afin que l’esprit des exorcistes fût troublé.

Mais en vérité, cette combustion ne fut pas fictive ni seulement apparente : ce furent de vraies flammes ; cependant, les reliques sacrées, qui se trouvaient dans des vases de marbre, furent conservées intactes, tandis que les monuments de l’ancienne chapelle furent consumés. Ceci est une chose vraie, et non feinte, comme le démontrent les signes de l’autre argument, car si cela avait été une combustion feinte, le suaire n’aurait pas présenté les traces laissées par le feu, telles que celles du lin, que Pline décrit comme une matière capable de résister au feu, appelée amiante ; et cependant, ce lin fut brûlé par un feu violent, comme l’attestent les faits rapportés.

Or, au chapitre 10, Baptista Porta écrit dans sa Magie naturelle que le lin amianthe est une pierre d’amiante, dont les fils, tirés de sa nature, peuvent être ajoutés à de nombreux usages ; et il ajoute que Baptista Porta conserva un linge dans le feu sans qu’il fût consumé. De même est rapporté par Damale le pape dans l’annexe au Livre du douzième concile du Latran, au chapitre Contatio donationum, où il dit : « L’amiante est une pierre qui, bien qu’elle soit jetée dans le feu, ne brûle pas, mais se nettoie ; et Athanase de Flandres en a fait mention dans les relations historiques. » De même les chroniques rapportent que Constantin le Grand fit don à l’Église du Latran de colonnes d’amiante ; mais la force de la colonne, bien que soumise au feu, demeura intacte.

Il n’est donc pas surprenant que, comme le rapporte Pline, plusieurs choses puissent être vues qui ne brûlent pas dans le feu, telles que certaines pierres, certaines herbes, et même certains animaux. De même les diamants, que l’on appelle adamants, et certaines pierres précieuses, comme la calcédoine, résistent au feu ; l’amiante surtout ne brûle pas, mais devient plus blanche par le feu. La terre elle-même, lorsqu’elle est chauffée, devient plus dure ; l’eau, jetée sur le feu, l’éteint ; et l’eau très ardente ne brûle pas. Et si l’on examine chaque chose selon sa nature, rien n’est surprenant que certaines choses ne brûlent pas dans le feu, puisque même le corps humain ne brûle pas immédiatement dans l’eau chaude, et que l’or et l’argent sont purifiés par le feu, et que le vin et le plomb sont éprouvés par la flamme ardente. Ainsi donc, par ces raisons, le suaire n’est pas moins crédible, même s’il a été exposé au feu, que s’il n’avait pas été exposé…

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Quant à l’artifice d’une fausse réponse, selon lequel certaines parties de la Sainte-Suaire auraient été consumées par les flammes, il est réfuté.

Car on ajoute une autre cause, admirable entre toutes, et qui peut être comprise : Dieu a voulu, pour la prédication de sa magnificence et pour l’admiration, que la Sainte-Suaire fût exposée aux flammes sans être consumée, tout comme les rubis dans le feu, comme les trois jeunes gens dans la fournaise, sans dommage. En effet, afin que la multitude païenne fût frappée d’étonnement, et que la piété fût reconnue, comme on le sait, lorsque la flamme d’Agathe fut éteinte, de même ici, enfin, la Sainte-Suaire fut reconnue comme intacte, après avoir été exposée au feu. Et c’est pourquoi nous recommandons avec d’autant plus de vénération cette Sainte-Suaire préservée par le feu, afin que la piété soit excitée, et que le souvenir de la Passion soit conservé dans nos cœurs, puisque la Sainte-Suaire nous atteste qu’il a souffert pour nous.

Car il est difficile de trouver des miracles plus éclatants. Quant à ce qui est ajouté pour diminuer la vérité, à savoir que la Sainte-Suaire aurait été peinte après l’incendie, c’est une image (car ce ne fut ni peinture ni teinture). Il y a certes ici un grand miracle : Dieu a voulu que fût attestée une image non faite par la main de l’homme, mais imprimée par le feu de la Passion, et que, dans quelque partie, elle fût brûlée. Et Ésaïe l’a admirablement annoncé, lorsqu’il dit au chapitre 9 : Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le principat est sur son épaule. Et l’Écriture dit encore : Voici l’homme des douleurs, etc.

Saint Bède écrit, livre V, chapitre 5, que le suaire fut posé sur le Christ Jésus ; et il appelle le suaire ainsi nommé parce qu’il est de lin. Et l’on raconte que sous le règne de Mathias, roi des Sarrasins, une grande pyramide fut embrasée ; cependant elle ne fut pas consumée, mais demeura intacte dans la flamme et dans la fumée, jusqu’à ce qu’enfin elle se dissipât peu à peu, et qu’elle fût tenue par certains chrétiens pour quelque chose de léger ; et pour cette raison tout le peuple chrétien l’honora avec une grande vénération, et elle fut tenue pour quelque chose de caché et de mystérieux.

Ce fait est confirmé par saint Boniface, pontife romain. Mais afin que la chose soit rendue plus certaine, et que l’on n’ajoute pas facilement foi à ce qui est incertain, l’autorité du sommet apostolique, comme infaillible, a jugé qu’il fallait établir fermement la Sainte-Suaire, afin qu’aucun doute ne subsiste, et que son culte public et solennel soit reconnu, surtout dans l’immensité des temps et le cours des siècles, où même les plus constantes preuves peuvent être affaiblies par les doutes, sans le soutien de l’autorité et de la foi.

Or, de même qu’avant l’incendie, il fut nécessaire que l’autorité des souverains pontifes intervînt, ainsi après l’incendie, la puissance de l’Église fut manifestée avec encore plus d’éclat. Car alors le pontife, usant de son autorité, déclara l’œuvre comme authentique ; et, ce qui est plus, à l’occasion d’un très grand rassemblement d’hommes, il accomplit ce jugement solennel, de sorte que tous s’écrièrent qu’il s’agissait bien de la Sainte-Suaire, même si elle avait été touchée par le feu, et qu’elle ne devait ni être rejetée, ni être tenue pour altérée. C’est pourquoi Clément VII, souverain pontife, envoya Louis de Gorrevod, cardinal, légat apostolique, qui institua une enquête, examina la Sainte-Suaire, interrogea sous serment, et approuva ce qui avait été établi auparavant. Le souverain pontife, par l’autorité des Pères, confirma tout cela, et déclara que toutes choses avaient été faites avec soin, selon les décrets des pontifes précédents.

Si l’effigie du Sauveur a été fabriquée par Nicodème.

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 À propos de cette image, beaucoup de choses ont déjà été dites par nous plus haut. Mais ici, je pense qu’il faut ajouter ceci : il est hautement probable que cette image n’ait pas été faite par un autre que Nicodème ; non seulement parce que l’image a été réalisée, mais encore pour plusieurs raisons. La première est celle que nous avons rapportée plus haut, et que rapporte l’auteur du Supplément des Chroniques, livre VIII : que Nicodème posséda des clous, la lance et le linceul, et qu’il conserva soigneusement les instruments de la Passion du Christ. Et de même, les reliques très anciennes des images du Christ subsistent, surtout dans les sépulcres, et l’image du Christ est sculptée en relief, au milieu de laquelle le sang du Christ est contenu dans toute sa plénitude, comme le rapporte avec prudence Guillaume de Tyr, lorsqu’il dit que l’image fut apportée de Jérusalem par les ennemis.

Ensuite, certains évêques, dans de nombreux luminaires, la placèrent dans un étui de verre, et la confièrent à la providence divine, afin qu’elle ne fût pas portée au port de Lunen. Puis, instruits par un ange, ils transportèrent l’image avec une grande prudence dans un autre lieu, où, exposée au feu, elle n’en fut pas endommagée.

Enfin, il est rapporté que cette image fut lue à Rome dans les annales de l’Église du Latran, et qu’une très grande antiquité lui est reconnue. Le tribunal du Latran, l’Église mère, montra des œuvres peintes de grand artifice, dont elle assuma la protection ; et l’image fut préservée dans l’incendie le plus cruel.

Rien de ce que les hérétiques de notre temps avancent pour dénigrer les images, en les diffamant ou en les calomniant, ne doit être admis ; ni leurs propos, ni leur force, ni leurs raisonnements ne doivent être considérés comme efficaces, puisqu’ils osent attaquer le Christ notre Sauveur par des peintures faites de leurs propres mains, ou oser dire des choses sacrées qu’elles sont de simples fables, ni qu’elles doivent être rejetées par les catholiques.

Quod igitur Christus pinxit non est opus humanum, quod Christus duxit non est factum. Mais le lieu du Christ est double : celui du Christ non encore enfant, et celui du Christ déjà adulte. Ainsi le Christ se représenta lui-même, non par la main de l’homme, mais par sa propre puissance ; et les images sacrées doivent être vénérées par un culte catholique, car tel est leur dû.

Il existe en effet un grand mystère sacré : le Christ fut peint par lui-même. En effet, comme un homme mort avant la Passion, il laissa après sa Passion les images de sa Passion ; et le suaire d’Abgar ne fut pas autre chose que le suaire de Véronique, porteur de la figure du Sauveur, par lequel il put rendre le suaire sacré bienheureux avant la Passion, et certainement le consacrer. Avant la Passion, Édesse avait le suaire de Véronique ; après la Passion, le suaire sacré fut peint.

Il n’y eut pas seulement des images avant la Passion, mais aussi après la Passion ; et après la Passion, l’image fut sculptée dans le marbre, fuyant en Égypte, et au Nil, l’enfance du Christ fut figurée en marbre ; puis, à Rome, l’image du Christ mort fut sculptée, ce qui est attesté par les anciens.

À Nazareth, lorsque le Christ prêchait, on rapporte qu’il ordonna que ceux qui l’entouraient fussent précipités ; et là, dans un lieu intermédiaire, exigu, il laissa l’empreinte de son corps ; ainsi le Bienheureux Burchard, en grande partie, chapitre 65, le rapporte. De même sur le mont des Oliviers, dans le rocher même, là où le Seigneur monta au ciel, il laissa l’empreinte de ses pieds ; comme le rapporte Paulin de Nole, dans sa lettre à Sévère ; et ainsi à Pierre à Rome, on montre les empreintes de ses pieds, dans le lieu où il est dit : Seigneur, où vas-tu ?

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 autrement dite de saint Sébastien, conserve les empreintes des pieds en marbre, reliques très anciennes, lesquelles sont encore aujourd’hui montrées aux visiteurs sur les murs de la très sainte ville de Sébastien. Noé aussi est mentionné dans l’histoire, et le Christ est représenté en Syrie. Tertullien et Nicéphore, livre I de l’Histoire, chapitre 4. De même, dans Luc, l’évangéliste, le Baptême de la Vierge Déipare est représenté en image, hormis le Baptême lui-même. Nicodème, homme prudent et religieux, très habile dans l’art chrétien, forma cette image admirable du Christ dans la Sainte-Suaire, image que Dieu fit surgir miraculeusement.

Ainsi les images des bienheureux apôtres Pierre et Paul, chez les fidèles, furent honorées ; et cela est encore attesté à Constantinople sous l’empereur Othon, dans laquelle l’image du bienheureux apôtre Paul apparut. Les apôtres eux-mêmes nous donnent un témoignage très clair à ce sujet. Et bien que l’on dise que les images sacrées doivent être vénérées par un culte pieux, et que leur vénération soit due, cela est confirmé par le concile. De même Abgar reçut religieusement l’image du Christ ; Véronique porta le Suaire sacré ; un monument très ancien subsiste, vénéré par les peuples chrétiens, dont la vertu est attestée par l’empereur Tibère ; la mort même de ce Suaire est rapportée comme relique à Rome par le pontife Clément ; et il fut tenu en la plus haute vénération par tous les pontifes romains jusqu’à notre époque, comme le rapporte l’auteur du Supplément des Chroniques, année du Seigneur 133.

Bède rapporte ces faits dans les Vies des Saints, chapitres 4 et 5. François Mauricius en traite dans un opuscule sur les reliques. Adrien rapporte l’inscription de Jérusalem dans les Annales du cardinal Baronius. Bénon rapporte aussi ces choses, livre III, chapitre 13, à l’année du Jubilé, où il décrit les merveilles du temple du Vatican.

Nicodème, donc, forma très religieusement la Sainte-Suaire ; Luc aussi porta les images de la Bienheureuse Vierge ; et ce que Dieu fit surgir par une grande piété fut honoré avec un grand culte. Le bienheureux Sylvestre, Pierre et Paul, firent vénérer ces images par le culte. Il faut donc croire que Dieu a fait des miracles corporels pour que les images soient produites, ce que démontre clairement l’exemple rapporté par Paul Diacre, livre I, chapitre 8.

Lorsque l’empereur Héraclius se rendit à Rome, et que les chrétiens, menacés par la calamité des Perses, déploraient la ruine de leur royaume, alors l’image de Jérusalem fut occupée ; et l’empereur, portant sur ses épaules le bois de la Croix du Seigneur, apporta la croix du Christ, et les chrétiens, qui étaient accablés par les guerres, furent réconfortés ; les exercices chrétiens furent rétablis ; et l’on enseigna au très illustre Héraclius qu’il ne devait ni recueillir de richesses, ni s’enorgueillir, ni introduire de nouveautés, ni enseigner des choses anciennes de manière inconvenante, ni guérir de manière déviée, mais qu’il devait accepter dans ses mœurs la figure du Christ.

Nous ne peignons pas le Christ comme un simple mot, qui forme toutes choses, mais comme celui qui a pris une forme humaine, qui est né d’une femme, qui a souffert et qui a été enseveli ; c’est pourquoi, à partir de ces raisons, la crainte des hérétiques est détruite ; Constantin armé accourut, les ennemis s’enfuirent ; la croix du Christ brilla ; la foi des chrétiens fut confirmée. Et l’empereur Héraclius…

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S’étant tourné vers le Père céleste, il dit : Sermon de la Passion du Seigneur. Il répondit : « Père très saint de Jésus-Christ, écoute, je te prie, la voix de ton Fils. » Ensuite, prenant Joseph, il lui fit signe de se retirer à l’écart, afin que tout l’honneur et toute la dignité des reliques sacrées demeurassent cachés. Et cette vérité est rapportée par des auteurs très dignes de foi. C’est pourquoi le Seigneur voulut que les ossements des innocents martyrs d’Égypte fussent ensevelis. Et bien que ce fût une image délicate, Joseph figura le Christ à l’image des Patriarches, comme l’enseigne saint Augustin, livre I. Et ce signe est aussi indiqué par Bède au chapitre 37 et 49. De même Jérôme, sur les Psaumes. Tertullien, livre contre les Juifs. Chrysostome, homélie 61 sur la Genèse. Joseph, fils de Jacob, est cru innocent ; cependant, l’autre Joseph, sauveur de l’Égypte, est cru être le Christ innocent, qui fut sauveur de l’Égypte, et qui, par la grâce, fut concilié à Dieu, et qui fut dit le Sauveur du monde. Joseph donc préfigurait le Christ, et les œuvres des Juifs en furent la preuve.

Joseph, frère du Christ, fut vendu par ses frères, et le Christ fut vendu par ses frères. Joseph fut jeté dans la citerne, et le Christ fut mis au tombeau ; Joseph fut relevé vivant, et le Christ ressuscita. Le Christ fut enseveli, et ressuscita.

Joseph, trente pièces d’argent furent données aux Juifs ; trente furent aussi données à Judas. Joseph fut vendu à des Ismaélites venus de Juda ; Joseph innocent fut vendu, et le Sauveur fut envoyé en Égypte. Ainsi le Christ innocent fut envoyé en Égypte, et il fut proclamé Sauveur du monde. Ensuite Joseph, la tunique ensanglantée, fut montrée à son père ; la Sainte-Suaire du Christ fut montrée au Père pieux. Cela est aussi rapporté dans sainte Brigitte, livre I. Et on lit dans l’Apocalypse, chapitre 2 : « Lorsque mon fils fut descendu de la croix, et qu’il fut approché de la terre, son corps fut étendu sur la terre, afin que par le contact de la terre, lui-même et ses pieds fussent touchés ; mais quant à ce qui était de la terre, il fut porté vers le haut, et quant à ce qui était du monde, il fut porté dans le monde ; et lorsqu’il fut enveloppé de la terre, mais non confondu avec elle, il fut rendu certain que le corps du Christ ne pouvait être corrompu. »

Ici apparaît aussi l’affection de la piété. En vérité, on peut penser combien furent grandes les douleurs de la Bienheureuse Vierge, lorsqu’elle vit son fils ainsi lacéré et meurtri par tant de blessures, et lorsqu’elle contempla le Christ très saint si cruellement traité, et lorsqu’elle dut porter dans son cœur une douleur très amère et très douloureuse. Et puisque le Christ fut ainsi cruellement déchiré et meurtri, nous avons expliqué plus largement ces choses au chapitre 8.

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Explication de la Sainte Sindon,
par Alphonse Paleotti,
illustre archevêque
de Bologne.

Sur la beauté et les mensurations du corps du Sauveur, et sur la longueur des blessures imprimées sur le saint Linceul, ainsi que sur la plaie du côté.

Chapitre III

C’est pourquoi, dans le chapitre précédent, nous avons contemplé de quelle manière la sainte Sindon portait la forme du corps et présentait l’empreinte des plaies du Seigneur notre Dieu ; nous avons vu ensuite comment la stature du corps et la disposition des blessures étaient figurées sur cette même Sindon sous nos yeux.

 Il est donc digne de confiance, la sainte Sindon, que (comme nous l’avons dit précédemment) elle s’étende sur douze pieds en longueur et sur trois coudées en largeur.

Mais la figure du corps sur la Sindon elle-même s’étend, sur la partie antérieure, jusqu’à la mesure de cinq pieds ; et, sur la partie postérieure, elle s’étend jusqu’à quatre pieds, et un peu plus de dix pouces. Ce qui montre que, lorsque le corps fut posé sur le linge, la partie postérieure du linceul commençait à la tête, et se prolongeait au-delà des pieds ; mais que la partie antérieure non seulement touchait le front, mais qu’elle était presque au milieu de la poitrine vers l’extérieur, bien qu’elle fût disposée de manière convenable. De là, l’on peut comprendre, par une réflexion appropriée, la stature du Sauveur à venir, et celle des autres membres, en tant qu’ils correspondent les uns aux autres.

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De là, avec David et Salomon, nous pouvons aisément argumenter en faveur de la beauté prédite : avec l’un, en effet, qui dit : Beau d’aspect au-dessus des fils des hommes ; avec l’autre, qui dit : Voici, tu es beau, mon bien-aimé. Ce que, selon saint Grégoire, nous voyons devoir être expliqué à propos de la pureté du Christ tant dans la nature divine que dans la nature humaine : Il est beau, dit-il, celui qui, dans la divinité comme dans l’humanité, est reconnu sans tache et sans reproche. Il faut toutefois exposer cela de telle sorte que nous disions que la beauté elle-même, en raison de l’excellence de la nature de la personne, est principalement celle de la vertu ; puisque la grandeur du corps n’est jugée digne de beauté qu’en tant qu’elle est une grande part de beauté, comme l’enseigne Aristote : Les choses très grandes par la grandeur de leur dimension, de même que la beauté dans un grand corps, si elles ne sont pas élégantes et harmonieuses, ne sont pas dites belles.

Mais, en descendant à la contemplation des marques des plaies, déployées par la sainte Sindon, dont la grandeur n’est généralement connue de personne, afin de parvenir à une connaissance distincte de celles-ci à partir de la description initiale de l’œuvre simulée, nous ferons aussi un traitement particulier de chacune.

La plaie donc apparaissant dans les lombes est perçue comme assez large et très étendue, et tuméfiée par une grande effusion, manifestement due aux coups répétés des flagellations.

La plaie du côté s’étend jusqu’à une once et un quart en longueur, et s’étend en largeur jusqu’à une demi-once.

La couronne d’épines, par l’impression des pointes apparaissant sur la tête, est portée autour sur une longueur de deux pieds, et de là l’on déduit qu’elle occupait toute la tête, depuis le front jusqu’au sommet, comme Vincent l’atteste très ouvertement, lorsqu’il écrit : Et ils tressèrent une couronne d’épines marines, etc. Et il ajoute ensuite : Ils frappaient sa tête avec un roseau, etc. Elle était donc semblable à un bonnet, ce qui convenait à la tête, et l’enveloppait.

À partir de la figure de ce corps si cruellement lacéré, exposée à nos yeux par la Sindon, est indiquée l’inouïe clémence du Sauveur envers nous :

lui qui, tandis qu’il vivait, n’apportait pas seulement un grand secours à ceux qui le regardaient,

de sorte qu’ils pouvaient dire bienheureux, comme le disait le disciple : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Mais afin que, même pour les premiers, comme pour ceux à qui il était refusé de l’approcher, ou à qui aucune occasion n’était donnée de le contempler, il laissât une image vivante, comme le suaire romain, qui exprime son visage à la vie, et par lequel est reconnue l’effigie décrite par Nicéphore.

Il était, dit-il, notre Seigneur Jésus-Christ, d’une stature remarquable, le corps dressé jusqu’aux paumes, le visage noble et vénérable, le nez parfaitement droit, la chevelure d’un brun modéré, inclinée doucement vers le crépu, les sourcils noirs, non entièrement arqués, les yeux brillants, la grâce émanant des traits, le visage allongé, et non trop long, la barbe et les cheveux abondants et non excessivement mince ; quant aux cheveux de la tête, ils étaient plutôt abondants.

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Ce même très bienveillant Sauveur imprima son visage sur un linge, qu’il allait envoyer au roi Abgar, l’appliquant à son visage, et sur lequel son effigie fut imprimée sans l’intervention d’un peintre ; de là jaillit une splendeur telle que celui-ci ne put peindre cette même image, tant elle était vivement attendue par le roi ; de cette image, de très nombreux auteurs font mention, tels que saint Jean Damascène, Nicéphore et Évagre ; mais au second concile de Nicée, les propres paroles de Léon sont rapportées, demandant que cette image, non faite de main d’homme, soit adorée et vénérée par le peuple.

Et non seulement les auteurs précédemment cités, mais aussi des écrivains postérieurs, l’illustrissime cardinal Baronius, ont examiné avec soin cette matière.

Et non seulement il laissa de son visage une mémoire, lorsqu’il représentait l’aspect d’une beauté singulière, afin d’enflammer les esprits par son amour ; cette beauté, le Cantique des cantiques en fut saisi : Mon bien-aimé est blanc et vermeil, choisi entre mille. Ce que saint Grégoire explique avec une interprétation spirituelle : Il est blanc, dit-il, par la beauté, et vermeil par la Passion ; blanc parce qu’il est sans tache et digne d’amour ; vermeil parce qu’il porta les péchés d’autrui par sa souffrance. Mais il nous laissa aussi la mémoire de tout son corps, puisqu’il devait être méprisé à cause de nous ; et ainsi, selon la prophétie d’Ézéchiel, soumis à des eaux nourricières, nourri de son propre sang ; lui qui aimait tant l’humiliation, au point, comme on peut le dire, d’avoir été manifestement nourri par elle, de même que, par son abaissement même, il fut élevé aux honneurs divins. Ainsi encore Ézéchiel dit : Les eaux l’ont nourri, l’abîme l’a exalté.

D’ailleurs, si les peintures vulgaires, tracées par l’art humain, bien qu’elles présentent un exemple de piété et de dévotion, peuvent exciter en nous l’amour céleste, le saint concile de Trente l’enseigne, et François Pétrarque le dit :

Le plaisir des images pieuses, si nous les gardons avec discernement, doit susciter l’amour céleste et nous rappeler notre origine. Elles doivent en outre provoquer la componction, comme le dit saint Grégoire ; et Bède ajoute sous cette forme de paroles : les images doivent surtout préparer l’âme à la componction.

Si de tels effets sont produits par des peintures, faites par les hommes, jusqu’à quel degré d’amour et de dévotion doit-on être excité par celui qui fixa son regard sur cette effigie, non façonnée par l’art humain, mais produite par l’œuvre de Dieu lui-même, selon la mesure du corps, et imprimée par son très précieux sang ? Quelle occasion offrit-elle donc, pour que l’âme s’embrase entièrement d’un amour si grand pour tant de beauté divine et de clémence, et pour qu’elle soit excitée, afin de s’unir par les vertus à celui qui se présente ainsi devant les yeux ? comme le chante le Psalmiste…

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Les images des anciens sont, pour ceux qui les regardent, comme certains aiguillons incitant à la vertu.

D’ici donc, l’intellect se tourne à contempler la Vierge très bienheureuse elle-même, et, considérant en son âme, il lui est accordé de comprendre le plaisir des mères tiré de la beauté des fils, afin qu’elle en éprouve un plus grand encore, puisque tant de beauté s’était concentrée en son fils ; et, qu’ainsi elle contemple ce qui était capable de susciter l’admiration chez tous. De là, elle pouvait dire avec l’Épouse : Mon bien-aimé est blanc et vermeil, et appeler bienheureux ses yeux, qui avaient mérité de contempler son fils. Mais, en revanche, à l’heure de la Passion et du supplice ineffable, une immense douleur se trouva mêlée à une miséricorde non moins grande, comme le pense saint Bernard, toutes les plaies de son fils traversèrent le cœur de la Vierge ; d’où l’exclamation célèbre : Vraiment, le fer a transpercé ton âme, et une épée très amère, car de même que son cœur avait été ravi par la naissance de son fils, ainsi, en considérant les douleurs et les blessures du fils, tant de plaies très saintes furent enfoncées dans son cœur.

Éclaircissements du frère Daniel Malloni
sur le corps du Christ.
Chapitre III

Ainsi donc, comme, dans le chapitre précédent, nous avons très clairement traité selon une méthode excellente, adaptée à la norme de la science, ainsi que le faisaient les anciens philosophes, et comme Aristote l’enseigne très commodément, d’abord dans la Physique, livre I, en préparant l’exposé, et en progressant des choses universelles vers les particulières ; de même, ce qu’il convenait de faire à propos de la très sainte Sindon, nous l’avons entrepris : nous en avons touché l’histoire ; ensuite, nous avons fait dépendre la matière elle-même d’une explication ; puis, en nous approchant davantage de la chose, nous avons distingué la forme, et attribué au Christ l’image imprimée de son corps ; enfin, nous avons rendu manifeste la grandeur du corps, et expliqué la quantité de la très sainte Sindon selon ses justes proportions.

2. Il est donc digne de confiance. Cette description est tout à fait conforme à celle que Pingone a écrite dans sa Sindon, lorsqu’il dit que la Sindon mesure douze pieds de longueur, trois coudées de largeur, et même davantage.

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Bède cependant, au livre des Lieux saints, chapitre 5, affirme qu’elle avait une longueur de huit pieds, une largeur de six pieds, ce qui est difficile à admettre.

3. Mais la figure du corps sur la Sindon. Qui mesurerait la grandeur du corps très saint du Christ ? Certes, la longueur n’est pas mesurée sur la Sindon elle-même, comme le pensait à tort Angelus, mais selon la mesure hiératique ; et, de la même manière, la largeur doit être mesurée selon l’unité de la ligne du Temple d’Angelos, si toutefois l’on comprend correctement ce qu’il dit, ce qui n’apparaît pas clairement à l’esprit humain, puisque l’on voit avec les yeux, tandis que les choses célestes sont montrées à l’esprit. Ézéchiel parle ainsi.

Or, lorsque la véritable grandeur du Christ est expliquée par Antistès lui-même, il ne s’agit pas d’un pied mathématique, ni d’un pied, comme le veulent certains Bons Hommes, qui comptent douze pouces pour un pied mathématique, deux pouces pour un pied hiératique, et six pour la partie exacte. Et ces choses sont ajoutées comme si elles devaient être comprises dans la description de la grandeur véritable du Christ. Très nombreux sont en effet ceux qui s’efforcent de décider de la mesure des choses humaines par les seuls termes des choses humaines ; quand, à combien elle devait être mesurée selon les proportions du corps humain, on le voit d’après les mesures des hommes, et les premiers pieds humains, au-delà desquels les hommes géants étaient excessifs et hors mesure. Quant à la petitesse, elle est confessée comme un défaut de virilité par des pieds très petits ; et enfin, par des pieds de cinq pouces, ceux que l’on appelle pygmées sont définis. Et ce sont donc ces limites de la stature humaine qui sont appelées moyennes, et à partir desquelles les figures humaines sont jugées plus ou moins grandes, et à propos desquelles il n’y a aucun doute. Car Adam, notre premier parent, fut très probablement un géant … conduit par Dieu très sage comme architecte suprême, afin de nous transmettre l’histoire sacrée ; et cependant Adam ne fut pas créé sous une forme monstrueuse, mais doté de toutes ses facultés. En effet, puisque dans l’œuvre parfaite et première, et dans l’antiquité même du monde, la nature générale de toute chose devait être indiquée à l’univers entier, des figures humaines géantes furent naturellement comprises dans l’histoire sacrée, comme le dit Moïse, Genèse, chapitre 5 : Les géants étaient sur la terre en ces jours-là. Ils furent puissants et célèbres par leur vigueur. Le chrétien Adricomius rapporte, dans le Théâtre de la Terre Sainte, à propos de Lydda, numéro 7, qu’on y montrait un fémur admirable de longueur. Pline, Histoire naturelle, livre 7, chapitre 16, dit qu’il y eut autrefois un homme nommé Gabbaras, haut de neuf pieds et demi ; d’autres, plus tard, furent trouvés ayant seulement deux coudées de hauteur, comme le rapporte le même auteur au livre 15. La Cité de Dieu, livre 15, chapitre 9, dit qu’on a vu sur le rivage de Vicence une dent d’une grandeur telle que, si elle avait été divisée en cent parties, chacune aurait égalé la taille d’une dent ordinaire. Ludovicus Vives, dans son commentaire sur ce même passage, dit qu’on a vu la dent de saint Christophe, plus grande que le poing d’un jeune homme et mesurant une coudée ; de là, on déduit l’existence d’une stature géante, ce qui semble incroyable. Toutefois, ce que rapporte Pline, Ludovicus Vives le confirme : en Crète, une montagne ayant été ébranlée par un tremblement de terre, le corps d’un géant d’une grandeur étonnante fut découvert, haut de quarante-six coudées ; ce qui rend incroyable que des hommes aient pu être d’une stature si grande, puisque la nature parfaite et la vie plus longue, qui furent accordées au commencement, l’expliquent dans l’homme ; et la grande taille du corps, jointe à une double durée de vie, montre combien la petitesse actuelle de l’homme est déplorable. Pline le reconnaît, Histoire naturelle, livre 15 ; saint Augustin, La Cité de Dieu, chapitre 9, s’en afflige ; et Ludovicus Vives confirme de nouveau ces faits. De là, il est évident qu’Adam devait être appelé géant, afin qu’il apparaisse plutôt comme une figure humble.

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Il faut ajouter encore ceci : il est manifeste que la mesure dans laquelle les pieds du corps humain étaient autrefois plus grands. En effet, selon la mesure mathématique, quatre coudées correspondent aux paumes ; selon la mesure hiératique, aux pieds ; et selon la mesure commune et vulgaire, aux pieds, que l’on appelle des pieds artificiels. De là, il apparaît que le corps du Christ notre Seigneur fut de taille moyenne, selon l’enseignement de Henri de Gand dans le De Aëlo, de Jean Stöffler de Justingen dans l’Astrolabium, et de Claudius Bambergiensis dans la Sphaera. Et ainsi la mesure humaine est devenue ambiguë.

Mais il faut revenir à la mesure la plus certaine : celle qu’indique la nature même du Christ Seigneur, et qui est expliquée dans la sainte Sindon, lorsque celle-ci est disposée à plat, et que l’on considère la figure qui y est imprimée : à savoir trois fois au minimum, peut-être aussi davantage, que la tête ronde entoure ; puisque chaque face de la Sindon, depuis la tête jusqu’aux pieds, si l’on ajoute les deux longueurs imprimées, dépasse de beaucoup cette mesure. De là est faite la juste commensuration, puisque, une fois soustraite la partie antérieure, la partie postérieure excède les pieds du corps du Christ Seigneur d’une certaine longueur.

Et cette figure, ainsi comprise, affirme la grandeur du corps du Christ. En premier lieu, Nicéphore, livre I de son Histoire ecclésiastique, chapitre 40, parlant du Christ, dit que la stature du corps allait jusqu’aux paumes, entièrement sept fois mesurée. Nous lisons aussi cela dans l’épître écrite par P. Lentulus en Judée au magistrat et au Sénat romain, que saint Antonin place dans sa Chronique, et qui dit : L’homme est de stature moyenne. De même, dans l’épître de Ponce Pilate, apocryphe en Judée et chez Tibère, on lit, rapportée par Égésippe au livre Contre Jérusalem, et par François de Samarie, livre 4 des Sacerdotales, chapitre 8 : Il est  parmi nos auteurs, et ailleurs, un homme de grande stature, mais néanmoins d’une taille moyenne. Jésus-Christ, que l’on appelle aussi le Diapason de toutes les choses, et le plus beau des fils des hommes, selon les Psaumes, apparaît ainsi d’une stature moyenne. À Rome, dans la basilique du Latran, on conserve avec grande vénération une certaine table de marbre, dont la longueur mesure quatre coudées et demie ; au milieu de celle-ci se trouve une pierre de marbre incrustée, sur laquelle est représentée la vraie grandeur du corps du Christ Seigneur ; par là, on peut estimer la taille moyenne du Christ Seigneur, qui était d’environ quatre pieds, et dépassait de dix pouces.

La Bienheureuse Vierge glorieuse Brigitte, livre 4 des Révélations, chapitre 70, indique aussi cette grandeur. Certains modernes, en parlant de la stature du Christ Seigneur, ont fait cela facilement, et, par le calcul singulier des parties du corps du Christ Seigneur, sont parvenus à une connaissance exacte des membres du corps du Christ Seigneur. Les très savants ont étudié très précisément la proportion des parties, la symétrie, et la quantité des mesures. Cælius Calcagninus, livre Disputationum, chapitre 26, traite de la belle proportion des parties du corps, et de leur cohérence mutuelle ; il ajoute aussi que la couleur, la grâce et le bon maintien des traits faisaient progresser cette œuvre. Vitruve, livre 3, chapitre 1, enseigne ce qui concerne la commensuration des corps humains et les proportions architectoniques. Pierre Messie, livre 2 des Leçons variées, chapitre 17, parle aussi de ces choses ; de même Pline, livre 7, chapitre 8 ; et Daniel Barbarus dans son commentaire sur Vitruve.

4. De là, avec David et Salomon, l’élégance de la figure du Christ Seigneur, sa beauté même, et la proportion de sa stature doivent être comprises, puisque l’âme humaine, et plus encore celle des anges devait être telle qu’elle fût très excellente par sa beauté.

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Ainsi, la tête du Christ, formée par l’Esprit-Saint, devait être telle qu’elle fût très excellente, puisqu’elle dépassait toutes les hiérarchies angéliques, et qu’elle accroissait même accidentellement la gloire des bienheureux. C’est pourquoi l’Écriture, en prêchant la beauté du Christ, rapporte cette voix sortie du ciel : Tu es le plus beau des fils des hommes, et elle le répète ailleurs : Voici, tu es beau. Ces paroles furent expliquées par le pape Adrien dans l’acte du second concile, page 203, expliquant ce passage du Cantique : Voici, tu es beau, mon bien-aimé. Saint Laurent Justinien, dans son sermon sur l’Ascension du Seigneur, décrivit cette élégance du Christ de manière admirable : Un certain ange, dit-il, en le voyant, admirait cette élégance humaine, et se réjouissait de la beauté rayonnante, surpassant toute forme honorable. Cette très grande beauté du Christ Seigneur est aussi décrite avec acuité par sainte Agnès, la Vierge et martyre du Christ : Le soleil et la lune admirent ta beauté. Et cette beauté du Christ Seigneur est prouvée par les témoignages d’auteurs dignes de foi.

5. Il est donc manifeste que, si la grandeur des corps devait suivre la proportion naturelle des hommes, puisque la beauté suprême, quand elle était très parfaite, brillait au plus haut degré dans le premier homme, il n’était nullement nécessaire que la figure humaine fût immense ; car, comme le dit bien Aristote au premier livre de la Métaphysique, la multitude des choses diffère par la grandeur ; mais celles qui sont convenablement ajustées se saisissent plus rapidement, et s’impriment plus facilement dans l’âme, de telle sorte que l’âme se recrée, comme le dit le premier Énéide.

Mais il faut conclure à propos de la figure humaine.

Aristote, Métaphysique, livre I, chapitre 1.
Le Christ est figuré par l’Écriture comme le plus beau des fils des hommes, ce qui est merveilleux, puisque ceux qui fondent leur délectation sur la douceur se tournent vers lui ; mais, dans la patrie céleste, cette beauté augmentera davantage. Ainsi, le Christ Seigneur, dont la figure fut prophétiquement décrite, apparaît chez saint Jérôme, livre I sur Matthieu, chapitre 9, comme resplendissante. Il dit en effet : Il y avait dans son visage quelque chose de merveilleux, et une certaine splendeur, au premier aspect de laquelle les cœurs pouvaient être attirés. Et dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, on dit que, en voyant le visage du Christ, on éprouvait admiration et désir. Et cette splendeur est expliquée plus amplement dans Matthieu, chapitre 21, Iesum quidem, où il est montré que le visage du Christ était admirable.

Ainsi, Alphonse Tostat, question 42, dans Matthieu, dit que lorsque le Christ appela Matthieu, comme on le lit en Matthieu 9, le Christ fit paraître une certaine clarté éclatante, remplissant Matthieu d’un plaisir spirituel et d’un désir. Cela est confirmé par la Gloire, au chapitre 9 de Matthieu. De même le bienheureux Bède, Sur le Cantique des cantiques, livre 6, chapitre 1, en commentant ces paroles : Voici, tu es beau, dit qu’en la face du Christ resplendissait la beauté. Et dans le livre sur la Vita beatae Mariae, chapitre 8, on répète souvent que le Christ fut semblable à sa mère Marie, tant par la couleur que par la beauté. Saint Bernard, sermon 58, dit que le Christ resplendissait d’une beauté merveilleuse ; et le chant des anges l’admirait, et s’y rapportait.

Nous lisons encore dans le livre 4 des Révélations, chapitre 70, que parfois la figure du Christ apparaissait aux saints hommes comme des rayons, et qu’ils se réjouissaient de cette vision. Saint Ignace de Loyola raconte cela dans sa Vie. Le fondateur de la Compagnie disait aussi, le bienheureux Philippe Néri, qu’il voyait parfois rapporte Gallonius, qu’ils furent enfin rassasiés de la contemplation du Christ, pensant qu’il était le plus beau des fils des hommes ; et même le Saint des saints et le Roi de gloire.

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Ainsi, ils purent dire bienheureux ceux qui avaient vu le visage du Christ Seigneur. En effet, lorsque Dieu put être vu intérieurement, alors seulement fut-il pleinement vu et parfaitement bienheureux. Moïse eut cette vision, et l’on voit cela clairement dans l’Exode, chapitre 33 : Tu ne pourras voir mon visage. Car nul ne pouvait encore voir le visage du Christ Seigneur, ce qui rend l’homme bienheureux, sinon parfaitement et totalement, comme on dit, face à face. Et ce que signifie cette vision, on le comprend peut-être par l’Exode, chapitre 33. En effet, l’homme est bon, mais l’homme postérieur est l’effet de Dieu dans l’humanité. Les Pères saints interprètent cela eux-mêmes : Origène, homélie 12 sur l’Exode ; et dans les Psaumes ; Tertullien, livre 4 Contre Praxéas, chapitre 4 ; Augustin, livre 2 De la Trinité, chapitre 10 et suivant ; Irénée, livre 4 Contre les hérésies, chapitre 37 ; Cyrille de Jérusalem, Catéchèses 10 ; Eusèbe, Sur l’Écriture sainte. Ils disent tous que sont bienheureux ceux qui voient le visage du Christ. Mais au ventre, qui enfanta, et au sein, qui l’allaita, Luc, chapitre 23.

Ils avaient aussi la vengeance du Christ Seigneur (ce qui concerne la constitution du corps et l’élégance) ; ce que, par surcroît, je juge devoir être ajouté, comme le rapporte Nicéphore, disant : Les cheveux de la tête étaient plutôt abondants ; il n’était ni petit ni trop grand ; il était de taille moyenne ; il avait les mains belles ; la peau était d’une couleur agréable il était dans le sein de sa mère du moins en ce qui concerne son corps.
Le cou fut en effet formé droit, de telle sorte qu’il ne s’écartait pas du juste rapport du corps ; il était gracieux, fort, et ne s’écartait pas d’une proportion mesurée. Le front était clair et ouvert ; le visage serein, sans rides ; la barbe ni longue ni courte, mais convenablement proportionnée ; le nez noble et droit ; la bouche belle et modérée ; les dents blanches et bien ordonnées ; le menton ferme ; les oreilles proportionnées ; l’ensemble du visage parfaitement harmonieux. Il faut donc tenir pour certain, ce que Nicéphore rapporte à propos des yeux du Christ, Jean Langius le transmet fidèlement, et d’autres l’affirment : que les yeux du Christ étaient très beaux, lumineux, brillants, d’une couleur ni noire ni cendrée, mais d’un éclat tempéré, selon Nicéphore, livre I, chapitre 40.

En outre, comme les anciens monuments décrivent de diverses manières l’effigie du Christ, nous avons trouvé une image dans un lieu qui peut être jugée conforme à la constitution du corps du Christ, selon ce que Lentulus, magistrat romain, écrivit au peuple romain à propos de l’apparence du Christ : C’était un homme de stature moyenne ; il avait un aspect vénérable, tel que ceux qui le voyaient pouvaient à la fois l’aimer et le craindre ; sa forme était noble ; ses cheveux avaient la couleur du vin mûr, presque jusqu’aux oreilles, plats jusqu’aux oreilles, puis ondulés et bouclés, et d’un éclat lumineux ; ils retombaient sur les épaules ; au milieu de la tête, une raie droite ; la barbe était abondante et partagée ; sa couleur correspondait à celle des cheveux ; il n’y avait rien de disgracieux dans son visage ; ses yeux étaient changeants ; simples et lumineux ; son regard était grave et aimable ; son nez et sa bouche irréprochables ; sa barbe et sa chevelure d’un beau châtain ; sa stature droite ; sa démarche grave.

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Ces choses sont rapportées plus largement ailleurs ; mais il suffit ici d’avoir montré que, si la nature  ayant été propagée auparavant, il avait des mains droites, et des bras, ainsi que toutes les autres parties, d’une égale proportion ; il n’était ni trop grand, ni trop petit, mais modéré et précieux parmi les fils des hommes.

À partir de cette description, non seulement les actes de Ponce Pilate et de l’empereur Tibère Auguste, que l’on lit chez Égésippe dans l’Excidium Hierosolymitanum, mais encore Nicéphore Monachus dans la Vie de Léon Empereur, Dionysius Areopagita, et d’autres, rapportent certaines choses conformes à la vérité. Valentinus affirme que les cheveux du Sauveur étaient châtain clair, légèrement ondulés ; et la très bienheureuse Brigitte ajoute que les cheveux du Christ pouvaient être peignés. La description de Brigitte est la suivante : Il était de taille moyenne ; il avait un visage beau et noble ; il était modérément large ; ses yeux étaient très beaux, clairs et joyeux ; ses sourcils bien proportionnés ; son nez droit et élégant ; ses lèvres belles ; sa barbe ni longue ni courte, mais bien proportionnée ; son cou gracieux ; sa poitrine large ; ses bras beaux et droits ; ses mains longues et fines ; ses doigts bien proportionnés ; ses ongles clairs ; ses pieds beaux ; sa démarche noble ; son maintien digne ; il était agréable à regarder ; sa voix douce ; son regard humble ; sa parole mesurée ; sa gravité pleine de douceur ; sa force virile parfaite.

À propos de ces choses, on lit encore dans le même temps : Il était doux, calme, toujours modéré ; il ne riait pas excessivement ; il était grave sans tristesse ; il pleurait rarement ; il était patient dans les tribulations ; il était toujours prompt à faire le bien ; il était constant dans les adversités ; il était fort et courageux ; il était sage et modéré dans ses paroles ; il était humble sans bassesse ; il était grave sans orgueil ; il était ferme sans dureté.

Quant à la stature du Seigneur, bien que de nombreuses explications aient été données…

doivent être examinées avec précision.
En effet, puisque, comme le décrit Nicéphore, le Christ fut très saint en toutes choses, et parfaitement semblable à sa Mère, par l’œuvre même de la génération, il est nécessaire que la description de la bienheureuse Vierge, en tant qu’elle se rapporte à la figure du corps, soit prise en considération, car elle ne peut manquer de satisfaire la foi commune des fidèles ; puisque ceux qui ont le plus cherché à nuire ont pourtant confessé que la Vierge était très sainte.

De là, il apparaît que, dans le Christ Seigneur, la disposition même du corps était élégante et parfaitement harmonieuse ; ainsi, il est opportun d’expliquer les symétries et les proportions, et de louer leurs effets. Ainsi l’écrit Épiphane, et Nicéphore, livre I, chapitre 23 : Il était de stature moyenne, et de forme belle et noble. Il était d’un corps robuste, et d’un aspect agréable ; ses cheveux étaient doux et modérément ondulés ; sa barbe ni trop longue ni trop courte, mais d’une mesure moyenne ; ses yeux doux et bien proportionnés ; son nez droit ; ses lèvres modérées ; ses mains belles ; ses doigts longs ; ses ongles clairs ; sa poitrine large ; son cou droit ; son maintien grave ; sa démarche noble ; son regard doux ; son visage serein ; sa voix claire et agréable ; son rire rare ; sa tristesse modérée ; sa colère absente ; sa patience constante ; son humilité sans bassesse ; sa gravité sans dureté.

En outre, la stature était médiocre, comme ils disent, c’est-à-dire telle qu’elle ne dépassait ni par excès, ni par défaut ; elle était conforme à la nature humaine, et parfaitement proportionnée. La couleur du corps était blanche et légèrement rosée ; les cheveux étaient d’un châtain clair, ni trop foncés ni trop clairs ; la barbe était rousse ou dorée ; les yeux d’un brun doux ; les sourcils bien dessinés ; le nez droit ; la bouche belle ; les dents blanches et bien ordonnées ; le menton ferme ; les oreilles proportionnées ; la tête de juste grandeur ; le visage ni trop large ni trop étroit.

Et quant à l’âge, il était celui de la vigueur ; et dans toutes ces descriptions, rien n’apparaît d’excessif ni de monstrueux, mais tout est mesuré, harmonieux et conforme à la dignité.

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Et c’est pourquoi, parmi les premières choses, la figure très remarquable du Christ est décrite ; car elle était à la fois élégante et telle que, parmi toutes les autres créatures animées, elle surpassait la face humaine. Pline, livre 11, chapitre 35 ; et Aristote, livre I de l’Histoire des animaux, chapitre 8 ; Cicéron, Des Lois, affirment que la face humaine est admirable entre toutes les autres figures droites. Cicéron, De la nature des dieux, dit que c’est pour cette raison que le poète Laelius a écrit, dans un discours rapporté par Cicéron, ces paroles :

Le Dieu suprême, lorsqu’il façonna la race humaine,
lui donna des pieds, une démarche droite, et une forme élevée ;
il lui assigna aussi le ciel à contempler.

Et de même, la face de l’homme, dans la mesure où elle est tournée vers le ciel, est appelée divine. Aristote, au premier livre de l’Histoire des animaux, chapitre 5, dit que la face est la partie la plus noble chez les animaux, car c’est par elle que l’homme est appelé ainsi. Et au livre 3 des Parties des animaux, chapitre 1, il dit : L’homme est le seul des animaux qui soit droit, et qui ait le regard tourné vers le ciel. Cicéron, livre I Des Lois, dit : Le visage, en grec, n’a pas de nom commun. L’âme est en effet divine et admirable ; mais quant à la figure, elle n’est ni courbe, ni ronde, ni trop petite, ni trop grande, ni ridée ; la forme moyenne de l’homme est convenable. Aristote, Physique, chapitre 9. La face humaine, entre toutes les formes des êtres animés, est la plus magnifique, et elle introduit dans l’homme, entre les autres choses, le décor de la vie humaine ; c’est pourquoi elle est appelée la plus belle, comme Aristote l’enseigne au problème 36, question 1.

Quant au front, et aux yeux, une certaine dignité remarquable se manifeste elle est engendrée par la nature elle-même. Et certes, même si l’on tire des jugements de la physiognomonie, nous ne concluons pas immédiatement ; car elle est assez trompeuse, incertaine et sujette à l’erreur ; cependant, à partir de l’implantation des yeux, de même que d’une certaine configuration du front, nous disons quelque chose. Ainsi, l’élégance du front du Christ est attestée par Aristote, qui, au premier livre de l’Histoire des animaux, chapitre 8, dit que le front se tient au-dessus des yeux entre toutes les parties des animaux. C’est pourquoi il est tenu pour noble. De plus, en Physique, livre 2, chapitre 6, il est attribué à la douceur, à la clémence et à la sérénité ; et il charme et réjouit les amis, tandis qu’il glace les ennemis. Dans cette prudence, un certain signe est jugé digne. En effet, selon les proverbes grecs, le front du Seigneur était très doux.

Quant à la louange du front, qu’il ne soit ni petit, ni trop grand, ni rond, ni trop plat, ni ridé, ni contracté, ni trop élevé, ni abaissé, mais d’une modération telle qu’il convienne à la grandeur d’âme et à la sérénité, elle est manifeste.

Les yeux, par leur nature même, sont gracieux. Les yeux, dit Varron, sont appelés ainsi parce qu’ils cachent quelque chose de divin. Platon dit que l’œil est l’instrument de la nature. Au livre 2, chapitre 36, il appelle l’œil la partie la plus précieuse du corps. Galien, quant à lui, appelle l’œil la partie la plus méritoire de l’animal, parce que la nature a disposé les membres autrement charnels à l’intérieur, et a placé l’œil à l’extérieur, et que, parmi toutes les parties, l’œil est le plus noble, dans lequel la puissance de l’âme s’exerce davantage. Il possède plusieurs enveloppes, à savoir la conjonctive, la cornée, l’uvée, la rétine, la choroïde ; la pupille, fondement de l’œil, est composée d’un blanc cristallin, vitreux, très pur,

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auxquels les esprits chargés de la défense s’appliquent, et à travers lesquels toutes les espèces sensibles sont reçues.
La nature admirable des yeux, donc, est louée par les auteurs. Ainsi, Augustin dit que Dieu a enfermé dans la pupille une grande quantité de lumière ; et Hacius ajoute que, par les cercles de la pupille, dans les yeux, une certaine puissance infinie de lumière est contenue. Cicéron, Des Lois, livre I, dit : Les yeux parlent, et ajoutent parfois ce que la langue ne peut exprimer. Cette admirable longueur des yeux indique donc une grande vigueur, car les extrémités supérieures des cils les protègent, comme le note Pline, livre XI, chapitre 36. Il dit en effet que les cils sont des gardiens des yeux, principalement contre la poussière ; et que les sourcils, disposés en arc, servent à détourner la sueur. Pline le confirme.

De là, on revient à la description physiognomonique. Dans les yeux du Christ Seigneur, la forme suprême et la commode disposition furent telles que, même ouverts, ils exprimaient les signes les plus parfaits. Une telle figure fut admirablement contemplée par Jérôme, livre III Sur Matthieu, chapitre 2, lorsqu’il écrit : Les yeux étaient comme des lampes dans le temple, et il ajoute qu’ils illuminaient ceux qui les regardaient. Cela est encore approuvé par Tostat, question 42, sur Matthieu.

Ainsi Gabriel Barletta, dans ses sermons, dit que les yeux du Christ resplendissaient d’une lumière intérieure si grande que, lorsqu’il les levait, la foule se sentait attirée, convaincue et vaincue ; et que, lorsque le Christ devait exercer sa vengeance, il n’était pas nécessaire de frapper, car les rayons de ses yeux, comme un glaive aigu et à double tranchant, traversaient les cœurs. C’est pourquoi on dit qu’il frappait le milieu des reins, et qu’il blessait les reins par un feu secret.

Pline, livre I, chapitre 36, dit qu’en certains Romains très cultivés  les yeux étaient à ce point ardents, si intenses, que certains ne pouvaient les soutenir. Ainsi ils étaient parfois couverts d’un certain éclat splendide et brûlant, comme le rapporte Rhodiginus, livre I, leçon antique 2. Car, selon ce que Pline avait vu, ce qui paraissait certain, c’est que les yeux étaient si aigus et pénétrants. Augustin rapporte dans la Cité de Dieu que certains, ayant interrogé un homme aux yeux perçants, lui demandèrent pourquoi il fixait ainsi les regards ; il répondit : Parce que je ne peux voir autrement. Et même les yeux amicaux, ouverts et lumineux, émettent des rayons, qui touchent les cœurs, sans que l’esprit humain s’en aperçoive. Ceci est particulièrement admirable dans le Christ : car une contemplation si merveilleuse, d’une longueur si gracieuse des yeux, fut propre à lui, et convenait à la constitution de ce corps du Christ.

En outre, des yeux glauques, ou bleus, du Christ, bien que je ne voie pas qu’ils aient obtenu la première dignité, cependant les yeux noirs, purs et cendrés, ou bleus et changeants, sont préférés ; et ce sont ceux que l’on rapporte au Christ Seigneur, par autorité, comme étant très beaux yeux, désirables entre tous les fils des hommes, clairs et brillants. L’Antiquité aussi juge les yeux noirs dignes d’éloge, comme on le voit clairement chez les poètes et les lyriques. Homère dit : aux yeux noirs, à la chevelure sombre. Et encore : aux yeux noirs et aux cheveux noirs. Ne me blâme pas si je suis noire, car le soleil m’a brûlée. Splendeur noire des yeux, chevelure noire.

Ainsi, lorsque l’on regarde attentivement les yeux et la commode disposition du Christ, les affections de l’âme sont éveillées, et l’intellect est proposé à la contemplation efficace, de sorte qu’une grande émotion du Christ est produite, ce que Pierre pouvait dire par une triple négation ; et lorsque le Seigneur fixa son regard sur Pierre, alors l’âme de Pierre, contenue en elle-même, se répandit en larmes amères.

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Des choses infinies pourraient encore être dites ici pour nous expliquer les regards du Christ ; mais la figure du Christ, telle qu’elle est transmise par la tradition, nous suffit pour notre propos.

Mon bien-aimé est blanc et vermeil.
La remarquable excellence de ce commentaire est manifeste. En effet, puisqu’il fut blanc, il fut candide ; et, parce qu’il était candide, il apparut sous des aspects variés, candide et vermeil. Car ce qui, dans l’oraison, était expliqué comme candide, à savoir blanc et vermeil, le Christ l’a accompli : candide dans la divinité ; vermeil dans l’humanité ; candide dans la nativité ; vermeil dans la mort ; candide dans l’empire ; vermeil dans la passion ; candide intérieurement ; vermeil extérieurement ; candide dans la gloire ; vermeil dans les plaies. Il est donc admirable que l’ange, interrogeant le Christ, ait reçu cette réponse : Qui es-tu, et pourquoi ton vêtement est-il rouge ? — Je suis, répondit-il, celui qui parle justice et qui est puissant pour sauver. — Pourquoi donc ton vêtement est-il rouge ? — J’ai foulé le pressoir seul.

8. Voici donc le très bienveillant Sauveur.
Ce qui avait pu apparaître merveilleux à Victor, dans la colonne de porphyre, lors de la suite chrétienne à l’hippodrome, et dans la forme agréable de la poitrine, lorsqu’il contempla l’effigie du Christ, se comprit aussi dans l’effigie envoyée à Abgar : car, bien que le pinceau du peintre eût pu exceller dans la représentation de la forme du Christ, il ne put cependant en reproduire l’éclat, la substance, la couleur, ni même la forme véritable ; mais, lorsque le Christ imprima lui-même son visage, il transmit une splendeur telle qu’aucun peintre, si habile fût-il, ne pouvait l’imiter.

Ainsi le poète disait :

Un art véritable, apprendre à peindre l’or,
La nature refuse ce travail.

Ainsi, lorsque le Christ vit que toute bonté innée était en lui, lorsqu’il voulut, il imprima son visage, et la rendit par l’art pictural, à savoir, comme le fit l’empereur Vespasien en guérissant un aveugle. Mais ce qui arrive rarement chez les princes, et presque jamais chez les rois, arriva ici : ce que la nature première, et ce que l’art humain ne pouvait atteindre, l’image même du Christ l’accomplit. Car bien que l’art du peintre pût exceller dans la figure du Christ, il ne put toutefois imiter la splendeur ; mais le Christ imprima lui-même la table admirable, qu’aucun artifice ne pouvait produire. Pline, livre 35, chapitre 2. Car, de même que les couleurs appliquées par la main donnent à l’œuvre une forme, mais ne donnent pas la vie, ainsi le Christ grava son image par son propre visage. De là, il y a plus dans le Suaire que dans la peinture.

9. Ne formons pas une fausse image.
La peinture à double sens, que l’on décrit tantôt comme faite par l’art du pinceau, tantôt comme produite par l’illumination divine, n’est pas obscure pour les esprits très érudits. Car l’une et l’autre sont très élégantes, et très convenables. Il n’est pas étonnant que ce qui est dit être peint sans pinceau soit écrit au moyen du calame ; ni que ce qui n’est pas exprimé par le pinceau soit exprimé par la magie, mais plutôt par l’âme elle-même, inscrite et imprimée. Et bien que toute peinture de la figure du Christ ait voulu exprimer la beauté, elle fut défectueuse en cela qu’elle ne put exprimer qu’une beauté honteuse. Et certes, la beauté du Christ est double : l’une selon Dieu, l’autre selon l’homme ; et chacune est double encore. Il y a donc une beauté du Christ selon Dieu, et une autre selon l’homme ; et dans chacune, il y a une double beauté : l’une dans la gloire, l’autre dans les souffrances.

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La beauté du Christ, selon qu’il est Dieu, est lue partout dans les saintes Écritures, en premier lieu dans les Proverbes : La sagesse est plus belle que le soleil.
Ensuite, selon l’homme, dans l’Ecclésiastique, chapitre 4, verset 8, et plus loin au même endroit.

La beauté du Christ, en tant qu’il est Dieu, est louée dans les saintes Écritures, comme le dit saint Bernard, homélie In Missus est, et dans le sermon sur la Crucifixion, comme étant le Dieu très grand, très noble et très fort. Cette beauté est peinte pour nous dans l’Écriture afin que, nous souvenant de lui, nous disions avec David : Je jugerai ta maison dans la justice, Seigneur. Psaume 100. Et encore, Psaume 44 : Tu es plus beau que les fils des hommes, parce que la grâce est répandue sur tes lèvres ; c’est pourquoi Dieu t’a béni pour toujours. Et encore : Miséricordieux et juste, doux et terrible, le nom du Seigneur.

La beauté du Christ, en tant qu’homme, est montrée par la gloire du corps : tantôt au Thabor, tantôt dans la Résurrection et l’Ascension ; et elle est manifestée au dernier jour.

La beauté du Christ, selon qu’il est homme mortel, fut certes telle, que les Évangélistes l’ont décrite, et le Christ lui-même l’a décrite ; et elle doit être peinte d’abord, non par le pinceau, mais par le calame.

Il y a donc un autre genre de peinture, qui, sans pinceau, exprime élégamment la beauté, et qui peint avec une grande élégance ce que l’homme lui-même n’aurait pas pu décrire ; elle est imprimée dans le Suaire d’Abgar, et elle est répétée dans le Suaire de Véronique, et elle est montrée dans le Suaire même du Christ, et dans le Suaire du tombeau.

Il y a donc une double peinture, quant à l’Autre Christ : l’une naturelle, qui exprime la beauté innée ; l’autre venue de Dieu, qui exprime la troisième beauté ; la troisième, quant au lieu, est celle qui, dans le Suaire, est contenue par un moyen certain, et montre comme en un miroir la mort et la sépulture  s’il faut l’appeler demi-mort ou demi-vivant, puisqu’il voulut être reconnu comme proche de la mort.

10. Du reste, afin de juger les peintures.
Non seulement les peintres ont été honorés pour leur art singulier, mais le nom même de peintre n’a jamais été tenu pour vil, puisque la noblesse des couleurs, la finesse de l’art, la justesse du trait et l’excellence de l’intellect y concourent. L’image de Rhodes, œuvre admirable, Rhodes, sous l’obéissance de Démétrius, la conserva intacte, afin que la dignité de la chose fût maintenue ; et la Satyre de Praxitèle, célèbre par la valeur des couleurs, bien que non peinte par artifice, mais par une renommée ancienne. Mais combien plus grande est la dignité de l’image sacrée de la sainte Sindon, et combien elle est divine, puisqu’elle n’est pas d’Apelle, non de Phidias, non de Zeuxis, non de Protogène, mais d’un Apelle meilleur, d’un Phidias plus noble, d’un Zeuxis plus célèbre, d’un Protogène plus éminent : c’est le Christ lui-même, splendeur de gloire et figure de la substance du Père ; qui ne s’est pas peint par couleur, ni par pinceau, ni par artifice, mais a donné la propre effigie de son corps, image d’une admirable dignité, avec tant de charité et d’humanité, qu’il a enflammé non seulement les esprits, mais aussi les cœurs, et a fait naître des affections et des mouvements de l’âme.

Combien sont variées les affections de l’âme excitées par cette image, par les peintures des peintres, par les images des sculpteurs ! Saint Grégoire, livre II, chapitre 7, le rapporte dans l’épître 53 : Souvent, dit-il, une image fait plus que la parole ; elle instruit les ignorants, rappelle aux savants, touche les cœurs, excite la componction. Ainsi, ce qui a été dit de manière dispersée à propos de l’image du Sauveur, doit être rapporté ici, afin que ce qui a été attribué à Dieu seul soit aussi reconnu dans son image.

De là, comme le dit saint Jean Damascène, l’image est faite pour que soit rappelée la mémoire de ce qui est représenté, et pour que l’âme soit émue par ce qui est vu, comme si elle voyait la chose elle-même.

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Conclusion.
Saint Jean Damascène dit : L’image est comme un livre pour les ignorants,  par cette inspection pieuse de l’image, tous ceux qui la contemplent, et presque tous ceux qui en entendent parler, sont excités à la mémoire, à la commémoration et au désir, comme l’atteste saint Jean Chrysostome dans son oraison.

Car, ce que nous lisons que le législateur, Philémon, a ordonné : qu’une image soit peinte, cela fut fait non sans raison, mais avec une cause très pieuse. Saint Grégoire de Nysse, dans le traité Sur les Béatitudes, dit : Les images, comme des livres muets, instruisent par la vue. Et il ajoute : Ce que l’histoire transmise par l’ouïe peut difficilement produire, la peinture le fait facilement par les yeux. Et ailleurs il dit que l’image est plus fréquente que la parole, parce que la figure humaine, même muette, porte témoignage par elle-même.

Ce témoignage est cité dans le saint Concile de Nicée, action 3 et 4. Saint Jean Damascène, livre IV De fide orthodoxa, chapitre 17, dit : Lorsque nous voyons la figure du Seigneur et du Sauveur imprimée dans l’image du Christ crucifié, nous sommes excités à la mémoire de la passion rédemptrice, etc. Saint Augustin, livre De visitatione infirmorum, chapitre 3, dit : Il est certain que les images pieuses excitent puissamment l’âme, comme aussi les reliques sacrées. Saint Jérôme, dans la Vie de saint Hilarion, rapporte de grands miracles accomplis par saint Hilarion. Trois croix, dit-il, placées dans l’arène contre les démons furieux, comprimèrent la mer.

Mais la vue même du Sauveur et la vision du Christ élevé dans le ciel soulèvent des affections si grandes et si admirables, que l’amour même engendre un art admirable par l’image contemplée. Car le Christ, comme le dit Denys l’Aréopagite, est bien et amour diffusif de soi ; et lorsque l’amour agit, il multiplie les formes, parce qu’il agit par une forme d’amour, et multiplie les actes et les formes d’amour, et répand les affections.

En effet, l’amour invente des formes variées.

Ainsi le Christ, et l’Épouse de l’Ecclésiaste, ont excité en moi une multitude d’affections d’amour, et ont exposé en lui des formes multiples, une majesté magnifique ; dans l’humanité, très pauvre ; dans la nativité, humble ; dans la transfiguration, resplendissante ; dans la passion, lugubre ; dans la résurrection, joyeuse.

Ceci étant posé.
La glorieuse Vierge est en effet appelée cité de Dieu. De nombreuses autres cités de Dieu et de la Vierge Marie sont célébrées dans les saintes Écritures. Mais, parmi toutes, une infinité de significations est contenue dans la Vierge bénie : tantôt terre, tantôt champ, tantôt jardin, tantôt vigne, tantôt rosée, tantôt fontaine, tantôt cèdre, platane, jardin clos, source scellée, puits d’eaux vives, porte orientale ; et à la manière de ces images, elles sont expliquées, non seulement pour les honneurs de la virginité, mais aussi pour sa grâce et pour l’excellence de sa beauté.

Or la plantation de la rose, qui entoure tout le jardin, et qui conduit cette Vierge noble, indique — comme l’enseigne saint Ambroise dans son livre sur la Virginité — que la rose est la délice de la virginité ; la plantation de la rose est la virginité même ; la rose est la pureté de la vie. Or la rose humble est la plante très humble de la bienheureuse Vierge. Et si, par l’effet de l’humilité, la rose a pu croître humblement, alors qu’elle était auparavant cachée et inconnue, comme le dit la glorieuse Brigitte, livre I des Révélations, chapitre 10 : Le Christ devait naître d’une Vierge, dit-elle, qui s’appelait la servante de Dieu, afin qu’elle fût préparée comme la servante de la Mère du Christ.

Or cette humble plante de la rose, ayant été fixée par des racines profondes dans la terre, n’attendait rien d’elle-même. Livre I des Révélations, chapitre 10, et livre 6, chapitre 8 et 9.
Or ce qui est dit des épines de la rose, qu’elles se forment parmi les épines, et que les épines entourent la plante, montre aussi que plusieurs épines, parmi lesquelles on voit la rose.

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Ô Rose, ô Épines. Rose des douleurs, épines des tribulations. Marie est appelée Rose bénie ; la Vierge bénie est appelée Porte orientale, parmi les épines. La bienheureuse Vierge est offerte dans le temple, parmi les épines. La Vierge fut blessée par les épines. L’ange salua Marie parmi les épines. Joseph vit la Vierge parmi les épines. Le Christ naquit parmi les épines à Bethléem. Le Christ fut adoré par les mages parmi les épines. Le Christ s’enfuit en Égypte parmi les épines. Le Christ vécut miraculeusement parmi les épines. Le Christ fut haï par les Juifs parmi les épines de la douleur. Enfin, la rose crût dans la passion et la mort du Christ, et fut davantage multipliée par les épines. Mais la rose meurt parmi les épines, bien qu’étant entourée d’épines, d’actions et de volontés, la rose demeure immobile, nourrie par la rosée céleste, et soutenue par la fleur céleste.

Contemplons la Rose du Fils dans la beauté du départ céleste ; contemplons la rose dans la contemplation immense du parfum ; contemplons l’humilité dans la douceur immense ; contemplons la rose parmi les épines. Mais écoutons ce qui est dédié, livre I…

Révélations, chapitre 10. Lorsque je considérais, dit-elle, et que je contemplais la passion de mon Fils, mon âme était presque dissoute par la douleur ; car chaque lieu où mon Fils avait souffert, mes pieds, mon cœur et mon âme l’avaient ressenti. Les clous perçaient mes mains, les fouets me lacéraient le dos, la couronne d’épines me pressait la tête. Elle ajoute encore des choses semblables au livre 3, chapitre 58. De là apparaît de quelle manière la douleur d’une vierge fut rendue semblable à la douleur d’une mère.

Mais de là, ô amour incroyable de la Vierge, tu as aimé celui que tu n’avais pas encore vu, puisque tu l’aimais avant même qu’il fût né. Et qu’est-ce donc, ô douceur, cette douceur ineffable ? La bienheureuse Vierge Marie, plus que quiconque, a aimé le Christ Seigneur, selon ce qu’enseigne saint Laurent Justinien. Ainsi donc, animée d’un amour très intense dans la passion, elle participa à la douleur, là où le Christ souffrit extérieurement ; et elle vécut intérieurement cette passion.

Elle dit en effet : Le Christ m’a fait participer à sa passion ; et certes, par un sentiment intérieur, elle accepta la douleur de la passion. La Mère ressentit la blessure du Fils, et la douleur de la plaie.

Ainsi donc, ô lecteur attentif, contemple les douleurs du Christ ; contemple les douleurs de la Mère ; considère les plaies du Christ, et les douleurs de Marie.

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D’Alphonse Paleotti,
archevêque,
de Bologne,

Explication du Saint Suaire.

Du supplice de la Croix, tel qu’il fut établi,
de la figure du Christ crucifié,
à la fois esquissée et très véridique,
et des principaux signes qui, issus de cette Crucifixion, renvoient à la gloire.

Chapitre quatrième.

Or, puisque nous avons entrepris d’expliquer les très sacrées plaies du Seigneur, une partie se trouve dans son corps, lorsqu’il est fixé à la croix, et elles sont visibles sur le linge ; l’autre, en vérité, se rapporte à la manière même de la crucifixion et à la couronne d’épines, et il fut nécessaire d’en traiter avant que la croix ne fût fixée par des clous ; car la considération de ces éléments exige une contemplation plus profonde, si l’on veut s’y arrêter quelque peu avec piété.

La manière de la crucifixion, supplice en usage chez les Romains, sous le règne de Tarquin le Superbe, fut d’abord conçue chez les Romains, comme le rapporte Benaduccius, puisque même ce châtiment, tiré des peuples étrangers, fut importé ; car les arbres malheureux, dit Pline, et les criminels furent suspendus à des arbres, afin qu’ils ne produisissent aucun fruit.

Ensuite, pour la plus grande ignominie de ceux qui étaient punis par le supplice de la croix, la croix elle-même fut non seulement inventée pour infliger la peine, mais encore les autres genres de supplices furent ajoutés, de sorte qu’elle devint la plus honteuse de toutes les peines ; ce qui est noté par les sages, et que Moïse, dans ses lois, ordonne d’observer chez les Hébreux, lorsqu’il prescrivait d’exposer le pendu à la croix dans l’assemblée ainsi l’interprètent saint Jean Chrysostome, Thomas et Lactance.

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Par ce genre de mort étaient mis à mort les êtres les plus vils, des hommes de condition infâme, qui avaient coutume d’être punis pour des crimes abominables. Ainsi le rapportent Cornélius Tacite, Benaduccius, Tite-Live, Hérodien et Sylvius. À ce supplice étaient destinés les brigands et les scélérats notoires, par la croix, comme on le lit chez Sénèque, Lucain et certains autres. Bien plus, même les voleurs et les faussaires étaient crucifiés, selon l’opinion de Firmicus et d’autres auteurs.

Mais ce genre de supplice n’était pas, chez les Hébreux, tenu pour aussi infâme ; il était toutefois établi pour certains crimes très graves : ainsi, dans le livre des Rois, le roi de Haï, après que sa ville eut été soumise à son empire, ordonna qu’il fût crucifié ; car ainsi l’atteste l’Écriture sainte : « Le roi aussi fut suspendu au gibet. » Or, que l’on doive infliger une croix de ce genre, cela apparaît clairement par les paroles qui suivent : « Ils descendirent son cadavre de la croix ; et Dieu ordonna que celui qui avait été mis à mort par ce supplice fût enseveli le même jour. » Ainsi lit-on dans le Deutéronome : « Quand quelqu’un aura commis un crime digne de mort, et que, condamné à mort, il aura été suspendu au gibet, son cadavre ne restera pas sur le bois durant la nuit, mais sera enseveli le même jour » ; ainsi Josué fit enlever la tête du roi, le suspendit au gibet jusqu’au soir et jusqu’au coucher du soleil.

Cependant, la croix fut surtout établie pour deux catégories principales de crimes : pour les grands soulèvements, les homicides et les vols, comme en témoigne Philon ; et, d’autre part, pour ceux qui, par leur désobéissance, portaient atteinte à la royauté du prince. De ceux-là, l’un fut livré au châtiment par les juges iniques et les serviteurs, parce qu’ils le réprouvaient, parce qu’ils le voyaient se soulever contre les nations et interdire de payer le tribut à l’empereur, et enfin parce qu’ils le proclamaient roi. Cela, saint Luc le rapporte ainsi : « Nous avons trouvé cet homme excitant notre nation, empêchant de payer le tribut à César, et disant qu’il est le Christ roi. »

Mais ceux qui étaient ainsi attachés à la croix étaient soumis à la malédiction divine ; car il est écrit dans le Deutéronome : « Maudit est l’homme qui est pendu au bois » ; et saint Paul y fait référence. En effet, afin que notre Sauveur, qui voulait nous accorder une bénédiction en tous points très abondante, transférât sur lui-même toute la malédiction, il devint obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix, comme cela avait été auparavant montré par diverses figures, et ensuite annoncé très clairement. De là vient ce que chante l’Église : « Dieu a régné depuis le bois. »

Quant à ce bois, Jérémie en a parlé en ces termes : « Mettons du bois dans son pain » ; c’est-à-dire la croix dans le pain, qui est son corps, lui qui est le vrai pain de vie ; ainsi que l’interprète Tertullien : « Mettons, dit-il, du bois : c’est-à-dire la croix dans le pain, c’est-à-dire dans son corps, qui est le pain de vie. »

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Cette interprétation concorde entièrement avec celle de saint Jérôme, de Cyprien, d’Isidore et d’autres. Elle peut aussi être expliquée commodément par les grammairiens au moyen d’une figure que les Grecs appellent hypallage, par laquelle, en reliant les mots, on en transfère le sens : car ce qui est exposé ainsi montre clairement que « Mettons du bois dans le pain » signifie : « Mettons le pain, qui est son corps, sur le bois. »

Que le Sauveur ait dû subir la mort sur le bois de la croix, tant de figures et de témoignages très manifestes l’avaient déjà annoncé ; et cela, le prophète Habacuc l’a aussi prédit, lorsqu’il dit : « Les cornes sont dans ses mains ; là est cachée sa force. » Quant à ce mystère de la croix, annoncé depuis longtemps par les prophètes, saint Jérôme, Augustin et Cyprien en font mention. Et ce bois même de la croix, en figure et par le signe du Tau, selon l’opinion commune des Pères, mais surtout de saint Jérôme, d’Isidore et de Tertullien, a été expressément expliqué par de nombreux interprètes au cours des siècles passés.

Et ce n’est pas sans raison : car chez les Égyptiens, le hiéroglyphe de la croix, très semblable au Tau, désignait la vie ; tandis qu’au contraire, chez les Grecs, la lettre Τ annonçait la mort, comme l’attestent clairement les écrivains sacrés et les historiens Ruffin, Socrate et Sozomène, et, parmi beaucoup d’autres, Cælius Rhodiginus. Ceux-ci ajoutent encore que, lorsque certains temples furent détruits, on trouva dans leurs murs plusieurs signes de croix introduits, qui, selon la science des interprètes des hiéroglyphes, indiquaient la vie future.

C’est pourquoi il est écrit dans le Deutéronome, lorsque Dieu s’adresse à la synagogue : « Ta vie sera suspendue devant toi » ; ce que les Pères interprètent comme ayant été dit à l’avance de la croix du Sauveur, tels saint Augustin, Cyprien, le pontife Léon, Irénée, Lactance et Tertullien, qui, entre autres, lit ainsi : « Ta vie sera suspendue devant tes yeux. »

Alors même cette croix fut exprimée par des figures, lorsque Moïse donna la bénédiction à Joseph, en disant : « Et la corne du rhinocéros sera couronnée » ; ce que, tant Justin que Tertullien, ont coutume d’expliquer de la croix.

Ainsi donc ce bois, qui était constitué comme un supplice infâme et un instrument de tourment cruel, et qui était tenu pour une honte chez les brigands, et apportait aux voleurs une ignominie bien plus vile, et marquait même les faussaires du sceau du crime, châtiait les homicides par la peine de mort, et frappait de supplice les séditieux et ceux qui aspiraient à la royauté, avec la marque d’une infamie extrême ; enfin, ce bois sur lequel Dieu avait infligé la malédiction fut tellement ennobli par la personne du Christ que sa nature fut changée, et qu’il fut converti en un instrument de bénédiction.

Dans les diadèmes des rois, il fut ensuite placé comme ornement ; et enfin il fut établi comme l’étendard du peuple chrétien.

De là vient que, chez le Sage, le bois est appelé béni : béni dit-il. Le bois par lequel se fait la vie.

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De là vient que, sous Constantin le Grand, recevant ce nom, puisqu’il jugeait que la vie nous avait été apportée par ce bois, la loi fut établie selon laquelle, dès lors, lorsqu’un supplice devait être infligé, et même lorsque l’armée était rangée en bataille et prête au combat, le signe de la croix devait être porté ; et la victoire de Maxence, remportée par la vertu de ce signe, comme le rapportent Zonaras et Eusèbe dans leurs histoires, ordonna ensuite aux soldats eux-mêmes d’imprimer sur leurs armes le signe de la croix, afin que, l’ayant constamment devant les yeux, ils se souvinssent que, dans la guerre, lorsqu’ils étaient abattus, la croix était un supplice, mais glorieusement triomphal.

Mais afin que le lecteur, d’un esprit religieux et d’une contemplation dévote, soit plus étroitement conduit à ces méditations, il convient que l’âme pieuse de la très sainte Vierge se recueille elle-même dans ces pensées, et qu’elle considère ce que signifie cette croix qui avait été annoncée par ces paroles : « Ta vie sera suspendue devant toi » ; et qu’elle médite aussi les douleurs par lesquelles elle fut transpercée, douleurs qui furent clairement prédites, lorsqu’elle vit son Fils suspendu à la croix, qu’elle voyait mourir, transpercé, et fixant son regard mourant sur elle ; enfin, qu’elle considère ces paroles que Jérémie s’écriait par l’Esprit divin : « Ô vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur. »

En effet, que le bois de la croix fût introduit dans le pain, nous l’avons dit plus haut selon l’interprétation des Pères ; mais que le corps même fût un peu auparavant transpercé, l’âme de la Mère fut transpercée aussi, et toutes deux furent blessées.

Que chacun médite cela autant qu’il le peut ; mais nous, embrassant avec respect la Mère des douleurs, contemplons la très sainte Vierge, la Mère des martyrs, voyant son Fils unique livré à la mort la plus ignominieuse, souffrant le supplice le plus cruel et la peine la plus atroce, voyant le Fils innocent attaché au gibet, les membres transpercés par des clous, succombant, expirant ; et qu’elle souffrit avec lui, supportant la plus douloureuse des douleurs, la plus intime des blessures, pleurant intérieurement avec une abondance de larmes, se lamentant, s’écriant : « Ô combien est grande la douleur de mon cœur ! »

Et cependant, dans son cœur, la Vierge la plus sainte demeure ferme ; elle offre consolation à ceux qui sont affligés, embrasse ceux qui sont accablés par une souffrance ardente, et enfin elle nous enseigne comment, par la croix, après la malédiction, nous devons être conduits à la bénédiction, et comment, de la mort, nous devons être transférés à la vie.

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Du frère Daniel Malloni
Éclaircissements sur la Croix.
chapitre IV

Ainsi donc, le supplice de la croix, chez les Romains, comme il a été dit, fut jugé le plus infâme de tous les supplices ; mais pourtant, par le Christ, il devait être porté avec la plus grande vénération. En effet, comme nous l’avons déjà montré plus haut, au chapitre quatrième, par l’exposé et l’argumentation, l’infamie du supplice de la croix doit être comprise à partir de la gravité même du supplice ; car la croix, en tant que supplice, dépassait tous les autres supplices par l’horreur, l’atrocité et la cruauté, et elle était infligée publiquement aux plus infâmes des criminels.

Mais cette infamie même du supplice de la croix devait être totalement consumée par la croix du Christ. En effet, tandis que la croix amplifiait l’horreur du supplice et en augmentait l’ignominie, le Christ, au contraire, par la croix, devait accroître la gloire de la croix elle-même ; et ce que le Christ, par sa crucifixion, a rendu glorieux, il l’a rendu digne d’honneur par le fait même de la croix.

Ainsi donc, la gloire de la croix s’est accrue, lorsque, par la croix, le Christ a voulu souffrir pour le salut des hommes ; car ce qui avait été le plus infâme parmi les supplices, devait devenir ce qui était le plus glorieux parmi les signes.

C’est pourquoi il est dit que le supplice de la croix fut, chez les Romains et chez toutes les nations, très ancien ; mais qu’au contraire, chez les Juifs, il fut rarement infligé, sinon dans des cas très graves, comme le rapporte Cælius Rhodiginus au livre…

Les leçons des Anciens, au chapitre 7, disent que la mort fut d’abord ordonnée comme supplice par les Grecs et les Romains ; et qu’ensuite elle fut infligée aux plus grands criminels. De là vient que, chez les Romains, le premier supplice fut la mort ; puis le meurtre ; et même le vol ; et enfin les Latins furent punis. Tarquin le Superbe, chassé par le peuple, institua le premier chez les Romains le supplice de la croix. Ceci est confirmé par Franciscus Sylvius dans son commentaire sur le discours de Cicéron pour Caius Rabirius, expliquant ce passage ; Hictor, et d’autres encore, l’ayant admis, disent que cette forme de supplice fut inventée par Tarquin le Superbe, lorsque le royaume fut confié à Titus Horatius Trigeminus. Tite-Live l’enseigne au livre I.

Bien que Sylvius parle parfois du supplice de la croix comme d’un supplice infâme et criminel, toutefois Tite-Live ne dit pas que ce supplice de la croix fut institué pour faire mourir ; mais il rapporte qu’il fut anciennement en usage chez les Latins ; et bien qu’il fût un auteur ancien, il indique cependant le lieu. En effet, il raconte que ce supplice fut infligé à des soldats qui violaient la discipline militaire, et même que la croix fut utilisée à la place de la fourche ; et il ajoute que Marcus Horatius Trigeminus, très vaillant défenseur du salut romain, fut honoré par des prières publiques de la patrie ; et qu’il fut proclamé publiquement.

Ainsi donc, le supplice de la croix fut infligé par Tarquin le Superbe aux Romains coupables.

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Chez Euripide aussi, cette peine est évoquée : les liens, les chaînes, les entraves, les châtiments et les supplices sont reconnus. On le lit chez Cælius, livre I des Antiquités, chapitre 5.

Tarquin le Superbe.
Lorsque Tarquin le Superbe fut le dernier roi des Romains, et que le royaume fut renversé par Marcus Brutus, pour cette raison, comme la maison du roi avait été expulsée et jetée dans le Tibre, et qu’elle fut en partie détruite, il voulut que Rome fût purifiée par des supplices ; et les corps furent jetés. Bartole lit cela dans Tite-Live, Décades, livre I.

Le supplice de la croix fut infligé aux criminels. Une multitude de docteurs en rend témoignage, et l’infâme supplice fut compris d’abord à partir de l’exemple de Marcus Horatius ; car lorsqu’il fut condamné, il fut frappé par la sentence ; et chez les Romains, ce supplice fut fréquemment infligé par Tarquin le Superbe. Franciscus Sylvius en fait mention, Hector l’enseigne, d’autres encore l’affirment, comme ayant été imposé aux criminels.

Or l’arbre même sur lequel la croix était dressée ne devait pas être un arbre noble, mais devait être pris parmi les arbres sauvages, parce qu’on jugeait que les criminels devaient être punis par ce genre d’arbres. On abattait donc des arbres infâmes, qu’on ne faisait pas porter de fruits. On abattait aussi des arbres infâmes, afin qu’ils ne produisent pas de fruits.

On abattait encore des arbres infâmes, tels que ceux qui étaient réputés funestes : les noirs, les hiéroglyphiques, qui portaient des fruits amers. De ceux-ci font partie le chêne, l’érable, le houx, le cornouiller, le sorbier, le figuier sauvage, le prunier, le cornouiller mâle, arbres qui sont tous considérés comme infâmes par nature, comme le rapportent Varron dans ses ouvrages sur les choses divines, Pontificalibus, Pline l’Ancien et Sambucus parmi les infâmes. Le nom même de malus est attribué au platane ; et dans Sambucus on trouve que les chiens étaient suspendus au platane, comme le rapporte Pline.

Lis cela chez Cælius Rhodiginus, livre I, lettre L, et chez les Anciens, chapitre 7.

Franciscus Sylvius, dans son commentaire sur l’oraison de Cicéron Pour Rabirius.

4. Ainsi donc, afin que la plus grande ignominie de ce supplice fût établie, il fut décidé que les criminels seraient non seulement attachés à la croix, mais encore fixés sur un bois infâme.

Mais la raison principale de cette institution doit être tirée de la contemplation du roi de gloire et de la délectation qui en découle : car lorsque nous reconnaissons que lui aussi a été fixé sur un bois infâme, et qu’il a supporté une mort très infâme avec une piété très grande, lui qui n’avait commis aucun péché, alors l’arbre infâme commence à être tenu pour heureux, puisqu’il a eu pour fruit un tel fruit, et puisqu’il est regardé comme devant être honoré par une vénération perpétuelle.

Mais le lieu même nous avertit de réfléchir ainsi : car c’est pourquoi le bois fut rendu stérile, et surtout le figuier, afin qu’il ne fût pas permis de le rendre fécond et utile, pour la vérité et la dignité du Christ, duquel la croix avait été fabriquée à partir d’un bois stérile.

QUESTION

De quel bois la croix du Christ fut-elle fabriquée ?

Guillaume Durand, dans la sixième partie du Rational des divins offices, rubrique des Préfaces, lorsque les quatre prières sont dites, rapporte que la croix du Christ fut faite d’un certain bois que l’on appelait Crux en grec, et il l’explique ainsi, en disant qu’il n’est pas le vrai bois de la croix.

Cèdre, cyprès, olivier, palmier et autres bois du Christ sont mentionnés.

Ces espèces de bois sont rassemblées par saint Augustin, De Civitate Dei, livre XVIII.

François, dans la troisième partie des Sacerdotales, au traité 7, chapitre De diebus majoribus hebdomadae, l’enseigne ; Albert le Grand le rapporte dans sa Somme de théologie, Verité, chapitre 21 ; de même saint Bernard dans son traité De la Passion du Seigneur, chapitre 6 ; Ludolphe de Saxe aussi, dans La Vie du Christ,

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Antoine Gislifandus, question 643, dans le Fascicule fécond, Martin de Pologne, Jacques de Voragine, Fernand Domp, au lieu cité, expliquent les mystères des quatre bois. Ils enseignent en effet les quatre vertus de la croix par les quatre bois :

Premièrement, par le cèdre, qui éloigne les serpents, est signifiée la fuite du péché ; car l’odeur du cèdre chasse les serpents.

Deuxièmement, par le cyprès, qui n’admet aucune corruption venue du tourbillon des vents, est signifiée la constance dans les tribulations.

Troisièmement, par le palmier, qui couronnait les vainqueurs, est signifiée la victoire.

Quatrièmement, par l’olivier, dont le liquide adoucit les douleurs des blessures, est signifiée la miséricorde.

C’est de cette cause que, lorsque nous sommes dans une très grande crainte ou quelque danger soudain surgit, ou qu’une imagination diabolique se présente à nos sens, ou qu’une douleur nous saisit, ou que la peur nous envahit, alors, recueillant notre esprit et notre cœur, nous devons faire le signe de la croix avec le cèdre, le pin, le buis et le cyprès.

Christophe, dans sa Vénération de la Croix, Anastase le Sinaïte, et Jean Cantacuzène, dans son Introduction à la Mahumétane, disent que la croix fut faite de cyprès, de pin et de cèdre.

Mais il faut comprendre que la croix fut composée de plusieurs bois, puisque le Christ fut fixé par de nombreux instruments, et que son corps fut attaché par des clous multiples ; ainsi plusieurs bois furent nécessaires : le tronc de la croix, le patibulum, la tablette, l’escabeau, le cyprès, le palmier.

C’est pourquoi, selon les anciens Grecs, comme on le lit dans les chroniques, chapitre 14, on composait les machines de guerre avec des bois multiples et assemblés.

De même, dans l’arche de Noé, que d’autres appellent Oronte, on trouve que le bois d’Adz fut employé  au premier sépulcre, depuis le paradis terrestre ; en effet, des gardes du paradis, le chérubin brandissait une épée tournoyante, afin que personne n’y entrât ; de là vient que la miséricorde du Christ, pieuse, s’est répandue, afin que le premier pécheur pût expirer.

Aussitôt après, le chérubin fut placé près de l’arbre de vie au paradis ; ensuite Seth vit les branches coupées, et il porta ces branches jusqu’au tombeau d’Adam ; et le chérubin vit Seth venir, et planta ces branches, dont naquit un arbre très grand, de diverses espèces, afin qu’il pût porter en un seul tronc plusieurs natures, et que de cet arbre naquît une descendance au fil des temps.

Lorsque plus tard le très célèbre temple de Jérusalem devait être construit, on apporta des bois divers et hiéroglyphiques ; Dieu voulut cependant que ce bois fût rejeté par les maçons ; et les hiéroglyphes eux-mêmes refusèrent sa construction. Mais ce bois, arbre étrange, fut jugé indigne du temple ; tantôt il paraissait trop long, tantôt trop court ; s’ils le coupaient, il était trop court ; s’ils l’ajoutaient, il dépassait.

On rejeta donc ce bois comme inapte à l’édifice du temple. Toutefois, il fut extrait par Salomon dans son palais privé, et fut gardé comme ornement du jardin.

Mais la reine de Saba, venue des confins de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, voyant ce bois au milieu du jardin, le jugea corrompu, porteur d’un mauvais présage ; et elle avertit Salomon que de ce bois viendrait un grand malheur.

Mais ne croyant pas à une chose si difficile à comprendre, le roi ordonna que ce bois fût jeté dans un étang ; et afin qu’il fût foulé par les pieds, il ordonna qu’il fût jeté dans un lieu où il serait piétiné. Mais ce bois, bien que rejeté, ouvrit néanmoins la voie au bois de notre salut…

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s’ouvrit. Salomon reconnut ce bois et ordonna qu’il fût retiré de l’édifice, et qu’il fût enfoui en terre ; afin qu’en pourrissant, il ne produisît pas de mauvais présage. Ainsi tout fut disposé selon l’ordre de Salomon : il ordonna que ce bois fût enfoui en terre ; et plus tard, un étang fameux, appelé Piscina probatica, fut creusé ; mais on ne trouva pas aussitôt le bois au fond ; et, après un long laps de temps, le bois du Christ fut retrouvé peu à peu, de sorte qu’on put le toucher ; et l’on admira que ce bois, qui avait été immergé jusqu’alors, n’eût pas pourri ; alors il fut retiré, mais aussitôt on l’enfouit de nouveau, car personne ne pouvait encore en découvrir l’usage ; et, retiré de l’étang, le bois fut appliqué aux parois du temple extérieur.

Mais lorsque la croix du Christ devait être préparée, on accepta ce bois infâme, et l’on en fit ce que l’ouvrage exigeait. C’est pourquoi, de ce bois, la croix du Christ fut fabriquée ; et ainsi cette croix reçut la figure de la croix ; d’abord elle fut étendue au-dessus du torrent du Cédron ; ensuite elle fut posée comme un pont, afin que tous pussent passer dessus. Cela est rapporté par la Grande Histoire Scholastique, au livre des Rois, chapitre 26.

Chartreux, au chapitre 5 de Jean, roi de Jérusalem, au lieu cité ; Pierre Lombard, livre I des Sentences, chapitre 4 ; tous confirment cela, et aucun ne contredit que la croix ait été faite de ce bois.

De là, il est certain que la croix du Christ fut produite par le fruit de ce bois. Lipsius, dans son livre De Cruce, chapitre 13, le confirme ; et Jacques de Voragine, au chapitre 30 de la Légende dorée, dit que le fruit de la croix du Seigneur est préféré à la force de Robur. Silius Créta, au lieu cité, le voit ensuite comme une force. Et plus bas : La force est rendue manifeste par la croix. Elle est en effet manifestée aux peuples. On le lit dans les livres de Sedulius, Œuvres pascales, et chez Venance Fortunat. Et, quoique les figures soient incertaines, il n’est cependant pas nécessaire que cette chose soit certaine.

Ce bois toutefois,  très sainte croix du Christ, dont il apparaît clairement qu’elle fut montrée à plusieurs reprises dans l’Écriture ; et que, selon saint Augustin, ce bois est appelé amer, et que la croix est dite amère à cause du supplice ; et cependant, de manière très juste, elle est appelée arbre, dignité royale et sceptre des Gonzoïdes, comme l’exige la splendeur de la chose.

Telle est celle qui apparut chez saint Étienne de Bologne ; et il est vrai que le bois de la croix du Christ est reconnu par une odeur suave, comme par une marque certaine ; car il est rapporté qu’il a exhalé une odeur très agréable. On dit en effet que les bois coupés dégagent une odeur douce, mais que ceux qui sont destinés aux supplices n’en dégagent pas. Et l’on dit que ce bois est appelé ébène, et qu’il est dit de robur et d’autres bois. De plus, Pline, livre XII, chapitre 2, enseigne que le bois de gallina ne brûle pas.

5. Mais quel genre de bois fut celui de la croix du Christ ? La croix ancienne, chez les Romains, fut instituée comme supplice. Mais ce genre de bois était infâme parmi les peuples. Et c’est à juste titre que le Seigneur condamna la croix par son autorité, afin que ceux qui étaient parfois tués par ce supplice fussent désormais mis à mort. Et l’édit public d’Hadrien l’empereur décida que nul ne serait désormais mis à mort par ce bois ; et les juges délégués furent condamnés à mort, s’ils condamnaient quelqu’un à ce supplice. Aelius Spartianus le rapporte dans la vie d’Hadrien ; Franciscus Sylvius le mentionne dans son commentaire sur l’oraison de Cicéron Pour Rabirius.

C’est par ce motif qu’Alexandre le Grand supprima le supplice de la croix chez les Tyriens, parce qu’ils s’étaient rebellés contre la domination ; et c’est pourquoi, de nombreux tyrans ont répudié l’usage de la croix. C’est aussi pour cette raison que la mort fut infligée par d’autres instruments, afin que les hommes, et surtout les plus humbles, ne pussent être tués par un supplice si infâme  pouvait être infligé.

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Saint Jean Chrysostome, homélie 7 sur l’épître aux Philippiens, dit : « Il s’est hâté d’accomplir l’œuvre de la mort. » La croix fut introduite afin que le Christ mourût volontairement, et afin qu’il montrât qu’il souffrait non par nécessité, mais par choix. En effet, si l’on considérait les autres genres de mort, on appelait la mort de la croix une mort maudite, et on la regardait comme extrêmement ignominieuse ; mais la croix, afin de prouver plus pleinement et plus magnifiquement sa gloire, et pour montrer qu’elle était l’instrument de la mort du Seigneur, fut exaltée.

Tarquin le Superbe ordonna d’excaver les égouts ; Tarquin voulut aussi établir la croix. Il ordonna de purifier la cité, mais il introduisit un supplice infâme. Il enleva le supplice de la croix aux cadavres, tant était grande la honte attachée à la mort de la croix, afin que la vie ne fût pas souillée par une mort si ignominieuse ; cependant il établit des supplices, et la croix fut une peine capitale.

Cassius en fait mention dans son Histoire romaine ; et Théodore le Grammaticien l’enseigne. Les esclaves furent soumis à ce supplice ; les brigands aussi ; et ceux qui commettaient des crimes furent condamnés à ce genre de mort. Le Seigneur fut compté parmi les criminels : « Il fut suspendu au bois », disaient-ils ; « il fut crucifié », et il fut jugé digne de la mort de la croix.

Franciscus Sylvius, dans son commentaire sur l’oraison Pour Rabirius, et Cælius Rhodiginus, livre I, leçon antique, chapitres 5 et 6, rapportent cela.

De plus, ceux qui avaient été crucifiés étaient généralement abandonnés aux bêtes ; mais, selon de bons auteurs, on les ensevelissait parfois. Sylvius ajoute que ceux qui étaient suspendus à la croix ne devaient pas être enterrés ; mais on les laissait exposés, afin qu’ils fussent dévorés par les bêtes ; car c’est ainsi que ce genre de condamnation était en usage chez les Romains, qui même après la mort punissaient les crimes.

C’est pourquoi il est écrit dans les livres pontificaux que Véranius fut lapidé, et que la vie fut ainsi retranchée, et ôtée aux impies mis à mort.
Je veux cependant ici examiner si, chez Tite-Live, dans la première Décade, livre I, à propos de la cause d’Horatius Trigeminus, cette peine a été infligée : « On fit fabriquer une potence pour Horatius » ; ce mot ne semble toutefois pas signifier une mort par strangulation.

6. Mais chez les peuples d’origine hébraïque, Jérôme, dans ses Questions sur l’Ancien Testament, au chapitre 21 du Deutéronome, enseigne qu’il existait chez les Hébreux deux genres de supplice : la lapidation et la suspension. Et à la loi, ainsi qu’à la lapidation, beaucoup semblent ajouter la suspension ; et à la place du juge, le supplice pouvait être infligé. Les Hébreux admettaient donc deux genres : la lapidation, et la strangulation ou la suspension ; mais non, comme on le croit souvent à tort, une mort par strangulation au sens propre.

En effet, de la suspension et de la strangulation, nous recueillons dans les Écritures que ce qui était autrefois suspendu était exposé après la strangulation. Ainsi, Aman fut préparé à une potence élevée ; mais il fut d’abord tué, puis suspendu. De même, Mardochée fut préparé pour être pendu, comme on le lit dans le livre d’Esther, chapitre 7. De même, les suppliciés furent crucifiés.

Le législateur ajoute encore ce précepte : « Tu ne laisseras pas son corps sur le bois durant la nuit. » Et il ajoute la raison : « Car celui qui est suspendu est une malédiction de Dieu. » Ainsi, parmi les Juifs, la pendaison était comprise comme une exposition après la mort, et non comme une strangulation, ce qui est clairement compris par le texte.

Car il est dit : « Il sera pendu au bois » ; et plus bas : « Tu l’enterreras le jour même. » Il ne s’agit donc pas d’une mort par strangulation. Cela est aussi confirmé par l’exemple du Pharaon : « Le panetier en chef fut pendu » ; et cependant il avait été tué auparavant.

Il n’est donc pas permis de dire que la croix fut toujours un instrument de strangulation ; bien au contraire, il est optimal de noter, avec Lipsius au livre De Cruce, que la mort précédait la croix.

Or, ce que les Hébreux observaient à propos de la crucifixion est certain : « Tu le pendras au bois » ; et encore : « Tu l’enterreras le jour même » ; comme on le lit au premier livre des Rois, lorsque Saül pendit Achimélech, et au deuxième livre des Rois on l’ensevelissait, et il était suspendu.

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Ainsi Dieu a ordonné, Genèse, chapitre 9 : « Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. »
Il ajoute aussitôt le supplice du bois très élevé, disant dans le Lévitique 20 : « Celui qui aura blasphémé sera lapidé par tout le peuple. »

Ensuite, je lis chez les Hébreux une certaine interprétation, de cette manière : au chapitre 21 du Deutéronome, sur la lapidation. Ils disent en effet que les Juifs, s’il y avait des blasphémateurs et des idolâtres, les lapidaient d’abord, puis, ensuite, les suspendaient à la croix ; non pas afin de leur infliger la mort, mais pour faire exemple devant le peuple. De sorte qu’aucun n’était crucifié, si ce n’est le cadavre déjà extrait.

À cela ne s’oppose pas ce qui est dit du Christ crucifié ; car il n’a pas été fixé après la mort. Ils répondent en effet que cela ne doit pas être entendu selon la coutume des Romains, mais selon celle des Hébreux ; car certains lapidaient d’abord, puis suspendaient à la croix.

Mais ce qu’ils disent là est clairement faux. En effet, il est dit : « Le roi aussi fut suspendu vivant et encore respirant au gibet » ; et il fut ordonné de descendre son corps de la croix. C’est pourquoi Tostatus, au commentaire du livre des Rois, au chapitre 14, entre autres choses, rapporte que le roi Hérode ne put supporter des outrages aussi graves, et qu’il mourut d’une mort très cruelle.

Rois, chapitre 18 : Gabaa, sept hommes de la maison de Saül furent crucifiés. Quoi donc ? furent-ils tués auparavant ? Non. Josué, au chapitre 8, dit qu’il fut tué, puis suspendu au gibet ; et plus haut encore, il fut tué, puis suspendu. Ils répondent avec Tostatus, au chapitre 9 : non, il ne fut pas suspendu, puisqu’il avait d’abord été tué ; et cependant il fut suspendu afin de signifier quelque chose, comme l’Écriture le fait souvent : ainsi aussi ce meurtre  par la suspension, signifie la percussion.
Il s’ensuit que ce que Dieu prescrit au Deutéronome 21, disant : « Tu l’enterreras le jour même », concerne celui qui a été suspendu au gibet, lequel n’est pas dit avoir été lapidé auparavant, mais suspendu.

De quelle manière ils étaient attachés à la croix.
Ce passage est très obscur, et a entraîné dans l’erreur de nombreux docteurs, comme on peut le voir chez Jérôme, au livre II de son commentaire sur l’épître aux Galates, chapitre 3, où il s’efforce d’expliquer la variété des sens du mot malédiction dans le Deutéronome, dans les Psaumes, chez Paul, dans Isaïe, dans Malachie et dans Amos. Symmaque, Prophète hébreu, dit que malédiction signifie mal. Théodotion l’a traduit par pendaison. D’autres interprètent autrement.

De là vient qu’en ce passage il est dit par l’Apôtre, aux Galates 3 : « Maudit est quiconque pend au bois. » Et saint Jean Chrysostome, homélie 7 sur l’épître aux Philippiens, appelle la mort de la croix une mort maudite, pour mieux la déclarer ; car elle est celle qui pend au bois. Théodoret, au sermon 10 sur les proverbes, dit : « Judas a livré le Christ », et il ajoute : « au milieu de la terre » ; et il parle ainsi parce que le Christ fut suspendu entre les hommes, portant le péché des hommes.

Le Seigneur enseigne aussi cela chez saint Jean Chrysostome, homélie 7 sur l’épître aux Philippiens, en ce passage où il raisonne très fortement. Saint Jérôme, en outre, ajoute que saint Paul ne dit pas : « maudit est quiconque est crucifié », mais : « quiconque pend au bois ». De là il pense qu’il faut comprendre, avec Jérôme, que la malédiction concernait les Hébreux et les autres nations avant le Christ ; mais que pour les chrétiens, la malédiction a été ôtée par le Christ.

Cependant, il faut noter ici deux choses : la première, que malédiction est dite proprement à cause du supplice infâme de la pendaison au bois ; la seconde, que le Christ, bien qu’il ait été pendu au bois, n’a commis aucun crime.

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L’autre point, à propos de ce qui est dit : « il a été fait malédiction », ne doit pas être entendu au sens propre.

C’est pourquoi Fauste le Manichéen, ne comprenant pas ce passage, accusa Moïse, comme s’il avait menti au sujet du Christ. C’est pour cette raison que saint Augustin, au livre IV Contre Fauste le Manichéen, chapitre 2, combat Fauste et l’homme impie, et dit : « Les bons hommes, dit-il, ont toujours appelé malédictions les malédictions de Moïse ; mais ils n’ont jamais dit que le Christ fût une malédiction. » En effet, dans le Christ il n’y a aucun péché ; mais il a porté nos péchés, et il a été fait malédiction après la résurrection, afin que nous croyions, comme il le démontre.

De quelle manière, en effet, et en quel sens il a été fait malédiction, il l’explique lui-même. « Ce qu’il a pris, il l’a guéri ; ce qu’il n’a pas pris, il ne l’a pas guéri. » S’il n’avait pas assumé la nature humaine, il n’aurait pas assumé la malédiction.

Il est vrai que certains entendent difficilement que le Christ est dit malédiction par Dieu, alors que ce terme renvoie proprement au châtiment. Mais cette objection est levée par une certaine observation, à savoir que ce qui est dit du Christ ne doit pas être compris en ce sens qu’il y aurait en lui quelque chose d’infâme ; mais parce que le Christ a assumé ce qui était nôtre.

Cela apparaît clairement dans ce que l’Apôtre dit aux Galates : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, étant fait malédiction pour nous. » De là, saint Augustin, au livre IV Contre Fauste, manifeste très clairement, par l’exemple du serpent d’airain, que ce qui est dit du serpent est dit non parce qu’il y aurait eu un serpent véritable, mais parce que la figure du serpent était faite ; et de même le Christ est dit malédiction, non parce qu’il aurait été un pécheur, mais parce qu’il a porté la peine du péché.

Car le Christ est mort pour les pécheurs, et il a donc porté notre peine ; et ainsi il est dit avoir été fait malédiction.

On trouve une expression semblable chez l’Apôtre, aux Corinthiens, chapitre 5 : « Le Christ a été fait péché pour nous… »

Ainsi donc, ce qui est dit ne doit nullement être compris au sens propre, mais au sens figuré, comme l’Écriture elle-même l’indique par l’intelligence de l’affection, afin que le Christ, puisqu’il est la bonté même, soit appelé sanctification, paix, justice.

En vérité, le Christ est dit péché, non parce qu’il y aurait eu péché dans la chair du Christ, mais seulement afin qu’il expiât la faute divine ; il a été fait victime, et la vie même, afin que les péchés fussent offerts ; ainsi l’a voulu Osée ; et cela concerne le peuple qui n’avait pas connu les péchés, et qui mangeait les victimes offertes pour les péchés.

De même, parce que le Christ fut offert pour les péchés, non seulement il est mort, mais il a aussi ôté le péché du monde ; c’est pourquoi l’Apôtre, là où il parle de la croix, écrit : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous. »

Quant à ce qui concerne ce bois, Jérémie en a parlé, et c’est l’un des passages les plus difficiles, dont personne, parmi les Pères, n’est sorti sans préparation, lorsqu’il est disputé de la Passion du Christ, laquelle n’est pas expliquée par un seul mot. Cette expression a en effet donné lieu à de multiples explications : Tertullien, Jérôme, Cyprien, Isidore, Justin, Lactance et Ruffin en ont proposé diverses interprétations, parmi lesquelles celle de l’hypallage est la plus probable.

Ils enseignent en effet que le Christ, qui est le pain de vie, a été mis sur le bois ; et que le Christ est le pain de vie dans le bois de la croix. Mais il faut ajouter ici encore d’autres interprétations autorisées.

Saint Vincent de Lérins comprend la croix comme le pain, et le pain comme la vie ; et il explique « pain » par « vie ». Saint Hilaire comprend le pain comme le corps du Christ. Les pains, selon certains, sont les poisons ; mais les poisons sont ce qui est nuisible à la vie. Les Juifs disaient donc que le Christ devait être mis à mort par le poison, et que le Christ devait mourir par le poison.

Fauste a tiré de là son exposition ; mais il a été confondu par les paroles de Jérémie : « Venez, mettons du bois dans son pain ; et retranchons-le de la terre des vivants. » Cette interprétation est solidement approuvée par Jean, dans La Persécution, par Carthage, par la Passion du Seigneur, par le cardinal …

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 il comprend la croix, et par le pain, la doctrine du Christ ;ainsi que le sens l’enseigne : « Venez, mettons du bois dans son pain »,c’est-à-dire que nous suspendions la doctrine du Christ au bois de la croix.D’autres cependant entendent autrement :« Mettons le bois de la croix sur le Christ »,et qu’ainsi nous crucifiions le Christ,et que nous éteignions sa faim par la très honteuse mort de la croix.

En outre, que par le bois de la croix le Sauveur subît la mort,« des cornes sont dans ses mains »,outre les auteurs déjà cités,saint Jérôme explique ce passage dans le même sens,
et Rémi au même endroit ;saint Cyprien, sermon sur la Passion du Seigneur ;Eusèbe de Césarée, livre VI des Démonstrations évangéliques, chapitre 15 ;Hugues le Cardinal au même passage,et au chapitre 11 de Jérémie ;« les cornes sont dans ses mains »,c’est-à-dire les mains dans les cornes,selon l’hypallage,comme dans ce vers de Virgile :« Il posa ses mains sur les cornes ».

De même la croix fut figurée par la lettre Tau.Doctrine fameuse,à l’illustration singulière de laquelle tend notre propos.

Concernant les lettres hébraïques,tous reconnaissent qu’elles sont anciennes ;mais quant à savoir si elles furent d’abord infusées par Dieu aux hommes,ou reçues d’un autre,
ou combien de fois elles furent changées,cela me paraît douteux,même parmi les auteurs les plus graves et les plus classiques.Saint Jérôme toutefois, dans son Prologue galéate, enseigneque les caractères sont les mêmes que ceuxdont on use aujourd’hui dans la langue sacrée,et que les Pères anciens utilisaient déjà. De même, chez Marc Marinus dans sa préface,au commencement de l’Arche ;et Bellarmin, cardinal, dans la préface de ses Institutions hébraïques ;Galatin, Eugubinus, Jean Pic de la Mirandole,Ximénès, Sennert,et les auteurs les plus graves,je vois qu’ils n’en doutent pas.Et en particulier, à propos de la lettre Tau,saint Jérôme, dans Ézéchiel chapitre 9, rapporteque cette lettre, chez les anciens Hébreux,exprimait l’image de la croix.

Et la croix, certes, fut plus large,en tant qu’elle provenait du genre du patibulum,comme nous l’appelons ;on dit aussi qu’elle exprimait la lettre Π,que l’on trouve chez les Grecs de grande importance.Chez les Hébreux, au contraire, on écrit Tau,qui ne diffère guère du Π grec,
si ce n’est que le pied gauche est peu à peu replié vers le bas.

Du reste, elle exprime un bois de supplice effrayant.Mais ce qui me plaît davantage,c’est qu’on reconnaisse la croix comme le véritable bois de la croix,ce qui introduit sans aucun doute une transformation beaucoup plus grande : car on ne voit guère de ressemblance
entre le Tau et la croix, si nous ne disons pas que cette transformation a pu se faire, et que le Tau était écrit ainsi : Τ, et qu’ensuite le pied fut prolongé vers le bas, comme si nous voulions expliquer cela ainsi, et dire que le Tau était écrit de la sorte, que le pied droit descendait,
et qu’on complétait ainsi le Tau.Cela est confirmé aussi par Cælius Rhodiginus, livre VI des Lectures antiques, qui prend le Tau gaulois pour la croix. La croix fut aussi figurée par le Tau dans l’Exode 12,lorsque Dieu ordonna que les portes fussent marquées de sang, là où les premiers-nés étaient frappés.À cela fait allusion saint Grégoire, dans l’office du sabbat, lorsqu’il dit : « Car voici l’agneau véritable, dont le sang consacre les portes des fidèles. » Car c’est par le signe du Tau que fut figuré ce qui, pour cette raison, fut appelé signe du salut.C’est pourquoi Rupert, livre II sur l’Exode, dit : « Le signe du Christ est placé sur les linteaux, et nous portons sur le front la passion de la croix. »Et Ézéchiel 9 dit : « Passe au milieu de la cité, et marque du signe Tau les fronts des hommes. »Afin que vous ne voyiez pas le signe du Tau. Saint Jérôme dit que ce signe Tau a été le signe de la croix, et qu’il est très véritablement le signe de la foi, dont il est dit dans l’Apocalypse 7 :« Ne faites pas de mal à la terre ni à la mer, jusqu’à ce que nous ayons marqué du signe les serviteurs de notre Dieu sur leur front. »Ce que démontre encore André de Césarée, et Remigius dans ses Collectes sur l’Apocalypse,comme l’attestent aussi l’abbé Joachim et Ribera.

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Blasius, Viegas et Cælius Pannonnius indiquent aussi en ce passage que la croix y est signifiée. Or, pour une intelligence plus pleine de ce lieu, il est permis d’ajouter ici que la lettre Tau ne signifie pas seulement la croix chez les auteurs sacrés, mais aussi chez les auteurs profanes. En effet, Lucien écrit, dans l’Action du 3 octobre, à propos du Tau : « Les hommes, dit-il, se plaignant des vicissitudes de la fortune, ont inventé ce signe, et ont imité la forme de la lettre Tau, parce que les tyrans façonnaient leurs corps et imitaient cette figure ; ensuite, sur ce modèle, ils fabriquèrent des bois sur lesquels ils suspendaient les hommes, et de là ils donnèrent à cette funeste construction son nom. » C’est pourquoi le Tau eut d’abord une figure funeste, parce que la croix en était fabriquée et que les hommes lui donnèrent ce nom. Cælius Calcagninus rassemble de nombreux témoignages à ce sujet dans ses Commentaires, dans son jugement sur Lucien, ce que j’ai jugé inutile de répéter. Damascius expose de nombreuses figures de la croix, livre IV De fide orthodoxa, chapitre 12, en disant : « Le bois de vie, qui fut planté par Dieu au paradis, figurait clairement la croix. De même que la mort entra par le bois, ainsi la vie fut rendue par le bois, et le salut fut donné par le bois. » De même Jacob, adorant la verge placée sur le sommet de son lit, bénit ses fils ; Moïse, la verge à la main, ouvrit la mer, forma la figure de la croix, adoucit les eaux amères par le bois, frappa le rocher, fit jaillir l’eau, et la verge d’Aaron fleurit, et le bois du serpent d’airain apporta le salut à ceux qui étaient mordus, et les Amalécites furent mis en fuite, et la verge de David frappa Goliath, et la verge de Jacob traversa le Jourdain, et les clefs de David, et d’innombrables autres figures de la croix sont lues dans l’Écriture.

Et quant à ce qui est dit chez les Égyptiens à propos du hiéroglyphe de la croix, et à Rome dans les obélisques égyptiens, dont certains furent consacrés à la magnanimité et à la providence du souverain pontife Sixte V, de très nombreux signes de la croix y furent gravés pour cette raison, et d’autres encore sont discernés selon cette interprétation ; de sorte que l’effigie de la croix brille, enfermée dans un cercle auguste, et qu’un signe très illustre est établi pour nous dans une très haute vénération. Chez les Égyptiens, en effet, la croix signifiait la vie ancienne, comme le produisent les auteurs insignes déjà cités, ce que l’on peut voir encore chez Benaudi, livre II Polymathia, chapitre IV, chez Pierre Messie, livre I des Leçons variées, chez Barthélemy Cassane, qui rapporte aussi que la croix fut en très grande vénération chez les Arabes ; de plus, chez les mathématiciens, elle est la première des figures, composée de deux lignes se coupant, que les uns considèrent comme une croix carrée, d’autres comme une figure triangulaire postérieure et droite ; mais en vérité, parmi les figures, la première est la triangulaire, comme cela est ouvertement enseigné en mathématiques, voir Euclide au premier livre des Éléments, et les exégètes…

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Que dans un certain temple de Démolétrie le temple fût appelé Sérapis est rapporté par les traditions juives, et Césarée dans la première partie de la Gloire du monde. Socrate, livre 5, chap. 17, rapporté dans l’Histoire tripartite, livre 9, chap. 29. Eusèbe de Césarée, livre 11 de l’Histoire ecclésiastique, chap. 29 ; bien que ce livre, quoique rassemblé avec Eusèbe et désigné comme le onzième d’Eusèbe, ait cependant été composé par Rufin. Socrate rapporte en outre, au lieu cité plus haut, que dans des pierres étaient sculptées des images de la croix, lesquelles étaient comptées parmi les hiéroglyphes égyptiens. Ajoute Lipse dans ses notes au livre 3, chap. 13, que dans les temples et les sépulcres on a retrouvé çà et là des croix, si bien qu’on juge qu’elles étaient comme des présages de la Croix à venir et de son signe. Lis ce qu’ont écrit récemment Alphonse Ciacconius et Aloysius Frois, dans une lettre à Claudius Aquaviva, le 15 mars 1597, chap. 15 à la fin, lorsqu’ils décrivent le martyre des Japonais crucifiés, où ils disent : Aucun de ces hommes ne reconnut le supplice de la croix, bien qu’il fût en usage parmi les Japonais, l’un sous Obamas l’an 1589, l’autre l’an 1592. 13. Il était sous nos yeux il y a quelques années. Ce passage concernant le Christ pendu en croix, sous les yeux des Juifs, doit être compris ; c’est pourquoi cela est confirmé par Isaïe 65 : J’ai étendu mes mains vers un peuple incrédule et rebelle ; ce que l’Apôtre explique de la Synagogue contredisant le Christ, Rom. 10. Les Pères ont également compris ce passage en ce sens, surtout Cyprien, Tertullien, Irénée et Lactance au livre 4 des Institutions divines, et Damascène au livre 4 de la Foi orthodoxe, chap. 12, et d’autres qui sont cités dans l’explication de ces auteurs par Benoît Péréira sur Daniel.

Il faut maintenant expliquer ce qui est entendu par le Rhinocéros. Cette autorité est remarquable mais obscure, c’est-à-dire qu’elle est illustrée par nous en deux sens, lesquels dissipent les ténèbres de cette obscurité. Premièrement, ce qui est signifié par le nom de Rhinocéros ; deuxièmement, ce qui doit être entendu par sa corne. Quant au premier point, plusieurs veulent que le Rhinocéros soit le même que l’Unicorne, appelé en italien Alicorno ; et l’on voit que le mot grec y correspond, puisqu’en grec on lit μονοκέρως, c’est-à-dire à une seule corne ; d’où vient unicorne, animal armé d’une seule corne. Le même mot se lit aussi au livre des Nombres, chap. 23 : quasi gloria unicornis eius, c’est-à-dire comme la gloire de son rhinocéros, où nous lisons nos textes. Il est plus fort que le rhinocéros ; en hébreu on dit reem. Ce mot est d’interprétation incertaine, comme le montre Marcus Marinus dans son Arche de Noé, où il le traduit par alicorne ; Isaïe aussi le traduit par oleaster au chap. 34, et Deut. 33 ; et Pagninus de même. Il ressort toutefois des histoires naturelles que le Rhinocéros est un animal distinct de l’Unicorne. Et certes l’Unicorne peut être pris génériquement, en tant que de tout animal pourvu d’une seule corne on peut ainsi parler ; car il en existe d’aquatiques, de terrestres et même de volatiles. Dans le très célèbre Musée d’Ulisse Aldrovandi, si je me souviens bien, on voyait deux cornes noires, un peu recourbées mais rondes, dont l’une avait un pied et trois quarts de longueur, l’autre environ un pied et demi, et elles saillaient du front de l’animal ; c’est pourquoi tous ces animaux peuvent être appelés unicorniens. Boèce aussi appelle les bœufs unicorniens, ainsi que Pline au livre 8, chap. 21. Ainsi également le Rhinocéros peut être appelé unicorne. Mais l’Unicorne proprement dit est un animal quadrupède, tel que le décrit Pline au livre 8, chap. 21, en ces termes : …

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il appelle cet animal Monocéros ; le reste est semblable à l’éléphant, ayant presque la taille d’un cheval, le corps semblable à celui d’un cheval, la tête de cerf, les pieds d’éléphant, la queue de sanglier, une voix grave ; une seule corne noire au milieu du front, longue de près de deux coudées ; il nie que cette bête vivante puisse être prise. Mais en cela, que sa corne est noire et longue de deux coudées, le très illustre explorateur des secrets de la nature, Ulisse Aldrovandi, dans son Musée, affirme avoir vu la corne d’un unicorne, longue d’environ trois coudées, conservée parmi les trésors du très serein Sénat de Venise, deux cornes d’unicorne étant présentées comme d’un prix incomparable, lesquelles tirent sur la couleur cendrée, et en certaines parties même jaunâtre, d’une longueur d’environ une coudée et demie. Bien plus, parmi les choses admirables choisies qui sont conservées auprès du très serein seigneur Vincent de Mantoue, duc de Montferrat, se montre une corne tout à fait remarquable d’un unicorne, de couleur gris blanchâtre, longue de près de quatre coudées ; mais ce qui est admirable, c’est qu’à sa surface supérieure elle représente comme la figure d’un petit cerveau, deux sinuosités contournées accompagnant la corne, lesquelles toutefois adhèrent ensemble. Cette corne, dit le très célèbre investigateur des arcanes naturels Ulisse Aldrovandi, est dite corne d’unicorne. Mais parlons maintenant du rhinocéros.

Le rhinocéros est un animal, l’un volatile, l’autre quadrupède. Le rhinocéros volant nous a été montré, remarquable assurément, en notre temps, par Aristote et Ulisse Aldrovandi, livre 12 d’Ornithologie, chap. 20, écrivant ainsi : Hésychios et Varinus rapportent qu’en Éthiopie on trouve aussi un oiseau quadrupède, appelé rhinocéros ; plusieurs le rapportent à l’air, d’autres au sol, comme les Turcs chrétiens, hommes très célèbres dans l’art naval et dans les combats maritimes, l’ont observé par leurs relations, ainsi que d’autres auteurs très dignes de foi ; et il n’est pas étonnant que, par la grandeur inhabituelle de ses ailes, il dépasse les autres oiseaux. Sa tête, d’après les relations de ces hommes et d’autres très dignes de foi, était notable, ayant presque la taille d’un veau, son bec blanchissant vers le noir, recourbé au sommet, se terminant en pointe, très dur comme du bois, d’une partie supérieure blanchâtre. Il avait au front une corne presque d’une coudée, noire à l’extrémité, non différente de celle du rhinocéros, mais plus petite. Sa couleur était sombre, noirâtre en partie inférieure, blanchâtre au milieu. Quelques-uns rapportent qu’il y avait dans sa corne certaines lignes noires, comme on en voit dans de bonnes cornes.

Le rhinocéros quadrupède, après l’éléphant, est appelé le plus grand des animaux ; Pline en écrit ainsi au livre 8, chap. 20 : Le rhinocéros a une corne sur le nez, telle qu’on la voit souvent préparée pour être polie à la lime ; dans les combats avec l’éléphant il aiguise surtout cette corne, car il est plus mou ; sa longueur est égale à celle de l’éléphant, mais ses jambes sont beaucoup plus courtes ; sa couleur est celle du buis. Mais parce que Pline manque de détails dans la description de cet animal très grand, nous avons jugé devoir ajouter ceci : sa tête est oblongue, ses oreilles larges, presque pendantes comme celles des éléphants ; il a les jambes entières, comme couvertes d’une sorte de peau ferrugineuse ; le ventre paraît comme composé de deux peaux ; les parties supérieures sont armées d’une dureté comme d’une cuirasse ; il a aussi deux testicules, mais plus petits ; les cuisses épaisses, de couleur de buis ; la queue semblable à celle du sanglier, le reste de couleur bovine. Il est merveilleux qu’au dos, là où le cou est joint aux épaules, s’élève une petite corne. Quant à la corne qui s’élève sur les narines, elle est de couleur rougeâtre, mais plus noire à cause de son épaisseur ; sa largeur contient quinze doigts, sa longueur environ une coudée et demie, un peu recourbée vers le haut. On a envoyé un rhinocéros d’Inde au très serein Emmanuel Lusi…

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le roi, et de là envoyé au pape Léon X, comme le rapporte Oleaster au chap. 23 des Nombres. Or la force de cet animal, ainsi armé par nature pour le combat, est très grande et elle est commentée dans les Écritures, Nombres 23, où la force de Dieu est comparée à celle du rhinocéros, lorsqu’il est dit : Sa force est comme celle du rhinocéros. Voilà pour le premier sens de cette sentence. Voyons maintenant ce qu’il faut entendre par la corne.

Les cornes dans les saintes Écritures ne sont pas seulement prises pour les cornes proprement dites, mais souvent pour les royaumes, les empires ou les puissances, comme il apparaît manifestement en Daniel 7 et 8, et dans l’Apocalypse 5, 12 et 13 ; ainsi en Nombres 23 elles sont prises pour la gloire de l’empire ou pour l’élévation. C’est pourquoi, au lieu de ce que nous lisons : Sa force est comme celle du rhinocéros, l’édition grecque porte δόξα, c’est-à-dire gloire, tandis que l’édition hébraïque lit betholaphoth, c’est-à-dire élévations, comme l’explique justement Oleaster au même endroit. Souvent cependant la corne signifie aussi la puissance, car dans les cornes des animaux la force réside principalement ; et de même que chez les animaux la vigueur se trouve surtout dans la corne droite, ainsi, par métaphore, on dit d’un chef d’armée qu’il a la corne élevée, lorsque sa force apparaît au plus haut degré. C’est pourquoi Jacob, bénissant Joseph, pria pour que ses cornes fussent comme les cornes du rhinocéros ; ce qui, entendu du Christ, déclare son excellence singulière. Ainsi donc ce témoignage : Cornes de rhinocéros, cornes illustres, s’explique du Christ exalté sur la Croix, comme l’expose Tertullien, livre 3 contre Marcion après le milieu, citant ce passage du Deutéronome 33 et disant : Autrefois le rhinocéros était appelé unicorne, mais le Christ était figuré en lui. Le taureau, en raison de sa double nature, est pour les uns farouche comme juge, pour les autres doux comme sauveur, et ses cornes étaient les extrémités de la Croix.

C’est donc ce bois, qui fut infâme comme supplice, que l’on appelle le bois de vie ; et à juste titre il est dit figuré par l’arbre au milieu du Paradis ; c’est pourquoi nous nous tournons vers la Croix en disant : Ô Croix, notre unique espérance. Sur ce bois de vie plusieurs choses sont dites ci-dessus, chap. 18. Le très illustre S. Jérôme, écrivant à Léta, dit ainsi : Le Roi, pourpre et brûlant, plaça sur la tête du Sauveur le diadème qui devait être porté. Nous voyons de notre temps les princes chrétiens porter des couronnes ornées en l’honneur de la Croix ; et plus encore, ce qui est plus grand, nous admirons chez les anciens empereurs catholiques l’image de la Croix au sommet de la couronne. L’empereur Héraclius, comme on le voit sur d’anciennes monnaies, fit briller un splendide diadème illustré du signe de la Croix. Vois chez Lipse, fol. 92. Peut-être Augustin a-t-il voulu cela dans le Psaume, lorsqu’il dit : Déjà sur le front du Roi cette Croix est fixée, que les ennemis insultèrent ; car elle est fixée en ce qu’elle est insérée dans la couronne du Roi. Chrysostome, dans la démonstration contre les Gentils, dit que le Christ, étant Dieu, transforma cette malédiction, cet opprobre, cet instrument du supplice suprême, la Croix, en diadèmes et en couronnes de victoire ; car désormais les rois portent la Croix sur la tête, et ce que tous auparavant abhorraient, ils désirent maintenant le porter.

À cette doctrine s’ajoute encore que nous reconnaissons la Croix non seulement dans les diadèmes des empereurs, mais dans les mains sacrées et les vêtements illustres. Héraclius, portant la Croix de sa main, monté sur le char du triomphe, l’offrit à Jérusalem, comme on le voit chez Lipse plus haut. Constantin porta aussi une Croix d’or à la main, comme le rapporte Eusèbe, livre 9, chap. 9. Sur le front des rois, S. Augustin, sur le Psaume 45 : Déjà cette Croix est fixée sur le front du Roi, que les ennemis insultèrent ; ce fait est confirmé par l’action remarquable de l’empereur Théodose le Jeune, qui, très pieux envers les pauvres, lorsque l’auguste Sophie l’injuriait…

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il disait : Je me confie dans le Seigneur, qui ne fait pas défaut ; que de notre argent les pauvres seulement reçoivent des aumônes, et que les captifs soient rachetés. Ainsi donc, comme un jour il se promenait dans le palais, il vit dans le pavé de la maison une dalle de marbre, sur laquelle était gravée la Croix du Seigneur ; et il dit : Nous devons porter la croix de notre Seigneur sur notre front et sur notre poitrine en commun, et voici que nous la foulons aux pieds. Ayant dit cela, il ordonna d’enlever cette dalle ; et la dalle ayant été soulevée, on en trouva dessous une autre portant le même signe ; il ordonna aussi de l’enlever ; celle-ci ôtée, ils en trouvèrent une troisième ; et quand celle-là aussi eut été retirée, ils découvrirent un grand trésor, contenant plus de mille cent livres d’or. Ce fait est rapporté par Anastase le Bibliothécaire, et d’après lui par Paul Diacre, livre 7, sous Tibère II. C’est avec prudence que le bienheureux Pierre Damien, dans son sermon sur l’Invention de la Croix, appelle la Croix le salut des nations. Il avertit aussi en ce lieu que, pour la raison du signe de la Croix, le front et la poitrine doivent être signés ; et il ne semble pas que cela soit une innovation récente. Guillaume Durand l’enseigne en effet dans le Rational des offices divins. Barthélemy de Caffarelli, dans la première partie du Catalogue de la Gloire du monde, Hugo de Saint-Victor dans son Apparatus, Turrecremata dans le commentaire sur le Décret, distinction 11, exposent trois manières de faire le signe de la Croix.

Certains, comme il le dit lui-même, se signent du front vers la droite, puis vers la gauche, à cause des trois personnes de la Trinité qu’ils nomment dans la signation même de la croix ; et ainsi ils forment une croix en figure triangulaire, exprimant plutôt le signe du Tau que celui de la croix. D’autres, au contraire, signant en figure quadrangulaire et se fortifiant du signe de la Croix, font le signe de la Croix du front à la poitrine, puis passent à la droite, et de la droite à la gauche, achevant là le signe de la Croix. Tels sont les mystères : dans la descente, ils signifient la descente du Fils de Dieu sur la terre ; puis en passant à la droite et ensuite à la gauche, pour montrer que les réalités éternelles, signifiées par la droite, doivent être préférées aux temporelles, qui sont comprises par la gauche. Ainsi les Ruthènes et les Moscovites ne font pas la Croix de notre manière, de la droite à la gauche, mais de la gauche à la droite ; Innocent III, au livre 2 de la Messe, chap. 45, dit que le signe de la Croix doit être exprimé avec trois doigts, de telle sorte que de la partie supérieure on descende vers les inférieures, puis que de la droite on passe à la gauche ; certains cependant produisent le signe de la Croix de la gauche vers la droite.

D’autres, en traçant sur eux la figure de la Croix, commencent par le front, qui signifie le Père ; lorsqu’ils descendent vers le ventre, ils signifient l’Incarnation du Christ ; puis de la gauche à la droite ils expriment la forme de la croix, pour indiquer que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. J’ai ajouté cela parce que, chez les anciens, ceux qui étaient initiés aux mystères connaissaient cette manière antique de saluer. Ils descendent du front, touchent de la main droite la partie droite, puis la gauche, ensuite le ventre, et enfin, ayant levé la main, ils embrassent, et ainsi se forme la figure de la Croix. Parmi tous ces usages, il faut préférer le troisième mode, par lequel l’Église catholique romaine se sert et se clôt dans ce très grand mystère ; et parmi ceux qui le recommandent plus que les autres, on trouve l’archidiacre de Geminiano, le cardinal Alexandre et Turrecremata dans le commentaire sur le Décret, Barthélemy Caffarelli dans le Catalogue de la Gloire du monde, première partie, considération 10, Nicolas de Lyre dans le livre du Canon, le Catéchisme romain, et saint Vincent dans le sermon 2 sur la Sainte Trinité, qui explique les mystères de ce signe. Jacob de Voragine avertit aussi…

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que la République fût réduite à la pauvreté ; mais lui disait : Je me confie dans le Seigneur, parce qu’il ne fait pas défaut ; que de notre argent seuls les pauvres reçoivent des aumônes, et que les captifs soient rachetés. Ainsi donc, comme un jour il se promenait dans le palais, il vit dans le pavé de la maison une dalle de marbre sur laquelle était gravée la Croix du Seigneur ; et il dit : Nous devons porter la Croix de notre Seigneur sur notre front et sur notre poitrine selon l’usage commun, et voici que nous la foulons aux pieds. Ayant dit cela, il ordonna que cette dalle fût enlevée ; la dalle ayant été retirée, ils en trouvèrent dessous une autre portant ce même signe ; il ordonna aussi qu’elle fût enlevée ; celle-ci ôtée, ils en trouvèrent une troisième ; et lorsque celle-ci aussi eut été retirée, ils découvrirent un grand trésor contenant plus de mille cent pièces d’or. Ce fait est rapporté par Anastase le Bibliothécaire, et d’après lui par Paul Diacre, livre 7, sous Tibère II. C’est avec prudence que le bienheureux Pierre Damien, dans son sermon sur l’Invention de la Croix, appelle la Croix le salut commun de tout le monde. Il m’avertit aussi en ce passage pour quelle raison le front et la poitrine doivent être signés du signe de la Croix ; et il ne me semble pas que cela soit une pratique récente. Guillaume Durand en avertit en effet dans le Rational des offices divins. Barthélemy Caffarelli, dans la première partie du Catalogue de la Gloire du monde, Hugo de Saint-Victor dans son Apparatus, Turrecremata dans le commentaire sur le Décret, distinction 11, exposent trois manières de faire le signe de la Croix.

Certains en effet, comme il le dit lui-même, se signent du front vers la droite, puis vers la gauche, à cause des trois personnes de la Trinité qu’ils nomment dans la signation même de la Croix ; et ainsi ils forment la croix sous une figure triangulaire, exprimant plutôt le signe du Tau que celui de la Croix. D’autres, au contraire, signent en figure quadrangulaire et se fortifient du signe de la Croix, faisant le signe du front à la poitrine, puis passant à la droite, et de la droite à la gauche, achevant là le signe de la Croix. Les mystères en sont les suivants : dans la descente, ils signifient la descente du Fils de Dieu sur la terre ; puis en passant à la droite, ensuite à la gauche, ils montrent que les choses éternelles, qui sont signifiées par la droite, doivent être préférées aux choses temporelles, qui sont comprises par la gauche. Ainsi les Ruthènes et les Moscovites ne terminent pas la Croix à droite selon notre manière, mais à gauche ; Innocent III, au livre 2 de la Messe, chap. 45, dit que le signe de la Croix doit être exprimé avec trois doigts, de sorte que de la partie supérieure on descende vers les inférieures, et que de la droite on passe à la gauche ; certains cependant produisent le signe de la Croix de la gauche vers la droite.

D’autres, en traçant sur eux la figure de la Croix, commencent par le front, qui signifie le Père ; lorsqu’ils descendent vers le ventre, ils signifient l’Incarnation du Christ ; puis, de la gauche à la droite, ils expriment la forme de la Croix, pour indiquer que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. J’ajoute encore un quatrième mode, que j’ai vu observé par les anciens : par cette observance, j’ai reconnu que cette manière de saluer était ancienne. Ils descendent du front, et de la main droite touchent d’abord la partie droite, puis la gauche, ensuite le ventre, et ayant levé la main ils l’étendent, et ainsi se forme la figure de la Croix. Parmi tous ces usages, il faut préférer le troisième mode, dont se sert l’Église catholique romaine et dans lequel elle se renferme plus pleinement dans ce mystère ; et parmi ceux qui le recommandent avant les autres, l’archidiacre de Geminiano, le cardinal Alexandre et Turrecremata dans le commentaire sur le Décret, Barthélemy Caffarelli dans le Catalogue de la Gloire du monde, première partie, considération 10, Nicolas Mongorgius dans le livre sur l’explication du code mosaïque, le Catéchisme romain, et saint Vincent dans le sermon 2 sur la Sainte Trinité, qui explique les mystères de ce signe. Jacques de Voragine avertit aussi…

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Dans les diadèmes des rois brillait ce signe, etc. Avant la venue du Christ dans la chair, le peuple de Dieu se distinguait des autres nations par certains signes : les uns dans la chair par la circoncision, qui lui avait été donnée pour le distinguer des autres ; d’autres dans les vêtements, par le fil d’hyacinthe aux angles des manteaux, Nombres chap. 15. Mais le peuple chrétien ne porte aucun signe corporel dans la chair ; il se distingue par le signe de la Croix tracé sur le front. Ce signe fut même transporté en public sur l’étendard militaire par Constantin ; car, ayant reçu du ciel cette voix : ἐν τούτῳ νίκα, c’est-à-dire, Par ceci tu vaincras, le signe de la Croix lui ayant été montré, il transféra l’image de la Croix dans le Labarum. Ainsi Eusèbe de Césarée, livre 1 de la Vie de Constantin, chap. 22, et livre 9 de l’Histoire ecclésiastique, chap. 9 ; Nicéphore, livre 7, chap. 37 ; Eutrope, et d’après lui Paul Diacre, livre 11 ; Sigonius, livre 2 sur l’Empire d’Occident, an 312 ; Zonaras, tome 8 au commencement ; Nazianze, dans la première oraison contre Julien et dans les commentaires sur celle-ci ; Nicétas Sertorius ; l’Histoire tripartite, livre 1, chap. 5 ; Lipse, livre 3 de la Croix, chap. 15 ; Cælius Rhodiginus, livre 6, chap. 11 ; Sozomène, livre 1, chap. 4 ; Ulisse Aldrovandi, livre 2 d’Ornithologie, chap. 2 ; Pierius Valerianus, livre 50 des Hiéroglyphiques ; Primasius, livre 4 sur l’Apocalypse.

Or le Labarum était un insigne, un étendard militaire, travaillé d’or et de gemmes étincelantes avec tant d’art qu’il était adoré par les soldats ; et c’était l’étendard propre des empereurs romains, qui était aussi appelé d’un autre nom le Flammeum d’or. Il y en avait un autre d’argent, que portait le Sénat. Un autre était appelé Centuriarum, porté par les classes, selon la loi d’Aldrovandi, au même endroit. Quant à la forme du Labarum, elle n’est pas connue de tous ; Ulisse Aldrovandi, observateur très exact non seulement des choses naturelles mais aussi de l’histoire morale, au livre 2 d’Ornithologie, chap. 35, dont le titre est Usage multiple en diverses choses autour du milieu, dit que dans tous ces étendards ou labara il y avait eu cette figure, ce que l’on peut voir clairement par les sculptures et les monnaies antiques. Sa forme était presque celle de nos étendards d’église, avec la Croix placée au-dessus et une triple frange pendant au-dessous. Cela est confirmé par ce que rapporte Végèce, livre 2, que les étendards tiraient leur nom des voiles des navires ; car les voiles pendantes aux antennes sont appelées vela, parce qu’elles sont poussées par le souffle du vent ; ainsi l’étendard est appelé flammula, qui n’était pas un grand étendard. Il semble que le nom même confirme cela : on appelait le Labarum flammeum, voile, et plus encore flammula, qui tire son nom de la flamme ; or la flamme se termine en pyramide ; de là on peut conjecturer qu’il y avait dans le Labarum une certaine forme pyramidale. Enfin cela est confirmé par le fait que certains étendards étaient appelés caudata, c’est-à-dire à queue, comme le dit Appien, livre 2 ; il dit qu’un étendard à queue fut envoyé à Scutiferus sur l’ordre de César Octavien, parce qu’il déployait la queue de l’étendard ; lis Wolfgangus Lazius, livre 7, Commentaires sur la République romaine.

Cependant, d’autres pensent plutôt que le Labarum des empereurs romains était un étendard quadrangulaire ; les marbres et les sculptures du Capitole l’expriment ainsi, de même que des monnaies antiques, dont plusieurs sont rapportées par Lipse, livre 3 de la Croix, chap. 15. Il existe une monnaie d’argent de l’empereur Valentinien, où d’un côté est sculpté Valentinien, et de l’autre un porte-enseigne tenant de la main droite un étendard quadrangulaire, autour duquel sont inscrits ces mots : Virtus exercitus. Or on écrit que Constantin…

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introduisit la Croix dans le Labarum de telle sorte que non seulement le Labarum fût marqué de la Croix, mais encore qu’au sommet de la hampe fût dressée une Croix ornée d’une couronne royale ; puis il y ajouta une Croix décussée à la manière du χ des Grecs, sur laquelle était inscrit le P grec, de telle sorte que cela signifiait le Christ ; ainsi Eusèbe de Césarée, dans la Vie de Constantin, chap. 25, dit qu’une haute hampe entourée d’or, ayant une traverse formée en croix, portait au sommet, admirable entre toutes, une couronne enrichie de pierres précieuses et d’or, près de laquelle était fixé le symbole du nom salutaire, deux lettres exprimant le nom du Christ par les premiers caractères, la lettre grecque P étant traversée par le χ ; d’où cette aile d’or que Prudence comprend dans son poème adressé à la ville de Rome, parlant du Christ : « Sous ton commandement, ô Reine, il est nécessaire que mes enseignes soient marquées ; l’image de la Croix, soit qu’elle resplendisse de gemmes, soit qu’elle brille d’or massif, doit être portée sur les hampes. » C’est pourquoi le même Prudence chante avec sagesse que le Labarum fut marqué du nom du Christ.

« Le Christ marquait de pourpre tissée d’or les enseignes du Labarum ; le Christ était inscrit sur les boucliers ; et sur les casques étincelants la Croix était jointe au Christ. »

Ce miracle est rapporté en grand détail par les historiens anciens, Nicéphore, livre 7, chap. 37 ; l’Histoire tripartite, livre 1, chap. 5 ; Eutrope et d’après lui Paul Diacre, livre 11 des Histoires. Et il fut très vrai que le Labarum marqué de la Croix ne fut jamais atteint par les traits des ennemis. En ce lieu j’aime joindre les paroles remarquables de Nicéphore : « Ainsi donc, dit-il, l’enseigne étant portée, et les porte-enseignes exposés aux périls et aux attaques des ennemis, et frappés par les projectiles lancés contre eux, lorsque Constantin l’entourait, Maximien donna ordre à ses soldats que, quels que fussent ceux qui visaient et lançaient des traits, ils jetassent leurs javelots sur ce signe, et qu’ils le frappassent aussitôt avec un élan ardent. C’est pourquoi ceux qui le portaient (je parle, dit-il, selon la vaine superstition grecque) étaient en péril ; d’autres étaient aussitôt mis à mort ; et là un autre, fils d’un père martyr, ayant été frappé d’un trait, et longtemps porté à l’épaule, déposa l’enseigne de la Croix. Mais celui qui avait auparavant été blessé reçut aussitôt la santé. Ceux donc qui portaient le saint signe de la Croix, bien que d’innombrables traits fussent lancés contre eux, ne furent pourtant blessés en rien. Car, contre toute attente, par une certaine vertu, non d’eux-mêmes, mais envoyée d’en haut, les traits lancés par ceux qui le portaient, au milieu même des armes, se détournaient. On dit que, par la faveur de Dieu, cela fut accordé aux amants du Christ, qu’à aucun autre temps celui qui avait lancé un trait contre ce signe n’échappait à quelque malheur, mais qu’il était blessé ou pris. » Voilà ces choses.

L’usage du Labarum marqué de la Croix du Christ, et même de son nom, se manifesta aussi chez d’autres empereurs après Constantin. Julien cependant tenta de le renverser et d’ôter du Labarum le nom du Christ, comme il effaça la Croix de ses monnaies, Histoire tripartite, livre 6, chap. 30. Nazianze le réprimande à ce sujet dans la première oraison contre Julien. Avec quelle audace il fit en sorte que cette grande enseigne fût portée contre les Perses, qui jusqu’alors avait été magnifiquement honorée par le signe de la Croix, et que le Labarum, éclatant d’or chez les Latins comme l’insigne du principat, fût ainsi exposé aux injures, ayant toutes les enseignes, tant impériales que militaires, décorées d’images et de figures sculptées, agitées au vent par les courroies attachées aux hampes, offrant aux yeux un spectacle à la fois éclatant et terrible.

Et ce ne fut pas seulement le Labarum que Constantin marqua de la Croix,

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c’est pourquoi Prudence chante contre Symmaque : « Le Christ était inscrit sur les boucliers, et la Croix jointe au Christ brillait sur les casques. » Nicéphore atteste lui-même cela au lieu cité plus haut.

Ce fut encore un signe d’ardente foi et de piété impériale qu’il fit ériger des croix d’or sur des colonnes de marbre aux extrémités, lesquelles furent ornées de miracles très éclatants et décorées de très grands honneurs ; au point que, même après de longues années, elles étaient, en certains temps, saluées par des Anges. On lit que Nicéphore écrit cela, livre 8, chap. 32. Je rapporterai ici ses propres paroles : « Tandis qu’il priait avec les Anges et qu’un très grand silence s’était fait autour de lui, soudain une certaine lumière céleste brilla d’une splendeur ineffable, et une Croix apparut environnée d’une couronne, produisant un parfum, et une voix se fit entendre comme un indice divin annonçant que ceux qui auparavant avaient abominé ces choses comme contraires à la vie, étaient désormais aptes à les voir et à les entendre ; et là où un hymne divin était chanté d’une voix ineffable, il vit celle-ci resplendir magnifiquement comme une étoile, puis retourner vers le palais. » Voilà ses paroles.

De là vient que la Croix est appelée par les sages le bois béni. Bien plus, elle est appelée μονοξύλον, c’est-à-dire bois très bienheureux, par Jean Damascène ; et véritablement bienheureux, par lequel nous aussi sommes rendus bienheureux, et duquel nous puisons la vraie vie. Considérant cela, le très sage empereur Constantin interdit par édit public le supplice de la Croix. Il ne voulut plus que la Croix fût instrument de mort, elle qui avait été pour nous l’auteur de la vie ; ni qu’elle infligeât un supplice, elle qui avait effacé les peines ; ni qu’elle fût tenue pour un opprobre, elle qui avait été consacrée au Christ ; c’est pourquoi il abolit le supplice de la Croix. Cela est attesté en ce lieu par Eusèbe dans la Vie de Constantin et livre 9, chap. 9 de l’Histoire ; l’Histoire tripartite, livre 1, chap. 5 ; Cælius Rhodiginus, livre 5 ; Sigonius, livre 2 sur l’Empire d’Occident, an 312 ; Nicéphore, livre 7, chap. 46 ; Zonaras, tome 3, Annales sous Constantin ; Eutrope et Paul Diacre, livre 2 ; Bède, livre 2 ; Sozomène, livre 1, chap. 8 ; et Augustin, sermon 18 sur les paroles du Seigneur.

À cette contemplation religieuse et digne, que le lecteur soit ajouté. L’acuité, l’efficacité et l’artifice de cette amplification de Cicéron dans le discours contre Verrès, où il décrit un père et un fils conduits ensemble à la mort, semblent bien moindres, lorsqu’il peint ce lugubre spectacle pour fléchir les juges à la piété, où tout était plein de douleurs, de gémissements des amis, de larmes des parents, et où il semblait que la mort du père, si elle devait être, fût moins cruelle que celle du fils. Mais quelle amplification, quelle préparation pourrait égaler ce spectacle horrible, où, tandis que le Christ est conduit à la Croix, le cœur de la Mère est transpercé par le glaive de la douleur ? En ce spectacle digne de compassion, en cet appareil terrible de mort, en cette amertume suprême, que Laurent Justinien considère, livre du Triomphe de l’Agneau, chap. 21, disant : « La Mère se tenait près de la Croix, ou plutôt son cœur ne pouvait s’en détacher ; des voix de lamentation, des pleurs amers, des soupirs profonds jaillissaient ; son visage pâlissait sous le poids de la douleur ; des larmes coulaient en flots ; tantôt elle élevait les yeux vers son Fils très cher, tantôt elle contemplait les plaies, les trous des mains et des pieds, et parcourait un à un les membres de son corps, et la vue renouvelait sa douleur. Le Fils était attaché à la Croix par la douleur, la Mère par l’amour ; le Fils pendait devant les yeux de la Mère ; le cœur de la Mère pendait intérieurement à la Croix, enlevé avec le Fils. » C’est pourquoi les Pères ont amplifié ce lugubre spectacle. Bernard, dans le traité sur la Passion, chap. 10 : « Qui pourrait contenir la passion d’une mère, une compassion si grande, les larmes coulant en torrent, le gémissement sortant d’un cœur brisé, la voix haletante, les forces du cœur défaillantes, voyant son Fils suspendu ? Chaque fois qu’elle le regardait…

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levant vers lui des yeux pleins de larmes, elle défaillait presque ; tantôt, comme si elle eût voulu retenir le flot de ses pleurs, elle se maîtrisait. Bernard dit cela ; mais cette double Croix du Christ, l’une intérieure provenant de la douleur de la Mère, l’autre extérieure provenant de l’angoisse du supplice, il l’exagère encore. Et Laurent Justinien, au lieu cité plus haut, considère la Croix intérieure de la Mère en disant : « Le très illustre miroir de la Passion du Christ était le cœur de la Vierge, image de la mort même et parfaite. En lui se reflétaient les épines, les clous, les coups et les plaies de la Rédemption ; la vie du Christ était comme la vie de Marie ; le Christ vivait en Marie, et Marie vivait en Christ ; et tous deux étaient comme suspendus avant même que l’un et l’autre ne le fussent. » Voici comment la parole de la Synagogue s’accomplit à la lettre : avant que la vie ne fût suspendue, on ne croyait pas qu’elle le serait ; mystiquement, ce qui est dit de la première partie se rapporte au Christ, ce qui est dit de la seconde à Marie.

Que la Croix ait été présente dès la naissance, la bienheureuse Vierge l’a confessé, prévoyant même dans le Christ victorieux les tourments futurs, surtout par la plus grande douleur ; cela est attesté par la bienheureuse Brigitte, livre 1 des Révélations, chap. 10, livre 6, chap. 58 et 59. Car dès l’enfance elle pressentit les douleurs du Christ ; l’Ange le révéla à Brigitte dans l’oraison appelée Angélique, sermon 6, leçon 1, que la bienheureuse Vierge confirma dans la purification de Siméon. C’est pourquoi la bienheureuse Brigitte s’adresse ainsi à elle, livre 6 des Révélations, chap. 57 : « Chaque fois que je regardais mon Fils, chaque fois que je l’immolais en mon cœur, chaque fois que je voyais ses mains et ses pieds, mon âme était comme absorbée par une nouvelle douleur ; et je pensais comment il serait crucifié. »

C’est pourquoi, après tant de martyres, il est dit d’elle : « Des choses glorieuses ont été dites de toi, Cité de Dieu » ; et « Des choses glorieuses ont été dites de toi, Vierge Marie ». Glorieuses, certes, non celles que l’on voit, mais celles qui sont dites de l’amère Passion de la Vierge ; celles-là pourtant qui ont été suivies d’une Passion si grande et si glorieuse. Ô combien magnifique, ô combien glorieuse fut pour la bienheureuse Vierge la Croix du Christ ! La bienheureuse Brigitte le montre, livre 1 des Révélations, chap. 27, disant que dans la mort du Fils son propre cœur fut transpercé de cinq lances ; et livre 1, chap. 10, et livre 4, chap. 70 : « Lorsque le soldat perça le Christ de sa lance, la bienheureuse Vierge sentit la douleur de la lance, comme si son propre cœur eût été transpercé. » Mais en cela elle fut glorieuse, qu’elle fut martyre, et plus que martyre ; ainsi le Christ lui-même, selon la bienheureuse Brigitte, livre 1 des Révélations, chap. 52, s’adresse à elle : « Je rends témoignage, dit-il, que tu as été plus que martyre dans ma Passion. » C’est pourquoi les Pères ont à bon droit appelé la bienheureuse Vierge plus que martyre ; saint Jérôme dans le sermon sur l’Assomption de la bienheureuse Vierge, Bernard dans le sermon sur le grand signe, Anselme dans le traité sur l’excellence de la Vierge, chap. 4, saint Ildefonse dans le sermon 2 sur la bienheureuse Vierge, le bienheureux Laurent Justinien dans le Triomphe de l’Agneau, chap. 18, saint Éphrem appelle la bienheureuse Vierge l’honneur même des martyrs. Enfin on dit très glorieusement de la bienheureuse Vierge, selon la bienheureuse Brigitte, livre 1 des Révélations, chap. 35 : « La douleur du Christ était ma douleur, parce que son cœur était mon cœur. Comme Adam et Ève vendirent le monde pour une seule pomme, ainsi mon Fils et moi avons racheté le monde comme avec un seul cœur. » Ce que considérant Lanspergius, homélie 45 sur la Passion du Seigneur, disait : « Il a voulu que la Mère du Christ fût blessée de douleurs, afin que par celles qu’elle souffrait extérieurement, elle fût blessée intérieurement, et qu’elle participât à la Passion du Christ, à notre Rédemption, et en fût coopératrice. » Ce qui, pieusement et dûment entendu, montrera que, comme la dignité de la Mère excelle tant, ainsi la somme de toute notre Rédemption est attribuée au précieux sang du Christ.

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Alphonse Paleotti,
Archevêque Illustrissime
de Bologne,

Explication de la Sainte-Suaire.

Des différentes manières dont les flagellés étaient frappés par les fouets, eux qui étaient destinés au supplice selon les lois.
Description complète des plaies du Sauveur imprimées sur la Sindone ; et du Christ tout entier lié à la colonne et déchiré par les fouets.

Chapitre V

Afin d’exposer avec précision la raison pour laquelle le Christ fut flagellé et livré injustement, il faut d’abord rappeler que les Romains avaient coutume, lorsqu’ils destinaient quelqu’un à la crucifixion, de le frapper auparavant de verges ; comme saint Jérôme le rapporte en ces termes : « Selon les lois des Romains, celui qui devait être crucifié était d’abord battu de verges, ce qui était aussi pratiqué chez les Hébreux : les condamnés étaient flagellés et frappés. »

Quant aux hommes libres, il n’était pas permis de les battre de verges, ni même de les frapper, comme le rapporte Macrobe ; mais les autres étaient frappés de verges en cas de faute légère, et, pour des fautes plus graves, de fouets. Or le Seigneur Christ, bien qu’il ne fût pas coupable, subit cependant la flagellation, et même avec une plus grande ignominie, comme l’atteste Cælius Rhodiginus : « Les fils des hommes libres, dit-il, sont battus de verges ; les esclaves sont frappés de fouets, parce qu’ils ont commis des fautes plus graves. » On ne frappait pas sans motif ni sans jugement ; mais on frappait pour des fautes légères.

Pilate usa donc de cette coutume, dans le dessein de pousser le Christ à la mort frappé de fouets ; Je le corrigerai, dit-il, et je le relâcherai.

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À ce dessein, saint Jean l’Évangéliste rend foi. Ensuite Pilate cherchait à le relâcher, comme l’enseigne toute l’école des Pères, et particulièrement Jean Chrysostome : « Pilate le flagella, dit-il, peut-être afin qu’ainsi, la fureur des Juifs étant apaisée, il pût ensuite le relâcher. »
Saint Cyrille dit la même chose : « Il pensait, dit-il, pouvoir ainsi apaiser le peuple des Juifs, afin que celui qui n’avait aucune faute ne fût pas vu souffrir injustement sous leurs yeux. »
D’autres Pères et Docteurs tiennent pareillement ce sentiment.

Mais chez les Hébreux, le nombre des coups était fixé à quarante, comme nous le lisons dans le Deutéronome. Chez les Romains, en revanche, aucun terme certain n’était prescrit aux coups ; c’est pourquoi les Juifs impies, exerçant sur le Christ innocent leur très cruelle sauvagerie, firent en sorte qu’il fût frappé de fouets selon la coutume des Romains. De cette manière, saint Jérôme rapporte que « le Seigneur fut flagellé selon la loi des Romains ». C’est pour cette raison que le Sauveur fut déchiré par d’innombrables coups de fouet.

Or Job, inspiré par l’Esprit divin, l’avait prédit lorsqu’il dit : « Ils ont multiplié mes plaies sans cause. » Et ailleurs : « Ils ont ajouté plaie sur plaie. »

Mais cette occasion excellente, née du texte, ne doit pas être omise : ce n’est pas sans raison que nous produisons cette prophétie de Job dans ce livre, puisqu’il représentait la personne à la fois du prophète et du Christ. En effet, comme le rapporte saint Grégoire, il fallait que le bienheureux Job, celui que tu entends parler, figurât par sa vie et par ses paroles celui qui devait souffrir, et qu’il annonçât d’autant plus véritablement les mystères de sa Passion qu’il prophétisait non seulement en parlant, mais en souffrant. Ailleurs encore, il confirme cela tout entier, examinant l’interprétation d’un tel nom : Job signifie « celui qui souffre » ; et il déclare par qui celui-ci est pleinement exprimé, lui qui a véritablement porté nos douleurs. « Job, dit-il, a figuré les souffrances de notre Rédempteur et de son corps par sa Passion et par son nom. » En effet, Job signifie « souffrant » ; et qui d’autre est figuré dans Job souffrant, sinon Celui dont il est écrit : « Vraiment, il a porté nos langueurs et s’est chargé de nos douleurs. » Ailleurs encore, il parle dans le même sens. Et non seulement lui, mais plusieurs autres tiennent ce même avis. Ainsi, lorsqu’on voit si souvent cité le témoignage de Job, il a fallu s’appuyer sur l’autorité des Pères. Et qu’il suffise d’avoir dit cela.

Cette manière si nombreuse et si cruelle de flageller, et la façon dont elle fut exercée sur le corps du Christ, David l’exprime en ces paroles : « Ils ont ajouté à la douleur de mes blessures…

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Ils ont rassemblé contre moi les fouets, et ils ne le savaient pas.

Mais les Juifs surtout s’efforcèrent ici, afin que, pendant qu’on le flagellait, le Christ lui-même fût mis à mort, comme, d’après les témoignages d’Ulpien et de Cælius Rhodiginus, il arrivait fréquemment que plusieurs mourussent sous les coups de fouet.

C’est pourquoi, comme il apparaît clairement par l’exemple, il fut frappé de si nombreux coups de fouet qu’aucune partie de son corps ne demeura intacte, ce qui pouvait grandement servir à émouvoir la douleur intérieure de l’âme et à faire jaillir d’abondantes larmes chez tout homme, même au cœur dur. Saint Bernard, contemplant cela, disait : « Le corps tout entier était tellement meurtri par les coups que, de la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il ne restait en lui aucune partie saine. »

Or cette effigie, cette image presque informe, que l’on reconnaît dans la sainte Sindone, il apparaît très clairement qu’elle fut annoncée longtemps auparavant par divers oracles des Prophètes, selon la manière dont elle devait exister dans le Sauveur. En effet, Isaïe dit : « Il n’a ni beauté ni éclat ; nous l’avons vu, et il n’avait ni apparence ni grâce ; nous l’avons tenu pour un lépreux. »
Job aussi : « Mes membres ont été réduits comme à rien. »
Jérémie également l’expliqua dans sa prophétie.

Et dans l’aspect de la sainte Sindone, en cette universalité des peines exprimée dans le corps du Christ, apparaît ce que Dieu prescrivit à Moïse lorsqu’il dit : « Prends pour toi des aromates d’odeur agréable, réduis-les en une poudre très fine, et place-la devant le tabernacle du témoignage, où je t’apparaîtrai. »

Car, à cause des très petites plaies si souvent répétées dans ce corps divin, bien qu’aucun dommage ni perte ne fût causé à la Divinité — comme celui qui frapperait un arbre où se tient le soleil ne porterait aucun mal au soleil, ainsi que le rapporte saint Jean Damascène — cependant l’humanité elle-même fut presque réduite en poussière ; et elle exhala vers le Père une très suave odeur. Et lorsque le Seigneur demeurait sur le tabernacle, c’est-à-dire sur la croix, car saint Damascène appelle tabernacles tous les instruments de la Passion, comme les clous, la lance, et même la croix elle-même, en produisant le témoignage de David : « Nous entrerons dans ses tabernacles », il apaisa la colère du Père excitée contre le genre humain, et l’abolit entièrement, accomplissant ainsi la prophétie d’Habacuc — non certes en affaiblissant la toute-puissance, mais en la satisfaisant pour nous tous — par ces coups que la rage cruelle d’autrui lui infligea.

Or cette flagellation répétée fut faite à la colonne ; car c’est ainsi qu’on avait coutume de frapper les condamnés, comme nous l’avons clairement appris de Plaute, qui met en scène un magistrat ordonnant que le coupable soit battu de verges, en disant : « Emmenez-le d’ici à l’intérieur, et attachez-le fermement à la colonne. »

La même chose, rapportée par Eusèbe en citant Philéas, nous l’apprenons : les tyrans attachaient les martyrs à certaines colonnes…

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 les bras tordus, ils le laissèrent lié. D’où il advint que le Christ imprégna de son sang la colonne ; ainsi en effet, selon le témoignage de saint Jérôme, et non sans l’autorité de Grégoire de Tours, Jérusalem, dans la ville, montre encore aujourd’hui la colonne. Et ce ne fut pas d’une seule partie que le Christ fut labouré par les fouets et accablé de douleurs, mais aussi de l’autre, ce qui est manifestement démontré par la Sindone sacrée, puisque de l’une et l’autre partie elle apparaît teinte de sang ; ce qui offre un très clair indice que le Sauveur fut frappé des deux côtés par les fouets — ce qu’on ne pourrait pas aisément estimer vrai, puisque les saints Évangiles n’ont fait aucune mention qu’il ait été frappé des deux côtés ; cependant les signes de la flagellation apparaissent manifestement dans la Sindone.

Et bien que cela puisse être confirmé sans difficulté par le témoignage de saint Cyrille ; car il dit : “Il fut flagellé des deux côtés…” »

« Le Sauveur fut livré aux liens tenaces, comme l’avait annoncé Ézéchiel plusieurs siècles auparavant : “Et toi, fils d’homme, voici, on mettra sur toi des liens, et tu seras lié.” Ainsi Samson aussi fut livré aux Juifs, enchaîné, lié, et remis au pouvoir des Philistins ; nous lisons dans le livre des Juges : “Les hommes de Juda saisirent Samson et le livrèrent aux Philistins.” »

Quelle cruauté les soldats très impies exercèrent contre le Christ pendant la flagellation, et parmi les autres tourments par lesquels il fut encerclé et accablé, la Sainte Sindone recueillie nous l’enseigne elle-même ; de là il apparaît combien ces choses furent nombreuses, et combien elles s’accordent avec celles qu’Alexandrinus Ammonius a consignées dans les monuments anciens, lorsqu’il écrivit en ce sens : “Jésus fut mis à mort par les coups de fouets, une couronne d’épines fut enfoncée sur sa tête, et il fut frappé à la joue droite ; des plaies lui furent infligées, et le Roi des Juifs fut livré aux soldats pour être tourné en dérision.” »

« D’ailleurs, pieux lecteur, en méditant toutes ces choses, en considérant le spectacle si nouveau de tant de plaies, rappelle-toi en même temps comment le Roi des rois, par ses paroles, donna la mort au premier-né, et le frappa de sang ; et combien cela fut en effet le commencement du sacrifice à accomplir ; ces mêmes rois pourtant, qui auparavant l’offensaient par une injure commune, et le tenaient pour rien dans leur esprit, doivent davantage se souvenir du spectacle si nouveau du Fils du Roi suprême, afin de provoquer tous à la miséricorde ; et cela d’autant plus que, pour chasser l’impiété et pour procurer aux hommes le salut, il offrit une vertu plus forte que la mort du sacrifice ; et, parce qu’il pouvait suffire à lui seul, il l’accomplit. De là, tournant son âme vers la Bienheureuse Vierge, il contemplera plus profondément l’âme… »

Mais le lecteur pieux, méditant toutes ces choses et contemplant l’image universelle de tant de saintes plaies, pourra rappeler à son esprit le spectacle des blessures, et même de la mort, que le roi des Moabites infligea au fils premier-né, qu’il immola et aspergea de sang ; ce qui, bien que ce fût le signe d’un sacrifice impie, émut néanmoins profondément les trois rois qui l’assiégeaient. Combien plus doit émouvoir le spectacle du Fils du Roi suprême, qui s’offre lui-même, afin de porter tous à la miséricorde ; et d’autant plus fortement que, par sa mort, il offrit au Père un sacrifice non impie ni dépourvu de vertu, mais très saint et pleinement suffisant, par quelque raison que ce soit, pour le salut de tout l’univers.

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De là, se tournant vers la très bienheureuse Vierge, et la contemplant, tandis qu’assistait à la flagellation de son Fils nouveau-né, comme le rapportent saint Anselme et sainte Brigitte ; elle méditait les coups cruels qui transperçaient son cœur, d’où elle pouvait s’écrier : « Mes plaies ont été multipliées. »

Puis elle méditait encore, lorsque, mort et descendu de la croix, il fut placé dans son sein, et que toutes ces innombrables plaies, imprimées dans la sainte Sindone, elle les contemplait ; elle pouvait alors dire avec le Sage : « Il a fait de moi une merveilleuse désolation. »

Car toutes les douleurs infligées à son très saint Fils se rassemblaient en une seule en elle, et les afflictions devenaient plus véhémentes ; ainsi la sainte Vierge devait être prise en pitié, et elle offrait elle-même à ses serviteurs matière à de salutaires larmes.

Du frère
Daniel Mallonius,
Éclaircissements sur la flagellation

chapitre V

Dans ce spectacle lugubre, des gouttes de sang étaient tirées du corps du Christ ; les larmes du cœur pressaient d’abondantes larmes ; et le cœur ne pouvait contenir ce que le Christ souffrait dans la flagellation ; les gouttes de sang se répandaient, jaillissant des blessures, se mêlant aux larmes de la Mère, enflant les yeux baignés de pleurs.

Il y avait là une douleur telle que jamais auparavant le Christ n’avait annoncé à ses disciples sa Passion avec plus d’insistance, disant : « Le Fils de l’homme sera livré aux païens pour être flagellé et crucifié. »

Le Christ était un grand froment à broyer et à écraser ; tombant en terre pour porter du fruit. C’est pourquoi la flagellation du Christ fut très terrible, comme si le Christ…

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l’avait prédit, disant : Ma trituration est proche ; dans la flagellation en effet le froment est broyé, là l’aire de l’humanité est battue et l’aire est purifiée.

I. De la certitude de la flagellation du Christ et de sa manière. Que cette coutume ait existé chez les Romains, à savoir que celui qui devait être crucifié fût d’abord meurtri par les fouets, outre les auteurs cités, nous en avons encore d’autres certains ; bien plus, que cette coutume ait passé des Grecs aux Romains, cela est transmis par des auteurs très clairs, comme le rapporte Cælius Rhodiginus, livre 10 des Leçons antiques, chap. 5 ; bien que Cælius rapporte aussi au même endroit que par Tarquin furent inventés les taureaux d’airain, les lanières, les nerfs et autres instruments de ce genre pour infliger le supplice. Il est donc juste de suivre l’autorité du bienheureux Jérôme, auteur très sage, sur ce point, que le Christ fut flagellé parce qu’il devait être crucifié, et qu’il offrit en quelque sorte la cause de la flagellation. Et certes à bon droit le cardinal de Tolède, au chap. 19 de Jean, dans sa première annotation, reprend Jérôme, comme s’il n’avait pas connu d’autre cause de la flagellation du Christ sinon qu’il devait être crucifié ; bien moins encore peut-il reprendre l’auteur qui a suivi l’autorité de Jérôme ; car lorsque le bienheureux Jérôme dit : Il faut savoir que, selon les lois des Romains, il était établi que celui qui devait être crucifié fût d’abord battu de verges, cela ne doit pas être entendu comme s’il n’y avait absolument aucune autre cause de flagellation, sinon celle-ci, mais que, puisque le Christ fut livré par les Romains à la Croix, nous savons avec certitude que sa chair fut d’abord meurtrie par les fouets.

2. Mais les uns, à cause du mérite de leurs fautes, etc. Ici est posée la différence de la flagellation : les uns en effet étaient frappés de lanières ou de fouets, comme les esclaves ; les autres de verges et de bâtons, comme les hommes libres. De là viennent les mots fustigation et flagellation. La chose est suffisamment prouvée par les auteurs, de sorte que pour confirmer la vérité historique il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit, bien que pour l’ornement on puisse citer Cicéron dans le Pro Rabirio, loi Porcia : « Les verges ont été éloignées du corps de tous les citoyens romains », et Paul Diacre, livre 2 des Histoires ; Bède, livre 2 ; Sozomène, livre 1, chap. 8 ; et Augustin, sermon 18 sur les paroles du Seigneur.

Platon dit : « Les hommes mauvais sont battus comme des bœufs intelligents », Térence dans l’Adelphes. « Ils sont conduits à la mort par les lanières », Horace, Satires, livre 1, satire 3. « Ni même la hache n’est horrible ; mais plutôt le fouet. » De là l’Apôtre Paul, comme citoyen romain, dit qu’il fut battu de verges, non de fouets ; c’est pourquoi dans les Actes 22, lorsque le tribun ordonna que Paul fût flagellé, Paul dit : « Est-il permis de flageller un citoyen romain, et non condamné ? » Où il faut noter ce mot non condamné, c’est-à-dire non condamné à mort ; car les Romains, ceux qui étaient condamnés à mort et privés de la vie, étant dépouillés de ce privilège civil, étaient flagellés ; mais bien que l’autorité de tant de docteurs confirme que cela était ainsi, à savoir que les esclaves fussent frappés de fouets, les hommes libres de verges, je trouve cependant que même les esclaves étaient souvent frappés de bâtons et de verges. Macrobe, au livre 1 des Saturnales, chap. 10, écrit ainsi : « Astronomus Maximus fut battu de verges », et non, dit-il, flagellé. Cicéron le dit plus clairement au livre 1 de la Divination : « Le serviteur, dit-il, lorsqu’il était frappé de verges autour du cirque, fut pendu à la fourche. » Arnobe, livre 7 contre les Gentils, dit que le serviteur méritant la mort fut conduit au milieu du cirque et battu de verges.

Bien que ces choses soient ainsi, l’autorité des docteurs peut cependant valoir en ce sens que, bien que pour une faute légère les esclaves fussent parfois frappés de verges, les hommes libres cependant n’étaient jamais battus de fouets, sinon pour être mis à mort au patibule. Mais en ce lieu certains offrent matière à doute : pourquoi les esclaves, qui sont le plus souvent corrigés par des bâtons, et qui ont coutume d’être particulièrement redoutés des verges et des bâtons, seraient-ils frappés non de bâtons, comme d’une peine ordinaire, mais plutôt de fouets ? Et en vérité il semble plus honteux et plus vil de tomber sous les verges. Quant à ce qu’ils…

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avaient coutume, étant esclaves, de craindre pour eux les bâtons, notre exemple nous l’enseigne en ce lieu d’après Justin, historien des Scythes, livre 2, que je rapporterai brièvement et avec la plus grande clarté, sans rien changer. « Lorsque les Scythes, dit-il, dans la troisième expédition d’Asie, après s’être absentés sept ans loin de leurs épouses et de leurs enfants, furent reçus par leurs esclaves armés, qui, ayant longtemps attendu le retour de leurs maîtres, et ne tenant pas encore la guerre pour terminée, mais croyant qu’ils étaient morts, avaient pris les troupeaux laissés à leur garde et, devenus leurs maîtres, s’étaient avancés contre eux armés ; comme ils avaient remporté diverses victoires, les Scythes furent avertis de changer de manière de combattre, de se souvenir qu’ils ne devaient pas lutter contre des ennemis, mais contre des esclaves, et qu’ils devaient vaincre non par les armes, mais par le droit de leurs maîtres ; qu’ils prissent des verges en place d’armes, non des traits ni des épées, mais des verges et des fouets, et autres instruments propres aux esclaves. Ce qui, ayant été exécuté, comme cela avait été prescrit, lorsqu’ils s’avancèrent contre les ennemis, les coups inattendus les frappèrent de terreur, à tel point que ceux que le fer ne pouvait vaincre furent vaincus par la peur des verges, et s’enfuirent non comme des ennemis, mais comme des esclaves fugitifs. » Voilà ses paroles. Pourquoi donc les fouets furent-ils plutôt décrétés pour les esclaves ? À mon avis la cause est que les fouets infligent un tourment plus acerbe que les bâtons, et que la fustigation est plus tolérable que la flagellation ; car les fouets, par cela même qu’ils s’étendent et s’attachent à la chair, la lacèrent, la fendent et la déchirent davantage ; c’est pourquoi les ecclésiastiques disent : Faire les plaies plus larges avec des fouets. Horace, livre 1, Sermon 2 : « Horrible à supporter est le fouet. » C’est pourquoi Ulpien, livre 8 des Peines, dit : « Par l’inhumanité des maîtres, beaucoup périrent sous les fouets », ce qui arriva souvent, comme l’enseigne Cælius Rhodiginus, livre 10, chap. 5, et Nicéphore, livre 1, chap. 3. Il appelle les flagellateurs des bourreaux sanguinaires. Dans la confession de la foi chrétienne, les très saints Martyrs fortifièrent leur âme par l’assaut des fouets, comme l’enseigne Antoine Gallonius, livre des saints Martyrs tourmentés, chap. 4 : Sébastien, Jules le Sénateur, Eusèbe, Vincent, Pérégrin, Sabbatius, Maxime la Vierge, et beaucoup d’autres hommes des deux sexes.

Mais celui qui n’était nullement destiné à la mort, etc. Voici une autre cause de la flagellation, à savoir qu’elle se fait pour correction : car non seulement ceux qui devaient être crucifiés étaient flagellés, mais aussi ceux qui avaient commis quelque autre crime grave qui ne méritait pourtant pas le supplice suprême, étaient battus de verges. Ce genre de peine tend surtout à la correction : Aristote, au livre 2 des Morales à Nicomaque, chap. 3, dit que les peines sont comme un certain remède ; et au livre 1 des Rhétoriques, chap. 10, il distingue la peine selon que la peine de celui qui la subit est une grâce, ou que la vengeance de celui qui la fait est accomplie. Et cela est d’autant plus vrai que même chez ceux qui sont punis de peine capitale, leur peine a raison de médecine, lorsque l’homme, qui est une partie de la République, est puni de mort, afin que les autres citoyens soient exempts, et que par la punition d’un seul, tout le corps de la République soit guéri. Je sens qu’on peut ici objecter avec finesse : si le Christ fut flagellé pour correction, sa flagellation ne fut donc pas si dure, comme on a coutume de le dire. À cette objection aiguë et solide on peut répondre que la malice obstinée des Juifs rendit plus cruelle la flagellation qui, appliquée par Pilate pour correction, aurait dû être plus légère ; mais les ministres corrompus par l’argent la rendirent très acerbe, de sorte qu’excités par l’argent reçu, ils auraient tué le Christ sous la flagellation, ou du moins l’auraient si maltraité que, même relâché par Pilate, il n’aurait pu survivre longtemps. Ainsi ces choses se concilient : que la flagellation fut donnée pour correction quant à l’intention de Pilate, et qu’elle aurait dû être plus modérée ; mais quant à la malice des Juifs, elle fut très cruelle.

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Pour cette cause Pilate, sur ce conseil, voulut arracher le Christ à la mort. Didacus Stella, au chap. 22 de Luc, dit que Pilate voulut délivrer le Christ de cinq manières : 1. par un changement de tribunal, lorsqu’il l’envoya à Hérode ; 2. par la purgation du crime, disant : Je ne trouve en lui aucune cause de mort ; mais Hérode non plus ne l’a pas renvoyé ; 3. par la peine de la flagellation : Je le corrigerai donc et le relâcherai ; 4. par la comparaison des personnes, opposant Barrabas, brigand et homicide, au Christ innocent ; 5. par le délai de la sentence, c’est pourquoi il demanda souvent : Que ferai-je du Roi des Juifs ? Antoine Panthéra, livre 5 de la Monarchie du Christ, chap. 22, dit que la cause fut que le Christ fût flagellé afin que, sa flagellation étant procurée, il ne fût pas crucifié. 5. Quant à la coutume chez les Hébreux. Dieu très miséricordieux, qui est prompt à faire miséricorde plutôt qu’à punir, lorsqu’il punit, punit selon la mesure du mérite, a fixé pour leurs flagellations un certain terme et une mesure ; c’est pourquoi, si un délit devait être puni qui cependant ne méritait pas la peine atroce de mort, il ordonna qu’il fût frappé de quarante coups, Deut. 25. Il faut noter quelques choses concernant cette flagellation. Premièrement, si une telle flagellation se faisait avec des bâtons ou avec un fouet ; car cela n’est pas déterminé dans la loi de Deut. 25. Dans les scolies des rabbins, dans le commentaire sur ce passage du Deut. 25, je trouve que la flagellation se faisait avec un fouet ; et cela me paraît très vraisemblable. Car puisque les coupables, selon la prescription de la loi, étaient couchés à terre et tenus étendus, cette flagellation paraît plus appropriée qu’avec des bâtons. Ensuite, comment ils étaient frappés : debout ou couchés, liés à une colonne ou non. Chez les païens, cela est assez manifeste d’après ce qui a été dit, qu’ils avaient coutume d’être flagellés liés à une colonne. Quant aux Juifs, Jérôme d’après Oleaster, dans le commentaire au chap. 25 du Deutéronome, dit que dans le traité des verges chez les Juifs il est établi que ceux qui devaient être frappés étaient liés par les deux mains à une colonne, et ainsi liés étaient battus. Mais nous avons dans ce cas un texte plus clair et plus ouvert, qu’ils étaient flagellés couchés à terre. Ainsi le texte l’exprime : « S’ils voyaient que celui qui a péché méritait des coups, ils le feraient coucher à terre et le feraient battre devant eux. » Ils étaient donc couchés à terre, comme l’enseignent la Glose ordinaire, Tostatus et Lyranus ; bien qu’il soit crédible qu’ils fussent liés à une colonne par une longue corde, de sorte qu’ils pussent être inclinés vers la terre, et qu’il n’y eût pas possibilité de fuite. De plus, pourquoi celui qui devait être frappé recevait-il quarante coups ? La réponse semble prête si quelqu’un dit que cela fut établi comme signe de clémence, afin que le nombre des flagellations ne croît pas à l’infini. Je réponds que dans le nombre quarante je ne sais quoi de mystique est contenu. Car le nombre quarante est le nombre de la pénitence, de l’affliction, de la douleur, des angoisses, des larmes, des plaies et des tribulations ; c’est pourquoi il est surtout approprié à la pénitence ; cela a été noté par les saints Pères : Jérôme sur Jonas 3 : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite » ; saint Ambroise, sermon 23 et livre de l’Arche et de Noé, chap. 13 ; saint Léon, sermon 4 de la Quadragésime ; saint Augustin, livre 2 de la Doctrine chrétienne, chap. 16 ; Chrysostome, homélie 25 sur la Genèse. C’est pourquoi les eaux du déluge inondèrent pendant quarante jours et quarante nuits ; aux Ninivites un délai de quarante jours fut accordé pour la pénitence ; au désert le peuple erra quarante ans ; Élie, fortifié par le pain cuit sous la cendre, marcha quarante jours et quarante nuits avant d’arriver à la montagne de Dieu, Horeb ; le Christ jeûna quarante jours et quarante nuits ; c’est pourquoi aussi l’Église a institué le temps des jeûnes selon le nombre quarante.

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Dans l’octroi des indulgences, on observe les quarante jours ; c’est pourquoi Dieu aussi a voulu user du nombre quarante dans la punition des délits. Saint Jérôme, dans son commentaire sur Jonas, dit que le nombre quarante est un nombre de clémence et d’apaisement. Saint Augustin, traité 17 sur Jean, dit que le nombre quarante indique une certaine plénitude de la loi et de l’observance des préceptes ; c’est pourquoi il relève dans l’année 38 les deux années manquantes au nombre quarante, par lesquelles sont désignés les deux préceptes de la Charité. Cependant, bien que le nombre quarante fût fixé pour les coups, néanmoins, en signe de clémence, on ne frappait que trente-neuf coups seulement, craignant de dépasser la limite prescrite. C’est pourquoi l’Apôtre, 2 Cor. 11, se glorifie d’avoir reçu pour le nom du Christ non cinq fois quarante coups, mais cinq fois quarante moins un. Tostatus cependant demande en ce lieu, q. 2, que faire si un grand délit était commis par quelqu’un, qui mériterait une peine moindre que la mort et plus grande que quarante coups ? Il répond que si le délit était très grand, on le frappait une fois de quarante coups ; puis on l’ajournait, et de nouveau on lui infligeait quarante coups ; ainsi est-il dit que cela fut fait à saint Paul, qui reçut cinq fois quarante moins un coups. Mais cette doctrine ne doit pas être admise. Car l’Apôtre, puisqu’il prêchait souvent contre le précepte des Juifs, fut aussi souvent frappé ; il fut pris cinq fois, et cinq fois battu ; et il ne faut pas expliquer qu’il fut battu cinq fois pour le même délit non répété ; mais cela peut aussi s’entendre ainsi : « J’ai été battu trois fois de verges », pour un seul délit, non répété, ou bien supposé. J’ajoute en outre que cette explication répugne au texte, où il est dit : selon la qualité du délit, on infligeait aussi le mode des coups. C’est pourquoi dans les écoles des rabbins on lit que parfois avec un fouet de veau, selon toutes ses forces, on frappait les coupables. Enfin, autour de ce même texte, il faut noter une variété de leçons : car là où l’édition vulgate porte : « Ton frère, s’il est déchiré, s’en ira », d’autres lisent « s’en ira » ; ainsi Tostatus sur Deut. 25 ; Ludovicus Granatensis, dans la méditation sur la flagellation du Christ, avec d’autres, comme Pagnin et Oleaster, lisent « qu’il ne s’endurcisse pas », c’est-à-dire que ton frère ne soit pas accablé de douleur ; mais le mot hébreu « nichlah » signifie ici être rendu vil ; d’où l’on peut commodément tirer ce sens : que ton frère, s’il est déchiré par les coups, ne soit pas rendu vil ou inutile d’un membre ; non qu’il encoure le péril de mort, mais plutôt celui d’une mutilation ou d’une infirmité d’un membre. C’est pourquoi on comprend par là qu’il était déchiré par les coups, ou rendu inutile par une double flagellation ; c’est pourquoi la leçon vulgate semble plus juste : « que ton frère, s’il est déchiré, s’en aille ». Enfin, à propos de ce lieu, j’observe que cette flagellation, selon le précepte de la loi, se faisait en présence du juge, afin que la présence du juge adoucît la sévérité des ministres. 6. Mais chez les Romains il n’était pas prescrit de nombre certain de coups. On peut penser en ce lieu que le Christ fut flagellé selon la loi des Romains. On demande ici si quelque adoucissement plus grave fut accordé au Christ, par cela même qu’il fut flagellé selon la loi des Romains et non selon celle des Juifs. Je réponds que la flagellation des Romains fut beaucoup plus cruelle que celle des Juifs, comme cela ressort de l’énumération des circonstances des deux flagellations. La flagellation des Juifs était déterminée…

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ne dépassait pas le nombre de quarante, et même, peut-être, n’atteignait pas le nombre parfait ; les Romains, au contraire, n’avaient fixé aucune limite à la flagellation et exerçaient la flagellation sans mesure. Ensuite, un licteur, chargé de l’exécution des châtiments, accomplissait la flagellation selon l’usage romain ; le juge ordonnait cela afin que la colonne dont il est parlé plus haut fût dressée ; c’est ce que Paulin rapporte, dans le livre Adnotata in Evangelia, disant : “Là se tenait la colonne très solide.” Il y avait là aussi des ministres, peut-être corrompus par l’argent, et le champ pour frapper était vaste.

Troisièmement, dans la flagellation des Juifs, un seul homme se tenait présent, qui flagellait ; cela se conclut de ce que le nombre des coups n’excédait pas le nombre fixé par les ministres. Mais, chez les Romains, beaucoup de ministres flagellaient. Cela aussi est confirmé par Plaute, dans les Adnotata, où il est dit que la colonne était solidement fixée par une multitude d’hommes ; plusieurs en effet étaient ministres : cela se vérifie surtout dans la flagellation du Christ, qui fut accomplie par plusieurs ministres, le frappant de nombreux coups. Nicéphore, livre I, chapitre 3, dit : “Le Christ fut livré par Pilate à des fouets sanglants.” Jean, chapitre 19, dit : “Alors Pilate prit Jésus et le fit flageller.” Il y avait des ministres, qui le flagellaient, le frappant de coups et lui tressant une couronne

Dans la loi des Romains, on déliait le coupable au milieu ; ou plutôt on le suspendait, comme on le déduit des Actes, chapitre 28 : “et ils le frappaient.” Or cela fut fait pour le Christ. Mais, dans la flagellation des Juifs, ils ne frappaient pas ainsi ; en effet ils le frappaient longtemps étendu à terre. Mais chez les Romains, on le liait à un arbre et on le frappait debout ; cependant, puisque cela était défendu chez eux à cause du danger de mort qui pouvait en résulter, cela semble avoir été institué comme un certain tempérament de la douleur. »

Car, dans la flagellation romaine, souvent les flagellés mouraient (ce qui n’était jamais véritablement fait dans la flagellation des Juifs).

Dans la flagellation romaine, les hommes étaient frappés nus ; mais chez les Juifs, ils ne frappaient pas les hommes nus. D’où l’on conclut combien grande fut la cruauté de la flagellation du Christ, puisqu’il fut flagellé selon la loi des Romains. »

Cela cependant fut annoncé par le Seigneur. Nous admirons en vérité qu’il ait été prouvé avec tant de force par la Loi et les Prophètes, et que ce très érudit auteur confirme cela par des témoignages des Saintes Écritures, lorsqu’il entreprend de prouver que les flagellations infligeaient des blessures à ceux qui étaient frappés. Nombres 19 : “Ils frapperont la victime…” et au chapitre 16 : “Concise moi les veines et les entrailles…” Et encore d’après David, dans le Psaume : “Ils ont multiplié leurs douleurs.” D’où il est permis de penser qu’en la flagellation romaine non seulement des coups étaient portés, mais que des blessures étaient infligées, et même des plaies profondes ; et cela est confirmé par une autorité très grave, Joseph Flavius, livre VI de la Guerre des Juifs, et Eusèbe de Césarée, livre III de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 6, distinguant les diverses sortes de plaies, lorsqu’il dit : “Jésus, pour son peuple, fut livré par les Juifs, et par les Romains flagellé ; et, frappé de coups, il ne cessait ni de larmes, ni de supplications.” Et saint Jérôme, sermon 3 : “Il fut horriblement flagellé.” Et Oleastre, chapitre 4 :

Chez les Catholiques, livre I des Actes, chapitre 16, au sujet de Paul et de Silas, il est dit : “Après qu’on leur eut infligé beaucoup de coups, ils furent jetés en prison.” Et là, beaucoup de plaies furent infligées ; et non seulement des plaies furent reçues par des coups, mais aussi de profondes blessures, ils furent jetés dans le cachot, la tête ;…

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les portant sur cette plaie qui est la nôtre, il les jeta, à savoir celles qu’ils avaient reçues dans la flagellation.

Le Maître de l’Histoire Scholastique, dans la lettre de l’Évangile, chapitre 158, dit que même par les flagelles les jambes furent meurtries, et que le sang et la sueur teignirent les autres parties du corps.

Saint Jérôme, au chapitre 24 de Matthieu : Pierre, capable de Dieu, avait reçu les flagelles.

Et de nouveau, au chapitre 5 d’Isaïe : la poitrine capable de Dieu fut frappée par les flagelles.

Saint Bernard, sermon sur la Passion du Seigneur : tout le corps fut taillé en pièces par les blessures ; et dans le traité sur la Passion du Seigneur, chapitre 39.

Ô combien, combien et combien, par cette très sacrée flagellation, de tout le corps flagellé, il distilla (du sang) sur la terre.

Combien il souffrit de violences, combien de coups après la flagellation endura Jésus, lui qui était venu pour nous libérer des flagelles éternels.

Lis ce qui a été noté par nous au chapitre 15, chez Ammonius d’Alexandrie le Monothélite : le corps tout entier fut taillé en pièces par de nombreuses et même horribles plaies.

Enfin, dans la très sainte Sindone, on voit imprimés non seulement des lividités, mais des blessures issues de la flagellation.

Mais par l’effet d’une occasion mauvaise pressante, etc.

Cela même est attesté par Jérôme et par Rupert, abbé ; et Pineda le prouve plus largement dans son commentaire sur Job, chapitre 9.

Cette sévérité si innombrable des coups, d’autres aussi parmi les Juifs la soutiennent ; Louis de Grenade, dans la méditation sur la flagellation du Christ, dit que le Christ, dans la flagellation, fut traité si durement et si cruellement que, même s’il avait été réellement relâché par Pilate, il n’aurait cependant pas pu survivre.

Cela apparaît être très vrai, si quelqu’un considère l’horrible plaie infligée aux reins (lombes) dans la Sacrée Sindone, dont il est question au chapitre 9.

Car les lombes furent frappés si cruellement que, par cette cruauté, ils furent longtemps marqués de contusions postérieures ; ce qui sera toutefois expliqué plus pleinement, lorsque nous traiterons plus spécialement de cette plaie dans une discussion plus ample.

Or, puisque nous lisons que la flagellation du Christ fut si cruelle et si multiple, il est d’ordinaire jugé indigne par des hommes pieux de demander enfin par combien de fouets, ou par combien de coups de fouet, le Christ fut frappé.

Il est manifeste que se trompent ceux qui ont pensé que seulement quarante coups furent infligés au Christ, voire un de moins ; car il ne fut pas frappé selon la loi des Juifs, mais selon celle des Romains.

Landulphe, dans la Vie du Christ, dit qu’ils furent 5475.

Jean Eck révéla à une certaine femme qu’ils furent 5375.

Jean Eck, dans la Passion du Christ, Acte 4, conférence 4.

Jean Lansperge, homélie 50 sur la Passion du Seigneur, dit que les blessures infligées au Christ furent 5460.

Guillaume Pimpinatio, dans l’oraison 6 sur le Christ souffrant, dit que les coups de fouet furent 5490.

D’autres parlent d’une « légion » de flagellations infligées au Christ ; et c’est une opinion très commune.

Mais le nombre d’une légion n’est pas également certain pour tous ; certains en effet veulent qu’il soit de 6666.

Corneille Jansen, dans la première partie de sa Concorde évangélique, chapitre 31, dit qu’ils furent 12250.

Ainsi l’enseigne à peu près aussi Varron, livre 4 de la Langue latine.

Mais Paul Manuce, dans les Additifs à Calepin, explique autrement la légion.

Jean d’Aquila, dans un sermon sur l’amère Passion du Christ, dit qu’il fut révélé au bienheureux Bernard que le Sauveur, attaché à la colonne, reçut six mille six cent soixante-six coups.

Didace Stella, au chapitre 23 de Luc, dit qu’il y eut d’innombrables flagellations, mais il n’en précise pas le nombre.

Mais François Suárez, tome 2, dans la troisième partie de saint Thomas, dispute 35, section 2, dit qu’elles furent moins de cinq mille, car autrement elles auraient entièrement tué le Christ ; il dit qu’il est vraisemblable que les coups de fouet dépassèrent le nombre de quarante, parce que le Christ fut flagellé selon l’usage des Romains et non des Juifs ; toutefois, cela ne put croître jusqu’à un nombre si élevé, parce que ni le licteur, ni même tous ensemble, n’avaient coutume de flageller par un si grand nombre de coups ou de plaies.

Mais si nous lisons ce que Josèphe — et d’après lui Eusèbe de Césarée, livre 2 de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 6 — rapporte au sujet de Jacques, fils d’Ananie, que les Juifs conduisirent au Préfet romain et qui fut flagellé par lui, et dont on dit qu’il reçut de nombreuses blessures…

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Landulphe, dans la Vie du Christ, dit qu’il y en eut 5475. Jean Eckius rapporte qu’il fut révélé à une femme qu’il y en eut 5375. Ainsi Jean Eckius dans le livre de la Passion du Christ. Acte 4, confession 4. Lanspergius, homélie 50 sur la Passion du Seigneur, dit que les blessures infligées au Christ furent 5460. Guillaume Pippin, dans la station 6 du Christ souffrant, dit qu’il reçut 5490 coups de fouet. D’autres disent qu’une légion de flagellations fut infligée au Christ ; et c’est une opinion très commune. Mais le nombre d’une légion n’est pas certain pour tous ; certains veulent qu’il soit 6666. Corneille Jansen, dans la première partie de la Concorde évangélique, chap. 31, dit qu’il fut 12250. Varro aussi l’enseigne presque, livre 4 de la Langue latine. Et Paul Manuce, dans les Additions à Quare Landulphus, homme religieux, dans la Passion du Seigneur, dit qu’il y eut 5400 coups ; et qu’il y eut cent centuriations dominicales, c’est-à-dire deux mille, qui sortirent avec des flots de sang ; dit le Père, en descendant jusqu’à la dernière goutte.

De là, il est manifestement établi par l’exemple. Quiconque considère la flagellation du Christ, que son esprit soit rempli de douleurs ; qu’il conçoive des larmes en silence, plus que par la voix ; qu’il expose par des écrits ces choses ; qu’il le fasse par la charité et la dévotion.

Si l’on veut traiter de la flagellation du Christ à la colonne, il convient d’aborder certaines choses plus brièvement :

  1. Comment le Christ fut lié à la colonne, à savoir aux bras, à la colonne, au milieu du corps, et peut-être aussi aux tibias.
  2. Quelle fut la colonne : haute, à taille humaine, selon la coutume ; cela se recueille de nombreux témoignages, et il peut être utile d’enquêter.
  3. Combien de fois le Christ fut flagellé.
  4. Quels furent les ministres qui flagellèrent le Christ.
  5. Avec quels fouets. »

Comment le Christ fut lié à la colonne : au cou, aux mains, aux tibias, au milieu du corps.

Nicéphore, livre I, chapitre 30, semble indiquer qu’il fut lié par le cou, puisqu’il permet que des flagellations soient infligées aux criminels par le cou.

Jean Aquilanus, dans le sermon sur la Passion amère du Christ, dit que le Christ fut lié aux mains, tourné vers l’arrière, à la colonne. Et au contraire

Voici la traduction littérale et continue du passage visible :

« La Bienheureuse Vierge, chez Brigitte, livre 4, chapitre 70, et livre 1, chapitre 20, dit que le Christ, les bras étendus autour de la colonne, fut solidement lié.

D’autres, à partir d’Agabus, chapitre 21 des Actes des Apôtres, lequel, par les mains et les pieds liés, prophétisait, en déduisent que le Christ fut lié par les mains et les pieds à la colonne et fut frappé.

Io. Eckius, dans le traité sur la Passion du Christ, article 4, affirme que le Christ fut lié à la colonne par les mains, les pieds et le cou.

Théophylacte, dans son histoire, dit que le Christ fut d’abord lié par les mains derrière le dos, puis, comme si ses bras avaient été relâchés, il fut lié par les bras étendus ; et le sang, jaillissant des veines rompues, coulait.

Philippe, dans le sermon 2 sur la Passion du Seigneur, dit que les mains et les pieds furent liés à la colonne de marbre.

Cet auteur ajoute qu’il était coutume, dit-il, que des coups fussent portés par plusieurs.

Gellius, livre 12, chapitre 3, dit qu’on liait non seulement les mains par des liens, mais aussi la tête… »

Pour ma part, je crois que le Christ fut flagellé par Pilate en deux lieux : d’abord dans la maison de Caïphe, où il fut pris et proclamé par les anciens, puis, après avoir été gardé captif, conduit auprès de Pilate ; ensuite, après la première comparution, il fut battu de verges et de fouets, recevant de nombreuses blessures durant toute la nuit. Puis, sur l’ordre de Pilate, il fut frappé de fouets très durs. Il y avait alors dans la maison de Pilate une colonne où il fut flagellé, non seulement les mains et les pieds, mais aussi le milieu du corps étant liés ; et si les mains seulement eussent été liées, il eût pu se dérober par le mouvement du corps et éviter les coups. Le milieu du corps était donc attaché, afin qu’il ne pût se tourner ni se mouvoir. Cela paraît d’autant plus vraisemblable que, les bras étendus, le dos était entièrement exposé aux coups. Ainsi se trouve expliqué ce que plusieurs auteurs rapportent touchant la multiplicité des coups et des plaies, et la très grande effusion de sang, qui coula si abondamment que le sol en fut arrosé.

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De plus, chez les Romains, dans la basilique vaticane, la colonne sous le portique devait être élevée et non basse. Qu’elle ait été élevée ressort de ce que sainte Brigitte rapporte en ses Révélations, disant que le Christ était lié à une colonne très élevée et non basse. S’ajoute à cela ce que nous avons dit plus haut, que le Christ eut les bras, et le milieu du corps, fortement attachés à la colonne, et le cou même lié, afin qu’il ne pût se mouvoir en aucune manière ni se soustraire aux coups.

Or quant à la colonne même à laquelle le Christ fut lié, elle ne fut pas, selon moi, une colonne basse, mais élevée ; cette colonne que l’on montre à Rome dans la basilique de Sainte Praxède, dans la chapelle qu’on appelle le Jardin du Paradis, est tenue en grande vénération. Je pense cependant que la colonne de la flagellation qui se conserve à Rome n’est pas la colonne entière, mais seulement une partie ; elle est de marbre, de couleur blanchâtre, entrecoupée de veines rouges, ce que d’aucuns appellent couleur sanguine ; elle est polie, et au-dessous des pieds, on voit encore aujourd’hui les traces des paumes et des doigts comme enfoncés ; au sommet est fixé un anneau de fer, auquel furent attachées les chaînes des flagellateurs ; on y voit encore les marques des coups imprimées dans la pierre. Une telle colonne convient fort à la flagellation, et la raison elle-même persuade que le Christ y fut convenablement attaché.

Cependant, lorsque je considère cette colonne, une pensée me vient : si cette colonne entière est celle à laquelle le Christ fut attaché et flagellé, comment une partie si humble de la colonne, qui soutenait autrefois le portique, pourrait-elle être ainsi conservée et vénérée ? Peut-être sainte Hélène, ayant édifié magnifiquement le portique, a-t-elle pu conserver cette partie ; ou bien ce que l’on montre dans l’église de Sainte Praxède n’est qu’une portion, et la colonne entière, sur laquelle le Christ fut flagellé, fut autrefois transportée à Constantinople, puis en partie ramenée à Rome. Quoi qu’il en soit, il est certain que le Christ fut lié à une colonne élevée, les mains étendues et le corps attaché au milieu, afin que les coups portés avec violence pussent atteindre toutes les parties du dos, et que la flagellation fût d’autant plus cruelle et plus douloureuse.

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Et lorsque je considère cela avec moi-même, je comprends que le Christ notre Sauveur fut lié à une double colonne et flagellé : d’abord dans la maison de Caïphe, où, après que Caïphe, avec soixante-six anciens, eut prononcé contre le Christ la sentence capitale, disant : « Il est digne de mort », toute cette nuit-là le Christ fut retenu en garde et agité par d’innombrables ignominies et vexations, frappé de coups de poing, de coups de pied, de soufflets et de fouets.

COMBIEN DE FOIS LE CHRIST FUT FLAGELLÉ.

Certains auteurs plus récents, auxquels semble adhérer Maldonat sur Matthieu 27, n. 23, enseignent que le Christ fut flagellé deux fois : premièrement sur l’ordre de Pilate pour correction ; ensuite, selon la coutume des Romains, par des fouets tels qu’ils tuaient dans la crucifixion. Jean Eckius, dans la Passion du Christ, art. 4, conf. 5, dit que le Christ fut flagellé deux fois, et il affirme que telle est l’opinion commune des Docteurs. Les fondements de cette opinion sont : d’abord que Pilate flagella seulement le Christ pour correction, et non pas aussi durement qu’il devait l’être, puisque le Christ fut flagellé pour être crucifié. S’y ajoute que seul Jean dit : « Alors Pilate prit Jésus et le fit flageller » ; les autres Évangélistes, surtout Matthieu et Marc, disent que Jésus fut d’abord flagellé puis livré pour être crucifié.

Cependant cette opinion, comme nouvelle, est jugée moins probable par Corneille Jansenius, 2e partie de la Concorde évangélique, et par le cardinal Tolet sur Jean 19, première année, Suarez en 3e partie, tome 2, disp. 35, sect. 2, Lyranus sur Jean 19. Ils veulent donc que le Christ ait été flagellé une seule fois, avant que Pilate ne prononçât la sentence de mort contre le Christ ; et que cette sentence ne fût qu’interlocutoire.

Pour moi, je propose et expose la voie médiane, et je pense qu’ainsi non seulement toute controverse est tranchée, mais encore que la prudence des doutes concernant la double colonne est plus fermement et plus efficacement confirmée. Il faut savoir que les Évangélistes n’ont pas tout écrit, et que ce qu’ils ont établi au commencement de cet ouvrage, à savoir qu’ils ne rapporteraient pas tous les mystères de la Passion du Christ, doit être retenu ; mais après que Caïphe, siégeant sur la chaire pestilentielle, avec le conseil des méchants, eut porté cette sentence capitale contre le Christ, disant : « Il est digne de mort », ils livrèrent le Christ aux ministres impies pour qu’il fût gardé, et en même temps affligé des plus graves ignominies, leur ordonnant de le garder nu. Aussitôt la troupe des satellites jeta le Christ dans la prison souterraine qui se trouvait dans le palais de Caïphe (dont on dit que des vestiges subsistent encore), et là ils le lièrent à une colonne de pierre, les mains liées derrière le dos, et le frappèrent de coups de poing, de coups de pied, de coups, de soufflets, de verges et de fouets, le meurtrissant et le déchirant, tant qu’ils répandaient leur rage et le traînaient avec cruauté, au point que, proche de la mort, ils ne lui laissèrent presque plus la vie. Ces choses, bien qu’elles ne soient pas lues chez les Évangélistes, nous sont cependant transmises comme indubitables par l’autorité des plus graves Docteurs, ainsi saint Bernard dans le livre du Convivium Crucifixi, saint Laurent Justinien dans le livre De triumphali agone, chap. 10, saint Anselme dans le traité de la Passion du Seigneur, Bernardinus Bullus dans la Paracèse, Ludolphe dans la Vie du Christ, Lanspergius dans les Théorèmes de la Passion du Christ, Guillaume Pippin dans la troisième station du Christ souffrant, où il allègue aussi l’autorité de Jérôme, que la Passion du Christ cette nuit-là fut si grande qu’elle ne pourra jamais être parfaitement connue…

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…au jour du jugement, selon cette parole de Nahum 3 : « Je révélerai aux nations ta honte. » Salignac confirme tout cela, tome 7, chap. 2. Bredenbach, dans la Description de Jérusalem, n. 7, en conclut que le Christ fut lié cette nuit-là à une colonne et frappé de fouets (selon cette parole : « Je l’ai livré aux coups ») ; et que le jour suivant, sur l’ordre de Pilate, il fut non seulement flagellé, mais plus durement et plus cruellement encore. Cela paraît très vraisemblable si nous considérons les circonstances de la flagellation que rapportent Matthieu, Marc et Jean, où nous retrouvons les mêmes détails : car lorsque le Christ fut frappé de fouets chez Pilate, alors aussi il fut revêtu d’un manteau écarlate, couronné d’épines, une roseau mis en sa main pour dérision, et subit d’autres outrages que nous tenons des Évangiles. Or toutes ces choses furent faites avant la sentence définitive de mort, qui fut l’unique flagellation mentionnée.

Il ne faut pas oublier que cette flagellation, faite pour correction, devait être plus modérée ; ce serait évident si toute l’affaire avait été accomplie selon l’intention de Pilate. Mais, comme l’observent Jean Eckius, Ludovicus Granatensis, et plusieurs auteurs récents, les Juifs, ayant donné de l’argent, corrompirent les ministres impies afin qu’ils traitassent le Christ si mal que, même s’il était relâché par Pilate, il ne pût survivre.

Quant à l’objection selon laquelle le Christ aurait dû être flagellé selon la loi des Romains pour être crucifié, je réponds qu’il avait déjà été flagellé sur l’ordre de Pilate, et que par conséquent il n’était pas nécessaire de répéter la flagellation.

Enfin je réponds à ce qui peut confirmer notre opinion, à savoir qu’il fut flagellé une seule fois ; car il est dit aussitôt : « Jésus fut flagellé et livré pour être crucifié » ; et lorsqu’il est dit : « Alors Pilate prit Jésus et le fit flageller », on n’entend pas qu’il le flagella de ses propres mains, mais qu’il le fit flageller ; car on dit que quelqu’un flagelle parce qu’il en a décrété l’autorité ; ainsi celui qui fait faire par un autre semble le faire lui-même.

La forme de la sentence par laquelle Pilate, par une sentence interlocutoire, condamna le Christ aux fouets, est rapportée par Adrichomius, dans la Description de Jérusalem, n. 57 : « Jésus le Nazaréen, homme séditieux et contempteur de la loi de Moïse, accusé par les Pontifes et les Princes de sa nation, sera dépouillé, lié et frappé de verges. » Pour moi, je tiens cette sentence pour suspecte ; car si l’histoire l’avait rapportée, pourquoi serait-il dit qu’il fut battu de verges par beaucoup ? Et si les verges devaient être employées, pourquoi aussi les fouets ? Mais revenons à la question proposée.

Jean d’Aquila, sermon sur l’amère Passion du Christ, dit qu’ils furent deux qui flagellèrent fortement le Christ. Paul Robert dit qu’ils furent quatre ; et Lanspergius, livre 3 des Élucidations sur la Passion du Christ, dit qu’après qu’ils furent fatigués, d’autres leur succédèrent. D’autres rapportent qu’ils furent plus nombreux, qui à tour de rôle flagellèrent le Christ, afin que, les uns étant fatigués à flageller, d’autres, avec des forces intactes, continuassent. Philippe Diez, sermon 2 sur la Passion ; saint Vincent, sermon de la Paracèse, dit qu’ils furent six, et pour confirmer cela il cite Eusèbe et Chrysostome sur Isaïe : « Le châtiment de notre paix est sur lui. »

Pour moi, je juge le nombre incertain ; cependant j’estime qu’ils furent nombreux ; car il est certain que le temps de la flagellation ne fut pas très long, puisque Pilate espérait, en l’exposant publiquement flagellé, apaiser le peuple et le délivrer.

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D’autre part, il est constant que le Christ fut très cruellement lacéré et mis en pièces par une flagellation très nombreuse ; ils furent donc plusieurs à le flageller. J’ajoute que le Christ appelle ses flagellateurs, par le nom de chiens, de veaux et de taureaux, au Psaume 21 : « Des chiens m’ont entouré, une multitude de méchants m’a assiégé ; des taureaux nombreux m’ont environné. » Peut-être ces paroles sont-elles dites selon la même figure de langage, par laquelle il a dit aussi : « Des hommes morts ont creusé mes os. » Par les bœufs et les taureaux, et par les fouets, et par les coups, on entend ainsi les veaux et les taureaux entourant le Christ. Cela est confirmé par les paroles de la très sainte Vierge à sainte Brigitte, livre 1 des Révélations, chap. 10 : « Mon Fils étendit ses mains à la colonne, auxquelles ses ennemis, sans aucune miséricorde, le lièrent. Et ses ennemis s’acharnèrent contre lui, l’attaquant de tous côtés avec des fouets, et frappant son corps. » Et livre 4, chap. 70 : « Alors la mère des méchants dit à ceux qui l’assistaient, avec des regards féroces : voulez-vous tuer cet homme sans jugement, et rendre sa cause digne de mort ? »

AVEC QUELS FOUETS LE CHRIST FUT FLAGELLÉ.

Jean Maldonat, sur Matthieu 27, n. 26, dit qu’il n’est pas possible de déterminer cela, et que c’est une curiosité vaine de le rechercher. Pour moi, je ne juge pas cette curiosité vaine, mais une enquête très pieuse et salutaire ; car si, comme l’enseigne Aristote, livre 2 du Ciel, texte 33, à cause de la dignité du ciel, il est plus noble d’en avoir même une légère connaissance que la connaissance exacte des choses inférieures, pourquoi ne tiendrions-nous pas pour très louable d’avoir même une légère connaissance des choses qui ont concerné le Christ et sa Passion ?

Il ne fut cependant pas frappé avec des verges, mais avec des fouets, dont les Romains se servaient ; car les licteurs portaient des verges devant les consuls. Or cet auteur, par ailleurs prudent, n’a pas considéré en cette matière la différence entre les verges et les fouets, et n’a pas compris que ceux qui devaient être crucifiés étaient frappés non avec des verges, mais avec des fouets. Euthyme Zigabène dit que les fouets étaient faits de cordelettes tressées. Certains pensent qu’ils étaient faits d’épines ; d’autres qu’on y attachait aussi des chaînes ; d’autres d’abord de cordes épaisses, puis qu’on y ajoutait des scorpions ; d’autres des verges épineuses ; d’autres des verges de taureau ; d’autres des fouets garnis de nœuds.

Saint Vincent, sermon de la Paracève, dit qu’ils frappèrent d’abord le Christ avec des épines, puis avec des fouets garnis de pointes, et ensuite même avec des chaînes, à l’extrémité desquelles étaient fixés des crochets de fer ; ainsi, avec des épines dures, des fouets plus durs, et des chaînes très dures, il fut flagellé. Cela est confirmé par Eusèbe d’Émèse et par Chrysostome sur Isaïe 53 : « Le châtiment de notre paix est sur lui. » Cette doctrine est suivie par le Maître des Histoires, Scholastique, Pippin et Lanspergius.

Il existe aussi des fouets garnis de petits os ou de pointes de fer, et des fouets à nœuds, qui ne servent pas seulement à frapper, mais à percer et à déchirer. De tels fouets étaient en usage tant à Rome qu’ailleurs ; cela est confirmé par les témoignages rapportés par Lipse, qui en ce lieu en cite plusieurs. Eustathe appelle ces fouets « flagra talaria », c’est-à-dire faits de lanières insérées de choses dures. Chez Athénée, livre 4, on lit qu’on frappait avec des verges et des fouets à nœuds. Apulée, livre 8, parle d’un fouet muni de petits os attachés. D’autres parlent de fouets tressés de lanières de cuir, frangés de longues bandes, et chargés de nombreuses lanières nouées. Plutarque contre Celse mentionne un fouet à pointes.

Cependant la bienheureuse Vierge, qui assista à la flagellation, ne mentionne ni épines, ni pointes, ni chaînes, ni scorpions, mais seulement des fouets garnis de pointes aiguës. Or que de tels fouets aient été employés dans la flagellation du Christ, il y a d’innombrables raisons de le penser…

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qu’on voit reçues du corps du Christ dans le Saint Suaire. De plus, à Rome, dans l’église de Sainte-Marie in Via Lata, on montre parmi les autres reliques un fouet de ce genre, muni de pointes, dont on dit que le Christ fut flagellé. Sainte Brigitte, livre 4, chap. 70, dit : « Avec des fouets aigus et tranchants ils frappaient, et en frappant ils lacéraient tout son corps. » Lanspergius, livre 3 des Élucidations sur la Passion du Christ, dit : « Le Seigneur ayant été lié, quatre hommes robustes flagellèrent le Christ avec des fouets, des verges et des scorpions, dans lesquels il y avait des pointes de fer. » Il répète la même chose dans l’homélie 3 sur la Passion du Christ. Et dans le cœur de la bienheureuse Claire de la Croix, Isidore Musonius rapporte, dans sa vie, parmi les instruments de la Passion du Christ que celui-ci lui imprima dans le cœur, qu’on voit encore maintenant un fouet composé de cinq cordelettes nouées en plusieurs nœuds. S’ajoute ce passage de Job 16, mis dans la bouche du Christ : « Ils ont labouré mes reins », car, pour imiter des coups de lance, ils frappaient les reins.

Et non d’une seule partie seulement, etc. Cela indique assez clairement les nombreuses entailles et les six cents plaies que le Saint Suaire a reçues de chaque partie du corps du Christ, selon l’historien Théophyle. D’abord il fut lié les mains derrière le dos ; puis, ces liens ayant été déliés, il fut de nouveau lié avec d’autres liens, si serrés autour des bras que la chair, rompue avec la peau par la tension des mains, laissa couler un sang pur de ses ongles.

Bien que les Évangélistes n’aient pas rapporté toutes ces choses en détail, etc. Pourquoi les Évangélistes n’ont-ils pas tout écrit si minutieusement ? Lisons ce qui nous a été transmis dès le commencement dans le premier chapitre.

Par des liens si serrés. Pour moi, je pense que le Christ fut lié non seulement en présence d’Anne, mais aussi en prison, et étendu sur des troncs de bois, comme dans la Genèse 22 pour Isaac, et dans l’histoire de Sidrach, Misach et Abdénago, qui furent liés mains et pieds et jetés dans la fournaise ; peut-être aussi comme Achior, que les serviteurs d’Holopherne lièrent aux mains et aux pieds à un arbre après lui avoir coupé la tête pour le mettre à mort ; je pense que ces figures préfiguraient cela.

COMBIEN DURE ET CRUELLE FUT LA FLAGELLATION DU CHRIST.

L’horrible amertume de la flagellation de notre très doux Sauveur, nous la poursuivrons par des larmes, des gémissements et des autorités. Qu’elle ait été très cruelle et très amère pour le Christ, nous le reconnaissons par de multiples raisons.

Premièrement, à cause de la complexion très délicate du corps du Christ : il était en effet très innocent et né d’une Vierge ; cette chair était si délicate et si tendre qu’il ne pouvait être flagellé légèrement sans que le sang ne jaillît aussitôt ; c’est ce que rapporte la bienheureuse Vierge à sainte Brigitte, livre 1, chap. 10, ajoutant encore cette raison : « Parce que sa chair était prise de ma chair. » J’ajoute qu’elle était formée par l’Esprit Saint. Ensuite, parce que le Christ, sa mère étant présente, fut flagellé non seulement comme un condamné à mort, mais aussi pour accroître les douleurs de sa Mère illustre. Que la bienheureuse Vierge ait été présente à la flagellation du Christ, elle-même le confesse au livre 1 des Révélations, chap. 10, et au livre 4, chap. 70 ; saint Anselme, avec d’autres Pères que nous avons cités plus haut, le montrent aussi. De plus, le Christ fut mis à nu pour être flagellé ; or la nudité fut pour le Christ d’une telle honte qu’on peut appliquer à lui la parole de David : « Ils ont couvert mon visage de confusion. » Car bien que le Christ n’ait pas eu une chair de péché, il a pourtant eu une chair semblable à la chair de péché ; de plus, cette exposition même à la colonne, comme tu le penses, fut une grande honte infligée au Roi du ciel…

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 une très grande ignominie fut ajoutée. Écoute ce que dit à ce sujet saint Bernard dans le traité de la Passion du Seigneur, chap. 4 : « Indigne, dit-il, fut le traitement fait au Christ ; car bien qu’il fût déjà blessé comme Roi, on permit qu’il fût encore lié et traîné ; à quoi il répondit : Il ne convient pas de délivrer un Roi par la puissance d’un autre. » Nous lisons quelque chose de semblable au sujet du très serein roi Sébastien des Lusitaniens : lorsqu’il eut déclaré la guerre au Maure Audamalic, puis qu’il eut été vaincu et capturé dans cette guerre, on tenta de lui sauver la vie sous condition ; mais lorsqu’on traita des conditions, la première exigence du vainqueur fut qu’il déposât les armes et livrât son épée. Or Sébastien, invaincu d’âme bien que vaincu dans le combat, refusa de livrer son épée, disant que la liberté d’un roi ne devait pas être rachetée au prix de son honneur. Lorsque David proposa une condition à Abner (2 Rois, chap. 3), il dit : « Que nul ne meure par surprise, qu’Abner meure ; ses mains n’ont pas été liées, ses pieds n’ont pas été chargés de fers. » Mais ce qui fut accordé à Abner ne le fut pas au Christ Roi. De plus, le nombre des flagellateurs mentionné plus haut manifeste la cruauté de la flagellation.

En outre, cela ressort de la nature des fouets, dont il a été parlé plus haut. Puis de la fureur des Juifs qui, comme on l’a dit, craignant que le Christ ne fût absous et renvoyé par Pilate, corrompirent par argent les cruels exécuteurs afin qu’ils frappassent le Christ avec une inhumanité telle que, même s’il était relâché et renvoyé, il ne pût plus survivre longtemps.

Enfin, cela est confirmé par des autorités évidentes. Le Christ dit à sainte Brigitte, au livre des Révélations extravagantes, chap. 82 : « Vois, dit-il, comment je fus humilié dans la flagellation », et au livre 1, chap. 10 : « Je vis mon corps tout couvert de plaies et flagellé si durement que les côtes se voyaient, et lorsqu’on retirait les fouets, les chairs elles-mêmes s’attachaient aux fouets. » « Mon Fils, dit-elle, fut tout sanglant, et tellement lacéré que rien en lui ne demeurait sain, et ceux qui le flagellaient ne trouvaient rien qui ne fût déjà blessé ; alors, excités en leur esprit, ils se disaient : pourquoi n’achèverions-nous pas cet homme ? Et ils resserraient encore ses liens. Ensuite mon Fils fut conduit hors de la ville, et le lieu où furent frappés les pieds de mon Fils fut rempli de sang, et aux traces de ses pas je reconnaissais son chemin ; il apparaissait comme vêtu d’un manteau rouge. » Ces choses se trouvent aussi au livre 4, chap. 70.

Saint Bernard, au traité de la Passion du Seigneur, chap. 4, dit : chapitre 4. Combien de sang il voulut rendre par les poisons infusés, et le Seigneur fut flagellé, et son sang fut répandu sur la terre.

Nazianze, dans son poème sur le Christ souffrant, dit qu’après la flagellation le Christ ruisselait de sang de toutes parts.

Robert d’Aquin contemple le Christ, article 2 de la Passion du Christ : d’abord accablé de douleur, puis, à cause d’une très grande faiblesse, tombant à terre et se roulant dans son sang répandu.

Autre opinion de Jean Feri : que le Christ fut traité si cruellement qu’à peine, de ses blessures nouvellement ouvertes, pouvait-il encore fournir un souffle, tant la perte de sang, parmi les efforts de ses mains, suffisait à consumer la vie.

Il est admirable que Lansperge dise, homélie 50 sur la Passion du Seigneur, que les blessures du Christ, issues des multiples flagellations, furent infinies en nombre : mille quatre cent soixante.

Et bien que tant de blessures ne soient pas visibles sur la Sindone, la raison en est que les blessures se superposent les unes aux autres, de sorte qu’on peut appliquer ce verset du Psaume 68 : « Ils ont ajouté à la douleur de mes blessures », et celui de Job 16 : « Ils m’ont transpercé de blessure »

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Pourquoi le Christ a voulu être flagellé d’une flagellation si cruelle.

Misérable flagellation que le Christ a voulu endurer pour nous : nous pouvons en assigner plusieurs causes, car il a voulu être frappé d’innombrables coups, afin non seulement de satisfaire au Père selon toute la rigueur de la justice, mais encore afin que l’abondance fût en lui pour notre rédemption, selon le Psaume 129 : « Car auprès de lui se trouve une rédemption abondante. » Et de même par la Passion du Christ en nous, et par le Christ en nous, nous abondons en consolation (2 Cor. 1). Quant à la patience, il a voulu nous laisser un exemple d’une souffrance terrible. Car rien de plus affreux, rien de plus abominable que le péché (que j’excepte toujours) ne pouvait être imaginé, qu’il n’ait souffert pour notre cause.

Mais j’ajoute encore deux autres raisons très illustres et remarquables. La première est que l’amour du Christ envers nous fut si grand qu’il ne pouvait nous être recommandé que par un signe héroïque. Et parmi les mortels il a laissé de très nombreux exemples d’un amour héroïque et d’une charité insigne. Ce fut un acte signalé de charité lorsque Codrus, roi des Athéniens, alla au-devant de la mort pour le salut de son peuple, comme le rapporte Justin au livre 2 de ses Histoires. Exemple mémorable d’un amour mutuel est celui de Pylade et de Damon, qui s’offrirent réciproquement à la mort l’un pour l’autre. Ce fut un signe d’une âme héroïque lorsque ce tyran de Sicile, Denys, déposa volontairement sa vie. Valère Maxime, livre 4, chap. 7. Zopyre aussi (pour ne pas omettre le fidèle Sinope), qui, afin d’abuser Darius, roi des Perses, se fit couper le nez et les oreilles, les paupières des yeux et les lèvres, afin de paraître mutilé et ainsi livrer sa ville.

Le Christ donc, afin que son amour immense et sans mesure pour nous fût manifesté, a voulu, par un acte d’un héroïsme suprême, soutenir pour notre salut une mort très cruelle et très éprouvée.

La seconde raison est celle qu’a imaginée très subtilement Rupert, livre 1 de la Trinité et de ses œuvres, chap. 22, sur Deut. 19 : le Christ a été flagellé afin de se fiancer à l’Église des Gentils et de la gagner à lui, et qu’elle ne pût plus le rejeter ; et cela est établi avec force par les Écritures. Car le Seigneur dit, Deut. 22 : « Si un homme accuse sa femme et lui donne un libelle de répudiation… » ; et encore : « Il la fera comparaître devant les anciens de la ville, et l’accusera. » Mais, si l’on découvre que le nom qu’il lui a imposé est mensonger, ils le flagelleront et le condamneront à une amende de cent sicles d’argent, et il ne pourra la renvoyer durant tous les jours de sa vie.

Que signifie cela ? Sous une lettre obscure se cache un grand mystère. Le Christ, qui par le mystère ineffable de l’Incarnation avait pris chair, voulut, par sa flagellation, épouser l’Église des nations ; et bien qu’il parût odieux et méprisable, et qu’on lui imposât un nom très mauvais, disant : « Nous ne sommes pas nés de fornication, mais nous avons un seul Père », et encore : « Tu es un Samaritain », néanmoins, accusé devant les anciens et flagellé avec cruauté, il s’est uni pour toujours à son Épouse, et n’a jamais voulu la répudier, mais il a jugé digne de mourir pour elle.

Le reste peut être omis ici. L’homme est un animal superbe ; c’est pourquoi, lorsque toutes choses lui réussissent, il oublie Dieu ; mais lorsqu’il est frappé par sa sentence, il apprend à reconnaître Dieu

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dans l’affliction et l’angoisse, l’homme est pressé de reconnaître Dieu, de le chercher, de l’implorer, d’espérer en lui, d’où tout secours humain semble se retirer. Exemple éclatant en est donné par le roi de Moab, qui, prospérant dans ses affaires, refusa tribut aux rois d’Israël ; mais, accablé d’une grave détresse, il offrit en holocauste son fils premier-né aux dieux. Les docteurs diffèrent sur ce point : certains disent que le roi de Moab, ayant appris des sages que tout réussissait aux Israélites à cause d’Abraham, qui avait offert son fils premier-né en sacrifice, fit de même. Mais Paul de Burgos réfute cela, disant que le roi de Moab avait appris de ses prêtres que les Israélites immolaient leurs fils à Moloch, dieu des Ammonites, et qu’il offrit donc lui aussi son fils ; Matthieu Döring attaque Burgensem ; Rabbi Salomon le défend ; mais, quelle que soit l’opinion, il est certain que ce sacrifice fut impie, puisque, sans ordre de Dieu, il tua son fils innocent et l’offrit en sacrifice à de faux dieux, soit à Chamos, dieu de Moab, soit à Moloch, dieu des Ammonites. Cette horrible cérémonie se faisait à Moloch, comme l’enseigne Tostatus, question 3 sur le chap. 16 du 4e livre des Rois. Moloch était une statue d’airain creuse, dans laquelle ses prêtres impies allumaient un feu ; lorsque le feu était bien ardent, ils plaçaient les enfants dans ses mains, où ils étaient brûlés ; pour que les cris des nourrissons ne fussent pas entendus, on faisait retentir des tambours jusqu’à ce que l’enfant fût consumé ; on persuadait au peuple que les petits, par cette douleur, parvenaient à la béatitude ; et ceux qui offraient leurs fils en recevaient prospérité.

En nous tournant vers la très bienheureuse Vierge. Lorsque je médite sur l’amertume et la cruauté extrême de la flagellation du Christ, je suis presque plus contraint de me taire que de parler. Tant je suis saisi, tant je suis accablé, qu’il m’est incertain si je dois davantage méditer la Passion du Christ ou la compassion de Marie. Car si la Passion du Fils brise la chair du Christ par les fouets, elle brise aussi le cœur de la Mère ; et non moins le cœur de Marie est déchiré que le corps du Christ est lacéré ; comme le corps du Christ est baigné de sang, ainsi les yeux de la Mère ruissellent de larmes. Spectacle atroce, scène horrible, où, à la patience du Christ flagellé, s’unit la douleur de la Mère crucifiée en son cœur. Quelle poitrine si dure, quel cœur de fer, que les fouets du Christ ne fendent, que son sang n’attendrisse, que les larmes de la Mère n’amollissent ? Le Christ est flagellé, la Mère assiste ; avec son Fils languissant, haletant, respirant avec peine, presque exhalant l’âme, la Mère est contrainte de le contempler, ne pouvant apporter remède, ni modérer les coups, ni retarder les supplices, ni essuyer les plaies, ni adoucir la douleur.

Et que la très bienheureuse Vierge ait assisté à la flagellation du Christ est attesté par saint Augustin, livre des Méditations, au dernier chapitre, par Anselme dans l’opuscule de la Passion, et par la très sainte Mère de Dieu elle-même chez sainte Brigitte, livre 1, chap. 10 et livre 4, chap. 70, dont les paroles ont été rapportées plus haut : « Ils m’ont frappé, dit-elle, et ont flagellé mon corps depuis la plante des pieds jusqu’à la tête ; et lorsque les fouets retombaient, mes chairs se soulevaient ; et mon corps tout entier fut ensanglanté et lacéré, si bien qu’il n’y restait aucune partie saine. » Nazianze, dans un poème sur le Christ souffrant, dit qu’après la flagellation le Christ était tout couvert de sang. Robert d’Aquin, article 2 de la Passion du Christ, le contemple tombant à terre de douleur, et se roulant dans son sang. Jean Ferus ajoute que le Christ fut traité avec une telle cruauté qu’il éprouva la soif, la défaillance de la respiration, le manque de sang, et presque l’extinction des forces vitales. Admirable est ce que rapporte Lansperge, homélie 50 sur la Passion du Seigneur : les blessures du Christ, infligées par la multiplicité des coups, furent cinq mille quatre cent soixante ; et bien que toutes ne soient pas visibles sur le Suaire, il est raisonnable qu’une plaie ait été infligée sur une autre, selon le Psaume 68 : « Ils ont ajouté douleur à ma douleur », et Job 16 : « Ils ont accumulé plaie sur plaie. »

De nouveau méditons cela. Nouveau miroir de piété, nouveau spectacle de douleur : le corps du Christ déposé de la Croix, couvert de sang, chargé de blessures, méprisé et plus vil que tous les hommes, comme un lépreux, frappé par Dieu, et serré dans le sein de la très pieuse Mère. Cette contemplation…

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de l’âme, et l’on ne trouve que douleur, langueur, angoisse, tristesse ; partout des larmes. Les yeux de la Mère versent des pleurs, la bouche de la Mère gémit, les gémissements remplissent l’air, les soupirs percent le cœur ; tout retentit de lamentations. Théophyle l’historien rapporte ces choses, et des fragments en subsistent encore. La Passion fut aussi recueillie dans un très ancien manuscrit conservé dans la célèbre bibliothèque du monastère de Bologne. Mais, puisque la très bienheureuse Vierge reçut son Fils mort dans son sein, écoutons-la elle-même parler chez sainte Brigitte, livre 4 des Révélations, chap. 70 : « Alors, dit-elle, quand je le reçus, je ne trouvai en lui aucun lieu sain ; tout son corps était couvert de plaies ; et lorsqu’il fut descendu de la Croix, je pus à peine le reconnaître, tant son visage était défiguré et tuméfié ; ses yeux étaient obscurcis, ses lèvres pâlies, ses membres rompus. »

Les mêmes choses sont rapportées par Lansperge, livre 1, chap. 21. La bienheureuse Vierge, dit-il, montra le lieu où le Christ fut flagellé, près du mont du Calvaire, ainsi que l’écrivent des auteurs anciens dans la description de la Terre Sainte, et notamment Adrien le Chrétien dans la description de Jérusalem.

ALPHONSE.

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Alphonsi Paleoti,

Archevêque de Bologne,

Explication de la Sainte Sindone.

Du mode de crucifier, du titre digne du Sauveur, et pour quelle raison Pilate ne voulut pas le changer.

Chapitre Sixième.

D, I. La croix devant être fabriquée de telle sorte qu’elle fût adaptée, afin que les mains et les pieds des condamnés y fussent attachés avec des clous, ils dressaient le bois et l’appelaient croix avec le travers qui y était fixé, lequel, avec un autre joint, faisait que celui qui était tiré au dehors était fixé dessus ; ils appelèrent croix cette pièce transversale, comme l’a dit saint Irénée. 2. Et un autre était le bois oblique, auquel les mains étaient attachées, comme cela fut figuré à Jacob le Patriarche, et comme le notent Damascène et Tertullien : lorsque, ayant changé ses mains et les ayant croisées, Joseph eut placé à sa droite Éphraïm, à sa gauche Manassé, parce qu’ils avaient reçu d’abord la bénédiction oblique de leur parent, la croix manifesta la figure formée. Mais la croix elle-même, dit saint Isidore, était alors jointe au patibulum à notre époque, ce que confirme le témoignage, qui est très abondant et très grave. Ainsi en était-il, Major est la peine de la croix que du patibulum, bien que le patibulum soit porté sur les épaules ; la croix était plus grave, et d’un long supplice ; et, après qu’ils les eurent fixés à la croix, le Vendredi, et qu’ils les y eurent laissés, pour qu’ils ne demeurassent pas sur la croix pendant le Sabbat, les jambes furent brisées, parce que, le bois soutenant, ils mouraient plus vite.

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Saint Augustin aussi l’appelle, à cause de la durée du supplice, le plus dur des supplices et un genre de mort très difficile, parce qu’aucun n’était plus cruel. « Le supplice, dit-il, était d’autant plus dur qu’il faisait souffrir plus longtemps ; et les crucifiés étaient consumés par une mort lente. » En un autre endroit il ajoute : « Cette mort fut la plus cruelle entre tous les genres de mort. » De là vient que la croix elle-même est appelée une mort amère, parce qu’elle tourmente longtemps ceux qui y sont attachés, comme le dit Sénèque : « La cruauté la plus acerbe est celle qui prolonge la peine, et il y a une sorte de miséricorde à tuer promptement, puisque le dernier supplice met fin aux tourments. » 3. Et il ne faut pas omettre ce qui accroissait la cruauté extrême de la croix : on la dressait dans des lieux élevés et fréquentés, sur les collines et le long des voies publiques, afin que le condamné à la croix fût regardé par tous avec plus grande ignominie. Quintilien rapporte cela, ajoutant que c’était fait pour que les hommes fussent davantage émus par le spectacle du peuple et retenus par la crainte. « Chaque fois, dit-il, que nous crucifions, nous choisissons les routes les plus fréquentées, où le plus grand nombre puisse voir et être effrayé par cet exemple. » Nous avons la même chose chez Cicéron, lorsqu’il explique que la croix de Pompée fut placée sur la voie publique ; et l’autorité de Cornelius Tacite confirme cette opinion. Ainsi la croix du Sauveur fut dressée sur le mont du Calvaire, comme en un lieu public, parce qu’il dominait les autres, ce que Politien observe lorsqu’il dit : « Jésus notre Seigneur et Sauveur fut attaché au supplice de la croix sur le mont du Calvaire, en un lieu public et éminent. » 4. Le titre ajoutait encore à l’ignominie de la croix, puisqu’il faisait connaître la cause du supplice. Nous le recueillons de Suétone, qui mentionne ce titre qu’on plaçait devant ceux qui étaient condamnés à la croix ; et Dion l’explique aussi en ces termes : « La cause de la mort était indiquée par des lettres. » Les auteurs ne manquent pas qui rapportent cela. Il en fut de même dans la mort du Sauveur Jésus très innocent : on peut le conclure de plusieurs passages de l’histoire sacrée évangélique, car les pontifes des Hébreux, afin de manifester davantage leur perfidie et leur cruauté, voulurent marquer sa mort d’une plus grande ignominie, s’efforçant de faire inscrire sur le titre qu’il avait aspiré au royaume des Juifs. 5. Mais puisque réellement il était leur Roi, ce fut par divine providence que Pilate ordonna d’écrire : Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs ; et il ne voulut jamais que cela fût changé, ni par leurs instances ni par leurs prières, mais répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » Ainsi s’accomplit ce que Dieu voulait confirmer en lui, ce que les Psaumes avaient annoncé : « À la fin, ne détruis pas », c’est-à-dire ne l’efface pas. Ainsi saint Augustin interprète ce titre du Sauveur comme ayant été prédit par le Prophète. À cette interprétation souscrivent aussi Cyrille, Isidore et Euthyme…

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auxquels Théophylacte aussi souscrit, et ils rapportent tout cela à la providence divine. Or que ce titre ait été conçu par la providence divine et fixé à la croix, saint Cyprien le prouve par un témoignage éclatant : « Ponce, dit-il, Pilate, l’esprit inspiré de Dieu, reçut la tablette, et écrivit le titre en trois langues, et fixa avec des clous au sommet du bois la tablette portant le nom du Roi des Juifs. » 6. Du reste, ce titre convenait très bien au Sauveur, comme à celui qui devait conduire en triomphe ses ennemis au très grand Roi ; surtout puisque l’antique usage voulait que, dans les triomphes, on élevât des arcs, et qu’on y inscrivît des titres portant le nom, la patrie, la dignité et les peuples vaincus du triomphateur pour sa louange. De là vient qu’au Roi très saint du ciel et de la terre, qui triomphait du démon, de la mort et du péché, ils élevèrent l’arc de la croix, et, le titre y étant fixé, ils firent inscrire le nom de Jésus, sa patrie de Nazareth, sa dignité royale, et même les Juifs ses sujets. 7. Peut-être un oracle d’Isaïe fut-il excité par un tel titre : « En ce jour-là, il y aura un autel du Seigneur au milieu de la terre d’Égypte, et un monument du Seigneur près de sa frontière ; et il sera pour signe et pour témoignage au Seigneur ; et il leur enverra un Sauveur et un défenseur qui les délivrera. » 8. La croix ayant donc été disposée de cette manière, soit afin que le coupable pût plus aisément être attaché avec des clous, soit pour lui infliger une plus grande ignominie, on le dépouillait entièrement de ses vêtements, et ainsi dénudé il était étendu sur la croix ; les bras déployés et les mains placées aux endroits où elles devaient être clouées, il était crucifié. Parfois aussi la croix elle-même était étendue à terre, et sur elle le coupable était cloué, tantôt par trois clous, tantôt par quatre, le plus souvent par davantage, comme le rapporte Antoine Gallonius. Quelquefois aussi la croix étant fixée en terre, et les mains tirées par des cordes, les pieds étant également amenés aux lieux où ils devaient être cloués, on les crucifiait ainsi. 9. Cette coutume de dépouiller les condamnés est attestée par Artémidore, qui dit : « La crucifixion était très ignominieuse, parce qu’ils étaient réduits à la pauvreté, étant crucifiés nus. » Nous lisons aussi de Denys le Martyr qu’ayant ôté ses vêtements, les yeux levés vers le ciel et rendant grâce à Dieu, il se coucha sur le bois où il devait être attaché par des clous. 10. Toutes ces choses ont été accomplies en Jésus-Christ, car ses vêtements furent enlevés ; d’où l’on conclut assez clairement que les soldats se partagèrent entre eux ses habits, ce que rapportent les Évangélistes et que saint Bonaventure rappelle, observant que le Sauveur fut alors dépouillé une troisième fois : « Ils le dépouillèrent, dit-il, et ses entrailles, à cause de la grande multitude de coups reçus, retentissaient, brisées par les plaies et les chairs lacérées. » Landulphe atteste la même chose.

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Mais le prophète Michée a annoncé la nudité du Sauveur : « Je marcherai, dit-il, dépouillé et nu, je ferai lamentation. » Cela avait déjà été figuré dans la nudité de Noé ; car il est écrit à son sujet : « Il était nu dans sa tente. » Ainsi l’interprète saint Cyprien : « Nous comprenons, dit-il, que dans la Genèse, au sujet du sacrement, la Passion du Seigneur a été figurée en ce qu’il était nu. » Avec saint Cyprien sont d’accord les autres Pères, principalement saint Augustin, Rupert abbé et Eucher.

·  Or il convenait tout à fait que le Christ crucifié fût dépouillé, afin que, de même que le premier Père de tous avait habité nu dans le Paradis, ainsi aussi le second Adam, lorsqu’il subissait le supplice de la Croix étant dénudé, entrât dans le Paradis qu’il devait ouvrir. Comme le rapportent saint Athanase et saint Ambroise : « Il fallait, lorsque l’homme était introduit dans le Paradis, qu’il déposât les tuniques qu’Adam avait reçues lorsqu’il fut chassé du Paradis. » Et tel l’homme avait habité nu dans le Paradis, tel le second y entra.

·  Ainsi donc, le coupable, les mains étendues sur le bois transversal de la croix et les pieds placés sur la partie antérieure, sur le montant dressé en longueur, était fixé par des clous. Sénèque et Artémidore en témoignent ; l’un lorsqu’il dit : « Vous voyez les croix, sur lesquelles chacun attache lui-même ses propres clous » ; l’autre lorsqu’il use de ces mots : crucifixion, fixation par les clous. Et nous n’avons pas seulement par eux la preuve que cette coutume était en usage, mais aussi par d’autres, et surtout par Covarruvias, qui démontre très clairement que les crucifiés étaient fixés par des clous : « Les crucifiés, dit-il, chez les Romains, étaient attachés par des clous. » Or la manière de crucifier était telle : ils fixaient d’abord une main, puis l’autre, d’abord la droite, ensuite la gauche. 14. Ainsi, dans le Sauveur attaché à la Croix, la main droite fut fixée la première, comme le rapporte sainte Brigitte ; et de plus cela est attesté tant par l’archidiacre que par Jean Monolonios. 15. Ensuite ils clouaient les pieds, de telle sorte qu’ils superposaient l’un à l’autre. Et telle était la coutume de crucifier. 16. Souvent aussi la coutume prévalut de lier aux croix les condamnés attachés par des cordes, afin qu’ils fussent tourmentés plus longtemps par la cruauté du supplice avant qu’il ne leur arrivât de mourir ; comme nous lisons que le proconsul ordonna que saint André, lié à la croix en Achaïe, où il avait été frappé de verges, fût attaché : « Le proconsul, après l’avoir fait battre de verges, ordonna qu’il fût crucifié, prescrivant expressément aux bourreaux que, les mains et les pieds liés, et non attachés par des clous, ils le suspendissent, afin qu’il souffrît plus longtemps dans le supplice. » Ainsi Abdias a laissé écrit que le glorieux Apôtre survécut deux jours entiers. De plus, comme le rapporte Eusèbe, certains martyrs en Égypte furent mis à mort par la faim de cette manière. D’autres encore, comme les saints Timothée et Maura, demeurèrent suspendus vivants neuf jours à la croix ; Justin l’a aussi consigné par écrit..

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attaché au patibulum, au milieu du forum, montra avec grand courage la cruauté des citoyens, afin que, depuis la haute croix, comme d’un tribunal, il dénonçât les crimes énormes.

Ainsi donc, dépouillé de cette manière, les mains étendues, mais fixé par des clous, le Christ Jésus notre Seigneur fut suspendu à la croix ; et de la même manière il a supporté nos fautes et nos manquements, ainsi que tout ce qui empêchait notre salut. Car ainsi saint Grégoire de Nazianze écrit : « Les clous furent enfoncés contre les mains, et les mains étendues contre la main ; celle qui fut étendue contre celle qui avait été étendue ; le bois contre le bois ; les mains contre la main, qui s’était étendue dans le Paradis vers Adam ; la lance contre le côté, qui avait été frappé ; la couronne d’épines contre l’empire de l’orgueil ; la mort contre la mort ; les ténèbres contre la lumière ; la sépulture contre celui qui avait été enseveli dans la terre ; et la résurrection pour notre résurrection. »

Ici, pieux lecteur, joins les douleurs du Christ aux douleurs de la Vierge Mère, si tu le peux ; car un glaive de douleur transperça son âme lorsqu’elle vit son très cher Fils dépouillé, les bras pendants étendus sur le bois, fixé par des clous en ce lieu même où jadis elle l’avait tenu enveloppé de langes et l’avait serré dans ses bras très doux ; et en ce lieu de joie, qui était couvert de vêtements, comme si sa main l’avait façonné, elle le vit maintenant exposé aux regards de tous, et les soldats se partageant ses vêtements. Ainsi saint Cyrille dit : « Le Maître fut mis à nu, et le triomphe du Christ fut offert en spectacle devant la mère et les femmes. » Qui pourrait ne pas s’écrier ? Comme Michée avait prophétisé au sujet du Fils : « Je marcherai dépouillé et nu. » Là se trouvait sa mère, et elle l’entendait ; « Mon fils, fais entendre des voix lamentables, et tu peux appeler ton père au milieu des douleurs et des gémissements : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Toi aussi, pieux lecteur, considérant le Christ dépouillé, frappant ta poitrine, supporte avec patience et, surtout, accueille avec empressement les peines les plus cruelles, contemplant la Mère malheureuse, lorsque la condition misérable de son Fils très aimé, né pour le salut, se présentait à ses yeux.

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Du frère

Daniel Mallonius,

Éclaircissements sur la Flagellation.

Au chapitre sixième.

D. La croix devant être fabriquée de telle sorte qu’elle fût adaptée, je ne veux cependant pas omettre, puisqu’il existe diverses manières de la fabriquer ; et les anciens, comme les Japonais et les Artificiers, diffèrent beaucoup en cela ; quant à la forme propre et la plus commune, non seulement celle de la croix, mais aussi sa structure, a été expliquée, et l’on y a ajouté de nombreux mystères nouvellement découverts. C’est pourquoi, dans le premier livre (comme dans l’Épître à Aloysius Frois à Claudius Aquaviva), nous avons déclaré que les croix se fabriquaient de diverses manières ; surtout Lipse l’a montré avec grand soin dans son livre De Cruce, où il distingue la croix simple et la composée : la simple, d’un seul bois, comme d’un arbre ; la composée, de deux bois. La composée, en effet, représente en forme de croix la lettre grecque X, qui est faite d’un montant dressé et d’un court bois transversal. Mais la lettre grecque T représente celle qui est faite d’un montant dressé auquel est fixé un bois transversal supérieur, et un autre montant dressé représente celle qui est faite d’un montant dressé auquel est fixé un bois transversal supérieur ; et le montant dressé a cette raison. Certes, Lipse, qui a recherché avec curiosité les diverses manières de fabriquer les croix, les a exposées en trois livres De Cruce. Mais bien que la structure de la croix soit multiple, cela ne porte aucun préjudice à notre propos, puisque cette structure existait fréquemment chez les anciens, et que cela a été expliqué avec soin par Lipse sans omission.

Dans cette structure, cependant, le bois transversal était communément appelé patibulum ; et parfois on ajoutait un autre bois inférieur, d’où l’on fixait les pieds ; et parfois le bois transversal inférieur était plus court, comme il convenait, parce que les pieds étaient proches. Et comme la vraie croix apparut ainsi, elle devint la figure de ce que les crucifiés pouvaient supporter sur la croix et l’instrument des supplices. Cette manière de crucifier était telle que, les vêtements ôtés, ils fixaient d’abord les mains avec des clous, et ensuite les pieds ; et les mains étant fixées par des clous, ils attachaient les pieds au bois transversal inférieur avec des liens ; ou bien, les mains étant fixées par des clous, ils liaient les pieds avec des clous, et ainsi ils crucifiaient. Le bourreau, ayant tiré le glaive du fourreau, perçait le côté, afin que, le sang étant répandu, ils pussent confirmer que le crucifié était mort. Telle était la forme et la structure de la croix, qui était appelée celle des crucifiés, lorsque cette structure était semblable à celle décrite par Lucain.

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À Lucien, dans un jugement littéraire, nous avons averti combien cette fabrication était pernicieuse ; et, en vérité, dans cette multiplicité de différences de la croix, quelqu’un pourrait à bon droit être frappé.

Quelle fut donc la croix sur laquelle le Christ fut attaché ?

Il est certain qu’elle ne fut pas comme celle d’André, mais qu’elle fut composée, afin que je parle plus clairement, d’un bois transversal dressé en hauteur, dont l’extrémité supérieure dépassait ; et il ne paraît pas difficile d’en montrer la raison. Et certes, puisqu’il a été dit plus haut, il semble facile de confirmer que nous avons ailleurs montré que la croix Tau était figurée par un signe. Jérôme avertit avec pénétration, au chapitre 9 d’Ézéchiel, que chez les Hébreux anciens le signe Tau avait la forme de la croix. Bède, dans les Questions sur la Genèse, parlant de la victoire d’Abraham, dit qu’il fit un signe semblable au Tau. Voragine, dans le sermon sur la Passion du Seigneur, dit que rien ne dépassait du bois transversal, sinon le petit écriteau du titre. Guillaume Pepin enseigne la même chose dans la septième station du Christ souffrant. Une conjecture probable de certains est que Moïse, dans le désert, soutint un bois exprimant la figure du Tau, et que la tête du serpent d’airain qui en dépassait complétait la figure de la croix.

Il est aussi probable que la croix du Christ eut cette forme. Et il semble que l’Apôtre n’ait pas fait allusion à autre chose lorsqu’il dit aux Éphésiens 3 : « Afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur. » Les quatre extrémités indiquent les quatre bras de la croix. Cela correspond aussi à ce qu’Irénée dit au livre 2 contre les hérétiques valentiniens, chapitre 42 : « L’habitus et la figure de la croix ont cinq extrémités, deux en longueur, deux en largeur, une au milieu, en laquelle repose celui qui est attaché par les clous. » Justin, dans le Dialogue avec Tryphon, et Damascène, livre 4 de la foi, chapitre 12, disent : « Les quatre extrémités de la croix se rejoignent au milieu. » Rufin, dans le Symbole, dit : « Nous élevons vers le ciel le signe de la croix ; tel Constantin le peignit sur ses labara et ses enseignes militaires. » Cyprien, dans le livre sur les monts Sinaï et Sion, dit : « Pilate, l’esprit inspiré de Dieu, écrivit le titre en trois langues et fixa au sommet du bois la tablette portant le nom du Roi des Juifs. » Bernard, sermon 65 sur le Cantique, dit : « Le Christ, dans sa Passion, montra la patience, recommanda l’humilité, accomplit l’obéissance, manifesta la clarté. Ces quatre vertus sont figurées par les quatre extrémités de la croix ; et au-dessus de toutes est la charité ; à droite l’obéissance, à gauche la patience ; en profondeur la racine de l’humilité. » Et dans le sermon sur les fleurs il dit : « La croix est la foi ; sa largeur la charité ; sa longueur la longanimité ; sa hauteur l’espérance ; sa profondeur la crainte. »

Quant au bois transversal fixé en travers, etc., il a été suffisamment dit plus haut au chapitre 4 des figures de la croix.

Et afin que personne ne dise que la croix était quelque chose de privé, etc., Aristote disait que les peines étaient des médecines de la République ; c’est pourquoi ceux qui étaient crucifiés l’étaient publiquement et dans des lieux très fréquentés ; et souvent ils étaient laissés longtemps afin d’être un exemple pour les autres, et même pour la terreur, comme le dit l’Apôtre en 1 Timothée 5 : « Reprends publiquement celui qui pèche, afin que les autres aient de la crainte. » C’est pourquoi le patibulum fut appelé ainsi, non tant parce qu’il fallait y souffrir, que parce qu’il était exposé au regard de tous. Polybe, livre 5, décrivant la crucifixion de Molon, dit : « Le roi voulut qu’il fût crucifié dans le lieu le plus en vue de tous. » C’est pourquoi Cicéron, dans la cinquième oraison contre Verrès, dit, parmi les autres crimes de Verrès, qu’il avait placé la croix sur un promontoire élevé…

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où elle pouvait être vue de tous ; car le pape Clet désigna des titres qu’il voulut transférer ailleurs. Le mont du Calvaire, entre l’Occident et le Septentrion, s’élevait modérément au-dessus de la ville de Jérusalem, comme le rapportent Jérôme dans le livre des Lieux hébraïques et Adrichomius dans le Théâtre de la Terre Sainte et dans la description de Jérusalem, numéro 35.

Or le titre augmentait l’ignominie de la croix ; et puisque nous allons traiter du titre, tirons le commencement de la signification du nom, afin que notre discours ne soit pas rendu incertain par l’ignorance du nom et par la multiplicité de ses significations. En effet, le mot titre est équivoque : bien qu’il ait une seule forme, il signifie cependant beaucoup de choses. Titre, en latin, en grec τίτλος, est un nom tant ecclésiastique que séculier : ecclésiastique, certes, car dans l’Église ancienne on appelait titres les monuments sacrés ; ce que nous voyons assez clairement dans les actes de Jacob, lorsqu’ayant vu cette échelle mystique, il consacra le lieu, érigea une pierre en titre et versa de l’huile dessus. Genèse 28 et 31 : il dressa un monceau de pierres en témoignage, qu’il appela titre, et un tumulus témoin ; et Genèse 35 : Jacob érigea une pierre en ce lieu où Dieu lui avait parlé. Exode 24 : lorsque Dieu parla à Moïse et aux soixante-dix anciens qui avaient vu Dieu, ils érigèrent douze titres. C’est pourquoi Dieu, au Lévitique 26, condamnant l’idolâtrie, interdit d’élever des titres aux dieux, disant : « Vous n’élèverez pas de titres. » Nombres 33 : « Détruisez leurs titres et leurs statues. » C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, les titres étaient appelés titres de l’Église. Prudence, dans l’hymne 2 sur les Passions des Apôtres, dit : « Il semble voir le titre de Paul près d’Ostie. » Plus tard, ce mot fut appliqué, et les dignitaires eux-mêmes de l’Église furent appelés titres ; ainsi ceux que le pape Évariste éleva au nombre des presbytres, et qui encore aujourd’hui dans l’Église, auprès desquels les cardinaux sont promus, sont appelés titres. Bien plus, lorsqu’on est initié aux choses sacrées, on est dit être initié à un titre de bénéfice, de patrimoine ou de religion.

Parfois aussi des sépulcres illustres furent appelés titres, comme au quatrième Livre des Rois, chapitre 23 : « Interrogé le roi Josias : Quel est ce titre que je vois ? » Et la réponse fut : « C’est le sépulcre de l’homme de Dieu. » Parfois le titre fut appelé signe de la croix, parce qu’il était dressé dans les lieux sacrés ; ainsi nous le déterminons dans la loi C. de Episcopis et Clericis, nouvelle 117, chapitre 7. Et le titre est aussi un nom séculier ; parfois il signifie la cause que quelqu’un possède, car on dit qu’il possède en vertu d’un titre d’hérédité, ou d’un titre d’achat, ou de donation, etc. Parfois les biens des princes étaient marqués d’un signe public qu’on appelait titre. C’est pourquoi, dans la loi Si quando, C. de bonis vacantibus, livre 11, l’empereur dit : « Les biens qui par l’addition d’un titre doivent être consacrés à nos trésors, seront proposés par une publication publique. » Saint Augustin, dans l’exposition du psaume 21, dit : « Que personne n’ose inscrire les titres d’autrui sur ses biens, ni les titres sur les biens d’autrui. » Il veut dire que si quelqu’un, par la force ou la fraude, veut s’approprier la maison d’autrui, comme si elle lui appartenait en vertu d’un titre, il sera puni par l’autorité publique. Nous croyons donc que ces titres étaient comme des insignes de puissance, que chacun attachait aux portes de sa maison, afin de montrer que sa demeure était sous la protection d’un puissant ; et que ces insignes étaient munis de lettres et de noms du puissant.

Parfois un titre était fixé aux sépulcres comme épitaphe ; ainsi on lit que les soldats d’Auguste placèrent un titre au tombeau de Cordanus, écrit en lettres grecques, latines, persiques, judaïques et égyptiennes, afin qu’il fût lu de tous. Parfois, pour toute inscription placée au-devant…

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… placé en tête des choses. Ainsi Thésée, mourant de ses blessures et de l’effusion de son sang, est rapporté avoir écrit un titre sur un trophée en ces termes : « Les Lacédémoniens aux Argiens », comme le rapporte Stobée dans les Florilèges. Mais, pour ce qui concerne notre propos, par titre nous devons entendre la cause de la condamnation et de la mort : car lorsque Jean parle du titre, Luc l’appelle inscription, disant : « Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui. » Matthieu l’appelle cause, disant : « Ils mirent au-dessus de sa tête sa cause écrite. » Marc, Jean et Matthieu, réunissant ces paroles, disent : « Le titre de sa cause était écrit. » D’où l’on voit clairement en quel sens le mot titre est pris par les Évangélistes. La raison pour laquelle le titre était porté devant ceux qui étaient condamnés au supplice est celle-ci : parce qu’il paraissait si inhumain, si barbare et si contraire aux lois de l’humanité de tuer un homme ou de l’attacher à un supplice infâme, qu’on voulait, par l’horreur de la mort, frapper les esprits des hommes, afin que l’on comprît surtout combien la nature humaine répugne à une mort sans motif. C’est pourquoi, si parfois la mort était infligée pour un grave délit, afin que le prince ne parût pas exercer la tyrannie, on plaçait un titre qui révélait la gravité du crime et indiquait que ce n’était pas par haine du prince que le citoyen était puni, mais que la justice, à cause de l’atrocité du délit, exigeait un tel supplice. En outre, la cause de la mort n’était pas toujours écrite, mais parfois elle était proclamée par la voix du héraut ; et non seulement quand le supplice capital était infligé, mais aussi quand un autre supplice grave était ordonné. Le titre qui indiquait la cause de la mort est mentionné par Eusèbe de Césarée au livre 5 de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 3, où il dit : « Lorsque saint Attale fut conduit dans l’amphithéâtre, un titre le précédait, sur lequel était écrit : Attale le Chrétien. »

Que la cause de la mort fût parfois indiquée aussi par la voix sans écritures est attesté par Lampridius dans la Vie d’Alexandre ; car lorsqu’il ordonna qu’un homme fût étouffé par la fumée, il prescrivit au héraut de crier souvent à haute voix : « Qu’il soit étouffé par la fumée, celui qui a vendu la fumée. »

Que le titre écrit précédât aussi le condamné, même lorsqu’il lui était attaché au cou, est rapporté par Suétone dans la Vie de Caïus, chapitre 32 : « Les mains liées derrière le dos, et ce qui était placé sur la poitrine, ils le faisaient porter devant eux, avec le titre qui indiquait la cause du supplice, et ils le conduisaient au milieu des festins entourés de convives. »

Que la cause du supplice fût aussi rendue publique par la voix sans écrit, Horace l’atteste dans l’Épode 6 : « Sous ces fouets, héraut du crime admirablement puni. »

Le titre placé sur la croix du Christ indiquait la personne, la patrie et la cause de la mort. Jésus : voilà la personne. Nazaréen : voilà la patrie. Roi des Juifs : voilà la cause. Les Juifs demandaient que cela fût indiqué plus clairement, disant : « N’écris pas : Roi des Juifs, mais : Celui-ci a dit : Je suis roi des Juifs. »

Que le titre ait été écrit en trois langues.

Or, que le titre fût écrit en trois langues, en hébreu, en grec et en latin, nous le lisons dans les Évangiles ; et l’on doit penser que le titre fut écrit en partie en hébreu, en partie en grec, en partie en latin ; mais que le titre entier fut écrit tout entier en hébreu, tout entier en grec et tout entier en latin, comme l’affirme Jean. Quant à la raison pour laquelle le titre fut écrit en plusieurs langues, elle est facile à indiquer : c’était afin qu’il fût lu par un plus grand nombre. Car, comme il est dit au livre des Actes des Apôtres, chapitre 2 : « Il y avait à Jérusalem des hommes habitant de toute nation qui est sous le ciel » ; et puisqu’ils différaient par la manière de parler et d’écrire, il convenait que le titre fût écrit en diverses langues, comme aussi les Apôtres parlèrent en diverses langues au jour de la Pentecôte.

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Nous lisons en effet que les soldats d’Auguste placèrent au tombeau de Gordien un titre écrit en lettres grecques, latines, persiques, judaïques et égyptiennes, afin qu’il fût lu de tous. Mais pourquoi principalement en trois langues, judaïque, grecque et latine ? Certains répondent que ces nations étaient alors plus illustres et plus nombreuses que les autres qui habitaient Jérusalem. Mais Sédulius y voit un mystère trinitaire. Prudence ajoute que ces trois nations étaient plus ardentes à recevoir la foi du Christ.

Pourquoi le titre fut-il écrit d’abord en hébreu, ensuite en grec, enfin en latin ?

Le très érudit et très absolu chef de nos historiens de ce temps, le cardinal Baronius, à l’an du Christ 16, semble penser que l’inscription latine fut placée en premier lieu, s’appuyant sur l’autorité du pape Nicolas dans l’épître à Michel, que l’on trouve au tome 3 des Conciles. Car lorsque cet empereur se glorifiait de la langue latine, le Pontife répondit : « Bien que la langue latine diffère de l’hébraïque et de la grecque, dans le titre du Seigneur elle tient le premier rang, annonçant à toutes les nations le Roi Nazaréen des Juifs. » Toutefois, en l’an du Christ 34, numéro 19, il explique plus clairement son sentiment, montrant comment la langue latine est dite placée en premier lieu, en tant qu’elle tient la dignité principale. Cependant, puisque dans la partie du titre qui nous est rapportée par Jean, il est dit : « Il était écrit en hébreu, en grec et en latin », il enseigne que la langue latine fut placée au troisième lieu, dans cet ordre même que Jean rapporte, et que néanmoins elle obtint la place d’honneur, bien qu’elle fût la troisième dans l’ordre. Car, comme le montre très bien Jean Gresselius au livre 1 De Cruce, la dernière place était la plus honorable chez les Romains. Cela est confirmé par le cardinal Baronius lui-même, d’après ce qui se faisait au théâtre, où le lieu le plus bas appartenait aux sénateurs, le plus élevé au peuple ; et dans les triomphes, la dernière place, parce qu’elle était la plus noble, appartenait à l’empereur. Dans le triclinium aussi, la dernière place était la plus honorable ; de même chez les Romains, ce qui était placé en dernier était tenu pour le plus digne d’honneur et de majesté. C’est pourquoi ils voulurent que la langue latine, unie aux autres, fût ornée de la place d’honneur, à savoir la dernière. Valère Maxime, livre 2, chapitre 2 ; Suétone dans Claude, chapitre 18 ; Dion, livre 57 de l’Histoire romaine, en témoignent. C’est pourquoi Josèphe, Antiquités, livre 14, chapitre 17, atteste que les rescrits des Romains à Hyrcan furent écrits en grec et en latin, d’abord en grec, ensuite en latin. D’où l’on conclut qu’il y eut une considération de ceux qui affirmèrent que le titre fut écrit par Pilate pour une plus grande confusion des Juifs. Guillaume Pepin, dans la septième station du Christ souffrant, dit qu’il plaça en premier lieu la langue hébraïque, comme plus méprisable, ensuite la grecque comme plus honorable, enfin la latine comme la plus noble de toutes.

Ajoutons donc à la doctrine prudente de Prudence, lorsqu’il dit que le Christ voulut que le titre fût écrit en triple langue, parce que ces trois nations étaient plus disposées à recevoir sa foi ; et que le Seigneur voulut que, parmi les peuples voisins, ceux qui étaient les plus aptes à recevoir sa foi et à l’honorer fussent mentionnés en premier, à savoir le latin, ensuite le grec, enfin l’hébreu. Qu’y a-t-il d’étonnant si, placé au sommet de la croix, le Christ tournait aussi son visage vers l’Occident, que le peuple latin habitait ? Nous ajoutons encore de plus grands mystères, que certains religieux et pieux frères mineurs…

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qui se disent simples, mais dont la doctrine n’est pas simple. Ainsi donc, dans l’histoire de la Passion du Seigneur, les mystères de ce titre doivent être expliqués : le titre fut écrit en triple et fameuse langue, en hébreu, en grec et en latin ; les Hébreux avaient le sacerdoce et la théologie ; les Grecs, la philosophie et la sagesse ; les Latins, l’empire et la monarchie. Le Christ donc, comme vrai Prêtre, s’est offert lui-même en sacrifice ; comme Théologien suprême, il a amplifié mystiquement son nom Jésus : comme sage, il a vaincu le Diable par l’art divin, c’est pourquoi Nazaréen, c’est-à-dire fleuri en sagesse ; comme Roi et Monarque, il a été établi Roi sur Sion, sa montagne sainte, et Roi en miséricorde. Il professe aussi une piété céleste, disant : « Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font », et il se déclare Roi des Juifs. En outre, puisque les Juifs demandaient des signes, les Grecs la sagesse, les Romains l’empire, le Christ voulut être signe pour les Juifs, sagesse pour les Grecs, empire pour les Latins. Admirable vertu de ce titre : on rapporte en effet qu’une femme pieuse, lorsqu’elle allait se coucher pour dormir, traçait sur son front ce titre en commun, en mémoire de la Passion du Christ. Après sa mort, on trouva sur son front inscrit en lettres d’or le titre du Christ : Jésus Nazaréen, Roi des Juifs.

Comment le titre fut placé sur la croix.

Je vois qu’il est douteux parmi les auteurs si le titre fut partie intégrante de la croix, en sorte que ces paroles écrites par Pilate fussent gravées dans le bois même de la croix, ou bien si une tablette fut apposée et fixée à la croix au-dessus de la tête du Christ. Maldonat, au chapitre 27 de Matthieu, dit que la chose est incertaine, bien que l’opinion commune soit plus probable, à savoir qu’une tablette fut fixée. Pour ma part, je n’embrasse pas cette doctrine en tant qu’elle dit que la chose est incertaine ; car je crois qu’une tablette fut apposée à la croix, comme on peut le recueillir de l’Évangile de Jean, lorsqu’il dit : « Pilate écrivit aussi un titre et le plaça sur la croix. » De plus, à Rome, dans l’église de la Sainte Croix de Jérusalem, on montre une forme quadrangulaire qui est dite être le fragment de cette tablette. Enfin, puisque dans l’union de la croix le titre fut joint à la croix, il ne fut pas intégré au bois même, ainsi que le rapporte Rufin, Histoire, chapitre 7. Quant à la manière dont il fut fixé à la croix, saint Cyprien l’enseigne dans le livre des monts Sinaï et Sion, disant : « Pilate, l’esprit inspiré de Dieu, reçut la tablette, écrivit le titre en trois langues et fixa avec des clous au sommet du bois la tablette portant le nom du Roi des Juifs. » Certains manuscrits portent : « et il fixa la tablette avec trois clous. » On lit aussi chez sainte Brigitte, livre 4, chapitre 70 : « La tablette fut fixée avec un seul clou au sommet des deux bras de la croix, au-dessus de la tête. »

De là le pieux contemplateur trouvera une nouvelle matière de douleur et de tristesse, s’il considère combien le Christ vivant et souffrant sur la croix supporta le tremblement de la croix, lorsque le titre fut attaché à la croix avec trois clous.

Telle est la forme du titre, telle l’inscription :

« Jésus Nazaréen, Roi des Juifs. »

Dans ce titre se trouvent plusieurs mystères, puisque ces paroles y sont posées : Nom, Jésus ; Patrie, Nazaréen ; Condition personnelle, Roi ; corrélatif, des Juifs. Mais quant à la cause alléguée pour laquelle Pilate écrivit ce titre (car on dit qu’il l’écrivit lui-même, non de sa propre main, mais parce qu’il en ordonna l’inscription par son autorité), les docteurs ne s’accordent pas, et d’autres en assignent une autre raison.

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Chrysostome, homélie 84 sur Jean, dit que le Christ voulut ainsi excuser et supporter l’infamie ignominieuse d’un titre de mort honorable ; car bien qu’il fût crucifié avec des larrons, il était cependant Roi des Juifs.

Une autre cause est que ce fut pour la honte des Juifs, puisque c’était une ignominie pour une nation que son roi fût livré au supplice. C’est pourquoi Pilate leur disait : « Voici votre Roi. » Et : « Vais-je crucifier votre Roi ? » Mais comme les autres peuples auraient pu interpréter cela en faveur de Pilate, il voulut cependant publier le crime des Juifs et confesser publiquement qu’il était Roi des Juifs ; c’est pourquoi les Juifs, remarquant cela, vinrent vers Pilate en disant : « N’écris pas : Roi des Juifs, mais : Celui-ci a dit : Je suis Roi des Juifs. » Mais lui, d’un esprit obstiné, persista dans sa décision, disant : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » En quoi apparaît la suprême providence divine. Car Pilate, qui avait crucifié le Christ pour plaire aux Juifs, ne voulut cependant pas changer le titre une fois écrit.

D’autres veulent que ce fût pour confondre les Juifs et manifester leur inconstance, eux qui, peu auparavant, au jour des Rameaux, avaient proclamé publiquement le Christ Roi et inauguré solennellement sa royauté, et qui aussitôt, devenus insensés, avaient demandé qu’il fût crucifié.

D’autres disent que ce fut pour tourner le Christ en dérision, puisqu’on l’appelait en plaisantant Roi, comme lorsque les soldats, après l’avoir revêtu d’un manteau pourpre et couronné d’épines, l’insultaient en disant : « Salut, Roi ! » Puisqu’ils le faisaient Roi en moquerie, ainsi fut-il nommé Roi sur le patibulum de la croix.

D’autres encore, et c’est l’opinion la plus commune, disent que telle était la coutume des Romains : que la cause d’une mort si ignominieuse fût rendue manifeste pour la terreur des autres.

D’autres pensent que Pilate fit écrire le titre par ambition, afin d’en tirer gloire, parce qu’il avait mis à mort le Roi des Juifs, comme Adonibézek se glorifiait d’avoir coupé les mains à soixante-dix rois.

D’autres encore, parce que le Christ s’était dit Roi, et qu’il avait été écrit par Pilate : « Si tu es l’ami de César, quiconque se fait roi s’oppose à César » ; ainsi Pilate, craignant ces paroles, plaça sur le Christ crucifié le titre « Roi des Juifs », et voulut qu’il fût notifié en trois langues, afin que cela fût connu de la multitude du peuple, que tel serait aussi le sort de tous ceux qui aspireraient au royaume des Juifs.

S’il fut aussi apposé des titres aux deux larrons.

Beaucoup le nient, non seulement parmi les auteurs postérieurs, mais aussi parmi les Pères. Ainsi Chrysostome, homélie 84, et Ambroise, qui dit que dans la crucifixion du Christ la croix fut rendue illustre par le titre. D’autres cependant estiment plus probable que des titres furent aussi apposés. On argue que si seule la croix du Christ avait eu un titre, on aurait pu le reconnaître par les trous laissés par le titre.

Mais puisque véritablement il était leur Roi, etc. Lorsque l’Africain Anillus Cyprien contemplait ce fait dans le livre des monts Sinaï et Sion, il disait : « Ponce Pilate, l’esprit inspiré de Dieu, reçut la tablette et écrivit le titre en trois langues, en hébreu, en grec et en latin : Jésus Nazaréen, Roi des Juifs. » Et saint Augustin, traité 117 sur Jean, dit : « Ô ineffable vertu de l’âme et même des paroles écrites, lorsque cette voix par laquelle Pilate autrefois se faisait entendre par la bouche d’un homme, était tant de fois lue dans les livres des prophètes ! » De même que Dieu se servit de Caïphe pour prophétiser, bien qu’il ne le comprît pas lui-même, disant qu’il était avantageux qu’un homme mourût pour le peuple, ainsi il enflamma aussi le cœur de Pilate, afin que, non de lui-même, mais pénétré d’un esprit divin, il écrivît ce titre, qui ne fut jamais changé en aucun temps.

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… ne devait pas être changé. C’est donc ce qui est dit dans le Titre placé sur la croix, et que nous avons noté au Psaume 59 avec saint Augustin : « À la fin, ne détruis pas » ; c’est-à-dire, n’efface pas le nom de Jésus inscrit sur le front de la croix. Aucun titre plus excellent ne pouvait être imaginé. Que Pilate ait été poussé à écrire ce titre par une inspiration divine, on peut facilement le conclure de ce que ce titre contient quatre propositions qui empêchaient qu’on attachât le Christ à la croix. La première est Jésus, qui signifie Sauveur : s’il est Sauveur, il ne devait pas être crucifié. La seconde est Nazaréen, qui signifie fleuri et innocent : s’il est innocent, il ne devait pas être crucifié. La troisième est Roi : s’il est Roi, il ne devait pas subir le supplice de la croix. Si Jonathas fut sauvé de la mort parce qu’il était fils du roi, à plus forte raison le Roi devait-il être délivré du supplice de la croix. La quatrième est des Juifs, c’est-à-dire d’un peuple cher à Dieu et remarquable par la piété : il ne devait donc pas être crucifié. Pourquoi donc, si tant et de si grands mystères sont contenus dans le titre du Christ, n’aurait-il pas dû être changé ?

En outre, ce titre convenait admirablement au Sauveur. Lorsque le très éloquent Bernard, dans le sermon sur la Circoncision, contemplait ces noms magnifiques par lesquels le Messie est appelé en Isaïe chapitre 9, il s’émerveillait grandement que dans ces noms si doux le nom de Jésus ne fût pas trouvé, lui qui est miel dans la bouche, mélodie à l’oreille, jubilation dans le cœur ; et comme on ne le trouvait pas dans l’Ancien Testament, voici qu’on le rencontre au front de la croix, placé au premier rang. Et il ne faut pas s’étonner que les Pères de l’ancienne loi, qui disaient : « Ouvrez les cieux et descendez », et : « Venez jusqu’aux extrémités de la terre », n’aient pas trouvé ce nom ; car voici qu’au front de la croix il est écrit : Jésus Nazaréen Roi des Juifs.

Que le nom soit grand et célèbre, cela se voit en ce qu’il surpasse presque le nom ineffable de Jéhovah, comme le compare Gaïtan, livre 3 sur les Arcanes de l’Écriture, chapitre 12, disant que certains ont pensé que ce nom était le tétragramme. Nazaréen est aussi un nom propre au Christ. Il semblait à Nathanaël qu’il ne pouvait rien sortir de bon de Nazareth ; cependant ce nom contient tout bien. Chez les Hébreux il y a deux noms très semblables, mais de signification très différente, à savoir Nazer et Natzor. Le premier vient de Nazir, le second de Natzar ; l’un et l’autre conviennent au Christ : Nazir signifie consacré ou gardé ; Natzor signifie fleuri ou couronné ; ce qui convient au Christ, car il est séparé des pécheurs, fleuri en innocence, et couronné d’épines sur la croix, et de gloire dans le ciel. Jésus est donc couronné Roi des Juifs. Nazareth est aussi une ville construite en forme de couronne, comme le rapporte Adrichomius dans le Théâtre de la Terre Sainte.

Quant au titre de Roi, on pouvait douter, au sens strict, si le Christ, en tant qu’homme, était aussi Roi temporel de tout l’univers ; bien que nous affirmions qu’il est Roi et Seigneur de tous, auquel est donnée toute puissance au ciel et sur la terre, et domination sur la mer et sur les fleuves ; cependant il voulut plutôt ici être appelé Roi des Juifs : cela signifie Juifs confessants ; le Christ voulut donc être Roi de ceux qui confessent. C’est pourquoi le Psaume dit : « Moi, j’ai été établi Roi par lui sur Sion, sa montagne sainte. »

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… sur la montagne de Sion, sa montagne sainte, qui est la montagne de la miséricorde, afin qu’il fasse miséricorde à ceux qui confessent. L’ange, annonçant à Marie la conception du Christ, ajouta : « Il régnera dans la maison de Jacob. » Pourquoi ne dit-il pas dans la maison d’Abraham, de Noé ou de David ? Parce que dans Jacob furent rassemblés les fils, qui ensuite furent divisés en douze tribus, afin de signifier qu’il régnerait dans leur maison, c’est-à-dire sur ceux qui viendraient à la foi. De même Jacob fut appelé par la voix d’Isaac, bien que ses mains ne fussent pas reconnues ; ainsi le Christ voulut être reconnu Roi par la voix, lui qui par la voix est confessé et reçoit la bénédiction.

Peut-être y a-t-il aussi en ce titre une figure de la prophétie d’Ésaïe. Pour ma part, je crois que le titre du Christ fut figuré dans le titre d’Absalon (2 Rois 18), car il éleva pour lui un monument, disant : « Je n’ai pas de fils. » C’était un monument de son nom. Ainsi le Christ voulut avoir pour lui le monument de son nom. Je reconnais encore un autre mystère profond dans ce que dit Ézéchiel (chap. 39) : « Je placerai ma gloire parmi les nations. » Et peu après : « Ils verront les os des hommes et dresseront près d’eux un signe, jusqu’à ce que les fossoyeurs les ensevelissent dans la vallée de la multitude. » Il m’est permis de dire que jamais on ne vit les os d’un homme, ni le visage d’un homme parfaitement vu, comme on vit les os et le visage du Christ ; ainsi le titre fut placé, jusqu’à ce que Joseph et Nicodème l’ensevelissent.

Donc, si la croix fut composée de deux bois, comme il a été dit, et si des clous furent appliqués de deux manières, il en résulta deux façons d’y attacher les suppliciés. L’une consistait à étendre le crucifié à terre et à le fixer ; l’autre, à dresser la croix et à élever le crucifié, tiré par des cordes, jusqu’au sommet où il était attaché. De là s’ouvre un vaste champ pour une question féconde : le Christ fut-il d’abord étendu sur la croix posée à terre, puis élevé avec elle, ou bien la croix dressée, fut-il élevé et attaché en hauteur ?

Plusieurs trouvent la première opinion plus probable ; mais la seconde n’est pas sans autorité. Certains disent que le Christ fut d’abord étendu sur la croix à terre et fixé par des clous ; ensuite la croix fut élevée avec lui attaché. Ainsi Didace Stella (Luc 22), Philippe Diez (sermon 4 de la Passion), Jean d’Aquila, Antoine Panthea (livre 5 de la Monarchie du Christ, chap. 23), Jean Eck (de la Passion du Christ, considération 3), citent aussi saint Jérôme et le bienheureux Laurent Justinien. Celui-ci, dans un sermon sur la Passion, dit : « Il fut étendu les bras ouverts, fixé aux clous, élevé dans les airs. »

D’autres soutiennent l’opinion contraire. Rutilius Benzonius, dans le Miroir des Évêques, et Lipse (De Cruce, livre 2, chap. 7) enseignent que plus souvent on fixait d’abord les condamnés à la croix dressée. Nonnus, parlant du Christ, dit qu’on éleva le bois quadrangulaire et que la terre fut soulevée. Saint Bonaventure, dans les Méditations sur la vie du Christ (chap. 75), Landulphe et Nazianze décrivent le Christ conduit et élevé sur la haute croix, les mains fixées au bois transversal, puis les pieds attachés au montant. Bernard dit : « Exalté sur la croix, les mains et les pieds furent fixés. » Polybe aussi, décrivant la crucifixion d’Annibal, rapporte qu’on tira le supplicié vers la croix et qu’on éleva son corps vivant en l’y attachant.

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Les Évangélistes favorisent cette opinion, en disant que le Christ fut descendu de la croix ; car ainsi on déposait d’ordinaire seulement le cadavre de la croix, d’où l’on conjecture que la croix avait d’abord été fixée en terre. Cette manière paraît plus terrible et plus solennelle, puisque ces spectacles se faisaient sous les yeux du peuple. Térence emploie ces expressions : porter à la croix, enlever de la croix. Lis Lipse à ce sujet. Il ajoute encore que, le Christ déjà crucifié, le titre fut fixé et placé au milieu. Nicéphore, livre 1, Histoire, chapitre 30, dit : « Après qu’ils furent arrivés au mont du Calvaire, la croix y fut enfoncée, le Sauveur y fut étendu, attaché par des clous, et exposé aux regards de beaucoup. »

Mais la bienheureuse Brigitte a décrit plus clairement l’ordre même de la crucifixion du Christ. Dans le livre 7, chapitre 15, elle dit : « Lorsque je fus conduite au mont du Calvaire, je vis le Seigneur entièrement dénudé et flagellé, conduit par les Juifs au lieu du supplice, soigneusement gardé par eux ; je vis aussi un trou creusé dans le mont, et les bourreaux prêts autour pour exercer la cruauté. Alors le Seigneur se tournant vers moi me dit : Considère, car dans ce trou de pierre fut enfoncé le pied de ma croix au temps de ma Passion ; et aussitôt je vis comment là la croix était élevée par les Juifs et fortement fixée dans le trou de la pierre du mont, les bois étant joints et serrés à coups de marteau très vigoureux, afin que la croix fût solide et ne tombât pas. Lorsque la croix fut ainsi dressée et solidement fixée, on plaça aussitôt autour du montant des planches de bois comme des degrés pour monter vers le lieu où les pieds du crucifié devaient être fixés ; et, par ces degrés, les bourreaux montèrent, et au-dessus des planches disposèrent le crucifié d’une certaine manière. Après qu’ils l’eurent ainsi élevé, en montant avec lui, avec un grand effort, lui qui montait comme un agneau doux conduit à l’immolation, lorsqu’il fut sur ces planches, ils ne le lièrent pas, mais aussitôt ils étendirent ses bras, et, la main droite étant posée sur la croix, eux, avec des marteaux très durs, le crucifièrent cruellement, perçant la main par cette partie où les os sont plus forts ; et la main gauche étant tirée avec force, ils la fixèrent à la croix de la même manière. Ensuite, le corps étant encore suspendu au-delà de toute mesure sur la croix, ils mirent une planche sous ses pieds, et y fixèrent les pieds avec deux clous, et ils étendirent en croix ses membres glorieux. J’entendis aussi que presque toutes les veines et les nerfs de son corps se rompaient. Ô vue douloureuse ! car les cheveux, qui pendaient de sa tête lorsqu’il fut crucifié, étaient de nouveau rejetés en arrière, et ils frappaient sa tête très vénérable, déjà remplie ailleurs de sang, et ses yeux étaient comme fermés, et son visage et sa barbe comme baignés de sang ; et ils étaient tous rouges de ce sang. Et aussitôt les bourreaux et les soldats enlevèrent toutes les planches qu’ils avaient placées près de la croix, et la croix seule demeura dressée, et mon Seigneur crucifié sur elle. »

Bien que l’histoire des Évangiles ne rapporte pas tous les mystères de la Passion du Christ, cependant Robert d’Aquin, dans l’article 2 sur la Parascève, propose une pieuse méditation qui, à ceux qui poursuivent les mystères du Christ par de pieuses méditations, paraît très raisonnable : que le Christ, avant de monter sur la croix, se soit dépouillé de ses vêtements et, les genoux fléchis, les yeux et les mains levés vers le ciel, ait dit ces paroles ou d’autres semblables : « Père saint et éternel, me voici ton Fils bien-aimé, que je t’offre en sacrifice pour le salut du genre humain et pour la rémission des péchés. Voici mon corps prêt à être offert selon la loi, non celui d’un agneau, mais celui de ton Fils innocent. » Ces paroles achevées, il embrassa la croix, et ensuite, étendant le dos, il s’offrit comme un agneau à immoler.

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… Artémidore, etc. Bien que ceux qui étaient élevés sur la croix fussent parfois conduits vêtus et attachés ainsi à la croix, comme l’enseigne clairement Cyprien dans son épître à Pammachius, cependant qu’ils fussent le plus souvent crucifiés nus, les monuments des plus graves auteurs nous l’attestent ; c’est en effet ce qu’affirme Platon au livre 11 des Lois. Josèphe aussi, livre 19 des Antiquités, chapitre 3. Nous lisons encore que le très orgueilleux Tarquin fit attacher nus à la croix ceux qui avaient creusé les égouts, afin d’infliger à eux-mêmes la peine qu’ils avaient méritée. Lucien en parle dans Prométhée. Et non seulement nous lisons que le bienheureux Pierre fut crucifié nu, mais que son corps fut attaché nu à la croix. Cette coutume était confirmée par l’usage selon lequel les bourreaux se partageaient entre eux les vêtements des crucifiés.

Toutes ces choses furent des exemples accomplis en Jésus-Christ. Ce fut un nouveau genre d’outrage infligé au Christ que d’être exposé nu sur la croix aux regards des spectateurs ; car le Christ fut élevé nu sur la croix, comme l’atteste Nazianze dans un poème sur la Passion du Christ : « Nu, il fut cloué au bois sacré. » Ambroise (livre 10 sur Luc), Athanase (sermon sur l’image de la Passion), Augustin (livre 16 de la Cité de Dieu, chapitre 2, et livre 12 contre Fauste), Jérôme dans sa règle à Eustochium (chapitre 3) disent : « Nu Jésus, nu cherche ses amis et ses époux. » Le bienheureux Laurent Justinien, dans son sermon sur la Passion, Bernard dans ses sermons et traités sur la Passion, l’affirment aussi. Et de leurs paroles on peut conclure que Tostat, dans les Paradoxes, chapitre 24, dit que les parties honteuses du Christ furent couvertes dans le sépulcre, parce qu’on ne pouvait dire de lui, comme de ses vêtements, qu’elles furent partagées entre les soldats ; nul, si dur fût-il, n’aurait osé attaquer cela, et si quelqu’un l’avait fait, le Christ ne l’aurait pas permis. Il ajoute que le Christ, sur la croix, conserva intacts ses membres que la pudeur nous commande de cacher, et qu’après qu’il eut été descendu de la croix, ils demeurèrent ainsi. Cette parole de Tostat est cependant peu prudente.

En ce lieu, Jansénius est consulté ; et tous ceux qui brûlent d’amour divin dans leurs contemplations considèrent combien grande fut l’ignominie du Christ, puisqu’il a dit avec le psalmiste : « Ils ont opéré une œuvre de confusion. » Bien que le Christ n’eût pas la chair du péché, il eut cependant une chair semblable à la chair du péché.

Mais que les parties du corps du Christ qui causent en nous confusion fussent couvertes d’un voile, tel semble être le sentiment commun de presque tous les fidèles ; cependant Jean Gresselius, livre premier De Cruce, chapitre 22, ne le tient pas pour certain et juge plus probable qu’aucun voile ne fut employé, bien que les peintres le représentent ainsi. Mais puisque l’Église nous présente universellement les images du Christ crucifié couvertes d’un voile par pudeur, nous avons aussi un très ferme témoignage, d’autant plus grand que nier cela serait un grand scandale. Tel est ici le témoignage de la bienheureuse Vierge, qui, parlant à sainte Brigitte (livre 1, chapitre 10), dit : « Mon Fils était nu de corps ; un homme accourut et lui apporta un voile dont il couvrit honnêtement ses parties vénérables. » Et au livre 4, chapitre 7 : « Ensuite, ils mirent ses vêtements et passèrent une corde autour de ses reins, et ainsi ils le consolèrent en le liant. » C’est pourquoi Grégoire de Tours, livre premier de la Gloire des Martyrs, chapitre 23, dit que, averti par une révélation divine, un prêtre fit couvrir l’image du crucifié dans le temple, afin que des choses indécentes ne fussent pas vues.

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Mais le prophète Michée a annoncé la nudité du Sauveur ; et le bienheureux Prosper d’Aquitaine, pour enseigner la vérité de notre foi, montre que rien n’est arrivé dans la nouvelle loi qui n’ait été prédit et figuré dans l’ancienne. La nudité du Christ fut donc prédite et figurée dans l’ancienne loi ; et parmi les nombreuses figures que l’on peut rapporter à sa nudité, la plus appropriée est celle de Noé, si bien qu’aucune autre figure ne peut être imaginée plus convenable. Car Noé fut figure du Christ, comme les Pères l’enseignent communément : Grégoire, livre 1 des Morales, chapitre 12 ; Ambroise, livre sur Noé et l’Arche ; Rupert au chapitre 7 de la Genèse ; Augustin, livre 12 contre Fauste ; Origène, homélie 12 sur la Genèse. Mais expliquons brièvement cette figure dans notre discours. Noé sauve le monde par l’arche, le Christ rachète le monde par la croix ; Noé plante la vigne, le Christ l’Église ; Noé, ivre de vin, dort, le Christ, blessé par l’amour, dort ; celui-là dans sa tente, celui-ci sur la croix ; celui-là nu, celui-ci nu. La nudité de Noé est moquée par Cham, la nudité du Christ est moquée par les nations. Le Christ est pour les Juifs scandale, pour les nations folie ; mais Sem et Japhet couvrent la nudité du père ; ainsi les chrétiens adorant la croix du Christ honorent ses opprobres. Noé dormit, puis réveillé il bénit Sem et Japhet et maudit Cham ; ainsi le Christ, comme tiré du sommeil de la mort, bénit ses fils ; mais ceux qui ont tiré ignominie de sa nudité recevront l’opprobre éternel.

Et que le Christ crucifié ait été dépouillé fut tout à fait convenable. Si, en effet, dans l’état d’innocence et de pureté dans lequel avait été créé notre premier parent, Adam n’avait pas besoin de vêtements, tout vêtement eût été superflu ; car il n’était pas nécessaire de couvrir une œuvre de turpitude là où il n’y avait aucune turpitude. Adam était nu, Ève était nue, et ils ne rougissaient pas, parce qu’ils n’avaient pas encore appris le péché ; la simplicité de l’esprit, l’innocence, la justice originelle étaient leur vêtement ; il n’y avait pas non plus besoin de se défendre contre le froid ou la chaleur du soleil, car il n’y avait pas encore l’excès de chaleur et de froid, conséquences du péché. C’est pourquoi Dieu, en Genèse 8, lorsqu’il jura que les eaux du déluge ne couvriraient plus la terre, ajouta : « Tous les jours de la terre, semailles et moissons, froid et chaleur, été et hiver, nuit et jour ne cesseront point. » Ainsi, pour couvrir notre pudeur, pour nous protéger du froid et pour nous défendre contre les autres incommodités, nous avons besoin de vêtements. Le Christ donc voulut rougir, être confondu et souffrir le froid sur la croix, afin de nous délivrer de ces incommodités et de ces misères. À l’heure même où le Christ fut attaché à la croix, ou expira, selon d’autres, Adam pécha, et la honte de la nudité reçut sa peine ; le Christ donc, ayant daigné souffrir la nudité, nous rendit plus honorables que dans le paradis, puisque Adam avait été placé nu dans le paradis.

Allons maintenant vers des mystères plus cachés. Puisque la piété divine a brillé sur nous, il faut que notre zèle s’applique à expliquer le mystère de la nudité du Christ. Il est tradition constante, que nous confirmerons plus loin par des autorités très fermes, que le Christ fut étendu nu sur la croix, et regardait vers l’Occident. Que signifie cela ? Considère : lorsque Adam pécha dans le paradis, il rougit de sa nudité et se cacha en regardant vers l’Orient ; car Dieu appelait Adam et Ève, et maudissait la terre en regardant vers l’Orient. D’où le concluons-nous ? De l’autorité des Écritures : car lorsque Adam eut péché, il entendit la voix du Seigneur se promenant dans le jardin vers le soir, et il se cacha…

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… interrogé cependant par Dieu, lui répondit. Or Dieu venait de l’Occident ; donc Adam regardait vers l’Occident. Que Dieu vînt de l’Occident, on le conclut des scolies du Pentateuque hébraïque, à partir de ces paroles : « Dieu se promenait à la brise du jour. » Le jour déclinait déjà, car c’était après midi, et la brise du jour soufflait vers la partie où le soleil se couchait, puisqu’il était déjà après midi. Dieu venait donc en face de la brise, c’est-à-dire de l’Occident. Cette explication est confirmée par Lyranus et Onuphrius, comme le rapporte aussi Alphonse Tostat et Lyranus sur le chapitre 3 de la Genèse. Le Christ donc, pour apaiser le Père, qui avait maudit Adam nu en venant de l’Occident, sur la croix, nu, regarda vers l’Occident, disant : « Abba, Père, tout t’est possible. »

Ainsi donc, lorsque les mains furent étendues sur le bois transversal de la croix, etc. Que cette manière de crucifier ait été en usage chez les Romains plus que chez les autres, outre beaucoup d’autres preuves, l’exemple très clair du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, le montre manifestement. Bien que certains, hésitant en cette matière, aient enseigné que le bienheureux Pierre ne fut pas attaché à la croix avec des clous, mais lié avec des cordes, cependant il est constant, par les témoignages très fermes des Pères anciens, que le bienheureux Pierre fut attaché avec des clous. Ainsi Ambroise, sermon 68 sur Pierre et Paul, et dans l’oraison sur la dédicace des basiliques ; saint Maxime, premier sermon sur la Nativité des Apôtres Pierre et Paul ; Gaudentius, livre 3, sermon sur Zénon, numéro 47 ; le bienheureux Laurent Justinien, sermon sur les saints Pierre et Paul ; Prudence dans le Péristéphanon sur la passion de Pierre et Paul ; saint Jérôme, livre des Hommes illustres ; saint Isidore, évêque d’Hispalis, dans la vie de Pierre et Paul ; le pape Damase dans son Pontifical sur la vie des saints Pierre et Paul ; Bernard, sermon 2 dans la vigile des grands Apôtres Pierre et Paul ; Égésippe, presque contemporain des Apôtres, livre sur la ruine de Jérusalem ; saint Jean Chrysostome dans l’homélie encomiastique sur les saints Pierre et Paul, où il dit que les membres de Pierre furent percés de clous.

Il existe aussi des peintures très anciennes, surtout au Vatican, où le bienheureux Pierre est représenté attaché à la croix, ce qui confirme plus efficacement cette vérité ; non seulement parce qu’elles sont très anciennes, mais aussi parce qu’au même lieu où l’on trouve l’image, on a découvert que saint Pierre avait été crucifié. On voit encore des images des Apôtres Pierre et Paul, où leurs corps sont représentés tels qu’ils étaient jusqu’à mon temps, et on en a élevé un monument très magnifique à Sixte V, pontife suprême, dans le temple du Vatican, au-dessus du ciborium qui était sous le pontificat de Clément IX. On voit aussi une très magnifique porte d’airain sous le très magnifique portique de la même Église, fabriquée par Eugène IV au concile de Florence, dans laquelle sont sculptés les martyres des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. Cette porte est appelée dans le Pontifical romain la porte d’argent, et la plus grande du temple du Vatican ; elle est dite d’argent, parce que, comme l’enseignent Onuphrius et Serrarius d’après le livre de Pierre Manlius sur la basilique vaticane et Maffei Vegius sur les choses mémorables de la basilique vaticane, et Rutilius Sezonius, livre 3 de l’Année jubilaire, chapitre 13, elle fut revêtue de lames d’argent par le pape Honorius. Les Sarrasins les enlevèrent ; Léon IV prit soin de les rétablir ; et lorsqu’elles furent de nouveau enlevées, Eugène IV les fit en airain ; toutes choses que l’on recueille des inscriptions gravées sur cette porte. Toutes ces images très anciennes montrent le corps du prince des Apôtres, saint Pierre, attaché à la croix par des clous. Cette doctrine est aujourd’hui tenue pour universellement vraie.

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Le cardinal Bellarmin, livre 2 des Images des Saints, chapitre 27, dit que tous furent crucifiés avec des clous, et que saint André, Apôtre, fut aussi attaché à la croix par des clous. Mais nous avons montré plus haut, chapitre 4, que chez les Romains les esclaves étaient souvent attachés par des cordes et non par des clous. Quant à saint André, nous lisons expressément dans ses Actes, livre 3 de l’Histoire apostolique chez Abdias, que le proconsul ordonna aux bourreaux de l’attacher avec des cordes aux mains et aux pieds, et non de le fixer avec des clous, afin qu’il souffrît plus longtemps sur la croix.

Que les mains du Sauveur aient été fixées avec des clous, sainte Brigitte le rapporte, etc. Il convient de rapporter ici les paroles mêmes de la bienheureuse Brigitte, d’autant plus fermement qu’elles sont son propre témoignage, auquel on doit d’autant plus de foi qu’il ne procède pas de son opinion, mais de ce qui lui fut révélé par la bienheureuse Vierge. Ainsi parle la bienheureuse Vierge dans les Révélations, livre 1, chapitre 10 : « Ensuite ils prirent mon Fils et l’étendirent sur la croix. Ils fixèrent d’abord sa main droite avec des clous, qui la percèrent du côté où étaient les nerfs, et l’autre main ils la percèrent de la même manière, puis la tirant avec une corde, ils l’attachèrent au bois. » Et au livre 4 des Révélations, chapitre 70, on lit encore cette révélation : « Lorsqu’ils eurent retourné mon Fils sur la croix et étendu ses mains, ils fixèrent d’abord la droite, puis étendirent l’autre sans qu’elle atteignît le bois, et ils la tirèrent avec une corde jusqu’à ce qu’elle y parvînt. » Et au livre 7, chapitre 15, il est révélé à la bienheureuse Brigitte la manière de la Passion du Christ, comme il avait été promis au livre 1 des Révélations, chapitre 56 : « Aussitôt ils étendirent ses bras et, ayant ouvert sa main droite, ils la posèrent sur la croix, comme les bourreaux avaient l’habitude de faire, et la percèrent d’un clou à l’endroit où se trouvaient les nerfs ; puis, tirant avec une corde sa main gauche, ils la fixèrent de la même manière. » Cette coutume est confirmée par Lucien, qui dans le Prométhée, décrivant la crucifixion, écrit : « Le crucifié étend les deux mains vers les parties opposées ; s’il ne les étend pas, il est tiré et attaché par mille moyens. » Ce qui montre que ce supplice comportait cette tension.

Et ceci suffit quant à la crucifixion des mains. Passons maintenant au mystère de la crucifixion du Christ, en ce qui concerne les mains. Reconnaissons donc que le Christ a souffert pour tous nos péchés, mais principalement pour expier le péché d’Adam. Ainsi l’enseigne communément l’école des théologiens sacrés, en 3e distinction, et saint Thomas, 3e partie, question 1, article 4, et généralement les Pères, parmi lesquels brille la sentence d’or de saint Grégoire de Nazianze, qui dit que les mains du Christ furent étendues contre les mains d’Adam. Les mains du Christ, en effet, furent étendues contre les mains incontinentes d’Adam. La main d’Adam fut la première à s’étendre incontinente vers la nourriture défendue, non sans vice de gourmandise, qui pourtant tirait sa première racine de l’orgueil. Or la main d’Adam qui s’étendit la première fut la droite, car selon Aristote et l’enseignement commun des philosophes, la droite est celle par laquelle commence le mouvement. Puisqu’Adam étendit donc d’abord la droite avec incontinence, le Christ voulut que sa main droite fût la première clouée sur la croix.

Ensuite ils fixèrent les pieds, l’un sur l’autre, etc. Ces choses sont expliquées au chapitre 19. Quant à confirmer la manière habituelle, je dis ici qu’un pied fut placé sur l’autre et percé de clous ; car, d’après les peintures très anciennes qui nous sont parvenues et les images du Christ crucifié, il est certain que cela se fit ainsi…

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cela pouvait se faire de deux manières. Premièrement, de telle sorte que les deux pieds fussent superposés et transpercés par un seul clou. Secondement, de telle sorte que chacun des deux pieds fût percé séparément par des clous distincts. Quant à savoir comment le Christ fut attaché à la croix avec trois ou quatre clous, cela sera expliqué au chapitre 19.

Très souvent aussi cette coutume prévalut, etc. Cette doctrine est si certaine et confirmée par tant d’autorités qu’elle n’a pas besoin d’une plus grande preuve.

Il semblerait très dur que quelqu’un, même étendu par des cordes sur la croix, pût survivre si longtemps à un supplice si grave, et ne mourût pas ; cependant cela paraît pouvoir se croire probablement, puisque la force vitale de plusieurs est si grande que l’expérience le confirme. On lit aussi du bienheureux Pierre de l’Ordre des Mineurs, dans l’addition aux chroniques du même Ordre, qu’au Japon, mis en croix, il vécut quatre-vingts heures, prêchant la foi du Christ.

Ainsi donc, le Christ ayant souffert nu, les mains étendues, etc. Ici s’ouvre un vaste champ de contemplation pour les pieux. Quant à nous, laissant beaucoup de choses que l’on pourrait dire sur l’ampleur d’un si grand mystère à ceux qui ont été plus abondamment remplis de la grâce du Saint-Esprit, nous exposerons brièvement certaines raisons principales pour lesquelles le Christ voulut être attaché au bois de la croix.

Premièrement, d’après Athanase, dans le traité de la Passion du Seigneur, afin que la mort du Christ fût connue de tous.

Deuxièmement, d’après Lactance, livre 4 des Institutions, chapitre 26, parce qu’il souffrait pour la vie.

Troisièmement, d’après Jérôme sur le chapitre 3 de l’épître aux Galates et Damascène, livre 4 de la Foi orthodoxe, chapitre 12, parce que par le bois l’homme avait été vaincu, et par le bois aussi devait être racheté.

Quatrièmement, d’après l’Apôtre, afin de nous racheter de la malédiction de la loi, puisqu’il est écrit : « Maudit quiconque pend au bois » ; il a donc été fait malédiction pour nous.

Cinquièmement, d’après Lactance au même endroit, afin que le corps du Christ fût conservé intact.

Sixièmement, d’après Athanase, afin qu’il purifiât l’air et chassât le démon des airs.

Septièmement, parce que sur la croix tous ses membres souffraient, afin qu’il fût une expiation universelle pour notre rédemption.

Huitièmement, d’après Jean Féro, afin qu’il se constituât médiateur entre Dieu et l’homme.

Neuvièmement, parce que dans la croix se trouve la plénitude des mystères ; en elle en effet, avec tous les saints, nous comprenons quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur ; toutes choses que les Pères rapportent à de nombreux mystères dans la croix du Christ : Augustin, épître 120 et sur le psaume 103 ; Nissène, première oraison sur la Résurrection dominicale ; Basile sur Isaïe, chapitre 2 ; Damascène, livre 4 de la Foi orthodoxe, chapitre 12 ; Justin dans le Dialogue avec Tryphon ; Irénée, livre 2 contre les hérésies de Valentin et de Séquens, chapitre 42.

Dixièmement, d’après Sédulius, livre 3 des Poèmes, afin de rassembler les quatre parties du monde ; ce que d’autres expliquent en disant que, par la hauteur, il a réparé la chute des anges ; par la profondeur, il a retiré les pères du limbe ; par la droite, il a recueilli les justes ; par la gauche, il a réparé les pécheurs.

Onzièmement, d’après Jean Féro dans l’Histoire de la Passion du Seigneur, afin qu’il présentât la forme de la perfection chrétienne, qui a sa profondeur dans la foi, sa longueur dans la persévérance, sa hauteur dans l’espérance et sa largeur dans la charité.

Douzièmement, d’après Bernard, traité de la Passion du Seigneur, chapitre 4, afin d’enseigner que celui qui veut parvenir à lui doit répandre son sang et, de la croix, descendre non pas dans un linceul pur, mais dans les cœurs.

Treizièmement, d’après Jean Lanspergius, homélie 40 sur la Passion du Seigneur.

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Afin que l’espérance d’obtenir te fût donnée, il inclina la tête pour être embrassé, étendit les bras pour t’embrasser, ouvrit les mains pour te combler de biens, ouvrit le côté pour t’aimer, fixa les pieds avec des clous pour venir à toi, et par l’extension de tout son corps se livra tout entier pour toi.

Ce quatorzième motif est proposé par Nazianze comme auteur ; Athanase aussi l’a touché dans son sermon sur la Passion et la Croix, disant que le bois s’opposa au bois, la main à la main, la main fortement étendue à la main incontinente étendue, la main fixée et attachée à la main lâchée et relâchée.

Je t’admoneste donc, afin que, si le Christ a fait de telles choses pour toi, tu considères avec soin ce que tu dois faire pour son amour, afin que, comme il s’est donné tout entier à toi, tu te donnes tout entier à lui.

Ici donc, lecteur, joins les douleurs du Christ aux douleurs de la Vierge sa mère. Et si l’admirable force de l’amour s’est manifestée dans les volontaires souffrances des amis, comme saint Augustin le montre au livre 4 des Confessions, attirant son âme à exprimer son amour, avec une telle efficacité que personne ne semble l’avoir lu sans en être touché, combien plus grande fut la force de l’amour en cette Mère bénie, à qui tout ce qu’elle voyait dans son Fils semblait une mort cruelle. Son âme en effet était unie à celle de son Fils avec un si grand amour qu’il semblait qu’une seule âme vivait dans deux corps ; de là vient que quelqu’un a dit : « L’âme de l’ami est la moitié de mon âme. » Et bien que la vie d’Augustin fût pour lui très chère et que la mort lui fût amère, il lui semblait cependant que son ami n’était pas tout à fait mort, lui qu’il aimait le plus.

Ces choses sont admirables ; mais ce qui est le plus admirable encore, c’est que l’amour de la bienheureuse Vierge envers son Fils fut bien plus ardent et bien plus brûlant. Ainsi en parle-t-elle elle-même dans le livre 1 des Révélations à sainte Brigitte : « Parce qu’il naissait de moi, il me semblait que mon cœur était comme divisé, et sortait de moi. Et lorsqu’il souffrait, il me semblait que mon cœur souffrait aussi ; bien qu’une partie fût au-dehors et une partie au-dedans, celle qui était au-dehors était frappée, et celle qui était au-dedans ressentait la douleur. Ainsi, lorsque mon Fils était flagellé et blessé, il me semblait que mon cœur était flagellé et blessé. J’étais plus proche de sa Passion que quiconque ; je me tenais près de sa croix, et comme elle le blessait, moi aussi j’étais blessée ; et comme elle était proche de mon cœur, sa douleur était plus grande pour moi que pour tous les autres. Lorsque je le voyais lever les yeux vers le ciel et vers moi, ses yeux semblaient pleins de larmes ; et lorsque je voyais son visage couvert de sang, je me consumais intérieurement de douleur. Car toute sa douleur était mienne, puisque mon cœur était avec lui. »

Telle fut la force de la douleur de la bienheureuse Vierge, que ses larmes et sa douleur furent si grandes qu’elle ne pouvait retenir ses pleurs ; car voyant son Fils mis à mort, elle ne pouvait ne pas souffrir avec lui, ni ne pouvait ne pas ressentir profondément ses blessures, ni ne pouvait ne pas être transpercée par la douleur…

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… panser ses blessures : elle le voyait tout ensanglanté, disant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Lorsqu’elle voyait le sang couler de son corps, elle ne pouvait l’essuyer ; lorsqu’elle voyait les clous transpercer ses mains et ses pieds, elle ne pouvait l’en empêcher ; lorsqu’elle voyait les larmes jaillir de ses yeux, elle ne pouvait les retenir ; lorsqu’elle voyait son sang tomber à terre, elle ne pouvait le recueillir ; enfin elle voyait son Fils, et ne pouvait l’embrasser ni le baiser. Cette douleur surpassa toutes les douleurs, et il n’y eut jamais douleur semblable : « Il a été fait pour moi une affliction telle qu’il n’y en eut jamais. »

Ma fille, il serait bon de proférer des paroles de lamentation, etc. Si grande fut donc la douleur de la bienheureuse Vierge, si grande l’affliction, si grande la voix de la Mère bénie supportant les douleurs, que le Christ cria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Écoute encore les paroles de cette Mère très pieuse rapportées par sainte Brigitte au livre 4, chapitre 70 : « Mon Fils, dit-elle, lorsque je voyais que mes consolations ne pouvaient le soulager, plus je le voyais souffrir, plus mes larmes coulaient ; et lorsque je voyais son corps couvert de blessures, je ne pouvais rien faire d’autre que pleurer. » Et au livre 1 des Révélations, chapitre 9 : « Lorsque je voyais qu’il disait : Père, entre tes mains je remets mon esprit, alors moi aussi, sa très amère Mère, je remis mon esprit à Dieu avec lui. » Les douleurs croissaient ainsi en moi, car je voyais que les douleurs de mon Fils s’accomplissaient en moi ; et je considérais combien grande était la pitié, lorsque, comme Phrygien, le père pleure son fils, mais ici la Mère pleurait son Fils unique. Elle ne pouvait retenir ses larmes, et, comme si elle recueillait les larmes des autres, elle ajoutait les siennes aux leurs.

Telle fut la force de la douleur que les larmes unies à la douleur de la bienheureuse Vierge furent si abondantes qu’en voyant son Fils mourir, elle ne pouvait ne pas souffrir avec lui, ni ne pouvait empêcher ses blessures d’être ouvertes, ni ne pouvait ne pas être transpercée par la douleur.

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Alphonsi Paleoti,

Archevêque de Bologne, Explication de la Sainte Sindone.

Des plaies du Sauveur imprimées aux plantes des pieds, qui sont visibles dans la Sainte Sindone, ainsi que de la raison de la blessure médiane qui y est imprimée.

Chapitre VII

On commence à expliquer la figure de la Sindone marquée par la lettre A.

Dieu, dans l’ancienne Loi, ordonna que fût accompli le sacrifice de l’holocauste ; et de cette manière ils l’accompliraient, dit-il : “Tu offriras au Seigneur une victime immaculée, et tu la couperas en morceaux, et tu la jetteras sur le feu, et tu brûleras les graisses et les entrailles sur l’autel ; tu ne briseras aucun de ses os ; tu lavera ses pieds et ses entrailles avec de l’eau, et tu feras monter toute la victime sur l’autel en holocauste, comme une très suave odeur au Seigneur.”

Il apparaît manifestement, en considérant la Sainte Sindone, que cette figure s’est accomplie jusqu’au bout dans la personne du Sauveur ; puisque son corps, frappé par tant de coups de flagellation, fut presque déchiré jusqu’à la peau ; et que les mêmes membres, quoique non brisés, apparurent cependant comme séparés tant de fois dans la chair, comme s’ils avaient été mis en pièces ; et qu’ainsi, dans les membres antérieurs sur le bois de la Croix, brûlant d’un feu très ardent de sa charité, il exhalait vers le Père éternel une très suave odeur, qui apaisait par elle-même très justement l’indignation excitée contre nous tous.

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D’où il résulte que la Croix est comme un bois de l’amour divin brillant de charité ; et partout où, dans les choses humaines, quelque bois est appliqué — dans les mécanismes, dans la nature, dans les arts — on peut voir cette image. Ainsi saint Ambroise dit : “Il est en arrière, dans le ciel, dans les parties supérieures et dans les parties inférieures, et aussi au milieu.”

Et saint Augustin dit au même endroit que toutes les dimensions y sont notées : la largeur, dans le bois transversal auquel les mains furent étendues et fixées ; la longueur, dans ce qui, dressé à partir du sol, s’élève vers le haut. Il dit : “Nous pouvons comprendre la Croix du Christ, dont la largeur est dans le bois transversal sur lequel les mains furent étendues, et la longueur dans le bois dressé à partir du sol.” »

Revenant maintenant à l’explication de la figure de la Sainte Sindone, et descendant à la première considération des plaies du Sauveur, nous distinguons par l’intelligence les diverses parties, afin d’achever une méditation particulière et pour chaque partie ; car une telle division minutieuse entre les plaies sacrées du Christ, en méditant, nous est rendue facile, dans le Linceul, manifestement présenté à nous.

“Son oblation, dit-il, fut comme des grenades divisées en petites parties.” Ce qui peut être accommodé à notre propos, puisque nous pouvons signifier par là les plaies imprimées dans la Sainte Sindone, divisées en petites parties, et méditer chacune d’elles séparément.

Ainsi en parle Didore, lorsqu’il traite du prêtre lévitique ; et de même, en méditant les plaies du Seigneur, il exhorte à considérer toutes ces très saintes plaies du Christ jusqu’au fond

Donc, quant aux blessures qui, dans la Sainte Sindone, sont vues imprimées en un lieu déterminé, par A, désigné, et qui ont commencé dans les plaies sacrées du Christ, les clous ont peut-être transpercé ; et le sang a coulé, lavant la tunique, et s’est écoulé jusqu’aux genoux.

À partir des plantes des pieds jusqu’au sommet, il n’y a rien de sain. Comme en effet il est montré, les plaies commencent aux plantes des pieds et se concentrent jusqu’au sommet de la tête. »

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… apaisa l’indignation excitée en nous tous. 5. De là vient que la Croix est comme une torche ardente de la divine charité, partout où elle se trouve ; d’où il advient que la figure de ce bois est très souvent considérée, tant par la nature que par l’art, avec le plus grand soin, comme l’observe saint Ambroise : « La Croix, dit-il, est dans la charrue, dans le ciel, dans les quatre parties du monde, et dans les navires. » 6. Saint Augustin note aussi dans le même sens toutes ses dimensions : la largeur, qui consiste dans le bois transversal où les mains sont étendues ; la longueur aussi, qui s’étend d’une extrémité à l’autre jusqu’à cette largeur ; il dit en effet : « Afin que nous puissions comprendre la Croix du Christ, dont la largeur est dite dans le bois transversal où les mains sont étendues, et la longueur depuis la terre jusqu’à cette largeur. »

Usant donc de cette figure pour l’explication de la Sainte Sindone, descendons à la considération des premières plaies du Sauveur, les divisant par l’intelligence en diverses parties, afin d’accomplir sur chacune une méditation particulière ; car qu’une division minutieuse de ce genre doive être faite entre les très saintes plaies du Christ pour les méditer, cela nous est manifestement montré dans le Lévitique : « Si ton oblation, dit-il, est un sacrifice, tu la diviseras en morceaux. » Ce qui peut s’adapter à notre propos, afin que toutes les plaies imprimées dans la Sainte Sindone soient divisées en parties, et que chacune d’elles soit méditée séparément. Ainsi saint Isidore l’enseigne en interprétant le passage précité du Lévitique ; et de même, en traitant de la Passion du Seigneur, il observe qu’il faut considérer chacune de ces très saintes plaies du Christ.

Ainsi donc, dans les blessures qui sont vues imprimées en un lieu particulier de la Sainte Sindone, désigné par la lettre A,

commençons par les très saintes plaies du Christ qui semblent percées par les clous et d’où le sang a coulé ; nous reconnaissons qu’elles furent accomplies jusqu’à l’extrémité, selon la prophétie d’Isaïe : « De la plante du pied jusqu’au sommet de la tête, il n’y a rien de sain en lui. » D’où il est montré que les plaies commencèrent à la plante des pieds et montèrent jusqu’au sommet de la tête.

Cette plaie si grave dans le corps du Sauveur est suffisamment figurée par l’ulcère de Job ; car le Diable, à qui il fut permis par la volonté de Dieu de le tourmenter cruellement, « frappa Job d’un ulcère très mauvais depuis la plante du pied jusqu’au sommet de la tête ». 10. Or ces très saintes plantes, si cruellement déchirées et lacérées pour notre cause, portèrent au Christ, avec une incroyable force d’âme, la vérité ; réponse qu’il donna aux Anges à leur interrogation, comme nous le lisons chez Isaïe : « J’ai foulé seul le pressoir. » Comme s’il avait voulu dire : en foulant le pressoir des misères humaines, mes pieds furent si cruellement pressés que de là même leur liqueur…

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… c’est-à-dire le sang de mes plaies, se répandît sur tout le genre humain, selon la promesse divine. 10. Or que ce sang ne fût pas épuisé par la terre, Dieu lui-même l’interdit ; mais il ordonna qu’il fût conservé enfermé dans la Sainte Sindone, afin que s’accomplît la prophétie de Job : « Que la terre ne couvre pas mon sang. » 11. Et puisqu’il était digne que la trace fût conservée là où le sang de notre Sauveur, digne d’adoration d’un culte véritablement divin, serait vénéré, comme les fidèles ont coutume d’adorer le bois sacré de la Croix avec David, ils ont à juste titre présenté cette sainte relique de la Sindone, disant : « Adorons au lieu où ses pieds se sont tenus. »

Mais en vérité, combien grande fut la douleur que notre Seigneur ressentit par cette amertume, puisqu’il fut si cruellement déchiré aux pieds, alors que tous les nerfs qui se répandent dans tout le corps se rejoignent en ce lieu, et que, par cette sympathie naturelle qui pénètre toutes les parties du corps, tous les membres étaient tourmentés, Job l’a très clairement annoncé : « Maintenant, dit-il, ma douleur m’opprime, et tous mes membres sont réduits à rien. » 14. David aussi, lorsqu’il prédit que ces pieds sacrés répandraient un sang si abondant qu’ils laisseraient partout des traces sanglantes, et qu’il serait manifeste que ce pied était comme plongé de toutes parts dans le sang, chanta ainsi : « Ton pied sera plongé dans le sang. »

Toutes ces choses nous donnent courage, 16. afin que nous descendions avec ardeur au combat contre l’antique serpent, qui dresse toujours des embûches contre notre talon. 17. Si les Romains, pour s’exciter à la vertu, étaient stimulés par les images de leurs ancêtres et enflammés plus ardemment à les imiter, à cause du souvenir perpétuel des figures qui se présentaient chaque jour à leurs yeux, comme le rapporte Salluste lorsqu’il dit : « Q. Maximus Publicola et Scipion, hommes illustres de notre cité, avaient coutume de dire que, lorsqu’ils regardaient les images de leurs ancêtres, leur âme s’enflammait surtout à la vertu » — ce que confessent aussi plusieurs autres, comme Polybe, Cornelius Tacite et Carlo Sigonio — combien plus devons-nous, en contemplant la Sainte Sindone ensanglantée du Seigneur et l’image de notre Sauveur Jésus-Christ, admirant sa constance dans les plaies sanglantes, entreprendre avec courage et âme droite les combats de la vie présente ?

En ce lieu donc, que le lecteur pieux se représente la Bienheureuse Vierge devant ses yeux, contemplant ces pieds sacrés, transpercés de clous, déchirés et couverts de sang ; d’où il est conforme à la vérité de reconnaître que ce que son Fils avait dit aux Anges, qu’il avait été foulé au pressoir parmi les clous et la Croix, comme Job l’avait longtemps auparavant annoncé, qu’une très mauvaise plaie lui avait été infligée aux plantes des pieds…

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lorsque ces pieds sacrés furent enfin déposés et placés devant elle, les baiser, les regarder fixement et, par une très profonde affection maternelle, les recueillir avec empressement ; maintenant, non plus déchirés par les outrages, mais tristement étendus dans la mort ; et elle était transpercée d’une douleur si vive qu’à juste titre elle pouvait s’écrier avec Jérémie : « Ô vous tous qui passez par le chemin, voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur. »

C’est ainsi, pieux lecteur, qu’elle répandait d’abondantes larmes, et, avec de fréquents gémissements, en ses plus intimes sentiments, la Vierge Mère, accablée par une telle douleur, se consumait dans les soupirs et les lamentations.

Du frère Daniel Mallonius,
Éclaircissements sur les Plaies des Pieds.

Chapitre VII

« V M, 1. Dieu, dans l’offrande. Cette figure, on pourrait l’expliquer presque, selon Rupert, livre I de la Trinité, et en plusieurs passages sur le Lévitique chapitre 4 et 5, au sens allégorique ; ou bien, avec la Glose ordinaire, Origène (Homélie I sur le Lévitique) et Oleastre sur le même chapitre 3, au sens tropologique ; mais comme ces sens s’écartent surtout de notre propos, nous laisserons de côté ces explications. Eux, en effet, expliquent surtout au sens anagogique que cette figure est très noble et qu’elle se rapporte à de très grands mystères. Ce qu’a très bien indiqué l’auteur que nous citerons plus bas. De là, pour descendre à l’explication de la Sainte Sindone, cela nous est tout à fait approprié : que la figure ainsi renversée, etc. Maintenant donc, nous parlerons d’abord des blessures très saintes du Christ, telles qu’elles se manifestent à nous sur la Sindone porteuse du Christ. Pour les expliquer, il ouvre pour lui-même le passage tiré de l’oblation du sacrifice, qui se trouve au Lévitique, chapitres 1 et 2. Comme le veau en holocauste pour la Trinité et ses œuvres, au Lévitique chapitre 3. »

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Origène, Homélie I sur le Lévitique, Cyrille d’Alexandrie, livre I sur le Lévitique, Grégoire, Homélie 3 sur l’Apocalypse, et dans le premier livre des Rois, chapitre 1 ; Ambroise, livre I sur Abraham, chapitre premier. On recueille la même doctrine de l’Apôtre aux Hébreux, chapitre 9 : Si en effet le sang des boucs et des taureaux, et la cendre de la génisse, aspergés, sanctifient pour la purification de la chair, combien plus le sang du Christ… Et plus loin : Le Christ, étant venu Pontife des biens à venir, non par le sang des boucs ou des taureaux, mais par son propre sang, est entré une fois pour toutes. Fin de la loi, le Christ. C’est pourquoi l’auteur ne se trompe pas.

Manifestement la Sainte Sindone commence ici à être expliquée, etc. En effet, dans l’immolation de la victime, Dieu ordonne que la peau en soit retirée, non sans mystère, mais pour une cause que rapporte Alphonse Tostat, question 20 sur le Lévitique : à savoir que Dieu voulait signifier que les hommes aiment la nourriture pour eux-mêmes ; mais par une considération plus élevée, parce que, comme l’enseigne Aristote, la peau est pour l’animal ce que l’écorce est pour l’arbre. Dieu donc ordonne que la peau de la victime soit enlevée, afin que, rejetant la lettre qui tue, il recherche la moelle de l’esprit vivifiant. Origène l’enseigne doctement, Homélie I sur le Lévitique, et Cyrille d’Alexandrie, livre I sur le Lévitique, expliquant cela, disant : le prêtre enlève les peaux des victimes, afin que, laissant la lettre du mot, il dénude ses membres intérieurs par l’intelligence spirituelle.

Et les membres mêmes, bien qu’ils soient vivants dans le corps, etc. Ceci ne manque ni d’autorité ni de témoignage, comme il semble d’après saint Jérôme sur Matthieu chapitre 4, lorsqu’il dit : Tu es capable, Seigneur, de porter les péchés, les flagelles des hommes.

Mais pourquoi le veau offert, dépouillé de sa peau, devait-il être brûlé, Origène l’explique lus haut en disant : Les membres de la victime, que Dieu peut expliquer selon un ordre, doivent être exposés par une interprétation adaptée.

Et ainsi le Christ fut posé sur le bois de la Croix quant à ses membres intérieurs, etc. Toutes ces choses semblent presque être tirées des paroles mêmes d’Origène. Car Origène, après avoir enseigné toutes les choses qui concernaient le veau immolé, ajoute : Il fallait que toutes ces choses fussent accomplies dans le Christ, puisque la charité était en lui, et que par le feu de la Passion il fut consumé ; l’holocauste en effet de son amour fut accompli par le bois de la Croix.

Mais ces choses étant ainsi expliquées, notre discours s’élève davantage, afin que notre prière se termine par l’ampleur même du sacrifice, selon que l’Apôtre aux Hébreux 13 nous y invite, disant : Sortons donc vers lui hors du camp, portant son opprobre, afin que nous contemplions le Christ hors du camp pour nous, et que nous comprenions déjà plus pleinement pourquoi le veau mystique, le Christ Jésus, a voulu être brûlé sur la Croix dressée hors du camp…

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les intestins, la graisse et le reste étaient portés hors du camp, brûlés sur un amas de bois, et consumés au lieu où les cendres étaient répandues. Il y a donc dans ce mystère — comme l’explique avec beaucoup de finesse et de piété le grand Alphonse Tostat, question 21 sur le Lévitique — que le Christ souffrait pour le péché des Pontifes et des prêtres, pour le péché public de tout le peuple, et aussi pour le péché des princes commis par ignorance. Or que ce péché fût d’ignorance, saint Pierre l’enseigne dans les Actes 3, disant : Je sais que vous avez agi par ignorance. Et le Christ lui-même a dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. C’est pourquoi le sang du Christ ne fut pas répandu à l’autel d’un certain tabernacle, de peur que les Pontifes du prétoire n’y entrent et ne se contaminent ; mais, criant à l’autel, ils dirent : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. Ainsi le Souverain Pontife, le Christ Jésus — comme le dit l’Apôtre aux Hébreux, chapitre 9 — par un tabernacle plus grand et plus parfait, non fait de main d’homme, non par le sang des boucs ou des veaux, mais par son propre sang, entra une fois pour toutes dans le Sanctuaire, ayant obtenu une rédemption éternelle ; et c’est pourquoi il voulut souffrir hors du camp, et être mis en croix sur le bois : comme le notent Cyrille au livre I sur le Lévitique, et Origène, Homélie I sur le Lévitique, lorsque même le fils héritier est jeté hors de la vigne et tué. Alors ce sacrifice plut à Dieu, comme le veau nouveau portant des cornes et des sabots.

D’où il est dit que la Croix est un foyer de la divine charité ardente, etc. Appuyé sur les très illustres témoignages des Pères, je l’ai rapporté plus haut, afin que non seulement la vérité de la proposition soit confirmée, mais encore que ses mystères soient connus de nous.

La Croix est dans la charrue, dit Ambroise (Sermon 56). Saint Maxime, Homélie 2, dit : Le laboureur, lorsqu’il dirige sa charrue droite dans le champ, en attachant les oreilles et en tenant le timon, imite la figure de la Croix. Justin Martyr, dans l’Apologétique 2 : La terre sans la figure de la Croix n’est pas labourée.

La Croix est dans le ciel, divisée en quatre parties. Saint Ambroise, Sermon 56. Saint Maxime, Homélie 2 sur la Croix, dit : Le ciel lui-même porte la figure de la Croix, puisqu’il est distingué en quatre parties : Orient, Occident, Midi et Septentrion ; par lesquelles la Croix est signifiée.

Saint Jérôme, expliquant au chapitre 15 de Marc, dit que la figure de la Croix s’étend du ciel à tout le monde, lorsqu’il dit : Si tu veux savoir quelle est la figure de la Croix, considère la forme du monde : l’Orient brille du sommet, le Midi est à droite, l’Occident en bas, le Septentrion à gauche. Pour cette raison les saints Pères ont enseigné que le Christ suspendu à la Croix embrassait tout l’univers.

Note que les parties de l’homme correspondent d’une certaine manière aux parties du monde : car le grand homme, c’est-à-dire le monde, est ainsi nommé ; ses pieds sont en Arctique, sa tête en Antarctique, sa droite en Orient, sa gauche en Occident. Nazianze, dans son Apologie, disait que les mains du Christ, clouées, atteignaient les extrémités du monde. Lactance Firmien, livre 4 des Institutions, chapitre 26, dit : Le Christ sur la Croix étend ses mains afin de mesurer le monde.

La Croix est aussi dans la mer, dit Ambroise, Sermon 56. Comment elle apparaît dans un navire, saint Maxime l’exprime élégamment dans une oraison, disant : Lorsque le navire est poussé par les vents, avant que l’arbre ne soit dressé, la voile est suspendue, et la Croix du Seigneur est figurée par le mât. Justin Martyr, Apologétique 2, dit : La mer n’est pas naviguée sans cette figure de la Croix, que l’on appelle mât. Minucius Félix l’exprime élégamment dans l’Octavius, disant que la figure de la Croix est visible dans les navires lorsque les voiles sont déployées et que les bras s’étendent.

La figure de la Croix est aussi mentionnée par saint Jérôme au chapitre 15 de Marc

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lorsque les oiseaux s’élèvent dans les airs, ils représentent, dit-il, la forme de la Croix. De même encore, la figure de la Croix est contemplée dans l’homme qui nage, disant : L’homme nageant dans les eaux exprime la forme de la Croix. Rufin dit aussi : Celui qui prie, en étendant les bras, exprime la forme de la Croix. La raison en est donnée par saint Maxime, comme il a été dit plus haut. C’est pourquoi l’Église a ordonné que nous priions les mains levées, afin que nous représentions par nos membres la Passion du Seigneur.

Minucius Félix, dans le dialogue déjà cité, l’Octavius, l’exprime plus clairement encore, disant : Nous vénérons naturellement le signe de la Croix, lorsque l’homme étend les mains. Bien plus, dans le corps même de l’homme, on contemple la figure de la Croix. Saint Maxime, Homélie 2, dit : Le corps même de l’homme, lorsqu’il élève les mains, dessine la Croix. Et Justin, dans l’Apologétique 2, dit : La figure humaine ne diffère guère d’une croix, puisque la tête s’élève et que les mains sont étendues. Jean Damascène, livre 4 de la Foi orthodoxe, chapitre 12, enseigne que Moïse, lorsqu’il priait les mains étendues, exprimait la forme de la Croix. Et Jacob, bénissant les fils de Joseph en croisant les bras, exprima alors la figure de la Croix. C’est pourquoi, comme on le remarque en passant, la coule et l’habit des moines ont été conçus en forme de Croix, selon ce que rapporte Nicéphore Grégoras dans la vie de l’empereur Andronic, devenu moine après avoir quitté l’Empire.

Même dans le visage de l’homme, Justin reconnaît la figure de la Croix, disant : La figure humaine ne diffère guère d’une croix, car la tête s’élève et les mains sont étendues ; et même dans le visage apparaît le signe, puisque le front est séparé des autres parties par la forme du nez, et qu’aucune autre figure ne se montre autant que celle de la Croix.

Cinquièmement, Tertullien loue la figure de la Croix dans les trophées militaires des empereurs. Justin, Maxime, comme plus haut. Justin ajoute que dans les fossés et dans d’autres ouvrages mécaniques, la figure de la Croix apparaît de telle sorte que l’ouvrage ne s’achève qu’au moyen d’instruments qui rappellent la forme de la Croix. Mais laissons cela et passons aux autres considérations, par lesquelles la piété est plus clairement éclairée et notre affection envers Dieu davantage embrasée.

Dieu aussi, dit saint Augustin, note toutes les dimensions, etc. L’auteur montre admirablement, d’après Ambroise, que la forme de la Croix se rencontre dans beaucoup de choses, tant dans la nature que dans les œuvres de l’art ; et il entreprend d’expliquer la Croix selon ses dimensions, avec Augustin — ou plutôt avec l’Apôtre — en poursuivant sa discussion.

Car si la Croix s’étend et se mesure à tout l’univers, il convient que soient recommandées sa hauteur, sa largeur et sa profondeur. Cette contemplation de la longueur, de la largeur et de la profondeur est célèbre chez l’Apôtre, qui écrivant aux Éphésiens, chapitre 3, dit : afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur.

Ces dimensions ont été appliquées par de nombreux Pères à la Croix, en particulier par saint Augustin dans son explication de la Croix, disant : Nous pouvons comprendre la Croix du Christ, dont la largeur est dite dans le bois transversal sur lequel les mains sont étendues, et la longueur jusqu’à la terre et jusqu’à cette même largeur.

Saint Augustin, suivant cette explication en ce lieu, l’a comprise ainsi. Ces mystères donc, en les expliquant ici, nous instruisent ; et bien que l’introduction de cette explication appartienne à d’autres, ce n’est pas à eux qu’il faut la demander, mais nous devons, comme les mathématiciens, considérer toutes ces dimensions ensemble : la longueur, la largeur et la hauteur, qui coïncident avec la profondeur.

De ces dimensions naissent six extrémités, que les philosophes appellent différences de position : de la longueur, ce qui monte vers le ciel et ce qui descend vers le centre ; de la largeur, ce qui va à droite — où commence le mouvement — et ce qui va à gauche — où le mouvement cesse. De la profondeur et de la hauteur…

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dans laquelle les sens sont actifs ; la profondeur, dans laquelle les sens ne sont pas actifs. Ces choses se voient clairement dans l’animal, selon la doctrine d’Aristote. Après avoir ainsi expliqué quelles sont ces extrémités que nous considérons dans la Croix selon les Pères, appliquons-nous à en exposer les mystères.

Saint Jean Damascène, livre 4 de la Foi orthodoxe, chapitre 11, ne considère que quatre extrémités dans la Croix, disant : De même que les quatre extrémités de la Croix se rejoignent et se rassemblent vers un centre, ainsi, par la vertu de Dieu, les hauteurs, les profondeurs, les longueurs et les largeurs — c’est-à-dire toutes les créatures visibles et invisibles — sont contenues.

Mais saint Irénée, livre 2 contre les hérésies de Valentin, chapitre 42, considère cinq extrémités, disant que la Croix possède cinq sommets et jointures : deux en longueur, deux en largeur et une au milieu.

Cependant, dans la Croix, les autres saints Pères ne considèrent que quatre extrémités : dans le montant dressé, la hauteur et la profondeur ; dans la traverse, la longueur et la largeur ; ou, selon d’autres, dans le montant la hauteur, la longueur et la profondeur, et dans la traverse la largeur.

Saint Augustin, dans l’épître 1, 9 et 120, enseigne que dans la figure de la Croix est signifiée toute la perfection de la vie chrétienne : dans la profondeur, la foi ; dans la hauteur, l’espérance ; dans la largeur, la charité ; dans la longueur, la persévérance.

Et dans le sermon 118 sur Jean, il dit : Large est la Croix dans le bois transversal où sont étendues les mains du Crucifié, et elle signifie les bonnes œuvres dans l’extension de la charité. Longue est la Croix dans le bois vertical, depuis la traverse jusqu’à la terre où elle est fixée, et elle signifie la persévérance dans la durée du temps jusqu’à la fin. Élevée est la Croix dans sa partie supérieure, qui dépasse la traverse, et elle signifie l’espérance de la récompense vers laquelle tendent les bonnes œuvres.

Saint Athanase, dans le livre sur l’Incarnation du Verbe, dit que le Christ voulut mourir en l’air sur la Croix, afin d’ouvrir pour nous le chemin vers le ciel, de précipiter le démon du haut des airs, de purifier l’air et de nous ouvrir la voie céleste ; c’est pourquoi le Christ voulut mourir suspendu en l’air.

Saint Jean Chrysostome, dans l’homélie sur la Croix, et Lactance disent : Sur le bois élevé, non sous le toit, il voulut être suspendu, afin de purifier même la nature de l’air. Saint Thomas, au chapitre 3 de Jean, dit que de même que le Christ sanctifia la terre en marchant sur elle, il voulut aussi sanctifier l’air en y étant élevé.

En usant donc de cette figure pour l’explication de la Sainte Sindone, etc. Notre auteur applique avec prudence chacune des mystères de la Passion du Christ à une pieuse méditation, en s’appuyant sur la loi donnée au peuple, comme on le lit au Lévitique, chapitre 2 : si l’offrande était faite à la poêle (sartago), elle devait être divisée en petites parts ; loi d’abord expliquée selon la lettre, puis dont le mystère fut recherché.

Les Septante appellent cette poêle “τηγάνιον”, en hébreu “machabat”. Selon Rabbi Salomon, comme le rapporte Eugubin au chapitre 2 du Lévitique, la sartago était un instrument peu profond, utilisé dans le sanctuaire pour cuire ce qui était offert de farine ; Rabbi David, cité par Jérôme, enseigne presque la même chose, disant que c’était un instrument non profond dans lequel ce qui était cuit ne devait pas être trop remué.

Oleaster, cité plus haut, et Marcus Marinus dans l’Arche de Noé, disent qu’il s’agissait d’un ustensile tricornu, mais non profond, aux côtés ou aux bords peu élevés ; il ressort de ce passage qu’il s’agissait d’une poêle destinée non à la viande, mais à la cuisson du pain.

L’offrande faite dans la poêle devait donc être divisée en petites parts. Après avoir expliqué cela, notre auteur montre que sous cette figure obscure de la poêle — et plus encore sous l’oblation faite dans cette poêle et divisée en petites portions — se cachait un mystère profond du Christ.

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Rupert, abbé, au livre premier de la Trinité et de ses œuvres, sur le Lévitique, chapitre 8, dit : Lorsque l’oblation était cuite dans la poêle, c’est-à-dire dans un récipient peu profond, elle devait être partagée en petites portions, afin que les mystères de la doctrine sacrée fussent distingués en chacune de ses parties.

La Glose ordinaire, au sens moral, explique cela des docteurs publics qui enseignent par charité, disant : Les pains cuits dans la poêle, c’est-à-dire fixés au feu, signifient les docteurs qui, dans les écoles, enflammés de charité, présentent une grande abondance de prédication et la proposent aux auditeurs capables de la recevoir.

Mais ces interprétations conviennent peu à notre propos. Il vaut mieux, avec la même Glose, expliquer cela allégoriquement du Christ : le Christ, dit-elle, qui a été fixé sur le bois comme dans une poêle, c’est-à-dire sur la Croix, a été consumé par le feu très ardent de sa Passion, et son sang a coulé sur la terre.

Et la Glose interlinéaire ajoute une interprétation très belle et très pieuse, disant : Si ton oblation — c’est-à-dire si la Passion du Christ — a été faite dans la poêle, c’est-à-dire sur la Croix, divise-la en petites parts : en distinguant les diverses parties de sa Passion, les flagellations, les soufflets, la couronne d’épines, etc.

La même interprétation est suivie par Hésychius dans l’Ordinaire. Il dit : L’oblation dans la poêle est la Passion du Christ sur la Croix ; de même que les pains étaient cuits au feu, ainsi le Christ a été exposé aux flammes de la Passion ; et comme le pain est rompu en petites portions, ainsi la Passion du Christ doit être divisée et méditée dans ses différentes parties.

Il ajoute que la Croix, placée au-dessus de toutes choses, soumet toutes les créatures au Crucifié ; et que la chair du Christ, qui avant la Passion n’était pas propre au sacrifice, le devint après, car si elle n’avait pas été crucifiée, le sacrifice de son corps n’aurait pas été accompli, lequel fut institué en mémoire de sa Passion, comme il est dit en Ézéchiel ; et comme il est écrit : Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé, et ailleurs : Je verserai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem l’esprit de grâce et de prière, afin qu’ils regardent vers moi.

Divise donc en petites parts : cela est prescrit afin que, traitant du discours de sa Passion, nous la divisions en ses différentes parties : flagellations, soufflets, épines et blessures, en les distinguant soigneusement.

Cette interprétation très pieuse a été suivie par l’auteur, et confirmée par l’autorité du bienheureux Isidore, en traitant de la Passion du Seigneur ; il confirme que l’on doit procéder ainsi pour les choses que l’on voit figurées dans le saint Linceul.

Ainsi, pour expliquer les formes de la Passion, il se propose d’exposer ce qui apparaît dans ce saint Linceul.

Jérôme, écrivant à Eustochium, avertit de la règle droite de vivre, disant : Quand tu liras, ne cherche pas seulement la saveur de la lecture, mais médite-la avec grande attention, afin que ce que tu liras ne passe pas seulement par la bouche, mais descende dans le cœur et que tu puisses en goûter la douceur.

Ainsi donc, quant aux blessures qui sont marquées dans la sainte Sindone, etc. Puisque les parties en lesquelles l’oblation de la poêle devait être divisée sont multiples, et que les mystères de la Passion du Christ sont très nombreux — si nombreux qu’ils pourraient produire une grande confusion, s’ils n’étaient distribués avec un ordre très exact — l’auteur propose ici d’observer un ordre dans l’explication des choses qui apparaissent dans le saint Linceul, et des mystères de la Passion du Christ qui y sont manifestés.

Et parce que ce très pieux auteur désirait exciter les âmes et les affections des lecteurs à la contemplation de la Passion du Christ, il use d’un procédé très approprié : non seulement expliquer par des paroles la Passion du Christ, mais aussi présenter aux yeux un tableau, afin que ce qui est dit soit en même temps soumis au regard.

Car, comme dit Cicéron (livre 6, lettre première) : Les yeux sont les guides de la douleur ; ce que l’on voit, on le pense plus intensément.

Or, puisque l’on pourrait reprendre l’auteur en disant qu’il n’aurait pas gardé l’ordre requis dans une matière si grande, non seulement parce qu’il n’aurait pas commencé par ce qui est le plus facile, ni parce qu’il n’aurait pas suivi l’ordre naturel de la doctrine, mais aussi parce qu’il entreprend d’expliquer les parties du corps du Christ imprimées sur le saint Linceul en commençant par les pieds et les parties inférieures.

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Il semblerait en effet que, puisque les parties du corps humain doivent être expliquées, il conviendrait d’imiter en quelque sorte la méthode des anatomistes les plus éminents, qui commencent par les parties les plus nobles. Ce que fit très sagement André Vésale ; et même Aristote l’observa dans le premier livre de l’Histoire des animaux, principalement au chapitre 7, lorsqu’il expliquait dans cet ordre les principales parties : d’abord la tête, le cou, le thorax, les bras, les jambes ; puis il divisait la tête en ses parties, le cuir chevelu, l’occiput, ensuite le visage, et d’abord le front (chap. 8) ; puis les yeux, les sourcils, les paupières (chap. 9 et 10) ; les oreilles, le nez, les mâchoires, les lèvres, etc. (chap. 11) ; ensuite le cou et la poitrine (chap. 12) ; et ainsi, selon l’ordre convenable, il descendait vers les autres parties.

Je veux donc avertir ici le lecteur que, si le scrupule venait à s’insinuer dans son esprit, qu’il ne pense pas que cela ait été fait par hasard ou à la légère, mais par grand conseil et délibération, après l’avis de très savants hommes, principalement appelés à consultation, parmi lesquels se distinguaient, pour l’honneur que je leur dois, le Révérendissime Docteur Augustin Vacarius, et le très illustre et révérendissime Seigneur Alphonse Paleotti, archevêque et auteur, vicaire général, homme d’une intégrité et d’une prudence admirables ; ainsi que le Révérend Père Maître Étienne Guazzaldi, de l’Ordre des Prêcheurs, Inquisiteur général de Bologne, homme d’une incomparable sagesse, récemment rappelé au Seigneur ; et le Révérend Père Pierre Viana, de la Compagnie de Jésus, homme d’un esprit très élevé et remarquable par sa prudence.

Je voudrais volontiers omettre ces noms, afin de ne pas sembler poussé par une vaine gloire à mentionner tant et de si grands hommes ; mais je suis contraint de les nommer, afin que par leur témoignage vos yeux soient affermis dans cette approbation. Ces hommes très sages ont donc approuvé cet ordre comme excellent ; et ils ont estimé que, dans ce livre, il ne fallait pas suivre une distribution anatomique des parties, mais expliquer la Sindone.

Il fallait donc l’exposer selon un ordre déterminé. Et puisque le Christ a imprimé la figure de son corps dans le saint Linceul, comme nous le voyons dans le schéma décrit, il convenait que la sainte Sindone fût d’abord expliquée à partir d’une partie unique ; or, parmi les parties extrêmes, les pieds sont toujours contenus.

Il existe aussi une très grave autorité d’Isaïe, qui n’a pas dit : “De la tête jusqu’à la plante du pied”, mais : “De la plante du pied jusqu’au sommet”. Alors l’illustre auteur ajoute : Nous, en commençant par la plante des pieds, nous montons jusqu’au sommet, afin de montrer qu’il n’y eut rien de sain dans le Christ, de la plante des pieds jusqu’au sommet.

Mais ici se présente un scrupule difficile, qui semble vouloir troubler presque toute la tranquillité de cette navigation autrement paisible : car on cite ici l’autorité d’Isaïe comme une prophétie dite du Christ ; cependant ce passage fut dit du peuple impie de la Synagogue, gravement coupable, comparé à un corps malade ; ce que Jérôme explique en ce même lieu, disant : “Toute tête est malade, et tout cœur souffrant”, entendant par la tête les pasteurs, par le cœur les docteurs ; et il ajoute : “De la plante du pied jusqu’au sommet”, c’est-à-dire des plus petits jusqu’aux plus grands, tous sont corrompus ; ainsi l’expliquent tous les Pères, Jérôme au même endroit, Chrysostome dans son homélie sur Isaïe, Grégoire au livre 2 des Morales, chapitre 14, ou selon une autre division au chapitre 11.

De plus, Rupert, abbé, au livre premier de la Trinité et de ses œuvres, au premier chapitre d’Isaïe, l’expliquant moralement, dit que par la plante du pied il faut entendre l’extrémité du péché, et par le sommet de la tête l’élévation de l’esprit ; et alors, de la plante du pied jusqu’au sommet, il n’y a rien de sain quand quelqu’un pèche contre l’Esprit Saint. »

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La Glose, tant ordinaire qu’interlinéaire, explique aussi “de la plante du pied jusqu’au sommet”, c’est-à-dire des plus bas jusqu’aux plus élevés. Il ne semble donc pas que cela soit bien expliqué à propos du Christ.

Mais il faut répondre ainsi à cette objection : que ce passage, à la lettre, doit certes s’entendre du peuple impie, selon le sens dans lequel il a été exposé ; toutefois, selon le sens anagogique, les Pères ont compris qu’il s’agissait aussi d’une prophétie concernant le Christ.

Quant à cette plaie si grave dans le corps du Sauveur, figurée dans Job comme ulcéreuse, etc., la manière dont cela est vrai a été expliquée plus haut au n° 5, d’après le témoignage de Grégoire dans la préface des Morales et au livre 17 des Morales, chap. 1 et 3, chap. 11 ; d’Augustin, sermon 6 sur le temps ; de Carthusien sur Job, chap. 16 et 38 ; de Jérôme dans la préface sur Job. On peut consulter les commentaires au même endroit. On lira aussi ce que très doctement Jean Pineda a ajouté pour confirmer cela.

Quant à ces très saintes plantes des pieds, si cruellement déchirées, etc. La métaphore du pressoir est employée à propos de l’Ascension du Christ Seigneur ; Isaïe introduit le Christ parlant ainsi : « J’ai foulé seul le pressoir. » Mais il sera utile de rapporter ici les paroles de saint Remi, qu’il a exposées sur le Psaume 8 et qui s’adaptent à notre sujet.

En effet, puisque le Psaume 8 porte pour titre “Aux pressoirs”, saint Remi observe en disant : Ce Psaume ne traite pas ici des pressoirs au sens littéral ; c’est pourquoi ce titre ne doit pas être pris selon la lettre pour de véritables pressoirs ; mais il indique mystiquement quelque chose qui est signifié par le pressoir. Car chez les Pères, le pressoir est compris de multiples manières dans l’Écriture.

Certains entendent par le pressoir le baptême, comme Athanase dans la question 49.

D’autres l’Église, comme saint Ambroise (livre du Saint-Esprit), Grégoire (Morales, livre 16, chap. 5), l’Auteur imparfait sur Matthieu, chap. 21, Rupert abbé, chap. 13 ; et le peuple, comme Augustin sur le Psaume 8 et le Psaume 103, qui portent le titre “Aux pressoirs”, et Théodoret, Chrysostome, Jérôme et Haimon sur le Psaume 8.

D’autres comprennent l’autel des holocaustes, qui était arrosé du sang des victimes ; ainsi Origène, homélie 19 sur Matthieu ; Jérôme sur Matthieu chap. 21 et sur Isaïe chap. 63 ; Arnobe sur le Psaume 8 ; Euthyme et Théophylacte ; Bède sur Matthieu chap. 21 ; Athanase et Chrysostome.

D’autres encore le martyre des prophètes qui furent mis à mort, ce qui troublait profondément ; Irénée, livre 4 contre les hérésies de Valentin et de ses sectateurs, chap. 70.

D’autres le jour du jugement ; Grégoire, Morales, livre 16, chap. 15 ; Augustin sur le Psaume 8 ; Eucher dans la Forme spirituelle.

D’autres l’école des hérétiques et des malins ; ainsi Jérôme sur Isaïe chap. 16 et chap. 9 d’Osée.

Didyme l’appelle dans le Psaume 8 un pressoir de châtiment.

Cassiodore dit que le pressoir signifie la pénitence.

D’autres la gloire céleste, où se trouve la plénitude suprême de la joie, comme Bède.

D’autres la mort ; Grégoire, Morales, livre 16, chap. 15.

D’autres les oppressions et le martyre ; Augustin et Remi.

Enfin, d’autres entendent par le pressoir la Croix et la Passion du Christ, où les souffrances furent le plus intenses ; ainsi saint Jérôme sur Matthieu chap. 21 et sur Isaïe chap. 63 ; Bernard dans le traité de la Passion du Seigneur, chap. 2 ; Hilaire sur Matthieu chap. 21 ; Rupert sur Zacharie chap. 14 et sur Aggée chap. 2 ; et Lyre sur le Psaume 8, ainsi qu’une longue série d’auteurs.

En ce sens donc, le pressoir est très bien expliqué par l’auteur, et l’explication correspond surtout au texte. Car selon la lettre, ce passage s’entend du Christ victorieux montant au ciel ; interrogé par les anges sur son identité, il répond : « C’est moi qui parle dans la justice, puissant pour sauver. » Alors les anges ajoutent : « Pourquoi donc ton vêtement est-il rouge, et tes habits comme ceux de celui qui foule au pressoir ? »

 « Du Rédempteur. La terre donc ne devait pas couvrir son sang. Le Christ n’a pas voulu que son sang fût caché, lui qui a voulu entrer une fois pour toutes dans le Sanctuaire par son propre sang, afin d’intercéder pour nous.

Puisqu’il était convenable que la victime fût conservée, etc.

Un très vaste champ de discussion s’ouvre ici, à savoir de quelle manière le sang du Christ, créé, devient objet d’adoration, d’un culte que l’on appelle latrie.

À moins que quelqu’un, nouant un nœud gordien, ne pense résoudre facilement la question en disant que le sang du Christ a été uni hypostatiquement ; mais cela n’est pas admis par tous, puisque certains nient que le sang soit animé, et même que l’âme ait été assumée hypostatiquement. Ces discussions doivent être lues dans le livre III des Sentences : il y est en effet établi que le sang du Christ a été assumé hypostatiquement, et qu’ainsi il doit être honoré d’une adoration de latrie.

Mais certes, combien grande fut la douleur que notre Seigneur endura dans cette cruelle Passion !

Saint Thomas, en la troisième partie, question 46, article 6, traitant de l’âpreté de la Passion du Christ, dit que la douleur du Christ sur la Croix fut la plus grande parmi les douleurs de la vie présente. Il en donne la raison : la mort des crucifiés est très cruelle, parce qu’ils sont fixés dans des parties nerveuses et très sensibles, à savoir les mains et les pieds.

Cela sera mieux compris si nous considérons que le siège du sens est dans les nerfs, par lesquels la sensation se fait selon le tact. Or la douleur provenant de la fixation des nerfs est si grande que nous pouvons à peine la supporter.

Puisqu’il y a dans les pieds une très grande abondance de nerfs, la douleur y est d’autant plus grave ; non seulement à cause des nerfs, mais aussi des muscles, des ligaments par lesquels les os sont joints entre eux, et de la substance nerveuse qui y abonde. Nous devons donc reconnaître que la douleur fut d’autant plus grande si les pieds furent transpercés par le fer — surtout si les os du pied, qui sont très nombreux et liés par de forts ligaments, furent atteints.

Car dans la fixation des clous, bien que les pieds aient été transpercés, aucun os ne fut brisé ; toutefois les os étaient si proches que le fer dut nécessairement se frayer un passage entre eux, comme le montre l’examen anatomique de leur structure.

Ainsi, si l’on considère la conjonction et la torsion des pieds, on comprend combien la douleur fut inexplicable et extrême pour le Christ.

Saint Jean Chrysostome, homélie 27 sur Matthieu, dit :

« Il fut couronné d’une couronne d’épines ; non pas qu’une seule partie de son corps souffrît, mais tout son corps subissait de multiples douleurs : la tête par la couronne et les coups, le visage par les crachats et les soufflets, les joues par les gifles, le corps entier par les flagellations, les mains par la perforation. »

Mais écoutons la Bienheureuse Vierge elle-même expliquant les douleurs de son Fils : ainsi parlait-elle à sainte Brigitte, livre I des Révélations, chap. 10 :

« Mon Fils était comme transpercé, car son cœur était perforé lorsque la douleur de ses membres et des nerfs percés atteignait son cœur, et par une douleur incroyable il était tourmenté. Et lorsque la douleur du cœur descendait vers les nerfs et les membres perforés, la mort s’en approchait avec amertume. »

Et au chap. 27 elle dit :

« La douleur des nerfs perforés montait jusqu’à son cœur de manière inconsolable, et du cœur elle retournait aux nerfs. À l’approche de la mort, une douleur intolérable rompait son cœur ; ainsi tous ses membres tremblaient. »

Écoutons encore le Christ lui-même se lamentant sur la douleur causée par la fixation des pieds, livre des Révélations, chap. 51 :

« Mes pieds étaient très douloureux, percés par deux clous ; ils n’avaient aucun appui ; mon cœur était rempli de douleur ; mes nerfs étaient contractés par la nature même, et cette douleur montait au cœur et redescendait vers les nerfs ; ainsi la douleur s’augmentait, et la mort se prolongeait…

Bas du formulaire

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et son âme se trouvait accablée par la violence de la Passion. Il est donc établi par tant de témoignages, sans aucune difficulté et sans exception notable, que l’âpreté de la Passion du Christ s’est manifestée surtout par la fixation de ses pieds.

Et tous mes os ont été disloqués.

Que cela soit vrai est confirmé par les révélations de sainte Brigitte, livre I, chap. 10, 11, 16 et 27, et livre IV, chap. 51. Il serait toutefois possible d’expliquer plus longuement ce passage ; mais puisque nous avons déjà traité ailleurs des douleurs du Christ en particulier, il suffira ici d’en avoir donné l’éclaircissement.

David dit encore : Ils ont percé mes pieds, etc.

Ce passage de David semble très controversé : certains estiment que ces paroles furent dites par Dieu ; d’autres les interprètent du siège de Jérusalem, comme le fait Lyre. Il dit en effet : « Il y eut une telle abondance de sang que le pied fut trempé dans le sang » ; d’autres l’entendent de la sortie du peuple d’Égypte.

Mais l’explication de la Glose interlinéaire me paraît préférable : elle affirme que ces paroles ne doivent pas être comprises comme dites par Dieu, mais comme adressées par le Prophète à Dieu lui-même, indiquant que le pied de Dieu serait immergé dans le sang. Or cela s’est accompli lorsque le pied du Christ fut teint de sang.

Il me semble toutefois que ce passage renferme un grand mystère, si l’on considère plus attentivement ce qui est rapporté de Moïse.

Lorsque Moïse retournait en Égypte et séjournait dans une hôtellerie, le Seigneur le rencontra et voulut le faire mourir. Alors Séphora, son épouse, circoncit leur fils, toucha les pieds de Moïse et dit : Époux de sang, tu es pour moi.

Ainsi presque la gentilité, lorsque le Christ semblait vouloir la répudier, comme l’explique Rupert au chap. 22 du Deutéronome, en ce séjour de la Croix, trempa ses pieds dans le sang, comme pour dire : Que ton pied soit trempé dans le sang, ce qui signifie : Tu es pour moi un époux de sang. Par ton sang, en effet, tu m’as fiancée ; tu as adopté pour toi cette source, et tu n’as jamais voulu donner l’acte de répudiation ; ainsi le Christ, par le sang de ses pieds, s’est fiancé l’Église.

Ces choses, parmi toutes, ajoutent du courage à notre âme.

Parmi les ignominies que les soldats romains infligèrent, celle-ci fut la principale : que, dans le combat, il retînt son pied.

Car le Christ a souffert pour nous, nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces. C’est pourquoi il voulut que son pied fût fixé d’un clou très dur, afin de nous affermir dans la constance.

Eusèbe de Césarée écrit (Histoire ecclésiastique, livre IV, chap. 14) qu’au nombre des glorieux combats du martyr Polycarpe, on rapporte comme particulièrement digne d’admiration que, lorsque le bienheureux Polycarpe devait être brûlé vif et que, par impiété, les ministres voulaient le clouer au bûcher, il répondit :

« Celui qui me donne de supporter le feu me donnera aussi de demeurer immobile sans l’aide des clous. »

Ainsi les clous devinrent inutiles. Polycarpe attribuait donc à la constance du Christ la force de supporter le feu sans frayeur.

C’est pourquoi, dans les Vies des Saints Pères, livre V, chap. 39, nous lisons que lorsque saint Patrice parlait au roi d’Écosse et lui expliquait les mystères de la Croix, il advint que le bâton sur lequel il s’appuyait fut posé sur le pied du roi, et que la pointe aiguë du bâton lui perça le pied.

Le roi, voulant imiter la patience du Christ, supportait cette blessure en méditant les mystères du Christ ; il ne sentait pas la douleur, tant que le pied n’était pas transpercé comme celui du Christ. Mais lorsque, la blessure devenue plus grave, il en prit conscience, il admira la patience du Christ ; et saint Patrice, par sa prière, le guérit.

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… armés par la force du Christ, les saints martyrs de Dieu, dont parle Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, livre V, chap. 1), supportaient avec un courage intrépide d’horribles genres de supplices : lorsque les persécuteurs impies fixaient les pieds des martyrs aux poteaux, parfois avec des clous de fer, parfois même avec des clous chauffés au feu, parfois encore en les immobilisant dans des trous creusés dans du plomb fondu.

Je mettrai inimitié entre toi et la femme, etc.

Cette sentence d’or est tirée de la Genèse, chap. 3, et elle mérite d’être expliquée ici avec soin. Lorsque le serpent eut séduit Ève, Dieu dit au serpent :

« Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne ; elle t’écrasera la tête, et tu l’atteindras au talon. »

Or, dans la langue hébraïque, deux mots très proches apparaissent : l’un écrit avec iod, l’autre avec vau ; ils ne diffèrent que par cette lettre, le vau prolongeant la ligne inférieure. L’un signifie elle, l’autre il.

De là une seconde explication : ceux qui lisent « elle » — selon l’interprétation suivie par Jérôme — rapportent cela à la Bienheureuse Vierge ; ceux qui lisent « il » rapportent la sentence au Christ, fils de la femme. C’est pourquoi certains interprètent ce passage en sens anagogique du Christ, d’autres de la Bienheureuse Vierge ; d’autres encore l’expliquent en sens tropologique.

Ainsi l’interprétation varie admirablement : la Glose interlinéaire entend par le talon la fin de la bonne œuvre ; Philo (livre II des Allégories) et Jérôme (sur le Ps. 48) y voient les traces des pécheurs ; Augustin (Ps. 103) interprète le talon comme la fin du péché : tant que le serpent guette le talon, il poursuit l’homme jusqu’à la fin de sa vie.

Basile (Ps. 46) comprend, par le talon du Christ, Judas, que le diable attaqua. La Glose ordinaire voit dans le talon la ruse : car le serpent attaque par tromperie. Bernard, dans un sermon sur la Mission, et dans un autre sur le Grand Signe, comprend par le talon la tête du serpent écrasée.

Ainsi, parmi cette diversité d’interprétations, il est permis à l’Auteur de donner ici une explication plus ample et d’interpréter ce passage analogiquement.

Afin que les Romains soient excités à la vertu, etc.

Puisque plus bas il sera traité plus longuement de la vue et de la contemplation des images, il convient ici d’abréger et de renvoyer ce développement à un lieu plus opportun.

Mais auparavant, le lecteur doit proposer à ses yeux la Bienheureuse Vierge.

Si les impies bourreaux ont jugé bon de transpercer les pieds sacrés du Christ par un supplice nouveau et inouï, je ne m’étonne pas qu’ils fussent infidèles.

Mais que des hommes chrétiens puissent contempler les saintes blessures des pieds sans frémir d’une si grande cruauté, sans fondre en larmes, sans être émus de compassion — voilà ce qui me semble étrange, voilà ce qui me paraît surtout étonnant.

Quel fer put supporter la chair sacrée du Christ ? Quels clous purent s’enfoncer dans les pieds du Sauveur ? Comment ces pieds divins purent-ils être fixés au bois ?

La dureté de notre cœur est-elle telle que les clous soient plus durs que nos larmes ? Autant de gouttes de sang coulèrent des pieds du Christ ; si nos yeux ne versent pas de larmes en nombre égal aux gouttes de ce sang divin, alors que la très pieuse Mère versait des torrents de larmes — car de ses yeux sacrés jaillissaient des sources — il semble que ces eaux salutaires soient répandues en vain…

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comme Théophylacte l’a écrit quelque part, mais les yeux de la Bienheureuse Vierge versaient des flots abondants ; ce que nous lisons aussi dans les Révélations de sainte Brigitte (livre I, chap. 4 et 70).

Lorsque les pieds du Christ étaient percés de clous, lorsque les mains étaient fixées, comprenant que les nerfs étaient transpercés, et que la douleur remontait des nerfs jusqu’au cœur, au point que, par ces blessures, la vie semblait comme défaillir, elle voyait la souffrance se prolonger en son Fils crucifié.

Et tandis qu’elle voyait que les pieds du Christ étaient transpercés d’un clou, le glaive de la douleur traversait l’âme de la Vierge et atteignait son cœur ; et parce que le clou pénétrait les membres, il comprimait aussi le cœur de la Mère ; et comme le sang jaillissait de là, ainsi les larmes jaillissaient de ses yeux ; et ainsi la mort semblait être arrachée à la mort.

Ils ont percé mes mains et mes pieds, etc.

Les deux Passions — celle du Fils et celle de la Mère — s’affectaient mutuellement d’une manière admirable : la douleur du Fils atteignait le cœur de la Mère ; et la joie délicate des membres du Christ rejaillissait en quelque manière sur elle.

C’est pourquoi sainte Brigitte, confirmant cela par ses paroles, rapporte que la Bienheureuse Vierge disait :

« Lorsque je le voyais, mon âme semblait être comme suspendue ; car lorsque les clous perçaient ses membres, mon cœur était comme transpercé ; et lorsque le sang coulait, mes larmes coulaient aussi. Lorsque le cœur de mon Fils était transpercé, il me semblait que mon propre cœur était percé ; et lorsque ses membres étaient frappés, je sentais moi-même les coups. »

Et encore :

« Lorsque je le voyais souffrir, je croyais mourir avec lui ; car la douleur des membres et des nerfs transpercés descendait jusqu’au cœur, et mon cœur souffrait avec lui ; et lorsque la mort s’approchait, tous ses membres frémissaient. » Ainsi se répondent la Passion du Christ et la compassion de la Mère : l’une dans le corps, l’autre dans l’âme ; l’une par le sang, l’autre par les larmes ; l’une par les clous, l’autre par le glaive intérieur

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ALPHONSI PALEOTI
ARCHEVÊQUE DE BOLOGNE

EXPLICATION
DU SAINT SUAIRE

Des plaies des hanches et des reins du Seigneur,
dans la partie postérieure du corps,
jusqu’aux lombes.

Chapitre VIII

Manifestement, Dans la Sainte Sindon apparaît, en l’examinant attentivement, dans la partie postérieure du corps, depuis les plantes des pieds jusqu’aux lombes, le Sauveur lié à la colonne, et toute la partie du corps flagellée.

Et cela n’est pas sans raison : car Jérémie et David avaient prophétisé ces choses ; l’un lorsqu’il dit : Ils ont bâti Sion dans mon sang ; l’autre lorsqu’il dit : Ils ont creusé mes mains et mes pieds ; et encore : Ils m’ont entouré comme des chiens ; voulant montrer par là que son corps devait être frappé de toutes parts par les coups, comme un bois très ferme, contre lequel (comme la rage des Juifs l’enseigne communément) ils dirigeaient les verges les plus cruelles.

Ce qui fut ensuite accompli et clairement réalisé, lorsque Job, instruit par l’Esprit divin, avait prédit : Il a posé sa main sur moi, et Jérémie avait annoncé avec vérité la même chose ; car, de même qu’il avait été livré aux impies Hébreux, ceux-ci répandirent son sang très innocent, l’épanchèrent, et l’offrirent en sacrifice, afin qu’il en fût ainsi.

Et ailleurs : Tous mes ennemis ont parlé contre moi, disant : Dévorons-le.

Et cela fut certes ainsi…

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une telle cruauté de l’âme des Hébreux envers le Christ, David l’a chantée en disant : « Je suis répandu comme l’eau. »

Car de même que l’eau, pour se distinguer des autres liquides, ne laisse ni odeur ni trace visible, ainsi Notre-Seigneur, par sa mort, ne laissa de lui-même aucun monument, aucune mémoire — comme certains investigateurs l’ont remarqué.

Quant à la force qu’il montra dans ses jambes et dans ses hanches, cela peut véritablement être dit avec les paroles de Salomon :
« Ses jambes sont comme des colonnes de marbre, qui sont fondées sur leurs bases. »Ce qui signifie qu’elles étaient si fermement appuyées sur ses saints pieds qu’elles résistèrent très vigoureusement aux coups des fouets.

À propos de ces jambes, Rupert, abbé, dit que le fait qu’elles aient été conservées intactes signifie mystiquement pour nous que les voies du Seigneur sont droites et inviolables ; car ses jambes signifient ses voies.

Toute l’amertume des coups de fouet dépassait certes ce qui frappait les jambes et les hanches, puisque les coups étaient portés sur des parties nerveuses et donc d’une sensibilité plus aiguë. C’est pourquoi le Seigneur, lorsqu’il parlait de sa Passion, rappelait surtout ces coups de flagellation. Ainsi est-il rapporté par saint Matthieu :
« Il sera livré aux nations pour être flagellé. »David également l’avait annoncé :
« J’ai été frappé tout le jour. »
Et cette expression « tout le jour » doit être comprise comme si toute une journée il avait été battu de verges.

Les caractères certains de cette flagellation, il plut à la piété divine de nous en laisser mémoire, imprimée dans le sang de ses jambes et de ses hanches sur la partie postérieure de la Sainte Sindon ; afin que les hommes simples, et ceux qui ne savent pas lire, voyant ces images des plaies sacrées, par lesquelles notre salut fut acquis, soient plus facilement conduits à la connaissance du mystère, pourvu qu’ils veuillent s’y appliquer avec piété et assiduité.

C’est pourquoi saint Grégoire dit :
« L’image est donnée dans l’Église afin que ceux qui ne savent pas lire puissent, du moins, lire sur les murs ce qu’ils ne peuvent lire dans les livres ; car l’image est l’écriture des ignorants. »

C’est pour cela que, dans le deuxième Concile de Nicée, le nom de Basile est célébré par de nombreuses louanges, lui qui affirma cela. Et dans le même Concile, dans la lettre du pape Adrien au très pieux empereur Constantin VI, il est confirmé en ces termes :

« C’est pourquoi les histoires évangéliques sont représentées dans les temples, afin que les hommes illettrés, et ceux qui ne peuvent lire les livres sacrés — qui sont la plus grande part — voyant ces choses, rendent gloire à Dieu et se rappellent que notre Seigneur Jésus-Christ a vécu dans la chair. »

Le Sauveur a donc voulu, par cette Sindon, nous exposer son sens — non pas à la manière des Égyptiens, qui représentaient leurs conceptions au moyen d’images variées d’animaux, soit gravées, soit peintes au pinceau et aux couleurs, comme le rapporte Philon :
« Les Égyptiens, dit-il, décrivent la philosophie par des lettres qu’ils appellent hiéroglyphes, c’est-à-dire des figures d’animaux. »
Ce que confirme aussi Diodore de Sicile…

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 non par la composition de syllabes, ni par des lettres, ni par des mots, mais par des images. Ainsi l’affirme Pline, Horus, Apollon, Pierius Valerianus.

De même que Dieu, par la bouche du prophète Zacharie, dit :
« Ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé » —
ce qui fut accompli dans le Christ, lorsque des pierres furent jetées, lorsque des fouets le frappèrent, lorsque la croix et la lance lui infligèrent ces blessures. Et Jérémie interprète ces mêmes paroles :
« Ils ont frappé le pasteur, et les brebis furent dispersées »,
et encore :
« La lance des soldats a ouvert son côté. »

Mais au lieu de ces images sculptées et gravées, le Seigneur notre Dieu nous a maintenant laissé une image d’un autre genre : celle qui subsiste dans la Sindon, où sont figurées les blessures des pieds, des jambes et des hanches, peintes pour ainsi dire avec son propre sang.

Ce n’est pas là une écriture hiéroglyphique, comme chez les Égyptiens, ni comme autrefois la figure de l’Agneau pascal, ni celles des bêtes ou d’autres animaux dans l’ancienne Loi ; il ne s’agit pas non plus de représentations variées d’animaux en divers lieux.

Ainsi que saint Pierre le démontre dans les Actes des Apôtres, en ce lieu très saint la figure des plaies manifeste clairement ce que la sagesse divine avait décrété avant les siècles, et ce que les prophètes avaient annoncé : que par ses blessures nous serions guéris.

Car en cette image divine, les conceptions de la charité divine nous sont ouvertes ; ce que Dieu avait conçu pour nous, il l’a exprimé visiblement, afin que nos cœurs soient enflammés d’amour pour lui.

Qu’il plaise donc au lecteur pieux de considérer ce que la Bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, dut souffrir lorsque le Christ notre Seigneur endura ces blessures aux jambes et aux hanches, si profondément qu’il semblait que l’extrême douleur les eût brisées.

Et comme elle contemplait ces membres si cruellement lacérés, elle ressentait dans son cœur une douleur immense ; et elle pouvait dire avec Salomon :
« Ses jambes sont comme des colonnes de marbre. »

Mais comment ces colonnes, si fermes et si solides, furent-elles ainsi réduites à une si grande faiblesse ?

Et en pleurant, elle pouvait dire :
« Hélas ! Seigneur, pourquoi m’as-tu fait voir cela ? Pourquoi m’as-tu contraint à contempler ce spectacle ? Je reconnais ton dessein ; je reconnais ta piété : mais lorsque je te vois ainsi baigné de sang, la violence de cette vue fait que ces plaies sacrées demeurent profondément gravées dans mon cœur. »

Et de même que le très pieux prophète Jérémie pouvait s’écrier :
« Qui donnera à ma tête de l’eau, et à mes yeux une fontaine de larmes ? »
ainsi le lecteur pieux doit verser des larmes semblables, compatissant aux douleurs de la Vierge, afin que, par la contemplation du Sauveur, il soit pénétré d’une grande affection de piété.

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Il apparaît manifestement dans le sacré Suaire, etc. Combien de choses ont été dites au sujet de la flagellation du Christ Seigneur dans les chapitres précédents, surtout au chapitre 5 ; ici cependant certains estiment devoir ajouter ce qui est nécessaire, surtout ce qui concerne ce mode particulier de flagellation, par lequel il est dit qu’il a été frappé de verges de part et d’autre.

 Et même peut-être hésiterait-on à dire que l’argument est faible, si, du fait que les flancs du Christ, et les jambes antérieures et postérieures, sont de part et d’autre sillonnés et meurtris par les fouets et apparaissent dans le sacré linge, on concluait aussitôt qu’il a été déchiré par les fouets des deux côtés.

Mais si toutes choses sont considérées attentivement, l’argument n’est ni léger ni faible, mais au contraire de très grand poids, si vous l’affirmez : car les jambes et les tibias, et même le thorax, et la poitrine, et le dos, et les épaules, sont vus de part et d’autre ainsi striés et sillonnés par les fouets, qu’il est nécessaire d’en déduire en conséquence qu’il a été frappé de fouets des deux côtés. Et bien que cette objection puisse être facilement écartée par ce qui a été dit, si quelqu’un disait que les tibias ont pu être frappés de fouets des deux côtés, même si le Christ tout entier n’avait pas été frappé de fouets sur une double face ; parce que non seulement les tibias, mais tout le corps du Christ apparaît frappé de fouets des deux côtés et de toutes parts.

il est reconnu qu’il a été frappé de fouets.

Mais, en cette affaire, certains éprouvent une difficulté non légère, disant que le Christ a été à ce point transpercé par huit fouets que, dans un laps de temps si étroit, attendant l’issue de la flagellation, en liant le Christ, en le déliant, et en le reliant de nouveau, il n’aurait pas pu y avoir de temps. Mais, quant à cela, il m’est venu à l’esprit, plus tard, quelque chose qui n’aurait presque pas besoin de réfutation : car si la très sainte Sindon montre que le Christ a été lésé de toutes parts, et qu’elle montre de nombreuses plaies par les fouets, et ce qui est distinct, il est établi, en outre, que le Christ a été attaché à une colonne renversée ; qui ne voit pas que le Christ, par la partie où il fut attaché à la colonne, n’a pas pu avoir les mêmes blessures, surtout si l’on considère attentivement la raison même que j’ai expliquée plus haut ; et il ne serait pas difficile de démontrer qu’il a été de nouveau lié ; ainsi aussi le Christ parle à la bienheureuse Brigitte, au livre 4 des Révélations, chapitre 8 : J’ai été, par mes membres, le plus abject dans la flagellation, en tous les membres.

Car ainsi Jérémie et David ont prophétisé, etc., que le Christ devait être frappé de fouets de toutes parts, (il l’a) prédit, forts, et lobo, au chapitre 10. Il a entouré de ses lances, 19, disant ainsi : Du moins n’as-tu pas compris, parce que Dieu n’est pas (mon) juge, il m’a affligé, et il m’a ceint de ses fouets. Et de nouveau David : ainsi (il) m’a entouré de toutes parts, comme par l’Ecclésiastique 51 : Ils m’ont entouré de toutes parts et il n’y avait pas de secours. Zacharie, selon neuf interprètes : Des hommes m’ont entouré de toutes parts et (il n’y a eu) aucune miséricorde, comme s’ils m’avaient blessé par leurs lances.

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Et toute concupiscence, Psaume 21 : De nombreux chiens m’ont entouré. Et beaucoup d’autres choses qui sont lues dans les Prophètes au sujet du Christ entouré de toutes parts par des afflictions. Mais lorsque nous entendons que le Christ a été percé de lances, comprenons des fouets munis de petites pointes aiguës, tels qu’ils ont été décrits par nous au chapitre 5.

Par quoi cela a été pleinement conduit à son accomplissement, etc. Comment cela a été ainsi prédit au sujet du Christ est confirmé, tant par le corps même du Christ déchiré de toutes parts par les fouets, comme cela resplendit dans la Sacrée Sindon, que par les paroles de la Très Bienheureuse Mère auprès de la Bienheureuse Brigitte, au livre 1 des Révélations, chapitre 10, où elle dit ainsi : Ses ennemis lui infligeaient des coups de percussion sur la mâchoire et sur le cou, et ils crachaient là-dessus. Ensuite, conduit à la colonne, se tenant debout excité par les coups, ils plaçaient ses mains appliquées à la colonne, lesquelles ses ennemis déchiraient sans miséricorde. Un autre cependant ne tenait absolument rien, mais comme ses mains, ainsi il écorchait, et les blessures de ses entrailles étaient ouvertes ; et lorsqu’il se tournait vers ses ennemis, qui le flagellaient grossièrement avec leurs armes, ils flagellaient son corps pur de tout mal et de tout péché. Au premier coup donc, moi qui me tenais proche, je tombai comme morte, et ayant repris esprit, je vis son corps battu et flagellé jusqu’aux os ; au point que ses côtes étaient visibles ; et parfois, lorsque les fouets étaient retirés, les chairs étaient sillonnées par les fouets mêmes ; et puisque tout mon être était sanglant, tout déchiré, de sorte qu’en lui ne se trouvait ni santé ni rien de beauté, alors j’entendis qu’il demandait en son esprit : Avez-vous eu l’intention de le laisser ainsi dans la nudité ? Mon Père m’a revêtu de ses vêtements ; moi, le lieu où se tenaient les pieds de mon Fils était tout rempli de sueur de sang, et par les traces de mon Fils je reconnaissais sa marche. Des choses semblables sont aussi répétées au livre 4, chapitre 70. Quant à ce qui est dit ici, que par les fouets les côtes furent mises à nu.

Du Christ, le Christ lui-même, auprès de la Bienheureuse Brigitte, livre 1, chapitre 32, dit : Mon âme m’est plus chère que toute créature qui m’a été chère, au point que j’ai mis à nu mes nerfs et lacéré mes chairs presque jusqu’aux côtes pour elle. Pour elle aussi j’ai accepté la mort. Il dit aussi justement cette parole du Deutéronome, lorsqu’il montre le Psaume 21 : Ils ont vu sur moi leur bouche, comme un lion ravissant et rugissant. Et c’est pourquoi il a dit : Délivre-moi des lions, et de la main du chien, mon unique. En ce lieu, saint Augustin, et avec lui la Glose interlinéaire et l’ordinaire, expliquent : comme un lion ravissant et rugissant. Écoutons leur rugissement. Voici, dans l’Évangile, ils crient en frémissant : Crucifie, crucifie ; que l’on lise les choses qui, à ce sujet, ont été abondamment apportées par nous plus bas au chapitre 18.

Et peut-être est-ce cela même, afin que les Hébreux imitassent une telle cruauté contre le Christ à l’égard des leurs.

Comme l’Auteur use très souvent de prophéties obscures, personne assurément ne niera que cette prophétie doive être entendue de la passion du Christ, puisque tout le Psaume 21, tiré de son sein, est compris au sujet du tourment de la patience du Christ ; et cette prophétie claire est expliquée par les Pères comme se rapportant à la passion du Christ. Ainsi Théodoret, le Catholique Didyme, Augustin ; mais cependant quelqu’un hésite encore à savoir si telle est l’explication authentique de ce passage que l’auteur apporte : car Didyme, Théodoret et Nicéphore disent que ce passage doit être entendu du Christ, en ce sens que, comme de l’eau, il a été répandu, parce que ses disciples, Jésus ayant été pris, furent dispersés et comme répandus comme de l’eau. Toutefois, cette explication de l’auteur est très appropriée et convenable. Un passage semblable en Genèse 49 : Tu as été répandu comme les eaux, ainsi l’explique Irénée en disant : L’eau est parfaitement répandue, plus que les autres liquides, parce que des autres liquides il demeure une odeur ou une saveur ; mais l’eau répandue ne laisse ni saveur ni odeur, mais aussitôt elle se dessèche toute entière ; et au Psaume 21 le Christ dit…

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Le Christ comme une eau répandue, incliné vers l’obscurcissement, parce que l’eau, lorsqu’elle est parfaitement versée, plus que les autres liqueurs, qui, provenant d’autres liquides, laissent après leur effusion une saveur et une odeur, ne laisse rien ; et par là on comprend que les Juifs voulaient l’anéantir de telle sorte qu’il ne restât de lui aucune mémoire. Ce passage est expliqué en ce sens par Bartholo Medina, 3 p. q. 5, art. 3, et par Rutilius Benzonius, liv. 1, disp. 2, q. 3, conclusion 1. Car le Christ dit : Mais moi je suis un ver et non un homme ; parce que le ver est tué de telle manière que, lorsqu’on l’écrase du pied, il ne reste de lui ni mémoire, ni douleur, ni sens, ni souvenir.

De sa fermeté découle ce que sont les colonnes de marbre. Dans l’Apocalypse 10, un Ange fort apparut, dont la force est décrite en ce que ses pieds étaient comme une colonne de feu. Dans la colonne en effet la force est montrée ; ainsi par ce hiéroglyphe de la colonne nous décrivons la force. C’est pourquoi, à propos de l’expression de la force de la croix du Christ, la Glose dit : Ses jambes comme des colonnes de marbre. Et en Isaïe 14 apparaissent les Anges admirant le Christ montant et interrogeant : Quel est celui qui monte d’Édom, teint de vêtements de Bosra ? Celui-ci est beau dans sa robe et marchant dans la multitude de sa force. Il répond : C’est moi qui parle avec justice, puissant pour sauver ; j’ai foulé seul le pressoir, etc., afin que par ces pieds, par lesquels le pressoir fut foulé, je sois justement loué pour des exploits d’une grande force ; c’est pourquoi ces membres du Christ sont célébrés et exaltés par nous avec de très grandes louanges et proclamations. Des louanges des jambes du Christ, Lanspergius a écrit excellemment dans le Théorème 24 : Les jambes qui portaient la personne divine et humaine, qui est une seule personne en le Verbe ; les jambes qui soutenaient le Créateur du ciel et de la terre, par qui toutes choses visibles et invisibles ont été faites ; les jambes qui rendaient à Dieu le Père louange et action de grâce, et qui, très promptement humiliées sous le bois de la Croix, ont supporté une très âpre peine ; les jambes qui pour nous, dans la prédication, parcouraient villes, bourgs et châteaux, etc.

Quant aux croix, Rupert abbé dit, etc. Que les jambes du Christ n’aient pas été brisées, les Pères ont coutume d’alléguer plusieurs raisons. Rupert, dans le texte cité, dit : Les jambes signifient pour nous mystiquement que les os de ses jambes sont innombrables. Et 1. 2. de la Trinité et de ses œuvres ; dans l’Exode : Les os du Christ signifiaient qu’il est impassible. Ailleurs Augustin, sur le Ps. 34, que citent Grégoire, liv. 4 Mor., cap. 30, et Jérôme sur le Ps. 21 : que les os du Christ signifient les Apôtres, qui furent dispersés et non brisés. Hilaire ajoute ailleurs sur le Ps. 140 que l’Église formée d’os ne devait pas être affaiblie par la fracture. Enfin Jérôme au chap. 38 d’Isaïe, et Grégoire liv. 9 Mor., chap. 38, disent dans les os être signifiées la force et les autres vertus célestes qui nous ont été données, lesquelles ne devaient pas être brisées.

Bien que cependant les jambes et les os du Christ n’aient pas été brisés, néanmoins, comme on l’a montré ci-dessus au chap. 18, il y eut dans la hanche gauche du Christ, en partie antérieure, une grande lividité demeurée, ou bien il faut l’attribuer à une percussion de la hanche en ce lieu.

Toute l’âpreté et comme l’embrasement des coups se trouvèrent dans les jambes et les hanches, etc. La flagellation fut telle que le Christ la souffrit toujours de manière à apparaître horriblement meurtri et déchiré ; c’est pourquoi il a parlé très amplement de celle-ci. Matth. 20 : Ils le livreront aux nations pour qu’il soit bafoué et flagellé ; Marc 10 : Ils le flagelleront ; Luc 18 : Il sera livré et flagellé, et ensuite : Et après l’avoir flagellé, ils le tueront. Mais pourquoi le Christ a-t-il voulu être ainsi véritablement broyé par des fouets si cruels ?

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Est-ce parce que son amour immense pour nous exigeait un genre de Passion sans égal ? Est-ce parce qu’il n’y avait aucun autre genre de supplice par lequel toutes les parties du corps pussent être tourmentées, comme par la flagellation ? Ou afin que, par la fréquence des coups, la fureur fût satisfaite ? Car tandis que l’âme du Christ demeurait dans son corps tout entier répandu, ils frappent tout le corps de fouets, le déchirent, le fendent, afin que l’âme s’en échappe de toutes parts. Ou bien afin qu’il ne laissât passer aucun genre d’office par lequel il pût montrer sa charité envers nous ? Comme certains ont manifesté leur amour envers la patrie et leurs amis en ce qu’ils se sont livrés à des coups de fouets, ainsi Sinō, dont parle Virgile au livre II de l’Énéide, et Zopyre, dont parlent les Latins dans leurs histoires ; de même le Christ voulut recommander sa charité envers nous, et ayant été frappé de fouets, il a souffert d’être immolé dans tout son corps.

Ces flagellations ont aussi certains caractères, etc. Car à quoi servent les images sacrées pour exciter en nous la ferveur de la piété, si ce n’est pour indiquer ces choses ? Mais en outre l’oraison de Grégoire de Nysse à Théodore est très appropriée ; car il écrit ainsi, où il loue magnifiquement le martyr Pierre : Pierre, dit-il, apportant d’autres fleurs dans l’image peinte, les formes du martyre souffert, les rejets, les croix, les tourments, les figures des tyrans féroces et inhumains, les ordres violents, la crainte figurée dans ces formes, la très belle représentation du combat athlétique. Les passions du Christ, images de forme humaine, sont pour vous comme dans un livre, qui contient diverses interprétations, des combats peints avec art par les couleurs, et les travaux du martyre exprimés pour nous, et comme des prairies fleuries et des temples ornés. Souvent en effet la peinture muette dans le sanctuaire instruit au plus haut point et profite grandement. Tacite loue aussi les poèmes des Pères. Presque le même argument se trouve chez Basile dans l’oraison sur Barlaam le martyr, où il dit : Lève-toi, dit-il, ô pierre, forme peinte du combat du martyr, instruis-nous de la victoire de votre force. Je vois des mains étendues, etc., et nous avons décrit ces choses. Je vois un larron, dans votre image très illustre représenté, et Nilus dans l’oraison pathétique dit : Nous voyons l’image de la Passion, et sans larmes nous ne pouvons passer, tant l’histoire est placée efficacement sous les yeux ; il parle de cette histoire où Abraham voulait immoler à Dieu son fils Isaac, et accomplir le commandement de Dieu qui l’ordonnait.

Voilà donc pourquoi le Sauveur a voulu cela par le Suaire, etc. Lorsque cet excellent docteur de la douce piété, Bernard, contemplait les blessures du Christ dans la chair du Christ avec rougeur, dans ce sermon d’or qu’il composa au commencement sur la Résurrection du Christ, il dit : Vraiment le Christ est le livre que tu lis dans l’Apocalypse, écrit dedans et dehors ; dehors en effet nous voyons les blessures du Christ, mais au-dedans nous contemplons l’amour de son cœur. Voici donc, et de cette manière vous voyez que ces signes sont des mystères, mais non tous ne comprennent pas de la même manière ces mystères. Mais pour ceux qui savent lire ces lettres, ces caractères par lesquels ce livre a été écrit, nous sommes en effet un nouveau Cadmus : le Christ, de nouvelles lettres, afin qu’il enseigne les œuvres de piété. Or ces lettres il ne les a pas écrites sur des pierres ni sur des obélisques, comme les Égyptiens, mais il les a inscrites dans son propre corps. Car bien que les obélisques des Égyptiens soient rapportés par Pline, liv. 36, chap. 8, disant : En effet ces images et sculptures que nous voyons sont des lettres égyptiennes. Ces figures en effet sont composées de multiples animaux notés, comme on peut le voir chez Pierius Valerianus au livre sur les notes hiéroglyphiques très savamment écrites ; et à Rome dans les obélisques que le très saint Sixte V, Pontife Maxime, a fait ériger, au Vatican, au Campo Marzio, auprès de Sainte-Marie-du-Peuple, et à Sainte-Marie-Majeure ; là en effet on voit les figures des cigognes, des serpents, des éperviers, etc., dont Lucain dit : Rochers seulement, oiseaux et bêtes sauvages. Ils sculptent les langues magiques des animaux. Ces notes hiéroglyphiques et leurs mystères, seuls les prêtres les connaissaient.

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Les Égyptiens, desquels provenaient aussi des oracles, conservaient ces notes hiéroglyphiques, et pour cette raison ils étaient appelés γραμματεῖς, comme le dit Cælius Rhodiginus, livre 29 des Lectiones antiquæ, chap. 26. Si quelqu’un cependant désirait la signification de nombreux signes hiéroglyphiques, il ne serait pas trop difficile de l’expliquer ; car l’épervier signifiait la chose faite promptement ; le crocodile, l’homme mauvais ; l’œil, le gardien de la justice et de tout le corps ; le pied, l’injure ; l’anguille, un homme inutile ; les ongles de l’hippopotame renversés, l’impie et l’injuste ; la cigogne, la justice ; ainsi Cælius Rhodiginus, livre 29 des Lectiones antiquæ, chap. 26. Diodore au même auteur, livre 4 de la Bibliothèque. Mais surtout Pierius Valerianus, livre sur les hiéroglyphes, et aussi Jean-Baptiste Egnatius dans le livre des Récitations. Petrus Crinitus, livre 7 de l’Honnête discipline, chap. 2 et livre 1, chap. 4. Thomas Garzoni dans sa Piazza universale, discours 28. Ce que Chrysostome dit dans l’homélie 9 au peuple d’Antioche, que Dieu, avant de donner la loi par Moïse, instruisait les hommes non par des lettres, mais par les choses elles-mêmes. Parmi les très nombreux auteurs qui ont traité avec le plus grand soin et la plus grande érudition des hiéroglyphes, se distingue Ulysse Aldrovandi, unique dans ses recherches, dans le livre d’Ornithologie qui orne notre bibliothèque.

Quant à l’invention de ces signes, certains l’attribuent à Hermès, comme le rapporte Thomas Garzoni ; d’autres à Abraham, qui enseigna aux Égyptiens les mathématiques et l’astrologie, comme le rapporte Josèphe dans le livre 1 des Antiquités ; d’autres à Mercure Trismégiste, comme le rapporte Jamblique au livre premier des Mystères, chap. 1. D’autres veulent que ce soit Seth qui les ait inventés, lequel, au temps du déluge, aurait élevé deux colonnes, l’une de marbre, l’autre de brique, dans lesquelles il aurait inscrit les secrets des sciences en signes hiéroglyphiques ; et pour cette raison les obélisques auraient été construits par les Égyptiens afin de conserver ces notes hiéroglyphiques, afin qu’ils puissent plus facilement repousser la calomnie qu’on leur intentait, comme le dit Pline, livre 36, chap. 12, en ces termes : On voit des obélisques et des pyramides en Égypte, œuvre vaine des rois, à cause de la dépense d’argent et de la vaine ostentation. Ils les ont faits afin que leur argent ne passât pas à leurs successeurs, ou afin que le peuple ne fût pas oisif.

Quant à nous, en traitant des hiéroglyphes non d’une manière littéraire, mais seulement par comparaison, il semble suffisant de voir en eux uniquement ce que les anciens faisaient, et davantage encore que le Christ a voulu nous offrir comme une figure hiéroglyphique, ce que l’auteur a aussi voulu insinuer ici, et ce qui fut l’intention principale de notre bienheureux Laurent Justinien au livre du Triomphe spirituel, chap. 20, non moins pieux que docte, disant : Les plaies du Christ, sa meurtrissure, sa Passion et ses mérites sont les signes de nos malheurs et les remèdes des maladies spirituelles. L’homme pourrait clairement voir que le Christ, plongé au milieu des douleurs, qu’il endurait, est le prix de la paix, et que par le bois où fut répandu son sang, il a été constitué médiateur de la paix. Ainsi donc il n’a pas écrit ce livre sur des parchemins, ni sur des pierres, ni sur du bois, mais avec son propre sang dans sa chair. Ce livre, pour être lu par les simples, est exposé publiquement. Il n’est pas composé de paroles, ni d’une sagesse humaine exprimée par des mots, mais il est inscrit par le doigt de Dieu dans les membres de l’homme, à savoir dans les plaies et les cicatrices du Christ ; et bien qu’il soit simple et humble, il est cependant profond et spirituel ; les simples le comprennent comme une loi, les légistes comme un fondement, les spirituels comme un abrégé de charité, les parfaits comme une règle des vertus, et tous comme le mode de la rédemption humaine. Qui en effet, à moins d’être dépourvu de sagesse et d’intelligence, pourrait ne pas reconnaître en ces signes tant de mystères réunis ? On y trouve la loi nouvelle, le fondement de la justice, le résumé de la charité, la plénitude de la perfection, la norme des vertus, et tout le mode de la rédemption humaine

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dans ce volume sacré du corps lui-même. C’est pourquoi, lorsqu’il eut achevé d’écrire, il dit qu’il n’y avait plus rien à écrire : Tout est consommé. Ainsi parle-t-il. Et plût à Dieu que nous lisions toujours ce livre, que nous ayons ces lettres et ces caractères sans cesse devant les yeux, jour et nuit, et que par leur contemplation nous atteignions leurs mystères.

Or comme Dieu l’a promis par le prophète Zacharie, etc., Remigius au chap. 3 de Zacharie, disant : Je graverai son péché ; cela peut être manifestement prouvé de la Passion du Christ, car il dit qu’il portera les péchés gravés sur une pierre qu’il reçoit sur la Croix, afin que, ayant reçu la peine, il efface la faute par ses plaies et par sa lance. Cela Dieu le Père l’a fait, et l’a livré pour nous tous. Dieu a surtout choisi des pierres précieuses, puisqu’il a voulu que, dans le rational du Souverain Prêtre, douze pierres précieuses brillent, et que sur les épaules deux pierres d’onyx resplendissent. Or il a voulu que ces pierres précieuses soient gravées de telle sorte que, dans les deux pierres d’onyx et dans les douze gemmes du rational, fussent inscrits les noms des douze tribus des fils d’Israël. Mais la pierre la plus précieuse est le Christ ; sur cette pierre précieuse le Père a gravé avec des clous, la Croix, la Lance et les Fouets. Cette pierre précieuse est celle qui, rejetée par les bâtisseurs, a été établie comme fondement de l’édifice spirituel, et comme pierre angulaire qui fait des deux un seul. Cette pierre précieuse est celle à laquelle le Christ, dans l’Apocalypse de Jean chap. 2, promet de donner à celui qui vaincra, disant : Au vainqueur je donnerai la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc, et sur le caillou un nom nouveau écrit, que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit. Ô pierre précieuse, vraiment le Christ blanc et rouge, Cant. 5 : Sur cette pierre blanche est écrit un nom nouveau. Quel est ce nom ? JESUS. Que signifie ce nom ? Autrefois il fut dissimulé, et ce fut un mystère sublime ; certes il était promis que cela serait ainsi, afin que, dans cette heureuse promesse, nous reconnaissions une métaphore que la coutume des Grecs dans le jugement indique. Les Juifs en effet et les Grecs avaient coutume, comme l’atteste Budé dans ses Commentaires sur la langue grecque, d’absoudre avec des cailloux blancs et de condamner avec des noirs ; cette coutume est exprimée par Ovide, livre 15 des Métamorphoses, disant : C’était l’usage ancien de marquer avec des pierres, et de noter les crimes ; avec celles-ci ils condamnaient, avec celles-là ils absousaient.

Ou bien parce qu’autrefois ils avaient coutume de marquer les jours heureux avec des pierres blanches, et les malheureux avec des noires ; ainsi Perse dans la première Satire : Marque, ô Maxime, ce jour d’une pierre meilleure, qui ajoute des années blanches à celles qui s’écoulent. Le Christ donc, parce qu’il promet une issue heureuse au jugement, promet un caillou blanc ; et parce qu’il promet une félicité céleste, il promet aussi un caillou blanc. Mais que nous promet-il d’autre encore ? Il est lui-même ce caillou qui, détaché sans mains, a brisé la statue de Nabuchodonosor et est devenu une grande montagne ; ainsi Denys dans la Hiérarchie céleste, chap. 2 ; Rupert sur Daniel ; Jérôme au chap. 33 d’Isaïe : Sur ce caillou blanc est écrit un nom nouveau que nul ne connaît sinon celui qui le reçoit. Bienheureux celui qui reçoit ce caillou. Qu’est-ce donc qui est écrit sur ce caillou ? Écoute pieusement Augustin : dans ses pieuses méditations il fut enfin si profondément touché qu’il l’exprima dans le livre des Soliloques, chap. 2, en ces paroles : Dans les plaies, dit-il, tu nous as décrits, ô Christ, afin que nos mémoires gardent souvent tes blessures ; car lorsque je te prie, je vois que dans tes mains, Seigneur, tu m’as écrit ; je lis cette écriture, et elle me rassasie. Et Isaïe 49 dit : Voici que je t’ai gravé dans mes mains, afin que ta mémoire soit toujours devant mes yeux. Ainsi Augustin. Bienheureux celui qui, dans ce caillou, reconnaît le CHRIST JESUS

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Pieuse leçon en ce lieu, que je propose à considérer avant tout, ô Bienheureuse Vierge. Un fait héroïque de piété ne peut être mieux compris par aucun homme ni par aucune femme que par elle-même. Qui en effet a vu une femme plus forte, ou plus constante, supportant une si grande douleur ? Œuvre d’une force invaincue, dit-il au livre 2, chap. 21, que la très sainte Vierge s’unit au Christ souffrant, qu’elle compatit à celui qui mourait, qu’elle ne l’abandonna pas mort sur la Croix. Enfin, lorsque son Fils fut descendu de la Croix, elle le reçut sur ses genoux : Agar plaça son fils déjà presque mourant, et s’éloigna de lui pour ne pas le voir mourir ; mais la Bienheureuse Vierge ne déserta pas son Fils mourant, au contraire elle compatit à celui qui mourait. Fait admirable de piété, que Répha, gardienne des fils des crucifiés, veilla au temps de la moisson d’orge jusqu’à ce que l’eau coulât du ciel, c’est-à-dire depuis la mi-mai jusqu’au mois de septembre, pendant des jours et des nuits entiers, ne permettant pas que les oiseaux déchirassent les corps de ses fils. Mais la Bienheureuse Vierge prit soin du corps du Christ descendu de la Croix, le reçut sur son sein, ferma les yeux de son Fils mort, lui ferma la bouche, examina ses blessures, le baisa, l’arrosa de larmes, et accomplit tous les devoirs de la piété ; bien plus elle sentit une douleur si vive qu’elle pouvait à peine toucher le corps de son Fils descendu de la Croix ; ainsi elle-même l’atteste auprès de sainte Brigitte, livre 4, chap. 70, disant : Lorsque tous s’éloignaient, moi je ne pouvais m’éloigner, mais j’étais comme consolée de pouvoir toucher le corps de mon Fils descendu de la Croix, le recevoir sur mes genoux, examiner ses blessures et essuyer son sang.

Que le Christ Seigneur soit descendu de la Croix, etc. Bien que la Bienheureuse Vierge ressentît en quelque manière l’allégement de la douleur en ce qu’elle pouvait accomplir ces offices de piété envers le corps de son Fils, qui ne voit cependant que son cœur était transpercé de douleur, elle qui, en regardant ses blessures, en considérait les tourments, et ne pouvait détourner son âme de ces misères ? Mais il y avait en elle une très pieuse tristesse, que nul ne pouvait mieux qu’elle expliquer ; c’est pourquoi nous entendons sainte Brigitte exposant ainsi la douleur de la Vierge, au livre 2, chap. 21 : Quelle tristesse, dit-elle, il y avait en moi, qui pourrait le dire ? J’étais en effet comme une femme qui a enfanté, dont tous les membres après l’enfantement tremblent encore ; et quoique je pusse à peine respirer à cause de la douleur, cependant je retenais mes larmes autant que je pouvais, afin que mon Fils ne vît pas sa Mère dans la même misère dont il sortait pour ne jamais y retourner. Ainsi moi, bien que je fusse inséparable de la mort de mon Fils, néanmoins, sachant qu’il ne mourrait plus, mais vivrait dans l’éternité, je me réjouissais en mon âme, et ainsi ma tristesse se mêlait à quelque joie. Je pouvais encore penser qu’après l’ensevelissement de mon Fils, je serais en quelque manière ensevelie avec lui dans un même tombeau.

Combien donc cette Passion, avec ses signes, etc., fut d’une admirable force et d’une signification merveilleuse. Car si l’anguille signifie l’homme inutile, les ongles d’hippopotame l’impie, la cigogne la justice, la perdrix l’injure, l’épervier la rapidité, que signifie alors la note hiéroglyphique du Christ ? Indique-t-elle la charité, la piété, la miséricorde, le cœur sincère d’un ami, l’amour brûlant, la paix, l’alliance de justice ? Vois ce que signifie cette couronne d’épines, ce que la plaie de la main droite, ce que la blessure du côté, ce que les pieds transpercés, ce que l’arrachement des épaules, ce que les fouets sur tout le corps, les meurtrissures, les plaies, les coups, les contusions ; tout cela a ses voix, et crie d’une clameur si forte que, si seulement nous avions des oreilles pour entendre ces voix et pour les discerner, nous pourrions pleinement comprendre ce que ce bois sacré nous dit au-dedans de nos cœurs, et entendre ses paroles, et percevoir parfaitement ce qu’il signifie : J’ai entendu ce que le Seigneur Dieu dira, car il annoncera la paix à son peuple. Ainsi ce bois sacré parle dans nos cœurs, pour que nous entendions sa voix et comprenions pleinement ce qu’il indique.

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D’Alphonse Paleotti, archevêque de Bologne,
Explication de la Sainte Sindone.

De la plaie des reins, et de la nudité de la peau, et aussi de la douleur très vive du Sauveur, lorsqu’il fut si cruellement tourmenté.

Chapitre IX

Que l’on regarde l’exemplaire où la lettre C est désignée.

« Parmi toutes les autres plaies qui infligèrent à notre Seigneur une très grande douleur, une surtout, pour celui qui considère attentivement la Sainte Sindone, apparaît — et cela sans aucun doute — comme ayant affecté le Sauveur d’une incroyable souffrance, tant par la grandeur de la plaie que par le lieu où elle fut imprimée. »

Bien que cela ne soit pas parvenu à notre connaissance avec une entière clarté, il n’en est pas moins certain ; car, lorsque Dieu se complaît à ne pas révéler tous les mystères en même temps aux hommes, mais à accroître peu à peu la dévotion des fidèles par la vérité, certaines choses sont parfois révélées plus tard, en plus de celles qui avaient été apportées auparavant.

Il y eut donc là une grande plaie, par laquelle le Sauveur fut incroyablement tourmenté ; parce qu’elle fut infligée en un endroit où la vie est surtout forte ; et parce qu’en ce même lieu la peau fut dénudée par la fréquence des coups de fouets, répétés tant de fois, qui en augmentaient la cruauté ;et parce qu’en ce même lieu le sang, par les faits…

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… qu’une large veine du visage, s’écoulant, ruisselât très abondamment ; ensuite, que les vêtements, tant lorsqu’ils étaient attachés aux chairs que lorsqu’ils en étaient arrachés, fussent déchirés ; ensuite, qu’ils ne pussent soutenir l’immense poids du Christ ; ensuite aussi, que la Croix pressât ces parties du corps ulcérées ; enfin, que, lorsque les bras étaient tirés par des cordes vers la colonne, et que les pieds étaient fixés par le même genre de supplice, la plaie des lombes fût plus grande.

Toutes ces choses réunies ensemble, et considérées dans leur ensemble, nous donnent occasion de mesurer la violence des blessures, de verser des larmes, et de pousser des gémissements plus ardents du plus profond de la poitrine.

Or que cela devait arriver, Jérémie l’avait prédit longtemps auparavant, lorsqu’il dit : « Dans mes reins, il a enfanté des filles » (Isaïe 4).

Mais Job, bien plus clairement, l’avait prédit longtemps auparavant : « Avec leurs lances, ils ont blessé mes reins. »

Ailleurs aussi, il a rappelé la même chose, lorsqu’il indiquait la chair déchirée par les flagelles : « Ils m’ont transpercé de blessures. »

Il ajoute encore que, par suite d’une telle plaie, les os eux-mêmes devaient être mis à nu ; comme on les voit mis à nu dans la Sindone.

« Sa chair se consume, dit-il, et ses os, qui étaient cachés, seront découverts. »

Et telles furent ces choses-là dont la cause était recherchée chez le psalmiste royal, lorsqu’il disait : « Mes reins sont remplis d’illusions (ou d’outrages), et il n’y a pas de santé dans ma chair. »

Et une telle plaie ne fut pas contractée par un seul coup seulement, mais (comme la Sindone le montre) elle est comme un certain amas de plaies ; d’où la douleur des tourments pour notre Sauveur fut, pour ainsi dire, accrue à l’infini.

Or Didace Stella observe ce coup multiple souvent répété comme une sorte de répercussion, lorsqu’il écrit :
« Il s’ajoute plaie sur plaie, lividité sur lividité, fracture sur fracture, sang sur sang. »  Car innombrables furent ses plaies ; non selon la mesure du péché, mais selon la mesure des plaies ; le Christ fut flagellé pour nos péchés, qui furent innombrables.

De là il arriva que, lorsque le Seigneur, la nuit, à cause de cette même plaie des lombes, était entièrement défaillant de forces dans le dos, en portant la Croix, ne pouvant supporter son poids, il fut précipité à terre.

Et cela concorde avec ce que Jérémie avait longtemps auparavant prédit avec vérité :
« Il mettra ma bouche dans la poussière, il espérera dans l’espérance. »

Peut-être pour éprouver si, en disant cela, il apaiserait les cruautés de ceux qui le tourmentaient, ce que certains pensaient devoir arriver.

si, ayant convoqué quelque empire d’Orient, on proposait plus publiquement son image pour la reconnaissance et même pour l’amour de lui, comme ils avaient coutume de la présenter devant les yeux de ces peuples, ainsi que l’affirment Zosime et Pierre Crinitus ;

afin que chacun dût aimer Jésus d’autant plus ardemment, en contemplant avec admiration son effigie ; et qu’en elle même il aperçût une si profonde plaie des lombes, et des os mis à nu, représentant une blessure très atroce.

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 De là aussi, chacun de nous doit rapporter cela à son propre salut, et dire avec son âme que le Sauveur fut frappé aux reins par des fouets, afin de réprimer les désirs dissolus de notre chair, lesquels prennent naissance principalement dans ces parties.

En ce lieu aussi, celui qui voudra facilement chercher dans la Sainte Sindone la Vierge Sacrificielle, et doucement contempler ce qui est offert dans la Sainte Sindone, y verra les douleurs du Sauveur, et la grande affliction de la Mère, lorsqu’elle vit cette immense plaie, et la peau dénudée.

D’où l’on peut dire : “Ô très affligée Mère, reins de ton Fils, combien les as-tu vu meurtris !”

Ce qui fut prophétisé aussi à leur sujet : “Plaie sur plaie, et la peau sera mise à nu.”

Et il ne faut pas oublier qu’en portant la Croix il tomba à terre, comme Jérémie l’avait annoncé.

Ainsi donc la Vierge pouvait méditer, accablée de douleur, cette sainte plaie, et, à la vue d’une si grande pitié, verser des larmes abondantes ; et, dans ses méditations, contemplant cette plaie dans la Sainte Sindone, elle-même affligée d’une immense douleur, en gémir.

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Éclaircissements du frère Daniel Mallonius

sur la plaie des lombes.

Chapitre IX

En outre, 1. parmi toutes les autres plaies que notre Seigneur très doux a endurées dans sa douleur, etc., le Christ notre Sauveur, lorsqu’il a voulu faire mention de la Passion, a toujours joint à la Croix et à la mort l’amertume de la flagellation ; il a voulu même indiquer auparavant par la flagellation des reins, et le prédire par des signes et des prophéties. C’est pourquoi, afin que les signes fussent plus manifestes, Jérémie prescrit, au chapitre 13, que l’on prenne une ceinture du pont, et que tu la mettes sur tes reins, et que tu ne la portes pas dans l’eau ; ceinture large, propre à cela. Beaucoup, en effet, en mangeant l’agneau, ceignaient les reins : parce que les reins de l’agneau étaient ceints de fouets. Peut-être en est-il ainsi que chez Ézéchiel, chapitre 9 : L’homme était revêtu d’un vêtement sacerdotal, ayant des écritoires à ses reins. Quant à ce qui concerne les prophéties, il est dit en traduction :

 Job : Ils ont entouré mes reins de leurs lances.

Jérémie : Beaucoup de choses ont été pour mes reins des plaies.

David : Délivre-moi des lèvres injustes.

Mais quant aux prophéties, elles seront rapportées plus bas, quand il dit, Job : Ils ont entouré mes reins de leurs lances ; et Jérémie : Beaucoup ont frappé mes reins. David : Délivre-moi des lèvres impies.

Et ainsi, en ce qui concerne la vérité de cette plaie horrible et très hideuse, laquelle, sur le dos du Christ, dans les reins, par la fréquente percussion des fouets et par une frappe répétée, a été infligée, il n’y a rien à mettre en doute ; car elle est si clairement mise en évidence par la Sacrée Sindon qu’elle ne peut être contemplée et considérée sans larmes.

Au sujet de l’amertume de cette blessure, il est dit que Dieu a révélé à saint Bernard, afin qu’il apprenne que les trois vertèbres du dos avaient été mises à nu par les fréquents coups de fouets, la chair ayant été arrachée.

Cette blessure a très clairement confirmée Jean Lanspergius, homme d’érudition et de piété abondantes, dans le livre 3 des Élucidations de la Passion du Christ, en ces paroles : Nous lisons dans certains livres des dévots que le Seigneur Jésus, dans les nombreuses blessures de la flagellation reçues, et par les coups de la Croix, a eu sur une seule côte des épaules une si grande déchirure que la Croix pouvait y être posée (à cause de la longueur et de la profondeur), et que Jésus, ayant été blessé par un chemin indirect et en oblique, contenait cependant dans cette grande blessure de nombreuses petites blessures. Il a voulu cela afin que, si des hommes viennent à lire quelque révélation faite à des dévots, ils honorent à juste titre Dieu dans un tel office. Voilà ce qu’il dit.

 Et de Lanspergius, Théodore de Bèze dit : À cause de la sévérité de la très multiple cruauté et de la dureté qui a pénétré jusqu’aux os par les coups des fouets, il lacerait ses os, le très saint, le très saint Augustin, le très saint Jérôme, les hommes de la divinité, comme si son corps tout entier avait été brisé par les fouets, lacéré. Les mêmes paroles ont aussi Jean Lanspergius, au livre 3 des Élucidations sur la Passion du Christ ; c’est pourquoi il semble les avoir eues de Lanspergius.

Ainsi aussi Jérémie avait prédit beaucoup de choses, etc. Et afin que la vérité de cette prophétie soit plus clairement comprise, il faut ajouter…

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Afin donc que soit mieux comprise la fréquence avec laquelle il est parlé de lances et de blessures, que l’on saisisse plus clairement ce qui a été dit plus haut, au chapitre 5, au sujet de la flagellation du Christ.

Mais Job l’a annoncé beaucoup plus clairement : « Ils m’ont transpercé de leurs lances. »

En rapportant ce passage concernant la Passion du Christ, Lanspergius, dans le livre VIII Des bienfaits, l’interprète ainsi : on comprend que les reins du Christ furent dits transpercés par des lances, si l’on se souvient de ce qui a été ajouté plus haut, au chapitre 5 ; car là nous avons enseigné que les fouets par lesquels le Christ fut frappé étaient tels et munis d’aiguillons, que, bien qu’ils piquassent comme de petites lances de fer, ils frappaient et, retirés, déchiraient de toutes parts le corps du Christ.

Et une telle plaie ne fut pas contractée par un seul coup seulement.

Laurent Justinien, dans le livre Du combat triomphal, chapitre 14, exprime surtout par des paroles l’âpreté de cette flagellation, ainsi que la piété et la très grande malice qui s’y manifestaient, lorsqu’il dit :

Lorsque le très bienheureux Rédempteur, tout entier, était comme broyé sous les pieds ; il était frappé de fouets, et son corps tout entier était couvert de coups. On ne frappait pas seulement les épaules, ni seulement le ventre, ni seulement les bras, ni seulement les jambes ; mais blessures s’ajoutaient aux blessures, plaies aux plaies récentes. De là le sang jaillissait aussi des reins, et, en se mêlant à la peau arrachée, il coulait abondamment sur le corps, comme privé de la cohésion de ses membres. »

Il advint donc que notre Seigneur, affaibli par la plaie des reins, tomba à terre sous le poids de la Croix. Ceux qui recherchent la cause pour laquelle le Christ, accablé par le poids de la Croix, tomba à terre, l’attribuent à l’énormité de la flagellation et à l’abondance du sang répandu.

Il est vrai qu’aucun des Évangélistes ne décrit expressément que le Christ soit tombé à terre sous le poids de la Croix ; cependant, que le Christ soit tombé non pas une seule fois, mais à plusieurs reprises, de nombreux auteurs graves l’ont rapporté.

Jean Paschasius Camerarius, dans son pèlerinage (p. 207), décrit le Christ étendu à terre : d’abord dans la ville de Jérusalem, à l’extrémité de la place du Prétoire, où Pilate avait prononcé la sentence ; puis un peu plus bas.

Ensuite, au seuil de la porte de la ville, par laquelle passait ce qu’on appelait la malédiction juive, il dit que le Christ tomba sur des pierres — ce que confirme aussi Christianus Adricomius (nos 122 et 247).

Enfin, ils rapportent que le Christ tomba sous la Croix presque au pied du mont Calvaire, selon Jean Palaephatus (livre II, chap. 18 et 212), Bernard de Bredenbach (13 juillet), et Christianus Adricomius dans sa description de la vraie Jérusalem (n° 49), lequel ajoute que telle est la tradition des anciens, et qu’un monument fut érigé en mémoire de ce fait, marqué du signe de la Croix.

Cela encore, presque tous les Évangélistes l’insinuent (bien que par des paroles obscures), lorsqu’ils disent : « Ils contraignirent un certain Cyrénéen, nommé Simon, à porter la Croix de Jésus », parce qu’il défaillait.

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Lorsque, en ce lieu, on invoque l’autorité de Jérémie pour confirmer cela, je ne puis dissimuler une difficulté : comment cette parole — « Il mettra sa bouche dans la poussière, s’il y a peut-être encore espérance » — peut-elle être expliquée du Christ tombant, alors qu’elle semble concerner le peuple des Juifs accablé par la famine, qui, faute de pain, portait poussière et terre à sa bouche ? Selon cette figure allégorique, comme l’explique Cornas : « Nous mettions du bois dans le pain », c’est-à-dire le pain dans le bois.

Ainsi ici : « mettre la bouche dans la poussière », c’est-à-dire la poussière dans la bouche, si toutefois il y a espérance ; ce qui concorde d’autant plus que Jérémie, dans ce chapitre, parle du siège de Jérusalem et de la famine des Juifs, laquelle fut un très grand péché pour tout le monde, lorsqu’il dit : « Il m’a nourri de cendre et de fiel ; il a brisé mes dents en grand nombre ; il a mêlé mes pierres à la boue. »

Mais qui est cette « petite pierre d’amour » ? Rabbi Salomon l’interprète ainsi : « Qu’on mêle désormais des cailloux à mes pains », car, broyé, cela peut devenir comme du pain.

Cependant Joël 1 parle du deuil du Christ Seigneur, lorsqu’il fut jeté à terre avec la croix ; et cela concerne la Passion du Christ.

Il faut donc comprendre qu’en Christ il n’y eut pas seulement des outrages, mais aussi des coups, des plaies.

Et si l’on considère la cause du Seigneur, il est particulièrement digne d’approbation que tant et de si grands auteurs aient affirmé avec insistance que le Christ porta lourdement la Croix vers le mont Calvaire, qu’il tomba plusieurs fois, et qu’il souffrit des choses très graves et nombreuses.

Quant à l’affirmation que la foule impie, tandis qu’elle conduisait le Christ vers le mont Calvaire, et même lorsqu’il passait de Pilate à Hérode, puis d’Hérode à Pilate, lui lança des pierres, du bois, des bâtons, et autres objets, le bienheureux Anselme, dans son traité de la Passion du Seigneur, ainsi que Jean Lanspergius dans le livre III des Élucidations sur la Passion du Christ, attestent que certains rapportent que les uns jetèrent de la boue contre Jésus, d’autres des pierres, d’autres du bois, et que, par des maillets, des poings et des coups de pied, ils le lacérèrent.

c’est pourquoi le Christ tomba sous la Croix, et du sang sortit de sa bouche.

Dans un sermon sur la Passion du Seigneur (art. 5, première considération), il est aussi rapporté cette chose mémorable : que de tels crimes furent commis contre le Christ, que la Bienheureuse Vierge entendait non seulement les mains de ceux qui le frappaient, mais aussi les coups eux-mêmes.

Ce fait impie, la Bienheureuse Dame Brigitte l’indique dans le livre I des Révélations, chapitre 10, en ces termes : « Conduisez mon Fils au lieu de la Passion ; les uns le frappaient du pied, d’autres le frappaient au visage avec force, d’autres encore le frappaient sur la tête ; et, bien que je ne visse pas ceux qui frappaient, j’entendais clairement le bruit des coups. »

Et au livre IV, chapitre 70 : « Lorsque le Christ était traîné vers la colonne pour être flagellé, il était ainsi tiré et poussé qu’il tombait cruellement ; ses dents s’entrechoquaient, ses yeux et sa mâchoire étaient frappés et meurtris, et les os frappés faisaient parvenir jusqu’à mes oreilles le bruit des coups. »

Jean Lanspergius ajoute que la tête du Christ fut inclinée trois ou quatre fois, tant la douleur était difficile à supporter ; et, dans le livre I, chapitre 33 de la Passion du Seigneur, et dans l’homélie 14 sur la Passion, il dit que les auteurs poussaient le Christ dans la boue, sur les pierres, le traînaient et le repoussaient, le frappaient et le poussaient ; et peu après, sans qu’il puisse se défendre, ils lui infligeaient des blessures et des plaies ignominieuses avec des armes, des poings, des maillets et des bâtons.

C’est pourquoi, d’après la Sainte Sindone, sur la partie antérieure, apparaît une tuméfaction notable et considérable ; et dans les reins apparaissent des signes d’un grand coup ; et également sur le dos, comme il a été dit plus haut ; et cela est décrit par Christianus Adricomius dans sa description de Jérusalem, au numéro 18.

Mais si quelque peuple était appelé à l’Empire du Christ. Cette coutume fut observée par beaucoup, afin que, l’Empereur étant élu, son image fût transmise ; Sigonius le dit ouvertement au livre sur l’Empire d’Occident, etc.

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il dit, aux années 306, 307, 422. Mais ici je veux noter brièvement nos luttes, dont l’amour des actes n’est pas porté dans l’inconnu, surtout lorsque l’image de l’Empereur devait être transmise à Rome au Sénat ; Sigonius, au lieu cité plus haut, année du Christ 306, dit qu’elle était aussi envoyée aux autres villes ou provinces, auxquelles le Prince de l’Empire était le plus attaché, comme chez Sigonius au même endroit, année 307. Maxence envoya son image en Afrique selon les lois. Mais cela offensait gravement la Majesté de l’Empereur si les peuples refusaient son image. En effet, lorsque Maxence eut envoyé son image en Afrique, les soldats qui suivaient le parti de l’empereur Galère firent circuler publiquement l’image de Maxence, ils l’obtinrent, et c’est pourquoi Maxence entreprit la guerre en Afrique. Mais ceci est très mémorable, que Sigonius, au lieu cité, année 420, rapporte avoir laissé écrit au sujet de l’empereur Constance : car, proclamé empereur, il envoyait son image à Théodose ; celui-ci ne l’acceptant pas, Constance en fut si accablé de tristesse qu’au sixième mois après avoir reçu l’Empire il mourut de douleur. Cette coutume fut aussi observée sous notre temps, et lorsque l’Empereur des Romains était élu, son image était envoyée à Rome au Souverain Pontife, afin d’être confirmée par lui ; puis aussi aux autres Princes, comme l’expose Isidore Mosconius d’après Sigonius dans la guerre d’Italie, homme singulier par son érudition et sa piété, qui fut illustrissime et très révérend seigneur Alphonse Paleotti, archevêque, dont nous avons amplifié les livres dans ces commentaires, vicaire général de Bologne, homme digne de louange, dans le livre d’or qu’il a récemment écrit sur la Majesté militante de l’Église, livre 2, chapitre 2, § 5. Ainsi donc avec diligence, etc.

Mais surtout, afin que par le type de l’image l’amour soit concilié, nous envoyons l’image à celui que nous voulons aimer, ou nous nous efforçons de prouver par là que pour obtenir le plus grand amour la connaissance a une force, car l’amour de celui dont les actes sont connus ne se porte pas dans l’inconnu. C’est pourquoi saint Jean, dans la première épître, chapitre 4, dit : « Si quelqu’un dit qu’il aime son frère qu’il voit, et n’aime pas Dieu qu’il ne voit pas, comment peut-il aimer ? »

Cela est aussi rapporté à la chasteté, etc. Voici un nouveau remède contre la fureur effrénée de la libido, appliqué à l’homme. La luxure indomptée fut punie même chez des peuples probres ; les Éthiopiens poursuivaient les maux de la bête immonde, ils tuaient la fureur indomptée, l’hydre effrénée, à laquelle ils donnaient en tête un poison, des poulets et d’autres choses. À ce mal indompté beaucoup ont tenté d’appliquer des remèdes et des médicaments. Et d’abord Pline, livre 20, chapitre 7 : « Les graines de laitue bues dans le vin répriment les imaginations de la libido dans le sommeil. » Ensuite au livre 24, chapitre 9 : « Les feuilles de saule broyées et bues retiennent l’intempérance de la libido, voire en ôtent souvent entièrement l’usage. » Enfin des feuilles de vigne placées sous les lits répriment l’élan de la chose vénérienne ; c’est pourquoi les Athéniens avaient coutume de se servir de feuilles de vigne pour préserver la chasteté, Pline l’atteste au même endroit. D’autres disent que des lis blancs, par modèrent la fureur de la libido et compriment les honteuses imaginations des songes, ce qu’un certain poète chante : « Les chastes donnent les lis aux hommes. » D’autres ont transmis que des lames de plomb appliquées sur les reins, refroidissant, adoucissaient les ardeurs de la libido. Andréas Bacchius a enseigné que l’usage des bains réprime la libido, au livre troisième des Thermes, chapitre second. Jean Eck dit qu’aucun remède plus efficace ne peut être imaginé pour détourner quelqu’un de l’amour d’une femme, que de lui montrer un cadavre exhumé, fétide et rongé de vers dans le sépulcre. Aristote, section quatrième des Problèmes, problème cinquième, sur la froideur des pieds, etc.

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que les ardeurs de la libido sont refroidies par la froideur des pieds ; en effet ceux qui ont les pieds froids supportent difficilement le coït. Le jeûne aussi soumet l’insolence de la libido, comme l’enseigne le consentement commun des Pères. Aristote rapporte que Vénus accompagne la satiété, section des Problèmes, problème 46 : « Le ventre, en effet, plein de nourriture, s’enflamme dans la libido ; c’est pourquoi il dit : Sans Cérès et Bacchus Vénus se refroidit. » Les travaux des champs refroidissent les ardeurs de la concupiscence, comme cela est prouvé par des auteurs très graves dans la Bibliothèque Scholastique, partie 2, distinction 4, etc. Le patronage aussi de la bienheureuse Vierge est un très grand remède contre la libido, comme le rapporte saint Ambroise dans le traité sur la virginité, chapitre 7 ; Bonaventure aussi, distinction 3.

Mais laissant ces nombreux autres remèdes, celui-ci est un nouveau secours contre la luxure, qui s’offre universellement contre toutes les tentations, comme le recueille Gaspar Loartes dans ses annotations aux prêtres, chapitre 20, § 21. Il dit en effet que la flagellation des lombes du Christ, qui blesse la libido en nous, laquelle habite dans les reins et surtout dans le nombril, et s’y enflamme d’une très horrible blessure, fut instituée pour guérir nos vices. D’où l’on peut voir combien grandes et combien ignominieuses furent les plaies que le Christ ensanglanté reçut dans la flagellation des lombes, pour nous donner un remède, et que toi aussi tu voies quel remède tu dois employer contre la flagellation des lombes, les ardeurs de la chair, et les vices des lombes.

Mais en ce lieu, que son pied gauche ait été affligé par des coups, etc. Comme la bienheureuse Vierge reçut le Christ dans son sein, il convient d’ajouter qu’il fut aussi violemment frappé ; cela est décrit au livre premier, chapitre dixième, et au livre second, chapitre 21, et au livre quatrième, chapitre 70, et ce qui était plus douloureux fut vu, que tout son corps était blessé, tout son corps meurtri. Que les ennemis de Samson aient pu faire cela, puisqu’ils purent le vaincre dans la mêlée, pourquoi ne pourraient-ils pas flageller le Christ ? Zopyre, médecin de l’âge antique, a enseigné qu’une chair lacérée était plus facilement guérie que la chair intacte ; et Zopyre disait que cette facilité de la chair était d’autant plus grande qu’elle était plus souvent frappée. Que dirai-je des crucifiés, qui, pendant qu’ils mouraient, versaient des larmes sur la poitrine du Christ flagellé ? Qui expliquera les palmes ? Quelles feuilles auraient-ils pu avoir dans le Christ mort, ce que David eut dans la mort, disant au livre 2 des Rois, chapitre 3 : « Que je meure de la mort des justes, que mes mains ne soient pas liées, ni mes pieds serrés de liens. » Mais les mains du Christ furent liées, et les pieds cloués, et il fut tellement battu par les verges et par les fouets, que rien ne resta plus entier dans son corps, si ce n’est le cœur.

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D’Alphonse Paleotti,

archevêque de Bologne.

Explication de la Sainte Sindon.

Des plaies du dos et des épaules infligées, et accrues par le port de la Croix.

Chapitre X

Qu’on examine l’exemplaire où est apposé le D.

Pour comprendre certaines plaies, il ne suffit pas d’une brève considération, et il ne faut pas seulement regarder celles qui apparaissent entières, avec les épaules ruisselantes de sang et humides, ou portant la Croix ; mais, comme nous l’avons constaté par la Sainte Sindon, après avoir subi les coups, il faut admettre la coutume des condamnés, que chacun portait sa propre croix. Plutarque rapporte en effet : « Chaque malfaiteur porte sa croix. » Et Artémidore : « Celui qui doit être crucifié, dit-il, porte sa croix. » Je ne dirai rien de la Croix donnée au Sauveur par Pilate et conduite jusqu’au lieu de la crucifixion, sur laquelle il devait mourir, comme l’écrit saint Jean l’Évangéliste : « Et portant sa croix, il sortit. » C’est pourquoi saint Augustin observe que, lorsqu’il fut conduit au supplice, afin d’être crucifié, il portait lui-même la Croix.

Jean Chrysostome aussi : « Il porta la croix, dit-il, comme un trophée. » De même saint Athanase : « Il a porté la Croix, dit-il, par lui-même. » Et saint Cyrille confesse que le Christ, comme Sauveur, a porté la Croix ; et il dit : « Le Christ portant la Croix, non pour lui, mais pour nous transgresseurs, etc. »

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Euthyme le considère en outre, portant la Croix sur ses épaules, comme un vaillant soldat porte la lance qui devait être lancée contre l’ennemi. Ailleurs encore : « D’abord, dit-il, ils lui imposèrent la Croix comme à un condamné, et la portant, il sortit. »

Mais tandis que le Seigneur portait la Croix, cette figure d’Isaac fut conduite jusqu’à son accomplissement : car Isaac porta le bois ; toutefois il ne le fit que par la volonté de son père ; la figure en effet n’était pas encore parfaite. Ainsi l’atteste saint Jean Chrysostome, et Tertullien ajoute aussi qu’Isaac, lorsqu’il était conduit par son père au sacrifice et portait lui-même le bois, représentait déjà alors le Christ, portant le bois de sa Passion, accordé par le Père comme victime.

Ce même mode de porter la Croix fut accompli, lorsque, par la puissance de cette même Croix annoncée par Isaïe, il sortit : « Il est devenu, dit-il, le Prince sur son épaule. » Ce que saint Ambroise interprète tant de la Croix que de sa puissance ; de même Justin et Tertullien développent la même exposition, surtout lorsque Tertullien dit : « Quel roi porte l’insigne de sa puissance sur son épaule, et non sur sa tête un diadème, ou dans sa main un sceptre, ou quelque vêtement propre à sa dignité ? Mais seul notre Roi des siècles, le Christ Jésus, a porté sur son épaule sa gloire, sa puissance et sa sublimité : à savoir la Croix, selon la prophétie, afin que le Seigneur règne depuis le bois. »

Et outre Tertullien, le pontife saint Léon dit : « Le Seigneur, obéissant à la volonté de son Père, pour l’accroissement de la dignité royale, a voulu être porteur de son propre supplice, afin d’accomplir ce qu’Isaïe le Prophète avait prédit en disant : Voici qu’un enfant nous est né, dont l’empire est sur son épaule. » Lorsque donc le Seigneur portait le bois de la Croix, qu’il transformait en sceptre de sa puissance, cela était aux yeux des impies un grand objet de dérision, mais aux fidèles un grand mystère ineffable : car le très glorieux vainqueur du Diable et le très puissant dompteur des puissances ennemies portait sur ses épaules, sous la belle apparence du triomphe, le trophée, et il apportait aux hommes le bois du salut, à adorer, avec l’humilité de la patience.

Cette Croix ainsi portée par le Christ fut cette clef annoncée par Isaïe : « Je donnerai, dit-il, la clef de la maison de David sur son épaule ; il ouvrira et nul ne fermera ; il fermera et nul n’ouvrira. »

Et combien de douleur ce port de la Croix apporta au Sauveur, cela est manifestement constaté au lieu indiqué par la Sainte Sindon, où des meurtrissures très grandes apparaissent. C’est pourquoi les Juifs, craignant qu’il ne puisse, à cause de cette blessure des lombes, parvenir au mont du Calvaire avec la Croix, contraignirent Simon de Cyrène à la porter avec lui, comme l’attestent les saints Évangélistes.

Mais ces douleurs que le Sauveur souffrit en portant la Croix, David, poussé par l’Esprit divin, les avait prédites lorsqu’il disait : « Sur mon dos les pécheurs ont bâti, ils ont prolongé leur iniquité. »

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Ici, en vérité, quiconque aura été enflammé d’un très saint affect de dévotion envers la Vierge pourra facilement méditer combien elle fut tourmentée d’une douleur intime lorsque, voyant son Fils, son Seigneur nouveau-né, attaché à la Croix, elle considérait à la fin les très amères plaies des épaules et les chairs déchirées par la Croix, lui qu’elle avait autrefois dilaté, et qu’elle voyait maintenant si cruellement blessé sous ses yeux. De là, en méditant les très durs tourments de Jésus-Christ, elle pourrait s’écrier : « Ici, ici, mon Seigneur, s’accomplissent ces choses que David a prédites, lorsque tu devais être attaché à la Croix pour la porter ; combien lourd fut ce sceptre qui a tant exaspéré tes épaules ! »

Ce n’est pas sans raison, en effet, que David avait prédit que ce fardeau de douleurs serait posé sur ses épaules, lorsqu’il disait que de durs coups avaient construit sur son dos, que des blessures très amères avaient été formées par les verges, que la chair était comme peinte de meurtrissures, que les épaules étaient lacérées et ensanglantées : et elle, semblable à une pierre, non une seule fois mais encore et encore, frappée par les coups très cruels des fouets,  considérant la mère blessée, et recevant de nouveau son Fils à la fin, et voyant ses membres si dilatés, que ses mains avaient été étendues, elle qui l’avait autrefois tenu tendrement dans ses entrailles, et l’avait serré contre elle dans un chaste embrassement, le contemplait ainsi consumé par une si grande douleur.

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Du frère Daniel Mallonius,

Élucidations sur les plaies des épaules.

Chapitre X

De là il est dit, au chapitre 5, que le Christ a été livré à une flagellation très cruelle ; et cela a été fait pour cette raison, afin qu’il fût ajouté à la douleur une douleur très grave, ce que le même nom d’instrument indique chez Daniel, puisque flagrum signifie fouet. Et même il ne pouvait mieux, ni plus efficacement ne pouvait l’exprimer plus efficacement que dans la fabrication des flagellations très acerbes, comme l’indique le nom même de l’instrument. Et de même que, dans la construction d’une maison, des pierres sont posées sur des pierres, des couches sur des couches sont assemblées, ainsi dans la flagellation, plaie sur plaie, liquide sur liquide, sang mêlé s’ajoutent ; de là jaillit le sang. Et cela, la Bienheureuse Brigitte le reçut de la Vierge Mère, au livre I des Révélations, où il est dit que les flagellateurs se mirent en cercle autour de lui et le frappèrent ; et que, comme s’ils voulaient le retrancher du nombre des hommes, ils le frappèrent de telle sorte que ses fils et tous ses membres très délicats furent broyés ; et les coups furent innombrables et très acerbes. De là, donc, cette tumeur sanguine, que l’auteur a décrite dans le dos. Nous examinerons ces choses plus complètement dans ce qui suit. »

« … lequel (auteur), si instruit et si solidement formé, s’appuie sur l’autorité des auteurs sacrés et des Pères : Augustin, Chrysostome, Athanase, Cyrille, Euthyme ; et aussi d’auteurs païens, Plutarque et Artémidore ; à qui, dans cette affaire, une très grande foi doit être accordée, et dont les arguments sont graves et efficaces. Il est donc certain, en ce lieu, qu’il faut lui donner foi. Et Joseph, au livre 1, et Pachasius, au livre des Pérégrinations de Terre Sainte, p. 207, et ce qui est dit au livre 214, et les chrétiens Adricomius, dans la description de Jérusalem, livre 3, ainsi que ce qui est dit que le Christ porta la croix sur ses épaules non jusqu’au Prétoire du Calvaire, p. 6, mais jusqu’au pied ; et de là il avança vers le mont Calvaire, et y parvint chargé d’une croix très pesante, comme il le rapporte, p. 179, pied

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combien misérable. Et cependant, si de tels pleurs, gémissements, et lamentations nous sont prescrits, combien devons-nous en verser, nous qui avons si peu de reconnaissance, qui n’avons que si peu de douleur, nous qui pleurons si peu, lorsque nous considérons combien de choses le Christ a souffertes pour nous dans cette vie faible et fragile ? Qui enfin, en entendant ces choses, retiendrait ses larmes ?

Ainsi parlaient les Myrmidons, les Dolopes, et dix mille Tempêtes de larmes (Virgile).

Là, en effet, contre le Christ ils levaient des voix piquantes, ils agitaient leurs mains, qui d’abord, par une sentence très injuste, l’avaient livré à la condamnation. La sentence d’une inique condamnation était exécutée. Ils livrèrent le Fils de Dieu aux supplices. Et quelles choses exécrables pouvaient-ils imaginer ? »

QUELLE FUT LA FORMULE INIQUE DE LA CONDAMNATION.

Plusieurs auteurs rapportent diverses formules de sentences, par lesquelles le Christ, tant dans la sentence interlocutoire pour la flagellation que dans la sentence capitale et définitive pour le supplice de la Croix, est dit avoir été livré par Pilate. Quant à la sentence interlocutoire, par laquelle le Christ fut condamné à être meurtri par les fouets, Christianus Adrichomius, dans la description de la ville de Jérusalem, n. 17, dit l’avoir reçue des anciens annales comme ayant été proclamée par le gouverneur : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs, et Messie de ce peuple, par le conseil des pontifes et des princes de sa nation, accusé, exposé, lié et frappé de verges. Qu’on apporte les verges. » Mais en ce que cette formule de sentence ordonne que le Christ soit frappé de verges, lui qui auparavant avait été déjà flagellé, il semble à certains qu’elle soit suspecte. Lanspergius, homélie 37 sur la Passion du Seigneur, et Pipinus, station sixième du Christ souffrant, présentent une autre formule reçue de l’Évangile de Nicodème : « Jésus, appelé Christ, de la race des Juifs, parce qu’il a voulu usurper le royaume des Juifs, que l’on dise qu’il est roi, nous ordonnons qu’il soit d’abord flagellé, ensuite élevé sur la Croix. » Mais précisément en ce que la flagellation est jointe à la Croix, on reconnaît une apparente cohérence.

Quant à la formule de la sentence par laquelle le Christ fut livré à la mort de la Croix, elle a été aussi matière à grande controverse parmi les Docteurs. Lanspergius, dans la troisième élucidation sur la Passion du Christ, présente cette formule : « Jésus de Nazareth, qui, contre le décret des empereurs, se dit Fils de Dieu et roi des Juifs, qu’il soit traîné hors de la cité et attaché à la Croix. » Vincentius Ferrer, sur la Passion, rapporte : « Jésus, séduisant le peuple, blasphémant Dieu, se disant roi des Juifs, qu’il soit condamné à être attaché à la Croix et exécuté. » Christianus Adrichomius, dans la description de la ville de Jérusalem, n. 115, la présente tirée des Annales et dit qu’elle fut acceptée : « Jésus de Nazareth, séditieux, contempteur de César et faux Messie, par le témoignage de sa nation convaincu, conduit au lieu public ordinaire et, par ordre du roi, au milieu des voleurs, qu’il soit attaché à la Croix. » Libor, dans la sixième station du Christ souffrant, présente ceci : « Jésus de Nazareth, de sa nation accusé, parce qu’il a voulu usurper le royaume des Juifs au préjudice de l’Empereur romain, pour cela nous ordonnons qu’il soit d’abord flagellé comme faux prince, ensuite élevé sur la Croix et qu’il y meure. » Item encore : « Jésus Christ, sa nation et les pontifes l’ont livré à moi, disant qu’il a voulu usurper le royaume des Juifs, et qu’ils n’ont d’autre roi que César. Et puisque les autres délits contre l’Empereur romain exigent la mort, je juge qu’il subisse la mort sur le gibet de la Croix, aujourd’hui, sur le mont du Calvaire, au milieu de deux larrons. »

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Dismas et Gismas, Dismas à droite, Gismas à gauche, et lui-même au milieu. D’autres ajoutent souvent qu’elle fut reçue des anciens annales des Juifs. Saint Anselme la rapporte, et l’on dit qu’elle fut trouvée à Jérusalem, ce que Christianus Adrichomius approuve surtout dans la description de Jérusalem, n. 115.

Nous, Ponce Pilate, préfet du sacré empire romain, jugeons Jésus de Nazareth coupable de mort, parce qu’il a voulu usurper le royaume des Juifs, ce qui est confirmé par de multiples témoignages des grands prêtres de la cité de Jérusalem. Et parce qu’il a agi contre les décrets des princes, voulant se faire roi, pour cela je le juge et ordonne qu’il soit d’abord élevé sur la Croix hors de la cité de Jérusalem, au lieu appelé Golgotha, c’est-à-dire Calvaire, jusqu’à ce qu’il meure entièrement ; et afin que sa mort serve d’exemple aux Juifs. De même, j’ordonne que deux larrons soient crucifiés avec lui dans les lieux accoutumés, qui sont Dismas et Gismas, l’un à droite et l’autre à gauche, mais lui, comme roi, placé au milieu sur la Croix. La sentence fut prononcée à Jérusalem en ce lieu appelé Lithostrotos, à la veille de la Pâque, vers la sixième heure. Saint Anselme, dans le Dialogue sur la Passion du Seigneur, présente cette formule : « Jésus de Nazareth, qu’il soit emmené hors de la ville et livré à la mort. »

Mais assurément, parmi toutes les sentences rapportées plus haut, plusieurs se trouvent, qui, avec moins de probabilité, méritent d’être rejetées ; c’est pourquoi, en ce qui concerne la formule de la sentence, je considère toute la chose comme incertaine.

EN QUELLE LANGUE LA SENTENCE CONTRE LE CHRIST FUT PRONONCÉE PAR PILATE.

 Certains pensent que, les faits s’étant déroulés publiquement, la sentence contre le Christ fut prononcée en langue hébraïque, considérant seulement que Pilate gouvernait le peuple des Hébreux et qu’on estimait qu’il devait aussi parler en hébreu. D’autres pensent qu’elle fut rédigée en hébreu, en grec et en latin, et qu’elle fut prononcée ainsi en ces trois langues.

Mais, si l’on examine plus exactement la chose, on reconnaîtra facilement que la sentence fut prononcée en langue latine. Les Romains, en effet, dominant tout l’univers, et partout, pour une plus grande solennité et pour la majesté du nom latin, avaient coutume d’employer seulement la langue latine, comme l’atteste clairement Valerius Maximus, livre 2, chapitre 2, disant : « Les magistrats, en vérité, les préfets et tous ceux qui exerçaient la majesté du peuple romain s’efforçaient de maintenir celle-ci ; d’où l’on peut comprendre que parmi les autres signes de grande dignité, ils observaient encore que, même dans les affaires importantes, ils ne répondissent jamais en grec, mais seulement en latin. » Et certes, comme la langue grecque fût très répandue, et que plusieurs voulaient en user, les interprètes officiels ne l’admettaient pas dans nos rites, bien que la Grèce et l’Asie, où la langue latine était diffusée, fussent vénérables pour toutes les nations. Suétone rapporte encore, dans la Vie de Tibère, que, bien qu’il fût très habile dans la langue grecque, il s’en abstint cependant principalement au Sénat, au point que, lorsqu’il voulut nommer un terme grec, par manque de mot, il demanda pardon. Là même il est attesté que, par un certain décret du même Tibère, un homme fut privé du droit de cité romaine pour avoir changé de langue et de patrie, et pour avoir introduit un mot latin nouveau exprimé par un détour de paroles. Puisque donc la manière de parler latine était si chère aux Romains, on peut difficilement croire que Pilate, dans l’acte judiciaire où il siégeait au tribunal, ait parlé autrement qu’en langue latine.

POURQUOI PILATE ORDONNA QUE LA SENTENCE DE MORT CONTRE LE CHRIST FÛT INSCRITE PAR ÉCRIT.

 La cause de ce doute doit être examinée, car, dans la prononciation des sentences capitales contre les hommes,

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Nous savons que les anciens juges observaient certains rites cérémoniels, par lesquels ils déclaraient qu’il n’était pas dans leur intention que des hommes fussent condamnés à mort ; ils pensaient en effet qu’il était étranger à la loi d’humanité de priver un homme de la vie par le supplice, et que, si parfois l’utilité publique exigeait qu’un homme fût ôté du nombre des vivants, il fallait juger absolument nécessaire que tous s’y prêtassent, non par volonté du cœur, mais par l’ordre des délits, qui réclamaient vengeance et châtiment. C’est pourquoi, lorsque la sentence capitale était prononcée contre les coupables, les juges levaient les mains vers le soleil (qui était tenu pour le vengeur divin), et par cet acte attestaient qu’ils étaient innocents de ce sang, et qu’ils condamnaient non par haine ni par volonté mauvaise, mais selon la prescription des lois (les crimes eux-mêmes l’exigeant) à la peine capitale. Ainsi ce rite est attesté par Clément Romain, livre II des Constitutions apostoliques, chap. 56, et par Basile, épître 79. Parfois aussi ils se lavaient les mains, afin que, par cette purification, ils montrassent qu’ils ne subiraient pas les peines d’un homicide involontaire. Ainsi lisons-nous chez Denys d’Halicarnasse, livre III, que l’ablution était comme une purification pour un meurtre involontaire. « Qu’ils expient, dit-il, les homicides involontaires par des sacrifices lustratoires, comme le prescrivent les lois. » Nous lisons encore dans le Deutéronome, chap. 21, la loi donnée par Dieu, que si l’on trouvait le cadavre d’un homme tué, ils prendraient une génisse, et les anciens de la cité laveraient leurs mains sur la génisse, disant : « Nos mains n’ont pas répandu ce sang, et nos yeux ne l’ont pas vu. Sois propice à ton peuple Israël que tu as racheté, Seigneur. » Puisqu’il y avait donc plusieurs raisons pour lesquelles les juges se lavaient les mains en matière de mort d’homme, la question se pose aisément de savoir pourquoi Pilate se lava les mains. Origène, traité 35 sur Matthieu, dit que Pilate se lava les mains parce que, voyant que cela ne servait à rien, mais excitait plutôt un tumulte, il voulut, selon la coutume juive, apaiser les Juifs non seulement par des paroles, mais aussi par un acte. D’autres disent qu’il se lava les mains afin d’observer la coutume des anciens juges. Mais quoi que disent les autres, assurément la narration évangélique nous enseigne pourquoi Pilate fit cela, puisqu’elle rapporte que Pilate se lava les mains en proclamant : « Je suis innocent du sang de ce juste, voyez-y vous-mêmes. » Alors les Juifs criaient : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. » Pilate, afin qu’on pût croire à sa piété, voulut déclarer son innocence et, en quelque sorte en gémissant, céda à la fureur des Juifs, et livra le Christ à la mort.

QUI FUT PILATE.

Afin que nous ayons une connaissance plus exacte de l’impiété et de l’infamie très graves de cet homme, je m’efforcerai ici d’exposer, autant qu’il est possible, sa patrie, ses parents, sa naissance, ses actions dans la vie, sa mort, et ce qui fut accompli après sa mort. Sixte de Sienne, livre II de la Bibliothèque sainte, au mot Pontius Pilatus ; Pierre le Mangeur, dans la seconde partie de la Scolastique sur la Genèse, chap. 8 ; Guillaume Pipin, stations troisième et quatrième du Christ souffrant ; l’auteur du Supplément des Chroniques, à l’an du Christ 25 ; Jacques de Voragine, sur la Passion du Seigneur ; Pierre Comestor, dans l’histoire évangélique, rapportent que Pilate fut de nation gauloise, sa patrie étant Lyon. Pilate fut un homme illégitime, de père noble mais de mère obscure. Ils disent que son père fut un roi nommé Tyrus, selon l’auteur du Supplément des Chroniques, Voragine et Pipin cités plus haut. Quant à sa mère, ils disent qu’elle fut la fille d’un meunier, qui gagnait sa vie par un travail servile. Ainsi Voragine et Pipin. Il fut d’un caractère très pervers, séditieux, trompeur et souillé de toutes sortes de crimes, mais surtout remarquable par ses méfaits homicides.

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Il fut surtout impliqué dans des crimes très graves. Alors qu’il était encore enfant, dit-on, il tua son propre frère ; et, devenu plus audacieux avec l’âge, il fit périr aussi le fils d’un légat du roi des Francs, et commit plusieurs autres homicides. Il était prêt à accomplir tous les forfaits. Une si grande perversité de cet homme fut accompagnée d’un grand trouble d’esprit et de crainte. Car, impie, il fuyait toute poursuite. Philon, au livre De Legatione ad Caium, l’appelle un homme inflexible, colérique, opiniâtre et d’un naturel très dur, qui, en raison de la conscience de ses crimes, craignait toujours que l’on envoyât une délégation contre lui ; et il ajoute qu’il était adonné aux rapines, aux violences, aux outrages, aux tortures, aux meurtres fréquents et à une cruauté incessante. Ce même Philon rapporte que Pilate, établi procurateur de Judée, profana toutes les choses sacrées et, près du temple même, abusa des trésors consacrés du Temple du Seigneur pour des sacrifices et des dépenses. Dans cette administration, il ajouta encore ce crime à ses forfaits, qu’il condamna Jésus-Christ, Fils de Dieu, à la mort ignominieuse de la Croix. Ce ne fut pas là seulement, entre tant d’autres, le mal que fit Pilate ; mais il écrivit aussi une lettre à l’empereur Tibère, dans laquelle il rendit témoignage de l’innocence du Christ, comme le rapporte Tertullien dans l’Apologétique contre les Gentils, chap. 21, disant que Pilate, devenu chrétien dans sa conscience, déclara à César Tibère ce qui concernait le Christ. On dit que la teneur de cette lettre se trouve dans la Bibliothèque du Vatican, comme l’atteste Xiphilin dans la vie de Tibère, livre II de la Bibliothèque sacrée, au mot Pontius Pilatus. Quant à cette lettre écrite pour la défense de Pilate, on en rapporte les dernières paroles ainsi :

PONTIUS PILATUS À L’EMPEREUR TIBÈRE.

Il arriva, comme je l’ai moi-même constaté, que les Juifs, par leur propre volonté et celle de tout le peuple, poussés par une envie cruelle et une perfidie extrême, se rendirent coupables d’un grand crime. En effet, ayant reçu des oracles et des promesses de leurs ancêtres, ils attendaient que Dieu leur envoyât, par une vierge immaculée, celui qui serait proclamé roi ; et cet homme qui était présent parmi eux en Judée, comme tous le savent, rendait la vue aux aveugles, purifiait les lépreux, guérissait les paralytiques, chassait les démons des possédés, ressuscitait les morts de leurs tombeaux, commandait aux vents, marchait à pied sec sur la mer et accomplissait encore beaucoup d’autres miracles, de sorte que le peuple tout entier des Juifs et leurs princes le proclamaient Fils de Dieu. Mais les princes des prêtres, excités contre lui par l’envie, le saisirent et me le livrèrent, portant contre lui de nombreuses accusations et affirmant qu’il était un magicien et qu’il agissait contre leur loi. Les ayant crus, je le fis flageller et le livrai à leur volonté, et ils le crucifièrent ; et, après sa mort, ils placèrent des gardes auprès de son sépulcre. Mais tandis que mes soldats le surveillaient, il ressuscita le troisième jour. Cependant la perversité des Juifs s’accrut à tel point qu’ils donnèrent de l’argent aux soldats, afin qu’ils disent que ses disciples avaient dérobé son corps. Mais ceux-ci, bien qu’ils eussent reçu l’argent, ne purent toutefois taire ce qui était arrivé, car ils attestèrent qu’ils l’avaient vu ressuscité des morts et qu’ils avaient reçu de l’argent des Juifs. J’ai écrit ceci afin que personne ne rapporte autre chose et que l’on ne croie pas aux mensonges des Juifs. Voilà ce que contient la lettre de Pilate. Mais Dieu ne voulut pas laisser ce crime impuni : car peu après, Pilate, accusé par les Juifs auprès de Tibère à cause de ses fréquentes violences, exactions, querelles et massacres, fut contraint, redoutant la colère de Tibère, de se rendre à Rome ; et, ayant perdu la faveur de César, il tomba dans un tel malheur que, comme on le rapporte, il se donna lui-même la mort. On raconte aussi qu’à Rome fut transporté le voile de Véronique, sur lequel était imprimée l’image du visage du Christ, et que, pour cette raison, ce voile fut conservé avec grand honneur. Mais cela paraît moins assuré.

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cela paraît moins probable, comme il est dit dans le Supplément des Chroniques et dans un livre conservé à la Bibliothèque du Vatican, de sorte que la véritable Véronique des Juifs, que d’autres nomment Bérénice, vint à Rome. Baronius, Annales du Christ, année 33, dit que Véronique, épouse d’un hiérosolymitain, guérie d’un flux de sang, se rendit à Rome, apportant avec elle le saint suaire avec lequel le Christ s’était essuyé le visage lorsqu’il portait la croix, et qu’ensuite, après la mort du bienheureux Clément, pontife romain, elle le transmit par succession de main en main à des hommes très saints, afin qu’il fût conservé pour la vénération publique dans l’Église, et qu’il fut déposé dans la basilique du Vatican. Mais revenons à l’exposé de la vie de Pilate. Rappelé par Tibère, il retourna à Jérusalem, où, ajoutant crimes à crimes, vols à vols, meurtres à meurtres, séditions à séditions, il fut de nouveau accusé par les Juifs auprès de Caïus Caligula, successeur de Tibère, après avoir gouverné Jérusalem pendant dix ans, comme le dit Josèphe, Antiquités, livre XVIII, chap. 3 et 4, et Guerre des Juifs, livre II, chap. 8. Accusé à Rome, enfin condamné, il fut relégué en exil perpétuel à Lyon, où, tourmenté par de grands malheurs, accablé de calamités, et poussé au désespoir, il se donna lui-même la mort, afin que celui qui avait exercé injustement la fonction de juge subît la peine de mort, et qu’il fût juste qu’il pérît par une mort inique, lui qui en avait été l’auteur ; ainsi, par une vengeance divine, ce très mauvais homme se transperça de sa propre main, ne pouvant supporter le poids de sa faute, dont l’autorité l’accablait. Ainsi Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, chap. 6 ; l’auteur du Supplément des Chroniques, Pipin, Voragine, Pierre le Mangeur, comme ci-dessus, Orose, livre VII des Histoires. À ces récits s’ajoutent certains écrits apocryphes.

D’autres en effet rapportent que, s’étant noyé dans le Rhône, hors des murs de Vienne en Gaule, son cadavre fut retiré du fleuve et jeté dans un lac éloigné d’environ dix lieues au pied d’une montagne, où, certains jours de l’année, sous la forme et l’aspect qu’il avait lorsqu’il prononça la sentence contre le Christ, il apparaît, dit-on, à ceux qui le voient ; ce lac est appelé aujourd’hui lac de Pilate, ou bien puits de Pilate ; mais ce récit est tenu pour apocryphe ; toutefois certains disent encore aujourd’hui que ce lieu se trouve entre Vienne et Valence, dans le Dauphiné de la province de Gaule.

COMMENT LA SENTENCE DE PILATE FUT EXÉCUTÉE.

Aussitôt que la sentence très impie et très profane du juge Pilate contre le Christ eut été prononcée, le héraut la proclama aussitôt selon la coutume. Sur ce rite Apulée fait allusion, livre I des Florides ; et, comme le rapporte Pipin, dans la station sixième de la Passion du Christ, après que le héraut eut parcouru les rues de la ville en proclamant, on dressa aussitôt les instruments de la sentence de Pilate contre le Christ pour le supplice de la Croix ; la Croix et les larrons furent publiquement conduits au Calvaire ; ensuite, tandis que ces préparatifs étaient en cours, le signal de la sentence terrible fut publiquement exposé, la Croix fut fabriquée avec une rapidité étonnante, elle fut placée sur les épaules du Christ, et les trompettes précédèrent le Christ et les larrons ; en effet les exécuteurs des supplices avaient coutume de précéder les condamnés à la crucifixion, comme l’atteste Végèce, livre II de l’Art militaire, chap. 22 ; Tacite, livre II des Annales ; Varron, livre II sur la langue latine. Jésus, portant lui-même sa Croix, fut conduit, et deux larrons portaient leurs croix. Bien que Lansperge, homélie 37 sur la Passion du Seigneur, ait écrit que seule la Croix du Christ fut placée sur ses épaules, et non celles des larrons, afin que le Christ parût plus criminel que les larrons et plus chargé de crimes, il est cependant déjà suffisamment établi…

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chacun de ceux qui devaient être crucifiés avait coutume de porter sa croix. Hélas, quel spectacle dur et digne de larmes, si tu considères le Christ portant sa croix et succombant sous un si lourd fardeau. Plus longtemps et plus amèrement que tout le reste, si tu médites ces choses dans ton esprit et les poursuis de tes larmes, si tu vois la Vierge, sa mère, remplie de douleurs, inondée de pleurs, assistant aux combats, aux ignominies, aux outrages et aux moqueries du Christ, comprenant ces choses et agitée de sanglots. Le Christ est encore traîné, poussé, frappé de nouveau, accablé de coups, molesté, tourmenté, et cela en présence et sous les yeux de sa Mère. Qui pourrait retenir les sources de ses larmes à la vue d’un si grand malheur ? Les condamnés étaient en effet poussés par des aiguillons et, sous les outrages, conduits au supplice de la croix, comme les auteurs profanes nous l’enseignent : Plaute dans le Mostellaria : « Ô gibet infâme, que je crois que tu seras porté à travers les rues étroites par un misérable transpercé. »

Le Christ ainsi aiguillonné, frappé de pierres, de poings et d’autres insultes de ce genre, conduit comme objet de dérision, les auteurs pieux le rapportent clairement, saint Vincent dans son sermon de la Parascève. « Les uns, dit-il, crachaient sur lui, d’autres lui lançaient des pierres sur la tête bénie de Jésus et au visage. » Des choses semblables sont enseignées par saint Anselme dans le dialogue sur la Passion du Seigneur. Les uns lançaient de la boue sur le Christ, d’autres des pierres, d’autres des injures ; certains peintres représentent derrière Jésus des garçons frappant la planche fixée à la croix, par laquelle Jésus est frappé en chemin et accablé de vexations. La bienheureuse Vierge elle-même révéla cela à sainte Brigitte dans les Révélations, livre premier, chapitre dix, disant : « Tandis qu’il allait au lieu de la Passion, certains le frappaient au cou, d’autres au visage ; et il était si affaibli et si brisé par les coups que, bien que je ne le visse pas frappé, je percevais le son des coups. »

QUELLE FUT LA LONGUEUR DU CHEMIN DU CHRIST DU PRÉTOIRE DE PILATE JUSQU’AU MONT CALVAIRE.

 Enflammés d’un très grand zèle de piété, plusieurs ont décrit avec soin le chemin du Christ depuis la maison de Pilate jusqu’au mont du Calvaire, conduit au comble des misères, des douleurs et des opprobres, marqué par son sang et illustré par sa Passion, que l’on appelle aussi la voie de la Croix ; et ils ont laissé par écrit des descriptions exactes de ce parcours, que nous rapporterons ici d’après Christianus Adrichomius, dont le récit est confirmé par Pierre Poté, Matthieu Seemberger et Jean Paschasius. Parce qu’Adrichomius a décrit ces choses avec une grande précision, capable d’enflammer même des cœurs de pierre, nous avons jugé bon de les exposer en reprenant ses propres paroles. Il écrit donc dans la description de la ville de Jérusalem, n. 118 : « La voie de la Croix, par laquelle le Christ, après avoir été condamné au tribunal et chargé de la croix, marcha vers le mont Calvaire, commence au palais de Pilate ; de là, par vingt-six degrés, qui font soixante-cinq pieds, on arrive au lieu où la croix lui fut imposée. De là, hors de la ville, portant la croix sur ses épaules sacrées, il parvient au lieu appelé Caurus ; de là, par quatre-vingts degrés, soit deux cents pieds, au lieu où il tomba pour la première fois sous la croix. Ensuite, montant par soixante-trois degrés, soit cent cinquante-trois pieds, jusqu’au lieu où il rencontra sa très sainte Mère. Puis encore par soixante-sept degrés, soit cent soixante-sept pieds, jusqu’au lieu où Simon de Cyrène fut contraint de porter la croix après Jésus. De là encore par cent quatre-vingt-dix degrés, soit quatre-vingt-dix-huit pieds, jusqu’au lieu où Véronique accourut à lui. Et de là par trois cent soixante-six degrés, soit huit cent soixante-deux pieds, jusqu’à la porte Judiciaire, où il fut de nouveau chargé de la croix. Ensuite il monta plus lentement et péniblement vers le lieu du supplice…

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trois cent quarante-huit degrés et deux pieds, soit huit cent soixante-douze pieds, jusqu’à une porte où il rencontra les femmes en pleurs. De là encore par cent soixante et onze degrés et un pied, soit quatre cent quatre pieds, jusqu’au pied même ou à la racine du mont Calvaire, où il tomba pour la dernière fois. Puis encore par douze degrés, soit quarante-cinq pieds, jusqu’au lieu où les bourreaux le dépouillèrent de ses vêtements et où on lui donna à boire du vin mêlé de myrrhe et de fiel. Ensuite par douze degrés, soit trente pieds, jusqu’au lieu où il fut cloué à la croix. De là par quatorze degrés, soit trente-cinq pieds, jusqu’au lieu où la croix fut dressée dans la cavité du rocher du Calvaire. Depuis le prétoire de Pilate jusqu’au lieu où la croix fut élevée, il y eut mille trois cent vingt et un degrés, soit, en supputation totale, trois mille trois cent vingt-trois pieds.

Mais cette ligne représente la quatrième partie d’un mille italien.

Quant au nombre des pas et à la mesure de la croix, comme il a été dit plus haut, il est difficile d’en établir une mesure certaine, car, après tant de siècles et tant de ruines de l’antique cité, tout a été bouleversé, de sorte que chacun peut à peine se figurer les lieux et les espaces entre les murs des maisons, ou reconstituer par la pensée les distances anciennes. Cependant, pour aider la méditation pieuse et exciter les cœurs à contempler la Passion du Christ, ce qu’il nous est très salutaire de faire, surtout puisque les saintes Écritures et les écrits des saints nous y exhortent souvent, nous avons rapporté ces choses d’après Adrichomius.

SI LE CHRIST, DEPUIS LA MAISON DE PILATE JUSQU’AU MONT CALVAIRE, PORTA TOUJOURS LA CROIX, OU S’IL LA PORTA SEUL, OU AVEC SIMON DE CYRÈNE.

 Christianus Adrichomius, comme ci-dessus, compte depuis le prétoire de Pilate vingt-six degrés, c’est-à-dire soixante-cinq pieds, durant lesquels le Christ marcha sans le fardeau de la croix ; ensuite il enseigne que la croix fut imposée au Christ. Et le bienheureux Jérôme, sur Matthieu, dit que dans la maison de Pilate la croix fut imposée au Christ, ce qui semble aussi pouvoir être déduit de Jean 19 : « Et portant sa croix, il sortit. » La difficulté est plus grande encore.

QUE LE CHRIST PORTA SA CROIX JUSQU’AU MONT CALVAIRE.

La difficulté vient de ce que l’Évangéliste atteste que Simon de Cyrène fut contraint de porter la croix après Jésus ; or, dans l’histoire de la Passion du Seigneur, Jean affirme que Jésus porta sa croix ; ce qui peut s’entendre de deux manières : premièrement, que le Christ, marchant devant, portait la croix du Seigneur en entier ; ou bien que le Christ portait la partie antérieure de la croix, et Simon la partie postérieure ; ou encore que tous deux portaient ensemble toute la croix ; c’est pourquoi certains docteurs embrassent la première opinion, d’autres la seconde, comme plus probable.

COMMENT SIMON DE CYRÈNE PORTA LA CROIX APRÈS JÉSUS.

 Saint Augustin, livre III du Consentement des Évangélistes, chap. 10 ; Origène, traité 35 sur Matthieu ; Athanase sur la Passion et la Croix du Seigneur ; Jérôme et Théophylacte sur Matthieu, enseignent que le Christ porta d’abord seul toute la croix, puis qu’elle fut ensuite transférée en totalité à Simon de Cyrène. Ainsi saint Léon, sermon 8 sur la Passion, dit : « Simon de Cyrène fut trouvé, en qui le fardeau du supplice fut transféré du Seigneur. » Cela est encore attesté par la bienheureuse Vierge glorieuse Brigitte, livre I, chapitre 10, disant : « On imposa à mon Fils la croix à porter ; mais comme il la portait avec difficulté, vint un homme pour l’aider à la porter » ; et au livre IV, chapitre 7 : « Il fut indiqué de porter la croix, mais d’autres l’aidaient en chemin. » Cette opinion est aussi embrassée parmi les plus récents par Jansenius, Michel Pala et le cardinal Tolet.

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François Suarez, troisième partie, dispute 46, section 2 ; Jean Gretser, livre I de la Croix, chap. 15. Cependant l’opinion contraire semble être celle de saint Ambroise sur Luc, qui dit : « La croix fut imposée sur les épaules du Christ, afin que le trophée fût sur le roi ; mais ce fut Simon qui la porta. » Car le Christ est homme, et c’est l’homme qui porta dans le Christ. Parmi les auteurs plus récents suivent cette opinion le cardinal Baronius, à l’an 34 du Christ, n. 94 ; Christianus Adrichomius dans la description de la ville de Jérusalem, n. 118 ; Didacus Stella sur Luc ; Guillaume Pipin, station sixième du Christ souffrant ; Cajetan sur Luc 23. Cette opinion semble être appuyée par les paroles de Luc disant : « Ils imposèrent la croix pour la porter derrière Jésus. » Derrière, c’est-à-dire après Jésus. Il semble aussi que cela puisse être confirmé par cette raison : il n’eût pas été indécent ni déshonorant que le Christ portât toute la croix ; mais il eût semblé inconvenant que Simon portât la croix comme s’il eût été lui-même coupable du supplice. Si cependant il avait porté la croix avec Jésus, il n’eût pas paru la porter comme sienne.

Toutefois aucune des deux opinions n’est certaine, et l’opinion opposée ne peut être solidement réfutée. C’est pourquoi chacun peut contempler le Christ portant soit toute la croix, soit une partie, selon qu’il se sent davantage excité par le zèle de la piété.

J’ai dit qu’il faut pleurer, afin que nous puissions tirer un fruit des combats du Christ Seigneur. Mais il ne suffit pas de pleurer ; il faut aussi imiter, comme l’entend celui qui entend la voix du Christ disant : « Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi » ; et : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple. » Sortons donc et allons au-devant du Christ hors du camp, afin d’être crucifiés avec lui au monde, à ses vices et à ses convoitises. Ô combien nombreux sont ceux qui voudraient imiter l’acte de Simon de Cyrène en apparence, et qui, voyant le Christ succomber sous le poids de la croix, voudraient volontiers poser eux aussi leurs épaules sous la croix, si toutefois ils croyaient pouvoir soulager en quelque manière le Christ.

Or nous reconnaissons combien cet homme était faible par ce qui suit. Le pieux Denis le Chartreux rapporte qu’un novice, d’une bonne nature et exercé volontiers aux mœurs religieuses, s’appliquait avec zèle aux œuvres de religion, portant une tunique blanche, et, par-dessus, une noire ; mais, pour éviter les regards des autres, il se retirait dans sa cellule et déposait là sa tunique noire. Un jour, cependant, comme il sortait avec les autres moines, on le reconnut ; et, la porte de sa cellule ayant été ouverte, on trouva seulement la tunique blanche ; alors on lui dit : « Pourquoi sors-tu ainsi, vêtu de blanc seulement ? » Le novice, troublé, répondit qu’il avait oublié la noire. Or le Christ, accablé du grand et lourd poids de la croix, sous un tel fardeau haletant et presque défaillant, paraît vouloir montrer combien cette croix est lourde à porter, par laquelle le novice descendit. Et tandis que le Christ soutient la très grande poutre de la croix sur ses épaules sacrées, les bras de la croix semblaient tantôt toucher les murs, tantôt frapper les pavés, de sorte que le Christ supportait un grand labeur et une grande douleur. Alors le novice, frappé d’une si grande piété, admirant les combats, les larmes et les sueurs du Christ, dit : « Ô bon Jésus, aide-moi, afin que je puisse porter ta croix sur mes épaules, comme tu as porté la mienne. » Le Christ regardant le novice d’un visage sévère et de ses yeux le reprenant, lui dit : « Si tu ne peux porter avec moi cette grande croix, que j’ai portée pour ton amour vêtu d’un vêtement noir, comment pourras-tu porter la mienne ? » Le novice fondit en larmes ; le Christ disparut à ses yeux.

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Le novice, revenu à lui et maître de son esprit, ne déposa plus jamais le vêtement noir. Que dirait donc le Christ de ceux qui présument porter sa croix avec empressement, jeûner, pardonner les injures à l’ennemi, donner des aumônes et accomplir d’autres œuvres faciles, mais qui reculent devant les choses plus difficiles ?

Certains, comme Cyrille, contemplent le Christ portant la croix comme un Sauveur ; et au plus haut degré les Pères, pleins de piété, méditent ce mystère du Christ Seigneur portant la croix. Cyrille le voit comme le Rédempteur qui porte la croix pour nous délivrer ; Euthyme et Théophylacte comme un vaillant soldat qui porte la lance avec laquelle il devait frapper l’adversaire. Ambroise dit : « Le Christ monte admirablement sur la croix, il dépose les vêtements royaux, afin que, comme homme, il paraisse souffrir, non comme Dieu roi. » Saint Augustin, traité 118 sur Jean, considère le Christ comme roi, qui porte la croix comme un sceptre. Paul aussi le contemple comme roi portant sur ses épaules le bois qui devait être fixé aux pieds du roi. Et non sans raison on le contemple portant la croix comme un candélabre portant la lumière, qui n’était pas mise sous le boisseau. Augustin, au sujet du consentement des Évangélistes, dit que certains la regardent comme un signe de dignité, d’autres comme une mitre ; mais le Christ porte la croix ; et dans le livre du Symbole aux catéchumènes, chap. 6, on contemple le Christ comme l’Époux, et la croix comme le lit sur lequel, dormant, devait être formée l’Église. « Notre Époux, dit-il, monte au lit nuptial pour y dormir et mourir. Son côté est ouvert, et l’Église s’avance vierge ; de même qu’Ève fut formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est formée du côté du Christ pendu à la croix. » Et la Glose ordinaire, sur ce passage de Jean, dit : « La croix est le candélabre de la lumière, qui n’était pas mise sous le boisseau. » Chrysostome contemple le Christ portant la croix comme une chose profane et maudite, qui devait toucher les hommes ; Ambroise, dans le sermon sur la Croix, qui est le 56e, contemple le Christ portant la croix comme une charrue avec laquelle il devait labourer la terre afin qu’elle rendît les morts, qu’il appelait à la vie ; Chrysostome, homélie 84 sur Jean, contemple le Christ portant la croix comme un vainqueur célébrant ses triomphes, d’où le trophée de la victoire fut planté sur le mont du Calvaire, où d’abord la mort avait infligé une blessure. Augustin s’écrie en ce lieu : « Que ce cri nous excite à contempler ce mystère : grâce, dit-il, si tu contemples la croix ; mais si tu méprises la croix, grande ruine ; si tu la contemples avec piété, grand mystère ; si tu la contemples avec impiété, grande ignominie. Si la piété la contemple, elle voit le roi portant le bois comme un sceptre de son règne ; si l’impiété la contemple, elle voit un roi chargé du bois, comme si ce qui était fixé sur son front était une ignominie. » Mais plus profondément encore, et pour corriger nos mœurs, l’Apôtre nous exhorte à la contempler, lorsqu’il dit aux Hébreux, chap. 13 : « Sortons donc vers lui hors du camp. »

De plus, la croix du Seigneur porte encore un autre sens. Théophylacte l’explique excellemment sur Jean 19, disant : « Vois comment cela fut figuré dans l’Ancien Testament : Isaac portait le bois, car il était immolé ; ainsi en ce lieu le Seigneur, portant la croix, s’avance comme un soldat portant ses armes, avec lesquelles il doit terrasser l’ennemi. » Quant à cette figure du Seigneur, elle est manifeste ; Isaac signifie en effet le rire ou la joie. Qui donc fut fait cause de joie, sinon celui qui, dans l’assomption de la nature humaine, par l’ange, annonça : “Je vous annonce une grande joie” ? Ainsi dit la Glose sur Isaïe, chap. 22. La Genèse dit : « Comme Abraham porta le bois, et le remit à son fils, ainsi Isaac porta le bois qui lui avait été imposé ; ainsi le Christ porta la croix sur laquelle il devait être suspendu. » Si quelqu’un veut une explication plus développée de cette figure, qu’il lise ce que saint Augustin en a écrit.

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Le stigmate de Jésus-Christ crucifié.

Le Christ se hâtant vers le supplice de la croix, de nombreux et illustres personnages l’ont figuré d’avance. Car Abel figura le Christ se hâtant vers la mort que lui infligeait un peuple envieux, lorsqu’il fut tué par Caïn dans le champ et étendu sur le bois pour être mis à mort (Genèse 4). Joseph aussi, envoyé dans la solitude, trahi par ses frères, jeté dans la citerne, puis tiré et vendu. Ici le roi d’Israël, dépouillé par un étranger, se hâte vers le combat, où, ayant reçu une blessure, il est tué. Naboth, pour la vigne qu’il aimait, est conduit hors de la ville dans le champ afin d’y être lapidé. Jacob voit l’échelle que porte Jésus.

Le même mode de porter la croix, etc. Saint Augustin, sermon 71 de tempore, expliquant ce passage, dit : « La croix du Christ ne signifie pas médiocrement la principauté : par elle le diable est vaincu, et tout le monde est rappelé à la connaissance et à la grâce du Christ. » Jérôme, livre 3, commentaire sur le Psaume 9, dit : « Le prophète annonce qu’un sceptre sera placé sur son épaule ; et il dit que le Christ porte la croix sur son épaule, ou qu’il montre par son épaule la force de son bras. » Ambroise interprète ce même lieu de la même manière dans le livre 3 sur la foi, chap. 4, et Tertullien contre les Juifs.

Lorsque Jean l’Évangéliste, élevé à la contemplation des mystères, annonçait les secrets futurs et voulait connaître les mystères des sceaux, il entendit une voix disant : « Viens et vois. » Que vit-il ? « Je vis, dit-il, et voici un cheval blanc ; et celui qui était assis dessus avait un arc, et une couronne lui fut donnée, et il sortit vainqueur pour vaincre ; ensuite un autre cheval roux, puis noir, puis pâle. » Que signifie cela ? En premier lieu, les Docteurs entendent communément le Christ. Il est dit assis en innocence, mais les chevaux désignent les emblèmes. Le cheval est en effet un animal de combat : le Christ donc, bien qu’il ne puisse pas donner la paix dans la guerre, à moins d’avoir d’abord vaincu et soumis les ennemis, porte l’arc, lui qui porte la croix ; il a plusieurs diadèmes, parce qu’il est Prince sur son épaule. Et bien que les chevaux noir, roux et pâle s’opposent, il s’avance néanmoins vainqueur pour vaincre, afin de célébrer pleinement les triomphes de la victoire ; c’est pourquoi il est dit Prince sur son épaule.

Cette croix portée par le Christ, etc. Saint Jérôme, livre 7, commentaire sur Isaïe, chapitre 22, expliquant ce passage, dit : « Je donnerai, dit-il, la clé de la maison de David ; il ouvrira et nul ne fermera, il fermera et nul n’ouvrira. » Et elle sera une clé sur son épaule ; c’est-à-dire dans la Passion, selon ce qui est écrit ailleurs : « Le principat sera sur son épaule. » Car ce qu’il a fermé par sa Passion, nul ne peut l’ouvrir ; et ce qu’il a ouvert, nul ne peut le fermer ; comme dans les cérémonies des Juifs nul autre n’ouvrait. Aréthas, commentant l’Apocalypse, où presque le même passage se trouve, interprète la clé comme la puissance : « Il a brisé les verrous par la clé de David », entend-il, comme le disent Jérôme, Cyrille, Procope, Haimon, saint Thomas, Lyre et Denis ; mais les Pères interprètent plus souvent la clé comme la juridiction. Cælius Pannonien entend par la clé la grâce du Saint-Esprit, et par la maison de David l’Église ; l’abbé Joachim, par la clé de David, entend la jubilation assidue des Psaumes par laquelle, par l’Esprit Saint, sont comprises les prophéties et les oracles des Psaumes et des Prophètes. Or, bien que l’explication de ce passage soit multiple et variée, nous ne pouvons cependant nier qu’il soit très probable d’entendre par la clé la croix. Et lorsque la clé est interprétée comme la croix, Origène, homélie 14 sur Ézéchiel ; Hilaire dans le prologue sur Isaïe ; Jérôme sur Isaïe 22 ; Augustin, homélie 3 sur l’Apocalypse ; Rupert en ce lieu, l’ont enseigné.

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Quant à la grandeur de la douleur de la croix, à l’amertume des souffrances et des passions que le Christ, portant la croix, endura, de très nombreux hommes remarquables par leur piété et leur érudition les ont approfondies par leurs méditations ; ils enseignent aussi que, par ce portement de la croix, toute la peau jusqu’à la chair vive fut rouverte, meurtrie, excitée et brisée ; de sorte que les blessures antérieures, à peine cicatrisées, furent ou renouvelées, ou bien par une nouvelle déchirure portées à un état plus grave. Et puisque le bois de la croix était long et très pesant, Jésus ne pouvait le porter sans être extrêmement fatigué, sinon qu’une partie reposât sur ses épaules, l’autre traînât à terre ; d’où il arrivait que, par la rudesse des pierres et l’aspérité du sol, et par les secousses, les épaules blessées du Seigneur fussent sans cesse plus gravement meurtries, et que parfois même la couronne d’épines, enfoncée sur sa tête, renouvelât la douleur. C’est pourquoi Lansperge, livre 3 des Élucidations sur la Passion du Christ, dit : « On lit dans un certain livre dévot que le Seigneur Jésus, ayant reçu de nombreuses blessures dans la flagellation, et portant le lourd bois de la croix qui reposait sur ses épaules, eut entre les omoplates une grande plaie, à cause de l’extrême longueur du bois qui, posé sur son dos, les frottait et les meurtrissait ; et comme le bois s’appliquait souvent aux épaules, il les pressait davantage, de sorte qu’il ravivait les nombreuses plaies déjà contractées. » Cette plaie est d’ordinaire vénérée par les hommes pieux, parce qu’on lit qu’elle fut révélée à certains ; c’est pourquoi elle est honorée par un certain office de dévotion, ce qui est très agréable à Dieu, comme le dit Lansperge dans les Élucidations sur la Passion du Christ, livre 3.

Quant à ces douleurs. Ce passage de David est célèbre, et une illumination plus claire ne le nie pas, à laquelle on peut ajouter un autre témoignage grec d’Esther, chap. 50, où nous lisons : « Ils ont percé mon corps. » L’interprète des Septante lit : « Ils ont percé mon dos. » François Forerius, dans ce passage, lit : « Ils ont labouré mon dos. » Jérôme, dans le lieu où il lit : « Mon corps, ils l’ont labouré », ajoute cependant qu’il ne peut être donné en bataille sans être d’abord labouré et ensemencé ; c’est pourquoi il porte l’arc, lui qui porte la croix ; il a de nombreux diadèmes, parce qu’il est Prince sur son épaule. Mais une traduction très efficace est celle que rapporte Pierre Galatin, livre 8 des Arcanes, chap. 13, tirée de l’hébreu : « Sur mon corps ils ont labouré ; ils ont prolongé leur sillon. » C’est pourquoi il ajoute : « Sur le corps du Messie ils labouraient, comme les Juifs devaient très cruellement le frapper ; et ils prolongeaient leurs sillons sur lui, parce que tout son corps était rempli de plaies et de coups. » La vérité de cette prophétie, la bienheureuse Vierge, qui fut présente à la flagellation du Christ, l’explique ainsi dans les Révélations de sainte Brigitte, livre 4, chap. 70 : « Par les fouets armés de pointes aiguës et de crochets, non seulement la peau, mais tout son corps était déchiré. Voici les sillons du labour. »

Quant à cette dévotion affectueuse. Qui, voyant la très sage Vierge soutenir sur son sein le très noble corps de son Fils, ne reconnaîtrait en elle un grand et admirable mystère ? Si le très sage Archimède put, par la force de son génie, décrire les cercles et les sphères, et expliquer les mouvements des orbes célestes, les cours du soleil et les configurations des astres errants, combien plus doit-on louer la sagesse royale de la Mère de Dieu, qui surpasse l’ingéniosité d’Archimède, puisqu’elle n’a pas puisé sa sagesse dans l’art humain, mais dans le don de Dieu ; elle ne contemple pas des cercles aériens ni des globes vides, ni des sphères de bois, mais le corps très saint du Christ, formé par la vertu de l’Esprit Saint, dans lequel habite corporellement la plénitude de la divinité ; elle l’embrasse sur son sein, le soutient dans ses blessures, et voit autour de lui les plus petites plaies ouvertes ; elle voit le corps du Christ ainsi cruellement lacéré, comme un lépreux, ainsi qu’il est révélé dans les Révélations, chap. 10 : « Son corps, retiré de la croix, paraissait comme celui d’un lépreux, tout meurtri. » Que la très sage Vierge ait ainsi contemplé dans les moindres détails la purification du corps du Christ…

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croirais-tu qu’elle ait fait cela ? Assurément, si l’on considère le lieu et que, retiré de la croix, le corps sacré du Christ fut déposé sur le sein très saint de la Vierge, et si l’on voit la bienheureuse Vierge soutenant de larmes le corps et le contemplant comme pesant dans ses bras, on peut en venir à penser et à croire que la Reine Mère de Dieu a accompli ce que le très sage Esdras se proposait d’accomplir, lorsqu’il dit (4 Esdras 4) : « Pèse-moi le poids du feu. » Mais il reconnut que les forces humaines ne pouvaient atteindre à ce qu’il voyait ; c’est pourquoi il ne put y répondre. Or ce qu’il ne put faire, la piété de la bienheureuse Vierge l’a accompli. Elle pesa en effet le poids du feu ; mais comment ? Par le feu de la charité, car le Christ fut conduit pour nous à la Passion ; et ce feu dans le cœur du Christ avait un poids aussi grand que celui des tourments qu’il endura. La très sainte Vierge examine les plaies, lave les blessures, mesure, pour ainsi dire, la profondeur de la plaie laissée par la fabrication horrible sur les épaules du Christ ; elle reconnaît la puissance des plaies imprimées par la croix sur ses épaules, d’après la grandeur et la multitude des blessures ; elle perçoit aussi ce poids incomparable du feu, et le comprend ineffablement, disant avec saint Bernard : « Personne n’a plus grande charité que celui qui donne sa vie pour ses amis ; mais toi, tu as donné une plus grande vie pour tes ennemis. »

« Voici-moi, Seigneur », etc. Un spectacle cruel et terrible apparaissait aux mortels, lorsque ce Christ, le plus noble des rois, était conduit aux tourments les mains liées derrière le dos. Un spectacle nouveau et digne de larmes, que les Romains eux-mêmes jugèrent indigne, lorsque l’illustre reine de Palmyre, Zénobie, remarquable par toutes les vertus, fut menée en triomphe par Aurélien, enchaînée de chaînes d’or. Quel spectacle offrit le Christ aux pieux, lorsque son corps, tout déchiré par les fouets, les coups, les soufflets, les poings, couronné d’un diadème d’épines, au milieu des multiples outrages des soldats, portait la croix à laquelle il devait être attaché ? N’est-ce pas là le sceptre de son empire, ô Roi d’Israël ? Et nous invoquons ta victime, Seigneur, lorsque tu nous invites à porter la croix, en disant : « Qui me sert, qu’il me suive. »

« David a donné son dos aux coups », etc. Parmi les sublimes mystères que le Saint-Esprit a voulu principalement signifier dans la première construction du temple de Jérusalem, celui-ci nous est fortement recommandé : que, lors de sa construction, aucun bruit de marteaux, aucun coup de hache, aucun fracas d’outils ne fût entendu. Mais lorsqu’il fut rebâti, la raison en fut que chaque artisan tenait d’une main une épée et de l’autre posait les pierres sur les murs. Ce temple, c’est le corps du Christ, dont le Christ lui-même a dit en Jean 2 : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Lorsqu’il fut d’abord formé dans le sein très chaste de la Vierge, aucun coup de marteau, aucun bruit d’outil ne fut entendu ; car il ne fut pas formé par la semence virile, mais par la seule vertu de l’Esprit Saint. Mais lorsqu’il fut livré à la mort, hélas ! combien de fracas d’armes, de bruits d’outils, de coups de marteaux, de clameurs retentirent ! Pourtant, lorsqu’il fut rebâti, c’est-à-dire oint et comme lissé, une main tenait les clous, l’autre frappait le corps, et la très sainte Vierge, de ses mains, oignait en esprit les blessures de son Fils. Ô quel spectacle, si mon âme avait été présente ! Que celui qui se souvient de ces choses avec un cœur pieux compatisse à la très sainte Vierge et rende grâce au Christ pour une si grande charité.

ALPHON

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Alphonse Paleotti, archevêque II de Bologne, Explication du Saint Suaire.

Des cheveux du Seigneur Sauveur dans les parties qui sont imprégnées de sang, et de ceux qui sont ensanglantés.

Chapitre XI

Que l’on examine l’exemplaire où la lettre D. a été apposée comme marque.

Mais, Seigneur, la tête du Seigneur ayant été entourée de sang qui s’était répandu de toutes parts, ce sang, ayant jailli en plus grande abondance, baignait ses cheveux sacrés ; lesquels, tels qu’ils apparaissent dans le Suaire, prennent une teinte de feu. Et si l’effusion du sang, comme nous l’avons dit auparavant, les a imbibés, les a inondés, les a pénétrés par toute la tête, et les a ainsi teints ; et si, en même temps, par le sang répandu, ils étaient destinés à devenir d’une couleur éclatante, il faut dire, comme nous l’avons déjà affirmé, que la couleur était changée.

Mais si l’on considère les cheveux, trempés de sang, le témoignage du très sage Salomon est tout à fait certain : Les premiers fruits, dit-il, sont noirs comme un corbeau ; sa tête est pleine de rosée, et ses boucles des gouttes de la nuit. Comme l’Épouse veut montrer combien, par amour, notre âme désire l’Époux, elle dit qu’il a la tête d’or très pur, et ses boucles noires comme un corbeau ; car, une fois exclu du tombeau, il possédait la tête rayonnante, et les boucles humides de la nuit ; et comme les bandelettes qu’il avait portées avaient été retirées, ses cheveux étaient en partie desséchés, et en partie encore imprégnés.

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La tête inclinée se refroidissait, et la peau nue apparaissait ; sur le Saint Suaire, au-dessus du front, on aperçoit en effet une partie dépilée, de sorte que la peau elle-même semble entièrement découverte. 5. Et de ce que l’Époux s’est ainsi offert si suavement à l’Épouse, nous pouvons clairement recueillir avec quel ardent feu de charité notre Sauveur le Christ a voulu subir pour nous les supplices et nous apporter le salut : car, bien que le sang vivant se répandît partout à travers les cheveux et inondât tout le corps, tandis qu’il coulait de toutes parts sous la pointe aiguë des épines, néanmoins il ne cessait pas de s’écouler ; et, bien que le froid eût coutume de dessécher, de refroidir ou d’apporter quelque légère douleur, il ne désirait pas moins, comme si des choses plus dures survenaient, les supporter avec un esprit pleinement ardent. Si toutefois il avait pu souffrir quelque chose de plus grave, afin que ce sang, qui par lui-même avait puissance pour se répandre en abondance, eût encore plus de force en opérant notre salut. 6. De tels cheveux souillés de sang pouvaient certes facilement frapper nos cœurs, et c’est pourquoi nous voyons qu’il a été écrit : Tu as blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse, par une seule de tes tresses. 7. Or cette chevelure porte la figure de Samson, qui fut privé de sa force par la main de Dalila lui coupant les cheveux, comme le rapporte saint Ambroise, enseignant que dans Samson était exprimé le Christ Nazaréen. Quant à sa beauté, non délicate, mais exsangue et flétrie, Jérémie a dit : Leur peau s’est attachée à leurs os, elle s’est desséchée et est devenue comme du bois. 8. Ainsi, en raison d’une telle condition, cette chevelure devenant flamboyante par les ténèbres et les gouttes nocturnes, qui étaient des gouttes de sang coulant à cause de tous nos péchés, et afin de racheter l’Épouse, c’est-à-dire notre âme, par un si grand amour, fut rendue rouge par le sang. Or cette chevelure empourprée de sang, Salomon l’avait déjà prévue lorsqu’il disait : Les cheveux de ta tête sont comme la pourpre du Roi. Ce qui déclare assurément par quel feu de la charité divine il nous attirait à lui, puisque même les extrémités du corps, c’est-à-dire les cheveux, gloire du chef et ornement, furent teints de son propre sang ; comme si lui-même, bien qu’il fût pâle, recueillait le sang sur ses cheveux par amour. 10. En ce lieu, il s’offre au pieux lecteur une occasion de méditer et de contempler quelle douleur occupa le sein de la très Sainte Vierge : elle qui n’aurait laissé aucune partie d’une tête si chère ni sans soin, ni mal ordonnée, ni négligée, mais qui l’aurait disposée avec le plus grand soin, voyait alors ces cheveux de son très doux Fils souillés, incultes, emmêlés, enfin collés par le sang comme par de la glu, leur beauté dorée perdue, et se présentait à elle ce spectacle. De là, les larmes jaillissant du fond du cœur, le pieux lecteur pourrait s’écrier avec Jérémie : Comment l’or s’est-il obscurci ! tandis que les eaux coulaient sur ta tête, ô Christ Sauveur ; ainsi cette chevelure très sacrée était réduite à l’effet de cette sentence de Salomon : Les cheveux de ta tête sont comme la pourpre du Roi. Ô mon Seigneur, qui donc a osé arracher de ton front tes cheveux sacrés, quel impie et cruel les a répandus ?

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et les a arrachés, ces cheveux, dis-je, d’où t’était venu un si grand ornement ? Ô cheveux ruisselants de sang, quoique vous soyez tombés sur la terre, vous n’êtes pourtant pas sans gloire : mais en vous voyant ainsi souillés, vous transpercez de douleur l’âme immaculée de la Vierge.

Du frère Daniel Malloni,

Élucidations sur les cheveux du Christ.

Chapitre XI

Seigneur Jésus, des ruisseaux coulaient sur ton visage et sur les cheveux de ta tête, et remplissaient les yeux et la barbe, de sorte que rien ne paraissait sec, mais que tout semblait comme une chaîne de larmes de sang. La bienheureuse Brigitte, voyant le Christ sur la croix presque tout couvert de sang, dit qu’elle distinguait à peine aucun membre de son corps tant il était baigné de sang. De là, il nous est proposé de considérer combien la tête du Seigneur Christ fut inondée de sang, et combien ce sang s’écoula partout. 2. En effet, les coups, la tête, les épines et les blessures elles-mêmes, ayant tiré le sang des yeux, de la face et des oreilles, le répandaient ; et à peine demeurait-il quelque partie de la tête qui ne fût pas rougie par le sang ; et les yeux pleins, et les oreilles, et la barbe tout entière étaient couvertes de sang. Comme donc ces choses sont très douloureuses et dignes de gémissement, il est dit au psaume 69 : L’opprobre m’a brisé le cœur, et j’ai attendu celui qui compatirait, et il n’y en a pas eu ; et des consolateurs, et je n’en ai pas trouvé. 3. C’est pourquoi, lorsque du milieu du front découlaient de larges ruisseaux de sang jaillissant des épines, ils se répandaient sur la face et les cheveux, et entre les yeux et la barbe, comme si rien ne manquait aux larmes de sang qui s’écoulaient. Ainsi parle-t-elle. De là, on peut facilement reconnaître que, à cause de l’abondance d’un tel écoulement, ces inondations peuvent à juste titre être appelées des effusions de sang ; car, de même que la violence des eaux, lorsqu’elle déborde, inonde et remplit tout, ainsi le sang du Christ, répandu en abondance de la tête, remplissait les yeux, la barbe, le nez et toute la face.

La bienheureuse Brigitte, au livre I, chapitre 10, rapporte que la Mère du Christ se lamentait en disant : Mon Dieu, mon Dieu, qui t’a livré à ces ennemis ? Ton visage était comme celui d’un lépreux, et la langue était attachée au palais ; et le sang coulait de la tête jusqu’aux pieds. Et au chapitre 27, elle pleurait ses très saints cheveux, lesquels elle avait l’habitude de tresser dans son enfance ; et au livre VI, elle raconte que la bienheureuse Vierge disait : Ô tête de mon Fils, tu étais comme la fleur la plus pure, et tu es devenue toute sanglante…

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le sang coagulé souillait le visage tout entier et la barbe. La bouche et la langue pareillement étaient infectées de sang. Cela, le bienheureux Laurent Justinien l’a compris pieusement ; c’est pourquoi, au livre du combat triomphal, chapitre 14, s’adressant au Christ, il dit : Le sang qui coule a couvert ton visage d’une image offensante, et ensuite, comme pour enlever la pure forme humaine, il est devenu l’opprobre des hommes.

De ce sang donc, etc. Saint Jérôme, expliquant ce passage, dit : Les eaux qui ont inondé la tête du Rédempteur, lorsque, par la sédition du peuple des Juifs, ils ont livré à la mort le Rédempteur du monde.

De même aussi, etc. Saint Jérôme, commentant ce passage de Jérémie, disait : Quoique ces choses, dites de cette tête, puissent être entendues en un double sens, à savoir du Temple de Jérusalem, cependant elles signifient un sens plus élevé, celui du Temple mystique. Et en vérité cette explication des cheveux du Christ n’est pas littérale, mais accommodée à une interprétation mystique. Lorsque Dieu Très Bon expliquait surtout la dignité du sacerdoce, parmi les choses qui appartenaient en propre aux prêtres, il voulut qu’il y eût un jugement entre la lèpre et le lépreux ; c’est pourquoi il établit cette règle au Lévitique 13. Si les cheveux changent de couleur et deviennent blancs ou roux, c’est le signe de la lèpre ; comme si les vêtements étaient souillés et les cheveux teints, et si le chef était devenu impur et contaminé, il s’écriera. Ainsi donc le Christ était réputé lépreux et frappé par Dieu. Isaïe 53. C’est pourquoi il avait les cheveux rougis par le sang, les vêtements souillés, et la tête nue, de sorte que la peau elle-même était perforée et couverte d’une couronne d’épines ; la bouche enflée par les crachats et les coups ; c’est pourquoi il se disait lui-même contaminé et souillé, disant : Je suis un ver et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple. C’est pourquoi il est conduit hors de la ville et hors du camp.

Mais à propos de ces cheveux, etc. Admirable et très sublime explication : que par la rosée du Christ on entende le sang du Christ ; et que ce passage soit entendu comme une rosée sanglante du Christ ; et ensuite, que nous déclarions la convenance du sang du Christ avec la rosée céleste. Quant au premier point, nous montrerons brièvement que les dons célestes et les bienfaits de la très sainte Charité, expliqués sous la similitude de la rosée, sont versés sur nous dans l’Église par miséricorde. Par cette rosée, l’irrigation du Verbe descendu dans la Vierge est signifiée, afin qu’il prenne chair d’elle, et que soit indiquée la fécondité de cette Vierge immaculée, selon Juges 6. De même encore, la doctrine céleste inspirée d’en haut est comparée à la rosée, comme Moïse le dit. Dans la rosée du ciel, l’abondance des consolations célestes est contemplée, par lesquelles l’âme, élevée par les boucles de la tête, perçoit plus largement les grandeurs de Dieu. Rupert, au chapitre 27 de la Genèse, reconnaît aussi les dons de l’Esprit Saint dans l’irrigation de la rosée céleste. Mais voici une nouvelle interprétation : afin que dans la rosée du Christ nous reconnaissions le sang, le Christ dit : Ma tête est pleine de rosée, c’est-à-dire de sang, et mes boucles des gouttes de la nuit. Mais que faisons-nous ? Les Pères semblent s’être éloignés de cette explication. Les uns, en effet, entendent par la tête la foi, par la rosée la félicité éternelle, par les boucles la foi des fidèles, et par les gouttes de la nuit les incommodités des persécutions. D’autres, par la tête, entendent les prélats ; par la rosée, les richesses terrestres ; par les boucles, les sujets ; par les gouttes de la nuit, les délices des tentations. D’autres encore, dans un sens anagogique, par la tête entendent la divinité ; par la rosée, les grâces célestes ; par les boucles, l’humanité du Christ ; par les gouttes de la nuit, les dons de la grâce qui nous sont accordés dans les ténèbres de cette vie. Comment donc devons-nous entendre en la rosée le sang ? Une nouvelle explication se présente donc…

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mais cependant elle n’est pas entièrement nouvelle, si dans cette explication nous suivons les traces des Pères. Dans l’Époux donc, parlant à l’Épouse dans le Cantique, le Christ est reconnu par l’école commune des Pères, ainsi qu’Origène dans la première homélie sur le Cantique, auteur pour nous de grande autorité dans l’explication du Cantique, comme le rappelle Jérôme dans la préface des quatre homélies. Origène dit qu’en expliquant les autres livres de l’Écriture il surpassait tous, mais que dans l’explication du Cantique il se surpassait lui-même. Après lui Bernard dans le premier sermon sur le Cantique, Rupert, Grégoire, et d’autres, Basile sur l’Esprit Saint, chapitre 8, Athanase, Élie, Augustin, livre 83 des Questions, question 59, et épître 120, chapitre 3. Si donc le Christ est l’Époux, comment ne serait-il pas la tête de l’Épouse, lui dont la tête fut couronnée pour nous d’une couronne d’épines ? En cette tête donc rougissent les rosées de sang. Mais que cette explication ne paraisse pas entièrement nouvelle, qu’on ajoute les autorités de Rupert, qui, expliquant ce passage littéralement dans l’Époux, reconnaît dans la tête le Christ, et dans la rosée l’opprobre infligé au Christ par les Juifs. C’est pourquoi il introduit le Christ se lamentant et parlant à l’Épouse en ces termes : Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe immaculée, car ma tête est pleine d’opprobres et de persécutions, et mes boucles des gouttes de la nuit, lesquelles durant le temps de l’infidélité nocturne ont coulé sur moi. Dans ces opprobres, les gouttes de sang ont coulé abondamment sur la tête du Christ. Et cela pour le premier point.

Venons maintenant au second point proposé, afin d’expliquer comment le sang du Christ peut convenir à la rosée céleste. Cette explication est appropriée : car si cette mystique interprétation se rencontre aussi chez saint Jean Baptiste, dans la nuit duquel nous sommes merveilleusement recréés par l’abondance de la rosée céleste, il n’est pas difficile de reconnaître et d’expliquer les bienfaits de la rosée céleste. La rosée en effet est une humeur nocturne qui coule durant le temps de la nuit ; dans le Christ, le sang a coulé durant le temps nocturne de la persécution ; mais la rosée tombe en certaines heures et irrigue les herbes, et en pénétrant leur sommet, s’insinue jusque dans les racines ; ainsi le sang du Christ, irriguant le petit jardin naissant de l’Église, descend d’abord sur la tête, qui est le Christ, puis de là se répand et irrigue les membres. La rosée recrée les jeunes plantes : le sang du Christ restaure les fidèles. La rosée d’en haut rafraîchit : le sang du Christ comprime les ardeurs des concupiscences. La rosée irrigue les plantes afin qu’en elles soit versée la nourriture ; le sang du Christ irrigue ainsi les âmes afin qu’en elles passe la nourriture. La rosée enivre la terre et la fait germer ; le sang du Christ enivre la terre du cœur humain et la fait germer. La rosée recrée les herbes que la chaleur du jour a accablées ; le sang du Christ restaure les âmes que la chaleur des concupiscences nocturnes a consumées. Enfin la rosée est donnée pour que la terre produise l’abondance des fruits ; le sang du Christ nous est infusé pour que nous produisions des œuvres bonnes.

C’est pourquoi le Christ parlant à l’Épouse dit : Ouvre-moi, car ma tête est pleine de rosée, c’est-à-dire de sang, par lequel tout est irrigué pour produire les œuvres bonnes. Et mes boucles des gouttes de la nuit, c’est-à-dire mes cheveux ont été remplis de gouttes sanglantes durant la nuit des outrages qui se sont accumulés sur ma tête. Si (ce qui est amer à nos cœurs) le Christ nous sollicite ainsi, afin que nous lui ouvrions, lui qui à peine trouve quelqu’un pour recevoir sa tête blessée par les épines, n’est-il pas juste que nous nous laissions blesser par les aiguillons des épines, afin que par tout le sang versé il soit consolé ? C’est pourquoi il s’écrie : Ouvre-moi, ma sœur, ma colombe immaculée, c’est-à-dire, comme l’explique Hugues de Saint-Victor, ouvre-moi dans mon sang purifié ; car si je suis changé par mon sang, pourquoi ne m’ouvres-tu pas, puisque ma tête est pleine de rosée sanglante, et mes boucles partout couvertes de gouttes ?

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Et de ce que l’Époux, etc. Il y a en vérité de très nombreuses choses qui recommandent admirablement l’immense amour du Christ envers nous ; mais entre toutes, cela manifeste d’une manière merveilleuse l’immensité de la charité du Christ envers nous, qu’alors même qu’il prévoyait les horreurs de la mort et de la croix, il voulut pourtant les affronter pour nous avec un cœur ferme et intrépide. Et bien que cela soit un très grand et très ample signe de la miséricorde de Dieu envers nous, nous avons cependant un signe encore plus héroïque de sa piété envers nous : c’est que, alors même qu’il devait supporter pour nous les tourments les plus amers, son désir de souffrir pour nous, si cela eût été nécessaire, ne fut pas accompli. Car, ainsi que le bienheureux Charles le révèle, il était prêt à mourir de nouveau, si cela eût été nécessaire, et après la Résurrection, lorsqu’il apparut à ses disciples à Emmaüs, interrogé par eux sur les choses qui s’étaient passées à Jérusalem, il répondit : Quoi ? Étiez-vous donc les seuls à ignorer ce qui est arrivé ? Et le Christ, parlant à la glorieuse Brigitte, au livre I des Révélations, chapitre 3, dit : Je mourrais encore volontiers par charité pour l’homme, si cela était possible. Et au même livre I, chapitre 35, le Christ montre le désir incomparable de notre salut, qu’il subirait volontiers une telle peine pour une seule âme, si cela était possible, et dans chacun des membres ce qu’il a une fois souffert sur la croix pour tous ; et au livre I des Révélations, chapitre 59, le Christ dit : Ô amis miens, si vous connaissiez mon amour, s’il était possible, je mourrais pour chacun de vous d’une mort spéciale, comme j’ai une fois souffert sur la croix pour tous, afin de vous racheter, bien que cela dût m’être très amer.

C’est pourquoi, amplifiant la miséricorde du Christ, comme s’il était prêt à subir de nouveau la mort de la croix pour une seule âme, Bartholomée de Medina, dans la troisième partie sur saint Thomas, dit que cela est une très grande amplification, et que certains prédicateurs de la Passion du Christ, plus libéraux que de juste mesure, exposent prodigieusement le Christ comme prêt à supporter de nouveau la mort. Il faut donc entendre ces révélations des saints de manière à reconnaître l’immensité de la charité du Christ, et que, si aucune autre voie ne s’ouvrait pour sauver une âme, sinon la voie de la mort du Christ, alors le Christ se soumettrait de nouveau à la Passion et à la mort, afin que cette âme, privée de tout secours, ne pérît pas éternellement.

Mais quant à ces cheveux, etc. Les cheveux du Christ Sauveur, aspergés de sang, étaient tellement attachés à cela, qu’il ne fallait ni les frapper ni les toucher davantage, et nul ne pouvait voir seulement les cheveux du Christ aspergés de sang sans verser des larmes. Certes, encore aujourd’hui à Tyr, dans l’église cathédrale, on conserve une épine de la couronne du Christ, à laquelle un cheveu du Christ, collé par le sang, adhère ; lequel chaque année, au jour de la Passion, à l’heure où la couronne fut posée sur la tête du Christ, est vu se liquéfier de nouveau, rougir et comme bouillonner, reprenant une couleur pourpre. Et ce qui est surtout admirable, c’est que nul ne peut voir ce sang très précieux du Christ refleurir ainsi sans verser intérieurement des larmes du cœur. Mais celui dont le cœur serait plus dur et endurci par les souillures du péché, et non apte à être touché, verrait certes l’épine, mais ne pourrait voir le cheveu ni le sang refleurissant. C’est donc à bon droit qu’il est dit : Tu as blessé mon cœur, ma sœur.

Mais sans doute quelqu’un pourrait douter, puisque nous reconnaissons que cette parole est adressée à l’Épouse elle-même par l’Époux : Tu as blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse. Comment donc peut-on expliquer cela des cheveux du Christ, puisqu’il semble que ce passage doive plutôt être entendu de l’Église, ou, selon d’autres, des cheveux expliqués comme…

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qui a blessé son Époux, le Christ, d’une seule boucle, c’est-à-dire en un seul peuple, lequel immédiatement sous le Christ Tête est uni comme un cou. Les blessures sont aussi dites dorées, parce que tirées par les liens de l’amour, et supportées pour l’Époux. Une autre explication est donnée par Jacques de Valence, selon laquelle la Bienheureuse Vierge est appelée le cou. En effet, puisque toute l’Église est comme un seul corps dans le Christ, chacun est membre l’un de l’autre ; le Christ est la Tête de l’Église ; ainsi la Bienheureuse Vierge est le cou : car c’est au cou que, immédiatement sous la tête, se plie le chef ; ainsi la Bienheureuse Vierge fut le premier membre après le Christ, et fléchit sous le Christ. C’est pourquoi saint Bernard dit de la Bienheureuse Vierge qu’elle fut avant d’être mère, fille ; elle offrit à son Fils sa poitrine et ses mamelles. Et dans le cheveu du cou, qui est comme une certaine excroissance, est notée l’humilité de Marie ; c’est donc cela qui blesse l’Époux Christ, lorsqu’il dit : Tu as blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse ; et cela s’explique de diverses manières, explications qui ne conviennent pas à l’intention de l’auteur.

Mais si l’on reçoit ces paroles comme dites par le Père éternel au Fils dans l’humanité, on verra très bien comment le Père a pu dire : Tu as blessé mon cœur par une seule boucle de ton cou. En effet les cheveux du Christ, coagulés par le sang, apparaissaient, comme le rapporte sainte Brigitte, comme des filets ; c’est pourquoi le cheveu du Christ teint de sang pouvait blesser le cœur du Père éternel, afin de pardonner les péchés du genre humain.

Or cette comparaison, etc. Que dans Samson le Christ soit reconnu, Ambroise le dit au livre II sur l’Esprit Saint ; Origène aussi l’enseigne, homélie 35 sur Matthieu ; Jérôme au chapitre 12 de Job et dans l’épître à Évagre ; saint Augustin dans le psaume 80 et 107 ; et Grégoire, homélie 21 sur les Évangiles. Lorsque cette figure est appliquée au Christ, ainsi l’expliquent avec soin Jérôme, Laurent Cérignien dans sa Silva Allegoriarum, et d’autres. Samson est type du Christ : comme il tua le lion, ainsi le Christ vainquit les nations ; comme il fut livré à la courtisane, ainsi le Christ fut livré aux Gentils ; comme il fut lié et enchaîné, ainsi le Christ aux Juifs ; comme Samson tua beaucoup de Philistins en mourant, ainsi le Christ par sa mort manifesta une très excellente victoire sur les démons ; comme Samson, portant les portes de Gaza, les emporta sur la montagne, ainsi le Christ, portant les portes de la mort, triompha ; comme Samson fut fort, et dans sa faiblesse apparut plus fort, ainsi le Christ ; et dans l’Église même, qui est le corps du Christ, il y a des forts et des faibles ; dans Samson aussi certains furent tenus et tués, et dans la mort beaucoup furent entraînés, signifiant que, dans les superbes qui veulent être au-dessus des autres, il y a une ruine ; mais après la mort, dans l’Église, il y a l’abondance de la grâce de Dieu.

Et si Samson donna à boire aux assoiffés avec l’eau jaillissant de la mâchoire, ainsi le Christ, de son côté percé, rassasia le peuple croyant par le sang rafraîchissant. La mâchoire aussi est élevée, de laquelle jaillit abondamment l’eau ; Samson tua mille hommes avec la mâchoire ; et de cette mâchoire on entend le discours : ainsi la doctrine évangélique, par laquelle furent perfectionnés certains croyant d’entre les nations. Samson versa des os, signifiant que certains furent affermis dans la foi, d’autres périrent par incrédulité, d’autres moururent au péché. Cette élévation est appelée l’œuvre de la mâchoire, car la doctrine et la prédication de l’Évangile ont magnifiquement élevé toute la terre, afin que toutes les nations soient partout admirablement élevées. En ces choses donc est figuré que par les douleurs et la faim furent éprouvés les fidèles, afin qu’après la tribulation et la croix du Christ ils soient trouvés saints.

Mais comment, dans les cheveux de Samson, le Christ Seigneur fut figuré, Rupert abbé l’explique subtilement et avec soin, au livre sur la Trinité et dans son commentaire sur le livre des Juges, chapitre 16, où il dit : Dans Dalila est signifiée la Synagogue des Juifs, qui tenta le Christ à maintes reprises, et le vainquit en apparence ; et lorsqu’elle le lia comme si sa tête était rasée, elle prévalut, parce qu’en reniant le Christ Fils de Dieu et son Roi, en le blasphémant, sur la montagne…

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sur le mont du Calvaire le crucifia. Et plus bas : Alors, dit-il, il agit en ce temps-là par la chevelure de sa tête, comme Nazaréen aux cheveux longs et tressés, recevant les blessures et entouré des filets de la Croix ; parce qu’il porta les péchés des autres sur sa tête, et ses cheveux furent comme les liens du Christ enchaîné, et chap. 23 : La tête, dit-il, du Christ Dieu fut rasée lorsqu’il fut couvert de coups, que sa langue fut tournée vers les blasphémateurs et que les paroles divines furent niées ; alors le Christ fut livré, comme les autres hommes. Mais il ajoute élégamment au chap. 4 : Pourquoi cette courtisane rasa-t-elle, afin de raser les cheveux du Nazaréen endormi, Pilate, lorsque les princes des prêtres livrèrent notre Seigneur Saint des Saints, et le nièrent, et le crucifièrent sur le mont du Calvaire ? Là les cheveux du Nazaréen endormi, c’est-à-dire du Roi, furent rasés, et tous l’abandonnèrent, commencèrent à le rejeter, à le repousser, à l’insulter en disant : Va, toi qui détruis le temple de Dieu, etc.

Ainsi donc, pour cette condition, etc. Contemplant ce passage, le bienheureux Rupert abbé dit : Et lorsqu’il revient au sacrement de la Passion du Fils de Dieu, lui qui, parce qu’il a souffert, est Roi couronné de gloire et d’honneur, est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs. Et à juste titre la Passion du Roi est appelée pourpre du Roi, non seulement à cause de la couleur pourpre du sang répandu dans la Passion, mais aussi à cause de la pourpre dérisoire dont ils le revêtirent aussitôt après l’avoir condamné à la flagellation, à la crucifixion et au coup de lance. Ensuite cette pourpre est dite des canaux, parce qu’elle fut pourpre et d’autant plus rouge et précieuse qu’elle fut teinte dans les canaux mêmes, c’est-à-dire dans les canaux du sang ; et plus glorieuse en tant qu’elle surpasse les autres pourpres, étant faite non de coquillages marins, mais des canaux divins, par lesquels coula la très précieuse pourpre de la nature humaine, qui devint rouge dans la mort, elle qui auparavant avait été blanche par nature.

Et cela, en vérité, selon l’allégorie, comme les cheveux du Christ sont dits les Prélats, les Rois, les Princes, qui sont la tête de l’Église, laquelle tête est le Christ, ainsi, écorchés, ils sont enivrés du sang du Christ comme de la pourpre du Roi, selon les canaux des plaies du Christ ; cette explication est longuement poursuivie par Jacques de Valence dans son Cantique.

Les cheveux sont-ils à reconnaître comme des parties du corps ? Admirable est ce passage, où, puisque les cheveux et les poils du corps sont communément tenus pour des excroissances, le très savant médecin Marcus Antonius Ulmus, dans son grand ouvrage consacré à cette question, soutient ingénieusement et avec subtilité que les cheveux et les autres poils du corps humain ne sont pas des excréments, mais des parties naturelles intégrantes du corps. Quant à nous, nous ne les appelons pas parties intégrantes au sens strict ; cependant nul ne pourra nier qu’ils soient en quelque manière des parties qui appartiennent à la peau, aux flancs, et non des parties excrémentielles, comme on les nomme communément.

Il est noble que ces ornements généreux du corps, que nous lisons avoir été anciennement cultivés comme signes de liberté native ; c’est pourquoi laisser croître la chevelure était tenu par les Grecs pour un grand signe de noblesse, ainsi que l’atteste Cælius Rhodiginus, livre 7, chapitre 9. Chez les Francs aussi, c’était un crime capital si quelqu’un rasait sa chevelure noble, et l’on excluait de la Gaule ceux qui étaient rasés ; d’où la Gaule reçut le nom de Chevelue. Lycurgue aussi, comme le rapporte Plutarque dans la vie de Lycurgue, exhortait à porter la chevelure comme un très grand ornement, mais le peuple ne l’accepta pas ; cependant il se plaisait à la chevelure longue, parce qu’elle ornait ceux qui étaient beaux et rendait les difformes plus redoutables. Peut-être est-ce pour cette raison que les Turcs et les Arabes portent la chevelure et la barbe longues…

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et les Sicambres allaient ainsi chevelus et barbus, comme le rapporte Martial au livre I des Épigrammes : « Par leurs cheveux noués, les farouches Sicambres venaient à la guerre. » Et Virgile, Géorgiques III : « Et la Syrie, aux cheveux tressés, se dressa avec sa barbe hérissée. »

Ainsi non seulement chez les Grecs, mais aussi chez les Hébreux et les Palestiniens, la coutume de nourrir la chevelure fut en vigueur ; et si quelqu’un devenait chauve, c’était un sujet de deuil et un signe de malheur, comme l’attestent les lois et les auteurs, ainsi que l’écrit Cælius Rhodiginus au livre 7, chapitre 13, confirmant cela par les Écritures sacrées. Isaïe 3 : « Le Seigneur rendra chauves les filles de Sion, et au lieu de cheveux frisés, il y aura la calvitie. » Et Jérémie 47 : « La calvitie est venue sur Gaza. » Et chapitre 48 : « Ils seront revêtus d’affliction, grand sera le deuil », et il dit : « Toute tête sera chauve et toute barbe rasée, et sur tous les reins le cilice. » Et Ézéchiel 7 : « Ils se ceindront de sacs, la terreur les couvrira, la confusion sera sur tous les visages, et la calvitie sur toutes leurs têtes. » Et chapitre 27 : « Ils raseront leur tête, se ceindront de sacs et pleureront dans l’amertume de l’âme, avec une grande amertume. » Amos 8 : « Je changerai vos fêtes en deuil, et je ferai monter le sac sur tous les reins, et la calvitie sur toute tête ; et je la rendrai comme le deuil d’un fils unique, et sa fin comme un jour d’amertume. »

Chez certains, il y eut aussi une coutume étrange : ils portaient d’un côté les cheveux très longs et de l’autre rasés. Les Machi, dit-on, rasaient la partie antérieure de la tête, et laissaient la postérieure couverte de longs cheveux, comme le rapporte Hérodote. Au contraire, les Anazones rasaient l’occiput et laissaient tomber les cheveux sur le front, écrit Strabon. Les Machos rasaient seulement le sommet de la tête, selon Plutarque. Cælius Rhodiginus attribue cela à une certaine folie de mœurs, là où il en traite au livre 7, chapitre 13, et rapporte que certains consacraient les prémices de leur barbe et de leur chevelure à Apollon chevelu.

Combien Absalon se complaisait dans sa chevelure, on peut le connaître par 2 Rois 14 : il ne se coupait les cheveux qu’une fois l’an, parce que sa chevelure l’alourdissait ; et il pesait les cheveux de sa tête à deux cents sicles au poids public. 2 Rois 14. Saint Jérôme, dans ses Questions sur les traditions hébraïques sur la Genèse, dit : « Séchel, que les Latins appellent sicle, avait dix onces. » Et 1 Rois 1. Ézéchiel 44 dit : « Les prêtres ne raseront pas leur tête, ni ne laisseront croître leurs cheveux. » Parce que le sicle était un poids public, dont tous usaient communément ; ainsi dans 2 Rois 14. Il y avait un autre poids du sanctuaire, plus lourd du double ; si le poids d’un sicle était vingt onces, celui du sanctuaire était quarante.

Le Christ donc, le plus beau des fils des hommes, orné d’une très noble chevelure, la vit pourtant couverte de pourpre sanglante, comme nous l’avons dit et conçu.

En ce lieu encore, la chevelure comme ornement sacré du Nazaréen, dont Dieu lui-même semblait se complaire, non seulement parce qu’il donna la loi aux Nazaréens de ne pas couper leurs cheveux, mais aussi parce qu’il communiqua à Samson le Nazaréen une si grande force par la vigueur de sa chevelure : c’est pourquoi la religion des Nazaréens s’attacha aux cheveux ; comme il sera plus pieusement dit en vous : « Le Nazaréen, sur la tête duquel ne passera pas le rasoir », le Christ fut donc non seulement Nazaréen, mais aussi Nazaréus : il porta une chevelure remarquable, et comme il a été montré au chapitre 3, sa beauté admirable était recommandée en tout. Or la chevelure du Christ était de couleur blonde, que nous avons coutume d’appeler dorée. Mais hélas : « Comment l’or s’est-il obscurci, la couleur excellente a été changée ! » Car dans la Passion du Christ elle fut tellement inondée de sang que les cheveux, collés par le sang coagulé, ne paraissaient plus des cheveux distincts, mais comme une seule masse, et l’on ne voyait plus plusieurs cheveux, mais un seul faisceau. Ainsi la Bienheureuse Vierge, selon Brigitte au livre I, chapitre 10, et livre IV, chapitre 70…

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ses cheveux paraissaient comme un seul faisceau. C’est pourquoi elle disait à bon droit : Tu as blessé mon cœur par une seule boucle de ton cou.

Voici des cheveux irrigués de sang, etc. Et si un très grand ornement furent les cheveux, surtout dans le Christ, combien plus encore dans la Bienheureuse Vierge, outre l’insigne beauté des cheveux, puisqu’elle était mère du Christ, la beauté de la chevelure en elle était grande ; car dans le Fils resplendissait la beauté maternelle, et le Fils était l’ornement de la mère ; mais l’un et l’autre étaient l’ornement réciproque, et non seulement dans le visage, mais aussi dans les cheveux brillait une splendeur céleste ; et bien que cette lumière eût été reçue par le Christ selon l’humanité à partir du Verbe par union hypostatique, toutefois la mère, du Fils engendré, recevait aussi quelque éclat.

Et bien qu’en la face du Christ fussent multipliés les opprobres et les coups reçus, en ce lieu cependant, où son visage nous était présenté, la face et la chevelure de Marie apparaissaient plus éclatantes ; car dans le Fils resplendissait la gloire de la Bienheureuse Vierge. Cela le prouve Dionysius le Chartreux, au livre des Louanges de la Bienheureuse Vierge, chapitre 36, qui dit : Moïse, au visage resplendissant, montrait dans la contemplation divine les rayons visibles de la divinité ; de même Philippe Néri lut dans la vie d’un homme que, dans plusieurs cas, des rayons furent vus sortant du visage de certains saints.

Toutefois la Bienheureuse Vierge voulut être reconnue pour coriacée et mortifiée, comme saint Denys, qui le premier appela la Mère de Dieu ainsi, l’ayant vue rayonnante, l’a enseigné ; et, selon saint Paul, elle avait appris à vivre et à régner avec Dieu dans les cieux. Cependant, lorsque Daniel la voyait avec les couleurs célestes, il disait que, dans son visage, les couleurs de Dieu pouvaient être reconnues. Admirable chose en vérité, que, comme le dit saint Ambroise au livre de l’Institution des Vierges, chapitre 7, saint Bonaventure aussi au livre 3, distinction 3, partie 1, et d’autres, ainsi qu’Alexandre d’Alès en 3e partie, question 9, membre 3, article 1, et saint Thomas, 3e partie, question 27, article 5, et question 28, partie 1, que de la beauté de la Bienheureuse Vierge, tant grande qu’elle était dans son aspect, on pouvait en quelque manière estimer celle du Christ ; de sorte que, si quelqu’un voulait éteindre les plus hautes délices de la Vierge dans le monde, la gloire de la Vierge dans les joies virginales, la splendeur de son très noble visage, et l’éclat incomparable de sa beauté, on les verrait éteints dans le Christ mourant ; la lumière du monde était obscurcie ; car lorsque, pour tous, la Mère du Fils fut unie à la fin, dans le Christ, livre 1, chapitre 41 : Comment le mort, le Fils vivant, était-il mort ? Il vivait pourtant dans le mort, puisque la Mère vivait dans le sépulcre.

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Alphonse Paleotti, Archevêque II de Bologne,

Explication du Saint Suaire.

Des semences de la couronne d’épines, outre celles qui demeurèrent enfoncées dans la tête du Christ Sauveur, lesquelles depuis lors ont été extraites.

Chapitre XII

Que l’on examine l’exemplaire à l’endroit où est inscrite la lettre F.

Les Évangélistes s’accordent tous pour dire que les ministres de Pilate mirent une couronne d’épines sur la tête du Sauveur. Car saint Matthieu écrit : « Ayant tressé une couronne d’épines, ils la placèrent sur sa tête. » Saint Marc : « Ils tressent une couronne d’épines. » Enfin saint Jean : « Les soldats, ayant tressé une couronne d’épines, la mirent sur sa tête. »

Et à cet égard, il semble qu’ils l’aient fait de leur propre initiative plutôt que sur l’ordre de Pilate ; et que les soldats aient fait cela aux Juifs pour leur plaire, afin d’infliger au Christ une peine plus grave, et d’y ajouter une ignominie plus grande. C’est ce que signifie saint Jean, lorsqu’il dit que Pilate permit qu’il fût flagellé : « Alors Pilate prit Jésus et le fit flageller. » Et au sujet de la couronne, les soldats, dit-il, la tressèrent.

Ce que saint Jean Chrysostome observe, bien que saint Augustin attribue cela au mérite de Pilate, ou du moins à sa permission. Saint Léon le Grand aussi l’exprime ainsi : « Pilate, dit-il, permit que Jésus fût livré aux outrages et tourmenté par des injures sans mesure.

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Or une telle couronne fut un supplice composé d’épines très dures et très aiguës.

Car telles elles semblent être, celles qui sont conservées parmi les saintes reliques et tenues en grande vénération par tous ; et nous devons croire qu’elles furent telles, si, d’après les plaies qui furent infligées par elles sur la tête du Christ, nous formons un jugement d’après le Suaire.

Certains, et cela de façon vraisemblable, estiment que ce genre d’épines provenait d’une certaine plante, que l’on appelle communément l’épine du Christ ; et elle naît assez abondamment dans les campagnes de Jérusalem ; ce qui convenait aux soldats, afin qu’ils la trouvent plus facilement, et parce qu’elle porte des épines dures et aiguës. La foi en cela est accrue du fait que Marcellus Empiricus appelle cette herbe salutaire, « Salutaire », dit-il, le petit faisceau d’herbe, c’est-à-dire l’épine blanche, dont le Christ fut couronné. Dioscoride l’appela le premier Rhamnus. Mais nous ne passons pas sous silence — et il convient surtout d’estimer les Pères de l’Église, tels que Grégoire de Tours, le cardinal Hugues, et tous les autres — qu’ils ont cru que la couronne du Christ fut faite d’épines marines, très dures et très piquantes ; parmi les plus récents, le cardinal Tolet et Guillaume Durand s’y attachent ; Durand l’appelant de ce nom, dit qu’on la montrait en Gaule parmi les trésors royaux, et que le roi des Gaules l’avait vue. Mais quant à l’espèce précise de la plante dont elle provenait, nous le laissons à déterminer à d’autres ; il nous suffit pour l’instant qu’elle fut tressée d’épines très dures et très aiguës.

Mais il est digne d’une enquête diligente de savoir pourquoi les ministres du gouverneur romain, les licteurs, imposèrent au Christ une couronne d’épines, puisque nous ne lisons nulle part qu’à cette époque une telle couronne ait été imposée à quelqu’un, soit pour un supplice, soit pour le déshonneur, soit pour le mépris.

Or, puisqu’ils avaient coutume de donner des couronnes comme récompenses et marques de triomphe, et de les fabriquer pour les plus beaux exploits et actions remarquables, de matières diverses — de chêne, de lierre, de laurier, d’autres plantes encore, parfois d’or, ou murales, ou même vallaires, et plusieurs autres selon la condition et la diversité des victoires, comme le rapporte Cassanée dans le Catalogue de la Gloire du Monde —

Pour quelle cause donc firent-ils cela, qu’ils imposèrent au Sauveur ce genre nouveau de couronne ? Pourquoi voulurent-ils aussi que celui qu’ils avaient jugé digne de mort sur la croix comme un César rebelle et un séducteur fût, outre la coutume des condamnés, après avoir été frappé de verges, couronné d’épines, et que lui-même avec sa couronne fût crucifié ?

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 À cela on pourrait répondre qu’ils firent tout cela afin que le Sauveur fût traité avec un plus grand dérision ; car, s’ils l’avaient exposé aux moqueries, c’était pour une seule raison : parce qu’il s’était fait Roi ; de même qu’ils lui ajoutèrent aussi un roseau et la pourpre.

Mais afin que nous pénétrions le dessein d’une telle Providence divine, il faut savoir que, pour plusieurs raisons et causes, la tête du Christ fut ceinte de cette couronne. Premièrement, afin que la figure du bélier qui apparut à Abraham, retenu par les cornes dans les buissons (d’où nous lisons dans la Genèse : « Il vit un bélier retenu par les cornes dans les buissons »), trouvât son accomplissement. Ainsi l’interprètent la Glose et saint Jérôme, et surtout saint Jérôme parle ainsi : « Le Seigneur devait être attaché aux épines des pécheurs, comme la Divinité fut là afin qu’Isaac, par la main de l’Ange, fût délivré ; mais le bélier fut pris dans les buissons, ainsi l’humanité du Christ a souffert parmi les buissons de nos péchés. »

Ensuite, lorsque Dieu, à cause du péché d’Adam, infligea une malédiction à la terre et ordonna qu’elle produisît des épines et des chardons pour punir l’homme, ainsi que le témoigne l’histoire sacrée : « Maudite soit la terre à cause de toi ; elle produira pour toi des épines et des chardons », pour cette raison le Sauveur devait être mis à mort, non seulement afin d’expier la faute de nous tous, mais encore afin de nous rendre totalement exempts de la peine du péché, et de montrer clairement qu’il nous vengeait par sa Passion de tout mal véritable. Cela est manifestement confirmé par les témoignages de tant de saints Pères, et surtout par la sentence de saint Jérôme disant : « Dans la couronne d’épines il a délié l’ancienne malédiction : elle produira pour toi des épines et des chardons. » Et saint Isidore : « Puisque, dit-il, à cause de la transgression, la terre, après le commandement violé par nous, fut maudite et produisit des épines, le Seigneur, afin de guérir en lui toute maladie, s’en est chargé ; et ainsi la couronne d’épines fut pour lui, afin qu’il fût entouré de vices. »

Saint Ambroise aussi dit : « La couronne d’épines, attachée à sa tête, montre combien grande est l’ampleur de l’œuvre divine : afin que, de pécheurs que nous étions, comme des pains du siècle, nous triomphions pour la gloire de Dieu. »

En outre, Tertullien dit : « Par les épines et les chardons, en figure des péchés que la terre de notre chair a produits, il a émoussé toutes les pointes de la mort en les portant sur la tête du Seigneur. » Ce que Cornelius a Lapide exprime en ces termes : « Par la couronne d’épines nous comprenons que le Seigneur a pris sur lui les épines de nos péchés, que la malédiction de la terre de notre cœur avait produites. » Et Rupert abbé ne s’éloigne pas non plus de cela : « Par la couronne d’épines, dit-il, est visiblement signifié ce que le Prophète a dit : Il a porté nos péchés. Les épines figurent nos péchés. »

En outre, Athanase ajoute une autre raison : la couronne d’épines semble avoir été portée afin d’extirper les sollicitudes et les soucis de notre vie. Ces sollicitudes sont donc interprétées par les épines ; car, comme l’estime le très docte cardinal Tolet, même la peine du péché nous sont enfoncées.

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En outre, comme l’observe Clément d’Alexandrie, afin de nous désigner nous-mêmes, cette couronne fut posée sur sa tête : « Seigneur, dit-il, la couronne signifie non prophétiquement que nous avons été autrefois stériles, que nous étions autour de lui des épines ; mais par son excellence il est lui-même la tête. »

Notre Sauveur voulut encore que de ces épines très aiguës fût tressé pour lui un insigne royal, et il le permit, à savoir que les parties de la tête, dans lesquelles le sens lui-même semblait plus vigoureux, fussent pénétrées plus profondément par les épines, de sorte qu’elles lui causèrent une douleur incroyable ; ce que David avait auparavant prédit, disant : « Ils ont préparé pour moi des épines ; ils ont dressé contre moi un filet » ; et cela exalte d’autant plus qu’il avait été dit pour la consolation des hommes affligés qu’il ne convenait pas que les membres délicats fussent sans que la tête fût percée d’épines ; et afin que s’accomplît la prophétie d’Isaïe disant : « Il te couronnera de tribulation ; comme une flèche il te jettera dans une terre large et spacieuse, où tu mourras, et là sera le char de ta gloire. » Prophétie assurément éclatante et très parfaitement adaptée à notre dessein, puisque réellement cette couronne d’épines fut la couronne des crucifiés et des affligés, imposée à notre Seigneur, et par laquelle, sur la Croix qui fut son char triomphal, il vainquit la mort la plus atroce.

Tandis donc que le Christ supportait le supplice d’une telle couronne, cette parole très vraie de Salomon fut manifestement démontrée, lui qui, parlant de la tête du Sauveur et appelant son insigne beauté un lis, disait : « Comme le lis parmi les épines, ainsi mon amie parmi les filles. » Car telle devait être l’humanité du Christ, qu’il apparût, lui très blanc comme un lis parmi les filles des hommes, qui étaient toutes épines et ronces ; tel apparaissait son chef au milieu des épines par lesquelles il était percé.

Et ce ne fut pas seulement par les saints prophètes qu’un tel supplice du Christ fut annoncé par la couronne, mais les Sibylles elles-mêmes l’ont très ouvertement prédit ; l’une d’elles, l’Érythréenne, prophétisant au sujet du Christ, dit ainsi : « Et il portera une couronne d’épines. » Une autre aussi, rapportée par Lactance, réprimandant l’aveuglement futur de la Synagogue comme si elle l’eût déjà vu, sous forme de parole prophétique, leur reproche ceci : « Insensés, vous n’avez pas reconnu votre Dieu, mais vous l’avez couronné d’épines. »

En outre, combien grande fut la douleur de Jésus, non seulement par l’acuité, mais aussi par la durée de ce supplice, une pieuse méditation nous l’enseigne, lorsqu’elle observe ceci : « Il est écrit de la chlamyde qu’ils l’en dépouillèrent ; mais des Évangélistes il n’est rien écrit quant à la couronne d’épines ; parce qu’ils voulurent que nous comprenions qu’une fois imposée, la couronne ne fut jamais ôtée. »

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Ce qui peut assurément fournir matière à méditation, combien le Sauveur fut tourmenté par cela d’une manière continuelle, parce que ces épines demeuraient si longtemps fixées dans sa tête ; 19. lorsqu’elles furent enfoncées par un roseau dans sa tête, et qu’ainsi nul ne pouvait les arracher de sa tête, combien la douleur en était accrue. 20. Enfin, il endura ce supplice sans jamais s’y soustraire, et il supporta les autres douleurs avec constance, les embrassant avec affection ; par un tel amour il aima le genre humain, et par un tel désir il entreprit de nous procurer le salut et de nous apporter le remède divin ; il ne faut donc pas s’en étonner. Saint Cyprien, saisi d’admiration et comme de crainte, explique cela en disant : Considérez, je vous en prie, l’œuvre de la croix. Les mains et les pieds sont transpercés ; il endure les blessures des membres dans ces lieux ; il souffre les pointes des épines enfoncées dans la tête ; les clous, les outrages et les coups ; enfin, l’eau et le sang coulent de son côté ; tout cela, ô mon âme, considère-le.

En ce lieu, le pieux lecteur trouve encore matière à méditer la très sainte Vierge : si elle avait vu cette tête jadis habitée dans les délices, ceinte d’une couronne d’épines très aiguës, cruellement pressée, elle qui autrefois avait touché de ses mains une telle couronne, si elle voyait ces mêmes épines pénétrer profondément, et que tout fût environné de sang ;  alors qu’elle pouvait s’écrier avec Isaïe : « Fils, je t’ai engendré, toi que je vois maintenant ceint d’une couronne pour le supplice ; je t’ai porté dans mes bras, et te voilà livré aux tourments et conduit à la mort avec dérision. » Ici le pieux lecteur peut, avec la Vierge Mère, défaillante en cette tête déchirée, s’écrier d’un profond sentiment de piété et de douleur : « Tu étais naguère, ô Christ Sauveur, un lis très pur parmi les lis, et maintenant je te contemple ensanglanté parmi les épines ; je ne m’étonne plus que le bois de la croix ait produit pour toi des épines, puisque tu es déjà couvert d’épines, non plus seulement d’opprobre, mais de blessures. »

Ici le pieux lecteur, méditant, peut considérer la Vierge Notre-Dame voyant cette tête brûlante et rouge, non seulement d’injures, mais encore de sang ; voyant les canaux de la tête s’ouvrir et les yeux se fatiguer, voyant le sang jaillir de toutes parts ; et la Vierge recueillant ce sang virginal, cette tête percée par des épines très dures et très aiguës ; 24. et, de là, comme Siméon l’avait annoncé, elle pouvait sentir son cœur transpercé, recevant dans sa poitrine la force de cette douleur amère.

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Du frère Daniel Malloni,

Élucidations sur l’épine et la couronne.

Chapitre XII

Les Évangélistes, tous d’un commun accord, témoignent que les soldats tressèrent une couronne d’épines et la placèrent sur la tête du Christ. Ce passage est plus clair en grec, car il signifie qu’ils l’ont faite et qu’ils l’ont imposée de leur propre arbitre ; bien que les soldats l’aient fait en grec, on lit chez Jean : « Ils tressèrent une couronne d’épines et la mirent sur sa tête. » Or le mot grec pour épines, ἄκανθας, est employé, ce qui signifie des épines aiguës.

Les soldats romains imposèrent donc ce diadème d’épines au Christ, à l’exemple des anciens, car les Romains avaient coutume de coiffer les rois de diadèmes ; ainsi Tarquin le Superbe fut proclamé roi par un diadème, et il est dit que les anciens couronnaient fréquemment leurs rois d’épines, ce qui était une coutume tyrannique.

Mais d’où vient cette couronne ? Dans un manuscrit ancien écrit en lettres d’or, conservé chez les Pères de l’Antiquité, compilé en fragments et vu par le bienheureux Vincentius, il est dit qu’il y eut un certain captif qui affirma que les Juifs avaient donné de l’argent à Pilate pour qu’il livrât le Christ, et qu’une grande somme d’argent fut versée, de sorte qu’en vérité il remit le Christ, et qu’il donna aux soldats l’ordre de le crucifier ; et cela non sans récompense. En effet, il est dit que les Juifs versèrent de l’argent aux soldats afin qu’ils infligeassent ce supplice au Christ, et qu’ils le maltraitassent.

On rapporte aussi que Claude Julien, dans son ouvrage contre les chrétiens, témoigne que le Christ fut conduit lié en chaînes d’or. Toutefois il n’y a pas lieu d’ajouter foi à ces récits ; mais il est certain que l’argent fut donné aux Juifs pour qu’ils livrassent le Christ, et que Pilate, à cause de l’argent, le livra au César Tibère, comme le rapporte l’auteur.

Or une telle couronne, tressée d’épines très dures et très aiguës, fut un supplice pour la tête du Christ.

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Vincentius, dans son sermon du jour de la Parascève, dit : « La couronne, dit-il, blessa cruellement le Christ à la tête. » Anselme, dans le Miroir évangélique, sermon 15 : « Les épines très précieuses du Christ blessèrent le sommet de sa tête. » Le Christ lui-même révéla cela à sainte Brigitte, comme on le lit dans ses Révélations, livre 1, chapitre 51 : « Ma tête et mes cheveux furent cruellement lacérés par les épines. » Et au livre 1, chapitre 11 : « Ma tête fut ceinte d’une couronne très aiguë, et mes cheveux furent imbibés de sang. » La Bienheureuse Vierge elle-même le révéla à sainte Brigitte au livre 1, chapitre 10, lorsqu’elle dit : « Lorsque je vis la couronne d’épines posée sur la tête de mon Fils, qui avait été si violemment enfoncée que la tête de mon Fils était percée, au point que ses yeux étaient remplis du sang qui coulait, que ses oreilles étaient obstruées, et que sa barbe tout entière était défigurée par le sang ruisselant. » Et de nouveau au livre 4, chapitre 70 : « La couronne d’épines fut posée sur sa tête avec une telle force que de nombreux ruisseaux de sang coulaient du milieu de son front, provenant des pointes enfoncées, et descendaient sur son visage, ses cheveux, ses yeux et sa barbe, de sorte qu’il ne paraissait rien qui ne fût couvert de sang, et lui-même ne pouvait être vu autrement qu’exprimant le sang par toute sa face. »

Et comme cela fut révélé à sainte Brigitte, qui était à Jérusalem en vision de la Passion du Christ telle qu’elle s’était produite, ainsi elle le vit, comme il est attesté au livre 7, chapitre 15 : « Lorsque, dit-elle, ils lui imposèrent la couronne d’épines, celui qui la posait la frappa si fortement que les pointes pénétrèrent jusqu’à son cerveau, et elle adhéra à sa tête très sacrée ; ses yeux furent aussitôt remplis de sang, ses oreilles en furent obstruées, et son visage et sa barbe furent comme teints et inondés de ce sang. »

Or telles elles semblent être encore aujourd’hui ; et à Aix-la-Chapelle, dans l’église de la Sainte-Croix à Jérusalem, on vénère deux épines de la couronne du Christ ; à Sainte-Eustache une partie de la couronne ; Rhodi rapporte deux épines conservées au trésor, dans sa Topographie des reliquaires français ; à Maurillac en Auvergne ; à Bologne, dans l’église Saint-Dominique, on montre une épine d’une grande longueur ; dans l’église Saint-Jérôme de l’ordre des Chartreux à Bologne, une autre épine ; dans l’église cathédrale du territoire de Trente, on voit une épine de longueur remarquable, qui adhéra un jour aux cheveux du Christ Seigneur, le sang s’y étant coagulé ; laquelle, le jour de la Parascève, à l’heure où le Christ fut couronné d’épines, est vue chaque année se liquéfier, spectacle contemplé avec la plus grande piété du peuple.

À Venise aussi, dans l’antiquissime et très noble Confrérie de la très sainte Charité, parmi d’autres reliques très précieuses et surtout vénérables, conservées dans des vases d’or, d’argent et de cristal, ornés de nombreuses gemmes, l’illustrissime et révérendissime cardinal Bessarion, de pieuse mémoire, donna aux frères de la même confrérie quatre très aiguës épines du Christ aspergées de sang.

Certains, et cela avec vraisemblance, etc. D’ici naît une controverse de grand poids : la couronne du Christ fut-elle faite d’épines marines, ou véritablement d’épines ordinaires ? Ceux qui soutiennent les épines marines les décrivent comme très aiguës, et la renommée constante des docteurs semble l’indiquer.

De la couronne d’épines, si elle fut d’épines marines ou véritablement d’épines.

Qu’elle ait été d’épines marines, cela paraît très probable surtout parce que Guillaume Durand, au livre 6 du Rational des offices divins, au chapitre de la Parascève, rapporte qu’il la vit lui-même dans le trésor du roi des Francs ; car, comme le rapporte Génébrard au livre 4 de sa Chronologie, saint Louis, roi de France, racheta aux Grecs la couronne d’épines et ordonna qu’elle fût portée au Latran, précédée par lui-même et accompagnée des évêques, des princes du royaume, marchant pieds nus, avec de nombreuses larmes, et se prosternant à genoux avec le peuple. Et qu’elle ait été d’épines marines est attesté par Grégoire de Tours, livre 1 de la Gloire des Martyrs, chapitre 7, et par Anselme dans son Dialogue sur la Passion du Seigneur, et par Lyra au chapitre 27 de Matthieu.

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Matthieu dit : « D’épines marines très aiguës. » Et moi, qui ai lu ces choses écrites par quelqu’un qui avait été au-delà de la mer avec le bienheureux Louis, roi de France, sur un certain rivage marin où l’on voit diverses sortes d’algues et d’épines, je n’y ai observé aucune trace de telles épines marines, ni qu’elles fussent suspendues aux rochers, ni qu’elles se trouvassent parmi les rameaux ; mais plutôt des plantes terrestres pourvues d’aiguillons.

Ludolphe, dans la Vie du Christ, dit en ce lieu que ceux qui examinèrent plus attentivement la couronne d’épines reconnurent qu’elle avait été faite d’algues marines, lesquelles ne sont pas seulement pointues, mais ont aussi des côtés épineux. C’est aussi l’opinion d’Hugues le Cardinal sur Jean, et de Tolet le Cardinal, année 2, en Jean 19, et de François Suárez, 3e partie, question 46, distinction 35, section 3, qui dit que tous communément pensent que la couronne ne fut pas tressée d’épines ordinaires, mais d’algues marines. D’où il conclut que, par cette couronne, le Christ ne reçut pas des blessures telles qu’elles auraient perforé le crâne, mais seulement la peau et la chair ; bien qu’il soit très vraisemblable que les épines aient été enfoncées par la partie supérieure de la tête, de sorte que le sang en jaillît par le bas ; et qu’en raison de leur forte pénétration elles demeurassent fixées dans la chair.

Cependant, tout autrement, Laurent Justinien, au livre du combat triomphal, chapitre 14, dit : « Les épines perçaient le cerveau. » Et il ajoute : « Il devait certes mourir transpercé par une si grande douleur, s’il n’avait été réservé à la vie afin de supporter encore des souffrances plus grandes. » Et saint Vincent, dans son sermon sur la Passion du Seigneur, dit : « Qui pourrait penser quelles douleurs souffrit ce chef frappé de tant d’aiguillons, quand il était tourmenté par les pointes des épines, d’une douleur presque intolérable ? »

Mais que la couronne ait été véritablement faite d’épines ordinaires, proprement dites, de très nombreux et très graves auteurs l’ont affirmé. D’abord, chez les saints Pères, nous lisons toujours que la couronne fut d’épines, et il faut les entendre selon la lettre. Il faut encore remarquer que l’illustre cardinal Baronius, à l’an 34 du Christ, n. 56, dit expressément : « Je ne vois pas d’où l’on puisse prouver que le Seigneur ait été couronné d’algues marines ; si quelqu’un en est certain, qu’il le dise et l’explique. »

Les paroles des Évangélistes Luc et Jean s’accordent clairement pour dire qu’elle fut faite d’épines ; car ils disent : « Tressant une couronne d’épines » ; ils ne parlent pas d’algues, ni de plantes marines, mais d’épines aiguës. Cela peut être confirmé par plusieurs raisons. D’abord, Jérusalem est éloignée de la mer ; ce n’est pas la mer de Tibériade qui est proche, mais le lac, appelé lac de Génésareth, et non la mer proprement dite ; il n’est appelé mer que parce que des assemblées d’eaux sont dites mers. Quant à la mer Morte, dite Asphalite, elle est plus éloignée ; en elle rien ne naît, pas même des poissons ; aucune herbe n’y pousse, mais une odeur pestilentielle en sort, comme le rapporte Burchard dans la Description de la Terre Sainte, partie 1, chapitre 7, § 35 ; et près d’elle il n’y a presque rien, sinon des cendres et de la poussière brûlée ; tant est grande la désolation du crime sodomitique.

Si l’on parle de la mer Méditerranée, elle est éloignée entre Jérusalem et la mer ; beaucoup de milles en séparent les lieux. Comment donc aurait-on pu aller chercher des algues marines ? Et s’il s’agissait d’épines, il y en avait partout ; car la terre maudite produit des épines et des chardons. Amos aussi le témoigne. Car, dans l’Ecclésiastique, il est dit que les épines sont réellement des épines, et non des algues marines. Il faut encore tenir compte des paroles de la Sainte Écriture, qui doivent être comprises selon le son des mots, surtout lorsqu’elles sont expliquées selon la lettre, et qu’elles ne s’écartent ni de la sincérité de la foi ni de l’honnêteté des mœurs ; telle est la doctrine de saint Augustin au livre 3 de la Doctrine chrétienne.

C’est pourquoi saint Basile, en ses grandes homélies 3 et 9 sur l’Hexaéméron, disait : « Moi, lorsque j’entends Moïse parler du ciel, de la terre, des eaux, des poissons, des animaux, je n’entends rien d’autre que ce que les mots signifient ; je n’interprète pas autrement, si ce n’est selon les paroles. »

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La loi que rapporte Georges Eder au livre I de la Bible Œconomique le confirme. Et bien que moi-même je puisse le confirmer par le texte grec, car il porte : « Les soldats, ayant tressé une couronne d’épines » ; or ἄκανθα ne signifie pas un genre indifférent, mais une épine aiguë, comme le note l’auteur des Étymologies grecques. Ajoute que le jonc marin se dit en grec ὀξύσχοινον. Or Jean n’a pas écrit « une couronne de joncs marins », mais « une couronne d’épines », c’est-à-dire ἐξ ἀκανθῶν, et non ἐξ ὀξυσχοίνων.

Il semble aussi qu’il faille s’en tenir au consensus commun des Pères ; car en ce que l’on lit que la tête du Christ fut ceinte d’une couronne d’épines, certains l’entendent comme accomplissant la figure notée du bélier retenu par les cornes parmi les buissons, ainsi que le dit saint Jérôme sur Matthieu 27. D’autres y voient la levée de l’ancienne malédiction, selon Isidore en son épître 95 et Jérôme au même lieu. D’autres encore l’entendent des pécheurs, qui sont figurés par les épines, selon Ambroise. D’autres enfin l’entendent des épines véritables.

En vérité, on ne pourrait expliquer comment tant de blessures lacérèrent la tête du Christ, si l’on ne parlait pas d’épines véritables ; Bernard parle de mille perforations, et ailleurs de la densité des épines ; or surtout sous l’appellation d’« épines marines », nul n’entend de véritables épines, ni qu’une couronne d’épines doive être interprétée comme faite de joncs marins.

À Venise, chez les très pieux confrères de la Société de la très sainte Charité, outre d’autres reliques très sacrées, on conserve quatre épines provenant de la couronne du Christ, tenues en très grande vénération. Celles-ci, avec d’autres reliques très précieuses, comme je l’ai indiqué plus haut, le cardinal Bessarion les donna à la très noble confrérie, enfermées dans des vases d’or, d’argent et de cristal, ornés de nombreuses gemmes, selon la piété et la magnificence de tant d’illustres prélats. Je les ai vues moi-même très diligemment examinées et considérées, et j’ai observé que ces épines étaient très aiguës et qu’elles provenaient d’un rameau d’épine véritable, non de joncs marins.

Mais Dioscoride, etc. Pour éclairer davantage ce passage, je pense qu’il faut ajouter ce que dit le livre des Juges, chapitre 9, en parabole : « Les arbres allèrent pour oindre un roi sur eux » ; et nous lisons : « Ils dirent à l’olivier : Règne sur nous. Mais il répondit : Renoncerais-je à mon huile, par laquelle Dieu et les hommes sont honorés, pour aller me balancer parmi les arbres ? » Ils dirent au figuier : « Viens, règne sur nous. » Mais il répondit : « Renoncerais-je à ma douceur et à mes fruits excellents pour aller me balancer parmi les arbres ? » Ils dirent à la vigne : « Viens, règne sur nous. » Mais elle répondit : « Renoncerais-je à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller me balancer parmi les arbres ? » Enfin tous les arbres dirent au rhamnus : « Viens, règne sur nous. » Il leur répondit : « Si vraiment vous m’établissez pour régner sur vous, venez et reposez-vous sous mon ombre ; sinon, qu’un feu sorte du rhamnus et dévore les cèdres du Liban. »

Or, dans le rhamnus sont figurés les violents, les rusés, les orgueilleux et tous les impies, comme le notent Augustin, Jérôme et Cassiodore sur le psaume 57 ; car le rhamnus est très épineux, au feuillage gracieux, mais très piquant et hérissé de pointes ; tout ce qu’il touche, il le retient, il blesse et déchire ; il est amer, et il enflamme ; et parce qu’il est dur et agressif, il désigne les superbes, enflés par une ambition extrême et par un désir injuste de domination ; c’est pourquoi, dans le rhamnus, ils sont notés, et c’est par lui que la tête du Christ fut lacérée.

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« Venez, reposez-vous sous mon ombre » ; mais il refusa de s’interposer, car il ne convenait pas, sous une tête épineuse, que surgît un membre délicat, comme le remarque saint Grégoire et l’enseignement des autres Pères.

Toutefois, il ne semble pas que la difficulté soit si grande, que Jean, au chapitre 27 de son livre Des Arbres, ait exagéré en disant qu’une première couronne d’épines fut imposée au Christ, bien qu’elle eût été mise de nouveau sur le mont du Calvaire, si d’une autre espèce d’épines elle avait été faite. Dans un ancien manuscrit il est dit que, puisque certains, à partir de véritables épines — et par celles-ci aussi le Christ fut crucifié — avaient tressé une couronne, ils en posèrent une autre de joncs marins, dont les épines sont plus aiguës ; et ils placèrent cette couronne sur sa tête, après que Jésus eut été plus durement piqué et que la peau de sa tête eut été plus gravement blessée par les pointes de ces joncs que par la première couronne d’épines dont il avait été couronné auparavant.

Or, selon la révélation de sainte Brigitte, la même couronne, en nombre identique à celle qui avait d’abord été imposée au Christ, demeura attachée à sa tête jusqu’à ce qu’il fût dépouillé de ses vêtements sur le mont du Calvaire. En effet, comme la tunique sans couture — que beaucoup contemplent pieusement — ne pouvait être retirée sans ôter aussi la couronne d’épines, ce qui est objecté par Suárez ; il est donc certain que la couronne fut imposée au Christ dans le prétoire, et qu’elle demeura sur sa tête jusqu’à ce qu’il fût crucifié, comme il est rapporté au livre 7, chapitre 15 : « Lorsqu’ils lui imposèrent la couronne d’épines, celui qui la posait la frappa de nouveau, et elle adhéra à sa tête très sacrée. »

Tertullien aussi, contre les Juifs, chapitre 13, dit que le Christ fut crucifié avec la couronne d’épines. Isidore de Péluse, livre 1, épître 95, dit de même. Et l’on peut concilier plus aisément ces opinions si l’on dit que la couronne que les Juifs posèrent sur l’image du très saint Crucifié à Béryte — de la plaie du côté de laquelle sortirent le sang et l’eau, dont Athanase rapporte l’histoire dans son traité De la Passion de l’Image — était faite de joncs marins.

Quant à l’espèce précise de la plante, il faut admirer la prudence des très savants Pères, qui, dans une matière si difficile, lorsqu’ils ne connaissaient pas avec certitude l’autorité ou la raison de la chose, ne voulaient rien déterminer ; ainsi saint Grégoire, homélie 34 sur les Évangiles, disait : « Nous affirmons ce qui est manifeste ; nous ne discutons pas ce qui est obscur. »

Si donc certains ont parlé de joncs marins, ils ne l’ont pas fait pour nier que la couronne ait été composée d’épines véritables ; et si d’autres ont parlé de ronces — c’est-à-dire d’épines vivantes — ils ont désigné des épines véritables, non des joncs marins. Pierre Bellon, au livre 2 de ses Observations, chapitre 8, dit qu’à partir du rhamnus on fabrique une épine appelée « sainte ». Cælius Rhodiginus, au livre 5 des Antiquités, chapitre 9, semble indiquer qu’une telle épine fut tressée en couronne, que Philaret appelle épine.

Mais il est digne d’une enquête diligente, etc. Nous savons que les très pieux rois de Jérusalem voulurent être inaugurés par la couronne du Christ Sauveur ; ainsi Godefroy de Bouillon, après avoir recouvré Jérusalem, plein de Dieu et pour une cause d’humilité, refusa la couronne d’or du roi mortel, et préféra porter la couronne avec laquelle le Sauveur du genre humain avait été couronné d’épines ; comme le rapportent Guillaume de Tyr, livre 8, chapitre 5, § 19 et suivants, et livre 9, chapitre 9 ; Jacques de Vitry, chapitre 20 ; et B. Salignac dans sa lettre à Jean de Lorraine ; Christianus Adrichomius dans la Description de la Terre Sainte, numéro 2 (bien qu’il n’ait pas voulu être couronné d’épines). Nous savons aussi que d’autres furent ornés de diadèmes fictifs de rois. Ainsi Philo Judæus écrit qu’il y eut un certain Carrabas : « Il y avait, dit-il, un certain fou nommé Carrabas ; on le revêtit d’un manteau, on le mit au milieu, et les jeunes gens et les enfants se moquaient de lui, et le saluaient comme roi. » On le conduisit sur un lieu élevé, et ils l’adoraient en plaisantant…

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on le plaçait devant tous ; puis on lui imposait sur la tête un diadème de papyrus, en guise de bandeau royal, sur le corps un manteau, en guise de pourpre, et au lieu de sceptre on lui donnait un roseau ; ainsi paré comme un roi imaginaire, et salué comme roi par moquerie, certains jeunes gens faisaient cortège comme des gardes, d’autres s’approchaient comme des suppliants, d’autres feignaient de délibérer avec lui sur les affaires publiques. Voilà ce que rapporte Philon. Mais jamais encore on n’avait commis un crime si horrible que de couronner quelqu’un d’épines aiguës. En entendant donc ce genre d’impiété, les Juifs, remplis du diable, le mirent en œuvre contre le Christ, afin que leur inhumanité fût plus clairement reconnue.

Comme surtout les couronnes, etc. Il faut reprendre en ce lieu certains qui pensent que, parce qu’ils ignorent les usages variés et divers des couronnes, celles-ci n’étaient employées anciennement que pour l’honneur et comme prix. Or nous lisons qu’il existait divers usages de couronnes. Cérès, Bacchus furent les premiers, dit-on, à user de couronnes de lierre, si l’on en croit Pline au livre 16, chapitre 5. Ensuite on employa des couronnes utiles aux repas sacrés, puis des couronnes de roses, de luxe croissant ; même des feuilles de nard furent utilisées ; et chez les Indiens, des perles en guise de couronnes. De plus, avant la mort, on imposait aussi des feuillages, comme le rapporte l’auteur au livre 2, chapitre 3. Et au livre 9, chapitre 9, il mentionne encore plusieurs autres genres de couronnes. Si quelqu’un désire davantage sur ce sujet, qu’il consulte avec soin Cælius Rhodiginus, livre 1, chapitre 27, des Leçons antiques, chapitre 26.

On peut encore constater que des couronnes étaient décernées non seulement à titre d’honneur ou de prix. Cette objection, bien que grave en apparence, est cependant très légère. Car il n’a pas été dit que les couronnes fussent seulement d’honneur ou de récompense, mais aussi qu’il était fait mention de couronnes publiques. On peut croire que certaines étaient décrétées pour ceux qui avaient bien mérité. Les civiques à ceux qui sauvaient des citoyens ; les murales à ceux qui les premiers franchissaient les murs des ennemis ; les navales à ceux qui vainquaient dans la guerre maritime ; les vallaires à ceux qui libéraient les camps ; les rostrales à ceux qui détruisaient des flottes ; les glandifères à ceux qui dispersaient des ennemis embusqués. Le premier Romulus couronna Hostius Hostilius, parce qu’il avait le premier pénétré à Fidènes. Les couronnes d’or, gemmées, étaient aussi décernées à ceux qui triomphaient.

Pour quelle raison donc cela fut-il fait, etc. Aucune cause plus vraie ne peut être assignée que celle-ci : qu’ils apportèrent au Christ ces insignes royaux légaux afin de se moquer de lui. C’est ce que les saints Évangélistes enseignent. Matthieu 27 : « Ils se moquaient de lui », et encore : « Après s’être moqués de lui » ; ce que Marc 15 et Luc 23 enseignent aussi : « Ils le revêtirent d’un vêtement blanc » ; et encore : « Les soldats se moquaient de lui. » Bien plus, le Christ lui-même l’avait prédit, Matthieu 20 : « Il sera livré aux nations pour être moqué, flagellé et crucifié » ; Luc 18 : « Ils se moqueront de lui et le flagelleront. »

Et comme autrefois pour Carrabas, ainsi pour le Christ, ce fut une dérision nécessaire. Très savamment, Alphonse Tostatus, question 14 sur le chapitre 9 du livre 4 des Rois, note que plusieurs cérémonies de couronnement des rois des Juifs comportaient des onctions et des insignes, qu’il recueille toutes de l’Écriture. Fort bien aussi Ammonius d’Alexandrie, dans son commentaire continu des quatre Évangélistes, dit : « Aussitôt la couronne d’épines fut imposée, et le Roi des Juifs fut saisi pour être livré aux moqueries ; et nous voyons que cela s’accomplit spirituellement dans le Christ. »

Premièrement, parce qu’on le conduisit hors de la ville vers une source ou vers un arbre, et là on l’oignit en versant de l’huile sur sa tête ; ainsi donc le Christ, même s’il ne fut pas oint avant d’être conduit hors de la ville, fut cependant…

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il fut conduit hors de la Ville après l’onction et le couronnement, non certes vers une source, mais vers l’arbre de la Croix ; et le Christ ne fut pas oint d’huile, mais sa tête fut inondée de sang, avec une effusion plus abondante que s’il eût été oint, ce qui convenait mieux à un nouvel Aaron.

La seconde cérémonie était que l’onction se faisait par les prêtres, car c’était au prêtre qu’appartenait l’onction sacrée ; aussi, par dérision, tout fut exercé dans le Christ : bien que les soldats romains ne fussent pas prêtres, ils oignirent néanmoins la tête du Christ de sang, corrompus par l’argent, à l’instigation des pharisiens qui étaient prêtres, comme l’enseigne Claude Guilliaud au chapitre 19 de Jean ; c’est pourquoi les pharisiens prêtres, par les mains des soldats, empourprèrent de sang la tête du Christ.

La troisième cérémonie était qu’après que le roi avait été oint, le peuple criait : « Vive le roi, vive le roi ! » Peut-être dira-t-on que cela ne fut pas observé dans le Christ, car lorsqu’on le vit couronné, Pilate disait : « Voici l’homme », et tous d’une seule voix criaient : « Ôte-le, ôte-le, crucifie-le ! » Et bien que ces voix fussent des malédictions, pourtant elles signifiaient cela : qu’au Christ couronné on venait à lui et on le saluait en disant : « Salut, roi des Juifs ! » ; et cette cérémonie fut observée dans le Christ pour une plus grande ignominie.

La quatrième était que, le roi créé, on le plaçait sur le trône du royaume ; mais le trône du Christ fut une pierre de marbre figurant une colonne, sur laquelle il fut assis lorsqu’il fut couronné, comme le rapporte Adrichomius dans la Description de Jérusalem, numéro 48 ; et l’on dit que cette pierre est conservée à Rome dans l’église de la Sainte-Croix de Jérusalem.

La cinquième cérémonie était que le livre de la loi était remis dans la main du roi, afin qu’il ne cessât de méditer la loi. Cette cérémonie ne pouvait convenablement être observée dans le Christ, car il était lui-même la Sagesse du Père et le livre écrit au-dedans et au-dehors ; il ne devait donc pas recevoir un autre livre ; ainsi cette cérémonie ne fut pas observée.

La sixième cérémonie était que l’on plaçait sur la tête le diadème du royaume ; au lieu de cela, le Christ reçut la couronne d’épines.

La septième cérémonie était que l’on faisait un pacte entre le roi et le peuple, selon lequel le peuple devait obéir. Cette cérémonie, dans le Christ, ne fut accomplie que par dérision ; car ils ne le reconnaissaient pas pour roi, mais disaient : « Nous n’avons pas d’autre roi que César. »

Le bélier qui était retenu par les cornes parmi les buissons fut une figure éclatante du Christ, selon le sentiment unanime des Pères ; car, outre saint Jérôme et la Glose ordinaire sur le texte cité, Origène, homélie 3 sur le Lévitique ; Ambroise, livre 7 sur Abraham ; saint Basile sur le psaume 28 ; Augustin dans les Questions sur l’Exode, question 108, et sur la Cité de Dieu, livre 16, chapitre 32 ; Isychius sur le Lévitique, chapitre 5 et 6 ; Cyrille, livre 8 contre Julien ; et saint Grégoire de Nysse dans son témoignage sur la Passion, cité au second Concile de Nicée, disent : « Vous avez vu son image dans les épines, et vous n’avez pas pu retenir vos larmes en voyant l’histoire représentée. »

Luc aussi est d’accord, car cela fut fait sur la montagne ; ainsi le Christ souffrit sur le mont. Les Juifs disaient de Morija que cela signifiait « le Seigneur voit » ; ainsi le dit le psaume 5 : « Le Seigneur m’a vu, et il m’a exaucé. » Isaac fut conduit au mont du Calvaire ; ce nom signifie rire, car Isaac veut dire rire ; et le Christ apporta au monde le rire et la joie. Ses autres œuvres concordent aussi. Isaac naquit d’une femme stérile ; le Christ de la Bienheureuse Vierge. Isaac porta le bois de l’holocauste ; le Christ porta la Croix. Isaac ne souffrit pas, mais à sa place le bélier ; ainsi la Divinité ne souffrit pas, mais l’Humanité à sa place. C’est pourquoi Isaac fut l’image du Christ, comme le témoignent Tertullien, livre contre les Juifs ; Clément d’Alexandrie au premier livre du Pédagogue, chapitre 5 ; et au livre 1 des Stromates ; Origène…

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homélies 8 et 13 sur la Genèse ; Ambroise, livre 1 sur Isaac le Patriarche ; Chrysostome, homélie 47 sur la Genèse ; Augustin, livre 2 contre les Manichéens, chapitre 20, sur la Genèse.

Ensuite, puisque Dieu, etc. Athanase, dans son sermon sur la Passion et la Croix du Seigneur, dit que le Christ Seigneur, entouré d’un manteau de pourpre, fut ceint d’une couronne d’épines ; et contemplant cette couronne, élevé en esprit par une élévation sublime, il s’écria avec raison : « Miracle nouveau, incroyable, et signe d’une grande victoire sans aucun doute ! » Et il poursuit en expliquant avec soin quelle était cette victoire : que le Christ nous a délivrés des épines des pécheurs. Il dit en effet : « Le Christ portait une couronne d’épines, afin que pour les épines nous fussions revêtus de l’arbre de vie ; et pour le sang des pécheurs, il versa son sang ; et il bénit la terre et toutes choses ; et pour la malédiction il bénit les autres habitants de la terre ; car notre sang avait été versé, comme tout sang répandu sur la terre. » D’où il résulte que, de même que par les épines la vie était rejetée, ainsi par elles elle fut restaurée.

Remigius assigne la même raison, disant : « Par la couronne d’épines est signifiée la réception des pécheurs, car il apparut dans la similitude de la chair de péché. » Jérôme dit : « Les épines, c’est-à-dire les péchés des nations, dont il fut couronné ; car ce sont les aiguillons dans les épines, avec lesquels fut tressée pour le Christ la couronne de victoire. » Bède : « Nos péchés, c’est-à-dire les épines que la terre maudite produisit pour les pécheurs ; la couronne d’épines sur la tête du Christ signifie nos péchés, que le Christ porta sur sa tête ; ainsi ce ne fut pas une couronne de gloire, mais de douleur ; non d’honneur, mais de malédiction. »

La plus excellente interprétation est cependant celle qui entend par le nom d’épines les péchés, les vices et les mœurs dépravées. Ainsi l’interprète Origène sur le psaume 36 et homélies 1 et 35 sur Matthieu ; Jérôme sur le psaume 57 et en divers lieux ; Grégoire, livre 20 des Morales, chapitre 11 ; Isychius sur le Lévitique, chapitre 16 ; Bède sur Ézéchiel, chapitre 2 et sur les Proverbes, chapitre 14 ; Philon aussi, au livre 2 des Allégories, entend par épines les mauvaises pensées et les plaisirs nuisibles ; ce que comprit également Ambroise.

De même Ambroise, etc. Ambroise, avec Jérôme, dit : « Il est une pointe dans les épines, avec lesquelles est tressée la couronne de victoire du Christ. » On lit les mêmes paroles chez Hilaire, canon 33 sur les Évangiles, où cela pourrait paraître obscur à certains, si l’on ne voyait pas qu’Hilaire fut antérieur à Jérôme ; et bien que moi je tienne Jérôme pour plus ancien, je pense qu’Hilaire fut cité par Jérôme ; car Hilaire florissait vers l’an du Seigneur 360, Jérôme vers l’an 410 ; c’est pourquoi Hilaire est placé par Jérôme parmi les hommes illustres. Eusèbe d’Émèse dit : « La couronne d’épines signifiait ce qui était recueilli des pécheurs. »

En outre Tertullien, etc. Athanase, dans son sermon sur la Passion et la Croix, déclare : « Il a porté toutes choses contre lui-même, parce qu’il était aussi couronné d’épines ; et comme il était dans le monde, il montra aux hommes les œuvres du monde, bien qu’il fût lui-même la lumière. » En effet, tandis que le Seigneur était exercé, il triomphait invisiblement du diable ; c’est pourquoi nous lisons chez Jean, Matthieu et Marc que la couronne d’épines fut placée sur sa tête. Et plus loin : « Lorsque, dit-il, la terre fut rougie par le sang du diable, ce sang fut répandu ; et de même que le premier reçut le sang d’Abel, ainsi des hommes le sang fut répandu en malédiction, et partout les épines surgirent ; et ainsi le billet de notre dette, tous l’avaient envahi ; c’est pourquoi le Christ, revêtu des ornements royaux, marcha vers la mort afin d’offrir la victoire sur la mort sans crainte ; et pour notre salut il parut vêtu d’un manteau de pourpre, avec une couronne d’épines ; et le billet cloué sur la colonne, par lequel autrefois nous étions liés par le diable, fut effacé par sa mort ; et par cette mort toutes choses furent renouvelées. »

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Le Sauveur voulut encore, etc. Comme le Christ notre Sauveur parlait aux foules en paraboles, il dit, selon Luc 8 : « Le semeur sortit pour semer sa semence ; et pendant qu’il semait, une partie tomba le long du chemin, et elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent ; une autre tomba sur la pierre, et à peine levée, elle sécha, parce qu’elle n’avait pas d’humidité ; une autre tomba parmi les épines, et les épines, poussant avec elle, l’étouffèrent », etc. Or les disciples, excités par la nouveauté de la doctrine et surtout par la subtilité de cette parabole, l’interrogèrent en disant : « Explique-nous cette parabole. » À quoi il répondit brièvement : « La semence est la parole de Dieu ; celle qui tombe parmi les épines, ce sont ceux qui écoutent, mais qui, par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, sont étouffés. »

Ainsi, de ce passage, la Sagesse elle-même nous apprend que par les épines sont entendues les sollicitudes, les richesses et les voluptés. Saint Grégoire dit avec raison : « Ces épines sont dites parce qu’elles lacèrent l’esprit par les passions des pensées, et qu’elles conduisent au péché comme par une blessure enflammée. » Il ajoute que les sollicitudes et les voluptés, qui oppriment l’esprit par les soins et le dissolvent par les affections, étouffent la semence par les importunes pensées qui étranglent la gorge de l’âme, et empêchent les bonnes actions de croître. Voilà Grégoire.

C’est avec raison aussi que les soucis et les sollicitudes de cette vie sont comparés aux épines, comme le note Albinus sur Matthieu. L’épine, en effet, par la chaleur aiguë qu’elle a dans la sécheresse de la terre qui l’entoure, se réchauffe à la surface et lance des jets ; elle brûle sous son ombre par une chaleur douce, et nourrit une amertume profonde ; ainsi la malédiction de notre terre, par l’aiguillon de la concupiscence, bouillonne en diverses inquiétudes et en germes de soucis, qui ne produisent rien d’autre que l’apparence de feuilles, des rameaux épineux, et des pointes acérées, de sorte qu’ils ne portent pas de fruits mûrs, et même que les germes du blé ne puissent croître dessous ; c’est-à-dire qu’ils étouffent la semence.

Salomon l’exprime fort bien dans les Proverbes 14 : « Par le champ de l’homme paresseux et par la vigne de l’homme insensé je passai ; et voici, tout était rempli d’orties, et sa surface couverte d’épines. » Ce à quoi le poète fait écho : « Un champ fertile, s’il n’est pas renouvelé par la charrue, bientôt sera couvert d’herbe et d’épines. »

De plus, puisque les épines naissent spontanément de la terre, et que la terre reconnaît pour ainsi dire sa propre mère dans la semence jetée en elle, et l’éprouve comme un enfant ou un nourrisson ; ainsi les autres pensées et affections de volupté, comme si elles étaient naturelles et propres enfants du cœur, croissent ; tandis que les bonnes pensées, et les semences d’inspiration céleste qui nous sont jetées, semblent étrangères et adultérines, et sont étouffées.

Le bienheureux Prosper d’Aquitaine explique élégamment cela au livre 2 de la Vie contemplative, chapitre 15 : « Nous devons, dit-il, dominer nos pensées orgueilleuses, afin que, suspendues à la croix divine, nous contraignions à mortifier la possession terrestre. » Et peu après : « Que tout ce qui en nous doit être craint ou suspect soit vaincu par ses triomphes, et que, comme des spectateurs rafraîchis, armés de toutes les forces de l’honnêteté, nous ne résistions pas à la guerre que nous voulons combattre. »

Il ne faut pas omettre ici que, là où nous lisons chez Luc les « soucis et sollicitudes », le grec porte μερίμναις, c’est-à-dire des inquiétudes. Ainsi le Christ voulut être couronné d’épines, c’est-à-dire d’inquiétudes, afin de nous délivrer des inquiétudes.

Donc, puisque les docteurs de la piété catholique ont tenu que le Christ était figuré et prophétisé par ces interprétations, il n’est pas étonnant que d’autres aient estimé que, dans la couronne d’épines dont le Christ fut couronné, étaient signifiées les sollicitudes et les tribulations ; ainsi Chrysostome, homélie 45 sur Marc ; Augustin, livre 2 contre les Manichéens, chapitre 20 ; Philon, livre 2 des Allégories ; Hilaire sur le psaume 57 ;

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Pourquoi le Christ a voulu être couronné d’épines

On peut d’abord demander pour quelle raison universelle cela a été fait, puisque les autres éléments de la Passion accomplissent chacun leur fonction.

Premièrement, afin que l’amour éclate dans la souffrance.
« Cogita amorem, qui tanta sustinuit. »
Considère l’amour qui a supporté de telles choses.

Deuxièmement, afin qu’il y eût dans son corps quelque chose qu’il n’avait pas reçu du Père.
Ainsi enseigne Chrysostome.

Troisièmement, afin que la malédiction de la terre fût dissoute.
Ainsi l’explique Jérôme.

Quatrièmement, afin que les épines, symboles des péchés cachés, fussent purifiées.
Ainsi Athanase.

Cinquièmement, afin que les épines figurent les péchés des Gentils.
Ainsi Jérôme.

Sixièmement, afin que nos péchés fussent punis en lui-même.
Ainsi Bède.

Septièmement, afin qu’il étendît son règne.
Ainsi Athanase.

Huitièmement, afin que nous comparions cette couronne au diadème du royaume.
Ainsi Jérôme.

Neuvièmement, afin que nous fuyions la vie âpre et rude, par l’abstinence qu’il a consacrée par sa couronne.
Ainsi Théophylacte et Chrysostome.

Dixièmement, afin que le Roi immortel ne rejetât pas l’empire des mortels.
Ainsi Augustin.

Onzièmement, afin qu’il nous libérât des sollicitudes.
Ainsi Athanase.

Douzièmement, afin qu’il nous conduisît aux joies éternelles.

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Treizièmement, afin que, dans les périls, nous possédions en lui un refuge assuré.
Ainsi Athanase.

Quatorzièmement, afin que, pour les épines, le bois de vie nous fût accordé.
Ainsi Athanase.

Quinzièmement, afin que, par son sang, il aspergeât et sanctifiât la terre qui avait été arrosée du sang d’Abel et des prophètes, et qu’en échange des épines la bonne vie refleurît de la terre.
Ainsi Athanase.

Seizièmement, afin que sa couronne fût un signe pour les croyants, et un supplice pour les incroyants.
Clément d’Alexandrie, Pédagogue, II, 8.

Dix-septièmement, parce que Dieu, lorsqu’il devait donner la loi à Moïse, apparut dans le buisson d’épines, afin de montrer par là qu’il était le même législateur qui était apparu auparavant.
Clément d’Alexandrie, au même endroit.

Dix-huitièmement, afin que nous sachions qu’il est indigne, si nous nous répandons dans les délices d’une molle vie.
Car il ne convient pas que sous une tête épineuse vivent des membres délicats.
Bernard.

Il nous serait, en effet, d’une grande confusion que le célèbre Urie fût passé devant nous : lui qui, considérant l’arche de Dieu sous des tentes, jugea indigne de rentrer dans sa maison, et de se réjouir avec son épouse, disant :
« L’arche de Dieu habite sous des pavillons, et mon Seigneur Joab et les serviteurs de mon Seigneur campent à la face de la terre ; et moi j’entrerais dans ma maison pour manger et boire et dormir avec ma femme ? Par ton salut, ô Roi, et par le salut de ton âme, je ne ferai pas cette chose. »

Il est bon aussi de rapporter ici ce que pieusement Jean Lampérgius, Théologien (chap. 19), a noté sur ce point :
On recueille, dit-il, des histoires des Éthiopiens que les épines, et les clous qui transpercèrent le Sauveur, furent voulus par les hommes, de même que les autres supplices, et surtout par César, sous lequel le Christ souffrit et mourut. Si quelqu’un avait voulu représenter César sous une image façonnée en airain, placée en un lieu déshonnête, voire même si elle avait été purifiée par le feu, on l’aurait jugé digne de mort. Si quelqu’un voulait porter l’image de César, on l’aurait estimé en danger de mort.

Si on la portait lentement, il serait exposé au péril ; sous Tibère, sous lequel le Christ fut mis à mort ; sous Caïus Caligula, qui avait ordonné qu’on lui élevât des statues, et qu’il ne fût permis à personne de se réjouir sans lui ; qui quiconque eût entendu qu’un membre délicat fût sous une tête épineuse ? Voilà ce qu’il dit.

À ces raisons des Pères j’ajoute ceci : le Christ voulut inaugurer la couronne d’épines — que nul avant lui n’avait portée, ni tribu auparavant ni ensuite — afin que nous sachions que le Christ est Roi des affligés, qui voulut être marqué de la couronne de la tribulation, afin que nous comprenions que, au-dessus de tous ceux qui furent avant et après lui, il soutint les tribulations les plus amères.

C’est pourquoi, bien que les martyrs aient souffert d’horribles tribulations, l’Église chante cependant de lui :
« Tu es venu dans les martyrs. »

Que la couronne d’épines pénétrât presque toutes les parties de la tête confirme ce qui a été dit plus haut, lorsque nous nous demandions si la couronne était véritablement d’épines ou de joncs marins.

Quant au passage du Psaume 57 à propos du Christ, nul ne saurait douter qu’il doive être compris de lui, selon l’explication manifeste du bienheureux Prosper, au sermon 20, qui rapporte cette promesse, que les pécheurs seraient couronnés d’épines ; et ce lieu doit être rapporté ici pour expliquer que le Christ fut couronné d’épines.

Le bienheureux Laurent Justinien l’atteste également par ce verset du Psaume :
« Les épines des pécheurs m’ont environné. »

Une plus grande difficulté semblerait toutefois surgir de la part d’Anselme, qui estime que le passage d’Isaïe 22 :
« Je te couronnerai de tribulation »,
doit être expliqué du Christ, quoiqu’il apparaisse par le texte qu’il doive être entendu de Sobna.

Mais si l’on nie que ce passage concerne Sobna au sens littéral, on peut néanmoins l’expliquer allégoriquement du Christ ; et cette interprétation hébraïque ne sera pas étrangère au sens du lieu.

« Il te couronnera, il te couronnera… »

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La répétition du verbe chez les Hébreux augmente fortement le sens, de même que dans le Psaume :
« Attendant j’ai attendu »,
ce qui signifie une grande anxiété dans l’attente ;
et dans l’Apocalypse 6 :
« Il sortit vainqueur pour vaincre »,
c’est-à-dire très victorieux ;
et en Jean 7 :
« Détruisez ce temple »,
ce que le Psalmiste applique aussi à ceci.

Ainsi :
« Il te couronnera d’une couronne »,
c’est-à-dire il te couronnera d’une insigne tribulation.

Quant au Christ, etc. —
Le lis, parmi les fleurs, est tenu pour très célèbre par la suavité de son parfum ; c’est pourquoi il est fréquemment mentionné dans les Saintes Écritures, et dès l’antiquité compté parmi les principaux ornements.

Exode 25 : des lis sortaient des candélabres ;
3 Rois 7 : les chapiteaux qui étaient sur les colonnes étaient façonnés en forme de lis.
La mer d’airain était entourée d’un rebord en forme de lis.
Judith reçut des lis comme principaux ornements lorsqu’elle allait vaincre Holopherne.
Le lis a une signification multiple :
car les vierges sont des lis parmi les épines, elles qui gardent l’intégrité au milieu des attraits de la volupté et du péché, ainsi que le note Jérôme contre Jovinien.
Basile, Psaume 44.
Bernard, homélies 70 et 71 sur le Cantique.

C’est pourquoi l’Église emploie ce cantique en chantant le Christ dans l’office de la Vierge :
« Qui paît parmi les lis ;
entouré des chœurs des vierges »,
comme les Poètes le chantent aussi :
« Chastes sont les dons des beaux lis. »

L’âme aussi est appelée lis lorsqu’elle, ornée de vertus célestes, se montre digne d’un tel ornement ; ainsi Origène, homélie 2 sur le Cantique ; Grégoire au même endroit ; Bernard, sermon 48 sur le Cantique ; Ambroise sur le Psaume 118.

L’Église encore est dite lis, comme l’explique excellemment Rupert sur le Cantique.
La Glose également, Jérôme sur Isaïe 35 ; Augustin, épître 48 ; Ambroise sur le Psaume 118.

Mais ce qui touche davantage notre sujet :
le Christ est appelé lis, comme l’entendent les Pères lorsqu’il dit :
« Je suis la fleur des champs et le lis des vallées. »
Origène, chapitre 2 du Cantique.

Ambroise, livre sur les Vierges ;
Cyrille sur Jean 12 ;
Rupert sur le Cantique ;
Bernard, sermon 47 sur le Cantique.

Tous disent que ce lis est parmi les épines, mais de manière différente.

Les vierges sont des lis parmi les épines, parce qu’elles conservent l’intégrité au milieu des séductions de la chair.
L’âme, au sens moral, est dite lis à cause du parfum de la charité qu’elle garde au milieu des piqûres des vices.
L’Église est dite allégoriquement lis parmi les épines, parce qu’au milieu des hérésies elle retient toujours la blancheur de la vérité.

Le Christ, cependant, est dit non seulement au sens figuré mais aussi littéral lis parmi les épines, lorsque sa précieuse tête est couronnée d’épines pour notre rédemption.

Et non seulement par les saints prophètes, etc. —
Le bienheureux Prosper, au livre des Promesses, montre que tout ce qui fut accompli dans le Christ avait été annoncé et promis bien des siècles auparavant ; et il affirme que la couronne d’épines du Christ, ainsi que d’autres faits, avaient été prédits dans les Écritures.

Il apporte aussi le témoignage des Sibylles :
« Enfers parleront,
et une couronne d’épines le couronnera. »

De même, Adrien Finus, livre 6 contre les Juifs, poursuit ce point ; et une autre prophétie sibylline dit :
« Il portera une couronne d’épines. »

Et Lactance, s’adressant aux Juifs, dit :
« Insensés, vous n’avez pas reconnu votre Dieu, marchant parmi les hommes mortels ; mais vous l’avez couronné d’une couronne d’épines. »

Pour confirmer davantage l’autorité des Sibylles, on pourrait parler longuement de leur origine, de leur religion, de leur nombre, de leur patrie et de leurs mœurs ; mais, afin de ne pas m’étendre, je renvoie à ceux qui ont traité ces sujets plus amplement : Clément d’Alexandrie dans les Stromates ; Augustin dans la Cité de Dieu ; Eusèbe de Césarée dans la Préparation et la Démonstration évangélique ; Justin dans l’Exhortation aux Grecs ; et Lactance Firmien.

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Xystus (Sixte) recueille plus soigneusement ces témoignages dans le livre I de la Bibliothèque, sous le mot Sibyllae ; et il ne faut pas omettre ici ce que saint Ambroise, dans son commentaire sur la première épître aux Corinthiens, semble avoir pensé : à savoir que certaines choses mauvaises, produites par un esprit mauvais et agité, furent attribuées aux Sibylles, de sorte que l’on peut distinguer dans leurs écrits ce qui est vrai de ce qui est falsifié — comme il en fut pour celles de Rhodes, de Sardes, de Sicile, et d’autres du même genre, dont les vers furent tenus pour adultérés et supposés, ainsi qu’Augustin et Cornelius Tacite en témoignent.

Mais quant aux Sibylles véritables — telles que la Cimmérienne, la Cuméenne, la Persique, l’Hellespontique, la Libyque, la Samienne, la Delphique, la Tiburtine, la Phrygienne, l’Érythréenne — elles furent tenues en grande estime par les Pères. Clément d’Alexandrie, au livre VI des Stromates, rapporte un écrit attribué à l’apôtre Paul :
« Recevez les livres grecs, reconnaissez les Sibylles, comment elles annoncent le Dieu unique, et ce qui devait arriver ; et dans leurs écrits, le Fils de Dieu est proclamé plus clairement et plus ouvertement. »

Alphonse Tostat ajoute, question 5 sur le chapitre 18 du Deutéronome, expliquant ce passage :
« Je susciterai un prophète parmi les nations » — et il identifie les Sibylles parmi celles qui furent suscitées ; il nomme en particulier l’Érythréenne, dont, dit-il, l’Église a canonisé les paroles.

Je n’affirme pas cela avec certitude, mais il ne peut être nié sans raison que les oracles sibyllins possèdent quelque autorité, puisqu’ils ont exposé avec tant de clarté les mystères du Christ Seigneur et les ont annoncés d’avance.

De plus, si l’on considère combien fut atroce la douleur du Christ Jésus, la pieuse réflexion d’Origène est digne d’attention : il affirme que la couronne d’épines, une fois posée, ne fut jamais plus retirée.

Cela toutefois ne paraît ni certain ni sûr, mais plutôt douteux. Car les révélations de la bienheureuse Vierge à sainte Brigitte rapportent que, le Christ déjà suspendu à la Croix, les soldats ôtèrent la couronne d’épines ; puis, au moment de la crucifixion, ils la replacèrent plus étroitement encore. En effet, au livre I des Révélations, chapitre 10, elle dit :

« Lorsque le Christ fut en Croix, ils arrachèrent la couronne d’épines de sa tête, qui s’était profondément enfoncée, de sorte que le sang coulait et remplissait ses yeux. »

Et au livre IV, chapitre 70 :
« Et ensuite, lorsqu’il était sur la Croix, la couronne d’épines fut de nouveau imposée avec violence sur sa tête. »

Au livre VII, chapitre 15, il est plus clairement dit que la couronne d’épines fut remise sur sa tête sacrée au moment de la crucifixion.

Quant à la question de savoir pourquoi, lors de la crucifixion, la couronne n’aurait pas été retirée — certains hommes pieux et religieux ont soutenu qu’elle ne fut pas enlevée, puisque la tunique sans couture ne put être arrachée sans être déchirée — j’estime cependant que cette opinion n’est pas solidement fondée. Francisco Suarez en traite (disput. 35, part. 3, sect. 3), et il ne paraît pas la tenir pour très assurée.

Même si certains ont pensé qu’elle ne fut pas retirée, on ne peut blâmer la pieuse contemplation d’Origène, que défend Anatolius Gislardus (question 195, sur le Dimanche des Rameaux), et qui semble appuyée par Tertullien, livre contre les Juifs, chapitre 3, où il s’approche de cette interprétation.

Il dit en effet que la longue durée de la souffrance exprime davantage la vérité ; et il semble aussi qu’il ne soit pas absolument nécessaire que la couronne ait été retirée, puisqu’elle devait être enfoncée avec une plus grande douleur.

Cependant, si nous reconnaissons qu’elle fut ôtée puis replacée, nous comprenons mieux l’intensité du supplice, puisque les blessures furent rouvertes et aggravées. Ainsi peut-on expliquer les paroles des Pères disant que la tête fut transpercée de mille piqûres et profondément lacérée par la multitude des épines.

Et si quelqu’un demande pourquoi, lors de la crucifixion, ils retirèrent la chlamyde écarlate, mais non la couronne, Eusèbe d’Émèse répond (sur Matthieu 26)…

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afin qu’il parût crucifié comme roi, mais qu’en même temps, par son apparence humble, il montrât qu’il avait volontairement abaissé sa majesté.

Puisque l’on frappa la tête avec un roseau, etc., Cornelius Jansenius, au chapitre 14 de la Concorde, parlant de la couronnement du Christ, dit :
« Ils ne se contentèrent pas simplement de poser une couronne sur sa tête ; mais, comme ils étaient remplis de cruauté et d’une certaine pétulance insensée, ils la pressèrent violemment sur sa tête. »

C’est pourquoi certains notent que Marc et Jean, en disant qu’ils posèrent la couronne sur sa tête, voulurent signifier qu’elle fut enfoncée profondément et fixée avec violence. C’est ce qu’enseigne saint Bernard dans son traité de la Passion, chapitre 30 :
« La couronne d’épines fut tellement pressée qu’elle s’imprima profondément dans la tête sacrée de Jésus. »

En effet, cela convient à la vérité : ceux qui voulaient le frapper ne cherchaient pas seulement à l’insulter, mais aussi à le faire souffrir.

Quant au fait que le roseau aurait servi à enfoncer plus profondément la couronne sur la tête du Christ, nous ne lisons pas cela expressément dans l’Évangile. Nous lisons certes, chez Matthieu 27 et Marc 15, qu’ils frappèrent sa tête avec un roseau ; mais nous ne lisons pas explicitement qu’ils pressèrent la couronne avec ce roseau.

Cependant, si l’on considère attentivement le texte de Matthieu et de Marc, on peut facilement conclure ceci : d’abord ils placèrent la couronne sur sa tête ; ensuite, s’approchant de lui, ils le frappèrent avec le roseau ; il est donc nécessaire d’en conclure qu’en frappant, ils enfonçaient davantage la couronne d’épines.

Les Pères en témoignent également : Athanase dans son sermon sur la Passion ; Jérôme sur Matthieu 27 et Ézéchiel 29 ; Cyrille d’Alexandrie, livre II des Dialogues ; Bernard dans son sermon sur la Passion du Seigneur ; Sérapion dit :
« Non seulement ils frappaient ses mains, mais ils s’acharnaient surtout sur sa tête. »

L’intensité du supplice fut extrême. Quelle fut l’acuité de la douleur du Christ, on peut le comprendre à ce que la couronne d’épines demeura longtemps sur sa tête ; quiconque connaît la nature aiguë des épines peut aisément en juger.

Et si l’on ajoute ce que rapportent les saints Pères — afin d’exciter en nous davantage la piété et l’ardeur de la compassion — saint Laurent Justinien, au livre du Combat triomphal, chapitre 14, dit :
« Ici, par une considération attentive de l’âme, on peut saisir combien fut intolérable la douleur du Rédempteur : la délicatesse de la tête, la sensibilité extrême, les pointes des épines pénétrant jusqu’au cerveau, le sang coulant et effaçant même les larmes par son abondance. »

Il aurait dû mourir transpercé par une telle douleur ; mais il conserva la vie afin de souffrir davantage.

Gilles (ou Gigas), homme très fort, pleura pour des souffrances moindres ; et pourtant le Christ, couronné d’épines, demeura immobile dans son supplice.

Dans un autre sermon sur la Passion, il est dit :
« La mort me semblerait plus supportable que d’être entouré d’une couronne d’épines. »

Saint Bernard, dans son sermon sur la Passion, affirme que sa tête sacrée fut percée de mille piqûres.

Jean Lansperge, Théologien 19, dit :
« Médite combien fut pesante cette couronne, combien elle fut pleine de douleur et de cruauté. »

Car c’était une couronne faite d’épines longues et aiguës, entrelacées de façon à entourer toute la tête et à pénétrer de toutes parts ; non seulement les tempes, mais même le sommet du crâne furent transpercés.

La bienheureuse Vierge ressentit elle-même cette couronne d’épines ; et la bienheureuse Brigitte, au livre I, chapitre 7, dit :
« La troisième lance fut la couronne d’épines, qui s’enfonça si profondément dans la tête de mon Fils qu’elle la couvrit de sang, qui coulait sur son visage. »

Et saint Vincent, dans son sermon sur la Passion, dit :
« Si un seul homme était percé d’épines de cette manière, que serait-ce ? Or le Christ eut toute sa tête déchirée par ces pointes. »

En ce lieu, le lecteur pieux est invité à méditer.
« Va à Jérusalem, et vois le Roi Salomon couronné du diadème que sa mère lui a posé au jour de ses noces et de la joie de son cœur. »

Mais ici, viens et contemple le Roi des douleurs, la tête pleine de larmes et de blessures, quittant la Croix, couronné d’un diadème d’épines ; et vois comment sa Mère très sainte reçoit dans ses mains la tête de son Fils, et complète en elle-même la Passion du Fils, retirant de ses propres mains la couronne d’épines de la tête de son Fils.

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« Épargne, ô pieuse Vierge, de déchirer tes mains très saintes ; il n’est pas dur d’arracher cette couronne, si le sang coule. »

Le diadème d’épines était ainsi enfoncé dans la tête et fixé dans la chair que, lorsqu’elle le retirait de ses mains, les mains de la Bienheureuse Vierge étaient lacérées par les pointes ; et peut-être même, tandis que le sang coulait de ses doigts, retirait-elle avec le diadème une partie du sang du Christ attaché à ces épines.

Lorsque le diadème épineux fut retiré de la tête du Christ, le sang en sortit ; lorsque le diadème fut retiré par les mains de la Vierge, son propre sang se mêla au sang de son Fils, et s’accomplit alors cette parole :
« Le sang a touché le sang »,
car le sang de la mère toucha le sang du Fils.

Qui ne serait pas ému jusqu’aux larmes en contemplant la Mère retirant de la tête de son Fils royal le diadème, et, avec quelle douceur et quelle délicatesse, s’efforçant d’enlever la couronne, de peur de renouveler les plaies, ou d’arracher, en retirant les épines, la chair où les pointes étaient enfoncées ; afin de ne pas élargir les blessures déjà faites, ni rendre plus grandes les perforations des épines, et de retirer les épines sans faire couler davantage de sang ?

Mais quelqu’un objectera peut-être qu’il ne paraît pas certain que la Bienheureuse Vierge ait retiré la couronne d’épines de la tête du Christ.

Cependant, si l’on considère attentivement ce qui a déjà été exposé et confirmé concernant la manière dont le Christ fut descendu de la Croix, on comprendra facilement qu’il est difficile de conclure autre chose que ceci : la Bienheureuse Vierge retira de ses propres mains la couronne d’épines de la tête du Christ.

Car, comme il a été montré plus haut, le Christ fut attaché à la Croix couronné d’épines ; et tant qu’il demeura suspendu à la Croix, la couronne resta sur sa tête. Rien d’autre ne semble pouvoir confirmer ce que nous cherchons à établir, sinon d’expliquer comment et par qui le Christ fut descendu de la Croix.

La manière dont cela se passa est décrite avec exactitude et minutie par la Bienheureuse Vierge elle-même, selon les révélations de sainte Brigitte (livre II, chapitre 21, et chapitre 70), qui rapporte que deux échelles furent appliquées : l’une pour atteindre les pieds du Christ, l’autre son ventre, et une troisième plus longue pour atteindre ses mains.

Un homme monta à l’échelle placée vers les mains du Christ et retira les clous ; un autre, montant à l’échelle placée vers le ventre, soutint le corps du Christ pour qu’il ne tombât pas de tout son poids ; et ceux qui avaient frappé les clous des pieds les retirèrent aussi, soutenant en même temps les pieds et les mains, autant qu’ils le pouvaient, jusqu’à ce que ceux qui soutenaient le corps sur leurs épaules le descendissent progressivement de l’échelle et le déposassent à terre.

Pendant ce temps, la Bienheureuse Vierge, brûlant du désir de toucher le corps sacré du Christ, se tenait près de la Croix, les mains un peu élevées.

Lorsque le corps du Christ put être tiré, elle le reçut sur elle ; et tandis que les autres descendaient de l’échelle, d’autres soutenaient le corps. Alors la Bienheureuse Vierge prit le corps du Christ au milieu, et ainsi trois porteurs très pieux transportèrent le corps du Christ vers une pierre placée près de la Croix, élevée de deux degrés ; sur cette pierre, la très sainte Vierge étendit d’abord le linceul que Joseph lui avait remis.

Lorsque la Vierge, toute tournée vers les choses célestes, reçut enfin le corps du Christ, elle examina les blessures, les arrosa de ses larmes, essuya le sang qui coulait des plaies, ferma les yeux du Christ, comme cela est rapporté dans les révélations de sainte Brigitte (livre I, chapitre 10 ; livre II, chapitre 21 ; livre IV, etc.).

On doit donc croire que la couronne d’épines fut retirée de la tête du Christ après qu’il eut été descendu de la Croix.

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Mais lorsque Isaïe s’écriait :
« En couronne tu le couronneras de tribulation » (Is 22),
on comprend qu’il fut d’abord vu par les yeux du cœur, car vraiment avec les yeux du corps on ne pouvait contempler tant de mystères.

Parmi les prérogatives très excellentes des charismes, par lesquelles l’esprit humain est élevé vers les choses célestes, cette grâce fut accordée aux saints, afin qu’étant remplis de l’Esprit de sagesse, d’intelligence et de conseil, ils puissent recevoir des révélations célestes.

Ainsi, l’Esprit Saint, dans la plénitude de sa grâce, accorda à Élisabeth cette sagesse sublime, par laquelle elle reconnut les mystères très secrets, lorsqu’elle s’écria :
« Et d’où m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? »

De même, les Prophètes, recevant les énigmes divines, comprenaient sous les figures les mystères du Seigneur.

C’est pourquoi, lorsqu’ils parlaient des épines, ils signifiaient souvent les douleurs et les tribulations.

Ainsi :

— « En couronne tu le couronneras de tribulation » (Isaïe).
— « En épines et en ronces » (Genèse).
— « Comme un lis parmi les épines » (Cantique).
— « En Jéricho, parmi les voleurs » (figure des tribulations).
— « L’arbre pris dans les ronces par ses cornes » (figure du Christ, Genèse).
— « Des épines produira la terre » (Genèse).
— « Les épines des pécheurs » (Proverbes).
— « Les épines me percèrent » (Psaumes).

Par ces expressions, on entend souvent les tribulations dont les justes sont entourés.

C’est pourquoi le lecteur doit méditer sur ces épines.

Qui s’étonnerait qu’une telle lutte ait été livrée contre le Nazaréen ?

Que les yeux du corps n’aient pas vu, l’œil du cœur le voit. Car les mystères sont discernés par l’intelligence intérieure, non par la seule vision corporelle.

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Alphonsi Paleoti, Archevêque II de Bologne, Explication de la Sainte Sindone.

La couronne n’encercla pas seulement la tête du Seigneur, mais elle couvrit tout le sommet jusqu’au vertex.

Chapitre XIII

On examine l’exemplaire où est décrite la note G.

Miranti, I. La tête du Seigneur fut, dans la Sainte Sindone, marquée d’une empreinte très nettement visible. Car les épines ne ceignirent pas seulement le front d’un cercle, mais aussi jusqu’au sommet ; d’où il faut nécessairement conclure, puisqu’il apparaît manifestement qu’une couronne fut formée de divers cercles serrés, qu’elle occupa toute la tête ; en quoi tous les Pères s’accordent, mais surtout saint Bernard, qui écrit : Il fallait que sa tête fût blessée de mille piqûres d’épines. Et saint Vincent ne désigne pas autrement la forme de la couronne, et il enseigne manifestement la même chose lorsqu’il écrit : Et la tête, dit-il, on lui imposa une couronne d’épines, qui en soixante-dix endroits environ blessa cruellement la tête, non pas seulement à l’avant, mais aussi à l’arrière. De même la Sibylle avait prédit ceci chez Ézéchiel : Une couronne, dit-elle, sera mêlée à sa tête.  Job annonce aussi la même chose : Il tient, dit-il, mon cou, et il m’écrase. Mais nous concluons clairement que la couronne couvrit toute la tête du Seigneur.

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d’après les paroles de saint Anselme : Mille pointes, dit-il, blessèrent son très précieux sommet. Plus clairement encore sainte Brigitte, dans ses Révélations, confirme la même chose : Le sommet, dit-elle, mon esprit et toute ma tête étaient déchirés par les pointes des épines. De même ailleurs : Et lorsqu’on eut placé, dit-elle, sur ma tête une couronne ensanglantée, et que le sang coulait de toutes parts, etc. Mais outre les témoignages cités, s’ajoute aussi l’autorité d’autres auteurs, qui ont eux-mêmes examiné cette couronne en Gaule ; et ils rapportent qu’elle était composée de plusieurs cercles entrelacés, représentant en quelque sorte la forme d’un casque. Or la tête du Seigneur est contemplée sous la forme représentée par la Sainte Sindone ; ainsi, se trouvant percée par une telle couronne d’épines, elle accomplissait jusqu’au bout la figure de l’Agneau pascal, dont la tête devait être dévorée, comme Dieu lui-même l’avait ordonné.

Quant à ce Roi ainsi couronné, l’Épouse, dans le Cantique, invitait au spectacle lorsqu’elle chantait : Sortez, filles de Sion, et voyez le roi Salomon avec le diadème dont sa mère l’a couronné. Ce passage, saint Bernard l’explique ainsi, en entendant par Salomon le Christ couronné d’épines. Saint Isidore aussi, considérant ces mots « sa mère », dit : Par la couronne dont sa mère l’a couronné, c’est-à-dire la synagogue, il lui fut imposé une couronne d’épines sur la tête. Et pour le Christ accablé de tant de douleurs, il ne suffisait pas d’avoir la tête percée de toutes parts par les épines, les pointes la déchirant avec tant de force, mais encore il fut tourné en dérision et traité indignement par cette insolente troupe de serviteurs : car un roseau fut placé dans ses mains, et revêtu d’un vêtement pourpre, pour marquer une plus grande ignominie, ils le saluaient comme un faux roi ; et lui frappant le visage, ils se moquaient de lui, disant pour railler : Prophétise, qui est-ce qui t’a frappé ? Par cet acte, ils confirmaient la prophétie d’Ézéchiel : Je couvrirai le ciel d’un nuage, et tu ne verras pas la terre, parce qu’il a donné un prodige à la maison d’Israël. De cette figure Samson fut l’image ; David aussi, celui-là lorsqu’il était raillé par les Philistins, celui-ci lorsque Semeï l’insultait.

Mais Jérémie avait prédit bien auparavant ces moqueries du Sauveur : Je me suis fait pour eux en parabole et en dérision.

En outre, que le Christ ait été outragé par les trois insignes royaux, Hugues le Cardinal l’observe : Ils l’ont couvert, dit-il, de Jésus avec la couronne, la pourpre et le sceptre. De cette chose saint Jérôme donne cette raison : Sous le manteau écarlate, dit-il, se cache le sang des nations. Dans la couronne d’épines il a délié l’antique malédiction. Dans le roseau il a frappé les animaux venimeux. Il ajoute encore plus bas : Il tenait un roseau sec dans la main, afin d’écrire le sacrilège des Juifs. À cela saint Hilaire ajoute encore ces très belles considérations.

La tête du Seigneur fut couverte d’un manteau écarlate et d’un vêtement de pourpre, et un roseau fut placé dans sa main droite

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et on l’adorait après lui avoir placé le roseau. Ce qui manifestait bien qu’il était Roi, quoique d’une manière feinte, car les impies Juifs et les cruels licteurs, pensant atténuer ainsi leur ancienne accusation, ne le vêtirent pas de pourpre véritable, mais d’un vêtement écarlate, qui, bien que ne différant pas beaucoup de la pourpre par la couleur, en était cependant plus vil ; et après l’avoir ainsi paré d’une fausse image, ils l’adorèrent comme le Roi des martyrs ceint d’une couronne. Or en ce lieu, celui qui contemplerait la très pure image de la Bienheureuse Vierge, enflammée d’un très ardent amour, pourrait aisément penser combien elle dut être contrainte intérieurement, lorsqu’elle voyait son Fils, le vrai Salomon, couronné d’un diadème, tourné en dérision ; et qu’avec une affection très douce, tandis que les cercles des épines, qui s’étendaient du sommet jusqu’au vertex, le perçaient, elle le considérait avec attention. Alors, voilée de larmes, elle se mit à s’écrier : Elle tenait mon esprit et le brisait. De la tête qu’elle baisait, alors que les blessures ruisselaient de sang, elle désirait essuyer les larmes qui tombaient de ses yeux, laver le sang, purifier les plaies, essuyer les plaies. C’est pourquoi tout lecteur pieux, en contemplant la Sainte Sindone avec un tel sentiment, pourra, avec la Vierge pleurant, et pour une si grande cause, à bon droit répandre des larmes.

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Du frère Daniel Malloni,

élucidations sur la couronne d’épines.

Chapitre XIII

En méditant l’esprit du Seigneur et en examinant son institution, etc., je me propose. 1. Il faut d’abord comprendre ceci : ce n’est pas à nous, très indignes, mais aux anciens témoins de la vérité qu’il appartient de rechercher combien la tête du Christ fut blessée par la nature même des épines ; et si même ces blessures, etc. Car s’il est certain que ces épines furent acérées, comme l’attestent les historiens de la nature, et qu’elles soient venues jusqu’à nous, de là même. La couronne d’épines fut donc cause de blessures, et de blessures très nombreuses. Or, bien que les effets de la Passion du Christ ne soient pas contenus non plus dans son visage, mais que la tête soit visible par le linge, cependant nous confessons que la tête fut blessée. Et puisque nous ne pouvons voir la tête du Christ telle qu’elle fut dans la vie, mais que nous contemplons son image comme dans un miroir, telle qu’elle apparaît sur la Sainte Sindone, il faut donc dire que la forme de la tête du Christ y est représentée, puisque l’on voit de toutes parts les marques des épines qui blessèrent toute la tête, et que le sang jaillissant abondamment s’y manifeste. Or la raison confirme cette image, car si en effet la tête du Christ fut blessée, les plaies et les blessures et l’abondance du sang versé ne peuvent être recueillies ni déduites des seules pointes des épines, ni de leurs blessures, mais des enflures de la tête, par les coups, les contusions, les crachats, et autres sacrilèges de ce genre qu’elle reçut.

Mais si quelqu’un, par l’analyse des sages, etc., pense autrement, qu’il sache que l’on ne peut nier que la tête du Christ fut blessée de nombreuses blessures, et que la couronne d’épines occupait toute la tête ; ce que l’on peut confirmer par l’autorité des Pères. On agit donc ici avec des preuves très claires. En premier lieu, saint Vincent le prophète l’atteste très clairement dans son livre sur les Paraphrases, où il dit : Ils imposèrent sur sa tête une couronne d’épines, laquelle blessa en soixante-dix endroits environ la tête, non seulement à l’avant, mais aussi à l’arrière. Et comme cette autorité confirme que toute la tête fut blessée et ensanglantée, cela, l’œil lui-même le démontre en contemplant la très sainte image de la Sindone, dans laquelle sur la tête du Seigneur j’ai énuméré environ cinquante taches de sang, lesquelles montrent que la couronne d’épines fut placée extérieurement. Jean Gerson, livre I De la Croix, chapitre I, n° 2, qui, dit-il, les épines de la couronne avaient certainement blessé en soixante-dix lieux, certains plus, d’autres moins. J’ai certes vu les marques des épines, qui rapportaient un nombre certain ; j’en ai vu d’autres qui indiquaient un nombre indéterminé. Saint Bernard, sermon sur la Passion du Seigneur, et Chrysostome. Tandis qu’ils contemplaient la tête du Christ, Jean Eck, sermon sur la Passion du Christ, article 4, Confession 5, dit : Il ne faut pas penser que cette couronne ait été faite…

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large et ample, semblable à un casque, et non pas dépourvue de misère, car elle entourait toute la tête avec une douleur très âpre et digne d’être considérée. Philippe Diez, dans son Quarantième sermon de la Passion, appelle la couronne d’épines le casque du Fils de Dieu, qu’il ne faut pas croire avoir été caché pour des raisons humaines ; et il ne dit pas qu’elle fut une tiare pontificale figurée, c’est-à-dire déposée, mais qu’elle fut liée sous le menton. Jean Lanspergius, dans l’homélie 33 sur la Passion, dit : Quant à la douleur que le Christ ressentit, la couronne d’épines entourait sa tête, non seulement circulairement, mais aussi en forme arrondie, couvrant toute la tête à la manière d’un casque. Et plus clairement encore Théophylacte, sur le chapitre 9, dit : Il faut considérer combien douloureuse, combien pleine de tourments fut cette couronnement ; car la couronne était faite d’épines longues et aiguës et pénétrantes, et ainsi entrelacée qu’environnant et perçant la tête de toutes parts, elle la blessait ; et non seulement les tempes, mais encore le sommet furent percés par les épines. Et au livre 3 des Élucidations il ajoute : C’est pourquoi peut-être la couronne n’était pas simplement circulaire, mais placée comme un casque, afin qu’en enveloppant toute la tête elle couvrît le chef de Jésus. À ces choses s’ajoutent les témoignages tirés des révélations faites à la bienheureuse Brigitte au sujet du Christ Seigneur, rapportées par un auteur. Cela est confirmé par la figure même de cette couronne, car elle fut figurée dans la tiare du Souverain Prêtre, qui entourait toute la tête, comme l’enseigne très bien Philippe Diez dans son troisième sermon sur la Passion, où il dit que toute la tête fut entourée d’épines, comme au-dessous et au-dessus.

De plus, on invoque à ce sujet Ézéchiel et Job. Deux passages sont allégués, dans lesquels le mystère de ce couronnement semble avoir été prédit par les anciens. L’un est d’Ézéchiel, l’autre de Job, et les deux ne paraissent pas sans controverse. Certains interprètent le passage d’Ézéchiel comme concernant la Synagogue, d’autres le peuple de Jérusalem, à qui en ce lieu la ruine est annoncée ; cependant il semble que, bien qu’une très grande calamité dût atteindre l’ensemble du peuple, l’affliction de chacun serait telle qu’aucun, se voyant frappé d’un mal proche, ne souffrirait pour un autre, tant la calamité propre à chacun serait reconnue.

D’autres interprètent ces paroles autrement. Faut-il donc rejeter toute cette explication de la couronne du Christ ? Nullement ; car dans l’interprétation multiple des Pères, chacun a suivi ce passage qu’a rapporté Jérôme, disant : Nous viendrons à la synagogue ; le Christ est le Fils de l’homme, etc. Quant au passage de Job, chapitre 16, j’observe combien ces paroles s’accordent opportunément avec celles du Christ, que la glorieuse Brigitte, au livre I des Révélations, chapitre 55, rapporte ainsi : J’ai été percé par des épines à la tête, j’ai été lié à la croix par des clous ; et comme Job dit : Il a tenu ma nuque et m’a brisé ; non seulement avec les doigts, mais aussi avec les épines il a serré mon cou.

Nous confirmons encore la même chose, et ce témoignage doit être tenu d’autant plus ferme qu’en Gaule, bien que la couronne d’épines ne soit pas entière ni intacte, cependant la partie qui y est conservée retient encore la forme d’un casque ; ainsi le rapportent Guillaume Durand, qui en fut témoin oculaire, dans le livre du Rational des offices divins. Or toute la couronne ne se trouve pas dans le trésor du Roi ; cela peut être établi non seulement par le fait que des épines sont conservées dans plusieurs églises, comme à Rome, à Bologne, à Rhodes et ailleurs, comme nous l’avons expliqué plus haut ; mais aussi parce qu’Aimon, livre 3 des Gestes des Francs, chapitre 9, et le Cardinal Baronius à l’année du Christ 561, rapportent ces paroles : Le très bienheureux évêque Germain, venant à Paris pour visiter la ville et se rendant aux lieux de Jérusalem, offrit au prince susdit, c’est-à-dire à l’empereur Justinien, par qui il fut honoré de son sceptre, plusieurs ornements qu’il voulait décorer pour les hommes, homme plein de Dieu, d’or et d’argent, et des reliques très sainteS.

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Se réjouissant de cette dévotion, le prince susdit résolut de conserver comme grand trésor la couronne d’épines très sacrée de Notre Seigneur Jésus-Christ, les autres reliques du linteum, et aussi le bras de saint Georges martyr.

Mais nous concluons clairement, etc. Il y eut une figure manifeste et évidente du Christ en ce que Dieu, dans l’Exode 12, ordonna que fût célébré par un rite solennel l’immolation de l’agneau annuel, prescrivant les cérémonies : et en cet agneau tous les Pères confessent d’un commun accord que le Christ était préfiguré, comme l’enseigne Origène, homélie 24 sur les Nombres ; Jérôme sur Ésaïe 16 ; Grégoire sur le premier livre des Rois, chapitre 7 ; Bède sur l’Exode 12 ; Eucherius sur Luc 14 et 23 ; Cyrille d’Alexandrie, livre 2 contre Julien ; et sur le chapitre premier de Jean, à propos de ces paroles : Voici l’Agneau de Dieu ; Augustin, traité 7 sur Jean ; Rupert également et dans l’Exode ; Chrysostome, homélie 27 sur Matthieu ; Clément d’Alexandrie, Pédagogue, chapitre 5 ; Épiphane, hérésie 8. Et le porte-étendard de cette explication fut Jean l’Évangéliste, qui dit que les jambes du Christ ne furent pas brisées, afin que s’accomplît cette parole : Vous n’en briserez aucun os. Dans l’Exode, chapitre 12, il est dit : Vous mangerez la tête avec les pieds et les entrailles. Les pieds du Christ furent dévorés par les clous, les entrailles par les fouets, la tête par la couronne d’épines, le dos par les coups et les soufflets ; et depuis la plante des pieds jusqu’au sommet il n’y eut en lui aucune santé. Toutefois cette explication paraît un peu sévère si nous disons que la tête du Christ fut dévorée, parce qu’elle fut percée par la couronne et déchirée par les coups. Mais si l’on se rappelle ce qui fut prédit du Christ souffrant, on découvrira clairement et manifestement que cette interprétation est vraie, d’après le psaume 21 : Ils m’ont environné, des taureaux gras m’ont assiégé, ils ont ouvert contre moi leur bouche comme un lion ravissant et rugissant. Et plus clairement encore : Des chiens nombreux m’ont environné, l’assemblée des méchants m’a encerclé. C’est pourquoi, au chapitre 15, il a été montré que cela doit s’entendre du Christ. Ils n’ont pas dévoré le Christ de la bouche ou des dents, mais par la langue, les fouets, les épines, les clous, les soufflets et autres instruments d’impiété, par lesquels le corps du Christ fut très cruellement lacéré et en quelque manière dévoré.

Quant à ce Roi ainsi couronné qu’il faut contempler, Jacques, évêque de Chrysopolis, rapporte dans le Cantique des Cantiques, au chapitre 4, un certain délire des Juifs, qui dans l’explication de ce passage se sont surtout égarés et ont gravement offensé la vérité : car il est dit dans le Midrash Sira, c’est-à-dire dans la glose du Cantique, que Rabbi Ioanna a dit : Pourquoi toute l’Écriture ne mentionne-t-elle pas que Bethsabée ait fait une couronne pour son fils Salomon ? Il est donc admirable de voir ce que signifie : Dans le diadème dont sa mère l’a couronné. Il ne faut donc pas s’attacher à la lettre charnelle ; car celle-ci tue, mais l’esprit vivifie. Salomon est donc le Christ ; en Salomon en effet les Pères reconnaissent la figure du Christ : Origène, homélie 3 sur Josué et homélie 7 sur le Cantique ; Augustin sur les psaumes 71 et 126 ; Bernard dans les Petits Sermons, sermon 6 ; Ambroise sur Luc, chapitre 3 ; Jérôme, épître sur le jugement de Salomon. Il fut donc couronné d’une triple couronne, comme l’expose doctement Alexandre de Turrécremata, livre 5 sur le rayon éclatant de la hiérarchie de l’Église militante, rayon 20. Par la mère, au jour de la conception, la couronne est celle de la clarté royale, puisqu’il est né d’une lignée royale ; par la marâtre, la cruelle synagogue, la couronne est de misère ; par le Père, au jour de la Résurrection, la couronne est de gloire. Rupert, livre 3, chapitre 5 sur le Cantique : Le diadème dont sa mère l’a couronné, c’est-à-dire l’antique Église des patriarches et des prophètes, dont il est la promesse, et de la chair de laquelle il est né. Avant qu’il naquît, sa mère lui fit ce précieux diadème, autorité admirable de la vérité prophétique…

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dont les proclamations sont autant de gemmes, autant de pierres précieuses composent ce diadème de Salomon au jour de ses noces, lequel procède de l’antique figure de l’époux sortant de sa chambre nuptiale, au jour de la joie de son cœur, lorsque, couronné d’épines, il achevait l’œuvre de sa passion, et au jour de la joie de la glorification. À cela s’ajoutent Bernard, sermon 5 de tous les Saints, et le traité sur la Passion du Seigneur, chapitre 4 ; Grégoire sur le Cantique, chapitre 3 ; Ambroise, livre sur l’institution des Vierges.

Et pour le Christ accablé de tant de douleurs, etc. Parmi les maux très graves que le Christ prévit toujours devoir s’abattre sur lui et qu’il annonça, il y eut aussi la dérision constante, comme un grand mal infligé au Christ ; c’est pourquoi Matthieu 20 dit : Le Fils de l’homme sera livré pour être tourné en dérision, flagellé et crucifié. Marc 10 : Ils se moqueront de lui et cracheront sur lui. Luc 18 : Il sera tourné en dérision, flagellé et crucifié. Cette même dérision fut prédite aussi par les Prophètes et même par les devins païens en plusieurs lieux et sous diverses figures. Quant aux Prophètes, leurs oracles sont éclatants : Psaume 108 : Je suis devenu pour eux un opprobre ; ceux qui me voyaient hochaient la tête. Abdias 1 : Tu es devenu extrêmement méprisable. Ésaïe 53 : Nous l’avons désiré, et il n’avait ni apparence ni beauté ; nous l’avons vu, et il n’avait pas d’aspect ; nous l’avons estimé comme un lépreux et frappé de Dieu. Psaume 43 : Tu nous as livrés en opprobre aux nations, en sujet de dérision parmi les peuples. Lamentations 2 : Ils ont ouvert contre toi leur bouche, ils ont sifflé et grincé des dents, ils ont dit : Dévorons-le. Job 27 : Ils ont soufflé sur moi. Ésaïe 50 : Je n’ai pas détourné ma face des outrages ni des crachats. Et plus bas : J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Ce passage François Forerius l’a ainsi traduit de l’hébreu : J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient les poils ; je n’ai pas détourné ma face de l’ignominie et des crachats. Jérémie 3 : Ils frapperont la joue de celui qui les frappe, il sera rassasié d’opprobres. Job 16 : Ils m’ont reproché, ils ont frappé ma joue, ils se sont rassasiés de mes peines.

Quant aux oracles des païens, la célèbre sentence de la Sibylle Érythréenne, rapportée par Lactance Firmien, livre 4 des Institutions divines, chapitre 17, dit : Il donnera son dos innocent aux coups. Et plus bas : Recevant des soufflets, il gardera le silence, afin que personne ne reconnaisse la Parole et d’où elle vient, pour qu’il parle aux morts. Et encore : Il viendra entre les mains des impies et des infidèles, et ils lui donneront des soufflets de leurs mains souillées, et des crachats sur son visage.

Quant aux figures, cette dérision fut figurée en Samson, dont les Philistins se moquèrent ; ainsi Grégoire, homélie 21 sur l’Évangile ; Jérôme sur Job 12 ; Ambroise, livre 2 sur l’Esprit Saint ; Origène sur Matthieu 35 ; Augustin sur le Psaume 50. Elle fut aussi figurée en Job, que des rois tournaient en dérision, à qui il répondait par des paroles composées. Grégoire, livre 1 des Morales, chapitres 23 et 36, et au Prologue livre 11 ; Origène sur Job 2 ; Rupert abbé au même endroit ; Jérôme sur le même passage de Job. Dans Jérémie, dont les souffrances furent figure de la Passion du Christ, ainsi Origène homélie 1 sur Jérémie ; Jérôme au chapitre 1 de Jérémie ; et, pour ne pas multiplier les citations, dans tous les Patriarches et les Prophètes le Christ fut figuré et annoncé, comme nous l’avons montré ailleurs.

Et ainsi, pour que soit reconnue non seulement l’amertume, mais aussi la quantité des dérisions du Christ, celui-ci fut tourné en dérision par les Juifs durant sa vie, dans sa mort, et même après sa mort, sous de multiples formes d’outrages. Durant sa vie, car au commencement du ministère du Christ ils disaient : N’est-ce pas le fils du charpentier ? Et encore : Jean est venu ne mangeant ni ne buvant, et vous avez dit : Il a un démon ; le Fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et vous avez dit : Voici un glouton et un buveur. De plus : Il chasse les démons par Béelzébul, le prince des démons. Et encore : N’est-il pas…

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celui qui blasphème Dieu, qui ne garde pas le Sabbat ? Et encore : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? Louis de Grenade remarque fort bien, dans sa méditation pour le mercredi, que les Juifs appelaient le Christ séducteur, mais les nations le disaient nécromancien : Par Béelzébul, prince des démons, etc. Glouton et buveur de vin, ami des publicains et des pécheurs, violateur de la loi divine. N’est-il pas celui qui ne garde pas le Sabbat ? Démoniaque, tu as un démon. Hérétique, tu es Samaritain. Blasphémateur. Nous avons entendu des blasphèmes. Insensé, c’est pourquoi Hérode le revêtit d’un vêtement blanc. Faux prophète : Prophétise-nous, qui est-ce qui t’a frappé ? Voici un prophète, disaient-ils par dérision. Insolent et téméraire, c’est pourquoi le serviteur le frappa en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au Pontife ? Telles furent les choses de sa vie.

Dans sa mort, ils l’insultaient en disant : Toi qui détruis le Temple de Dieu ! Et encore : Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même. Et lorsque le Christ cria vers son Père en disant : Éli, Éli, lama sabacthani, ils dirent : Voici qu’il appelle Élie ; attendons, voyons si Élie viendra le délivrer. Après sa mort, ils l’appelèrent séducteur en disant : Nous nous souvenons que ce séducteur a dit, etc.

Et non seulement par des paroles, mais aussi par des actes ils tournèrent le Christ en dérision, le frappant de soufflets, de coups, de roseaux, le liant de cordes et de chaînes, crachant sur lui, lui arrachant la barbe, comme on l’a vu plus haut, et enfin le couronnant d’épines, le revêtant d’écarlate, lui donnant un roseau pour sceptre, le dénudant devant le peuple. Cette dérision, les Pères l’ont surtout amplifiée, parce que le Christ, qui dans toute sa vie s’était conduit très honorablement, subit l’outrage le plus infâme dans la cité royale, devant ceux qui le connaissaient, devant ceux à qui il avait manifesté la majesté de sa vertu par des miracles, dont il avait guéri les maladies, dont il avait corrigé les vices ; et même devant tout le peuple juif, pour le salut duquel il avait entrepris le labeur d’une prédication ardue.

En outre, dans les trois insignes royaux, etc. Et comme dans le Royaume on a coutume d’observer avec grand soin les cérémonies, et que, selon la diversité des royaumes et des provinces, diverses institutions ont été établies concernant les rois, Jean Bocus Aubanus en a traité dans le livre intitulé Mœurs de toutes les nations, historien presque universel des institutions des divers royaumes et provinces. Tous reconnaissent trois insignes royaux : la pourpre, le sceptre et la couronne, comme l’enseigne doctement Isidore Molconius, livre 2 sur la Majesté de l’Église militante, chapitre 2.

C’est donc par ces signes principaux que l’impudence des ministres voulut tourner le Christ en dérision : pour la pourpre, ils lui mirent un vêtement écarlate ; pour le sceptre, un roseau ; pour la couronne d’or, une couronne d’épines. Nous avons traité plus haut de la couronne d’épines ; parlons des autres, c’est-à-dire du manteau de pourpre et du roseau. Et si quelqu’un nous objecte que ces insignes royaux — le manteau — n’étaient pas un vêtement royal, mais celui des soldats, car on lit que les soldats portaient la chlamyde et de petits manteaux, comme l’a bien rapporté Cælius Calcagninus, livre 3 des Lettres, épître 1, qui ajoute que la chlamyde était un vêtement militaire porté par-dessus les autres vêtements, usage qui remonte à Numa Pompilius —, nous répondrons aisément à cette objection : si certes les soldats privés usaient de la chlamyde, cependant les rois et les empereurs aussi en portaient ; et bien que les soldats en portassent également, ils ne portaient pas pour autant la pourpre.

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La pourpre en effet fut l’insigne propre des rois. C’est pourquoi, du fait que la chlamyde était pourpre ou écarlate, les Pères reconnurent qu’elle était un ornement royal.

Et quant à la chlamyde écarlate, il me paraît surtout très vraisemblable, selon ce que rapporte Lasius, qu’elle ne fût pas un vêtement neuf dont un roi véritable se serait servi ; car il n’est pas croyable que le vêtement propre d’un roi, tout imprégné du sang du Christ, eût pu être ensuite facilement nettoyé des taches ainsi contractées ; mais il est plus probable que ce fut une chlamyde non pas véritablement pourpre, mais plutôt écarlate, déchirée et usée, qu’ils tirèrent d’un coin obscur de la maison, comme on dit, pour la donner au Christ en dérision. Ainsi la vérité du fait étant probablement éclaircie, recherchons maintenant les mystères.

La Glose ordinaire nous avertit très bien en ce lieu, disant : Parce qu’ils ont fait cela au Christ, ils n’ont rien donné d’autre que ce qu’ils ont fait ; ils ont donné des mystères plutôt que des ornements sacrés.

Athanase explique très soigneusement le mystère de ce fait dans son traité sur la Passion et la Croix du Seigneur ; sa sentence remarquable, digne d’être transcrite en lettres d’or, j’ai décidé de la rapporter ici : Ainsi dit-il : C’est pour cela que le Christ reçut le roseau, lorsqu’il était frappé par eux, afin de montrer qu’il s’était armé contre eux. Car on dit que le roseau est une plante meurtrière, par laquelle beaucoup furent tués. Donc, puisque le Seigneur Sabaoth devait frapper le dragon fugitif et le grand serpent, le diable, par lequel il avait été blessé, il accepta ce roseau comme une arme, afin de terrasser le diable par des choses faibles et de montrer que les forts sont vaincus par les plus forts. Ce que David figura en Goliath, dont il trancha la tête avec sa propre épée. Ainsi le Sauveur, acceptant le roseau d’eux, nous a non seulement délivrés du serpent rusé, mais encore a frappé ce serpent et détruit la mort. Ainsi Athanase. Et plus bas : Le Christ, dit-il, fut frappé au visage avec le roseau, afin d’enseigner à tendre la joue à celui qui frappe.

Et que la gauche frappe ceux qui frappent de la droite, par son exemple il a montré que ce n’était pas impossible. Et afin de tout supporter : il opposait à l’insulte la patience, à la fureur la mansuétude, et à toute malice toute vertu.

Cela s’accorde aussi avec ce que dit Jérôme : Avec un roseau il tue les animaux venimeux. Et ailleurs : Avec le roseau il écrivit le sacrilège des Juifs.

Cyrille, au dialogue 2, dit que le roseau que le Christ tint dans ses mains, et avec lequel les Juifs frappèrent sa tête, signifiait un sceptre vain et fragile, sur lequel nous nous appuyions tous avant de croire au sceptre du Malin. Et ailleurs : Le roseau est un bâton faible, vide et inutile comme sceptre.

Mais saint Ambroise, livre 7 sur Luc, dit : Le roseau dans la main du Christ signifie notre faiblesse, enracinée non dans une matière solide, mais légère et exposée aux vents prospères ; nous sommes proches des coups. Nous sommes des roseaux, et les séductions du monde plaisent à nos lèvres. L’homme, s’il se réjouit de la beauté de la réalité présente, mais ne s’attache pas à la vérité intérieure, doit être ébranlé par tout vent de doctrine. De même le roseau est la mobilité de l’esprit, agité par tout vent, qui tantôt s’incline vers la prospérité, tantôt vers l’adversité. Il fallait donc que le roseau fût dans la main du Christ, afin que tout vent fût réprimé. Ainsi Grégoire, Morales 33, chapitre 4, et homélie 6 sur les Évangiles.

Hilaire, au canon 33 sur Matthieu, dit : Les nations sont le roseau dans la main du Christ ; elles frappent sa tête, parce que, saisissant dans leur faiblesse corporelle la main du Christ, elles recherchent même Dieu le Père, qui est la tête du Christ. Éden leur donne à boire du vinaigre, parce que dans notre corps il a pris nos vices.

Cyrille, au même endroit, entend dans le roseau tenu dans la main du Christ la lettre de la loi, vide si elle n’est pas saisie par la main du Christ. Origène voit dans le roseau par lequel les Juifs présentèrent le vinaigre au Christ les Écritures des hérétiques, qui offrent au Christ ce qui lui est le moins agréable.

Plus loin…

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On pourrait dire encore davantage sur la signification du roseau, ce qui n’a pas été exposé en peu de mots ; mais si tu le désires, outre les passages déjà cités des Pères, lis Jérôme sur Isaïe et dans son épître au Principium, et sur Ézéchiel ; Augustin sur le Psaume 63 et le traité 119 sur Jean ; Arnobe sur le Psaume 67 ; Hilaire au même endroit ; Tertullien contre les Juifs ; Basile dans les Règles brèves, règle 291.

Mais ces explications étant ainsi données, il faut répondre clairement à une certaine objection. Quelqu’un pourrait en effet objecter, d’après ce qui a été dit plus haut, que le Christ fut tourné en dérision dans les trois insignes, à savoir la couronne d’épines, la chlamyde écarlate et le sceptre de roseau ; et même qu’en plusieurs autres choses il parut être l’objet de moqueries : Hérode ne se moqua-t-il pas de lui en le revêtant d’un vêtement blanc ? D’autres aussi, le voilant, se moquaient de lui comme d’un prophète.

Mais, bien que cette objection puisse paraître grave au premier abord, elle ne l’est pourtant pas ; car il n’a pas été dit simplement qu’il fut tourné en dérision dans trois insignes, mais dans les trois insignes royaux ; or le voile blanc n’était pas un insigne royal, encore moins un vêtement royal ; il n’était pas porté par les rois, mais chez les Romains par ceux qui briguaient les magistratures : ils revêtaient en effet des vêtements blancs pour solliciter les suffrages, d’où viennent les mots ambition et ambitieux, et l’on appelait candidats ceux qui les portaient.

On peut ajouter à l’explication exacte du royaume du Christ méprisé par les impies une autre considération : non seulement les empereurs romains tournèrent le Christ en dérision, mais ils méprisèrent même son royaume ; comme le rapporte Eusèbe de Césarée, livre 3, chapitre 14 : L’empereur Domitien, ayant appris qu’il subsistait des descendants de la maison de David, parents du Christ selon la chair, les fit rechercher ; et, les ayant interrogés sur la famille de David et sur le Christ, il demanda quels biens et quelles richesses ils possédaient. Ils répondirent qu’ils n’avaient que deux neveux, fils de Jude, appelé frère du Seigneur selon la chair, et que la totalité de leurs biens n’était que de neuf mille deniers, somme qui ne constituait pas de l’argent compté, mais la valeur d’environ trente-neuf arpents de terre, qu’ils cultivaient de leurs propres mains ; et ils montrèrent leurs mains calleuses et endurcies par le travail, ainsi que leurs membres rugueux et roidis par l’effort. Ils déclarèrent que le royaume du Christ n’était pas temporel, mais spirituel, et qu’il serait manifesté à la fin des temps. Alors Domitien, qui redoutait le royaume du Christ et ses successeurs, les méprisa, jugea qu’il n’y avait rien à craindre, et les renvoya libres.

Une autre dérision fut celle subie par Pierre, prince des Apôtres, à Antioche, de la part des magistrats de la ville, afin de le rendre méprisable et d’ébranler la foi, en lui faisant raser les cheveux de la tête. C’était une très grande ignominie, surtout chez les Grecs, de porter les cheveux courts à la manière des Nazaréens ; mais Pierre se réjouissait d’avoir souffert l’outrage pour le nom de Jésus. C’est pourquoi, lorsque cette tonsure fut introduite comme dérision, elle fut ensuite conservée comme honneur et gloire en mémoire de la couronne d’épines, que le Christ porta durant sa vie ; d’où la tonsure cléricale est devenue un signe de dignité et de gloire. Guillaume Durand en parle dans le Rational des offices divins, livre 2, chapitre 1, et saint Germain dans la Théorie des choses ecclésiastiques.

Or en ce lieu, etc. Cette comparaison avec l’or, par laquelle l’Esprit Saint, dans le Cantique de Salomon, comparait l’Épouse à un lis parmi les épines en disant : Comme le lis parmi les épines, ainsi mon amie parmi les filles, les docteurs l’entendent de divers mystères ; car les sacrements sont pleins de mystère, et l’on ne peut en épuiser toute la profondeur. Mais, de même que dans l’amie on comprend la seconde Anagogie, c’est-à-dire la Vierge, de même dans le lis parmi les épines, certains entendent la tête du Christ entourée d’épines, dont un nouveau rayonnement resplendit, afin que, comme un lis parmi les épines, nous reconnaissions le Christ, comparé au lis pour sa pureté, mais entouré d’épines…

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comme entouré de la plus grande tribulation, honoré et exalté. Ainsi aussi l’amie entre les lis est comprise comme la très sainte Vierge, lis entre tous les lis, affligée et accablée de tribulations lorsque le Roi des lis fut couronné d’épines. Cette couronne fut imposée à la tête du Christ ; la tête de la bienheureuse Vierge fut transpercée de douleurs, elle qui, vivante, souffrit dans son cœur ce que son Fils souffrait dans son corps, et qui, comme morte, mourait avec son Fils.

Et quel cruel spectacle, etc. Ô spectacle très cruel de douleurs et de pitié, tel qu’aucun esprit, aucune larme ne pourrait l’embrasser ! Contemple la bienheureuse Laure Sulpitienne, la bienheureuse Mère embrasée de l’Esprit, et ce qu’elle éprouva lorsque son Fils unique était suspendu à la croix. Elle contemplait le Christ, la Mère très aimante, tandis que les Juifs criaient : Hé, toi qui viens pour détruire le temple ! Elle, près de la source des larmes, près de la mer des misères, pleurait. Aucun médecin ne venait pour guérir ses douleurs, car le glaive prédit avait transpercé son âme ; et elle disait : Ô vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur. Elle aimait son Fils d’un amour très ardent, et, plus encore, la Mère souffrait davantage, elle pleurait avec lui, s’affaissait sous les larmes, se consumait d’affection, prête à mourir avec lui. Ô quel spectacle fut alors dans mon âme, le Fils crucifié, les larmes de la Mère mêlées à son sang !

De cette tête, etc. En ce lieu très élevé contemple la Mère, tandis que la tête couronnée d’épines était frappée, comme Jérémie pourrait bien dire : Qu’ils donnent des soufflets à celui qui les frappe, qu’il soit rassasié d’opprobres. Et encore : Ils ont frappé ma joue. Quant aux prophéties des païens, la Sibylle Érythréenne dit : Ils donneront des coups au dos innocent ; et plus bas : Recevant des soufflets, il gardera le silence. Et encore : Ils donneront des soufflets de leurs mains impies, et des crachats sur son visage.

Quant aux figures, cette dérision fut figurée en Samson, dont les Philistins se moquèrent ; ainsi Grégoire ; en Job, qui fut tourné en dérision par les rois ; en Jérémie, dont les souffrances furent figure de la Passion du Christ. Ainsi le Christ fut annoncé dans tous les Patriarches et les Prophètes.

Que le lecteur pieux lise donc ces choses, et qu’il reconnaisse que le Roi des Anges, lui qui devait être le juge des vivants et des morts, a été couvert d’opprobres, revêtu de pourpre, ceint d’une couronne d’épines, frappé de soufflets et de roseaux ; et qu’il comprenne que, dans le Christ, l’amour a été méprisé, et que, par cet amour méprisé, nous avons été rachetés. Que l’on comprenne dans la couronne l’excès de la charité, dans le sang la constance, dans la pourpre la royauté, dans le roseau la fragilité de notre nature. Immense mystère d’amour ! Si ces choses sont légères à lire, elles sont lourdes à comprendre. Mais si nous reconnaissons les dons reçus, rappelons-les dans notre cœur avec reconnaissance et gratitude.

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Alphonse Paleotti,

archevêque de Bologne,

Explication de la Sainte Sindone.

Des très sacrées blessures imprimées sur le visage ;

de la barbe très sainte de celui-ci, et des coups infligés par les verges en arrondissant les traces.

Chapitre XIV

Que soit examiné l’endroit marqué H sur l’exemplaire.

Les plaies dans cette partie du Suaire, qui indique le dos et montre les reins, sont très nombreuses, descendant depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, lesquelles vers la partie antérieure doivent être ramenées et dénouées par nous.

Donc, par un jugement divin, cette face, qui bien qu’obscurcie, est cependant conservée avec majesté et décorum, la barbe apparaît en de nombreuses parties, et la face elle-même, à cause de la mort, ne paraît pas seulement livide, mais aussi comme humide, et frappée par les coups infligés.

Mais la langue pendante hors de la bouche, depuis la tête jusque vers les yeux, quelqu’un pourrait facilement la distinguer.

Ici, à partir de cette partie du corps, sont tirés plusieurs oracles sacrés et des événements. En premier lieu, au sujet de la barbe d’Isaïe, prédicteur. La Genèse nous est aussi favorable. Quant à ce lieu, Nicolas Lyra l’exposant, bien que l’Écriture, dit-il, n’ait pas dit dans les Évangiles que l’on arracha la barbe, cependant cela peut être fait avec plus de raison, puisqu’il n’a pas été écrit toutes choses.

Mais puisque une très grave ignominie fut infligée au Christ, lorsque ceux-là lui arrachèrent la barbe.

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Cela peut aisément se recueillir des paroles de Clément d’Alexandrie ; car il dit : Ces poils, Dieu les a faits, afin que les hommes eussent en même temps leur usage et leur prudence. Et plus bas il ajoute : Il est impie d’arracher la barbe, qui est très belle par nature, très belle par génération, et noble.

Et lorsque, par les orateurs de David, la moitié de la barbe eut été rasée,  et qu’en cela peut-être fut figurée la marque d’ignominie du Sauveur, nous lisons : Ils furent extrêmement confus. Et celui-ci fit un tel affront, qu’à cause de cette seule injure il suscita la guerre contre les Ammonites, et les effaça par la mort.

Les Prophètes divins aussi annoncèrent que cette face vénérable du Sauveur serait livrée aux outrages. Ainsi Isaïe dit : Je n’ai pas détourné mon visage de ceux qui me reprenaient et me frappaient. Job aussi, prédisant d’avance ces injures et d’autres semblables, dit : Ils ont frappé ma joue en me couvrant d’opprobres. Et lui-même, accablé de tourments et consumé par le deuil, a dit : Mon visage est enflé par les pleurs. Jérémie aussi, lorsqu’il prophétisait qu’il serait frappé à la face, dit : Il donnera sa joue à celui qui le frappe.

Ces coups altérèrent tellement l’apparence première, qu’Isaïe eut occasion de dire : Nous l’avons vu, et il n’avait ni beauté ni éclat ; aussi ne l’avons-nous pas estimé. Il ajouta encore : Nous l’avons vu, et il n’y avait pas d’apparence ; aussi ne l’avons-nous pas estimé.

On voit en outre sur la Sainte Sindone les yeux du Sauveur irrigués de sang, de sorte qu’il fallut nécessairement que son visage fût obscurci, comme Job l’avait prédit : Mes paupières se sont obscurcies. Jérémie aussi dit : Mon œil est affligé.

Car ces yeux très purs du Sauveur, qui jamais ne furent troublés, répandaient très abondamment les rayons très blancs de la clémence et de la piété.

Ils furent inondés d’une eau de douleur, laquelle d’abord au jardin, comme des ruisseaux jaillissants, se changea en sueur, qui, coulant du sommet de la tête, devint comme des gouttes de sang tombant à terre ; et ensuite, de cette même tête, à cause des très dures pointes des épines, ce sang coulant arrosa son visage et ses yeux.

Ce que saint Anselme a peut-être exprimé par ces paroles : En frappant de la lance cette couronne sur sa tête, ils l’enfonçaient de telle sorte que le sang coulait sur son visage.

Il apparaît aussi dans la Sainte Sindone que la bouche du Sauveur fut répandue de sang, tant par le sang coulant de la tête vers le front et vers les yeux, que par le très dur coup porté sur les joues ; et Salomon, à propos d’une bouche ainsi infectée de sang, a chanté de cette manière : Tes lèvres sont comme un ruban écarlate.

Mais lorsque ces bourreaux très cruels ne voyaient pas ses mains se fatiguer à frapper, afin que cette bouche divine tombât, ils employèrent aussi des roseaux, tant pour accroître les douleurs que pour amplifier l’ignominie. Or Michée l’avait prédit : Ils frapperont de la verge la joue du juge d’Israël. Et en ce lieu, par verge, il faut entendre un roseau.

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Il faut entendre qu’il fut frappé tant à la tête qu’au visage, comme l’interprète saint Jérôme : Car, dit-il, n’est-ce pas une insulte faite à la Trinité, lorsque par une verge ou un roseau ils frappent la tête du juge d’Israël, en disant : Prophétise-nous, ô Christ, qui est celui qui t’a frappé ?

16. Donc la face du Sauveur, qui dans la Sainte Sindone apparaît imprimée, et qui montre son propre sang, son image et ses traits, il est certainement conforme à la raison que, puisqu’il a accompli pour nous surtout cet amour immense, nous lui rendions en retour un amour très grand, et que nous vénérions ce bois très saint.

Il n’est donc pas incroyable que ce voile même, que les Romains ne voulurent pas admirer, les fidèles le vénèrent ; puisque sainte Véronique le donna au Christ, et qu’il conserva l’empreinte de cette même face ; par une merveilleuse dispensation, en laquelle son image très manifeste est encore visible.

Cela offre aux lecteurs chrétiens matière à méditer combien la très sainte Vierge Mère fut transpercée de douleur, lorsqu’elle contempla le visage très délicat de son Fils, auparavant caressé, qu’elle avait coutume d’admirer dans les délices, et qu’elle avait l’habitude de contempler avec un regard maternel de piété, désormais défiguré, hélas, par les verges, par les coups, par l’arrachement de la barbe très sainte, n’ayant plus forme humaine. D’où elle aurait pu avec justice s’écrier avec Isaïe : Mon visage est couvert d’opprobres, et mon apparence est changée. Et encore avec Job : Ils ont frappé ma joue.

Mais moi, lorsque je contemple les plaies et le visage déformé, je pleure en me lamentant, et je dis : Ils l’ont frappé de verges et de coups ; mes fils, voyez si jamais il y eut douleur semblable à la mienne.

Si donc le lecteur pieux transfuse en lui-même une part de la douleur de la Vierge, et s’il considère le Christ Sauveur, et cette très sainte face du Seigneur, couverte de sang, où paraissent les traces de nombreux coups, ici en méditant le visage de son Fils défiguré par les plaies et le sang, et en se représentant en même temps les douleurs de la Mère, et en contemplant dans la Sainte Sindone la face du Sauveur, il le pourra facilement.

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Du frère Daniel Malloni,

Éclaircissements sur la couronne d’épines

chapitre XIV

Les plaies dans cette partie de la Sainte Sindone.

Il avait proposé au commencement de l’ouvrage, chapitres 7 et 8, d’examiner la Sindone selon une méthode ordonnée et exacte, afin que, après avoir expliqué les plaies qui, dans la partie postérieure du corps du Christ, sont courbées, celles qui, dans la partie antérieure du corps, sont étendues, soient expliquées.

Donc, par un jugement divin, cette face, etc. Il place ici en ordre curieux le lieu. Car l’auteur, puisqu’en expliquant les plaies qui, dans la partie postérieure du Christ, sont représentées, il a gardé l’ordre en contemplant d’abord les plaies des pieds, puis celles des tibias, des cuisses, des reins, du dos et de l’occiput ; maintenant, suivant cet ordre, il commence à expliquer les plaies de la partie antérieure, d’abord celles qui descendent des régions supérieures. Il faut en effet confesser que ce prudent Antistès s’est proposé, non sans raison, un plan si bien ordonné et si conforme à la nature même de la Sindone, à sa qualité et à sa forme. Car il était nécessaire d’observer l’ordre dans l’explication de la Sindone. Or la forme de la Sindone est telle, et son étendue si grande, qu’elle montre les pieds et la tête du Christ à leurs propres extrémités, puisque le Christ y fut enveloppé tout entier ; de sorte que, dans la Sindone, le corps du Christ occupe l’extrémité de la pièce, et que les pieds répondent à la tête dans la partie médiane, le Christ y étant étendu. Ainsi la Sindone du Christ présente l’effigie infinie de ses membres, de la tête jusqu’aux pieds, lesquels, quoique distants, sont cependant proches l’un de l’autre, parce que les plaies qui sont vers la tête commencent plus tôt que celles qui sont vers les pieds.

 Mais en considérant le sang et le visage du Christ Seigneur défiguré, comme la bienheureuse Vierge Brigitte le rapporte dans ses Révélations, l’âme est frappée de stupeur. Car elle dit : La couronne, adaptée et placée sur la tête de mon Fils, était si dure et si serrée qu’elle descendait jusqu’au milieu du front ; les épines, enfoncées, pénétraient à travers les tempes et jusqu’aux oreilles, et la barbe entière et le visage furent couverts de sang. Et ainsi le Christ souffrit dans sa barbe et dans son visage.

Comme la couronne avait été très solidement imposée, et que les épines pénétraient au milieu du front, très nombreuses et aiguës, et qu’elles étaient fixées profondément à travers le visage et jusqu’aux oreilles ; et que la barbe fut tout entière ensanglantée, et que le sang coulait partout ; et que le Christ fut affligé par des coups très durs, et que son visage fut exposé aux opprobres ;

On peut comprendre, par les paroles des saints, combien la face du Christ fut obscurcie par le sang, les plaies et les coups ; et combien cette face fut changée par le sang.

Isaïe le prophète a écrit au chapitre 50, verset 6 : J’ai livré mon corps à ceux qui me frappaient.

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Il a livré son dos à ceux qui le frappaient, et ses joues à ceux qui les arrachaient ; lui-même traduit ainsi : J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui me souffletaient. Ce passage est expliqué de la même manière par Jérôme et Galatinus, livre 8 des Arcanes, chapitre 13 ; et comme Forerius l’expliquait dans son commentaire, il dit : Du dépouillement des joues il est fait mention dans l’Évangile, et aussi dans Isaïe. Car il fut accablé de toute sorte d’outrages. Le chrétien Adricomius, dans la description de la ville de Jérusalem, n° 57, parmi les autres opprobres dont le Christ fut affligé dans le palais de Pilate et au prétoire des Romains, énumère aussi ceci : qu’il y fut frappé de diverses manières, souffleté et meurtri. En ce lieu, dit-il, le théâtre de la vénération de la Passion du Christ fut élevé pour les chrétiens. Jean Láspergius, au chapitre 24 de la Passion du Seigneur, dit : Le Christ fut flagellé, frappé, et ses joues furent arrachées, sa barbe tirée, et ses cheveux arrachés en grande quantité. Saint Bernard, traité de la Passion du Seigneur, chapitre 38, dit : Une troisième effusion de sang eut lieu dans l’arrachement des joues, puisque nous avons dans l’Écriture le témoignage du Prophète du Crucifié : J’ai livré mes joues à ceux qui les arrachaient, ce qu’il explique comme l’arrachement des mâchoires fait par les mains impies des Juifs, et comme la contrition de la barbe du Seigneur. Il voit aussi que des mains sacrilèges exercèrent cet arrachement de ses joues. Dans un manuscrit très ancien de Théophyle, cité par Ignace et d’autres Pères, comme il est rapporté, on lit : S’élançant vers le visage du Christ, ils arrachaient la barbe et blasphémaient contre lui.

Mais puisque l’arrachement de la barbe a toujours été tenu parmi les hommes pour un grand opprobre, au point que François Forerius, au chapitre 50 d’Isaïe, l’égale à l’ignominie par laquelle on crache au visage de quelqu’un et on lui adresse des paroles outrageantes ; Marc Antoine Ulmius, dans son livre sur la fin de la barbe humaine, section 2, chapitre 4, dit que l’arrachement de la barbe est comparable à la dispersion des cendres des morts, chose tenue pour très infâme ; c’est pourquoi Didon, voulant reprocher qu’aucun des Troyens ni Énée n’eût commis un crime aussi monstrueux, dit : Je ne croirai pas que les Grecs aient brûlé Troie, ni que les cendres de Pâris et d’Anchise soient restées sans sépulture. Ainsi cela fut tenu pour un très grand opprobre, de sorte que non seulement là sa barbe fut arrachée par les soldats, mais qu’elle fut même touchée par les mains d’autres. De quoi nous avons un exemple remarquable chez Tite-Live : Un papyrus fut élevé au milieu de la ville, sur lequel il était écrit que si quelqu’un avait arraché la barbe des Gaulois, il expierait par une amende. Plutarque aussi en fait mention dans la Vie de Camille.

Il ne sera pas inutile de rechercher ici les causes pour lesquelles l’arrachement de la barbe inflige une si grande injure.

DE L’ARRACHEMENT DE LA BARBE, grand opprobre.

Qu’il inflige une très grande douleur. François Forerius, au chapitre 50 d’Isaïe, dit : L’arrachement de la barbe comporte douleur et ignominie insigne, parce qu’elle adhère fortement à la face, les poils étant profondément enracinés dans la chair. C’est pourquoi les parties du corps humain, selon Marc Antoine Ulmius dans son livre sur la fin de la barbe humaine, ont été appelées, dans les fragments sur la fin de la barbe, la partie principale du visage humain. En cela la barbe confère à l’homme une vénération. C’est pourquoi Clément d’Alexandrie l’a appelée un ornement très beau ; Théocrite a dit qu’il est convenable de vénérer un homme à cause de sa barbe. Quant à celui qui arrache la barbe, il fait injure à la vénération même.

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En lui enlevant le témoignage d’honneur et de vénération, on lui inflige injure et ignominie ; c’est pourquoi cela est estimé une grande offense.

En ce que la barbe confère beauté et accroît l’ornement ; c’est pourquoi Clément, comme il a été dit plus haut, l’appelait une beauté naturelle. Pour cette raison Lycurgue ordonnait à ses citoyens de nourrir barbe et chevelure, car ainsi ils devenaient plus beaux, tandis que les difformes devenaient plus horribles. Cicéron, au livre III des Fins, dit : Certaines choses ne sont d’aucune utilité, mais seulement d’ornement, lesquelles la nature elle-même a recherchées, comme dans le paon les plumes multicolores, dans les lions les crinières, et dans l’homme la barbe ; de même que saint Augustin le tient clairement, livre XXII de la Cité de Dieu, chapitre 24, disant : Certaines choses sont placées dans le corps non pour l’utilité, mais pour la beauté ; ainsi l’homme a des mamelles, ainsi le visage a la barbe, qui n’est pas nécessaire, mais ajoutée pour l’ornement, afin que les faces paraissent plus graves et que les hommes soient vus comme plus dignes. Et parce que la beauté est tant recherchée par nous, c’est pourquoi, comme il est écrit chez Augustin, livre VI de la Cité de Dieu, chapitre 1, les anciens élevèrent des temples à la Fortune de la barbe, afin que la barbe leur conférât beauté. Celui donc qui arrache la barbe détruit la beauté ; c’est pourquoi on estime qu’il inflige une très grande injure.

En ce que la barbe longue est un signe d’homme probe et de maturité ; assurément, dans les Apophtegmes laconiques, nous lisons qu’un Lacédémonien, interrogé pourquoi il portait une barbe longue, répondit : Afin que je ne fasse rien d’indigne de ces cheveux blancs. Plutarque aussi, dans la Vie de Phocion, rapporte qu’Alcibiade blâmait un certain Lacédémonien non pour ses mœurs, mais pour la longueur de sa barbe, son sourcil sévère et son visage austère ; lui qui, ayant commis publiquement une faute, avait Phocion pour correcteur, lui enleva cet ornement.

En ce que la longueur de la barbe est un indice de sagesse et de prudence ; Plutarque, au livre I des Adulateurs et des Amis distingués, dit : Si tu veux que l’on te croie sage, aie barbe longue et manteau grossier, et laisse croître ta barbe, et aie toujours en bouche les noms de Pythagore et de Platon. D’où Solon, comme il est enseigné au livre III de la Succession, permit aux sages de laisser croître leur barbe et de ne pas couper leurs cheveux, afin que par cet exemple ils se distinguassent des autres. Pour cette raison aussi nous lisons que les anciens élevaient des temples aux hommes barbus. Nous reconnaissons même d’une certaine manière que c’est conforme à la nature que nous concevions un homme très sage comme muni d’une barbe longue et vénérable. Celui donc qui arrache la barbe enlève la gravité de la sagesse, bien que certains aient chanté le contraire.

Si une promesse fait naître la barbe, qu’elle oblige celui qui l’a faite : Barbatus pose qui Caper esse Plato.

En ce que la barbe est un signe de noblesse ; car, comme l’écrit Jean Boemus des anciens Gaulois, ils étaient tenus pour plus nobles lorsqu’ils nourrissaient leur barbe de telle sorte qu’elle couvrît presque tout le corps ; ainsi celui qui arrache la barbe fait injure à la noblesse.

En ce que la barbe est un signe de virilité et d’ingénuité masculine ; car de même que les mâles dominent toujours les femelles, ainsi la nature, en ornant les mâles d’un ornement excellent, a voulu qu’ils fussent distingués des femelles, comme nous le voyons chez les coqs, les taureaux et d’autres animaux. Celui donc qui, par une marque d’effémination, arrache l’ornement propre à l’homme, lui enlève son ornement viril. De là peut-être Dieu, qui a en horreur ceux qui efféminent leur visage, a dit dans l’ancienne Loi, Deutéronome chapitre 22, que l’homme ne doit pas se vêtir d’un vêtement de femme.

Pour cette raison, d’après Plutarque au livre I, les femmes d’Argos, imitatrices des Amazones, arrachaient la barbe, comme si elles se déclaraient candidates à la profession virile.

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De là Marc Antoine Ulmius, dans le proème de son ouvrage sur la fin de la barbe humaine, affirme que dans l’homme la barbe est le lieu où resplendit au plus haut point la sagesse divine. Il assigne aussi ailleurs cette cause, pour laquelle la coupe de la barbe est jugée injurieuse à l’homme, à savoir que l’ornement propre de la virilité lui est enlevé, et qu’il semble indigne que soit diminué le signe par lequel se propage sa descendance.

Que si parfois nous voyons des femmes barbues, comme à Bologne nous avons vu une matrone d’âge avancé portant barbe, et dans notre siècle l’exemple illustre d’Hélène Antonia, vierge née dans l’archipel de Leucade et élevée par l’illustrissime archiduchesse d’Autriche, née de la très sereine reine d’Espagne, laquelle portait une barbe longue jusqu’au nombril, épaisse, mêlée, de couleur châtain noirâtre. On rapporte aussi que d’autres femmes furent barbues, comme l’atteste Marc Antoine Ulmius au livre sur la fin de la barbe humaine, section 3 vers la fin ; et cela est confirmé par le témoignage manifeste d’Aristote au livre III de l’Histoire des animaux, chapitre 11, de Pline au livre XII, chapitre 39, d’Hippocrate au livre VI des Maladies populaires, d’Avicenne au livre III, Fen. 21, traité 3, chapitre 26. C’est pourquoi le proverbe ancien louait ces femmes barbues, enseignant qu’une femme barbue doit être saluée. Loi de Coelius Rhodiginus, livre IV, chapitre 2, leçon antique.

Nous lisons chez les saints Pères plusieurs autres significations de la barbe : ainsi Jérôme, expliquant Isaïe chapitre 7, « Le Seigneur rasera les poils », entend par la barbe les hommes vaillants et forts ; et au chapitre 15 d’Isaïe : « Toute barbe sera rasée ». Dans la barbe il enseigne aussi que la virilité, qui procède entièrement de la sagesse, est retranchée chez les hérétiques. D’autres entendent dans la barbe les vertus, comme Eusèbe au chapitre 2 du Lévitique, saint Augustin et Arnobe sur le Psaume 132. D’autres encore reconnaissent dans la barbe la force, comme Rupert au chapitre 24 du Lévitique ; et Georges le Vénitien en traite au tome 3, canon 18.

Ainsi donc, pour résumer toutes choses, puisque dans la barbe naturelle les hommes reconnaissent générosité, noblesse et honneur, celui qui enlève la barbe est estimé infliger une si grande injure que même des lois civiles furent établies pour venger cette offense.

Pour toutes ces causes donc, l’opprobre du Christ dans l’arrachement de la barbe fut extrême ; car, outre la douleur, furent détruites sa beauté, sa vénusté, sa virilité, sa force, son estime, sa sagesse, sa probité, sa prudence ; tout cela paraissait lacéré et indigne, alors que ses dons excellents d’âme et de corps brillaient dans le monde. À cause des ignominies que le Christ souffrit dans l’arrachement de la barbe, l’Esprit Saint voulut honorer d’un singulier honneur la barbe du Christ ; c’est pourquoi il révéla à sainte Brigitte une prière dans laquelle il est dit : Seigneur mon Jésus-Christ, qui selon ton âge portas une barbe très belle sur ton visage, je te prie de me donner toujours de vénérer et d’adorer ta barbe vénérable. Amen. Ainsi dans la troisième Oraison révélée.

Puisque ces passages de Clément d’Alexandrie contiennent une sentence excellente à ce sujet, je comprends qu’il vaut la peine de rapporter ici brièvement ses paroles ; car il dit au livre I, chapitre 3 : Ceux qui sont vraiment des hommes doivent se réjouir d’être hommes et d’être appelés libéraux. Et en outre : Les hommes doivent être barbus et chevelus, car cela est naturel ; et de même que Dieu voulut que les femmes fussent glabres, afin que leur seule chevelure fût leur ornement, ainsi il voulut que les hommes fussent ornés d’une barbe, signe de force et d’empire. Les Gaulois de Thrace, qui combattent pour les Gaulois, ornent leurs casques de crinières comme de chevelures. Dieu a donné ces poils aux hommes afin qu’ils eussent une marque de prudence, et afin qu’ils se distinguassent par l’honnêteté et l’autorité de gravité.

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Ces hommes donc sont barbus pour la pompe du siècle ou pour l’imitation des anciens, et pour un certain signe de mortification ; en outre, dans les saints Canons il est expressément prescrit aux clercs de ne pas nourrir barbe ni chevelure ; la nutrition de la barbe ou des cheveux est même opposée à leur rasage ou à leur tonte, de sorte qu’il est dit nourrir la barbe lorsqu’on ne la rase pas, comme au chapitre 2, question 12, etc., et dans le traité De vita et honestate clericorum, et au titre final De Clericis, Clémentines, De celebratione Missae, Extravagantes, Bulle de Sixte V sur l’habit et la tonsure. En outre, afin qu’il ne paraisse pas que dans la croissance des cheveux et la promesse de barbe s’insinuent souvent ostentation, ambition, mollesse et vanité, toutes choses qu’il faut éviter, ceux qui portent barbe ou chevelure doivent y prendre garde.

Mais le rasage de la barbe fut autrefois non seulement pratiqué parmi les hommes de condition vulgaire, mais même chez les Romains, et tenu pour un plaisir : Auguste César se complaisait beaucoup dans le rasage de la barbe ; Scipion l’Africain se délectait à ce point du rasage qu’il se faisait raser chaque jour ; Alexandre aussi, le Grand, aimait à être rasé avec ses soldats, afin que ceux qui portaient longue barbe ne fussent pas saisis par les ennemis et tirés par la barbe dans les combats.

Cependant le rasage de la barbe fut jugé blâmable, puisque certains, comme le rapporte Coelius Rhodiginus au livre IV des Lectiones antiquae, chapitre 2, lorsqu’un homme pour la première fois rasa sa barbe, les autres le poursuivirent de reproches ; ainsi encore l’empereur Hadrien, qui le premier parmi les Césars introduisit la mode de laisser croître la barbe et de la nourrir, fut pour cela grandement honoré ; car les anciens hommes portaient chevelure et barbe longues, et s’abstenaient des rasoirs et des ciseaux ; c’est pourquoi Pline rapporte que…

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les Romains pendant quatre cent cinquante ans furent sans barbiers ; et selon Varron, Publius Licinius Mena fit venir les barbiers de Sicile à Rome.

Cinquièmement, parmi les autres préceptes que Dieu donna à son peuple, on lit aussi au Lévitique chapitre 19 : Tu ne raseras pas ta barbe. Et comme Dieu menaçait de frapper les Juifs d’un grave fléau, il leur prédisait la calvitie au-dessus de tous les indurés ; car la calvitie était portée en signe de deuil, Isaïe 3 : Au lieu de cheveux, la calvitie ; Isaïe 15, 22 ; Jérémie 16, 47, 48 ; Ézéchiel 7 et 27 ; Amos 8 ; Michée 1. Or qui nie que les cheveux et les poils de la barbe apportent le plus grand ornement et la plus grande gravité, lesquels tous les hommes ont reconnus par nature comme des indices de virilité ? Outre Clément d’Alexandrie, Augustin, Cicéron, Théodoret et d’autres, dont nous avons rappelé les sentences plus haut, qui louent merveilleusement la barbe, Muscovius au livre I De Tonsura, Jean Stobée au sermon 6 De intemperantia, Coelius Rhodiginus au livre III des Lectiones antiquae chapitre 25 et livre IV chapitre 2, Marc Antoine Ulmius au livre De fine barbae humanae, Tostatus à la question 25 sur le chapitre 19 du Lévitique. Chez certains elle était tenue pour si vénérable que, pour l’honneur obtenu par la barbe, ils élevèrent un temple à Minerve Barbata. Les Athéniens aussi, comme le rapporte Plutarque dans la Vie de Thésée, avaient coutume d’offrir à Apollon Delphique les prémices de la barbe de leurs adolescents, lorsqu’ils sortaient de l’éphébie.

Mais si nous examinons les raisons de ceux qui parfois condamnent le rasage de la barbe, ou de ceux qui ne réprouvent pas la coupe des cheveux et de la barbe, nous découvrirons aisément qu’ils ne condamnent pas tant le rasage ou l’ornement de la barbe que le luxe excessif et l’affectation vaine ; lesquelles ôtées, le rasage de la barbe, fait pour une fin droite et honnête, ne serait blâmé par personne.

Cependant, surtout chez les moines et les hommes religieux, le rasage de la barbe est louable ; car ceux-là rasent leur barbe pour cette seule cause, afin de rejeter l’ornement et l’éclat du siècle ; renonçant aux choses temporelles, ils rasent aussi leur barbe, afin de montrer que, par amour du Christ, ils ont abandonné non seulement les biens temporels, mais encore eux-mêmes tout entiers au service de Dieu ; au point qu’ils ne veulent même pas consacrer le soin de la barbe ou de la chevelure à une cause quelconque, ni employer le moindre temps hors de l’obéissance de Dieu.

Quant à la tonsure ou au rasage des clercs séculiers et réguliers, cela est également tenu pour louable ; car pour cette cause la tonsure circulaire fut introduite chez les réguliers, comme le rapporte Guillaume Durand dans le Rational des offices divins, au souvenir de la couronne d’épines que le Christ porta pour nous. C’est pourquoi saint Germain, patriarche de Constantinople, dans la Théorie des choses ecclésiastiques, dit : La tonsure de la tête est au lieu de la couronne d’épines ; et saint Pierre, envoyé à prêcher, fut attentif à ne pas plaire aux incroyants, afin de tourner leur injure en honneur du Christ. Universellement tous les clercs, tant séculiers que réguliers, se rasent la tête en mémoire de ce rasage par lequel saint Pierre Apôtre fut rasé à Antioche ; car, comme il s’était rasé le sommet de la tête à cause de l’ignominie, il reçut dès lors ce rasage avec joie, et le conserva perpétuellement comme un signe de gloire, se réjouissant d’avoir été jugé digne de subir une injure pour le nom de Jésus. En mémoire de ce fait, l’Église introduisit chez les clercs la coutume de se raser la tête, comme le rapporte Bède dans l’Histoire anglaise, et Guillaume Durand au lieu cité, et Tostatus à la question 25 sur le chapitre 19 du Lévitique.

Quant à ceux qui veulent nourrir la barbe, cela n’est nullement à réprouver…

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mais plutôt à louer, s’ils le font avec modestie, comme le Christ le fit pour eux, et pour notre salut il descendit des cieux ; et de même que ceux-là furent envoyés à David, ainsi le Christ fut envoyé à son Père ; non toutefois avec une semblable certitude d’apparence, mais afin que, l’autorité des Pères étant acquise, cela fût affirmé avec constance.

Les prophètes divins aussi, etc. Le passage d’Isaïe au chapitre 50 : Je n’ai pas détourné mon visage de ceux qui me reprenaient et me frappaient, Forerius le traduit ainsi : Je n’ai pas caché mon visage aux ignominies et aux crachats. Et non seulement Isaïe a prophétisé cela, mais aussi Job au chapitre 30 dit : Ils n’ont pas épargné de cracher à mon visage. Et l’Église, en la personne du Christ, chante dans Michée : Ils frapperont le juge d’Israël sur la joue. Ainsi le Christ fut souffleté, comme il avait été prophétisé, Matthieu chapitre 26 : Ils le frappaient au visage. Combien grande est l’ignominie si quelqu’un crache au visage d’un autre, le note Alphonse Tostatus au chapitre 25 sur le Deutéronome : Cracher au visage, dit-il, c’est jeter du crachat au visage d’autrui ; et c’est la plus grande confusion et honte que la beauté et la dignité d’un homme, qui resplendissent dans son visage comme image de Dieu, soient ainsi défigurées. Et au chapitre 12 des Nombres, sur ces paroles : Si son père lui avait craché au visage, il dit qu’il y a si grande ignominie à cracher au visage d’autrui qu’il doit être comparé au lépreux ; c’est pourquoi Dieu voulut que ceux qui refusaient de susciter une descendance à leur frère fussent notés d’une infamie perpétuelle et fussent déchaussés et couverts de crachats au visage ; signe d’un très grand déshonneur et d’ignominie. On peut encore raisonnablement conclure cela du fait que le crachat est une excrétion très vile, excitée par les narines et la bouche ; or lorsqu’il est lancé au visage, il souille ce qui est la partie la plus noble de l’homme, le siège et l’emblème suprême de la noblesse, en laquelle résident les sens, et où se trouvent joie, tristesse, colère et tous les mouvements de l’âme.

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Je n’oserais cependant souscrire ici à la manière dont Origène, homélie 35 sur Matthieu, et saint Grégoire, livre 20 des Morales, chapitre 18, expliquent allégoriquement le crachat jeté au visage du Christ, en disant : Cracher au visage du Christ, c’est infliger quelque injure à l’Église, et non seulement la dénigrer en son absence, mais encore la confondre en sa présence.

Job a très clairement représenté la figure du Christ Seigneur, lui qui non seulement par ses paroles, mais aussi par sa passion, préfigura le Christ, comme nous le prouvons plus haut d’après saint Grégoire et saint Jérôme ; lorsqu’il dit donc : En me couvrant d’opprobres, ils ont frappé ma joue, il semblerait peut-être dire quelque chose de nouveau, puisque nous ne lisons nulle part qu’il ait été frappé à la joue par un seul homme, encore moins par plusieurs ; mais il devait parler au pluriel, comme d’une multitude, disant : En m’insultant, ils ont frappé ma joue. Mais parce que cela était dit en la personne du Christ, il faut le reconnaître comme dit du Christ ; ce qui confirme aussi le Psaume 50 : Je n’ai pas détourné mon visage des outrages et des crachats. Là il est écrit : J’ai livré ma joue à ceux qui me frappaient, et je n’ai pas détourné mon visage des confusions et des crachats. Mais Jérémie le dit plus clairement : Il donnera sa joue à celui qui le frappe.

Toutefois, dans l’explication de ce passage, je ne dois pas omettre ce qu’Onchelos le Chaldéen remarquait dans l’élucidation de ce lieu. Il entend cette sentence de Jérémie ainsi : Bonum est viro cum portaverit iugum ab adolescentia sua. Sedebit solitarius et tacebit, quia levabit se super se. Ponet in pulvere os suum, si forte sit spes. Dabit percutienti se maxillam, etc. Il l’expliquait tropologiquement en cette manière : Il est bon pour l’homme d’élever son âme afin de porter le joug dès sa jeunesse ; si donc il lui advient quelque adversité envoyée par le Seigneur, qu’il l’accepte patiemment, qu’il s’humilie et ne désespère pas. Qu’il offre aussi sa joue à celui qui le frappe, supportant l’affliction temporelle et non perpétuelle, et reconnaissant que Dieu ne nous punit pas par sentiment d’âme, mais que nous sommes conduits à cela par la nécessité de nos péchés.

Mais cette interprétation au sens tropologique ne doit pas être rejetée, pourvu toutefois que le sens littéral soit d’abord embrassé ; car les saints Pères entendent ce passage littéralement du Christ : Il donnera sa joue à celui qui le frappe, doit être compris du Christ à la lettre. Ambroise au sermon 10 sur le Psaume 118 : Il donnera sa joue à celui qui le frappe ; et il ne subira pas l’injure, ni ne déclinera la douleur, mais il offrira sa joue à celui qui le frappe. Il dit même que le Christ, en cela, a donné un exemple de patience et a montré par son exemple ce qu’il avait enseigné, Matthieu 5 et Luc 6 : Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Chrysostome, homélie 18 sur Matthieu ; Augustin, livre 1 contre le mensonge, chapitre 15.

Or Jérémie note deux choses en ce lieu. L’une est qu’il ne dit pas droite ou gauche. Cependant le Christ, Matthieu 5, instruisant ses disciples à la perfection de la charité, dit : Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi la gauche. Le cardinal Tolet observe avec finesse sur Luc chapitre 6, annotation 49, que par la droite il faut entendre une légère percussion, par la gauche une plus grave ; car à la droite répond la main gauche de celui qui frappe, et à la gauche la main droite ; et comme la main droite frappe plus fortement que la gauche, il a noté la percussion plus légère dans la droite, la plus grave dans la gauche ; afin que le sens soit que celui qui accepte n’importe quelle injure (car Chrysostome, homélie 18 sur Matthieu, enseigne qu’en la percussion de la joue il faut entendre toute injure infligée) doit être prêt à en supporter une plus grave encore de la part du même ; et Origène ne s’éloigne pas beaucoup de cette explication, livre 14 contre Celse, chapitre 2. Ainsi donc Jérémie, en prophétisant la joue, a voulu nous montrer le Christ…

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tant à la joue gauche qu’à la droite fut exposé aux coups de ceux qui le frappaient. Je remarque en outre que, lorsqu’il nomme la joue, il faut entendre la gravité de l’injure ; car, comme le note Thomas Beauxamis dans son Harmonie évangélique, tome 2, sur Matthieu 5 et Luc 6, « Présente l’autre joue » signifie d’ordinaire une gifle donnée avec mépris ; de même qu’on frappe au visage les femmes et les enfants que l’on méprise. S’y ajoute encore que le coup reçu au visage, où aucun obstacle du vêtement ne retarde l’élan du frappeur, est plus grave et plus sensible même aux regards des hommes ; car souvent le signe du coup, la tumeur et la lividité noirâtre apparaissent sur le visage.

Il y a encore ceci : il dit « à celui qui te frappe », mais ne dit pas frappé par la main, par la verge ou par le bâton. Or que le Seigneur ait été frappé au visage par la main, par la verge et par le roseau, nous pouvons le prouver aisément : qu’il ait été frappé par les mains, Matthieu chapitre 26 l’indique : Et ils le frappaient de leurs poings ; et ailleurs : Ils lui donnaient des soufflets. De même Marc 14, Luc 22, Jean 18 : Alors les serviteurs lui donnèrent un soufflet, disant, etc. Quel passage, médité par Ludovic de Grenade, lui fit dire que le Christ fut frappé au visage par la main armée d’un soldat.

Que le visage du Christ ait été souvent frappé de gifles, nous pouvons le recueillir facilement du texte évangélique : car devant Caïphe, Jean écrit : Alors un des serviteurs donna un soufflet à Jésus, disant : Est-ce ainsi que tu réponds au Pontife ? Matthieu rapporte que, lorsque le Prince des prêtres l’interrogeait, disant : Je t’adjure par le Dieu vivant, etc., ils lui crachèrent au visage et le frappèrent de coups ; là la Glose interlinéaire dit : Ils donnèrent d’autres gifles au Christ. Et lorsqu’il était conduit à la Croix, nous lisons chez la bienheureuse Brigitte, livre 1, chapitre 10, qu’il fut frappé. Ludovic de Grenade exagère tellement l’impiété et la gravité des gifles qu’il dit que les dents du Christ furent ébranlées, sans toutefois être brisées. La bienheureuse Vierge, chez sainte Brigitte, dit que les coups furent si graves que le son même en fut à peine audible, livre 1, chapitre 10, et livre 4, chapitre 70. Et Lanspergius, homélie 33 sur la Passion du Seigneur, dit que toute la tête du Christ fut frappée de coups, et qu’il pouvait à peine supporter la douleur.

Que la face du Christ ait été frappée par une verge, Michée chapitre 5 l’atteste, disant : Ils frapperont de la verge la joue du juge d’Israël. Jérôme joint le roseau à la verge, disant que les Romains frappèrent de la verge et du roseau la tête du juge d’Israël. Jean Maldonat sur Matthieu 26 note que nous lisons : Ils le frappaient au visage ; et le grec ῥαπίζω signifie aussi frapper avec un bâton ou même avec un soulier ; ainsi le visage du Christ fut frappé avec des bâtons, peut-être avec des verges et même avec des chaussures, ce qui était fréquent chez les Juifs.

Ayant donc exposé ces choses selon la vérité historique, si quelqu’un demande ce que cela signifie mystiquement, que nous lisions que des gifles furent infligées aux joues et aux joues du Christ, Grégoire et Rupert, allégoriquement au chapitre 5 du Cantique, disent que cela signifie que, sur les joues du Christ, c’est-à-dire sur ses martyrs, qui furent ainsi frappés par les bourreaux, ils n’hésitèrent pas à répandre leur sang pour le nom du Christ.

Origène aussi, tropologiquement, homélie 35 sur Matthieu, dit que l’on inflige des gifles et des coups au Christ lorsque quelqu’un fait injure à l’Église. La Glose interlinéaire dit : On inflige des coups au Christ lorsque l’on préfère ses propres honneurs, ou lorsque l’on nie que le Christ soit venu, ou lorsque, d’une certaine manière, on s’efforce de repousser sa présence.

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Ces choses donc, touchant la déplorable déformation ou la défiguration du Christ Seigneur, furent décrites avec la même exactitude par le prophète Isaïe, non pour prédire des choses futures, mais comme pour rapporter des faits accomplis ; c’est pourquoi les Évangélistes eux-mêmes ont emprunté à l’ancienne Loi son expression. Mais rapportons d’abord ses paroles ; car au chapitre 53 il dit : Il n’a ni apparence ni beauté ; nous l’avons vu, et il n’avait rien qui attirât le regard ; et nous l’avons estimé comme frappé, comme lépreux et humilié de Dieu ; homme de douleurs et connaissant l’infirmité. Et comme nous l’avons caché comme un objet de mépris, il n’a pas été estimé. Vraiment il a porté nos langueurs, et il a pris sur lui nos douleurs ; et nous l’avons estimé comme lépreux, frappé de Dieu et humilié.

En cette sentence, bien qu’aucune parole ne soit rapportée par les mystiques qui ne nous soit transmise avec grande force, ces paroles cependant, plus que les autres, concernent au plus haut point notre sujet, et doivent être examinées avec le plus grand soin. Premièrement, ce qui est dit qu’il était sans apparence et sans beauté, de sorte qu’il paraissait le plus vil des hommes, selon cette parole : Moi, je suis un ver et non un homme. Secondement, qu’il est dit comme lépreux ; car rien ne pouvait décrire plus expressément la transformation du Christ que cela : en effet, lorsque la lèpre survient, la beauté naturelle est détruite, le visage se flétrit et se défigure ; ainsi dans le Christ, dont le visage fut comme exterminé, nous lisons qu’il fut dit : Il n’a ni apparence ni beauté, et comme caché comme un objet de mépris.

Saint Anselme, dans son dialogue sur la Passion du Seigneur, fait parler la Bienheureuse Vierge ainsi : Il est un peu passé devant mes yeux, mon Fils, et il a souffert tant qu’il paraissait comme lépreux. Et plus loin, parlant de la flagellation, il dit : Mon Fils fut livré aux coups et à la déformation, afin qu’il apparût à tous comme frappé de lèpre. Et au livre 1 des Révélations de la bienheureuse Brigitte, chapitre 27, la Bienheureuse Vierge dit : Surgissant de terre comme un lépreux défiguré, etc. Et au livre 1, chapitre 10 : Ensuite il fut descendu de la Croix, et je reçus mon Fils comme lépreux.

Il ne faut pas passer sous silence en ce lieu que là où nous lisons « lépreux », les Septante ont traduit par « dans la peine » ; Théodotion, selon Jérôme, lisait « flagellé » ; Forerius sur Isaïe : « fait péché pour nous » ; Sanctes Pagninus : « frappé et blessé » ; d’autres : « comme Job, couvert d’ulcères » ; Symmaque, Aquila et Jérôme interprètent « lépreux ». Lactance Firmien au livre IV de la vraie Sagesse chapitre 18, et Hadrien Finus au livre VI contre les Juifs, poursuivent longuement ce passage, lequel est si clair et manifeste qu’il est connu de tous. Eusèbe de Césarée, au livre IV de la Démonstration évangélique chapitre 20, rapporte le même argument, confirmant cette ignominie du Christ décrite par Isaïe par le Psaume 88 : Tu as rejeté et méprisé ton Christ, etc.

Il ne faut pas omettre ici ce que la Glose interlinéaire, dans l’explication de cette sentence, lorsqu’elle lit « comme caché », applique à la divinité du Christ, disant : La divinité était cachée, selon cette parole : Tu es un Dieu caché, et nous ne le savions pas. Jérôme s’émerveille en ce lieu et dit bien : Il n’avait ni apparence ni gloire, mais sa forme était ignoble et défaillante parmi les fils des hommes ; ainsi qu’il est tenu chez les Hébreux : méprisé et le plus vil des hommes. De là vient ce que dit le Psalmiste : Accingere gladio super femur tuum, potentissime, in decore tuo et pulchritudine tua ; ce qui se résout aisément : il était méprisé et ignoble lorsqu’il pendait à la Croix, et fait malédiction pour nous, portant nos péchés ; mais il était illustre et beau d’aspect lorsque, à sa Passion, la terre trembla, les rochers se fendirent et le soleil s’enfuit, les éléments redoutant la nuit éternelle ; de quoi…

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L’Épouse dans le Cantique dit : Mon bien-aimé est blanc et vermeil ; blanc par la plénitude et la pureté des vertus, vermeil dans la Passion. Mais écoutons le Christ lui-même exposant sa propre cause, lui qui fut traité avec tant d’injustice et affligé sans faute ; ainsi parle-t-il à sainte Brigitte, livre des Révélations extraordinaires chapitre 82 : Je suis ce même Dieu dont la voix fut entendue par Moïse dans le buisson, par Jean au Jourdain, par Pierre sur la montagne. Vois et considère ma beauté. Vois-moi dans la Loi ancienne très puissant, et très pauvre dans l’adoration des Mages et l’annonce à l’étoile ; très pauvre lorsque j’étais enveloppé de langes et couché dans la crèche. Vois-moi très sage et très ignorant : très sage, lorsque je répondais aux docteurs ; très ignorant, lorsque je gardais le silence et me laissais conduire comme un agneau. Vois-moi très fort et très faible : très fort dans la Passion, lorsque j’abattis mes ennemis par la seule parole ; très faible dans la flagellation et l’agonie de la mort. Vois-moi très juste et très injustement traité : très juste en vérité, et injustement condamné par un jugement de mort déformé. Vois-moi très pieux et très impie selon le jugement des hommes : très pieux dans la Rédemption et la condamnation des pécheurs ; très impie estimé, parce que j’étais associé aux larrons sur la Croix. Vois-moi enfin très beau sur la montagne, très difforme sur la Croix, parce que je n’avais ni apparence ni beauté. Vois-moi non avec les yeux de la chair, mais du cœur.

Apparaissent aussi dans la Sainte Sindone, etc. Combien abondamment ces choses furent vues dans la Sainte Sindone, outre les autres auteurs, le témoignage oculaire l’atteste ; lequel confirme non seulement la foi, mais excite à la piété et amollit les cœurs jusqu’aux larmes. Témoin en est la Bienheureuse Vierge qui, se tenant près de la Croix, vit ces choses, comme sainte Brigitte le rapporte au livre 1, chapitre 10 : Lorsque la couronne d’épines fut ôtée de sa tête, les épines y étaient si fortement enfoncées que, la tête étant ainsi violemment percée, ses yeux se remplirent de sang. Et plus bas : Affligée et gémissante, elle regarda avec des yeux ensanglantés le visage de mon Fils, et elle me le montrait.

La couronne d’épines fut très solidement imposée sur sa tête, avec de très nombreuses pointes aiguës enfoncées, qui, descendant sur son visage, ses tempes, ses yeux et sa barbe, le remplissaient de sang, de sorte qu’on ne voyait presque rien de lui intact, et qu’on ne pouvait même plus distinguer s’il se tenait près de la Croix, tant le sang jaillissait à cause de la compression des épines.

Le Seigneur lui-même révéla la même chose à sainte Brigitte, lui montrant le mode de sa crucifixion. Ainsi nous lisons au livre 7, chapitre 15 : Lorsque la couronne d’épines fut ôtée de sa tête, et que la tête, très cruellement transpercée, saignait, les yeux furent remplis de sang.

Saint Bernard aussi, traité de la Passion chapitre 39, dit que non seulement des flots de sang coulaient de sa tête, mais qu’ils se répandaient jusque sur son cou et sur son visage très doux. Jérémie semble dire cela du Christ : Mon œil est affligé. Or, en contemplant la Mère au pied de la Croix, voyant les yeux remplis de sang par la pression des épines, elle aurait pu dire : Mes yeux se sont consumés en larmes à cause de la ruine de la fille de mon peuple. Et David au Psaume 37 : La lumière de mes yeux n’est plus avec moi ; alors mes paupières se sont obscurcies ; ce qui est dit par synecdoque, la partie pour le tout.

En vérité, non seulement les yeux, mais aussi les cheveux, la barbe et tout le visage étaient arrosés de sang depuis le sommet de la tête. Ainsi la Bienheureuse Vierge dit au livre 1 des Révélations, chapitre 10 : Ses yeux étaient remplis de sang coulant, ses oreilles étaient obstruées, et toute sa barbe était couverte de sang. Elle répète la même chose au livre 4, chapitre 70, et au livre 7, chapitre 15. Et le Christ lui-même dit à sainte Brigitte, dans le livre des Révélations extraordinaires chapitre 51 : Mon sommet et ma tête entière furent lacérés par la multitude des épines. Le sang coulant et coagulé défigurait tout mon visage, ma barbe, ma bouche et ma langue.

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Quant à ce qui est dit ici de la bouche et de la langue couvertes de sang, la Bienheureuse Vierge l’explique plus clairement au livre 1, chapitre 10 : Sa bouche paraissait ouverte, et sa langue toute ensanglantée. Et au livre 4, chapitre 70, elle dit : Lorsqu’il rendit l’esprit, la langue, les dents et le sang pouvaient être vus par ceux qui regardaient.

Car ces yeux très purs du Sauveur, etc. Deux choses sont à considérer ici. L’une, que nous contemplions la pureté des yeux du Christ ; l’autre, que jamais les yeux du Christ ne se posèrent sur rien sans y exercer la bénignité. La bénignité des yeux du Christ est très expressément décrite par l’Épouse dans le Cantique, disant : Ses yeux sont comme des colombes (Cantique 5), où la Glose et le cardinal Charentis disent : Les yeux sont dits comme des colombes, parce que la colombe est sans fiel et ne regarde jamais d’un œil cruel pour blesser, tuer ou nuire, mais pour aimer.

Que le Christ n’ait jamais posé les yeux sur quelqu’un sans lui conférer aussitôt quelque bienfait insigne, il n’est pas difficile de le prouver. Théophylacte sur Jean 6 dit : Lorsque Jésus leva les yeux, etc. De là, dit-il, nous apprenons que le Christ ne regardait pas seulement ceux qui venaient à lui, mais qu’il les devançait et les prévenait de son regard, afin que son visage ne les trouvât pas offensés. Eusèbe de Césarée, dans la Catena grecque des Pères sur le Psaume 10, à ces paroles : Les yeux du Seigneur sont sur les justes, dit : Lorsque Dieu regarde le pauvre, il le juge digne d’un bienfait insigne ; car ses yeux appellent les nécessiteux. Jérôme, sur ce passage, dit : Les yeux du Christ regardent la divinité du Christ et la condition chrétienne ; et Chrysostome ajoute : Il est un juge vigilant, un donateur prompt, toujours présent, voyant toutes choses ; et surtout il est bon, même envers les méchants, en prévenant ceux qui lui font injure et en procurant des biens à ceux contre lesquels ils agissent. Cassiodore dit excellemment : Bienheureux, dit-il, celui vers qui Dieu tourne ses yeux, car cela est un bénéfice, parce que les ténèbres ne peuvent atteindre celui qui est éclairé par la clarté divine.

Origène reconnaît dans les yeux du Christ tant la bénignité que la justice : la bénignité, en ce qu’il regarde les bienfaits ; la justice, en ce qu’il interroge les fautes par les paupières. « Dans les fautes des amis, il regarde plus attentivement. Comme un aigle au-dessus de son nid. »

Mais confirmons maintenant la vérité de cette doctrine par des témoignages manifestes et illustrons-la par des exemples. Jean 6 rapporte que Jésus leva les yeux et dit : Où achèterons-nous du pain pour que cette multitude mange ? Et lorsqu’il les eut bénis, il distribua cinq pains et deux poissons à cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Marc 8 : J’ai compassion de la foule, car voilà trois jours qu’ils demeurent avec moi et n’ont rien à manger ; et si je les renvoie à jeun, ils défailliront en chemin, car plusieurs sont venus de loin. Et avec sept pains et quelques petits poissons, il nourrit abondamment une grande foule ; et les disciples recueillirent sept corbeilles de fragments. Luc 6 : Ayant levé les yeux sur ses disciples, il leur donna aussitôt les bénédictions célestes. Jean 11 : Il leva les yeux au ciel et rappela Lazare d’entre les morts. Jean 17 : Il leva les yeux et pria pour ses disciples ; et une voix vint du ciel et confirma leur foi. Matthieu 4 et Jean 1 : Il vit des pêcheurs et les appela, les faisant pêcheurs d’hommes. Luc 7 : Il jeta les yeux sur Madeleine, et elle, aux noces des Pharisiens…

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le défendit et lui remit ses péchés. Matthieu 23 : Voyant la ville, il pleura sur elle. Luc 22 : Le Seigneur regarda Pierre, et aussitôt il le poussa aux larmes ; Ambroise dit : Jésus le regarda, il pleura très amèrement. Augustin, De consensu Evangelistarum : Lorsque Pierre était dans l’atrium, le Christ se tourna vers lui ; comment donc Pierre fut-il regardé en face corporelle ? Il me semble, dit-il, que ce regard fut divin.

Au Cénacle, levant les yeux au ciel, il institua le très saint Sacrement de l’Eucharistie, dans lequel, sous l’espèce du pain, il donne son Corps, et sous l’espèce du vin, son Sang, nous laissant le gage suprême de sa charité et de ses bienfaits envers nous. En mémoire de cette institution, nous célébrons aujourd’hui solennellement le jour du Corps sacré du Christ. Mourant sur la Croix, il jeta les yeux sur sa Mère Marie et sur Jean, et confia Jean comme fils à Marie, et Marie comme mère à Jean. Il ne faut peut-être pas omettre ici que le même Christ, avant d’assumer la chair humaine, tourna déjà ses yeux vers Marie, qu’il jugea digne entre toutes. La Bienheureuse Vierge elle-même dit en Luc 1 : Il a regardé l’humilité de sa servante ; et voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse.

Jean Lanspergius, sermon 4 sur la Passion du Seigneur, dit : Le Christ mourant inclina la tête vers sa Mère, comme s’il voulait lui dire adieu. C’est pourquoi ce très pieux Pasteur, énumérant universellement sa doctrine, dit que les yeux très purs du Christ ne furent jamais tournés vers rien sans répandre des rayons de bénignité. Mais quels furent enfin ces rayons ? Écoute Jérôme, livre 3 sur Matthieu chapitre 27 : Un feu divin, dit-il, et comme des éclairs sortaient des yeux du Christ, et la majesté de la divinité brillait sur son visage.

L’eau de douleur fut répandue, etc. Cela s’entend très clairement, comme le rappelle Luc 22 : Sa sueur devint comme des gouttes de sang tombant à terre ; le grec θρόμβοι signifie grumeaux épais. De là ce prudent auteur dit que ces premières eaux de douleur jaillirent de la tête, car la sueur éclata d’abord sur le front et sur le visage, selon cette parole : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage. Jérémie, aux Lamentations 3, dit : Des eaux ont coulé sur ma tête ; et Jérôme explique : Des eaux ont coulé sur la tête du Rédempteur, lorsque les Juifs poursuivaient sa Passion.

Quod quidem D. Anselmus, etc. On ne trouve chez aucun des auteurs classiques que la couronne d’épines ait été frappée sur la tête du Christ par des coups, sinon chez Anselme ; bien que certains disent que la tête du Christ fut frappée avec un roseau. Jean Lanspergius, Théorème 9 sur les bienfaits, dit que la tête du Christ fut frappée par des mains armées, par des poings, par des bâtons et par des verges. Cela est rendu probable par l’autorité de Michée, disant : Ils frapperont de la verge la joue du juge d’Israël. Jérôme dit : N’est-ce pas une injure à la Trinité lorsque les Romains frappent de la verge et du roseau la tête du juge d’Israël ? Le cardinal Charensis entend par verge soit toute la Passion, soit la Croix, soit le roseau, par lequel la tête du Christ fut frappée. Et bien que cela ne soit pas expressément rapporté par les Évangélistes, on peut le recueillir de leurs paroles qu’un roseau fut placé sur sa tête.

Il apparaît aussi dans la Sainte Sindone, Spectacle horrible et digne de larmes, qui inspire une très grande horreur non seulement à ceux qui le voient, mais même à ceux qui l’entendent raconter…

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puisse inspirer au plus haut point que la bouche du Christ Seigneur soit vue ensanglantée non seulement extérieurement mais aussi intérieurement. Qu’on se rappelle ce que révéla la bienheureuse Vierge sainte Brigitte : sa bouche paraissait ouverte et la langue toute sanglante ; la bouche ouverte comme il avait expiré, la langue, les dents et le sang bouillonnant dans la bouche pouvaient être vus. Cela devient plus affreux et plus lamentable si l’on en recherche les causes. Le sang qui arrosa toute la langue ne fut pas celui qui s’écoulait des piqûres des épines sur le visage, mais celui qui intérieurement s’écoulait dans la bouche. Quelle fut donc la cause de cette effusion interne ? Les mâchoires du Christ furent-elles frappées si violemment par coups de poing, gifles, coups, verges, sandales, main armée, que les dents, sans être brisées ni arrachées, furent ébranlées au point que le sang s’écoulât abondamment ? Le Christ dit à Brigitte : « Tes gencives ont été ébranlées » ; « Mes dents et mes joues ont été maltraitées » ; « J’ai été frappé aux dents ». Une gifle fut si violente que les dents furent ébranlées et le sang coula des narines ; l’empreinte des doigts demeura sur la mâchoire, visible, dit-on, sur le voile de Véronique à Rome. Cyrille note que par cette gifle la laideur de notre péché fut guérie. Les pointes très aiguës de la couronne d’épines percèrent-elles le cerveau et d’autres parties, de sorte que le sang tombât dans la bouche ? Ainsi parlent les Pères. Les coups portés à la tête par gifles, roseau, verges, la rendirent contuse et trempée de sang, lequel par les conduits internes descendit vers les cavités cérébrales et de là, par les cavités des écoulements, s’insinua dans la bouche. Marc atteste que sa tête fut frappée d’un roseau ; Jérôme mentionne la verge ; Anselme la lance ; Lanspergius les coups et bâtons. Rien dans l’Écriture n’est sans mystère. Pourquoi le diable poussa-t-il à frapper la tête du Christ d’un roseau ? Parce que le serpent est vaincu par le roseau ; il fut dit : « Elle écrasera ta tête ». Le Christ, semence de la femme, devait écraser la tête du serpent par le roseau ; Athanase dit qu’un sceptre de roseau lui fut remis pour briser les têtes venimeuses. Le diable, craignant cela, préféra frapper la tête du Christ plutôt que la sienne fût frappée par le Christ.

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Les Pères expliquent allégoriquement, disant que ceux par qui la tête du Christ fut frappée d’un roseau sont les Hérétiques, qui alors la tête du Christ par le calame et le roseau frappent, lorsqu’ contre sa divinité par les autorités de l’Écriture ils combattent. Ainsi Bède, Chrysostome, et Théophylacte. 16. Donc, puisque la face du Sauveur, etc. Bien que toutes choses du Christ Seigneur, Sauveur notre, la piété, les bienfaits et son action envers nous au plus haut point exhalent, cela est clairement la bonté de sa nature ; son œuvre est la miséricorde ; il y a cependant certaines choses qui non seulement la charité et la piété montrent, mais l’excellence de la charité et de la piété démontrent : de même que le Père céleste, à cause de son immense charité, par laquelle il nous a aimés, a envoyé son Fils dans le monde, à Tite 3, ce que considérant S. Bernard disait : Charité vraiment immense, qui dépasse toute mesure, franchit toute limite, et surpasse toutes choses. Telles sont certaines œuvres du Christ Seigneur, comme de s’être livré à la mort pour notre salut : Car plus grande Charité nul n’a, que de donner son âme pour ses amis. Et que dans le Très-Saint Sacrement de l’Eucharistie son corps, en nourriture, son sang en boisson il ait offert. Parmi ces choses donc, qui sont des preuves héroïques de son amour immense envers nous, nous comptons aussi ceci, qu’il l’image de sa face peinte de son propre sang, à nous, en quelque manière à contempler en énigme, remettre a décrété. Ce signe de la bienveillance de Dieu envers lui, Moïse le demandait, Exode 33, disant : Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, montre-moi ta face. Lorsque David eût pardonné à Absalon son fils le crime de fratricide, Tu ne verras pas, dit-il, Absalon, ma face. 2 Rois 14. Lorsque cependant Absalon revenu à Jérusalem, la face du Roi voir ne pouvait, il envoya Joab au Roi disant : Pourquoi suis-je venu de Gessur, si la face du Roi je ne puis voir ? mieux m’était-il d’être là-bas : je supplie que je voie la face du Roi. Et si s’il se souvient de mon iniquité, qu’il me tue. Là Tostatus dit qu’Absalon souffrait davantage de ce que de la vue de la face royale il était écarté, que si ou bien, exilé, il demeurait à Gessur, ou même si devant être mis à mort, il préférait être tué plutôt que d’être privé de la vue du Roi. Il plaît en ce lieu, bien que quelques-uns s’écartent du propos, de rappeler un fait illustre d’un très pieux clerc parisien, tiré du livre 3 des Miracles de la B. V., ch. 5, Silvanio Razzio le rapportant, dans lequel, comme dans un très splendide miroir, il nous sera permis de contempler quel est le bienfait du Christ, par lequel sa face à nous, en quelque manière, il daigne montrer ; et combien en nous doit brûler le désir de contempler Dieu. Ce clerc, comme avec la plus grande piété d’âme et la pureté du cœur il honorait Dieu ; ainsi la B. V. très assidu, de contempler son excellente beauté d’un très ardent désir brûlait, et chaque jour, afin que ce bienfait lui fût accordé, plus et davantage la piété de la B. V. par ses prières il sollicitait ; quand voici (car telle est la piété d’une si grande Mère) vers ce très pieux clerc elle envoie un Ange, qui avertit le clerc qu’elle est prête à ce qu’ il a demandé d’accorder, et à lui ouvrir sa beauté, et lui atteste que par les yeux avec lesquels la grâce de sa beauté il aura contemplée, par eux il ne pourra jamais rien voir d’autre, mais par eux captivé, et privé de vue, il deviendra aveugle. Le clerc accepte la condition : ses yeux, même sa vie, perdre prêt, pourvu que la B. V. il voie dans son excellence, et à l’exemple du vieillard Siméon être renvoyé désire en paix, s’il a contemplé le salut de Dieu. Le jour donc fixé, elle vient : la B. V. au clerc, elle-même, et son élégance de beauté très éminente ouvre et montre. Et telle qu’elle aux habitants du ciel se laisse voir, et combien grande elle est d’ordinaire ; Il contemple la céleste et pleinement divine majesté de la Vierge, dans laquelle vue il est retenu, ravi, attaché, se glorifie,

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le Clerc, ayant ouvert les deux yeux pour contempler plus intensément la beauté de la Vierge, la voit disparaître et perd l’œil par lequel il l’avait vue. Il ne pleure pas tant la perte de cet œil que de n’avoir pas contemplé de l’autre aussi la beauté de la Mère. Il supplie de nouveau ; la Vierge consent et promet de se montrer encore. Au jour fixé elle apparaît, ouvre sa gloire et sa beauté ; il est ravi, comme hors de lui. Elle se retire, puis lui rend aussi l’autre œil. Ce fut un signe de la bénignité de la Vierge.

Pourquoi n’attribuerions-nous pas à la très grande charité du Christ qu’il nous ait donné à contempler son image ? Les anges ont désiré contempler sa face. Il donna au roi Abgar un signe de sa bienfaisance en envoyant son image imprimée sur un linge. Pourquoi ne recevons-nous pas l’effigie sacrée de la Sindone comme un insigne bienfait ?

Assuérus montrait sa clémence en présentant son sceptre à baiser ; le Christ nous a offert non une verge ni un sceptre, mais son image à voir et à baiser. Il demeure avec nous jusqu’à la fin du monde, sous le voile du très vénérable sacrement de l’Eucharistie.

La récompense suprême est de voir la face de Dieu dans les cieux ; ici-bas, le commencement de la félicité est de contempler son image. David, Siméon, Moïse, les Prophètes, l’Épouse des Cantiques ont demandé à voir la face. Jérôme dit que la face est le miroir de l’âme.

Reconnaissons donc la bienfaisance du Christ : en nous ouvrant sa face, il nous ouvre aussi ses mystères. Il ne nous appelle pas serviteurs, mais amis, parce qu’il nous révèle ce qu’il a entendu du Père.

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Cette image imprimée sur un linge a été transmise, et son histoire a été rapportée par de nombreux auteurs de très grand renom : Coradus Brunus, Julius Salignanus, Rutilius Benzonius, Bredebachius, Coradus Clingius, Paschasius, Ioannes Eckius, Paulus Grisaldus, Christianus Adricomius. Celui-ci écrit que la maison de Véronique est à Jérusalem : là elle déploya le linge de sa tête pour que le Christ essuyât sa face ; le Seigneur y imprima parfaitement l’image de sa face et le lui rendit comme gage de son amour ; ce linge, marqué de la face du Christ, est conservé à Rome dans la basilique de Saint-Pierre au Vatican et montré au peuple à jours fixes.

Ils rapportent encore que la maison de Véronique est distante de quatre cent trente pas du palais de Pilate, et de quatre cent quatre pas du lieu où la croix fut imposée sur les épaules du Christ. Il est mémorable que, selon Lanspergius, la face imprimée dans ce suaire retient les empreintes des doigts et les montre, lorsque d’une main armée des gifles furent infligées au Christ.

Bernard, contemplant le grand signe de la providence de Dieu, disait : Adam, un seul homme, et une seule femme nous ont nui ; mais par un seul homme et une seule femme tout nous est remis. Le très sage artisan a restauré ce qui semblait perdu, formant un nouvel Adam et retrouvant Ève en Marie. Le Christ, pour restaurer la dignité perdue, s’est anéanti jusqu’à la mort de la croix ; c’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom.

Ainsi la Bienheureuse Vierge s’est humiliée dans la mort de son Fils ; Dieu l’a exaltée et lui a donné un nom admirable, Marie. Ce nom n’est pas le tétragramme ineffable Iehouas, mais il est admirable. Selon la tradition rapportée, les trois dernières lettres du nom Mitatron ont le même nombre que le nom hébreu de Marie, מרים, dont les lettres totalisent 290.

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Ces choses font qu’il soit probable que Marie soit reconnue comme principe des faces. Isaïe dit : « Il n’y a pas d’apparence ni beauté pour que nous le regardions ». Pourtant, l’aspect humain est en elle : dans son front, ses joues, ses yeux étincelants, ses lèvres pourprées, sa bouche délicate, mais aussi les gifles, les coups, les verges, les meurtrissures, le sang et les larmes. Elle dit : « Parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante ; le Puissant a fait pour moi de grandes choses ». Ainsi elle est reine des cieux, des anges, et dans la mort du Fils, reine des martyrs. Contemplant la face du Fils, elle souffre des douleurs ineffables.

De même, lorsque nous contemplons l’image du Christ imprimée sur le linge, nous sommes appelés à des mouvements intérieurs de piété et de larmes. Cette très sainte Vierge a mérité la dignité de médiatrice par son humilité. Elle obtint dans la mort du Fils la contemplation de sa face et y souffrit des douleurs inexprimables.

Ainsi, pieux lecteur, est attendu de toi un affect de piété et un fruit de compassion : imiter les larmes de la Vierge, égaler ses douleurs, proposer devant tes yeux l’effigie sanglante du Christ, méditer ses douleurs comme imprimées dans ton cœur. Lorsque tu ne peux contempler la Bienheureuse de face, regarde son image imprimée sur le Suaire. Mais prends garde : la face du Christ sur le Suaire, la Vierge l’a vue, et Judas aussi l’a vue. Vois donc non seulement par les yeux, mais par l’âme.

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ALPHONSE PALEOTI
ARCHEVÊQUE II.
DE BOLOGNE,

EXPLICATION
DU SAINT LINCEUL.

CHAPITRE XV

Des plaies des bras et de la poitrine du Seigneur, et aussi de la douleur par laquelle, à travers celles-ci, il fut très cruellement transpercé dans le cœur.

Que l’on examine le passage de l’exemplaire, dans lequel la note I. est placée.B,

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 En descendant du très sacré visage vers les bras, et en rassemblant en même temps toutes les plaies de la poitrine, [et] la blessure restante du côté : car de la blessure du côté, comme il convient, puisqu’elle lui fut infligée après la mort, il faudra en traiter en dernier lieu, à cause des bras disloqués, et à cause du sang apparaissant sur les bras, tant dans la partie antérieure que dans la partie postérieure du corps, plaie superposée à plaie.

Cette prophétie de Jérémie, “Ils ont fait de ma peau…”, menée jusqu’à son accomplissement, s’accorde ouvertement avec les faits. De manière semblable aussi, ce qu’Isaïe a prédit : “Le Seigneur a voulu le briser dans l’infirmité” ; et aussi ce que Jérémie a annoncé : “Il m’a placé comme objet de dérision au milieu des peuples”, semble avoir été accompli.

Les bras, en vérité, sont sanglants, ce qui apparaît très clairement dans la Sacrée Sindon par les coups répétés, et par les marques qui apparaissent sur tout le corps.

De même par le sang, qui a coulé de l’enfoncement des clous.

C’est pourquoi la sentence de Job, par laquelle il avait prophétisé spécialement au sujet des bras : “Qu’il consume la beauté de sa peau ; que la mort première consume ses bras”, s’est enfin trouvée confirmée dans la vérité des faits.

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Dans le Bélier, qui pour ce sacrifice, dans lequel Isaac devait être immolé, fut préparé sur la montagne, ils furent désignés par les cornes. Ainsi Bède interprète : Par les cornes, dit-il, du Bélier, nous entendons les bras du Sauveur crucifié blessés au milieu,

Or ce sont là ces signes d’amour, ardemment désirés par l’Épouse, lorsqu’elle demandait : Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras.

Cela en vérité comme signe est confirmé dans les plaies infligées aux bras, lesquelles portent en elles le signe très certain de la charité divine du Christ.

Mais combien, outre les coups de fouets susdits, ces bras furent étendus par force, afin qu’ils atteignissent aux lieux des clous, les nerfs étant distendus : en les étendant ainsi, puisque leur force a été manifestée, ce que David avait prédit, on peut facilement dire que cela a été vérifié : Tu as posé, disait-il, mes bras comme un arc d’airain. Et aussi ceci : Tu disposeras mes mains pour le combat, et tu composeras mes bras comme un arc d’airain. De cet arc en effet fut lancé ce trait, lequel, plus il est tendu, d’un coup plus puissant frappa le front de l’antique Goliath.

Or ces bras, ainsi étendus et ouverts, représentent ces ailes, dont dans l’Évangile le Sauveur dit : Combien de fois, dit-il, ai-je voulu rassembler tes enfants — et il s’était tourné vers la ville de Jérusalem — comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ? Ces ailes certes, si autant de manières qu’elles paraissent déchirées, nous voulions leur ajouter autant de plumes, les méditant dévotement, avec un regard ferme de l’esprit des terres vers les cieux, nous pourrions assurément très facilement nous envoler, et de la contemplation des choses terrestres vers les célestes, élevant l’acuité de l’esprit, et méditant pieusement le Seigneur, qui s’est lui-même à ce point négligé, afin de nous rassembler tous sous ses ailes : nous reconnaîtrons comme conforme à la vérité ce que Malachie avait prédit :

Se lèvera, dit-il, pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice, et la guérison sera dans ses ailes. D’où ce saint prophète : Qui me donnera, disait-il, des ailes comme la colombe, et je volerai, et je me reposerai ?

Mais en descendant vers la poitrine, laquelle en chacune de ses parties apparaît déchirée par les plaies, aspergée de sang, et lacérée par les coups très nombreux de fouets,

et elle était non autrement qu’un certain coffre sacré de tout notre salut, dans lequel, comme saint Paul l’atteste, habitait toute la plénitude de la Divinité corporellement. Cela même fut figuré dans l’arche, laquelle conservée dans le Saint des Saints, comme nous le recueillons de l’Histoire sacrée, et comme saint Paul l’observe aussi, contenait en elle une urne d’or, la manne, que Dieu avait fait pleuvoir du ciel, la verge d’Aaron, qui avait fleuri, et les tables du Testament réunies en un seul lieu.

Car de cette urne sacrée et précieuse est sortie cette manne céleste, dont nous sommes nourris, à savoir sa chair très précieuse, dans le Sacrement de l’Eucharistie.

La verge d’Aaron a fleuri, c’est-à-dire la dignité ecclésiastique et l’autorité, par laquelle la verge est désignée de cette manière ; et les tables du nouveau Testament ont reçu de là toute leur force : puisque de cette poitrine sacrée de la charité divine

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…ayant été embrasées par le feu, ont accompli les figures de l’Ancien Testament et l’ont uni lui-même au Nouveau.

Dans cette poitrine sacrée, ce sacrifice fut accompli, par lequel la très grande colère de Dieu contre nous tous fut entièrement ôtée, c’est-à-dire par ce temple que le Christ, prêtre éternel, offrit, les bras et les mains élevés sur la Croix.

Car ce sacrifice et cette oblation des mains, David les avait auparavant annoncés : “Élévation, dit-il, de mes mains, sacrifice du soir.” Ainsi en effet le bienheureux Isidore appelle un tel sacrifice, lorsqu’il interprète ce passage : “Que ma prière soit dirigée comme l’encens du soir, et l’élévation de mes mains comme un sacrifice du soir.” Le Seigneur, en élevant ses mains, s’est offert lui-même en sacrifice, et nos péchés ont été enlevés.

Mais les coups très cruels répétés, qui apparaissent en cette poitrine, montrent la fureur très insolente de ceux qui frappaient le Sauveur ; ce qui fut prédit par Zacharie : “Ils regarderont, dit-il, celui qu’ils ont transpercé.” Ce passage, les soixante-dix interprètes l’ont rendu ainsi : “Ils tourneront les yeux vers moi à cause de ceux qu’ils ont insultés.” Saint Augustin aussi, joignant les deux versions : “Et ils l’ont insulté, dit-il, et ils l’ont transpercé.” Et cette insulte ne manqua nullement à la Passion du Christ : car, étant arrêté, lié, condamné, revêtu d’un vêtement d’ignominie, couronné d’épines, frappé d’un roseau sur la tête, adoré avec dérision, les genoux fléchis, portant sa Croix, et déjà suspendu au bois, ils l’insultaient. Ainsi, ne suivant pas une seule interprétation, mais les réunissant toutes deux, nous reconnaissons plus pleinement la vérité de la Passion du Seigneur.

Mais en vérité, contemplant plus intimement cette poitrine très déchirée, que saint Jérôme considérait aimée sous les fouets, lorsqu’il disait : “Jésus fut livré aux ministres pour être frappé, et ce corps très sacré, cette poitrine capable de Dieu, ils la déchirèrent par les fouets.”

Cette poitrine, dis-je, figurait ce rational que portait Aaron, souverain prêtre, fabriqué par art de Dieu, sur son ordre : “Le rational, dit-il, sera fait d’un ouvrage brodé, selon le tissu de l’éphod, d’or, d’hyacinthe, de pourpre, d’écarlate teinte deux fois, et de lin retors.” Au-dessous aussi il était dit : “Et tu y mettras quatre rangées de pierres.” En outre il ajoute : “Ils porteront les noms des fils d’Israël.” À cela il ajoute : “Tu mettras dans le rational le jugement de doctrine et de vérité, qui seront sur la poitrine d’Aaron.” Enfin il est dit : “Aaron portera les iniquités de ceux qui auront offert.”

Tout cela, la sacrée Sindon, comme figure de la poitrine du Christ frappée de coups, montre très clairement : puisque en elle apparaît la véritable pourpre, à savoir le sang par lequel nous avons été rachetés ; le tissu des pierres, c’est-à-dire des plaies, qui doivent assurément être estimées comme de véritables gemmes, dans lesquelles sont gravés les noms des fils d’Israël.

Et nous voyons que cette très précieuse cuirasse est peinte de sang, décrite dans la foi comme dans un livre vivant, contenir les fidèles, et ainsi les vrais fils d’Israël.

Mais cette poitrine très sacrée présente la doctrine et la vérité ; la doctrine, certes, en ce qu’elle

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nous instruise tous : et qu’il n’enseigne pas seulement cela, mais aussi que nous opposions en outre notre cœur à ses coups, que nous voyons être dirigés contre nous tous dans le combat spirituel : et que nous reconnaissions que la vérité des oracles des saints prophètes est très véritablement confirmée, ceux qui ont consigné par écrit au sujet du Sauveur, indiquant que le Christ, à ce point méprisé et déchiré à la poitrine, allait se présenter lui-même comme le bouclier du Père éternel, à opposer fortement à ce qui était dirigé contre nous tous.

Et comme Aaron, en offrant, portait les péchés, ainsi aussi Notre Seigneur a pris sur lui les fautes de nous tous et les peines, et nous a réconciliés avec Dieu le Père.

Or cette poitrine ainsi déchirée a été figurée dans le temple mystique : car en lui se trouvaient de nombreux ornements, fabriqués à la manière d’un filet, qui étaient percés de toutes parts. Et si, comme le dit l’abbé Rupert, le Temple portait la figure du Christ : ces plaies si nombreuses nous représentent des ornements réticulés.

Mais les coups dans le cœur du Sauveur montrent que cette douleur a été conduite jusqu’à l’extrémité, au sujet de laquelle David avait auparavant chanté : Mon cœur, disait-il, a été troublé, et la crainte de la mort est tombée sur moi.

De là tous pourront facilement conjecturer combien la très bienheureuse Vierge était tourmentée de douleur, lorsqu’elle contemplait les très sacrés bras de son Fils, de toutes parts meurtris par tant de coups de fouets, déchirés, ensanglantés, et tuméfiés par les meurtrissures. D’où le pieux lecteur, méditant de partager en lui-même les douleurs de la Mère et du Fils, pourra s’écrier avec Job : que de tels bras, ô Christ Sauveur, la mort première-née a consumé, à savoir le péché : du péché, dis-je, la destruction de l’âme, et l’enfantement premier-né de la nature humaine.

Assurément ces bras ont été appelés arcs : car lorsque toi tu contemplais la très sacrée Vierge, cet arc a lancé dans ta poitrine un trait très aigu. De là aussi, en regardant cette très sainte poitrine si misérablement frappée et souillée de tant de sang, on pourra redoubler ces paroles : Ô poitrine, intérieurement certes bienheureuse, mais extérieurement misérable, intérieurement immaculée, extérieurement souillée de sang, poitrine que toi, Très Bienheureuse Mère, as nourrie de ton lait virginal, et que ces très cruels bourreaux, le sang étant arraché par force, ont si cruellement déchirée : poitrine, que lorsque tu l’avais très doucement approchée de toi, ô Très Bienheureuse Mère, comme une certaine arche céleste, elle te procurait la plus grande douceur. Hélas, ce cœur enfermé dans la poitrine, et, comme David l’avait prédit, troublé, alors qu’il aurait dû te procurer consolation, combien, avec le sentiment de douleur, augmente-t-il pour toi-même douleurs et tourments ?

De cette manière, en compatissant à la Mère, le cœur amolli par la piété, il pourra mêler ses larmes aux larmes virginales, et les confondre.

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FRÈRE
DANIEL MALLONIUS
ÉLUCIDATIONS SUR LES PLAIES
DES BRAS ET DE LA POITRINE
DU CHRIST

CHAPITRE XV

En descendant de la très sacrée blessure vers les bras.

La raison de l’ordre adopté exigeait que, après avoir expliqué les meurtrissures, les tuméfactions et les convulsions qui resplendissaient sur la face déifique du Christ, les coups et les plaies, dont le nombre dans la poitrine et les bras du Christ est très abondant, fussent expliqués : c’est pourquoi l’Auteur dit, descendant du saint visage vers les bras, etc.

Mais puisque dans le côté du Christ brille très manifestement la blessure d’amour, laquelle exigeait une explication beaucoup plus remarquable et plus précise, la laissant de côté — car il devait en être traité à la fin de l’ouvrage — il entreprend d’expliquer les plaies de la poitrine et des bras.

Cette prophétie de Jérémie : Il a rendu vieille ma peau.

Ce passage paraît si difficile qu’on trouve à peine parmi les anciens quelqu’un qui interprète ce passage dans le sens où le pieux Pasteur l’a expliqué. Et il est très étonnant que tous les Interprètes comprennent tant les choses précédentes que les suivantes comme dites littéralement du Christ, comme accomplies en son propre corps. Comment il a vu dans sa pauvreté sur la croix, qui est la verge d’indignation ; comment il a menacé dans les ténèbres et non dans la lumière, étant conduit captif ; comment il a été bâti en cercle avec des briques, des justices et des armes ; puis, lorsque la clause intermédiaire arrive à ces choses, il a estimé qu’elle devait être expliquée seulement mystiquement :

Mais pour ce qui est de l’expliquer littéralement du Christ, comme accompli en son corps, il est rare qu’on en trouve un qui l’explique ; la Glose ordinaire, par une interprétation tropologique, disant : Ici l’âme se plaint de la vétusté du péché, et non la peau, mais la peau infectée par la vétusté à cause de la race du péché d’Adam. Et elle applique de nouveau une explication allégorique au Christ, dont on dit que sa peau est vieillie dans ses membres, et qu’elle a été frappée par les verges.

Presque la même chose est rapportée par Rupert, livre 1 sur la Trinité et ses œuvres, sur Jérémie chapitre 60. Jérôme explique cela au sujet du peuple des Juifs, lorsque par la faim et le labeur sa peau est devenue vieille et desséchée. Lyranus explique tout ce chapitre en la personne de Jérémie, lorsqu’ayant été jeté dans une fosse, pressé par l’affliction et la faim, sa peau est ainsi devenue vieille.

Or, parce qu’il paraîtrait trop dur si toutes les choses précédentes et aussi les suivantes étaient entendues littéralement du Christ, tandis que celles qui sont contenues dans la partie intermédiaire ne seraient pas entendues du Christ, et beaucoup plus dur encore si une autre sentence semblable dans Job chapitre 30 est lue et entendue du Christ, où il est dit : Ma peau est devenue noire sur moi, et mes os ont séché par la faim ; il faut donc adopter une autre explication littérale, que notre Docteur insinue en ce lieu, et que déjà avant lui avait transmise Hugues, Cardinal de Saint-Cher, disant : Il a rendu vieille ma peau par l’assiduité des coups, et par les cicatrices des blessures. Il a brisé mes os, comme pour dire : je suis entièrement broyé, au point que je souffre même dans mes os. Il est donc dit que la peau a été rendue vieille, métaphoriquement, à partir du vêtement, qui par vétusté se déchire

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elles sont déchirées et perforées ; puisque donc la peau du Christ fut lacérée, fendue et percée de toutes parts par les fouets, et que ses os furent brisés, c’est pourquoi il est dit qu’elle fut rendue vieille. Afin que nous voyions comment toute la peau du Christ a été fendue par les fouets, qu’on rappelle ce qui a été dit plus haut, chapitre 5, au sujet de la flagellation du Christ Sauveur, nous le rapportons.

Nous croyons en effet que dans les fouets par lesquels le Christ était violemment frappé, des pointes et de petits crochets étaient fixés, par lesquels la peau était déchirée ; mais qu’on ajoute le témoignage de la Bienheureuse Vierge Brigitte parlant ainsi livre 6, chapitre 20 : Afin que l’âme, dit-elle, du Christ, échauffée par la douleur, soit fréquente dans la pensée de la considération de la Passion de mon Fils, comment il fut flagellé jusqu’aux parties intérieures, de sorte que la chair était arrachée avec les fouets. Comment, tous les nerfs étant coupés et perforés, il se tenait sur la Croix. Et livre 4, chapitre 70 : Les fouets munis de pointes, les pointes étant enfoncées et retirées, non arrachées mais soulevées, tout son corps était lacéré. Et livre 1, chapitre 10 : Je vis son corps frappé et flagellé jusqu’aux os, de sorte que ses os étaient visibles. Et lorsque les verges très amères étaient retirées, les chairs suivaient les fouets. Tu as ceint mes reins tant de fois ensanglantés, je me tenais ainsi tout lacéré, de sorte qu’il ne restait en lui aucune santé, ni rien qui ne fût flagellé, etc.

Il a donc pu dire avec raison : Il a rendu vieille ma peau, il a brisé tous mes os. Ce passage, la Glose interlinéaire l’examinant, ajoute : Qui ne compatirait à un si malheureux. Car le Seigneur est venu dans l’infirmité ; en effet il a été broyé à cause de nos crimes, par ses meurtrissures nous avons été guéris ; choses si ouvertes et accessibles à tous qu’elles n’ont pas besoin d’explication plus précise.

Les bras sont en vérité ensanglantés, ce qui apparaît très clairement dans la sainte Sindone à partir des blessures répétées. Quelle est l’intention de l’Auteur dans ce chapitre, à savoir qu’il nous propose les bras du Christ mis en pièces et la poitrine, lesquelles toutefois jusqu’ici paraissaient pouvoir être adaptées à tout le corps du Christ comme à ces précédents, mais ce qui suit est propre aux bras et à la poitrine.

Bien plus encore à partir du sang qui a coulé de l’enfoncement des clous, etc. Il semble mémorable que Läsergius a enseigné que les clous par lesquels le Christ fut fixé à la Croix furent si épais qu’ils remplirent les plaies des mains, de sorte que le sang ne pouvait sortir, jusqu’à ce que tout le poids du corps fût supporté par les mains ainsi fixées. Car alors, sous le poids du corps, les plaies des mains s’étant relâchées, le sang jaillit en coulant hors des blessures.

D’où la sentence de Job, par laquelle surtout au sujet des bras il a prophétisé, etc. Que la mort première-née dévore sa beauté, la mort première-née consumera ses bras. Ce passage est très difficile, et controversé, et la difficulté est multiple.

Premièrement, parce que ces paroles n’ont pas été dites par Job, mais par Baldad le Suhite.

Deuxièmement, parce que Baldad ne parle pas du Christ, et ne poursuit pas ses douleurs comme une calamité, mais plutôt il énumère les événements mauvais et les infortunes adverses d’un homme impie.

Troisièmement, parce que là même il reprend Job, lequel, alors qu’il était affligé par Dieu, ou même frappé d’un ulcère très mauvais par le démon, Dieu le permettant, proclamait néanmoins qu’il était juste. Baldad le reprend donc ici, afin que, du fait que Job souffre les châtiments d’un homme impie, il en conclue qu’il n’est pas innocent.

Quatrièmement, parce qu’il ne semble pas pouvoir être dit que la mort première-née ait dévoré les bras du Christ ; car saint Grégoire, tant au livre 18 des Morales, chapitre 18, qu’au livre 27, chapitre 15, et Hugues le Cardinal, entendent par mort première-née l’orgueil, qui est la racine de tous les péchés ; c’est pourquoi il est appelé mort première-née. Or l’orgueil ne ronge pas les bras du Christ, car le Christ n’a jamais été mordu par l’orgueil, lui qui disait : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Si l’on considère l’interprétation de saint Jérôme en ce passage, encore moins le lieu pourra être entendu du Christ : car il a compris par mort première-née le Diable, parce que par lui-même la mort est entrée pour la première fois dans le monde. Toutefois cependant ici il doit être entendu du Christ : car, comme il a été montré plus haut au chapitre 7 en détail,

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il est certain que les choses dites de Job doivent être entendues du Christ ; de même aussi celles qui sont lues en ce lieu doivent sans doute être entendues du Christ.

Mais afin que soit expliqué clairement et distinctement comment ce passage doit être entendu du Christ, il faut d’abord éclaircir ce qu’on appelle la mort première-née. L’autorité en est saint Jérôme au chapitre 6 de Michée, que dans chaque genre on appelle première-née ce qui, dans chaque genre, est le meilleur ; c’est pourquoi Augustin Eugubinus a très bien noté en ce passage de Job que la mort première-née est dite celle qui, de toutes, comme étant la plus pénible et exécrable, ainsi la plus odieuse, funeste, horrible et terrible, paraît telle : telle fut donc la mort du Christ sur la Croix, laquelle porta avec elle les plus grandes douleurs de toutes, laquelle déversa toute la rage contre le Christ.

Mais puisque chez Jean dans l’Apocalypse livre chapitre 2 nous lisons une double mort, à savoir la première et la seconde : la première mort est la mort du corps en cette vie. La seconde mort est la mort de l’âme dans l’autre vie, c’est-à-dire en enfer, comme le même Jean l’indique ouvertement dans l’Apocalypse chapitre 20 lorsqu’il dit : Et l’enfer et la mort furent jetés dans l’étang de feu, c’est là la seconde mort. Et chapitre 21 : Leur part sera dans l’étang brûlant de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.

La mort première-née sera donc dite de la première, ou de la seconde ? En vérité elle sera dite de la première, qui est la mort du corps ; car là Baldad énumère les calamités qui arrivent à l’impie en cette vie même.

À qui donc appliquerons-nous ce qu’est la mort première-née ? Il apparaît clairement d’après ce qui a été dit que la mort infligée au Christ est véritablement première-née, non seulement parce qu’elle fut la plus amère et la plus exécrable de toutes, mais aussi parce qu’elle a retranché le véritable premier-né parmi beaucoup de frères ; et montrons que les choses qui étaient objectées en premier lieu ne font pas obstacle à l’interprétation de l’auteur.

Quant à la première objection, nous concéderons volontiers que ces paroles ne furent pas celles de Job mais de Baldad le Suhite ; cependant il a prononcé une sentence

qu’il faut entendre du Christ, comme aussi Balaam et Caïphe ont prononcé certaines choses au sujet du Christ, quoique de manière perverse.

Quant à la seconde, il est vrai que Baldad poursuit les calamités d’un homme impie afin aussi de reprendre Job, qu’il tenait pour inique. Mais le Christ n’a-t-il pas été compté parmi les impies, lui que quelqu’un tenterait de convaincre d’impiété, lui qui a pris nos âmes et porté nos langueurs, qui a été broyé à cause de nos crimes, qui a porté nos péchés en son corps sur le bois de malédiction, afin de nous délivrer, nous qui étions sous la malédiction ?

C’est pourquoi ces choses aussi, non seulement celles que Job disait de lui-même, doivent être célébrées en la personne du Christ ; mais même celles qui étaient dites par d’autres contre Job doivent être reçues comme dites contre le Christ. Et ainsi toute difficulté qui était soulevée dans les objections précédentes est facilement résolue en peu de mots.

Les bras déchirés dans les cornes du bélier, etc. Ce n’est pas une interprétation nouvelle si nous interprétons mystiquement le bélier comme le Christ selon l’humanité. Car les saints Pères ont transmis partout cette interprétation. En effet, comme le bélier était offert en victime, ainsi le Christ.

Si la tête du bélier est retenue par les épines, ainsi la tête du Christ est ceinte d’une couronne d’épines ; si Isaac est sauvé de la mort, le bélier cependant est aussitôt tué ; parce que, bien que la divinité du Christ n’ait pas goûté la mort, l’humanité toutefois a assumé la mort.

C’est pourquoi les Pères ont reconnu dans le bélier la figure du Christ : Origène homélie 8 sur le Lévitique, la Glose interlinéaire et ordinaire sur le passage de la Genèse 22 et sur l’Exode chapitre 29 ; Eusèbe chapitres 5 et 6 du Lévitique ; Ambroise sur Abraham ; Basile sur le Psaume 33 ; Augustin livre des Questions sur l’Exode question 108 et livre 16 de la Cité de Dieu chapitre 32 ; Cyprien contre Julien chapitre 10.

Or, puisque dans les Écritures les cornes signifient la puissance, selon cette parole : Il a élevé pour nous une corne de salut, ainsi Origène homélie 9 sur le Lévitique avec Grégoire livre 1 des Rois chapitre 2, Ambroise…

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 dans le Psaume 78 et dans le livre des Bénédictions des Patriarches chapitre 11 ; Jérémie chapitre 6 ; Amos : le bras signifie aussi la puissance, selon cette parole de Luc 2 : Il a déployé la puissance en son bras ; ainsi l’enseigne Origène homélie 3 sur le Psaume 36 et homélie 5 sur le Lévitique ; Ambroise livre sur Isaac Patriarche chapitre 8 ; Grégoire 14 des Morales ; saint Jérôme dans l’opuscule sur le vêtement sacerdotal : c’est pourquoi, à la place des cornes, les bras peuvent facilement être compris.

C’est pourquoi Bède et Eusèbe en Genèse chapitre 23 ont justement entendu par les cornes du bélier les bras du Sauveur. La même chose a été observée par Tertullien contre les Juifs, expliquant ce passage d’Habacuc 3 : Des cornes sont dans ses mains : c’est-à-dire des mains dans les cornes, par la figure appelée hypallage, afin d’exprimer ainsi les mains du Christ dans les cornes de la Croix. Arnobe l’a aussi noté sur le Psaume 118 ; Grégoire homélie 1 sur le livre 1 des Rois.

Or ces signes d’amour si ardemment désirés par l’Épouse, etc. Le texte qui est apporté en ce lieu est si difficile et si obscur, et les Docteurs paraissent si diversement entre eux en l’expliquant, qu’on peut véritablement appliquer ici cet adage : autant de têtes, autant d’opinions.

Afin donc que, dans une affaire grave, soit reconnu ce qu’ont pensé les Pères, et quel sens paraît plus authentique et plus vrai, j’ai décidé en ce lieu d’apporter les explications des Pères dans leurs propres paroles, et comme d’en former une chaîne.

Saint Grégoire, livre 29 des Morales, chapitre 4, citant ce passage, dit : C’est pour cela qu’on met un sceau sur les choses, afin qu’elles ne soient pas violées par une présomption téméraire ; donc, le sceau étant posé sur le cœur, tout ce qui est salutaire s’imprime pour la garde de notre pensée ; afin que cet infidèle, cet ennemi, notre adversaire, confirmé par notre sceau, ne puisse, en grondant, oser nous envahir.

Le même saint Grégoire, dans l’Exposition sur le Cantique, sur ces paroles, dit : Dans le cœur sont les pensées, et dans le bras les œuvres. Sur le cœur donc et sur le bras que l’Aimé soit posé comme un sceau, parce que dans l’âme sainte, selon combien il est aimé, il est désigné par la volonté et par l’action

car par le signe l’esprit saint porte le Christ intérieurement et extérieurement, parce que là, dans ses méditations assidues, il travaille, et dans les autres choses il ne cesse d’imiter.

Rupert abbé, livre 7 des Commentaires sur le Cantique, expliquant ce passage, dit : Que signifie, dit-il, dire : place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, sinon comme si tu disais : que ton cœur demeure ferme en moi, que ton bras soit fortifié par mon amour ? Et ô bien-aimé, qu’est-ce que ton cœur en ce lieu présent, et qu’est-ce que ton bras, sinon la vérité des Écritures, qui s’écrit dans ton cœur et demeure stable dans ta mémoire, par lesquelles on reconnaît combien grand est ton bras ? Place-moi comme un sceau sur ce cœur tien. Place-moi comme un sceau sur ce bras tien.

Pour quelle raison ? À cause de la triple folie qui aboie contre nous, à savoir juive, païenne et hérétique. Sois prompt, sois disposé, sois dévoué, afin que tu défendes fortement ce cœur tien ; protège ce bras tien, de telle sorte que le sceau impérial soit stable pour résister, avec une force admirable, avec une charité merveilleuse, que nul ne puisse briser, avec ton amour très fort, qui est fort comme la mort, etc.

Glose interlinéaire : Place-moi comme un sceau sur ton cœur, c’est-à-dire sur ta volonté ; et sur ton bras, c’est-à-dire sur ton action, afin qu’aucune force adultère ne s’introduise, afin que le Diable ne soit pas seulement exclu du cœur, mais qu’il ne puisse rien marquer de sien dans l’œuvre.

Glose ordinaire : Nous plaçons le Christ comme un sceau sur le cœur lorsque nous attachons ce qu’il dit comme étant véritablement des paroles divines du Saint-Esprit. Nous avons coutume de porter parfois des signes au doigt ou au bras, afin que nous soyons avertis de la chose dont nous voulons garder plus fréquemment le souvenir. Nous plaçons comme signes sur les bras si, portant les signes du Christ, nous nous efforçons d’aimer et de lire, comme si ce sont de véritables exemples de vertu.

Lyra : Place-moi comme un sceau sur ton cœur, aime-moi parfaitement. Car ce qui est très aimé est dit être placé sur le cœur. Comme un sceau sur ton bras, protège-moi par ton bras de puissance.

Ambroise, livre sur Isaac et l’Âme chapitre 8, dit : Il est placé dans l’Épouse formé

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c’était le Christ, dit-il : Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Si le Christ est le sceau sur le front, il est le sceau sur le cœur afin que nous aimions toujours ; il est le sceau sur le bras afin que nous agissions toujours. Que son image resplendisse donc dans notre affection. Qu’elle resplendisse dans l’intelligence. Qu’elle resplendisse dans les œuvres. Afin que, si cela peut se faire, toute notre vie soit son image. Qu’il soit notre tête, le Christ soit notre tête, qu’il soit notre œil, afin que par lui nous voyions le Père. Qu’il soit notre voix, par laquelle nous parlions au Père. Qu’il soit notre droite, par laquelle nous offrions à Dieu le Père ; qu’il soit aussi notre sceau, qui est le signe de la perfection et de la charité : parce que le Père aimant a marqué son Fils, comme Dieu le Père a marqué.

Thomas Trusillus, dans le premier tome du Thesaurus, sermon du douzième dimanche après la Pentecôte : La foi, dit-il, sans les œuvres est morte, et c’est pourquoi il est dit Cantique 8 : Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras : dans le cœur, afin que nous ayons un amour ardent ; dans le bras, les bonnes œuvres.

Le bienheureux Bernard, traité sur la Passion du Seigneur, chapitre 44 : Que soit dans la mémoire la réception de l’empreinte du sceau, c’est-à-dire de Jésus crucifié, afin que nous ayons toujours en mémoire celui qui a dit : Place-moi comme un sceau ; car le sceau du royaume, c’est la Croix. Qu’il ait l’image de ce sceau du Crucifié Jésus, exprimée de multiples manières dans ce sceau de la Croix, comme dans les sceaux l’image du Roi est exprimée par l’impression.

César Calderarius, lecture 20 sur le Psaume 50, invite ainsi le Christ, disant : Place-moi comme un sceau sur mon cœur ; c’est-à-dire place-moi comme la cible du tireur, afin que je ne pense qu’à toi, que je parle de toi, et que je rapporte toute mon action à toi. Et lecture 21, il apporte une autre explication : Salomon parle, dit-il, en la personne du Christ, afin que le Christ lui-même Crucifié s’imprime comme un sceau dans notre cœur. Car, dit-il, les sceaux s’impriment dans la cire, et tout ce qui est scellé est exprimé dans la cire ; le sceau est donc le Christ : nous avons été marqués par les plaies, les coups et les blessures de notre rédemption ; ce sceau doit donc être appliqué sur le cœur et gravé en nous, afin que nous exprimions tous ses traits, et que les marques de notre Seigneur Jésus Christ dans notre corps nous les portions autour de nous. Que donc notre cœur soit comme un sceau sur ton bras, afin que le signe puisse facilement être imprimé. Origène livre 4 sur l’Épître aux Romains : Que le sang soit au-dehors, qu’il soit visible dans certains signes, mais que pour nous la véritable suite soit inscrite dans le cœur. Qu’elle resplendisse non seulement dans le visage, mais qu’elle ait en elle une distinction. Car on appelle signe ce par quoi, par ce qui est vu, quelque chose d’autre est indiqué. On appelle signes lorsque certains signes d’une chose à dévoiler sont imposés et conservés dans le corps, que nul autre que celui qui a imprimé ne doit délier. Ce qui apporte une doctrine précieuse recueillie par saint Anselme dans son commentaire au chapitre 4 aux Romains.

Et de ces choses, l’obscurité de ce passage se recueille clairement ; afin que je n’omette pas non plus ceci, qui ne peut être si facilement tiré du texte : ces paroles sont-elles dites par l’Époux à l’Épouse, ou plutôt par l’Épouse à l’Époux ? Grégoire en effet, dans le double passage cité par nous, les entend comme les paroles de l’Époux s’adressant à l’Épouse ; ainsi aussi Ambroise ci-dessus.

Mais Rupert et Lyra les entendent comme les paroles de l’Épouse s’adressant à l’Époux. Quelle explication suivrons-nous ? Nous suivrons celle qui est plus conforme à notre pensée et à celle de l’Antiquité.

Que demande donc enfin l’Épouse à l’Époux par ce doux lien d’amour, lorsqu’elle dit : Place-moi comme un sceau sur ton bras et sur ton cœur ? Est-ce afin que les choses qui se cachent dans le cœur et les bras de l’Époux, c’est-à-dire celles qui se cachent tant dans les pensées que dans les œuvres, lui soient comme ouvertes, scellées pour les autres et rendues manifestes ; et qu’ainsi elle demande qu’elles soient closes comme par un sceau, afin qu’elle puisse à bon droit employer cette parole d’Isaïe 53 : À qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?

De même qu’Alexandre le Grand, lorsqu’il remarqua que les lettres qu’il avait reçues de sa mère étaient comprises par les Éphésiens et même lues en secret avec lui, il est rapporté qu’il approcha de sa bouche le sceau attaché à son anneau, afin d’avertir les Éphésiens que les choses qui étaient lues dans la lettre de la mère d’Alexandre devaient être closes par le silence.

Ou bien est-ce afin que les choses qui, par le sceau…

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nous scellons par un sceau, comme si nous voulions qu’elles soient tenues pour très certaines et nullement douteuses ; afin que, pour cette raison aussi, l’Épouse suppliante demande d’être placée sur le cœur et le bras de l’Époux comme un sceau, afin qu’elle croie sans aucun doute, par la foi, les choses contenues dans les Écritures tant au sujet des pensées de l’Époux que de ses œuvres.

Ou bien parce que les choses sur lesquelles un sceau et un cachet sont imprimés reçoivent ainsi une certaine forme, que, la substance de la chose scellée demeurant intacte, le sceau ne peut être détruit. Car ainsi, comme Aristote nous l’a bien enseigné, le sceau imprime la forme de la chose scellée, non la matière ; de sorte que du sceau et de la chose scellée par le sceau il se fait comme une unité, comme de l’image d’Apelle et de ce bouclier si remarquable de Minerve, dont la substance et la beauté du bouclier ne purent jamais effacer l’image d’Apelle : ainsi donc l’Épouse désire être imprimée dans le cœur de l’Époux, afin que là où sera le cœur de l’Époux, l’Épouse soit présente, là où sera le bras de l’Époux, l’Épouse soit aussi prête.

Car je pense que telle est l’intention de l’Épouse et la véritable explication de ce passage.

Mais si cette explication est admise, le sceau semblera plutôt être un sceau qu’un signe : comment donc subsistera l’opinion d’Anselme disant que ce sont des signes d’amour que l’Épouse désirait surtout ? Mais si l’on rappelle à l’esprit ce que nous avons rapporté plus haut d’Origène et de saint Anselme, à savoir que, bien que le signe soit une chose et le sceau une autre, le signe indique seulement quelque chose, tandis que le sceau est appliqué pour garder ; cependant ce sceau, qui est appliqué pour garder, signifie aussi quelque chose : car en scellant il garde, et en gardant il signifie.

C’est pourquoi saint Thomas, lecture 2 sur le chapitre 4 aux Romains, dit que le sceau est à la fois ce qui imprime la ressemblance de ce dont il porte l’image, et aussi ce qui cache. Cela apparaît clairement dans les sceaux par lesquels nous scellons les lettres ; car ainsi ils scellent les lettres de telle sorte qu’en même temps ils indiquent par qui les lettres

ont été écrites et envoyées. C’est pourquoi le sceau sur le cœur et sur le bras, qu’il soit appliqué pour garder, pour confirmer ou pour unir, est cependant toujours un signe d’amour.

Ainsi donc nous devons nous efforcer que notre âme soit placée comme un sceau sur le cœur du Christ, afin qu’elle ne s’en éloigne jamais, mais qu’à l’exemple de la colombe dans les fentes du rocher et la cavité du mur elle construise son nid, et qu’elle adhère non seulement au cœur, mais aussi au bras du Saint dans l’accomplissement de notre salut, afin qu’elle contemple perpétuellement les œuvres précieuses du Christ empourprées de sang.

Comme le transmettent Ambroise, livre sur Isaac et l’Âme chapitre 8, et Grégoire ci-dessus : que le Christ soit le sceau dans le cœur afin que nous l’aimions toujours ; sur le front afin que nous le confessons toujours ; sur le bras afin que nous agissions toujours.

Or cela comme signe est confirmé dans les plaies infligées aux bras, etc. Toutes ces choses que le Christ a faites et souffertes pour nous ont la plus grande force pour nous indiquer son amour envers nous, par lequel Dieu nous poursuit ; mais particulièrement dans les bras nous reconnaissons une force ineffable pour cela, du fait que les bras du Seigneur indiquent la vertu d’agir, ainsi Augustin dans l’opuscule sur l’essence de la Divinité ; Anselme dans l’opuscule sur les membres de Dieu ; Jérôme au chapitre 7 de Jérémie ; et Cassien livre 8 des Conférences chapitre 8.

C’est pourquoi, puisque le Christ a opéré notre salut par ses bras étendus sur la Croix, dans laquelle il nous a montré une charité excellente, ses bras montrent donc l’amour. Il faut lire Jérôme dans l’opuscule sur la vie sacerdotale, Richard de Saint-Victor livre sur le songe de Nabuchodonosor chapitre 25 ; car même dans les bras du trône de Salomon, dont il est parlé en 2 Paralipomènes 9, sont désignées les consolations de la grâce divine par le Christ, comme l’enseigne en ce lieu la Glose ordinaire.

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Mais combien, outre les coups de fouet susdits, etc. Les choses qui sont dites de cette violente traction des bras du Christ sont si évidentes pour tous qu’on ne trouve aucun auteur qui, en expliquant le combat triomphal, chapitre vingtième, et le mode de la crucifixion du Christ, n’ait rapporté cette forte rétraction des bras du Christ ; ce qui est aussi efficacement déduit de ce Psaume 21 : Ils ont compté tous mes os.

Nous estimons donc en ce lieu suffisant d’apporter un ou deux passages des Révélations de la bienheureuse Brigitte : car cela lui fut montré par le Christ lui-même lorsque la Bienheureuse Vierge le révéla ; ainsi on lit au livre 1, chapitre 10 : Alors les traîtres ont fixé son autre main au bois. Et livre 4, chapitre 70 : Il plaça d’abord la main droite, l’étendit, puis l’autre main, en la tirant pour l’ajuster, fut étendue, et les pieds furent destinés aux trous. Et livre 7, chapitre 25 : Le Christ lui-même montra à la bienheureuse Brigitte d’une manière visible comment il fut crucifié, et la sainte Brigitte le décrit ainsi : Il plaça la main droite sur la Croix, que ses bourreaux crucifièrent cruellement. Trois d’entre eux, tirant aussi fortement avec une corde sa main gauche, l’attachèrent à la croix avec des clous et des liens. Ils étendaient si violemment ces membres glorieux sur la Croix que toutes ses veines et ses nerfs se rompaient.

De là les saints Pères, comme par une certaine doctrine, figurent les bras du Christ étendus sur la Croix comme un arc ; de même que le bois d’un arc est tendu, ainsi les bras sont tendus sur la Croix, et la Croix est comme la corde qui les maintient tendus. C’est pourquoi Ambroise, livre sur Noé Patriarche chapitre 27, comprend dans l’arc de l’alliance placé dans les nuées le Christ ; ainsi aussi Rupert abbé dans la Genèse livre 4 sur les œuvres de la Très Sainte Trinité ; sur la Genèse 36 ; Grégoire homélie 8 sur Ézéchiel ; Bède sur Genèse chapitre 9 ; et Didyme cité dans la Chaîne des Pères sur le Psaume 17, dit : Notre Sauveur devenu homme, lorsqu’il combattait pour nous, nous a enseigné comment briser les forces adverses ; et, les mains étendues de manière éclatante, dit-il, il a vaincu les ennemis d’en haut ; figurément les bras peuvent être appelés un arc d’airain.

Le bienheureux Laurent Justinien, livre sur le combat triomphal chapitre vingtième, comprend dans l’arc le Christ crucifié, disant : Le Christ fixé au bois, comme le meilleur propitiateur, a été élevé dans les nuées, comme Noé auquel il avait été promis, disant : Je placerai mon arc dans les nuées, et il sera un signe d’alliance entre moi et la terre.

Vraiment les bras du Christ sont un arc d’airain : l’arc, lorsqu’il est tendu sur la Croix, dont la Croix est la corde qui tend les bras de l’arc ; la flèche, l’âme, est aussitôt lancée de cet arc mystique ; il renverse les ennemis, il les tue par la mort, il vainc le Diable, il dépouille l’enfer, il enrichit le ciel, ce que l’Auteur a très bien exprimé en disant : Plus les bras de l’arc ont été tendus, plus il a frappé fortement l’antique Goliath.

Mais ce qui est plus admirable, c’est que lorsque le Christ sur la Croix fut étendu, il fut vu comme un arc, ainsi que le dit Jean dans l’Apocalypse 6 : Je vis, et voici une main tenant l’arc pour lancer et vaincre. Car dans l’arc nous entendons la Croix ; dont les cornes sont dans ses mains. Il vainc donc afin de vaincre, c’est-à-dire qu’il resplendit chargé de victoires ; car il vainc en lui-même et dans ses membres : c’est pourquoi il a enseigné nos mains pour le combat, comme il a enseigné aux soldats de Gédéon comment combattre et vaincre avec des lampes, des cruches et des trompettes.

Et quoi d’étonnant qu’il en ait trouvé seulement trois cents ? Car le nombre trois cents exprime la lettre Tau, et celle-ci signifie la Croix ; il leur a donc enseigné à vaincre par la Croix et les a instruits à vaincre.

Lorsque la bienheureuse Catherine de Sienne contemplait cet arc ainsi longtemps tendu sur la Croix, elle concevait en Christ une douleur nouvelle et non connue de tous : car elle concevait que les côtes de la poitrine, le nerf par lequel les bras sont attachés aux côtes et les côtes au cartilage, étaient tellement distendus et tendus qu’il en résultait pour le Christ une très grave souffrance

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les mains liées derrière le dos, sont suspendus par la corde du bourreau. Lanspergius rapporte qu’à un saint homme contemplant l’amertume de la Passion du Christ et demandant avec insistance au Christ quelle avait été sa plus grande douleur, il fut répondu par le Christ : à l’extérieur de mon corps sur la croix.

Combien les bras furent étendus et rigides, la Bienheureuse Vierge le montra à sainte Brigitte, livre 1, chapitre 10, disant que les mains étaient ainsi dirigées qu’elles ne pouvaient être abaissées qu’au niveau de son nombril ; et livre 4, chapitre 70 : Quant aux bras, dit-elle, étant rigides, je ne pouvais les fléchir pour les placer sur la poitrine, et je ne pouvais non plus étendre les genoux au-dessus du ventre, mais ils étaient liés au loin sur la Croix.

Ces bras ainsi distendus et ouverts représentent ces ailes, etc. Saint Bernard, sermon 4 sur le Psaume « Qui habitat », montre que les mains du Christ sur la croix sont des ailes, par lesquelles le Christ nous porte et nous défend contre l’assaut de la fureur diabolique. Et dans le traité sur la Passion, chapitre 5 : Comme l’aigle, provoquant ses petits à voler, déploie les ailes de ses bras sur la Croix, et vole au-dessus de nous, et place ses bras sur ses épaules et nous prend.

Arnobe le Jeune sur le Psaume 90 dit : Les ailes de Dieu indiquent la puissance divine ; Augustin, dans le livre sur l’essence de la Divinité, confirme la même chose. Le Christ, parlant à sainte Brigitte, livre 6, chapitre 100, disait : J’ai deux bras ; de l’un j’embrasse le ciel et tout ce qui s’y trouve ; de l’autre j’embrasse la mer et la terre ; le premier je l’ai étendu vers mes élus dans le ciel et sur la terre pour les honorer et les consoler ; le second je l’ai étendu sur les méchancetés des hommes, en les supportant, en les prenant en pitié et en les soutenant, même s’ils faisaient autant de mal qu’ils voudraient.

Origène homélie 6 sur Matthieu et Augustin livre 1 des Questions sur l’Évangile question 36 et sermon 29 sur les paroles du Seigneur dilatent mystiquement les ailes du Christ à l’image de la poule protégeant ses petits, disant : La poule, comme pour ses petits,

s’affaiblit ; mais même si tu ne vois pas les petits, tu comprends pourtant la mère. C’est pourquoi aussi Jérôme sur le Psaume 16 : David désirait être protégé sous cette ombre, disant : Sous l’ombre de tes ailes protège-nous.

À ce sujet le Christ lui-même dit à sainte Brigitte livre 4 chapitre 47 : Je suis comme une poule qui, courant à la voix de ses petits, les protège quand ils la désirent et les défend puissamment par ses ailes contre les pièges du Diable, et souvent pour eux dans mes passions sans cesse.

Bernard, traité sur la Passion chapitre 5, dit : Voyons ce que signifie que le Seigneur ait voulu se comparer davantage à une poule qu’à un autre animal ; parce que, comme le tiennent les saints Pères, cela a été fait afin d’exprimer l’incomparable affection de charité : aucun animal n’est mû d’une telle compassion envers ses petits comme la poule, si elle devient hérissée de tout son corps, rauque de voix, portant tout son courage, affaiblie dans tous ses membres et parvenant jusqu’à l’extrême défaillance ; ainsi donc la poule est comparée aux petits, autant que la piété du meilleur Jésus envers le genre humain à sauver.

Ces ailes semblent certes être déployées de quatre manières, etc. Qui me donnera des ailes comme celles de la colombe, et je volerai et je me reposerai ? Où recueillerons-nous des ailes, sinon si nous méditons comme la colombe ? L’antiquité fabuleuse racontait autrefois que Dédale avait fixé des ailes aux bras de son fils Icare : les couvrirons-nous de telles ailes ? Loin de là.

Que donc ? Considérons les coups des bourreaux, et là méditons la blessure percée et écorchée, et là purifions-nous. Prenons des ailes comme des aigles, et, en chantant le psaume au Roi, volons sans défaillir. Car mystiquement à cette femme qui apparut dans le ciel vêtue de soleil furent données deux grandes ailes, par lesquelles elle fut élevée dans le désert pour une vie solitaire, Apocalypse 12 ; là où elle s’adressait au cœur du Christ : Ainsi nous aussi, par les ailes de la contemplation et les plumes de la prière, soyons ravis en haut, afin que nous puissions être incorporés au corps mystique du Christ, attachons nos ailes aux siennes, lesquelles pour la faute

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avait arrachées. Alors nous ajouterons des ailes, si avec les Anciens de l’Apocalypse chapitre 5 nous disons : Digne est l’Agneau qui a été immolé de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la gloire et l’honneur ; toi qui as été immolé, tu nous as rachetés pour Dieu par ton sang, tu as fait de nous pour notre Dieu un Royaume et des Prêtres.

Afin que nous fassions cela, qu’il nous prenne sous ses ailes et nous porte sur ses épaules, comme l’aigle provoquant ses petits à voler. Ce point est traité par Hic. et Remigius d’Auxerre sur Malachie 4, 12 : Pour vous qui craignez, se lèvera le Soleil de justice, et la guérison est dans ses ailes, etc. Ce passage est remarquable, illustre et très admirable. Qui a jamais vu chose semblable, ou qui a jamais entendu pareille chose ? Car un grand signe nous apparaît : un Soleil revêtu d’ailes.

Quel est ce Soleil ailé ?
De quelles ailes est-il revêtu ?
Que signifient-elles dans ses membres ?
Pourquoi donne-t-il des ailes ?

Or le Soleil est le Christ : car il resplendit comme le grand luminaire de l’Église sur tout l’univers ; il est en effet la lumière du monde, et comme les autres luminaires tirent leur lumière du soleil, ainsi tous les Saints, Patriarches, Apôtres, Martyrs, Confesseurs, Vierges, ont leur clarté du Christ. Quand il s’approche, nous exultons au jour de la grâce ; quand il s’éloigne, nous errons aveugles dans les ténèbres de la nuit ; ainsi Augustin, sermon 134 sur le temps ; Origène homélie 1 sur la Genèse ; Bède sur Genèse chapitre 1 ; et Anastase le Sinaïte dans l’Hexaéméron : de même que le soleil, en descendant vers les enfers, revient pourtant à son lieu, figure le Christ qui descend aux enfers mais revient victorieux vers les vivants.

Et comme le soleil est roi et prince des planètes, ainsi le Christ est Roi des rois et Seigneur des seigneurs ; par son approche il orne splendidement la terre de fleurs et de feuillages, répand le printemps et annonce l’été ; lorsqu’il se retire, vient la rigueur de l’hiver, par laquelle la terre et les arbres sont privés de leur parure. Il attire à lui les Saints comme des vapeurs, les grêles, et il glace les fléaux des pécheurs, il brûle les vices, il répand la rosée des vertus par lesquelles nous sommes restaurés, et accomplit mystiquement beaucoup d’autres choses qui peuvent aussi être observées et admirées dans le soleil matériel ; ce qu’Ascanio Martinengo développe avec finesse dans sa Glose mystique sur la Genèse.

C’est pourquoi les saints Pères comprennent mystiquement le Christ dans le Soleil ; outre les passages cités, on rapporte Arnobe sur le Psaume 18 à ces paroles : Il a placé sa tente dans le soleil ; Hilaire sur le Psaume 57 ; Ambroise sur Jacob Patriarche chapitre 7 et Épître 62 ; Origène homélie 1 sur Josué et homélie 5 sur Matthieu ; Jérôme sur Jérémie chapitre 15 et sur Ézéchiel chapitre 44 : Lui-même est le Soleil de justice resplendissant pour nous, non pour les impies ; c’est pourquoi Sagesse 2 : les impies se plaignent, le Soleil de justice ne s’est pas levé pour nous.

Or puisque le Christ est le véritable Soleil de justice, compris dans cette grande Aigle aux grandes ailes, pleine de plumes variées, tournée vers le Liban, selon Origène homélie 11 sur Ézéchiel chapitre 17, quoi d’étonnant si ce Soleil de justice resplendit ailé ? Car il est plein de toutes les vertus par lesquelles notre vie est nourrie ; plein de grâce et de vérité.

Ses plumes et ses ailes sont l’innocence, la douceur, la justice, la charité, la piété et les autres genres de vertus par lesquelles le Christ resplendit plus majestueusement. Ses ailes sont celles de la colombe argentée, et l’arrière de son dos d’un pâle or.

Ses deux plus grandes ailes sont, selon le témoignage d’Hugues Cardinal, la Justice et la Miséricorde, ou bien la Doctrine qui instruit et la Miséricorde. Et comme les plumes s’étendent sur tout le corps, ainsi les bras du Christ sont marqués comme des ailes plus fortes : soit pour qu’il s’élève lui-même vers le haut du Ciel par sa propre vertu, soit pour qu’il nous prenne aussi, comme le notent Jérôme et Remigius d’Auxerre sur Malachie chapitre 4, comme l’aigle provoquant ses petits à voler, et nous porte sur ses ailes et sur ses épaules ; soit pour nous protéger sous l’ombre de ses ailes ; soit pour nous sous

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qu’il nous réchauffe, protège et défende sous ses ailes. Comment ? En disant que dans les ailes du Soleil ailé est la guérison, nul ne peut mieux l’exprimer que le Christ lui-même ; écoutons-le parlant ainsi à sainte Brigitte, livre 4, chapitre 47 : Je suis comme une poule qui, courant à la voix de mes petits, et à ceux qui désirent l’ombre de mes ailes, les protège puissamment des pièges du Diable, et souvent dans mes passions pour eux sans cesse.

Qu’est-ce donc que la plume, sinon ma Miséricorde, par laquelle, si vous l’obtenez, vous pouvez être en sécurité comme le petit caché sous les ailes de sa mère. Soyez donc comme des petits, courez vers ma volonté, et dans toutes les tentations, et lorsque vous êtes entraînés, dites par vos voix et par vos œuvres : que la volonté de Dieu soit faite ; car moi je me confie en moi, je défends par ma puissance, je restaure par ma miséricorde, je crée par ma patience, je visite par ma consolation, j’illumine par ma sagesse, je reviens par ma charité.

Mais descendant vers la poitrine, qui en chacune de ses parties, etc. Ici commence la seconde partie de ce chapitre, dans laquelle le très pieux Anselme propose de traiter de la poitrine lacérée du Christ, où il revendique les plus petites plaies et coups, et réfute clairement le délire de ceux qui affirment que les Romains n’avaient pas coutume de frapper la poitrine de ceux qu’ils flagellaient.

Lorsque la Bienheureuse Vierge parlait à la glorieuse Brigitte, livre 1, chapitre 10, elle disait : Le Christ était d’une complexion si tendre et délicate que, s’il était même légèrement frappé, le sang accourait aussitôt ; ses paroles sont celles-ci : Son corps était si tendre et gracile que, même légèrement flagellé, le sang en sortait ; et même sa chair était si tendre qu’à peine le coup de la main pouvait être supporté.

Je connais beaucoup de personnes étonnées en cette matière : puisque les douleurs, plaies, coups et passions du Christ sont lues comme ayant été si clairement prédits par les Prophètes ou figurés dans l’Ancien Testament, pourquoi ces plaies et ces coups infligés à la sainte poitrine du Christ n’ont-ils pas été prédits de manière aussi précise et, pour ainsi dire, individuelle, ni figurés singulièrement ?

Pour répondre à cette admiration, disons que les flagellations de la poitrine et du ventre, les coups et les meurtrissures ont été clairement annoncés et prédits par Isaïe lorsqu’il dit : De la plante du pied jusqu’au sommet de la tête il n’y a en lui aucune santé.

Disons aussi qu’ils ont été prédits par l’Épouse dans le Cantique lorsqu’elle dit : Son ventre est d’ivoire, orné de saphirs ; par synecdoque, c’est ouvertement tout le corps depuis le ventre, et même la poitrine et la partie antérieure qui sont signifiés ; cette blancheur d’ivoire est donc distinguée par des saphirs ; car les saphirs, de couleur bleue, désignent les meurtrissures.

Pour moi, dans le superhuméral fait de pourpre, de cramoisi deux fois teint et de lin retors, tissé d’un ouvrage varié, par lequel les épaules, la poitrine et le ventre du Souverain Pontife offrant les victimes étaient couverts, je voyais figurés les coups reçus par le Christ à la poitrine, au ventre et aux épaules, les cicatrices sanglantes, les meurtrissures et les plaies.

Dans le superhuméral, selon Rupert abbé sur Exode 28, Clément d’Alexandrie livre 5 des Stromates, Jérôme sur Osée chapitre 3, les fils signifient le Christ. Que signifient donc les signes variés du superhuméral sinon la poitrine du Christ variée, les épaules entaillées par les fouets et lacérées ?

Il me semble encore que dans le rational ces choses sont préfigurées, comme nous le dirons un peu plus loin avec notre Anselme.

Que signifie encore la poitrine du bélier et de la victime, recommandée par Dieu dans les sacrifices et réservée comme partie principale au Souverain Pontife, comme il est rappelé Exode 29, Lévitique 7 et 8, Nombres 6 et 18, si ce n’est la poitrine consacrée du Christ ?

Car l’agneau, le bélier, le veau et les autres animaux purs signifiaient le Christ ; leurs sacrifices signifiaient le sacrifice du Christ ; leur sang signifiait le sang du Christ ; donc la poitrine signifiait la poitrine du Christ.

Ainsi la poitrine écorchée de la victime signifie la poitrine du Christ déchirée par les fouets, lacérée, sillonnée et écorchée.

Elle n’était pas profane mais comme un sanctuaire des armes, etc. Véritablement la poitrine du Seigneur Christ…

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la poitrine peut être appelée dépôt, tabernacle, arche, trésor et réceptacle : car en elle habitait corporellement toute la plénitude de la divinité.

Saint Paul savait que la divinité immense et infinie, non circonscrite par des limites, est partout par essence, puissance et opération, remplissant toutes choses ; c’est pourquoi il n’a pas voulu seulement dire : en qui habitait la divinité (car celle-ci habite partout), mais il a voulu ajouter : la plénitude de la divinité, afin d’indiquer que la divinité n’est pas en Christ de la seule manière dont elle est dans les autres choses, mais qu’elle est en Christ d’une manière beaucoup plus excellente et éminente, et qu’elle y habite ; et pour que nous ne pensions pas que le Christ possède la divinité seulement comme en figure ou comme en ombre ajoutée, il a dit corporellement.

Claude Guilliaud note bien en ce lieu que le corps n’est pas seulement pris comme distinct de l’esprit, mais aussi comme distinct de l’ombre ; ce qu’avait déjà enseigné saint Augustin, épître 57. Rupert au chapitre 3 de Jean ; Œcumenius ; Anselme au chapitre 2 de la première aux Colossiens.

En disant corporellement, il a donc enseigné que la divinité habite en Christ afin de réfuter l’hérésie, peut-être déjà surgie, d’Ébion, de Cérinthe, du Samosaténien et d’autres ariens impies, disant que le Christ est un pur homme, en qui Dieu a cependant habité par une certaine gloire et dignité excellentes ; ou encore de ceux disant que la divinité a habité en Christ seulement comme dans un temple ; et aussi pour montrer qu’elle n’a pas habité seulement comme une ombre ou selon une certaine excitation morale, comme dans les Anges et les Prophètes représentant Dieu dans une mission ; ainsi Bellarmin cardinal livre 3 de l’Incarnation chapitre 16.

Pour montrer donc que la divinité a habité en Christ aussi selon la substance, en vertu de l’union hypostatique, il a ajouté corporellement.

L’arche et le dépôt sont aussi appelés la poitrine du Christ, parce qu’en elle sont tous les trésors de la sagesse et de la science

de Dieu, première aux Colossiens 2. Elle est appelée Arche, parce qu’en elle habitait la plénitude de la grâce et de la vérité, Jean 1 ; elle est appelée Arche, parce que de sa plénitude nous avons tous reçu grâce pour grâce. Elle est appelée Arche, parce qu’en elle habitait toute plénitude de vertu, de vie et de dons surnaturels.

Et non seulement toutes ces choses sont contenues dans la poitrine du Christ comme dans une Arche, mais elles nous sont aussi communiquées. C’est pourquoi à juste titre les Pères entendent par l’Arche de Noé, qui fut le dépôt de toute la nature pour le salut des hommes, l’humanité du Christ ; Hilaire livre 1 contre Jovinien ; Ambroise livre sur Noé et l’Arche ; Augustin sur la Catéchèse des simples chapitre 27 ; livre 15 de la Cité de Dieu chapitre 26 ; Origène homélie 2 sur la Genèse ; Grégoire homélie 8 ; Basile sur le Psaume 45 ; Cyrille livre 4 sur Jean chapitre 8 ; Bernard sermon 53 sur le Cantique ; et Grégoire de Nysse dans l’opuscule sur la vie de Moïse comprend dans le tabernacle mystique de Dieu avec les hommes l’humanité du Christ.

Dans cette Arche était contenu un vase d’or plein de manne, la verge d’Aaron et les tables du témoignage.

Trois difficultés se présentent ici à résoudre, et elles sont très graves.

La première est que ce passage de l’Apôtre semble ouvertement contredire ce qui est dit en 3 Rois chapitre 8, où il est expressément dit qu’il n’y avait rien dans l’Arche du Seigneur sinon les tables du témoignage.

La seconde difficulté est : en supposant que cela soit vrai, comment l’Apôtre a-t-il pu le savoir, puisque cela n’est lu nulle part dans les Écritures ?

La troisième : pourquoi Dieu a-t-il voulu que dans la même Arche soient enfermés la Loi, la Verge et la Manne ?

QUESTION I.
Comment l’Apôtre aux Hébreux 9 s’accorde-t-il avec ce qui est dit en 3 Rois 8 ?

Je vois que diverses solutions sont apportées à cette difficulté par les Docteurs.

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Certains répondent en effet que, même si toutes ces choses étaient incluses dans l’Arche, elles ne l’étaient pas par elles-mêmes et principalement, mais d’une certaine manière par accident et secondairement, puisque l’Arche fut principalement fabriquée pour la garde de la Loi, non pour la conservation de la Verge ou de la Manne. Ainsi saint Thomas au chapitre 9 de l’épître aux Hébreux et saint Anselme.

Nous lisons, dit-il, que la Manne fut placée dans le Sanctuaire, mais non dans l’Arche ; peut-être pour cette raison l’Apôtre a-t-il dit qu’elle était dans l’Arche, prenant le lieu pour le lieu. Ou bien, après la dédicace du Temple, l’Arche ayant été retirée du Tabernacle, peut-être alors l’urne et la verge furent-elles placées dans l’Arche. Il ajoute que celui qui pourra mieux résoudre cette question le fasse ; celui qui ne le pourra pas ne dédaigne pas d’adopter l’une des solutions proposées par les nôtres.

Tostat, question 6 sur le chapitre 8 du troisième livre des Rois, résout ainsi : bien que toutes ces choses fussent incluses dans l’Arche, elles n’étaient pas placées au même endroit dans l’Arche. L’Arche ayant divers compartiments, l’urne et la manne étaient placées sur le côté ; la Loi, écrite sur deux tables, au milieu de l’Arche ; car en Deutéronome 31 Dieu dit : Prenez ce livre et placez-le sur le côté de l’Arche.

Cependant, bien que ce passage mentionne le côté de l’Arche, cela n’empêche pas que l’Urne et la Verge aient été placées sur le côté ; et même en l’admettant, il ne s’ensuit pas : elles étaient sur le côté de l’Arche, donc non dans l’Arche. D’autres disaient que l’Urne et la Verge étaient dans une partie extérieure de l’Arche. Mais puisque l’Apôtre dit qu’elles étaient dans l’Arche, cette réponse se sauve difficilement.

Le cardinal Bellarmin, d’après la doctrine de Théophylacte, répond que lorsque, au troisième livre des Rois chapitre 8, il est dit qu’il n’y avait rien dans l’Arche sinon les deux tables, cela doit s’entendre du temps de Salomon ; ensuite furent placées l’Urne et la Verge.

Il ajoute aussi que l’auteur du livre des Rois, en disant : il n’y avait rien d’autre, semble indiquer que cela valait pour le temps de Salomon, laissant entendre qu’ensuite autre chose fut ajouté.

QUESTION II
Comment l’Apôtre a-t-il pu savoir ces choses ?

Quant à la seconde objection, je réponds que saint Paul, disciple très instruit de Gamaliel dans la Loi, a pu le savoir par les traditions ; car avec les Écritures est née aussi l’explication des Écritures, Dieu la révélant.

Dieu a voulu qu’il y eût jadis dans la Synagogue, et maintenant aussi dans l’Église, un double genre de sagesse. L’une était communiquée à tous indistinctement, dignes ou indignes. L’autre, plus sainte, ouvrait l’intelligence des mystères très élevés et des sens cachés des saintes lettres ; et ce second genre de sagesse, Dieu a voulu qu’il résidât seulement chez les hommes saints et éprouvés, surtout chez ceux qui se consacraient au culte de Dieu.

La preuve de notre doctrine se trouve dans ce qui est écrit au quatrième livre d’Esdras, chapitre 14. Que personne ne dise : pourquoi invoquer le quatrième livre d’Esdras, apocryphe, que le saint Concile de Trente a exclu du catalogue des livres canoniques ? Produis des témoignages indubitables des Écritures canoniques.

Je réponds que, bien que ce livre ne soit pas canonique, il possède néanmoins une grande autorité dans l’Église, qui en tire l’introït du mardi après la Pentecôte : « Accipe iucunditatem… ». De ce même livre est tiré le répons des Apôtres : « Modo coronantur et accipiunt palmam ». Et saint Ambroise loue ce livre comme confirmant au plus haut point la foi en la résurrection.

Il aura donc quelque autorité pour ce que nous disons. Là il est écrit : « Révélant… »

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(dit Dieu) je me suis révélé à Moïse sur le mont Sinaï, et je lui ai raconté beaucoup de merveilles, et je lui ai montré les secrets des temps et la fin, et je lui ai ordonné en disant : Ces choses tu les feras en public, et celles-ci tu les cacheras.

Or, lorsque les saintes Écritures furent brûlées pendant la captivité de Babylone, et qu’après la captivité on voulut les réécrire par Esdras et rétablir les Écritures sacrées, Dieu ordonna qu’il se retirât dans un lieu désert ; et qu’y ayant préparé de nombreuses tablettes et boîtes, il y demeurât quarante jours, lui disant : J’allumerai la lampe de l’intelligence dans ton cœur, etc.

Alors je lui remis une coupe pleine d’un liquide d’eau, mais de couleur de feu, et lorsque j’en eus bu, dit Esdras, mon cœur était tourmenté par l’intelligence, et la sagesse entrait dans ma poitrine ; et mon esprit conservait la mémoire, et ma bouche s’ouvrit, et ne fut plus fermée.

Le Très-Haut donna aussi l’intelligence à cinq hommes qui écrivaient ce que j’écrivais, choses appelées obscurités de la nuit, qu’ils ne connaissaient pas. La nuit ils mangeaient du pain ; moi, le jour je parlais, et la nuit je ne me taisais pas.

Deux cent quatre livres furent écrits en quarante jours, et lorsqu’ils eurent achevé les quarante jours, le Très-Haut parla en disant : Les premiers volumes que tu as écrits, publie-les afin que les lisent les dignes et les indignes ; mais les soixante-dix derniers conserve-les, afin de les transmettre aux sages de ton peuple ; car en eux se trouve la veine de l’intelligence, la source de la sagesse et le fleuve de la science. Et je fis ainsi.

Ainsi prospéraient les traditions chez les Hébreux, par lesquelles les mystères plus cachés de l’Écriture étaient transmis à la postérité, et cette science était conservée seulement chez les anciens.

Par la vertu de ces traditions, certains passages de l’Écriture s’expliquent, comme on le voit dans la question, lorsque le Seigneur dit en Luc 4 : Quand le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois. Au livre des Rois 17, il n’est compté que trois ans.

De même dans l’épître aux Hébreux chapitre 9, il est dit que dans l’arche du Seigneur étaient inclus la Loi, la Manne, et la verge d’Aaron et de Moïse. Or nulle part dans la sainte Écriture nous ne trouvons qu’il y ait eu des verges dans l’Arche.

De même ce passage de l’épître de Jude, que dans l’Arche du Seigneur huit âmes furent sauvées.

Ces choses étaient donc connues par ces traditions et par l’interprétation cachée des Écritures.

Cette doctrine était autrefois très célèbre et s’appelait Cabale. Ainsi Sixte de Sienne dans la Bibliotheca Sancta, livre 2, au mot Thamuld ; et Jean Pic de la Mirandole dans son Heptaplus ; Pierre Galatin au livre 1 des Arcanes de la sainte Écriture.

Et l’on pense que ce passage du Seigneur en Luc 11 se rapporte à cette doctrine, lorsqu’il dit : Malheur à vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la science, et vous-mêmes vous n’êtes pas entrés.

Cela nous est aussi indiqué par l’insigne Rationale que le grand Pontife des Hébreux portait sur la poitrine, dont il est parlé en Exode 28 ; dans lequel étaient fixées douze pierres, sur lesquelles étaient inscrits les noms des douze tribus d’Israël ; et dans lequel, outre la lumière naturelle des pierres, il y avait encore une autre lumière des mystères, appelée par les Juifs, selon Nicolas de Lyre, Urim et Thummim, c’est-à-dire manifestation et vérité, ou plutôt manifestations et vérités ; dont parle aussi Joseph au livre 3 des Antiquités, chapitre 11, et le Maître de l’Histoire scholastique dans l’histoire de l’Exode chapitre 64.

Lyre sur le chapitre 28 de l’Exode. Chrysostome, dans la troisième oraison contre les Juifs, dit que certains affirmaient qu’une lumière surgissait du nom ineffable de Dieu יהוה inscrit sur les pierres. D’autres disaient qu’elle provenait de la réflexion de la lumière de la gemme, à la manière d’un cercle lacté.

Chaque fois qu’une grave controverse était proposée au grand prêtre, son œil, étant conscient, était illuminé de la vérité de la solution.

Cependant cette splendeur cessa deux cents ans avant la ruine de Jérusalem, selon Joseph, livre 3 des Antiquités, chapitre 3.

QUESTION III
Pourquoi Dieu a voulu que, dans l’Arche, soient inclus la Manne, la Loi et la verge.

Quant à la troisième difficulté, Oecumenius répond dans son commentaire…

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recueillis des fragments des anciens Pères, que dans l’Arche se trouvaient ces choses qui convaincraient de l’ingratitude des Juifs. La verge en effet à cause de la sédition dans l’ordination d’Aaron ; les Tables parce qu’elles avaient été pour les Juifs une occasion, puisqu’ils avaient brisé les premières Tables ; la Manne parce qu’en la mangeant ils avaient murmuré. Il fallait donc que ces choses aussi fussent transmises aux descendants. Saint Thomas, leçon première au chap. 9, entend par les tables la sagesse ; par la Manne la douceur de la grâce ; par la Verge le sacerdoce d’Aaron. Anselme dans l’Urne d’or appelle la Manne l’âme du Christ ; dans la Verge la puissance invisible du prêtre ; dans les tables il entend mystiquement la sagesse du Christ. La Glose ordinaire : l’Arche, dit-elle, est la Chair du Christ qui contient seulement la Manne, et les tables des deux Testaments, et la Verge pour le sacer- doce du Christ ; l’Urne est le peuple dans lequel le Christ est le pain du ciel. Augustin : l’Arche signifie le Secret de Dieu ; dans l’Arche il fut ordonné de mettre la Loi, et la Manne, et la Verge d’Aaron. Dans la Loi sont les préceptes ; la Verge est la puissance ; la Manne est la grâce ; car sans la grâce il n’y a pas la puissance d’accomplir les préceptes. D’autres entendent dans la Verge la sévérité du juge ; d’autres dans la Manne la douceur du juge. Mais les deux demeurent ensemble dans l’Arche ; parce que la Miséricorde et la Vérité se sont rencontrées, la Justice et la Paix se sont embrassées ; afin que, si tu juges sévèrement, et doucement sévère, dans la colère il se souvienne de la miséricorde.

Épiphane dans l’Ancoratus, dans la Verge d’Aaron qui a fleuri, entend la résurrection
de la chair ; tous deux cependant au livre 4 des Sacrements, chap. 1. La puissance du règne ; dans la Manne, Augustin hom. 2 dans l’Apocalypse entend la vie spirituelle qui contemple les choses célestes ; dans les tables, Origène hom. 10 sur les Nombres entend la sagesse de Dieu.

Car parmi ces choses sacrées et précieuses,
etc. Parmi toutes les ombres de l’Ancienne Loi
et les figures par lesquelles le très saint
Sacrement de l’Eucharistie fut figuré—

il n’y eut aucune figure plus remarquable, aucune plus illustre que la Manne. C’est pourquoi le Christ, parlant de cet admirable Sacre-ment en Jean 6,comparait cette Manne en disant : Non commevos pères ont mangé la Manne, etc.Car la Manne, tant quant au nom que quant à la chose elle-même, a étél’ombre admirable d’un si grand Sacrement.

Quant au nom en effet, parce qu’aucun autre nom n’a jamais pu lui être donné sinon celui de Manhu, Nombres 11. Or Manhu signifie : Qu’est-ce que cela ? Ainsi à cette nourriture si inconnue et sublime ce fut un nom perpétuel : Qu’est-ce que cela ? Ô combien vraiment à l’admirable Sacrement de l’Eucharistie peut être dit Manhu : Qu’est-ce que cela ? Et jamais assez selon sa dignité ne peut être expliqué : Qu’est-ce que cela ? J’ai l’intention de dire beaucoup de choses pour la recommandation d’un si grand Sacrement, mais je m’écarterais du but proposé si, laissant la figure, je poursuivais l’explication de l’excellence de ce qui était figuré.

La Manne fut appelée pain du ciel, Sagesse 16, parce qu’elle était donnée du ciel ; en ce sens véritablement l’Eucharistie peut être appelée pain du ciel, qui est le pain qui descend du ciel. La Manne fut appelée pain des Anges, Sagesse 16, non parce que les Anges en mangeaient, mais parce qu’elle était donnée par le ministère des Anges ; ou parce qu’elle était tenue pour un pain plus noble que celui qui était ajouté par les hommes. Ô combien véritablement l’Eucharistie peut être appelée pain des Anges, non parce qu’elle nous est donnée par le ministère des Anges, mais parce que les Anges eux- mêmes de ce pain, sinon sacramentellement, du moins spirituellement mangent, lorsqu’ils l’adorent.

La Manne fut appelée pain de Dieu selon la coutume de l’Écriture, ou selon la propriété de la langue hébraïque, afin que les choses qui dans chaque genre sont les plus excellentes soient dites de Dieu, comme montagne de Dieu, maison de Dieu, ainsi pain de Dieu. Mais l’Eucharistie est véritablement le pain de Dieu, non parce que Dieu en mange, mais parce qu’en lui nous mangeons Dieu. Argūe- qui

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Or donc, en ce qui concerne la chose elle-même : nous reconnaîtrons comme accomplies dans le Sacrement de l’Eucharistie presque toutes ces choses qui furent figurées dans la Manne.

La Manne en effet fut donnée au peuple seul dans le désert, pendant qu’il tendait vers la terre de promission ; mais lorsque le peuple fut arrivé dans la terre de promission, la Manne ne fut plus donnée au peuple ; parce que la terre coulait de lait et de miel : ainsi aussi l’Eucharistie nous est donnée seuls dans la solitude de cette vie, pendant que nous tendons vers la terre de promission. Et lorsque nous serons entrés dans la terre de la promission céleste, la Manne cessera.

La Manne était un aliment très doux, ayant en soi toute délectation et toute saveur de douceur ; mais pour les bons seulement : car chose admirable à dire, elle servait à la volonté de chacun, dans la bouche de chacun (selon la volonté propre de chacun) elle avait saveur, et elle se transformait en ce que chacun aurait voulu : ainsi Sagesse 16 et Augustin, épître 118 à Januarius, chap. 3.

Mais aux méchants elle paraissait insipide, c’est pourquoi il disait : Notre âme a du dégoût pour cette nourriture très légère. Augustin, livre des Rétractations, chap. 20.

Ainsi l’Eucharistie pour les bons. Ô combien douce est cette nourriture, rapportant tous les charismes des grâces, afin qu’elle n’ait pas saveur pour les méchants, qui ont du dégoût pour cette nourriture.

La Manne n’était recueillie que les jours de marche, elle n’était pas recueillie le Sabbat : ainsi ce vénérable Sacrement est recueilli dans les jours de marche de cette vie, dans ce Sabbat délicat du repos céleste il n’est pas recueilli.

Cependant en cela cette Manne céleste l’emporte sur la Manne judaïque, parce que celle-ci est aliment non seulement du corps, mais aussi de l’âme. La Manne judaïque préservait seulement de la maladie corporelle, mais la vraie Manne guérit de la maladie de l’âme. C’est pourquoi notre Sauveur a dit : Non comme vos pères ont mangé la Manne dans le désert, et ils sont morts : celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Dont le sens efficace est que ce pain du Christ surpasse la Manne en ceci : parce que la Manne ayant été instituée pour soutenir la vie corporelle, elle ne pouvait cependant pas soutenir pour l’éternité ; ce pain a été institué pour soutenir la vie de l’âme, et il la conserve éternellement.

La verge d’Aaron a fleuri, c’est-à-dire la dignité de l’Église, etc. Admirable est l’élévation de l’Église et l’étendue de sa puissance, qui est belle comme la lune, choisie comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ; laquelle, à l’image de la hiérarchie céleste, resplendit dans tout l’univers comme le soleil, dont l’ampleur et l’excellence ont pour témoins parmi les auteurs les plus reçus Jean de Turrecremata, livre De Ecclesia, Alexandre de Turrecremata, livre du rayon éclatant de la hiérarchie militante de l’Église, Thomas Bozius, livre sur le droit de l’état de l’Église, de sa puissance et de sa liberté, Isidore Mosconius, livre sur la majesté de l’Église militante, le Cardinal Bellarmin, tome 1 des Controverses.

Dans cette poitrine sacrée fut accompli ce sacrifice, etc. Qu’entendons-nous que nous lisons qu’un sacrifice fut immolé dans la poitrine sacrée ? Est-ce dans la poitrine, et non plutôt sur la croix, alors qu’il est certain que le Christ sur la croix s’est offert lui-même immaculé à Dieu ? Car si, Pontife assistant des biens futurs, par un tabernacle plus grand et plus parfait non fait de main d’homme, non par le sang des taureaux ou des veaux, mais par son propre sang, il s’est offert lui-même et est entré une fois dans le sanctuaire, ayant obtenu une rédemption éternelle.

Mais puisque la poitrine du Christ Seigneur a été le véritable temple, dont le Christ a dit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai : or il parlait du temple de son corps. Faudra-t-il penser que ce temple sacré ait été totalement privé de toute victime ? Afin donc d’expliquer toute la chose brièvement, il faudra observer que parmi les sacrifices que le Christ vrai prêtre a offerts, l’un fut sanglant, mais plusieurs autres furent non sanglants.

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Ce sacrifice sanglant fut celui par lequel le Christ, prêtre et victime, s’est offert lui-même sur l’autel de la croix, pacifiant toutes choses par le sang de sa croix ; et cela fut consommé non dans sa poitrine, mais sur la croix ; dans ce sacrifice le Père, comme immolant principal, portait en sa main le feu et le glaive ; le Christ lui-même, prêtre, le bois et la victime. La victime donc est le corps ; le temple est le mont du Calvaire ; l’autel, la Croix ; le glaive, le clou et la lance.

Les sacrifices non sanglants que le Christ offrit à Dieu le Père furent très nombreux. L’un est le sacrifice de justice, dont David dit au Psaume 5 : Offrez un sacrifice de justice. Il consiste en ceci : que quelqu’un vive justement et pieusement ; en quoi chacun vivant justement et heureusement est prêtre ; cela le Christ l’a offert au Père.

Un autre est le sacrifice par lequel quelqu’un s’offre lui-même à Dieu et rapporte tout ce qui est sien à lui, soumettant sa volonté et sa non-volonté à la loi de Dieu ; dont parle l’Apôtre Pierre, première de Pierre 2 : Offrez à Dieu des hosties spirituelles en odeur de suavité. Et cela le Christ l’a offert à Dieu au premier instant de sa conception en odeur de suavité.

Le troisième fut le sacrifice de louange, dont David dit au Psaume 49 : Immole à Dieu un sacrifice de louange.

Le quatrième sacrifice, non sanglant certes mais tendant cependant vers le sanglant, est celui que le Christ offrit souvent et très souvent au Père, lorsqu’il s’offrit lui-même au Père pour être condamné à la mort de la croix, prêt à recevoir volontairement la Croix, la Passion, et les autres douleurs et ignominies ; lequel sacrifice n’était pas sanglant, sinon en tant qu’il était étendu sur la Croix ; il le poursuivait aussi en esprit ; et il accomplissait la même chose que Numa Pompilius avait prescrit d’observer dans les sacrifices des Romains, lui qui ordonnait que, le prêtre étant prêt pour le sacrifice, le héraut criât à la trompette : HOC AGE.

Tous ces sacrifices furent donc immolés dans la poitrine du Christ, dans lesquels le prêtre est le Christ lui-même ; le temple, la poitrine ; l’autel, le cœur ; la victime, la volonté ; le feu, la charité ; l’encens, l’action de grâces.

Car alors, tandis que les mains, les bras, les pieds et tout le corps étaient étendus sur la Croix, ravi en Dieu par l’esprit, il frappait plus ardemment par l’esprit le cœur du Père que les Centurions et les soldats ne frappaient le Christ avec les clous. Alors le Seigneur fut odoranté d’une odeur de suavité. Alors il élevait les mains comme un autre Moïse, afin qu’Amalec fût vaincu ; lorsque les mains de Moïse tombaient de lassitude, Dieu n’était pas apaisé, et Israël était vaincu ; lorsque les mains de Moïse étaient levées, Dieu était apaisé, et Israël vainquait. Exode 17. C’est pourquoi Aaron et Hur soutenaient les mains tombantes de Moïse. Ainsi aussi, afin que l’impie Amalec ne se glorifiât pas contre nous comme vainqueur, le vrai prêtre est le Christ, qui élève les mains, afin qu’elles ne tombent pas, soutenues par les clous ; et Dieu étant apaisé, il nous a accordé la victoire sur l’ennemi Lucifer.

Car ce sacrifice et cette élévation des mains, etc. Autorité vraiment remarquable et illustre, qui doit être expliquée avec soin par nous en ce lieu. Le sacrifice vespéral est donc appelé sacré selon une certaine raison solennelle, et très vénérable entre tous ; en ce lieu le rapporte Michel Angrianus, autrement Auteur inconnu, et Jean Baptiste Florent, et avant eux saint Augustin au Psaume 140. Le sacrifice vespéral est dit en effet par différence du sacrifice matutinal ; car ces deux se regardent mutuellement, le soir et le matin. C’est pourquoi en Exode 29 et Lévitique 23 sont institués certains sacrifices du matin, d’autres du soir. Et si dans d’autres choses celles du matin ou lumineuses sont plus splendides, ainsi aussi les sacrifices sont jugés paternels ; c’est pourquoi saint Augustin, livre 2 de la Genèse à la lettre inachevé, et aussi dans d’autres livres qu’il a écrits sur la Genèse, au début de sa conversion contre les Manichéens ; de même dans le livre 11 de la Cité de Dieu, chapitres 7 et 29 ; de même dans le dialogue avec Orose de 65, quæ—

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Moralia, chap. 1 ; Cyrille, livre 3 sur Jean, chap. 34 ; Jérôme sur les Psaumes 21, 29, 57 ; Augustin sur les Psaumes 5, 11, 54 ; Arnobe ; Cassiodore sur le Psaume 1 ; cependant dans les sacrifices, d’une manière admirable, comme plus remarquable par vénération et piété, le vespéral est préféré : car à Daniel aussi une vision céleste est accordée à l’heure du sacrifice vespéral. Daniel 9 ; et à Esdras sont révélés des mystères au temps du sacrifice vespéral, 1 Esdras 9 et 3 Esdras 8.

Quelle est la cause de cela ? Assurément combien ici fleurit une abondance de mystères, si les sacrifices du matin et ceux du soir devaient être expliqués comme ils sont transmis au Lévitique 28, mais nous faisons autre chose.

Entre-temps donc, dans le sacrifice vespéral du Christ, sacrifice du monde déclinant vers le soir, je reconnais dans les sacrifices vespéraux de l’Ancienne Loi, comme Augustin le reconnaît au Psaume 140, Ambroise livre 1 sur Abraham chap. 6, Basile au Psaume 29, Jérôme au même endroit et en Matthieu 26, Hilaire canon 14 sur Matthieu.

Dans ce sacrifice vespéral donc fut faite l’élévation des mains sur la Croix ; et lorsque le Christ priait avec un grand cri et des larmes, alors la prière fut dirigée comme un encens en présence du Seigneur, et l’élévation des mains comme sacrifice vespéral. Hébreux 5.

Mais de ce même intérieur, qui apparaissant dans cette poitrine, etc. Par lesquels ce passage est communément expliqué par les Pères au sujet de l’effusion des mains et des pieds par les clous, ou du côté par la lance, comme Jean Apocalypse 1 et Jean chap. 19 disant : Ils verront celui qu’ils ont transpercé. Tant de toutes les plaies du Christ, et selon l’explication donnée par saint Augustin, cela peut être compris : car ils ne l’ont pas seulement transpercé par les clous et la lance, mais ils l’ont aussi percé par des fouets garnis de pointes, et l’ont accablé d’ignominies, comme nous l’avons montré abondamment plus haut au chapitre 5.

Je viens en effet au très sacré cœur de ce genre, etc. Les effusions sanguinolentes du bourreau flagellant le Christ supporteront à peine un cœur humain sans qu’il n’éclate en larmes, tant ils frappaient durement le Christ flagellé, de sorte que la poitrine s’effondrait. Déjà en effet sous les fouets les entrailles du misérable corps se liquéfiaient, selon une ancienne manière de parler. Horace livre 1 satire 3 : horribile scidit flagello.

Et Epo. Ode 4 : Sectus flagellis triumviratibus, Præconis ad fastidium.

Saint Cyprien, livre des lapsi, dit : Mais lorsque les très durs Juifs, redevenus acharnés, alors qu’ils étaient déjà fatigués, si les fouets ne frappaient plus, maintenant ils brisaient avec des bâtons, etc.

Peut-être cela aussi peut-il être recueilli de ce passage de Jean 19 : Jésus donc, flagellé, il le livra pour être crucifié. Et que par cette cruauté les impies aient exercé des bourreaux contre le Christ, nous pouvons facilement le prouver par sainte Brigitte : car ainsi elle entendit la Bienheureuse Mère de Dieu parlant, livre 1 chap. 10 : Vois son corps flagellé et battu jusqu’aux os, de sorte que ses os apparaissaient. Et parce qu’amères étaient, parce que trois fois s’étaient abattus les fouets, ses chairs étaient taillées par les fouets. De sorte que tout mon fils, sanglant, se tenait ainsi, qu’il n’y avait en lui aucune partie saine, ni rien en lui qui fût frappé sinon la chair ; et livre 4 chap. 70 : Mon fils entouré d’une colonne épineuse, et fixé par des fouets garnis de pointes, et frappé à plusieurs reprises non en arrachant mais en déchirant, tout son corps était ensanglanté ; et livre des révélations extraordinaires chap. 50 : Le Christ parle ainsi : Vois-moi très patient dans la flagellation de tous mes membres. La douleur augmenta, considérée la délicate complexion du Christ ; car ainsi la Bienheureuse Vierge dit chez sainte Brigitte, livre premier, chapitre dix : Mon cher fils était si tendre et délicat, que jamais—

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Puisque dans la Sindon porteuse du Christ la poitrine du Christ Seigneur est si cruellement et si violemment déchirée et lacérée, et que les témoignages transmis par le saint Père attestent que la poitrine du Christ fut déchirée. Que diront ceux qui, ne considérant que peu de choses, affirment facilement en disant que, dans la flagellation, bien que tout le corps fût couvert de fouets, la poitrine cependant n’avait pas coutume d’être frappée par les fouets ?

Un exemple : le grand pectoral est appelé Rationale, etc. Le lieu exige de moi, par la vertu de ce Rationale, que je traite du nom, puisque, quant à la chose même, il diffère. Le Rationale était donc un insigne ornement du Souverain Pontife des Juifs, qui en hébreu, dans un autre nom sous lequel il était porté par le Souverain Pontife des Hébreux, était appelé Osen, c’est-à-dire pectoral, car il était porté sur la poitrine. En grec cependant en grec λογῖον, ce qui en latin était appelé Rationale d’après l’office ou l’effet, parce qu’il produisait un jugement dans la raison du Souverain Prêtre. On l’appelait aussi Rationale du jugement, parce que dans la raison du Pontife il faisait rayonner correctement le jugement sur les choses difficiles. Cependant Augustin, livre 2, questions sur l’Exode, chap. 116, dit que les Latins ont interprété Rationale par pauvreté de langue. Le Grec a en effet λογῖον, non λογικόν ; or nous avons coutume d’appeler Rationale ce que les Grecs appellent λογικόν ; mais puisque λόγος en langue grecque est ambigu, signifiant soit parole soit raison, parce que c’est le nom des deux choses, on a estimé qu’il dérivait du mot λογῖον. Certains ont interprété par Eloquium ; mais les nôtres ont plutôt interprété Rationale comme dérivé de raison.

Sa forme est décrite en Exode 28, où nous lisons ainsi : Tu feras aussi le Rationale du jugement en ouvrage brodé, selon le tissage de l’Éphod, d’or, d’hyacinthe, de pourpre, d’écarlate doublement teinte, et de fin lin retors. Il sera quadrangulaire, ou carré, et double ; il aura la mesure d’une paume tant en longueur qu’en largeur ; et tu y placeras quatre rangées de pierres : au premier rang sera le Sardoine, et la Topaze, et l’Émeraude.

Au second, le Carbuncle, le Saphir et le Jaspe. Au troisième, le Ligur, l’Agate et l’Améthyste. Au quatrième, le Chrysolithe, l’Onyx et le Béryl, enchâssés dans l’or selon leurs rangs. Et tu auras les noms des fils d’Israël, et sur les douze noms seront gravées chacune des pierres, selon les noms de chacun des douze tribus. Tu feras dans le Rationale des chaînes s’entrelaçant l’une à l’autre d’or très pur, et deux anneaux d’or, que tu placeras aux deux sommets du Rationale, et tu joindras les chaînes d’or aux anneaux qui sont à ses bords. Et tu attacheras les deux extrémités des chaînes à deux crochets de chaque côté de l’Éphod qui regarde le Rationale ; et tu feras deux anneaux d’or, que tu placeras au sommet du Rationale, aux bords qui sont du côté de l’Éphod et de sa partie postérieure et au-dessous. Et tu lieras le Rationale à ses anneaux avec les anneaux de l’Éphod par un cordon d’hyacinthe, afin que la jointure demeure fixée, afin que le Rationale et l’Éphod ne puissent être séparés l’un de l’autre. Et Aaron portera les noms des fils d’Israël dans le Rationale du jugement sur sa poitrine, lorsqu’il entrera dans le Sanctuaire. Tu mettras dans le Rationale du jugement la doctrine et la vérité, qui étaient sur la poitrine d’Aaron lorsqu’il entrait devant le Seigneur, et il portait le jugement des fils d’Israël sur sa poitrine en présence du Seigneur toujours. Scholastiquement, dans le Pentateuque hébraïque, d’après les commentaires des Rabbins sur le chapitre 28 de l’Exode, ils disent en effet que ce que nous traduisons par Pectoral, qui devait être porté sur la poitrine du Souverain Prêtre, était le vêtement suprême et le plus digne parmi les vêtements sacerdotaux, comme l’Arche était suprême parmi les vases du tabernacle, et par l’un et l’autre des réponses divines étaient données. Et ce Pectoral avait pour ornement, outre les douze pierres et les noms des fils d’Israël inscrits sur elles, l’Urim et le Thummim, qui signifient lumière et perfection, par lesquels des réponses divines étaient données au Souverain Prêtre. Mais quelles furent ces choses, nul mortel ne le sait. Certains des Juifs pensent qu’il y avait écrit quelque chose de divin, ou certains noms sacrés ; d’autres pensent qu’il s’agissait de pierres très lumineuses.

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dans lesquelles le Souverain Prêtre voyait parfaitement le jugement des fils de Dieu. D’autres pensent autrement et débitent beaucoup de choses vaines sur ces matières. Il me plaît ce qu’écrit Rabbi Salomon, à savoir que non seulement nous ne pouvons prononcer quelle fut la chose d’Osè, mais pas même quelle fut la forme de l’Éphod. Voilà ce que dit le Scholiaste là. Et au chapitre 29 de l’Exode il ajoute d’autres choses très indignes, disant qu’Aaron revêtu des vêtements pontificaux représentait le Tabernacle et tous ses vases. Le Pectoral du jugement représentait l’Arche : car il avait des pierres gravées, comme celle-là contenait des tables de pierre. Ils avaient l’inscription Urim, comme celle-là la loi écrite. L’Éphod représentait le Propitiatoire, car il avait deux pierres d’Onyx, comme celui-là avait deux Chérubins. La lame qui portait l’inscription de la sainteté du Seigneur représentait la Gloire du Seigneur qui habitait dans le Tabernacle, et ainsi des autres.

Dans ce Rationale était très admirable ce que le Seigneur a dit : Tu mettras dans le Rationale du jugement la doctrine et la vérité. En hébreu ותמים ואתורים que certains ont traduit doctrine et vérité, d’autres manifestation et vérité, d’autres lumière et perfection. Bellarmin, livre 4 du Souverain Pontife chap. 3, dit que ces mots Urim et Thummim étaient inscrits dans ce Rationale, ce qu’il confirme par l’autorité de saint Augustin sur l’Exode. Tostat question 12 et question 16 sur le chapitre 28 de l’Exode lit lumières et intégrités. Or le Rationale était d’un tissu doublé, afin qu’il fût plus solide pour supporter le poids des pierres. Tostat ajoute encore une autre cause d’après Rabbi Salomon : parce qu’entre les plis du Rationale était placée une lame d’or avec le nom de Dieu inscrit, le Tétragramme. Une troisième chose très ridicule et futile ajoute Rabbi Abraham, car il dit qu’à l’intérieur des plis du Rationale étaient placées deux lames, l’une d’or, l’autre d’argent, faite à la manière d’un astrolabe. De là un autre Rabbi Abben Ezra conclut que de ces lames ils recevaient quelque forme d’astrolabe.

Cette opinion doit d’autant plus être jugée impie que toutes ces choses tendraient à rapporter les événements aux configurations des astres. D’autres, mais infectés d’impiété, Rabbins des Juifs, disaient que dans ces mêmes plis était contenue une lame d’or sur laquelle étaient inscrits les noms des douze tribus d’Israël, et avec chaque nom le nom d’une étoile, ou constellation, ou d’un ange qui conserverait la mémoire de cette tribu devant Dieu. Ainsi le rapporte Tostat question 12 sur le chapitre 28 de l’Exode. D’autres disaient que sur cette lame étaient inscrits divers noms de Dieu, les uns de soixante-douze lettres, d’autres de trente-deux lettres, d’autres de quatorze lettres, et d’autres ont inventé plusieurs autres folies. Mais ce qu’était cet Urim et Thummim, tous ne l’expliquent pas d’une seule et même manière. Certains disent que c’était un éclat provenant de l’inscription des pierres, sortant par leur splendeur. D’autres un éclat naissant de l’inscription du nom de Dieu Très Bon Très Grand, Iehouah. D’autres de la percussion des lames à la manière du cercle lacté. Sur cette matière il faut lire Philon à l’endroit cité, Lyranus sur le chapitre 28 de l’Exode, Pierre Galatin livre 1 des Arcanes de la Sainte Écriture chap. 6, Sixte de Sienne livre 2 de la Bibliothèque Sainte, la Grande Histoire Scholastique sur l’Exode chap. 64, Chrysostome discours 3 contre les Juifs, Tostat au lieu cité, Josèphe Flavius livre 3 des Antiquités chap. 13, qui avec Tostat question 15 sur le chapitre 28 de l’Exode disent que cet éclat cessa environ deux cents ans avant la destruction de la ville de Jérusalem faite par Titus Vespasien. Pour moi, en chose incertaine, je dirai plutôt ce que je ne crois pas que ce que je crois. Je ne puis donc être amené à croire que cet Urim et Thummim fût un éclat, ou miraculeusement placé en lui par Dieu, ou scintillant par répercussion des gemmes, parce que ces paroles de Dieu Exode 28 : Tu mettras aussi dans le Rationale du jugement la manifestation et la vérité, semblent indiquer qu’en dehors des pierres il y avait là quelque chose d’autre que Moïse pouvait ajouter. Mais ce que cela était, le dire témérairement—

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Je ne veux pas divaguer sur les choses divines, mais plutôt rapporter ce que j’ai cité plus haut d’après le Scholiaste, à savoir qu’il y avait en elles beaucoup de choses qui nous sont entièrement inconnues. Ainsi témoigne aussi Hicab Oleaster sur le chapitre 28 de l’Exode. Augustin, livre 2 des questions sur l’Exode, question 117, dit : Tu mettras dans le Rationale du jugement, etc. Que veut dire cela, ou dans quelle chose, ou dans quel métal la démonstration et la vérité étaient placées sur le Rationale ? Car il est difficile de trouver de telles choses dites dans le vêtement du Prêtre, qui se font corporellement. Cependant certains ont fabulé qu’il y avait une pierre dont la couleur se changeait soit en adversité, soit en prospérité, lorsque le Prêtre entrait dans le Sanctuaire ; et que c’est cela qu’il dit : Aaron portera les jugements des fils d’Israël sur sa poitrine, montrant évidemment dans cette démonstration et vérité ce que le Seigneur jugeait d’eux. Quoique l’on puisse entendre la Démonstration et la Vérité comme des lettres placées sur le logion. Quoi qu’ait été finalement cet Urim et Thummim, je le tiens pour incertain. Cependant je vois reçu par le commun consentement de tous que dans ce Rationale du jugement, chaque fois qu’une question grave surgissait dans le peuple, si le Souverain Pontife y jetait les yeux, il était illuminé et reconnaissait, Dieu révélant, la vérité de ce qui devait être fait. Car puisque les lèvres du prêtre garderont la science, et que les peuples demanderont la loi de sa bouche, il convenait bien davantage que le Souverain Prêtre possédât une sagesse supérieure et plus éminente que celle des autres.

Ce Rationale donc, travaillé avec tant d’art, répandu de tant et de si grands mystères, figurait la poitrine du Seigneur Christ. Et nos Prélats ont expliqué plusieurs de ces mystères, enseignant que dans la pourpre est figuré le sang, dans les gemmes l’amas des plaies. Nous allons donc poursuivre chacune. Dans la blancheur du lin, la pureté de la vie ; dans l’hyacinthe, l’innocence de la vie céleste ; dans l’or, la sagesse ; dans la pourpre, le sang ; dans l’écarlate doublement teinte, reconnaissons les plaies ajoutées aux plaies. Ainsi nous reconnaîtrons le Bien-aimé blanc et vermeil. Si nous ne disons que dans la pourpre est figuré le sang, dans l’écarlate les plaies, dans l’hyacinthe les meurtrissures, dans le lin les os mis à nu, dans l’or les contusions.

Dans le Rationale il y avait douze pierres : la première était le Sardoine ou Sardonyx, que Josèphe, livre 3 des Antiquités, chap. 13, loue admirablement. Pline livre 37 chap. 6, Isidore livre 6 des Étymologies chap. 5, Tostat sur le chapitre 28 de l’Exode à ce passage, Aréthas sur le chapitre 4 de l’Apocalypse, disent que c’est ce que nous appelons cornaline, comme la terre rouge, dont ils célèbrent la grande vertu, afin qu’elle conduise à la joie et fasse fuir la crainte. Dans cette pierre saint Grégoire, livre 17 des Morales chap. 29 et 30, reconnaît la Croix et la Passion du Christ. Car elle est comme la terre rouge dont fut formé le premier Adam, pour lequel le second Adam a souffert. Dans la poitrine du Christ elle nous indiquait les écorchures sanglantes : en elle était gravé Ruben le premier-né, qui étant monté sur la couche de son père, en rapporta de lui une bénédiction amèrement diminuée : Tu ne croîtras pas ; dont l’incontinence fut châtiée par l’écorchure des fouets, afin que Ruben, qui signifie fils de vision, puisse dire avec Jérémie : Tu m’as châtié, Seigneur, et j’ai été instruit.

La seconde pierre est la Topaze, de couleur dorée, qui exposée au soleil brille d’une double lumière par sa clarté, très célèbre dans les Écritures, Psaume 118 : J’ai aimé tes commandements plus que l’or et la topaze. Elle est très efficace contre la frénésie ; cette pierre signifie la sagesse ou l’intelligence céleste demeurant dans la poitrine du Christ, comme l’enseigne Lyre au même endroit et Aréthas d’après les Collectanées des Pères sur le chapitre 21 de l’Apocalypse. C’est pourquoi en elle était inscrit la tribu de Siméon. Car Siméon signifie audition par laquelle nous recevons la sagesse céleste.

La troisième pierre est l’Émeraude, surpassant toutes les pierres par sa verdure d’herbe, et pour cela elle recrée surtout la vue, se réjouissant par sa couleur verte comme la plus tempérée de toutes. Elle est très efficace contre la maladie caducque ; c’est pourquoi elle semble signifier pour d’autres la Croix du Christ :

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car la couleur verte est celle de l’espérance ; dans la poitrine du Christ elle exprime les meurtrissures. C’est pourquoi sur cette pierre est inscrit la tribu sacerdotale de Lévi, qui doit se glorifier dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. Car Lévi signifie accès et signifie assumé, afin que nul ne s’attribue l’honneur, mais celui qui est appelé de Dieu comme Aaron. Et ceux-ci étaient les pierres du premier ordre.

La quatrième dans le second ordre était le Carbuncle, pierre de couleur de feu. Car au-dessus des autres, comme un charbon ardent il rayonne, afin même de vaincre les ténèbres de la nuit ; dans la poitrine du Christ il montrait les plaies, mystiquement le discours enflammé. Cela au chapitre 54 d’Isaïe. Ambroise, livre 1 du Paradis chap. 3 le montre. Sur cette pierre était inscrite la tribu de Juda : car Juda signifie confession ; à celle-ci la sincérité de la vérité est manifeste.

La cinquième pierre était le Saphir de couleur céleste, fortifiant beaucoup le cœur ; dans la poitrine du Christ le Saphir exprime les meurtrissures et les craintes ; mystiquement il signifie la conversation céleste ou les secrets de Dieu selon Grégoire homélie 5 sur Ézéchiel, chez Rupert aussi sur le chapitre 16 d’Ézéchiel. Sur cette pierre est inscrite la tribu de Dan, qui signifie jugement ; car les jugements de Dieu sont cachés.

La sixième pierre, le Jaspe, pierre forte et dure, verte, veinée et aspergée de sang, ayant vertu pour comprimer le sang, dans la poitrine du Christ signifie les tumeurs livides ouvertes par les coups de fouet ; mystiquement il montre les grâces célestes, comme Grégoire 18 Morales chap. 20 et homélie 18 sur Ézéchiel le montre. Sur cette pierre est inscrit la tribu de Nephtali, qui signifie implication ou habitation impliquée ; car celle-ci fut la première allégée par les grâces célestes, la terre de Zabulon et la terre de Nephtali ; et ces pierres étaient dans le second ordre.

La septième pierre était dans le troisième ordre le Ligur, de couleur intermédiaire entre l’or et l’argent, ayant une très grande vertu d’attraction, au point d’attirer même les pailles. Dans la poitrine du Christ elle exprime les meurtrissures ; mystiquement elle dénote l’innocence céleste qui nous attire afin que nous répandions le parfum de ses onguents. Sur cette pierre était inscrite la tribu de Gad, qui signifie le voleur ceint, afin qu’il apprenne à saisir et ravir la proie céleste.

La huitième pierre était l’Agate, noirâtre mais entourée de veines blanches et resplendissant de couleurs variées, ayant vertu pour apaiser les tempêtes et chasser les songes ; dans la poitrine du Christ exprimant les peines multipliées ; mystiquement la justice légale, dans l’étreinte de laquelle les autres vertus sont unies. Sur elle était inscrite la tribu d’Aser, qui signifie opulence et béatitude, laquelle consiste dans l’assemblage des vertus.

La neuvième était l’Améthyste, rappelant la couleur du vin et tendant vers la violette, résistant à l’ivresse. Dans la poitrine du Christ elle signifie l’innocence de la chair aspergée de sang ; mystiquement elle est hiéroglyphe de la virginité et de la pudeur. Sur elle était inscrite la tribu d’Issachar, qui comme un âne fort porta le joug aux palissades, et ses récoltes rougies de vin signifient donc la mémoire de la récompense, déposant comme une auréole de Virginité au ciel ; et celle-ci dans le troisième ordre.

La dixième dans le quatrième ordre était le Chrysolithe, comme une pierre dorée, car elle brille d’une couleur d’or, elle resplendit la nuit ; elle signifie les gouttes vives de sang dans la poitrine du Christ ; mystiquement selon Jérôme au chapitre 10 de Daniel elle signifie la chasteté. Sur elle est inscrite la tribu de Zabulon, qui signifie flux de nuit ; car nous surmontons le flux de la nuit par la chasteté.

La onzième pierre était l’Onyx, rappelant la couleur de l’ongle animé ; ainsi il blanchit en rougissant et rougit en blanchissant, il possède une vertu spéculaire afin de nous montrer toutes les espèces des choses ; et celle-ci indique dans la poitrine du Christ la maigreur ; mystiquement la conversation céleste. Sur elle était inscrit Joseph, en qui la chasteté resplendit, afin que nous devenions célestes par la conduite chaste comme fils de Dieu.

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La douzième et dernière pierre était le Béryl, pierre verte mais pâle, qui favorise l’amour conjugal ; dans la poitrine du Christ indiquant des meurtrissures plus légères ; mystiquement la sobriété ; sur elle était inscrit Benjamin, qui signifie fils de la droite, car par la sobriété nous vivons nos années ; et que cela suffise brièvement au sujet des pierres.

Que le Rationale fût composé d’un tissu doublé, travaillé en ouvrage brodé, qui les tournait vers la poitrine, celles qu’il montrait extérieurement aux autres aux portes, cela déclarait assurément que les mêmes vertus devaient être présentes dans la poitrine du Prêtre qu’il montre aux autres, afin qu’il ne simule pas par hypocrisie ou fausse ostentation une chose dans l’œuvre et en porte une autre dans le cœur.

Dans le Rationale resplendissaient admirablement Urim et Thummim, c’est-à-dire doctrine et manifestation ; car dans le Christ étaient tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. 1 Coloss. 2. La doctrine est en effet la sagesse procédant du Docteur et se répandant vers les autres, ce qui exprime surtout la sagesse du Christ : Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, etc. Car il nous a été donné comme Docteur et Pédagogue, comme l’expose longuement Clément d’Alexandrie dans le livre qu’il a intitulé le Pédagogue. Dans la poitrine du Christ étaient en effet la Doctrine et la Manifestation : c’est-à-dire que celui qui était appuyé sur la poitrine du Christ au repas, comme l’Évangile le rapporte au sujet du sein du Seigneur, et disait du Christ lui-même : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, et des fleuves d’eau vive couleront de son ventre. Heureux celui que tu instruis, Seigneur, et que tu enseignes de ta loi.

Au sujet de ce Rationale du jugement, Hugo de Saint-Cher parle ainsi au chapitre 4 de l’épître aux Romains sur ce passage : ayant la forme de la science et de la vérité. Pour signifier cela, dit-il, il est dit Exode 28 : Tu mettras dans le Rationale du jugement la doctrine et la vérité, qui étaient dans la poitrine d’Aaron. Le Rationale du jugement signifie l’autorité ou l’office d’enseigner ; il doit en effet avoir la Doctrine, la Vérité, et cela dans la poitrine, et non seulement sur les lèvres la doctrine, ni—

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au livre sur l’Exode chap. 21, d’après la doctrine des Rabbins, que dans les couleurs de l’Éphod et du Rationale sont connus les quatre éléments dont toute la masse du monde était constituée. Et chap. 22 : le Rationale, dit-il, placé au milieu de l’Éphod, signifie la terre, qui, bien qu’elle ait tout en elle comme un point, est cependant couverte par les autres éléments. Les douze pierres sont interprétées comme le cercle du Zodiaque ou les douze mois. Et chap. 23, il explique mystiquement cela du Christ, qu’il porte dans sa poitrine le Rationale du jugement, parce qu’en sa présence il a tous les noms écrits, et les demeures préparées depuis l’origine du monde proportionnées aux mérites de chacun.

Qu’y a-t-il donc d’étonnant si Iaddus, souverain Pontife des Juifs, revêtu de ces ornements mystiques, la puissance divine coopérant avec lui, ait eu tant d’influence auprès d’Alexandre le Grand, qu’Alexandre, s’avançant avec fureur contre la nation des Juifs pour envahir Jérusalem et la détruire de fond en comble, ayant vu le souverain Pontife des Juifs Iaddus, fut tellement changé de cœur qu’ayant déposé toute sa fureur, se jetant à genoux, il adora le souverain Pontife ; et tandis que les chefs de l’armée d’Alexandre s’étonnaient et demandaient pourquoi, alors qu’il s’approchait de Jérusalem pour la soumettre et soumettre les Juifs à son empire, il avait été si soudainement changé, et que, lui qui n’adorait jamais personne, il adorât pourtant le Pontife des Juifs ? Il répondit que, avant d’entreprendre la guerre, il avait vu Dieu revêtu de ces vêtements, qui lui avait promis des victoires ; pour cette raison il l’avait adoré dans le Pontife des Juifs, et en reconnaissance il avait accordé aux Juifs des dons très grands et des privilèges, comme en témoigne Josèphe livre 11 des Antiquités chap. 8.

Tant que cette très précieuse thorax peinte en couleur éclatante, etc. Nous lisons souvent dans les Saintes Écritures le Livre de vie. Apocalypse 3 : Je n’effacerai pas son nom du livre de vie. Daniel 12 : En ce temps-là sera sauvé ton peuple, quiconque sera trouvé écrit dans le livre—

de vie. Philippiens 4 : Avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont écrits dans le Livre de vie. Apocalypse 13 : Ils adorèrent la bête, tous ceux dont les noms ne sont pas écrits dans le Livre de vie. Chap. 17 : Tous s’étonneront, dont les noms ne sont pas écrits dans le Livre de vie. Chap. 20 : Celui qui ne fut pas trouvé écrit dans le Livre de vie fut jeté dans l’étang de feu. Chap. 21 : N’entreront en elle que ceux qui sont écrits dans le Livre de vie de l’Agneau. Psaume 69 : Qu’ils soient effacés du livre des vivants. Nous lisons aussi souvent d’autres livres. Exode 32 : Ou efface-moi de ton livre que tu as écrit. Psaume 138 : Dans ton livre tous seront écrits. Et en vérité il doit nécessairement y avoir le Livre du jugement pour que l’avocat agisse correctement. C’est pourquoi Daniel 7 dit : Le jugement s’assit, et les livres furent ouverts. Rupert livre 1 sur la Trinité et ses œuvres chap. 32 dit : À bon droit les Anges qui président à cela sont appelés Chérubins ; et ils sont pleins de science ; car ils ont la pleine science de juger ; ils savent en effet ce qui est écrit dans le Livre de chacun de nous, ils ont bien gardé en mémoire ce que chacun de nous a fait de bien ou de mal. Chaque jour ils lisent individuellement, et d’une certaine manière un messager récite les livres dont il est écrit en Daniel : Le jugement s’assit, et les livres furent ouverts. Quels sont donc ces livres ? Sont-ils réellement en Dieu ou devant Dieu ? Saint Thomas, première partie question 24, enseigne très bien qu’en Dieu ces livres ne sont pas réellement, mais seulement métaphoriquement, car la connaissance même de Dieu est appelée Livre. Mais puisque l’Écriture adapte à nos capacités ce qui est de Dieu, et que nous ne connaissons presque avec certitude que ce que nous lisons dans un livre, nous posons des livres en Dieu. Nous lisons en Dieu plusieurs livres : certains à partir desquels tous doivent être jugés, Daniel 7 : Le jugement s’assit et les livres furent ouverts ; de ceux-ci l’Église chante : Le livre écrit sera présenté, dans lequel tout est contenu, d’où le monde sera jugé. La conscience est appelée Livre, dont on entend cette parole : Écris-les dans ton cœur. Et celle-ci : Non sur des tables de pierre, mais sur les tables charnelles de notre cœur. Jérôme sur Daniel chap. 7 et Grégoire 14 Morales chap. 9. Le Christ—

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Le Christ est appelé Livre scellé de sept sceaux ; il est écrit au-dedans et au-dehors ; ainsi Bernard, sermon 2 sur la Résurrection.

La Sainte Écriture est appelée Livre de Vie, car elle contient les paroles de Vie. À ce sujet explique François Zumel dans la première partie de saint Thomas, question 24, ce passage de l’Ecclésiastique 24 : Ceux qui m’éclairent auront la vie éternelle. Toutes ces choses sont le Livre de Vie et les autres monuments anciens ; cela s’entend de ce passage du Psaume 15 : Au commencement du Livre il est écrit de moi, c’est-à-dire au commencement et au principe des Écritures il est écrit de moi le Christ, selon ce passage de Jean 5 : Scrutez les Écritures et contemplez-les, car elles rendent témoignage de moi. Ainsi Arnobe sur le Psaume 39, Augustin homélie 4 sur l’Apocalypse, Rupert sur Isaïe chap. 34.

On appelle aussi Livres de Vie ceux dans lesquels notre vie est décrite ; puisque notre vie est triple, à savoir la vie de Nature, la vie de Grâce et la vie de Gloire, il y a donc aussi un triple Livre de Vie.

Le Livre de Vie de Nature est celui dont David parle au Psaume 68 : Qu’ils soient effacés du livre des vivants. Le Livre de Vie de Grâce est celui dans lequel les justifiés sont inscrits ; par cela même qu’ils sont en état de Grâce, ils ont droit à l’héritage de la Gloire ; dans lequel les hommes sont écrits selon la justice présente, et quant au péché lent ; cela s’entend de ce passage de l’Apocalypse 3 : Je n’effacerai pas son nom du Livre de Vie. Peut-être est dit aussi le Psaume 32 : Qu’ils soient effacés du livre des vivants et qu’ils ne soient pas écrits avec les justes.

Le Livre de Vie de Gloire est celui dans lequel les prédestinés sont inscrits, qui ne sont jamais effacés ; cela s’entend de ce passage de l’Apocalypse 21 : Ils n’entreront pas dans la cité céleste Jérusalem, sinon ceux qui sont écrits dans le Livre de Vie. Et celui de Philippiens 4 : Avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont dans le Livre de Vie. C’est pourquoi Augustin, livre 20 de la Cité de Dieu chap. 15, dit : Ce Livre ne rappelle pas Dieu, ni n’est trompé par l’oubli, mais il signifie la prédestination de ceux auxquels la Vie éternelle sera donnée. Car sa prescience elle-même est le Livre de Vie.

Il faut toutefois observer que, bien que plusieurs Livres de Vie soient lus, aucun Livre de mort n’est cependant lu ; mais celui qui n’est pas inscrit dans le Livre de Vie, par cela même il est compris qu’il ne vit pas, mais qu’il est mort ; ainsi l’explique Lyre. Anselme et Haimon sur Apocalypse chap. 3 disent que être effacé du Livre de Vie, c’est ne pas être écrit dans le Livre de Vie. Le docteur Jules Syrénus, homme très accompli en toute science et en tout genre, qui expliquait avant moi les dogmes de la Théologie sacrée au Gymnase de Bologne, observe dans son opuscule sur la prédestination et la réprobation, livre 1 chap. 37, que ceux qui ne sont pas écrits dans le Livre de Vie sont plutôt dits être inscrits sur la terre, selon ce passage de Jérémie 17 : Ceux qui s’éloignent de toi seront écrits sur la terre. Le saint Pontife dit donc par le pectoral du Christ rougi de sang que nous sommes décrits dans le Livre de Vie, j’entends le livre de Grâce et de Gloire, et même ce Livre de Vie qui est le Christ lui-même, scellé au-dedans et au-dehors ; car c’est en lui que nous sommes aussi décrits. Le Livre de Vie est la poitrine du Christ ainsi lacérée par les fouets ; dans ce Livre nous sommes inscrits non comme sur des tables de pierre, mais sur les tables charnelles du cœur du Christ, non avec de l’encre, mais avec son sang ; les caractères sont les horribles plaies par lesquelles, comme par des hiéroglyphes du salut, nous sommes aussi nommés, comme les noms des Tribus d’Israël dans la pierre précieuse du Rationale.

La doctrine en effet, parce qu’elle enseigne les manières par lesquelles nous pouvons nous offrir nous-mêmes, etc. Ô combien vaste et spacieux est le champ qu’elle nous offre pour disputer : car puisque la vie de l’homme sur la terre est une milice, des coups perpétuels et redoutables nous menacent, au dehors combat, au dedans crainte ; car nous souffrons une chose des ennemis, une autre des frères ; et nous combattons non seulement contre des ennemis ouverts, mais aussi contre des ennemis cachés ; et sur la voie du Seigneur sont pour nous des ennemis ceux que nous estimons amis ;

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Celui qui ne hait pas son père, sa mère, ses fils et ses sœurs n’est pas digne de moi. Hélas, nous sommes aussi ennemis de nous-mêmes ; c’est pourquoi le Christ dit : Celui qui aime son âme la perdra. Et encore : Celui qui hait son âme en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Quels sont donc les coups qui nous menacent, et contre lesquels nous sommes armés par cette très forte cuirasse qu’est la poitrine du Christ ?

Et comme Aaron portait les péchés de ceux qui offraient, etc. Lorsque le Seigneur décrivait un à un à Aaron les ornements par lesquels Aaron le sacrificateur devait exercer son ministère devant lui — les caleçons de pureté, l’éclat de la tunique serrée, la beauté singulière du vêtement hyacinthe, puis l’Éphod, le Rationale, la ceinture, la tiare, et la lame d’or sur son front — il commanda : Tu porteras, Aaron, les iniquités de ceux qui auront offert et sanctifié les fils d’Israël dans tous leurs dons et offrandes. Ce passage très obscur et difficile est remarqué par Jérôme d’après Oleaster, qui pense toutefois que tel est le sens : si dans les oblations et les dons offerts au Seigneur il y avait quelque péché, iniquité ou vice, Aaron en portera la peine, lui qui s’efforcera de toutes ses forces que les sacrifices offerts au Seigneur soient les plus purs. Hugues le Cardinal, suivant Bède, dit : Portera, c’est-à-dire emportera les iniquités ; c’est-à-dire les victimes offertes pour l’iniquité ; car Aaron recevra les dons afin d’emporter les péchés. Mais Tostatus, s’approchant davantage de notre sens, dit : Aaron portera les iniquités de ceux qui offrent, parce qu’il doit prier pour leurs péchés. De cette opinion ne s’écarte pas l’Interlinéaire, qui explique ainsi : Portera, c’est-à-dire Aaron enlèvera les iniquités. Le Scholiaste sur le Pentateuque : Afin qu’Aaron porte, c’est-à-dire qu’Aaron apaise l’iniquité de ceux qui sanctifient, afin qu’ils obtiennent la propitiation. Ainsi Aaron portait les péchés en tant qu’il offrait au Seigneur les péchés de ceux qui offraient pour obtenir la propitiation. Il convenait donc qu’il y eût pour nous un Pontife, saint, innocent, qui, s’approchant par lui-même de—

Dieu, obtînt la propitiation pour nos péchés, et portât nos péchés, comme le Christ les a portés. Isaïe 53 : Le Seigneur a mis sur lui les iniquités de nous tous. Isaïe au même endroit : Il a porté nos péchés dans son corps. Et encore Isaïe : En vérité il a pris nos langueurs et porté nos douleurs. Le Christ a donc porté les fautes de nos péchés, en tant qu’il a prié pour eux, et ayant supplié avec larmes et grand cri, il a été exaucé à cause de sa révérence, et pour les délits du monde il a abondamment satisfait en souffrant. Les peines de nos péchés, il les a prises sur lui, devenu homme de douleurs et connaissant l’infirmité ; il a été affligé pour nos fautes, par la meurtrissure duquel nous avons été guéris ; car il nous a réconciliés avec Dieu le Père dans son sang. Corinthiens 5.

Mais cette poitrine ainsi déchirée fut désignée dans la mystique figure du Temple, etc.

Si quelqu’un considère attentivement le corps du Christ Seigneur imprimé dans le linge, il découvrira une multitude infinie de coups de fouets, parce qu’ils s’entrecroisent mutuellement de telle sorte qu’en plusieurs endroits, surtout à la poitrine, ils produisent comme une sorte de texture de filet ;

car, comme il a été montré plus haut par le témoignage de la bienheureuse Vierge parlant à la glorieuse Brigitte, j’ai été flagellé avec des fouets munis d’aiguillons, ainsi ils frappaient le corps du Christ, de sorte que par les coups redoublés les fouets rendaient le corps du Christ sombre par de nombreuses tortures, effusions et blessures. Tandis que des plaies, des coups et des incisions s’ajoutaient, les blessures se multipliaient tellement que, par leur entrelacement et leur intersection mutuelle, elles formaient l’image d’un filet. Ainsi donc, considérant en esprit cette lamentable ressemblance des blessures en forme de filet, le Prélat rechercha dans les Écritures les figures correspondantes : il la trouva donc dans les ornements réticulés du Temple, et à juste titre. Car puisque le Temple fut la figure du Christ, comme l’enseignent Rupert et Jérôme sur Ézéchiel, et Hilaire dans le Canon sur Matthieu, les ornements réticulés signifient à juste titre les plaies du Christ, par lesquelles en forme de filet…

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Quelles furent ces ornements, il est facile de le voir : car Dieu en Exode 27 exige une chaîne d’airain en forme de filet ; 3 Rois 7, comme en forme de filet, et colonnes, et réseau, et péristyles, et chapiteaux. Il ne me paraît pas obscure figure de cette chose que Dieu se complaise tant aux filets des victimes. Exode 29 : Tu offriras le filet du foie en encens sur l’autel. De nouveau Lévitique 4, 7, 8 : il exigera les filets du foie ; et encore Lévitique 9 où Aaron posa les filets des victimes sur les poitrines des victimes. Un certain passage obscur se présente à moi, où je doute si cela contient ce que nous cherchons ; ce passage est Job 40 : Rempliras-tu de filets sa peau ? Car de même qu’un filet, qui est une sorte de réseau, est rempli de peau, ainsi la peau du Christ, lacérée de toutes parts par des ouvertures, est percée et creusée à la manière d’un filet. Je demeure toutefois dans le doute, car je n’ai pas d’auteurs que je puisse suivre, et il ne me plaît pas de forger de nouvelles explications des Écritures.

Mais les coups dans le cœur du Sauveur, etc. Tandis que le lecteur prudent lit ces choses, il pourrait penser par conjecture que le cœur fut véritablement frappé par les fouets : car pour le cœur, outre les barrières du foie, les côtes et le thorax en partie antérieure, la colonne et les côtes en partie postérieure, et aussi les bras à droite et à gauche sont donnés ; ainsi les coups de fouets ne pouvaient atteindre le cœur. Cependant le cœur souffrait d’une manière étonnante par la répercussion des contusions, et puisque les artères répandues dans tout le corps, tirant les esprits vitaux du cœur, étaient ébranlées par les fouets, elles infligeaient au cœur l’amertume de la douleur. Témoin la Bienheureuse Vierge Brigitte parlant livre 1 chap. 10 : Quelquefois la douleur des membres percés montait au cœur, qui était très sensible, et elle était tourmentée par des gémissements et une douleur incroyable et la passion. Et tout ce que la douleur ajoutait du cœur aux membres lacérés. Tu liras de nombreux témoignages du même genre chez saint Bernard, traité sur la Passion du Seigneur chap. 3, qui explique aussi ce passage : Mon cœur est devenu comme liquéfié au milieu de mon ventre.

De là chacun pourrait facilement conjecturer combien ont crû les douleurs de la Bienheureuse Vierge. Qui a mesuré la hauteur du ciel, qui a compté les étoiles, qui a mesuré la profondeur de l’abîme ? Qui a mesuré les eaux de la mer ? Personne, et nul ne pourra mentir. Qui donc pourra mesurer ou énumérer les douleurs de la Bienheureuse Vierge ? Personne. Car sa contrition est devenue comme la mer. Puisque donc nous ne pouvons exposer les douleurs de la Bienheureuse Vierge, écoutons toutefois ce qu’elle dit elle-même d’elle-même, ce qu’elle a fait autour des bras du Christ : elle parle ainsi au livre 4 des Révélations chap. 70 à sainte Brigitte : Les autres s’étant retirés, moi je ne me retirais pas, mais je me tenais là le consolant, afin de toucher son corps descendu de la croix, et d’examiner ses blessures et d’essuyer le sang. Ensuite j’ai fermé sa bouche avec mes doigts, et j’ai disposé ses yeux ensemble ; mais je ne pouvais plier ses bras raidis pour qu’ils se couvrissent sur la poitrine, mais sur le ventre. Comment elle souffrait, elle l’explique ainsi livre 1 chap. 21 disant : Quelle fut ma tristesse, nul ne peut le dire. Et ainsi elle signifie qu’elle était comme une femme en couches, dont tous les membres seraient restés brisés après l’enfantement. Car je n’étais pas sans tristesse dans la compassion.

Certes ces bras appliquent d’une manière étonnante la métaphore de l’arc aux douleurs de la Bienheureuse Vierge. Les bras du Christ (comme il a été montré plus haut) étaient figurés en arc ; quels coups ils ont reçus, elle l’explique maintenant. Voici donc que l’arc transperce le cœur de la Bienheureuse Vierge de ses flèches. C’est pourquoi la Bienheureuse Vierge au livre 1 des Révélations à sainte Brigitte chap. 27 : À la mort de mon Fils une lance a transpercé mon cœur ; car de même que son sang précieux est sorti de ses veines, ainsi autant de lances ont percé mon cœur. Et alors mon regard s’obscurcit, mes yeux furent obscurcis, et mon visage pâlit comme celui d’un homme mourant ; mes oreilles ne pouvaient entendre, ma bouche ne pouvait parler, mes pieds ne pouvaient demeurer en moi, et mon corps tomba à terre.

De cette manière la Mère gémissant, etc. La Bienheureuse Vierge souffre surtout lorsqu’aucun ne s’approche d’elle pour compatir ; mais elle exhorte et avertit que nous compatissions avec elle, disant auprès de sainte Brigitte livre 1 chap. 27 : Vous donc tous qui êtes dans le monde, considérez comment j’étais à la mort de mon Fils, et qu’il l’ait toujours devant les yeux.

ALPHONSE

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D’Alphonse Paleotti
Archevêque II.
de Bologne,

Explication de la Sainte-Suaire.

Des plaies du Seigneur infligées aux mains, et de la qualité des clous par lesquels elles ont été fixées.

Chapitre XVI

Que soit examiné l’endroit de l’exemplaire où la lettre K. fut apposée.

Maintenant, il faut en venir à traiter des mains.

Dans la sainte Sindone, les mains apparaissent allongées et très belles, et la gauche, la droite étant posée par-dessus, semble avoir été disposée en forme de Croix, comme il apparaît très clairement à l’endroit de l’exemplaire où la lettre K. est indiquée.

Or, dans cette même main gauche, se trouve une blessure circulaire et assez grande, d’où s’écoulait une très abondante quantité de sang, par quoi il est suffisamment, et plus que suffisamment, établi que notre Sauveur, les mains percées par d’énormes clous, a été attaché à la Croix, selon une manière qui était l’usage des Romains, comme cela a été rapporté plus haut par nous.

Ce qui se conclut aussi manifestement de ce que l’apôtre saint Thomas dit dans l’Évangile : Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai pas.

On voit aussi que cela correspond à la prophétie de Zacharie, qui, au sujet de ces plaies dans les mains percées, avait ainsi prédit auparavant : Quelles sont ces plaies au milieu de tes mains ?

Ce passage, les Docteurs sacrés l’interprètent des blessures des mains du Sauveur, percées par des clous, comme saint Thomas en expliquant ce passage de David : Ils ont percé mes mains et mes pieds, et saint Jérôme exposant ce même passage.

271

Car il dit en effet : Quelles sont ces plaies au milieu de tes mains ? Le sens est : pourquoi es-tu attaché au bois du supplice, pourquoi tes mains ont-elles été transpercées par des clous. De la même manière l’abbé Rupert et la Glose ordinaire interprètent cette sentence de Zacharie.

Bien plus, nous voyons que la très sainte Église explique cette même prophétie de cette manière, puisqu’elle décide que ce passage même doit être lu à la Messe dans l’épître sur les blessures du Christ. Il a pareillement annoncé d’avance au sujet de ces blessures des mains du Sauveur : Ils ont percé, dit-il, mes mains. Ainsi interprètent les Docteurs Bernard, Augustin, Anselme, Jérôme et Rupert ; et même saint Jérôme, selon la version hébraïque des Psaumes, rend ce passage ainsi : Ils ont fixé mes mains et mes pieds.

Or ces blessures des mains apportèrent au Sauveur une douleur très violente, puisqu’elles avaient été percées par des clous très grands, comme Tostatus le remarque, en une partie pourvue plus que les autres de sensibilité, et comme elles soutenaient le poids de tout le corps, il fut nécessaire qu’elles devinssent plus larges et qu’elles répandissent une plus grande abondance de sang ; en outre il fallut que les os extérieurs du corps fussent mis à nu ; d’où, puisque ces mêmes os pouvaient tous être comptés, la prophétie de David fut accomplie : Ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils ont compté tous mes os. Saint Augustin considérant ce passage dit : On ne pouvait mieux décrire l’extension du corps sur le bois qu’en disant : Ils ont compté tous mes os.

Mais ces mains très sacrées, lorsque les clous y étaient enfoncés et qu’elles avaient été abaissées, étaient arrosées de gouttes de sang, le sang s’écoulant entre les doigts ; d’où il est manifestement confirmé ce que nous lisons écrit dans le Cantique : Ses mains sont tournées, d’or, pleines de hyacinthes, appelant du nom de hyacinthes les précieuses gouttes de sang ; lesquelles furent estimées d’un si grand prix qu’elles purent revendiquer la nature humaine rachetée dans la liberté.

Les hyacinthes sont aussi un genre de fleurs rappelant la couleur céleste ; car par la vertu de ce très précieux sang qui se répandait des mains, la grâce céleste est accordée à tous, et le ciel même, fermé pour nous depuis le commencement, est rouvert ; bien plus encore, les cieux eux-mêmes, inondés d’un immense éclat par ces saintes blessures, portent le signe perpétuel du triomphe du divin Sauveur et de notre salut.

Ce sont aussi ces mains dont nous lisons dans le Cantique cette prophétie : Mes mains ont distillé la myrrhe, et mes doigts sont pleins d’une myrrhe très excellente. Car la myrrhe désigne la mort ; et c’est pourquoi la myrrhe fut offerte en présent au Sauveur par les Mages. Et ainsi ces mains très saintes, en répandant leur vertu, répondant par la blessure aux nerfs, et en laissant s’écouler des doigts le sang très précieux, ont produit une myrrhe très excellente ; puisque le sang lui-même était assurément estimé de plus grand prix que tout onguent de myrrhe toujours tenu en grande estime en Orient. Et pour cette cause.

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C’est pour cette raison que saint Isidore dit : Mes mains ont distillé la myrrhe, et mes doigts sont pleins de myrrhe ; ce que la Sagesse a dit spécialement à cause de la fixation des clous et à cause de la malice par laquelle il devait être crucifié.

En attribuant ce passage aux mains du Seigneur transpercées par des clous ; et parce qu’il fallait que de ces mêmes mains découlât une très grande vertu, pour cette raison elles furent appelées comme des fenêtres obliques ; lesquelles sont figurées en celles que Salomon avait ordonné de construire dans le temple ; au sujet desquelles nous lisons : Il fit dans le Temple des fenêtres obliques. Or le corps du Seigneur est appelé temple par l’Apôtre Jean : Il disait cela du temple de son corps.

Ézéchiel aussi, lorsqu’il décrivait ce temple mystique, disait qu’il y avait dans le vestibule du temple, et dans le temple même, des fenêtres obliques ; or de telles fenêtres sont dites celles qui sont étroites au dehors, mais deviennent plus larges au dedans, et répandent beaucoup de lumière ; comme en témoignent saint Jérôme, Grégoire, l’abbé Rupert et Nicolas de Lyre.

Or puisque ce temple signifiait le Corps de notre Seigneur, comme le rapportent les Pères susdits, ces saintes blessures sont désignées par des fenêtres obliques ; parce qu’elles ont apporté la vie et la lumière au monde ; lesquelles, bien que considérées plus attentivement par peu de personnes, paraissent au dehors plus étroites ; néanmoins, si on les considère avec un sentiment de piété, elles s’amplifient grandement et offrent à tous la vie avec la lumière.

De plus, en ce lieu, le pieux lecteur méditera la sainte Vierge cruellement tourmentée par les douleurs, contemplant l’immense supplice de son saint Fils dans ses mains très délicates, et en cette partie remplie partout de nerfs ; et il s’écriera avec Zacharie : De telles blessures, ô très sainte Mère, ton très saint Fils les a portées au milieu de ses mains dans la maison de ceux qui auraient dû l’aimer.

En regardant alors les doigts ruisselants de sang, qu’il ajoute ceci : Ô Reine des Anges, sont-ce là ces mains pleines de hyacinthes, ces doigts arrondis décrits par Salomon ? Ô combien de myrrhe très excellente distille et coule, brûlante, dans ton sein !

Puis, s’étant proposé la Vierge devant les yeux et la méditant embrassant ces blessures, et après avoir de même embrassé l’image de la Sindone, qu’il parle ainsi : Cela me fait assurément très grandement souffrir, ô Christ Sauveur, que par ces blessures tu aies supporté tant de tourments, alors qu’elles soutenaient tout le poids de ton corps très sacré, et qu’elles exposaient à être comptés tous les os de ta poitrine divine.

De cette manière, compatissant au Fils et à la Mère, tandis qu’il méditera ces blessures cruelles, il en tirera un très grand fruit ; s’il contemple souvent ces blessures et considère en son esprit que des plaies du Sauveur sont sortis les douleurs de la Croix doublées.

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Du frère Daniel Mallonius,

Élucidations sur les plaies des mains du Christ.

Chapitre XVI

Maintenant il faut en venir à traiter des mains. L’ordre demandait à bon droit que fussent mises en lumière les plaies des bras, et que fussent expliquées les insignes plaies des mains ; et d’abord il expose la beauté et l’élégance des mains, l’auteur disant que les mains du Christ étaient longues et très belles. Pour la beauté des mains, la longueur est requise. Dans la description par laquelle Pilate exposait l’image du Christ, parlant des mains du Christ, il dit : Il eut les mains droites. Nicéphore, livre 1, chapitre 23, parlant de la Bienheureuse Vierge, dit : Elle avait des mains fines et des doigts plus longs. Le Christ dit être en tout semblable à sa Mère, dont il dit que les mains étaient plus longues.

Et la gauche posée sur la droite en forme de croix. Lorsque le Christ eut été déposé de la croix, et que la Bienheureuse Vierge l’eut reçu dans son sein, qu’elle eut arrosé ses membres de larmes, fermé sa bouche et ses yeux, elle composa enfin le corps pour qu’il fût livré à la sépulture, comme le rapporte sainte Brigitte. Je ne pus, dit-elle, plier ses bras royaux pour qu’ils se disposassent sur la poitrine, mais sur le ventre. Ainsi le montre clairement l’image de la sainte Sindone.

Si quelqu’un regarde la très sainte Sindone évangélique, il verra clairement que les mains du Christ y sont représentées de telle sorte qu’il ne verra pas la main gauche posée sur la droite, mais au contraire la droite posée sur la gauche. La sainte Sindone représente l’image à la manière d’un miroir. Si quelqu’un pose sa main gauche sur la droite et s’approche d’un miroir, l’image ne montrera pas la gauche posée sur la droite, mais la droite posée sur la gauche ; telle est la nature du miroir.

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La droite ; et inversement, ce qui est à droite pour nous apparaît à gauche. Ainsi, si deux hommes se regardent mutuellement, on voit que la main gauche de l’un correspond à la droite de l’autre, et inversement la gauche à la droite de l’autre. Ainsi lisons-nous dans la Genèse 48 : Joseph, regardant son père, plaça Éphraïm à sa droite, à la gauche d’Israël, et Manassé à sa gauche, à la droite du père.

Or, lorsque je vois dans le Christ une main posée sur l’autre, et toutes deux disposées en forme de Croix, je me rappelle ce que je lis au sujet du patriarche Jacob dans la Genèse, chapitre 48. En effet, lorsqu’il allait accorder aux fils de Joseph la grâce de sa bénédiction, il croisa les mains de telle sorte qu’il plaça la droite sur celui qui était à sa gauche, et la gauche sur celui qui était à sa droite. Dans ce fait, les Pères ont noté que le plus grand servirait le plus petit, et que Dieu, la Synagogue ayant été rejetée, adopta pour lui l’Église des Gentils ; ainsi développe ce mystère Ambroise dans le livre sur Joseph, chapitre 7, et dans le livre sur les bénédictions des Patriarches, chapitre 1 ; Bède au chapitre 28 de la Genèse ; Jérôme au chapitre 10 de Zacharie ; Hilaire sur le Psaume 59.

Or, dans cette même main gauche, il y a une blessure circulaire et assez grande. Si nous avions le même sentiment de piété qui pénétrait admirablement le cœur de la Bienheureuse Vierge, nous ne pourrions assurément retenir nos larmes ; car ainsi parle d’elle-même la Bienheureuse Vierge auprès de sainte Brigitte, livre 1, chapitre 10 : Lorsque je considérais les lieux des clous dans les mains et les pieds, mes yeux se remplissaient de larmes, et mon cœur se déchirait pour ainsi dire de tristesse. Nous considérons donc les lieux des clous dans les mains du Christ ; mais où sont les sources de larmes ? où est la tristesse du cœur ? Les lieux des clous doivent ainsi être considérés par nous, afin que nous reconnaissions dans le Christ des douleurs plus amères ; il convient aussi que nous soyons touchés d’une douleur plus profonde. En effet, cette plaie, grande et ronde, ne se terminait pas précisément au milieu extérieur de la main, comme disent les mathématiciens ; mais là où les mains se placent lorsqu’on croise les bras sur la poitrine.

Mais était-ce ainsi, que les coudes, les mains étendues, fussent repliés sur la poitrine ; de manière à reproduire la forme sous laquelle même les petits enfants conçus dans le sein de la mère, après le déploiement des plaies des bras, les insignes plaies des mains seraient expliquées ; et d’abord il expose la beauté et l’élégance des mains, l’auteur disant que les mains du Christ étaient longues et très belles. Pour l’élégance des mains, la longueur est requise.

Ou bien était-ce ainsi, que les mains croisées sur la poitrine représentassent le signe de la croix ; car cette disposition des bras exprime davantage la forme de la supplication ; cela est incertain. Toutefois, cela n’est pas sans mystère, si c’était ainsi, afin que celui qui devait surpasser par son avènement figurât, pour les Patriarches et les Prophètes, la croix du Christ et la mort du Christ mort. Or les mains sont placées sur la poitrine de telle sorte que la partie antérieure de la main repose sur le ventre, et que la partie extérieure soit visible sur la Sindone, comme cela a été expliqué plus haut.

Mais si quelqu’un regarde la très sainte Sindone évangélique, il verra clairement que les mains du Christ y sont représentées de telle sorte qu’il ne semblera pas voir la main gauche posée sur la droite, comme l’enseigne ici l’Auteur ; mais au contraire la droite posée sur la gauche. Que personne donc ne pense que le prélat oculaire se soit trompé en ce lieu. Car, puisque la sainte Sindone, par la partie qui montre la face antérieure du Christ, lui a été superposée, elle a reçu l’image du Christ de telle manière qu’elle nous la représente comme dans un miroir. Si donc quelqu’un pose sa main gauche sur la droite et s’approche d’un miroir, l’image qui surgit du miroir ne montrera pas la gauche posée sur la droite, mais la droite posée sur la gauche ; telle est en effet la nature du miroir, que ce qui est à gauche pour nous soit montré à droite.

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Nous lisons (les cas) de Marcellien, Maurice, Pionius, Polycarpe et d’autres. Et Nicéphore écrit au livre 2 de l’Histoire chap. 41 que saint Matthieu fut fixé en terre par de longs clous.

Le témoignage de sainte Brigitte ne presse pas, à qui il suffit que nous croyions les mains percées par les clous, certes au milieu, mais dans la partie où l’os est plus solide : car la fixation est plus solide afin que, la main ne se déchirant pas, le corps ne se relâche.
Dans le livre 2 elle dit qu’un clou fut arraché d’un bras, c’est-à-dire de la main qui gouverne le bras ; et qu’il faut l’entendre ainsi apparaît par les paroles suivantes : en effet elle ajoute : « Ensuite fut appliquée l’aile, et le clou de l’autre main arraché. »
L’expérience des peintres ne presse pas, chez qui, lorsqu’ils avaient crucifié des corps avec des clous, la main lacérée et la chair rompue, les corps sont tombés. Car il assista à plusieurs cas où la main est attachée à la croix par un clou fixé.
En outre, chez les anciens aussi l’usage variait : des clous ronds, plus épais, carrés ou plus minces ; ceux-ci en effet coupent plus facilement la chair, ceux-là sont plus aptes à soutenir.

Enfin, l’image du Saint Suaire ne presse pas : car bien que dans la main gauche le lieu de la blessure soit montré, non précisément au milieu de la main, mais dans la main un peu plus vers le carpe, non cependant dans le carpe, ni même dans la partie de la main immédiatement jointe au carpe, la blessure fut infligée, mais véritablement à la main, quoique dans une partie plus solide.

Pour que tu le voies mieux, note ce que sainte Brigitte enseigne sur le mode de la crucifixion du Christ, livre 1 chap. 10 ; livre 4 chap. 70 ; livre 6 chap. 15.
Car d’abord le Christ, les mains demandées, étendit la droite, laquelle, fixée à la croix par un clou, tandis que la gauche attachée par une corde était tirée avec grande force vers la partie opposée pour être fixée.
Lorsque la main liée par la corde est tirée avec tant de force, la peau de la main se crispe, la chair se crispe.
L’expérience montre cela : la peau qui adhère à la partie supérieure de la main et la chair cèdent vers le carpe et sont attirées vers le milieu de la main ; et cela davantage lorsque le clou reçoit le coup du marteau qui frappe.
Mais lorsque la corde est retirée et le clou arraché de la blessure, la main est laissée libre.

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Les mains percées par des clous enfoncés, etc. Que les clous par lesquels le corps du Christ fut fixé à la croix aient été grands et longs, les Docteurs et les Pères l’enseignent partout. La raison elle-même le suggère, afin qu’ils puissent soutenir le corps fixé et que les mains ne se déchirent pas. Mais en outre, l’autorité manifeste de la Bienheureuse Brigitte le confirme : car la Bienheureuse Vierge, lui révélant la manière dont le Christ fut déposé de la croix, dit ainsi : Deux déposèrent le Christ de la Croix. Trois échelles applicables ; l’une était placée vers les pieds, donc la croix était haute ; la seconde sous les bras eux-mêmes ; la troisième au milieu du corps. Le premier monta et le tenait par le milieu ; le second montant par une autre échelle, après avoir d’abord retiré un clou d’un bras, puis l’échelle appliquée, il retira le clou de l’autre main, lequel clou s’étendait fort au-delà du bois de la Croix. Il ordonna à celui qui soutenait le poids du corps de descendre peu à peu et doucement, autant qu’il pouvait ; l’autre monta l’échelle qui était placée vers les pieds, et retira les clous des pieds. Lorsqu’il approchait de terre, l’un d’eux tenait le corps par la tête, l’autre par les pieds. Moi, qui suis sa Mère, je le tenais par les parties médianes des reins cela le confirme proprement au chap. 20. Si je ne vois dans ses mains les marques des clous, et si je ne mets mon doigt dans les lieux des clous, je ne croirai pas. Et plus bas : Porte ton doigt ici. Si en effet tels furent les trous, de sorte que le doigt pouvait y être introduit, il est donc nécessaire que les clous aient été grands. Il rapporte aussi Io. Lasphom. 4. de la Passion du Seigneur, comment d’après la sentence de dix docteurs disant que les mains du Christ furent fixées à la Croix par vingt-six coups de marteau. De plus, l’effigie de la très sainte Sindon renverse ouvertement la sottise et l’impiété très profane et très perverse de Mahomet. Il osa répandre que non le Christ, mais Simon de Cyrène fut fixé à la croix à la place du Christ : ainsi le rapporte Prateolus sur les sectes des Hérétiques. Cette très honteuse folie, autrefois avant lui, un autre premier-né du diable, Simon le Mage, l’avait imaginée, que le Christ, comme très habile mage, avait imprimé son image sur Simon de Cyrène, Simon et que Simon fut véritablement crucifié à la place du Christ, ainsi Prateolus là où il est dit plus haut. Et Mahomet avait puisé ce dogme dans la secte latine de Cérinthe ; car celui-ci disait que Jésus avait été un pur homme, et non uni au Christ ; mais qu’au baptême le Christ fut uni à Jésus, cependant immortel, et que seul Jésus fut crucifié, mais non le Christ : ainsi Tertullien rapporte cette hérésie de Cérinthe, livre De praescriptionibus chap. 48 ; et Irénée livre 1 contre les Hérésies chap. 25. Cette hérésie fut réfutée par saint Jean l’Évangéliste encore vivant, non seulement lorsqu’il tonna pour renverser les dogmes d’Ébion et de Cérinthe, Au commencement était le Verbe ; mais aussi lorsqu’il dit dans sa première épître canonique chap. quatrième : Tout esprit qui dissout Jésus n’est pas de Dieu ; car Cérinthe dissolvait Jésus, disant que l’un était Jésus et l’autre le Christ, et que Jésus avait été crucifié, mais que le Christ avait persévéré immortel. Mais cette très honteuse erreur voici combien ouvertement elle est réfutée ? Car celui qui fut fixé à la croix, celui-là même fut placé dans le Sépulcre, celui-là même imprima sur la Sainte Sindon les cicatrices des blessures, celui-là même revenant d’entre les morts montra aux disciples les mains, les pieds et le côté, celui-là même dit à Thomas : Porte ton doigt ici, et vois les lieux des clous, et ne sois pas incrédule, mais fidèle. 6. D’où aussi nous voyons que cette prophétie de Zacharie a été accomplie conformément, etc. Ce passage rapporte un témoignage si clair sur la Passion du Christ qu’il est expliqué du Christ par le consentement commun de toute l’Église, et à bon droit ; car tout ce chapitre de Zacharie doit être entendu du Christ, comme ceci : Ses pères l’accableront, et sa mère, et ses géniteurs lui auront prophétisé, c’est-à-dire, le peuple juif et la Synagogue crucifieront le Christ après qu’il aura prophétisé et évangélisé. En outre ces paroles, Quelles sont ces plaies au milieu de tes mains ? Jérôme pense qu’elles ont été dites par les Anges interrogeant le Christ, et à bon droit ; car nous lisons aussi des paroles presque semblables chez Isaïe 63 par les Ange-

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Les Anges interrogeant le Christ lors de son Ascension, il fut dit : car lorsqu’en conversant entre eux ils demandaient : Qui est celui-ci qui vient d’Édom, avec des vêtements teints de Bosra ? Celui-ci beau dans sa robe, et marchant dans la grandeur de sa force ? Et lui répondit : Moi qui parle justice, je suis défenseur pour le salut. De nouveau dans La Cité de Dieu chap. vingtième, Isaïe avec une plus grande admiration interroge : Pourquoi donc ton vêtement est-il rouge, et tes habits comme ceux de ceux qui foulent au pressoir ? À quoi lui : J’ai foulé seul le pressoir, et ce qui suit. Ainsi ici aussi : Quelles sont ces plaies au milieu de tes mains ?

Autre interrogation remarquable et insigne, digne d’être illustrée par une explication plus élevée et plus remarquable.

En premier lieu donc, afin que notre discours suive et revienne selon une méthode plus ordonnée, nous verrons si, après que le Christ est ressuscité des morts, il a retenu de vraies plaies, ou seulement des cicatrices.

En second lieu, pourquoi il les a retenues, afin que, interrogés : Quelles sont ces plaies au milieu de tes mains ? nous puissions rendre les vraies causes. Quant au premier point.

SI LE CHRIST APRÈS LA RÉSURRECTION a retenu de vraies plaies, ou seulement des cicatrices.

Il semble plutôt que dans le Christ aient été conservées des cicatrices plutôt que des blessures : car saint Léon dit, dans le sermon sur l’Ascension : Tandis que, dans son corps, le Christ a glorieusement conservé les restes des blessures, les traces des cicatrices. De plus, qui ne voit pas que par les blessures est ôtée cette continuité du corps qui convient le plus à la nature humaine ?

J’ajoute que, de même que dans le Christ apparaissent les traces des blessures, ainsi aussi dans les corps glorifiés des Martyrs demeurent les traces des blessures reçues pour le Christ. De plus, parce que Grégoire, Cyrille, et les Pères en général, appellent les blessures du Christ conservées après la résurrection des traces.

stigmates, cicatrices, marques des blessures. Si donc celui qui, pour la cause du Christ, avait la tête tranchée, avait rapporté non seulement la trace de la blessure, mais conservé la véritable blessure : sa tête était cependant entièrement attachée au corps, ce qui paraissait tout à fait monstrueux ; au sujet de quoi saint Augustin écrit, livre 22 de la Cité de Dieu, chapitre vingtième : ces choses ainsi retranchées sont (maintenant), mais elles ressusciteront intactes, sans aucun affect de supplice monstrueux, sans tache de rupture, sans aucune difformité de membre ; car dans le corps glorifié les difformités des membres ne subsisteront plus.

Cependant, qu’il ait véritablement conservé ces cinq principales plaies, ils l’affirment, et ils nient qu’il n’ait conservé dans sa résurrection seulement les cicatrices des blessures du Christ ; mais qu’il ait conservé de véritables blessures, non qu’il ait seulement rapporté les traces des blessures. Cela en effet, d’autres Pères le prouvent ouvertement, comme Jean, Zacharie 13 : Quelles sont ces plaies ? Apocalypse 5 ; Jean 20. Il introduit donc celles-ci, etc. Pierre Chrysologue, sermon 20, introduit le Christ parlant ainsi : Ouvrez les ouvertures, ô côté, et montrez les blessures. Et sermon 76 : Les trous mêmes des clous règnent. Laurent Justinien, livre sur le Combat du triomphe, chapitre 2, dans le Conseil, a ajouté que, quant à ces cinq principales plaies, au sujet des autres plaies plus petites, il ne faut nullement penser de la même manière que pour les principales ; et même s’il ne les a peut-être nullement conservées toutes, il n’a pas non plus rapporté leurs cicatrices ou traces. Hippolyte Martyr, dans l’Oracle sur la consommation du monde, pense aussi que la tête couronnée d’épines, et les mains et les pieds lacérés, seront visibles au jour du jugement. Quoiqu’il soit très croyable qu’au dernier jour, lorsqu’il viendra pour juger, il montrera aussi ces choses à tous pour l’édification des martyrs, l’humiliation des élus et la confusion des damnés, ce que quelques-uns, comme Guillaume Pipiens, dans la Passion du Seigneur, etc., prouvent par Nahum 3 : Au jour de la joie ses blessures (seront) pour les peuples une ignominie. Du reste, ces cinq plaies après sa résurrection…

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les ait conservées après la résurrection, cela sera montré plus largement plus bas. En attendant, il nous faudra réfuter ces arguments légers, que nous avons montré plus haut pouvoir nous être opposés.

Donc, en ce qui concerne l’autorité de saint Léon, on peut facilement en conclure qu’il n’a pas conservé seulement les cicatrices et les traces des blessures, mais aussi les blessures elles-mêmes ; il les appelle cependant reliques des blessures ; parce que, tandis que le Christ recevait les blessures et la douleur, il glorifiait le corps, le même quant à la nature, mais pour une autre gloire ; dans lequel, la douleur ayant été chassée, seules les blessures ont été conservées ; dans le corps glorifié donc, seules les blessures ont été laissées, non la douleur ; elles sont donc à juste titre appelées reliques, parce qu’elles ont été laissées par la passion agissante. Par la même raison sont appelées traces de cicatrices pour écarter la douleur et la passion.

À la seconde objection il faut répondre, d’après saint Thomas, 3e partie, question 54, article 4, à la seconde (objection), que bien que ces blessures aient ôté une certaine continuité au corps du Christ, cela est cependant compensé par un accroissement d’une plus grande gloire et par un plus grand ornement de gloire, de sorte que le corps ne soit pas diminué, mais plutôt rendu plus parfait.

À la dernière objection il faut répondre que, chez les Martyrs, les traces des blessures, et même les blessures elles-mêmes, qui manifestent leur gloire et montrent leur force, doivent être rapportées à leur honneur ; car cela leur revient surtout pour la gloire : mais ces blessures qui déchirent entièrement le corps et en enlèvent totalement la continuité, telles furent celles de saint Jacques, qui est dit avoir été mis en pièces, par cela même que le corps est coupé en morceaux, avec une séparation actuelle qui ne demeure pas, il suffit que leurs traces soient rapportées à une plus grande gloire. Car ainsi les hommes sont tenus en très haute louange et gloire, parce qu’ils ont reçu des blessures pour la patrie ou pour la célébration de leurs amis ; celles-ci étaient d’autant plus montrées ; combien plus seront-elles à rapporter comme des monuments héroïques de magnanimité et de fermeté inébranlable ?

Ainsi chez Justin, dans la guerre des Juniens, nous lisons que Marius, sept fois consul, parlant magnifiquement de lui-même, disait : Je ne puis, pour gagner la confiance, montrer les images, ni les triomphes, ni les consulats de mes ancêtres ; mais si la chose l’exige, les lances, les enseignes, les phalères et autres dons militaires, et en outre les cicatrices sur mon corps de face, voilà mes images, voilà ma noblesse.

Par la même raison, le père illustre des Tertemini Curatii, chez Tite-Live, montrait les exploits et les blessures reçues de son fils Recus.

Quant à la seconde question.

POURQUOI LE CHRIST, APRES LA RESURRECTION, a conservé les blessures.

Diverses raisons sont apportées par divers (auteurs) : car parmi elles (se trouve) cette question sublime que nous lisons chez Zacharie : Quelles sont ces plaies au milieu de tes mains ?

La première (raison) fut celle de celui qui disait que dans le Christ, après la résurrection, les blessures étaient demeurées par impuissance, à savoir que le Christ ressuscitant n’aurait pas pu guérir si rapidement les blessures : ainsi Porphyre, chez Augustin, épître 49, disait en effet : si, après la résurrection, il devait aussitôt être (glorifié), que signifie que le Christ ait été nourri et qu’il ait montré ses blessures ? Et de nouveau chez Bède, où plus bas : si Dieu l’avait voulu, il aurait pu en réalité guérir ses blessures enfoncées ; dire que ses blessures aient pu demeurer pour être restaurées intégralement est une parole tout à fait impie, que Bède réfute au dernier chapitre de Luc, disant : Ces blessures sont demeurées dans le Christ non par impuissance à les guérir, mais afin qu’il portât perpétuellement le triomphe de sa victoire.

La seconde est celle qui est la plus commune chez les Pères, à savoir que les blessures du Christ se rapportent à la confirmation de la foi des disciples, comme nous le reconnaissons clairement d’après Jean 20 ; Le Christ apparaît à Thomas et dit : Porte ton doigt ici, etc., et ne sois pas incrédule, mais fidèle.

À celui donc qui demande : Quelles sont ces plaies ? Nous répondons : elles sont la confirmation de la foi.

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Le Christ apparaît à Thomas et dit : Porte ton doigt ici, etc., et ne sois pas incrédule, mais fidèle. À celui qui interroge donc : Quelles sont ces plaies ? Nous répondons : confirmation de sa foi.

La troisième est de Bède au dernier chapitre de Luc, afin qu’il porte à jamais le triomphe de sa victoire. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont le triomphe perpétuel de la victoire.

La quatrième est d’Augustin, livre 2 sur le Symbole, chap. 8 ; du Bienheureux Laurent Justinien, livre du Combat triomphal chap. 2. Afin que, de même qu’il convainquit Thomas d’incrédulité en lui montrant le côté et les blessures, ainsi aussi au jour du jugement il montrera à ses ennemis ses blessures, afin qu’ils reconnaissent que la vérité leur dise : Voici l’homme que vous avez crucifié : vous voyez les blessures que vous avez infligées, vous reconnaissez le côté que vous avez percé, parce que par vous et à cause de vous il a été ouvert, et pourtant vous n’avez pas voulu entrer. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont le reproche des impies.

La cinquième est afin que, aux rachetés par sa mort proposés par les propres marques de sa mort, il montre combien miséricordieusement ils ont été aidés. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont la miséricorde des élus.

La sixième est d’Augustin, livre des Soliloques chap. 2, parce que par ces plaies il nous a décrits, afin qu’il ait toujours mémoire de nous ; je rapporte ses propres paroles, parce qu’elles sont d’or : Mes mains, dit-il, Seigneur, m’ont fait et m’ont formé, ces mains qui ont été fixées par des clous pour moi : Ne méprise pas l’œuvre de tes mains, Seigneur : voici que dans tes mains tu m’as décrit, lis l’Écriture elle-même, et Isaïe 49 dit : Voici que dans mes mains je t’ai décrit, afin que tu sois toujours ma mémoire, bien que cependant tu aies toujours été dans ma mémoire auprès de moi. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont la mémoire des sauvés.

La septième est Chrysostome, homélie 77 sur Matthieu et homélie 1 sur la Croix et le Larron : pour la confusion des damnés, afin que lorsqu’ils verront combien abondante est auprès de Dieu la rédemption, ils soient surtout confondus, voyant combien de choses Dieu a faites pour eux. À cela sert aussi ce passage d’Augustin, livre 2 sur le Symbole chap. 8 : Il montrera à ses ennemis ses blessures, afin que les confondant il dise : voici l’homme que vous avez crucifié.

Crucifié. Alors en effet s’accomplira ce passage : Zacharie 12 : Ils regarderont vers moi, qu’ils ont transpercé ; passage qu’Augustin interprète du Christ venant au jugement, livre 20 de La Cité de Dieu chap. 30, et livre 1 sur la Trinité chap. 13 ; Jérôme, Théodoret, Rupert au même passage ; Léon lettre 97 ; Chrysostome sur Lazare et la Croix ; Aréthas et Ansbert au premier chapitre de l’Apocalypse. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont la confusion des damnés.

La huitième est de saint Ambroise, sermon sur l’Ascension : afin qu’il porte au ciel les prix de notre salut et les montre au Père. Bède, Augustin et Damascène livre 4 chap. 18. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont les prix de notre salut.

La neuvième est afin que nous disions que, lorsque nous sommes ressuscités de nos péchés et de nos vices par le sacrement de pénitence, néanmoins nous devons conserver comme certaines cicatrices : c’est-à-dire la mémoire et le souvenir de nos péchés, de quelle misère Dieu nous a tirés et de quelle calamité ; ensuite, afin que nous ne soyons pas ingrats pour un si grand bienfait ; ensuite aussi afin que lorsque nous verrons quelqu’un pécher, nous ne soyons pas élevés dans l’orgueil, mais que plutôt nous compatissions à lui avec grande clémence. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont des incitations d’un esprit reconnaissant.

La dixième est du Bienheureux Cyprien, sermon sur le Baptême, et de saint Bernard, afin que, intercédant pour nous auprès du Père, il soit plus efficacement exaucé, montrant quel genre de mort il a souffert pour les hommes. D’or sont les paroles de saint Bernard sur l’Ascension du Seigneur : Tu te tiens, dit-il, devant le trône du Père lui montrant le côté et les blessures, lui montrant le côté et les blessures. D’où il ajoute : Qui doutera du pardon, là où existent tant de signes préalables de mérites ? Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont les signes préalables des mérites.

La onzième est de Bernard, sermon 61 sur le Cantique : afin que les adorateurs du Christ contemplant ses blessures ne doutent pas de souffrir des choses semblables pour son nom. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont le renforcement des faibles.

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La douzième est du même Bernard, sermon 61 sur le Cantique : afin que nous ayons consolation dans les blessures du Christ, car ainsi il explique ce passage du Cantique 2 : Ma colombe dans les trous de la pierre. Moi, dit-il, j’ai ce qui me manque de moi-même, je tire pour moi des blessures du Seigneur, puisque la miséricorde afflue, et que ne manquent pas les ouvertures par lesquelles elles affluent ; ils ont percé ses mains et ses pieds, son côté a été troué ; par ces fissures il m’est permis de sucer le miel de la pierre et l’huile du rocher très dur. Quelles sont donc ces plaies ? Elles sont le refuge des pécheurs.

De même David a aussi préannoncé ces blessures des mains du Sauveur, etc. Et ce passage aussi est très remarquable, parce que comme préannoncé à la lettre par David au sujet du Christ, le consensus de l’Église universelle l’a embrassé. En quoi David prédit deux choses. Premièrement la fixation par clous des mains et des pieds, disant : Ils ont percé mes mains et mes pieds. Deuxièmement l’extension du Christ sur la Croix, disant : Et ils ont compté tous mes os, au point qu’Augustin a dit doctement dans son commentaire sur le Psaume 21 : On ne pouvait mieux décrire l’extension du corps sur le bois qu’en disant : Ils ont compté tous mes os. Puisque donc ce passage est très remarquable, il doit être honoré par nous d’une explication également remarquable, littérale, afin qu’elle concorde le plus possible avec notre dessein. Quant donc à l’explication littérale : il faut d’abord observer de qui ils ont percé les mains et les pieds, et de qui ils ont compté les os. Deuxièmement, qui a percé les mains et les pieds. Troisièmement, que signifie cette nouvelle métaphore, percer, puisque proprement nous disons percer la terre, non les mains ou les pieds.

Et en effet, pour aborder la chose de plus près, le consensus commun des Pères et de l’Église, comme je l’ai montré plus haut, est que ce passage doit être entendu à la lettre du Christ. Ce sont donc ses mains et ses pieds qui ont été percés, ce sont ses os qui ont été comptés.

Quant au second point, il faut rappeler les paroles précédentes, dans lesquelles

David dit : Des chiens nombreux m’ont entouré, et il ajoute : Ils ont percé mes mains et mes pieds. Les chiens donc ont percé les mains et les pieds du Christ. Mais qui sont ces chiens ? Eusèbe de Césarée et Théodoret, rapportés dans la chaîne grecque des Pères sur le Psaume, notent que ce que David avait dit plus haut : De nombreux veaux m’ont entouré et des taureaux gras m’ont assiégé, et ensuite il ajoute : Des chiens nombreux m’ont entouré. Une assemblée de méchants m’a environné. Par les taureaux gras accoutumés au joug ils entendent les Juifs, et par les Princes des prêtres accoutumés au joug de la loi des Juifs : ainsi Théodoret, Eusèbe, Nicéphore rapportés dans la chaîne des Pères. Parmi les latins, Grégoire livre 7 Morale chap. 4 et livre 31 Morale chap. 18, Ambroise Épître 71, Augustin lettre 120, Jérôme sur les chapitres premier, septième et 31 d’Isaïe, Ambroise, Cassiodore sur le Psaume 21, Clément d’Alexandrie livre 6 des Stromates. Par les veaux ils entendent le peuple des Juifs : car le veau né pour le joug, fils des taureaux, suit les traces des pères. Tous donc ceux-ci ont entouré le Christ et l’ont assiégé, et sur lui comme des lions rugissants et ravisseurs ont ouvert leurs bouches, lorsque le Prince des prêtres déchira son vêtement, ce qu’il n’avait pourtant jamais l’habitude de faire (lis le cardinal Baronius en l’an du Christ trente-quatre numéro 73), et il s’écria : Vous avez entendu le blasphème, que vous en semble. Tous en vérité disent : Il est coupable de mort. Ils l’amènent aussi à Pilate disant : Selon la loi il doit mourir. Et par ces grandes clameurs ils demandaient qu’il soit crucifié, tous criant : Ôte, ôte, crucifie-le. Dans les taureaux donc et les veaux sont compris les Juifs ; après l’explication de leur crime, il se tourne pour aggraver le crime des Gentils et dit : Des chiens nombreux m’ont entouré. Les chiens donc, comme le notent bien Eusèbe, Théodoret, Didyme, sont compris comme les Gentils ; parmi les latins aussi, Hilaire 5 et 15 sur Matthieu, Ambroise au chapitre 16.

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Luc. Augustin livre des Questions de l’Ancien et du Nouveau Testament question 29. Jérôme au chapitre 9 de l’Ecclésiaste. Et cette explication est très bonne, car le Christ aussi dit Matthieu 7 : Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas les perles devant les pourceaux : par les fils tu entendras les Juifs, et par les chiens les Gentils. Alors donc les Romains entourèrent le Christ, non seulement lorsqu’ils allèrent vers lui comme vers un voleur avec des glaives et des bâtons, mais aussi lorsque Pilate convoquant toute la cohorte livra Jésus à eux pour être flagellé, et tourné en dérision, et enfin crucifié. Ces chiens donc, à savoir les soldats romains, ont percé les mains et les pieds du Christ. Bien qu’Augustin lettre 120 entende aussi par chiens les Juifs. Ils ont compté tous mes os. Lorsque la Bienheureuse Vierge expliquait à sainte Brigitte l’extension du Christ sur la croix, livre premier chap. 10 et livre 4 chap. 70, elle dit que d’abord ils ont fixé la main droite, puis qu’ils ont tiré la main gauche avec une corde si fortement que tous les os du Christ pouvaient être comptés ; ensuite aussi les pieds. C’est pourquoi les Pères comprennent à juste titre dans ces paroles, Ils ont compté, etc., l’extension du Christ sur la croix.

Quant au troisième point, que signifie cette nouvelle métaphore, Ils ont percé. Il faut d’abord détester l’improbité de certains Rabbins. Car eux, d’après une certaine proximité de mot, traduisent le terme hébraïque (Charu) qui signifie, Ils ont percé, en un autre non très différent (Kaari) qui signifie, comme un lion ; et ils font ce sens : Des chiens nombreux m’ont entouré, une assemblée de méchants, comme un lion il a entouré mes mains et mes pieds, et ils soutiennent ridiculement cette lecture, disant qu’il y a ici une similitude de combattants, et ainsi les chiens ont entouré, comme un lion les mains, afin que je ne puisse combattre, les pieds, afin que je ne puisse chercher le salut par la fuite. Mais cette explication légère doit être rejetée avec dérision, puisque même chez les Rabbins plus anciens on lit, ils ont percé, comme le note bien Eugubinus en ce lieu, et les Septante

lisent aussi, ils ont percé ; c’est pourquoi notre lecture vulgate, authentiquée au Concile de Trente et confirmée par le consentement de tous les Pères de l’Église, doit être retenue. Mais il faut observer une autre métaphore. Qui ne s’étonnerait pas de cette nouvelle métaphore, qu’il soit dit qu’ont été creusées les mains, qu’ont été creusés les pieds. Car creuser signifie proprement excaver des fossiles après enlèvement des décombres. Comment donc dira-t-on que les chiens ont creusé les mains et les pieds du Christ ? Est-ce parce qu’ils ont excaver les chairs par leurs dents ? Ou plutôt afin que soit comprise la profondeur et l’atrocité des blessures ? Car si quelque chose est excavé par une petite fosse, on dit plutôt qu’il est entaillé que creusé. Ainsi plus haut, lorsque nous traitions de la flagellation du Christ, nous avons reconnu que le corps du Christ était sillonné et entaillé. Donc lorsqu’il s’agit des pieds et des mains du Christ, nous savons qu’ils n’ont pas seulement été entaillés, ni seulement sillonnés, mais aussi profondément excavés et véritablement creusés. Le cardinal de Charres note sur le Psaume 21 ce mot, Ils ont creusé : car, dit-il, il n’a pas dit, ils ont transpercé, mais ils ont creusé, parce que de cette excavation profonde, à l’image d’une fosse, sont exprimés des fruits qui en proviennent ; car nous entourons les champs de fosses afin d’en tirer des fruits abondants, comme quelqu’un l’a chanté.

La fosse au temps désiré produit des fruits :
La fosse, la chair du Christ, a donné les royaumes célestes.

Ainsi donc le corps du Christ a été excavé par des fosses, afin qu’il nous rapporte le fruit de la béatitude éternelle. Ou bien le corps du Christ a été creusé afin que la colombe niche dans les trous de la pierre et dans la caverne du mur, et qu’elle habite en eux. Jérémie 48 : Abandonnez les villes et habitez dans la roche de Moab, et soyez comme une colombe nichant au sommet de l’ouverture d’un trou. De cette excavation des blessures du Christ entend Hugo le Cardinal ce passage d’Isaïe 2 : Entre dans la roche et cache-toi dans la fosse de la terre, devant la face de la crainte du Seigneur.

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Mais ces blessures des mains ont apporté au Sauveur une très grande douleur, etc. L’amertume des douleurs que le Christ, dans la fixation par clous des mains et des pieds, a supporté, tous les catholiques proclament d’un commun accord que ce fut le plus grand, et saint Thomas 3 p. q. 46 art. 6 prouve que la douleur du Christ fut maximale ; outre beaucoup d’autres choses, il le prouve aussi par cela que le Christ fut transpercé par des clous dans des parties nerveuses : en effet la douleur a l’habitude de croître à ce point qu’elle cause un spasme, un engourdissement des membres et même un détournement de l’état de l’esprit. Mais Jean Eck explique remarquablement cette âpreté des douleurs dans le Traité de la Passion du Seigneur, art. 5 considération 3, disant : Une main fut fixée à la croix par un clou émoussé (afin que la douleur fût plus grave) ; l’autre, lorsque déjà elle ne pouvait atteindre le trou, fut ainsi étendue par des cordes que les veines se rompirent. Ainsi donc il faut étendre le corps du Christ comme on étend un tambour, et comme une corde est tendue, de sorte que tous les membres du Christ, tous les nerfs, les veines aussi et les artères, et toutes les côtes soient étendus sans aucune compassion. C’est pourquoi, dit-il, Lodulphus rapporte qu’il fut révélé à un homme pieux par le Christ qu’il n’avait pas eu plus grande peine que lorsqu’ainsi les mains étendues et déployées il fut fixé à la croix. Ce qui a été dit de la traction violente et de l’extension des membres du Christ sur la croix, la Bienheureuse Vierge l’a aussi révélé à sainte Brigitte livre 1 chap. 10 et livre 4 chap. 70, et le Christ lui-même livre 6 chap. 15. Le Christ auprès de sainte Brigitte livre 2 chap. 26 dit : Des clous cruels ont blessé mes mains et mes pieds.

Or une telle âpreté de douleur, qui a infligé au Christ Seigneur la mort bien plus tôt qu’aux larrons crucifiés avec lui, Alphonsus Tostatus l’admire dans le troisième Paradoxe et chap. 43 jusqu’à 53. Et bien que les blessures des clous énormes soient rendues très âpres, cependant ce ne fut pas de celles-là seules que la mort du Christ fut infligée si tôt, il l’accorde : car les larrons, dit-il, ont souffert les mêmes choses que le Christ ; car à la même heure que le Christ, de la même manière et avec des clous semblables, ils furent aussi fixés aux croix.

Pourquoi donc ne moururent-ils pas aussi tôt que le Christ, au point qu’ils durent achever leur vie par le brisement des jambes, vie que le Christ a achevée par la seule crucifixion ? Donc d’une douleur si grande et si âpre dans le Christ, qui a pu le faire mourir si vite, il en rapporte la cause à une plus grande force de la faculté d’appréhension, tant dans la complexion plus délicate du Christ que dans l’organisation très parfaite de son corps : car de celles-ci la douleur s’accroît le plus ; en effet, à blessure égale, à cause d’une complexion plus délicate, un homme souffrira un tourment plus âpre qu’une bête. C’est pourquoi au chapitre 49 il enseigne qu’il est impossible que quelqu’un dans tout le monde ait supporté, des seules blessures infligées au Christ, une douleur aussi grande que celle que le Christ a subie.

Mais il faut nécessairement concéder ceci : qu’une complexion délicate, une symétrie très exacte des humeurs, la fleur parfaite de la virilité et la fleur de la jeunesse, toutes choses égales d’ailleurs, peuvent augmenter la douleur ; car aussi les jeunes tombent plus gravement malades, a enseigné Cicéron dans De Senectute, que les vieillards ; cependant de celles-ci ne doit pas être tirée la cause adéquate des douleurs du Christ au-dessus des autres larrons, et cela n’est pas la cause adéquate pour laquelle le Christ est mort avant les larrons, mais la cause adéquate sera que, avant la crucifixion, le Christ a subi bien plus de supplices, de tourments et de douleurs que les larrons. En effet certains veulent que le Christ ait été flagellé deux fois, au point que Jean Eck dans le traité de la passion dise que c’est l’opinion plus commune ; quoi qu’il faille penser en cette matière, nous l’avons indiqué au chapitre 5. De plus, lorsque le Christ fut saisi par les soldats, lorsqu’il fut conduit çà et là à Pilate, à Hérode, d’Hérode à Pilate, le Christ a souffert des choses incroyables, comme nous l’avons enseigné plus haut. S’ajoute que le Christ a été frappé par des gifles, des coups de poing, des coups de roseau et à plusieurs reprises. En outre la couronne d’épines fut d’une gravité de supplice.

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Enfin, lorsque nous traitions de la flagellation du Christ, nous avons montré qu’elle avait été si âpre que par elle le Christ aurait dû mourir ; en effet les Juifs donnaient de l’argent aux soldats afin que le Christ fût battu si violemment que, même s’il était relâché par Pilate, il ne survivrait pas, parce qu’il ne le pourrait plus. Ces choses donc réunies ont infligé au Christ une douleur telle que le Christ devait mourir plus tôt que les autres, lesquelles si elles n’avaient pas précédé, n’auraient pas contraint le Christ à mourir si vite. Mais afin que la dispute née de la considération des clous se repose aussi en eux-mêmes, j’ajouterai très pieusement que le même Tostatus, au lieu cité plus haut chap. 51, écrit que le Christ sur la Croix a pu vivre trois heures et peut-être davantage. En quoi combien fut grande la douleur, tout son corps béni soutenu par les mains et les pieds, tiré vers le bas par son propre poids, personne ne peut assez l’admirer. Et parmi ces infinies tortures qui furent infligées au Christ, aucun des hommes n’aurait ainsi mouru si vite, mais nul n’aurait pu, les ayant subies, supporter de telles douleurs ; et si à quelqu’un de quelque manière à partir de certaines peines s’ensuivait une telle douleur, il était nécessaire qu’il mourût très rapidement ; car personne n’aurait supporté si longtemps d’aussi aiguës accumulations de douleurs. Voilà ce qu’il dit. Mais encore, plus vivement, le Christ a révélé ses douleurs à sainte Brigitte lorsqu’il révéla le mode de sa crucifixion, livre 7 chap. 15. Et là la glorieuse Brigitte vit que le Seigneur Jésus sur la croix, les mains étendues, tentait parfois de faire des extensions sur la croix à cause de l’excessive amertume qu’il ressentait de la douleur infligée et très aiguë. Car comme si la douleur des membres et des veines perforées montait au cœur et le tourmentait cruellement par un martyre intense,

Et lui soutenant le poids de tout le corps, afin qu’il devînt plus grand. Parmi les très abondantes louanges de la très sainte Croix, on lit ceci comme très remarquable, que la Croix est appelée balance, car ainsi chante l’Église, balance faite du corps, et elle a emporté la proie de l’enfer ; à ce sujet on comprend ce passage de Job : Plût à Dieu que mes péchés, par lesquels j’ai mérité la colère, et la calamité que je souffre, fussent pesés dans une balance : comme si celle-ci paraissait plus lourde que le sable de la mer. La Croix donc est appelée balance parce qu’elle soutenait le poids du corps du Christ, et elle le soutenait tant qu’il était attaché par les clous ; puisque les clous ont percé non seulement les mains mais aussi les pieds, il ne peut en aucune manière être nié que les clous des pieds soutenaient aussi une partie du corps. Cependant, bien qu’il faille concéder cela absolument, il faut aussi nécessairement avouer que les clous par lesquels les mains transpercées étaient fixées à la Croix ont principalement soutenu le poids, du moins tant que le Christ vivait sur la Croix, bien qu’après la mort les clous des pieds aient soutenu le poids du corps. Ainsi en effet la Bienheureuse Brigitte, très sainte Mère de Dieu, comme elle parle livre 1 chap. 10, dit : Lorsque la mort du Christ approchait, ses mains se retirèrent un peu des lieux de perforation, et les pieds soutenaient davantage le poids du corps. Elle dit à peu près la même chose livre 4 chap. 70, mais plus clairement livre 7 chap. 15 où est décrit le mode de la crucifixion, qui fut de cette manière : après qu’il eut été étendu, élevé très haut sur la Croix et celle-ci affermie, certaines planches furent placées contre le tronc de la Croix, par lesquelles on montait comme par des degrés. Lorsque le Christ et les cruels bourreaux y furent montés, le Christ étant sommé de lever la main, il leva d’abord la main droite, et celle-ci ayant été perforée, la main gauche, tirée par une corde, ils la fixent avec un autre clou terrible ; et les planches ayant été retirées, tout le poids du corps équilibré par des poids égaux, la main est soutenue par les clous, les pieds sont tirés vers le bas et eux-mêmes sont perforés par les clous. Voici donc comment les clous transperçant les mains soutenaient le lourd poids du corps. Alors donc les blessures infligées aux mains se relâchaient et s’élargissaient. Car l’expérience montre cela si clairement que souvent les mains des hommes ou des cadavres fixés à la Croix sont perforées par des clous plus minces, les chairs étant déchirées…

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les mains étant déchirées, et le corps tombé de la Croix répandait le sang. Cette détente des blessures, je la crois indiquée obscurément par la Bienheureuse Vierge, lorsqu’en s’adressant à sainte Brigitte, livre 1 chap. 10, elle dit : Lorsque la mort du Christ approchait, ses mains se retirèrent un peu du lieu de la perforation, et les pieds soutenaient davantage le corps. Sainte Brigitte vit la même chose lorsque le Christ le lui révéla, livre 7 chap. 15. C’est pourquoi il dit qu’à cette heure-là ses mains se retirèrent quelque peu du lieu de la perforation des clous, à cause du poids excessif du corps ; et ainsi son corps était comme soutenu par les clous par lesquels les pieds étaient crucifiés.

Et qu’il répandît une plus grande abondance de sang, etc. Il est très conforme à la nature de la passion que le corps humain, ayant reçu une grave blessure, répande du sang ; car la nature prudente et prévoyante, afin de secourir la partie lésée, y envoie l’esprit, le sang et les aliments là où le dommage a été reçu. C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les mains du Christ creusées aient versé une si grande quantité de sang, quantité dont les traces laissées sur le Suaire évangélique témoignent, puisque la Bienheureuse Vierge, dame Brigitte, livre premier chap. 27, dit que les veines des mains du Christ ont été perforées.

De plus il convient en ce lieu de rappeler ce que le pieux consensus des saints Pères a enseigné au sujet de cette très sainte effusion de sang. Saint Jérôme, tant dans son commentaire sur le chapitre 27 de Matthieu que dans le chapitre de la cinquième épître aux Éphésiens, rapporte qu’il a entendu un jour quelqu’un prêcher et enseigner qu’Adam, le premier formé, notre parent, avait été enseveli sur le mont du Calvaire, et que pour cette raison il est appelé Calvaire, parce que là Adam, qui fut la tête de tout le genre humain, avait été enseveli. Ainsi donc le Christ, étendu sur la croix, ayant répandu de ses blessures une immense quantité de sang, et ayant teint Adam par le contact du sang, et l’ayant purifié par sa vertu, afin que là où le premier Adam gisait, là le second Adam mourût, lui qui mourait pour enlever la faute d’Adam, aurait crié à Adam

le prédicateur disant : Lève-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et tu seras illuminé. Cette pieuse explication, dit-il, fut reçue avec grand applaudissement du peuple, mais cependant elle est vraie, si le lien avec Jérôme tient, que sur le mont du Calvaire il ait été enseveli ; car où Adam a été enseveli, le livre de Josué chap. 14 l’atteste en disant : Là le très grand Adam parmi les fils d’Enachim a été enseveli ; et le mont du Calvaire n’a pas été nommé du chef d’Adam, mais de l’os du crâne, lequel sur ce mont était le plus souvent ainsi appelé. Beaucoup ont suivi la sentence de Jérôme en raison de l’autorité de cet homme très grande, et les mêmes auteurs très graves : Rupert dans Jean, Nicolas de Lyre, Jansenius, et même saint Thomas 3 p. q. 46 art. 10, qui semble aussi confirmer cela par une certaine convenance, que le Christ n’aurait pas dû mourir au-dessus du sépulcre d’Adam, afin qu’il ne semblât pas mourir pour Adam seul. Cette même sentence peut être confirmée, parce qu’il est certain que les montagnes, aussitôt pluvieuses, furent inondées dans le déluge.

Enfin parce qu’Hébron, où David régna d’abord pendant sept ans, fut appelée la cité de quatre hommes, parce que là sont dits avoir été ensevelis quatre hommes très célèbres, à savoir Adam, Abraham, Isaac et Jacob.

Mais l’opinion plus commune des Pères, que certains considèrent comme une tradition, est qu’Adam a été enseveli sur le mont du Calvaire ; et même que le mont du Calvaire a été ainsi nommé du crâne d’Adam, qui auparavant était appelé Golgotha : ainsi Tertullien livre 2 contre Marcion en témoigne par ces vers :

Golgotha est le lieu du chef, Calvaire autrefois
Langue paternelle ancienne l’a ainsi nommé.
Ici est le milieu de la terre, ici est le signe de la victoire.
Ici nos anciens ont enseigné que l’os du grand fut trouvé,
Ici nous avons reçu que fut le sépulcre du premier homme,
Ici le Christ souffre, la terre étant humide d’un sang pieux.

Paul ajoute, afin qu’il puisse avec le sang ancien du Christ,

Mêlant l’eau qui coule, être vénéré lavé.

Origène aussi Traité 35 sur Matthieu témoigne tout à fait de la même chose, disant : Il m’est parvenue une certaine tradition telle que le corps du premier Adam…

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du premier homme a été enseveli là où le Christ a été crucifié, afin que comme en Adam tous meurent, ainsi dans le Christ tous soient vivifiés, afin que dans ce lieu qui est appelé lieu du Calvaire, c’est-à-dire lieu du crâne, la tête du genre humain ressuscitât, et par la résurrection du Sauveur, qui là a souffert et est ressuscité.

À cette tradition aussi ajoute foi Basile le Grand, au chapitre 5 sur le Lévitique, écrivant ainsi : Une certaine renommée, conservant le souvenir dans l’Église, non transmise par écrit (voici comment il décrit la tradition), a prévalu, laquelle est telle : Que le premier homme avait pour demeure la Judée, nommé Adam, et dès qu’il fut chassé des délices du paradis, il fut placé sur cette terre pour tempérer la nature des biens dont il avait été orné. Ainsi cette terre reçut aussi la mort de l’homme, et cette cause par laquelle nous entrons était pleine de la sentence de condamnation. Ainsi donc sur ce sol, comme il semblait à ces hommes de ce temps, l’os du crâne, dépouillé de la chair défunte, était sépulcral ; et en déposant le crâne en ce lieu, ils donnèrent au lieu le nom de Crâne, c’est-à-dire Calvaire. Par une raison probable donc Noé a pu ne pas ignorer le sépulcre de ce prince et premier-né de tous les mortels, puisque la renommée de cette chose s’est aussitôt répandue par le monde jusqu’au déluge, à partir de lui, et s’est propagée, et le Seigneur a souffert au lieu du Calvaire à partir de cette même origine de la mort humaine. Remarquable est aussi l’opinion d’Augustin, sermon 71 sur le Temps, qui écrit ainsi : Vraiment, frères, on croit non sans raison que celui qui fut dressé au milieu l’a été là où gisait le malade, et il était digne que là où était survenue la superbe humaine, là se manifestât la miséricorde divine, et que par ces signes précieux, même corporellement, la poussière de l’ancien pécheur, lorsqu’il daignait toucher son fils, fût crue rachetée. C’est pourquoi Augustin a aussi, question 61 sur la Genèse. Et pour ne pas décrire séparément l’opinion de chacun, la même opinion se trouve chez Athanase dans le bref sermon sur la Passion du Seigneur, Chrysostome homélie 84 sur Jean, ses disciples Euthyme et Théophylacte sur Matthieu 27, Moïse Barcephas sur le Paradis partie 1 chap. 14, Ambroise livre 5 épître 19 et sur Luc chap. 23.

Saint Cyprien dans le sermon sur la Résurrection du Seigneur. Anastase le Sinaïte livre 7 des Contemplations sur l’Hexaéméron, Épiphane hérésie 46, Germain dans la Théorie des choses ecclésiastiques ; et même, ce qui paraît plus étonnant, saint Jérôme lui-même dans l’épître 22 à Marcella, afin de l’inciter à visiter Jérusalem, affirme aussi cela parmi les choses remarquables qu’on y voit. Et parmi les plus récents, le cardinal Baronius tome 1 des Annales année du Christ 34 à partir du n° 12 et suivants. Pererius livre 7 sur la Genèse dans sa dispute propre sur cette chose. Benzonius évêque de Laurent livre 2 sur l’année jubilaire chap. 42 et livre 12 sur la fuite dispute 29 vers la fin. Le cardinal Bellarmin livre 3 sur la perte de la grâce et l’état du péché chap. 12. Suarez et Medina dans le commentaire de saint Thomas question 46 article 10.

Une conjecture facile s’y ajoute aussi : Adam avait coutume d’habiter des lieux qui ensuite furent sous la division de la tribu de Juda, comme l’atteste Christianus Adrichomius dans la description de la Terre Sainte, dans la tribu de Juda numéro sept ; il dit en effet qu’il y a la grotte d’Adam où l’on rapporte qu’Adam et Ève ont pleuré cent ans. Abel, où l’on voit aussi leurs lits de pierre, de longueur de trente pieds. Ce qu’avait aussi enseigné avant lui Borchardus dans la description de la Terre Sainte, Bredenbachius dans l’Itinéraire 6, Salignanus tome 10 chap. 5.

Je ne veux pas m’écarter de cette opinion commune des Pères, parce que j’estime beaucoup leurs autorités, et parce que cette opinion semble très proche de la tradition. Cette tradition semble aussi durer en notre siècle : car aux pieds du Christ crucifié nous avons coutume de peindre ou de sculpter un crâne d’homme, qui nous rappelle le crâne d’Adam, comme l’atteste Jean Molanus dans le livre des images sacrées chap. 78.

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Dans Josué chap. 14 il est dit qu’Adam le très grand parmi les fils d’Enachim a été enseveli là ; communément les Docteurs affirment qu’Adam n’est pas seulement le nom personnel du premier homme, mais aussi un nom commun de l’homme, car Adam signifie homme ; le sens donc serait : là a été enseveli l’homme très grand parmi les fils d’Enachim.

À l’objection de saint Thomas une réponse facile peut être donnée. Car d’abord le saint Docteur ne nie pas cela avec tant d’insistance, mais il affirme seulement qu’il convenait plutôt que le Christ fût crucifié dans le lieu commun des condamnés, afin qu’il fût montré que la Croix du Christ n’était pas seulement un remède contre le péché personnel d’Adam lui-même, mais aussi contre le péché du monde entier.

Quant à ce que l’on dit que des montagnes ont été formées lors du déluge, cela touche une question controversée : car en vérité nous ne pouvons nier que de nombreuses montagnes aient été accrues par les inondations du déluge ; puisque à Bologne, à Vérone et sur d’autres très hautes montagnes j’ai vu moi-même qu’on déterrait en très grande quantité des coquillages et des croûtes calcaires de coquilles, et tous ceux qui ont vu cela avec moi attestaient que c’étaient des restes et des monuments du déluge. Il est étonnant ce que j’ai entendu d’hommes très dignes de foi : qu’à Feltre, ville d’Italie du territoire vénitien, près des frontières d’Allemagne, alors qu’on extrayait des pierres d’une certaine montagne, on aurait trouvé le corps d’un géant changé en pierre, ce qui indiquerait que les montagnes auraient été soulevées par les alluvions du déluge, le cadavre du géant ainsi durci, qui auparavant, enseveli de telle sorte qu’il ne pourrît pas, s’est finalement durci en pierre avec la longueur du temps. Et combien facilement par les perturbations et les agitations de la mer des montagnes sont soulevées, les Vénitiens l’expérimentent très clairement et très sensiblement : car lorsque survient une tempête et que les flots de la mer Adriatique sont excités, afin que les navires n’encourent pas le dommage du naufrage, ils envoient le maître des navires à conduire, que dans l’Archipel d’Italie ils appellent l’Armiraglio, lequel, ayant abaissé un plomb dans la mer, explore le fond, et très souvent découvre de nouvelles grandes montagnes de sable, d’autres ayant été nivelées, entassées en sommets, que ceux-là appellent Piagzas ; car les flots de la mer sont ainsi soulevés par la rage des tempêtes qu’ils semblent, selon ce que dit Virgile au premier livre de l’Énéide, l’écume bouillonner sur les sables. Trois, arrachées, il les lance contre des rochers cachés, Rochers que les Italiens appellent Autels au milieu des flots,
Dos immense au sommet de la mer.

Il ne faudra donc en aucune manière nier que de nombreuses montagnes aient été soulevées par les dénudations du déluge. Mais qu’avant les temps du déluge il y ait eu quelques montagnes, il ne sera pas difficile de le conjecturer ainsi : il est en effet très probable qu’au moment de la première constitution du monde, lorsque Dieu ordonna que les eaux fussent séparées des eaux et que la terre sèche apparût, par le ministère des Anges d’énormes masses de décombres aient été rejetées, afin que la terre excavée laissât un lieu où l’eau pût se déposer ; et la terre rejetée forma les montagnes. Beaucoup le prouvent, Ascanius Martinengus dans la Glose majeure sur la Genèse, que je passe volontiers sous silence pour ne pas m’écarter davantage du sujet.

Un argument assez efficace semble attester cela : les plus hautes montagnes se trouvent presque toutes élevées près des rivages marins. Donc ou bien le mont du Calvaire a pu exister avant le déluge, et le corps d’Adam avoir été enseveli en lui ; ou bien si les montagnes ont été soulevées lors du déluge, il ne sera pas trop difficile d’affirmer que là où le corps d’Adam avait été enseveli, là, par la providence divine l’ayant fait surgir, il y ait eu ensuite au temps du déluge une montagne qui renferma le cadavre d’Adam, où son crâne et son calvaire furent trouvés.

Quant à la conjecture tirée du nom d’Hébron, qui est appelée la cité de quatre hommes, elle est assez faible : car certains ajoutent à Abraham, Isaac et Jacob non pas Adam mais Arbec ; d’autres Enac, afin que le nombre quaternaire soit complété.

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Cette discussion même entreprise au sujet du mont du Calvaire m’avertit maintenant d’affirmer ici, comme faisant autre chose, ce qui est un prodige conservé en mémoire, un grand prodige en ce lieu. Il ne faut pas juger cette digression vaine, puisqu’elle apporte avec elle un fruit de grande piété. On rapporte que sur le mont rocheux du Calvaire, en ce lieu où la main gauche du Christ avait été étendue sur la croix, lorsque le Christ remit son âme au Père, et que les rochers furent fendus et les tombeaux ouverts, alors aussi une cavité de rochers aurait été creusée et un grand trou, dans lequel la couleur du sang du Seigneur peut encore être constatée. La largeur de ce trou est telle qu’il peut facilement contenir un homme ; pour en examiner les indices et les consolations de l’âme, on a coutume d’y accéder en abaissant un fil à plomb et en pénétrant dans ce trou prolongé jusqu’aux enfers, afin que le lieu apparaisse par le mystère. Là, tandis que pour le larron qui était à droite le lieu s’ouvrait quant à la voie vers les cieux, et pour le pieux larron la voie à gauche était ouverte, pour tous ceux qui le suivent dans la piété, le lieu aurait été creusé jusqu’aux enfers. Car saint Ignace du Christ, qui n’est nul auteur de gloire plus grande, la confession est l’art des horreurs des maladies. De cette fissure se souvient et en témoigne Christianus Adrichomius, dans la description de Jérusalem n. 352. Bredenbachius dans la description de la Terre Sainte sous la date du 12 juillet. Georgius Brau, Agrippinae dans le Théâtre des principales villes du monde, tome 6. Mais il existe un témoignage remarquable de Lucien d’Antioche, prêtre, homme très célèbre par son antiquité et la sainteté de sa vie ; témoignage d’autant plus autorisé qu’il est invoqué pour confirmer la vérité de notre foi. Ce témoignage est rapporté par Eusèbe de Césarée livre 9 de l’Histoire ecclésiastique chapitre 6, si toutefois ce livre est d’Eusèbe et non plutôt le premier de Rufin. Le témoignage de Lucien est tel dans un discours rendant raison de la religion catholique, il dit qu’il a été utilisé en ces mêmes lieux à Jérusalem et sur le rocher du Golgotha sous le gibet fendu.

De plus, des parties extérieures du corps lorsqu’il avait prédit la crucifixion du Christ, il dit : Ils ont percé mes mains et mes pieds, et il ajoute : Ils ont compté tous mes os ; cela en effet est cause, ceci effet, car de l’extension du Christ sur la croix a suivi le dénombrement des os. C’est pourquoi Eusèbe et Théodoret, expliquant ce passage, introduisent ainsi le Christ parlant : Ainsi ils me déchireraient et me fixeraient à la Croix, de sorte que les autres pourraient au moins compter tous mes os. Et Nicéphore : afin que les articulations de mes os puissent être comptées. Jean Eck décrit vivement cette fureur des crucificateurs du Christ dans le traité de la Passion du Seigneur, disant que le Christ fut si terriblement étendu sur la croix que les veines et les nerfs furent déchirés. Nous lisons aussi cela çà et là chez d’autres auteurs ; mais parce que certains pensent que cela a été dit plutôt hyperboliquement pour exagérer que pour dire la vérité de la chose, cette vérité doit être confirmée par des témoignages ouverts et fermes. Qu’intervienne donc d’abord le témoignage de la très bienheureuse Vierge ; car parlant à sainte Brigitte livre premier des Révélations chap. 10, elle explique ainsi la crucifixion du Christ : D’abord ils fixèrent sa main droite au montant, et la perforèrent avec un clou, et ils perçaient la main en cette partie où l’os était sec ; ensuite ils tiraient son autre main vers le montant et l’y fixaient de la même manière. Ensuite ils crucifièrent le pied droit, et sur celui-ci le gauche avec deux clous, de sorte que tous les nerfs et les veines furent déchirés. Et plus bas : Ses mains et ses pieds étaient très rigidement étendus, et selon la forme de la croix tirés vers la croix et conformés. Et livre premier chap. 27 elle rapporte la même chose, livre 4 chap. 70. Mais le Christ lui-même révéla la même chose à sainte Brigitte, comme nous le lisons livre 7 chap. 15. Ainsi sainte Brigitte décrit la révélation qui lui fut faite : D’abord ils percèrent la main droite, ensuite la gauche en la tirant avec une corde violemment, ils la fixèrent à la croix. Ensuite le corps ayant été étendu outre mesure sur la croix, il y eut un clou au-dessus des autres, et ainsi ils fixèrent les pieds au milieu sur la croix…

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avec deux clous ; et dans une si grande extension ils étendirent ces glorieux membres avec tant de violence que presque toutes ses veines et ses nerfs se rompaient. Saint Bernard, traité de la Passion du Seigneur chap. 7 : Ils ont compté tous mes os, dit-il. Ils furent tellement étendus vers la droite et vers la gauche, et du sommet vers le bas, que le corps étant distendu à la manière d’une peau de tambour, tous mes os pouvaient facilement être comptés.

Mais ces très saintes mains, dont les clous resplendissent et brillent de la divinité, étaient arrosées de gouttes sanglantes, etc. Après que l’auteur a décrit avec soin les blessures dans les mains du Christ, il poursuit maintenant les lieux où mystiquement sont figurées les blessures des mains et les gouttes du sang qui en coulait. Il faut d’abord enlever une apparente contradiction qui semble se trouver dans les paroles de notre très sage prélat.

Car dans le chapitre 20 il affirme selon l’opinion de saint Ambroise que c’est un miracle si du sang s’écoule d’un corps mort ; il considère donc comme miracle que, le côté du Christ ayant été ouvert, il en ait coulé du sang et de l’eau. Or maintenant il affirme que, les clous ayant été arrachés et retirés des blessures des mains, le sang a coulé. Faut-il donc imaginer ici un nouveau miracle, puisque le côté avait été percé auparavant, avant que les clous fussent arrachés et que le sang eût coulé des blessures ? Mais cette contradiction n’en est pas une : car bien que parfois dans les cadavres le sang se coagule, très souvent cependant il arrive qu’en grande quantité du sang sorte tantôt des narines, tantôt de la bouche, tantôt des blessures, surtout si un ennemi mort auparavant, qui a infligé la blessure, ou un parent, ou quelqu’un proche par degré de consanguinité s’approche ; alors nous constatons que les plaies semblent revivre, que les blessures bouillonnent et que le sang coule en abondance, non sans la plus grande admiration et stupeur. Ainsi donc dans le Christ cette passion naturelle a peut-être revécu en présence de sa Mère. Mais qu’on ajoute ce que nous avons montré plus haut par les témoignages de sainte Brigitte, que les clous, les clous ont non seulement transpercé les mains,

mais aussi les nerfs et les veines ; puisque donc les clous comprimaient ainsi la partie de la main qui va vers les doigts, que de ce côté le sang ne pouvait couler, qui ne voit que, les clous ayant été arrachés, la voie étant ouverte au sang qui était retenu dans les veines tendant vers les doigts, le sang, comme le rapporte pieusement le Pasteur, a coulé ? Cette vérité étant donc établie, passons à l’explication de la prophétie.

Ses mains sont des œuvres tournées d’or. On dit tourné ce qui est travaillé au tour et poli, et ainsi cela est rond. D’où quelqu’un a chanté :

Comme si tu pensais que cela est sorti du tour.

Et Horace :

Le tour tourne rapidement, la pièce sort.

Saint Grégoire au chap. 5 du Cantique des Cantiques a compris les mains tournées du Christ, parce que de même que ce qui est tourné se meut sans obstacle dans sa rondeur, ainsi les œuvres du Christ se mouvaient dans la rondeur de la rectitude, afin qu’aucune tache de péché ne lui nuise. Mais Rupert, au même endroit, a compris dans les mains tournées l’agilité pour accomplir les miracles ; car ce qui est fabriqué au tour est porté ici et là avec la plus grande agilité : c’est pourquoi il appelle les mains du Christ tournées, parce qu’avec la plus grande puissance et agilité il accomplissait tout ce que le Christ voulait. Hugues le Cardinal au même passage les appelle mains tournées. Car ce qui est fabriqué au tour est travaillé avec art. Afin donc que nous sachions que les œuvres du Christ sont travaillées avec le plus grand art ; car il a tout disposé en nombre, poids et mesure. À ces très savantes explications j’ajoute une autre nouvelle, que les mains du Christ sont dites tournées parce que ses mains furent ornées d’une plaie ronde. Le clou, comme il a été montré plus haut, étant rond, a imprimé dans le Christ une forme ronde. Ou si l’on considère les mains avec les clous enfoncés ensemble, elles seront dites tournées, parce que les clous étaient tournés, par la même figure de langage par laquelle le poète a chanté…

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Il aurait frappé les joues avec une trompette,
car ce n’est pas la trompette qui frappe la joue, mais la joue la trompette ; ainsi les mains tournées à la manière du tour,
à cause des clous tournés fixés…

On dit encore que les mains sont dorées :
car l’or est précieux, ainsi les œuvres du Christ sont précieuses ; ou bien, dans l’or, comprenons la divinité.
On dit qu’elles sont pleines d’hyacinthe,
l’hyacinthe étant parfois une pierre précieuse, parfois une fleur,
de couleur céleste.
Dieu a pris un très grand plaisir à la couleur hyacinthe,
car il voulut que le Souverain Prêtre fût orné d’un vêtement hyacinthe, Exode 25, 26, et 28 ; Lévitique 8.
Il institua un bandeau hyacinthe.
Dieu voulut aussi des anneaux hyacinthes par lesquels les tentures du tabernacle seraient attachées.
Il voulut aussi que le tabernacle fût couvert de peaux hyacinthes, Exode 25 et suivants.
Dans l’Apocalypse chap. 9, les combattants étaient couverts de cuirasses hyacinthes.
Dans la très célèbre structure de Jérusalem,
la onzième pierre sur laquelle s’appuierait la structure de la cité, il voulut que ce fût l’hyacinthe ;
et les mains de l’Époux sont pleines d’hyacinthes.

Les Docteurs interprètent de diverses manières les mains remplies d’hyacinthe.
Rupert dit que les mains pleines d’hyacinthe signifient la récompense céleste de la félicité éternelle.
Aréthas, au chap. 21 de l’Apocalypse,
voit dans les mains du Christ ses œuvres admirables,
dans les hyacinthes les sens mystiques et les secrets cachés des mystères, par lesquels les œuvres du Christ sont ornées.
Hugues le Cardinal, par les hyacinthes dont les mains du Christ sont pleines, explique tantôt les dons célestes,
tantôt les dons du Saint-Esprit,
les récompenses célestes, les vertus, les miracles.
Il paraît donc nouveau d’expliquer que les mains tournées du Christ sont dites pleines d’hyacinthe parce qu’elles sont remplies de gouttes de sang comme de pierres célestes ou de fleurs ;
cela paraît nouveau assurément, mais non incongru.

Que ces choses soient estimées d’un si grand prix qu’elles aient pu revendiquer la nature humaine rachetée à la liberté, etc. Immense…

Considérant pour nous racheter la valeur du sang du Christ,
le bienheureux Ambroise disait :
Le sang du Christ est un bien divin : par cet or nous avons été rachetés ; c’est pourquoi le Prince des Apôtres disait, 1 Pierre chap. 1 :
Sachant que ce n’est ni par de l’or ni par de l’argent corruptibles,
mais par le sang précieux, comme d’un agneau sans tache et sans souillure, le Christ,
que vous avez été rachetés de votre vaine conduite.
Et l’Église chante :
Tu as donné ton sang, prix de notre salut.
Considérant la valeur de ce sang précieux,
Clément VI, dans l’Extravaguante qui commence Unigenitus, disait qu’une seule goutte du sang du Christ aurait suffi pour racheter l’univers entier.
Nazianze, dans l’oraison 2 sur la Pâque :
Une petite goutte du sang du Christ, dit-il, aurait restauré le monde.
La cause d’une si grande valeur est que le sang fut uni hypostatiquement.
C’est pourquoi Clément d’Alexandrie, livre 3 du Pédagogue, chap. 3, dit :
Le sang humain fut participant du Verbe et a communion avec la grâce par l’Esprit.
C’est pourquoi au sixième Concile, action 8 et 16, il est dit :
Dieu s’est fait homme dans l’assomption de la chair et du sang.
Cette parole est souvent répétée par saint Léon, épître 10 et sermons 8 et 10 sur la Passion.
Cette vérité définie comme de foi par Clément VI,
Nicolas Eymerich l’enseigna dans le Directorium Inquisitorium, question 10 ;
et Sylvestre dans la Rosa aurea, question 37 ;
et elle fut aussi définie par Pie II.
C’est pourquoi nous adorons le très saint sang du Christ d’un culte suprême appelé latrie.

Les hyacinthes sont aussi une sorte de fleurs, etc.
Ce sont les fleurs par lesquelles l’Épouse désirait être soutenue et appuyée, disant :
Soutenez-moi avec des fleurs, entourez-moi de pommes, car je languis d’amour.
Dans les fleurs elle comprenait les grâces célestes et les progrès spirituels
par lesquels sont conduits à la justice les débutants, les catéchumènes, les commençants et ceux qui progressent,
comme saint Grégoire au chap. 2 du Cantique et dans l’homélie 15 sur Ézéchiel ;
Bernard, sermon 51 sur le Cantique.

Même le ciel, inondé de splendeur par ces saintes blessures…

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Qui croirait jamais ? Chose vraiment admirable, que même par les hommes, par les êtres terrestres et par les animaux, et orné par le ciel, et cependant nous avons découvert que cela est ainsi en vérité, la clémence divine disposant ainsi : « Tu resplendiras », dit Daniel chap. 12, « comme le soleil, et ceux qui en instruisent beaucoup à la piété comme des étoiles pour des éternités perpétuelles. » Et Sagesse 2, les impies disent : « Ceux-là sont ceux que nous avons eus autrefois en dérision et en ressemblance d’opprobre : comment ont-ils été comptés parmi les fils de Dieu, »

Ce sont aussi ces mains-là, » etc.
Que faisons-nous en ce lieu ? est-ce que celle qui prononce ces paroles est l’Épouse, et non l’Époux : mais cependant de telle sorte qu’elles soient reçues comme dites par l’Époux. Que cela donc ne nous effraie pas ; car dans l’Épouse nous comprenons l’Église ; celle-ci, en outre, et selon qu’elle est unie avec la tête et avec l’Époux, peut être reçue ; parfois comme distincte de lui.
De la première manière elle est reçue quand on dit d’elle : « Quelle est celle-ci, qui monte, abondant en délices, appuyée sur son bien-aimé : » à savoir en tant qu’elle est conjointe avec l’Époux.
De la seconde manière elle est reçue quand elle-même dit : « Qui suis-je, et tu ne trouves pas. »
En ce lieu, que l’Épouse soit reçue comme conjointe avec son bien-aimé.
Car alors l’Épouse aussi, les mains de l’Époux jointes aux mains, distillent de la myrrhe ; parce que les mains aussi de l’Époux ont distillé de la myrrhe, et celle-ci très probable.
En effet, dans la myrrhe la mortification de notre chair est figurée, non d’une manière quelconque, mais jointe à la passion du Christ, chez Ambroise livre De l’institution des vierges chap. 15, chez Jérôme dans l’épître à Eustochium, chez Bernard sermon 53 sur le Cantique.
Très illustres en vérité ces gouttes, dignes d’être comparées à la myrrhe, et à la même très probable.
La myrrhe est d’un arbre dépassant peu la taille d’un homme, dépourvu de fruits et de feuilles, très suave par l’odeur, amère au goût, excellente pour préserver les corps ; dont le tronc est dur, âpre, tortueux ; dont l’écorce si elle est entaillée émet des larmes, lesquelles sont appelées myrrhe, et celle-ci très probable.
Donc, puisqu’elle est si amère au goût et très dure, à bon droit elle représente chez les Pères les pénalités, les macérations, les œuvres de pénitence ; d’où la myrrhe très probable que les mains de l’Épouse distillent.
Mais, parce que dans la myrrhe Origène, homélie première sur le Cantique, et Basile sur le Psaume 44, là « Myrrhe, et goutte, et casse » etc., comprennent l’humanité du Christ et les pénalités qu’il a assumées pour nous, auxquelles souscrit Bernard homélie 43 sur le Cantique, Fulgence sermon de l’Épiphanie, Nazianzène discours sur les Saintes Lumières, Jérôme sur le chap. 2 de Matthieu ; ainsi, puisque parmi les pénalités principales le supplice de la croix occupe la première place, à bon droit on dira que les mains du Christ ont distillé de la myrrhe, puisque par leur crucifixion l’écorce ayant été arrachée et la blessure profondément infligée, non seulement des larmes, mais un abondant écoulement de sang ont jailli.
Et bien que les doigts n’aient pas subi fracture des os, cependant une secousse très présente, elles ont distillé la myrrhe du tourment.

Et parce que par ces mêmes mains il fallait que des gouttes du sommet coulent en grand nombre,  etc.
Ce passage nous paraît ardu à comprendre, difficile à expliquer, et impropre à confirmer notre intention à première vue.
C’est pourquoi à juste titre la Glose morale de Jérôme au chap. 4 d’Ézéchiel, quand devaient être expliquées les fenêtres obliques, est alléguée, laquelle dit pardonner au lecteur la difficulté et accorder indulgence à celui qui confesse.
Car par des fenêtres obliques, faites en forme de filet et toujours fermées, nous regardons : c’est pourquoi il faut un secours céleste afin que cela soit expliqué avec soin par nous et perçu par les autres.
Ce passage est de 3 Rois 6, où il est dit « que Salomon fit dans le temple des fenêtres obliques » ; la même chose tu l’as aussi chez Ézéchiel chap. 40 et 41.
Mais ce que sont ces fenêtres obliques, cela n’est pas ainsi clair.
Cajetan note que dans le texte hébraïque on lit : il fit des fenêtres regardant, fermées.

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Rupert, livre De Trinitate et ses œuvres sur 3 Rois chap. 9, dit que ce sont des fenêtres presque cachées, qui ne porteraient pas la lumière, parce que Dieu habitant le temple est lumière, n’ayant besoin d’aucune lumière extérieure. Mais le même, livre 2 du commentaire sur le chap. 4 d’Ézéchiel, au chap. 21, dit que les fenêtres obliques sont dites comme des flèches, parce qu’à la manière des flèches elles introduisent dans l’édifice une lumière étroite.
Ce qu’avant lui Jérôme avait enseigné, disant qu’en grec on les appelle τοξικάς, c’est-à-dire flèches ; les Septante lisent fenêtres cachées. Saint Jérôme au chap. 41 d’Ézéchiel dit que les fenêtres étaient aussi en forme de filet, à la manière de treillis, afin qu’elles ne fussent pas fermées par pierre transparente ni par verre, mais par des bois entre-taillés et vermiculés ; pour lesquelles en hébreu on a fenêtres obliques.
D’autres les comprennent tortueuses, lesquelles par de larges murs s’élargissaient par une entrée contournée. Sanctes Pagninus traduit : fenêtres larges à l’extérieur, étroites à l’intérieur. Mais l’explication commune de Cajetan, de Lyran, du cardinal de Charne, de Rupert, est qu’elles sont fenêtres étroites extérieurement, larges intérieurement. Celles-ci Cajetan dit qu’on les appelle fermées, celles-là il dit non pas absolument fermées, mais relativement à la partie intérieure.
Car, en raison de la grande épaisseur du mur, ceux qui étaient à l’intérieur ne pouvaient regarder au dehors ; ainsi elles étaient fermées d’un côté, ouvertes à la lumière, non cependant de sorte qu’elles cachent ceux qui habitent dedans, telles sont les fenêtres de marbre pleines de petits trous, rendant certes la lumière, mais en fermant ceux qui regardent.
Donc, de si grande diversité des Docteurs, nous comprenons seulement clairement ceci, que les fenêtres obliques étaient celles qui, étroites au dehors, s’ouvraient larges au dedans et introduisaient une immense abondance de lumière.
Mais ce que les fenêtres obliques signifiaient mystiquement, cela ne convient pas ainsi entre les Docteurs ; au point que dans leur explication nous pouvons en toute sûreté employer cela : « Autant de têtes, autant d’opinions. »

La glose morale entend par les fenêtres du temple les Docteurs, lesquels, lorsqu’ils dévoilent publiquement ce qu’ils voient en secret, comme ayant reçu la lumière du soleil, remplissent tous les recoins du temple ; lesquelles sont pour cela dites obliques, c’est-à-dire plus larges au dedans, parce qu’ils perçoivent par moments le rayon de la contemplation supérieure, puis, l’obscurité s’étendant dans le sein du cœur, ils dilatent davantage et se préparent par un exercice habile à une plus grande capacité.
La glose de Jérôme sur le chap. 41 d’Ézéchiel a à peu près la même chose.

Guillaume Durand, livre 1 du Rational des offices divins chap. 1, entend dans ces fenêtres les Saintes Écritures, qui sont étroites extérieurement à cause du sens littéral, mais plus larges intérieurement, parce que le sens mystique est plus ample.

Un auteur inconnu sur le Psaume 44, sur ces paroles « Elles seront conduites dans le temple du Roi », explique tropologiquement les fenêtres obliques, en ce que l’âme qui est temple de Dieu doit avoir les affections de la volonté étroites extérieurement par rapport aux choses temporelles, et larges intérieurement par rapport aux spirituelles.

Bernard s’en approche davantage dans la Parabole des noces du Fils du Roi et des ornements de son Épouse, expliquant cela anagogiquement : « La fenêtre, dit-il, est d’air compacté et est mur là où il y a mur continu sans aucune fenêtre ; mais le mur admettant l’air à entrer en lui-même est appelé fenêtre. »
Or le Christ est, par son humanité, comme un mur, et par sa divinité brillant dans l’humanité ; ainsi le Christ est fenêtre, bien plus en lui il y a cinq fenêtres, à savoir l’Incarnation, la Vie, la Doctrine, la Résurrection, l’Ascension.

Rupert s’en approche encore davantage, au lieu cité : « Le temple n’est pas fait de main d’homme, dit-il, le temple de l’homme du Seigneur ne demande pas la lumière du dehors, ne sollicite pas d’ailleurs la clarté du soleil ou du jour ; il a donc de nombreuses fenêtres, non pour recevoir la lumière du dehors, mais pour que la cité sainte répande la lumière d’elle-même. Telles furent ces fenêtres obliques et presque cachées, quand à peine elles respirent et que sa voix est entendue, mais d’où il vienne ou où il aille. »

Il semble aussi s’être approché davantage Pierre…

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Pierre Bercorius dans son Dictionnaire : la fenêtre de lumière, dit-il, est la Bienheureuse Vierge et l’humanité du Christ, parce que non par la porte mais par les fenêtres, qui est une voie extraordinaire et inaccoutumée, le Fils de Dieu est entré dans le monde ; c’est-à-dire par la Vierge glorieuse ; lequel accès a fortement dévié de la règle commune des autres ; d’où il est dit de Salomon en 3 Rois 6 qu’il fait dans le temple des fenêtres obliques. Là Ézéchiel 4 dit : fenêtres fermées au-dessus des portes ; parce que la Bienheureuse Vierge et l’humanité du Christ sont des fenêtres obliques et fermées : fermées par la Virginité, obliques par une qualité extraordinaire et contraire à la nature.

Il y aura donc une nouvelle explication, si dans les fenêtres du temple nous entendons les blessures du Christ. Nouvelle certes explication, remarquable cependant et excellente, et déduite avec acuité des témoignages des Pères. De quelle manière cela se fait, je l’indiquerai brièvement. Saint Augustin, livre 12 contre Fauste le Manichéen, dans la fenêtre qui était au côté de l’arche, entend la blessure qui fut infligée dans le côté ouvert du Christ. Tu trouveras la même chose au livre 15 de la Cité de Dieu chap. 26.

Bède, livre 30 des Questions sur les livres des Rois, question 13 : dans la porte du côté médian à la partie droite, dans le temple de Salomon, il entend la blessure infligée au côté droit du Christ. De même dans le Pascha Domini. Dans les eaux qui sortaient du temple du côté droit, comme l’écrit Ézéchiel chap. 47, il entend le sang qui sortait du côté droit, provenant de la blessure reçue par le Christ sur la Croix. La même chose a été écrite par Rupert au livre 3 des Rois chap. 6.

Si plus haut, dans la fenêtre de l’Arche, les Pères reconnaissent les plaies du Christ, si dans la porte du temple ils reconnaissent les plaies du Christ, pourquoi donc ne regarderions-nous pas les plaies dans les fenêtres ? Qu’est-ce qui dans la doctrine des Pères nous en empêche ? Rupert livre 3 des Rois chap. 10. Augustin livre de la Cité de Dieu chap. 26 : « La porte reçue dans le côté de l’arche est assurément cette blessure, lorsque le côté du crucifié fut percé par la lance. »

Les plaies du Christ sont donc des fenêtres. Car de même que les fenêtres sont les ouvertures du mur, ainsi les blessures du Christ sont les ouvertures de son corps : les fenêtres sont pour regarder, de même les plaies sont pour regarder : en elles nous regardons en enfer, afin que nous reconnaissions combien doit être grand le vice des pécheurs, puisqu’il a infligé à Dieu un si grand tourment. Dans les cieux nous regardons, afin que nous contemplions combien grande sera la gloire future des bienheureux, qui a été achetée à si grand prix. En elles nous regardons la miséricorde de Dieu, qui nous a rachetés par son sang. En elles nous admirons la charité de Dieu : « car personne n’a de plus grande charité que de donner sa vie pour ses amis. » Or lui l’a donnée pour des ennemis. En elles nous regardons les ruses du démon ; nous contemplons les secours célestes. En elles nous trouvons l’amour de Dieu et la laideur du péché.

Les fenêtres sont donc les plaies reçues par le Christ pour nous, et celles-là obliques : pourquoi obliques ? Est-ce parce qu’elles furent infligées contre l’ordre de la justice, afin qu’un innocent mourût pour les pécheurs ? Ou obliques, parce qu’avec des clous tournés et plus épais, et vers les pointes plus subtils, elles furent nécessairement infligées, elles durent être plus étroites d’une part, plus larges d’une autre ? Ou obliques, parce que frappant le corps elles infligeaient aussi une plus grande tristesse dans l’âme ? Ou afin que l’auteur dise qu’elles sont étroites parce qu’elles sont considérées par peu de gens, mais qu’elles se dilatent quand elles sont comprises par nous avec un pieux mouvement du cœur ? De là a jailli la lumière de l’unité. Ou enfin obliques, parce qu’extérieurement très étroites, intérieurement elles se dilatent à l’infini ? Extérieurement certes elles paraissent étroites, si seul un homme souffrant est considéré comme crucifié et accablé de blessures. Mais intérieurement elles s’élargissent à l’infini, si l’on croit que non un homme pur, mais Dieu souffre, est crucifié et accablé de blessures. Ô combien elles se dilatent immensément ! Ô quelle abondance de lumière elles apportent ! Ô combien elles illuminent et ornent l’Église de Dieu !

Je n’omettrai pas en ce lieu ce que Jérôme dit au chap. 41 d’Ézéchiel, que ces fenêtres furent construites en forme de filet. Et les treillis…

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Il regarde, à savoir du nord, du midi, de l’occident, vers l’orient, qu’il n’y a pas de fenêtres. Voici comment tout cela convient au Christ. Car lui est tout couvert de fenêtres en treillis, lui qui est de toutes parts couvert de plaies, de coups et de blessures, de sorte que de la plante du pied jusqu’au sommet il n’y a en lui aucune santé, et qu’il est entouré de plaies de toute part. Du nord, d’où souffle tout mal, il reçoit dans son corps mystique les plaies de la persécution. De l’occident, de la part des pécheurs. Du midi, de ceux qui abondent en délices, il est blessé. Mais de l’orient, d’où pour nous se lève l’unité, il ne reçoit pas de plaies ; car elle ne resplendit pas par des miracles, lorsque l’humanité succombe aux injures.

Mais en ce lieu que le pieux Lecteur médite, etc.
Telle était l’intensité de l’amour de la très chaste Mère envers l’enfant JÉSUS, telle la suavité, que lorsqu’elle contemplait la beauté de l’enfant JÉSUS, elle était inondée d’un plaisir incroyable, au point qu’elle-même dit d’elle-même : « Alors mon âme, par délectation, comme par rosée, distillait. »
Mais lorsqu’elle méditait que les mains et les pieds de l’enfant JÉSUS, dans la contemplation desquels elle se délectait tant, allaient être cruellement transpercés par des clous, voici qu’elle était frappée par le glaive de la douleur, et les larmes jaillissant abondamment attestaient les immenses douleurs de l’âme, ainsi la Bienheureuse Vierge elle-même, chez sainte Brigitte livre 4 chap. 10 et livre 6 chap. 58.

Si la Bienheureuse Vierge souffrait ces douleurs par la seule prévision des blessures du Christ, quelles douleurs enfin penserons-nous qu’elle ait souffertes, lorsqu’elle voyait le Christ endurer l’amertume extrême, et ses mains et ses pieds attristés par la cruelle perforation des clous ? Car les yeux augmentent la douleur et ne permettent pas de détourner la pensée des misères.
Certes, des tourments si amers pénétrèrent la poitrine de la Vierge, que l’amertume des douleurs, comme épuisant les forces du corps, faisait qu’elle se jetait à terre comme un corps sans vie. Ici les spasmes de la Bienheureuse Vierge sont célébrés avec une grande vénération des pieux. Mais ici il faut suspendre un peu.

SI LA BIENHEUREUSE VIERGE A SOUFFERT UN SPASME, ET DE QUELLE SORTE.

J’ai lu plusieurs auteurs de très grand nom qui affirment constamment qu’il ne faut pas admettre un spasme en la Bienheureuse Vierge ; ainsi Suarez 3e partie traité 7 dispute 41 section 2, Cajetan tome 2 opuscule question dernière, Bartholomé Médina 3e partie question 27 article 4, Lansenius dans la Concorde Évangélique ; dont les principaux fondements sont.

Premièrement, parce que le spasme, ou spasma, signifie contraction et convulsion des nerfs, qui détourne par force le mouvement naturel des membres du mouvement volontaire ; ainsi Avicenne dans le traité des spasmes, saint Thomas livre 2 question 19 article 12, livre des Météorologiques ; mais en la Bienheureuse Vierge il n’y eut pas cette contraction des nerfs ou des membres, puisque Jean chap. 19 dit ouvertement : « Or se tenait près de la croix de JÉSUS MARIE, » etc.

Parce qu’il est indigne d’une si grande perfection et excellence de la Bienheureuse Vierge qu’on dise qu’elle a souffert défaillance de l’âme et égarements de la raison ; puisque, d’une complexion excellente, on doit penser qu’elle n’a jamais même été malade.
Bien que certains feignent des spasmes en la Bienheureuse Vierge pour exagérer sa douleur, ils ne s’aperçoivent pas qu’en cela même, en voulant recommander la Bienheureuse Vierge, ils retirent beaucoup de sa dignité ? Car ils lui enlèvent le degré héroïque de cette constance que les Pères louent le plus en elle.
Saint Antonin 4e partie de la Somme titre 5 chap. 4 § 1, qui dit que la Bienheureuse Vierge se tenait devant la croix pudique, modeste, pleine de larmes, plongée dans les douleurs, toutefois tellement conforme à la volonté divine que, comme dit Anselme, « au-dessus de toute chose elle se donna pour accomplir selon la raison la volonté de Dieu ; elle se tenant placée près de la croix, elle ne faillit point, car elle ne fut pas d’une moindre obéissance qu’Abraham. »
Bien plus, les Pères louent tellement la constance de la Bienheureuse Vierge qu’ils disent que, le Christ souffrant, elle offrait au Père la passion du Fils.
C’est pourquoi Ambroise, dans le De obitu Valentiniani, dit…

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il dit : « Je la lis debout, je ne la lis pas assise. »
Les nôtres feignent qu’elle se frappait la poitrine, qu’elle s’arrachait les cheveux, qu’elle se déchirait les joues, et qu’elle faisait des choses indignes de sa gravité.

Parce qu’il était plus cher à Dieu que la Bienheureuse Vierge compatît au Christ selon la partie rationnelle, que d’être détournée du siège de la raison et privée aussi des sens, et de tomber à terre.

Parce que la Bienheureuse Vierge fut dotée d’une si grande perfection de grâce qu’elle ne souffrait aucun mouvement, pas même les premiers, mais que tous étaient soumis à l’empire de la raison.

Cependant, par la pieuse crédulité des fidèles, un spasme était attribué à la Bienheureuse Vierge : car des autels étaient élevés, des églises construites sous l’invocation du spasme de la Bienheureuse Vierge ; et l’image peinte la montre, par l’amertume de la douleur, tombant à terre, exposée publiquement dans les églises.
Ceux qui rapportent la description de la Terre Sainte racontent aussi qu’au lieu où l’on dit que la Bienheureuse Vierge souffrit un spasme, fut édifiée une église appelée Sainte Marie du Spasme.

Quoi donc, dans une si grande dissension des Docteurs, dirons-nous pieusement et probablement, quand d’un côté nous lisons certains disant qu’il est impie et téméraire d’attribuer un spasme à la Bienheureuse Vierge, et d’un autre côté des hommes remarquables par leur piété prêchant le spasme en la Bienheureuse Vierge ?

D’ici donc la vérité pourra apparaître, et facilement les docteurs pourront s’accorder, si nous observons que le spasme ne se dit pas d’une seule manière, mais de multiples façons ; ce que aussi Cajetan, au lieu cité, et Coelius Rhodiginus, livre 8 leçon… ont noté.

Premièrement, le spasme proprement dit est lorsque, par la violence et l’amertume de la douleur, les nerfs se contractent, se convulsent et se raidissent ; de sorte qu’il inflige non seulement un tourment très amer, mais qu’il prive l’homme de l’usage de la raison et des sens, et le rend comme sans vie.
Après un long temps, l’homme recouvre l’usage de la raison et des sens ; cependant il peut être retenu par une longue maladie ; et placer un tel spasme en la Bienheureuse Vierge serait impie, téméraire et, comme le dit Médina, hérétique ; car cela serait efficacement réfuté par ceci que la Bienheureuse Vierge « se tenait près de la croix de JÉSUS », ce qui doit être pris proprement, comme le prouvent très bien Cajetan et Médina.

Deuxièmement, on appelle spasme lorsque, même sans contraction ni convulsion des nerfs, la douleur s’accroît tellement que l’amertume du tourment induit une défaillance de la raison ou une syncope ; de sorte que l’homme, saisi d’une pâleur de mort, est tellement privé des sens qu’il est couvert d’une sueur froide et ne peut user non seulement des sens, mais même de la raison.
Un tel évanouissement de l’âme les tourments, par lesquels les juges torturent les coupables pour arracher la vérité, ont coutume de l’infliger.

Et il faut confesser que ce spasme aussi fut éloigné de la Vierge Mère de Dieu, comme le dit très bien Cajetan au lieu cité ; car par cela même qu’il enlève non seulement les sens mais aussi la raison, il porte un grave préjudice à l’excellence de la Bienheureuse Vierge.

Troisièmement, selon la manière commune de parler, on appelle spasme une douleur très aiguë et intense qui, bien qu’elle ne torde pas les nerfs, ne les convulse pas, et n’interrompe pas l’usage des sens, encore moins celui de la raison, est néanmoins si terrible et cruellement pénible qu’elle diminue les forces du corps, affaiblit en quelque sorte la vigueur corporelle, de sorte qu’une faiblesse des forces s’ensuit, et que l’homme peut à peine se soutenir et parfois tombe à terre ; ainsi dit Ézéchiel : « Je me suis desséché, et je n’avais plus aucune force. »
Ce spasme-là, les hommes pieux l’admettent en la Bienheureuse Vierge. Car cette douleur…

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il exprime l’amertume, mais n’inflige aucune injure à l’excellence de la Bienheureuse Vierge. Or par cette amertume de douleur, que la Bienheureuse Vierge ait souffert un spasme, non une seule fois mais même à plusieurs reprises, cela est confirmé par les témoignages de la même Bienheureuse Vierge à sainte Brigitte. Car au livre 1 chap. 10, parlant de la flagellation du Christ, elle dit : « Au premier coup du fouet je vis, moi qui me tenais plus près, voici que comme morte, et l’esprit défaillant, je vis son corps être frappé ; » et plus bas, parlant de la crucifixion du Christ, elle dit : « Lorsque le premier clou lui fut enfoncé, moi, au son du premier coup, comme morte, les yeux obscurcis, les mains tremblantes, les pieds chancelants, et je ne pouvais respirer à cause de l’amertume de l’âme. »
Lève-toi, en vérité, vois comment mon fils pend misérablement. Voici donc comment elle décrit une telle amertume de douleur chez la Bienheureuse Vierge, qui diminuait certes les forces du corps, comme aussi au livre 2 chap. 25 elle l’explique en disant : « Lorsque mon fils fut déposé de la croix, j’étais comme une femme qui enfante, dont tous les membres tremblent. » Elle ne fut privée ni de l’usage des sens ni de l’empire de la raison ; c’est pourquoi elle dit : « Je ne voulus regarder pendant qu’on le détachait ; » ensuite cependant, se levant, je vis mon fils pendu. Des choses semblables au livre 4 chap. 70 et livre 7 chap. 15. Ainsi ces choses concordent très bien avec ce qu’elle se tenait près de la croix lorsque le Christ était crucifié. Et au livre 6 chap. 57 elle a ces paroles d’or : « Chaque fois que j’entendais les opprobres de mon Fils, et les mensonges, et les embûches dressées contre lui, autant de fois mon âme était plongée dans la douleur, au point que je pouvais à peine respirer ; mais par la vertu de Dieu elle gardait sa douleur avec modestie et honnêteté, et ne fut pas impatiente ni moins modérée ; et lorsque je vis mon Fils lié, flagellé et suspendu au bois, je tombai comme sans vie ; mais l’esprit revenu, je me tins dans la douleur et l’espérance, supportant patiemment, de sorte que je n’imprécai aucun mal ni aux ennemis ni à personne, sinon la grâce. »
Que vois-tu en celle qui se tient debout sinon un chœur de chastes ? D’où il apparaît si et comment le spasme doit être admis en la Bienheureuse Vierge, et ce qu’il faut répondre aux arguments opposés.

Aussitôt les vierges levèrent les yeux, et, par cette élévation, méditèrent les blessures, etc.
Nous lisons que certaines mères, par la perte de leurs fils, furent affligées d’un si grand deuil qu’elles non seulement souhaitaient des maux à leurs ennemis,

mais même sous leurs yeux se donnaient volontairement la mort. Car Thomyris, reine des Massagètes, lorsqu’elle apprit que son fils avait été tué par Cyrus, s’enflamma d’une telle colère qu’elle fit crucifier Cyrus capturé à la guerre, et jeta sa tête tranchée par l’épée dans une outre pleine de sang, disant : « Rassasie-toi de sang, toi qui en avais soif. »
D’autres, plus cruelles envers elles-mêmes que les ennemis, se donnaient elles-mêmes la mort.

Mais la Bienheureuse Vierge, pleine de larmes, portant tout avec patience d’un cœur héroïque, ne s’irrite pas contre les ennemis, mais compatit à son Fils.
Et bien qu’elle désirât mourir avec son Fils, elle ne commet pourtant rien en elle-même par quoi elle porterait atteinte à la mort de son Fils : elle sait qu’il doit être tué non par elle, mais par un autre, celui qui suit les traces du Christ.
C’est pourquoi elle fut martyre, et plus que martyre, parce qu’elle rendit grâces à Dieu d’avoir pu, après la mort, recevoir son Fils dans son sein, examiner les blessures, essuyer le sang, arroser de ses larmes les gages sacrés de la rédemption, et les baiser.

Ô incomparable force de la femme ! Ô constance invincible de la Vierge, qui baise même les blessures !
Que diront les hérétiques, lorsqu’ils liront que la Mère baise les blessures du Fils ? Eux qui osent nous railler parce que nous vénérons les instruments de la croix et de la passion du Christ, disant qu’il ne faut pas vénérer les opprobres du pieux Fils du Père.
Ce que la Bienheureuse Vierge vénérait dans les blessures du Fils, nous aussi nous l’honorons dans la passion du Christ.

Quoi donc, ô très affligée Vierge, vénérais-tu dans les blessures du Christ ? Était-ce la cruauté des ennemis ? Était-ce l’ardente charité de ton Fils envers nous ? Celle-ci assurément, car il a dit qu’il nous a rachetés par son sang.
Nous vénérons donc la même chose. Compatissant donc pieusement aux douleurs du Christ et aux tourments de la Bienheureuse Vierge, avec la Bienheureuse Vierge poursuivons d’une pieuse vénération les plaies reçues par le Christ pour nous et imprimées pour nous dans le Saint Suaire, pour l’excitation de la piété.

ALPHON-

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D’Alphonse Paleotti
Archevêque [Illustre ?]
de Bologne,

Explication du Saint Suaire.

Des plaies du ventre, et de la douleur causée aux entrailles par celles-ci : bien que ces plaies aient été très cruelles, même si, en comparaison des autres, elles étaient plus petites.

Chapitre XVII

DU SAUVEUR,

Toute chair en lui était d’une délicatesse extrême, parce qu’il avait été conçu du très pur sang de la Vierge Marie, notre Dame, par la vertu du Saint-Esprit.

Mais les parties du ventre étaient encore plus délicates que les autres.

En effet, puisqu’elles adhèrent aux viscères, il en résultait que, étant d’une nature très tendre, elles ressentaient très gravement les coups, produisant dans ces parties des tourments.

Et bien que sur le Suaire apparaissent de plus petites plaies en ces endroits, comparées aux autres, cependant elles étaient innombrables ; ce qui n’empêche pas qu’une grande blessure ait été infligée.

Car, le ventre étant mou, il se rétracte sous les coups ; ce qui toutefois n’est pas un moindre indice de douleur, mais en produit une beaucoup plus grande, provenant de la compression du ventre et demeurant dans les viscères, tandis que le ventre lui-même se relâche.
Et de là l’on peut conclure : que la force du coup se demandait là, tant extérieurement qu’intérieurement.
Notre Sauveur fut donc tourmenté par des coups très cruels dans ces parties. Cette douleur pénétrant dans les viscères désignait cet Agneau pascal :

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que Dieu lui-même ordonnait qu’il fût mangé : afin qu’il montrât par celui-là l’expression de cet agneau immaculé Jésus, dont les entrailles les Juifs, et les ministres des Romains, avaient pris pour être flagellées, afin de les meurtrir, lorsque les coups innombrables, très souvent répétés, pénètrent par le ventre dans les viscères. Or que cet Agneau ait exprimé la figure de notre Seigneur, Justin Martyr entre autres le déclare excellemment, lorsqu’il expose la manière dont on le faisait rôtir : « L’Agneau Pascal, dit-il, avait coutume d’être rôti en figure de lui, fixé à deux bois, l’un droit, et l’autre transversal, étendus en forme de Croix. » 7. Or ces parties mises à vif par les verges, Job les avait auparavant annoncées : « Mes entrailles, dit-il, ont bouillonné sans aucun repos. »

Mais du tourment des viscères, Jérémie dit : « Mes entrailles, dit-il, ont été troublées. » Bien plus clairement encore le même Divin Prophète : « Vois, Seigneur, dit-il, que je suis dans la tribulation, mon ventre a été troublé. » Or cette vexation du ventre troublé fut désignée par la prophétie de David, mû par l’esprit divin : « Mon cœur est devenu, dit-il, comme une cire fondante au milieu de mon ventre. » Et « au milieu du ventre », dit-il, soit en indiquant la poitrine sous le nom de ventre, soit parce que, en cette partie, il était si déchiré et déformé que, toute distinction du ventre et de la poitrine étant supprimée, le cœur paraissait être tombé, puisqu’il semblait ne pouvoir être soutenu nulle part : soit parce que, frappé et brisé à l’intérieur des viscères, il excitât une très grande lésion : soit parce que l’âme, à cause de la douleur du ventre, se soit entièrement liquéfiée, et à cause des plaies doublées, reçues dans la même partie, tandis qu’elle s’efforce de secourir cette partie, ait été misérablement tourmentée.

D’où l’on peut très facilement considérer que, si une seule douleur des viscères peut enlever la vie, que put un supplice doublé en cette partie, infligé au Sauveur, intérieurement et extérieurement, certes cruellement appliqué : lequel, plus il augmentait ; que Job n’a tenté de décrire d’aucune manière plus convenable que s’il délimitait leurs yeux terribles, et leur regard rempli d’indignation : « Terrible, dit-il, un œil m’a regardé. »

Maintenant, que devrons-nous faire, lorsque nous voudrons contempler un tel simulacre sacrosaint et pieux, dont nous lisons, au sujet de saint Jean Chrysostome, qu’en regardant l’effigie de saint Paul, il avait coutume d’être très vivement ému ? Ainsi en effet le rapportent Siméon Métaphraste et Georges, Patriarche d’Alexandrie.

Ne sera-t-il pas convenable que nous aussi soyons fortement touchés, lorsque nous aurons regardé une telle image du Christ Sauveur, non peinte par des couleurs, comme celle-là, mais peinte par son très sacré sang lui-même ? De plus, lorsque nous aurons rappelé en mémoire que ce sang même a été une monnaie, par laquelle le prix de notre rédemption a été payé au Père.

Donc nous aussi, non avec le regard terrible des ministres cruels, mais avec le regard très pieux de saint Chrysostome, contemplons ce simulacre. Excitons-nous de même tous, non comme ceux-là à la rage à cause de l’impiété, mais comme celui-ci à la compassion : lorsque…

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nous voyions déformé, et lacéré par le multiple supplice des fouets, surtout en ces parties qui ont coutume d’être couvertes et gardées avec le plus grand respect.

Nulle part dans l’ancienne Loi Dieu n’avait été permis d’être figuré, ni d’être regardé, ni d’être peint. Il répondit à Moïse : « Tu verras mes parties postérieures, mais ma face tu ne pourras la voir. » À cette fin il ordonna de fabriquer l’Arche avec les Chérubins, comme nous le lisons dans les histoires sacrées, et le Serpent d’airain, et d’autres choses de ce genre, par lesquelles la Majesté divine fût figurée en ombre, au sujet de laquelle il avait dit : « L’homme ne me verra pas, et il vivra. »

Mais maintenant, autant sa clémence nous l’a accordé, lorsqu’il s’est montré enveloppé dans ses voiles qui l’entourent de toutes parts : mais nu, dépouillé par les fouets et déchiré, même en ces parties qui sont communément couvertes par certains voiles des vêtements, et que nul ne peut soupçonner, il s’est donné à contempler. Et ce qu’en sa miséricorde il n’avait pas encore permis, il l’a tout entier, dans sa misère, en chacune de ses parties figuré en ombre, exposé pour être intimement considéré. Mais avec combien d’affection d’amour il nous conviendrait de comprendre par la méditation, et d’examiner en notre âme ces plaies en particulier, qui, pour la cause de nous tous, ont si cruellement fouetté toutes ses entrailles ?

De là, l’esprit tourné vers la Bienheureuse Vierge, il nous faudra tous méditer ce très doux ventre du Fils, qui, au temps où il était uni à ses très pures entrailles, avant qu’il ne fût mis au jour en cette lumière, fut si délicat : mais maintenant qu’elle le contemple ainsi si cruellement déchiré : d’où il sera donné de méditer combien ses entrailles lui furent chères, et par quelle douleur pleinement ineffable elle était tourmentée. De là, la proposer devant les yeux de l’esprit, le Fils livré aux coups, et déchiré par les blessures, nous le supporterons facilement, et en plaignant ses douleurs, adresser ainsi la parole au Fils et à la Mère : Christ Sauveur, par quel moyen tant de coups innombrables ont-ils bouleversé ton ventre ? De quelle manière ton cœur, au milieu même du ventre, liquéfié à la manière de la cire, est-il descendu ? Tes entrailles à peine encore bouillonnantes ont-elles bouilli comme en ébullition ? Ensuite, tournés vers la Vierge, parlons-lui ainsi : Ô combien cela t’apportait de douleur, que durant ce temps tu ne pouvais non seulement soigner ton très doux Fils, mais même ni le réchauffer, ni le consoler : tandis que toi, blessée de douleur par la poitrine de toutes parts, et arrosant par des larmes très abondantes ces parties, et les nourrissant, qui ont été rendues si difformes et horribles par le sang versé. Or, cette compassion étant conçue, la piété de notre blessure, plus douce par une grande affection, pourra verser des larmes des yeux.

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Du frère Daniel Mallonius,
Élucidations sur les meurtrissures du ventre du Christ.

Chapitre XVII

Du Sauveur, toute chair en chacune de ses parties avait été très délicate, etc.

Le Christ Jésus Dieu homme, de même qu’il a assumé en lui-même la véritable nature de l’homme, a voulu aussi participer en quelque manière aux états de l’une et de l’autre nature, et recevoir en lui-même certaines choses de ces mêmes états. Or il y a un quadruple état de la nature humaine : le premier, d’Innocence ; le second, de Péché ; le troisième, de Grâce ; le quatrième, de Gloire. De tous ces états le Christ a reçu en lui-même certaines choses. Du premier, d’Innocence : l’excellente constitution du corps, l’élégante beauté, la remarquable virilité. Du second : les défauts de l’âme et du corps, et ce qui suit le péché, la peine et la mort. Du troisième : la grâce et la plénitude de la grâce, de laquelle nous avons tous reçu, grâce pour grâce. Du quatrième : la contemplation parfaite de Dieu, afin qu’il soit Roi glorieux ; tête très bienheureuse, Mag. Sent. 3. d. 17.

De celles donc qu’il a reçues du premier état, cette chair fut très molle, mince et délicate, dont l’auteur parle : car bien qu’elle fût passible, cependant elle fut si délicate comme la chair d’Adam avant la honteuse désorganisation du péché du corps, ainsi l’appelle Bernard. D’où il rappelle très fortement la bienheureuse Vierge chez Brigitte, l. 1. c. 10. et l. 4. c. 70. tu diras : Mon Fils était d’une nature si tendre et si délicate, que le sang était si légèrement flagellé : que la langueur accourait aussitôt.

La cause de cette nature si délicate, l’Ange Évêque en note deux : l’une, en effet, que le corps du Christ fût formé par la vertu du Saint-Esprit à partir des sangs, par composition, et que l’opération fût telle que la raison l’a voulue, parce que les œuvres de Dieu sont parfaites. Son excellence fut grande, par une insigne prérogative, d’où il eut le corps du Christ, qui fût formé par la vertu du Saint-Esprit : car la passion n’est pas un défaut de beaucoup, mais volontaire de l’enfant formé : et parce qu’il paraît admirable, il fut aussi organisé et animé : ce fut certes un don très spécial pour les fils des hommes, en quoi les Anges s’accomplissent favorablement.

Or il fut d’une telle beauté qu’il recréait les hommes par le seul regard, et même les hommes établis dans les misères, afin qu’ils fussent davantage munis d’un secours salutaire, qu’ils s’unissent pour voir le Christ, et qu’ils fussent recréés par son seul aspect. Ainsi en effet la Bienheureuse Vierge atteste chez sainte Brigitte, livre 4, chapitre 70 : Mon Fils était si beau de visage, que nul ne voyait son visage sans être consolé, et même libéré de la douleur. Les justes étaient consolés par une consolation spirituelle, mais si des maux et des tristesses s’élevaient durant le temps où ils ne le voyaient pas, ils étaient soulagés. D’où les douleurs avaient coutume aussi de croître. Et voyons les âmes et les fils de Marie, afin qu’au moins durant ce temps ils soient soulagés. Au livre 6, chapitre 48 : Son visage, dit-elle, et sa parole étaient si admirables et si remarquables, que beaucoup d’affligés disaient : Allons au Fils de Marie, de qui nous puissions…

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consoler. Or la Bienheureuse Vierge elle-même témoigne d’elle-même, livre 1, chapitre 10 : Lorsque je contemplais et considérais sa beauté, mon âme était comme ravie, je jubilais de joie. Ce qui est justement figuré dans les Cantiques, où il est dit : Voici que tu es beau, mon bien-aimé, voici que tu es beau. Saint Anselme, dans le dialogue de la Passion du Seigneur, dit qu’une telle fut la beauté du corps du Christ, que la Bienheureuse Vierge, bien qu’elle fût informée de l’édit de Pilate, par lequel il avait ordonné que le Christ fût flagellé, espérait néanmoins que les soldats, émus par la beauté du Christ, ne le flagelleraient pas. Le corps du Christ fut aussi doté d’une vigueur excellente et très vive, et muni d’un tel tempérament, qu’il ne fut jamais malade, et ne ressentit pas même le moindre mal de tête par maladie. Bien plus, la Bienheureuse Vierge, livre 1, chapitre 10, livre 4, chapitre 70 : Jamais sur le corps du Christ ne vint pou, ni ver. C’est pourquoi saint Bernard, dans le traité sur la Passion du Seigneur, après avoir disputé de nombreuses choses sur les défauts du Christ assumés pour nous, ajoute : Il est accidentel que ce que nous disons de la difformité de la personne extérieure doive être entendu non d’une difformité naturelle, mais accidentelle du Seigneur, n’attribuant pas en lui des défauts de nature, mais recommandant la charité de la Passion.

Le Christ fut aussi doté d’une taille excellente et élevée du corps, comme le montrent clairement les choses que nous avons rapportées plus haut, chapitre 3, lorsque nous parlions de la beauté du Christ : tel il fut qu’il convenait qu’il fût le Fils de Dieu, conçu par la vertu de l’Esprit Saint.

Une autre raison encore de la nature délicate du Christ, et aussi de sa beauté, fut qu’il avait été formé des très purs sangs de la Bienheureuse Vierge. Là où la nature fut sans péché, il ne convenait pas que des défauts de nature fussent présents, qui ne convenissent pas à la dignité de la personne. Car lorsque le Christ a assumé la chair pour nous, il a assumé volontairement certains défauts pour nous, mais il n’en a contracté aucun de nécessaire. Il a assumé ceux qui conduisaient à la guérison de notre misère, et n’infligeaient pas d’injure à la personne. À cela s’ajoute que le Christ fut tout à fait semblable à la Vierge Mère. Ainsi Nicéphore, livre 1, chapitre 40. Et certes la Bienheureuse Vierge fut d’une complexion très délicate et excellente ; il a reçu la substance de sa complexion des sangs de Marie, et par la vertu du Saint-Esprit. Enfin, afin que la force de cette raison soit reconnue, qu’on ajoute comme témoin excellent et supérieur à toute exception la Bienheureuse Vierge elle-même ; car elle parle ainsi chez sainte Brigitte, livre 1 des Révélations, chapitre 10, disant : Bien que mon Fils, après avoir été crucifié, fût ainsi livide et tout déchiré, cependant seul son cœur était frais, parce qu’il était d’une nature excellente et très forte. Car de ma chair il a pris un corps très pur et d’une complexion très excellente.

Mais ces parties du ventre étaient plus délicates que les autres, etc. Lorsque tu entends que cette partie du corps dépasse les autres en délicatesse, que cela ne t’enlève pas l’esprit, au point que tu penses qu’il se fait ici une comparaison avec toutes les autres parties, et que celle-ci soit jugée la plus délicate de toutes. Car il est établi que le cœur, les yeux, la pupille, les testicules, et le ventricule du cerveau, sont des organes de sensations plus délicats ; mais comprends seulement que cette partie est comptée parmi les autres parties délicates, et même qu’elle est plus délicate que certaines autres ; pour cette raison André Vésale, livre 5 de la fabrique du corps humain, chapitre 3, écrit que par certains le ventre a été appelé le Roi des âmes.

Ce par quoi il prouve qu’il était de nature très molle et constitué de parties à grains diffus, etc. Le témoignage de cette doctrine est apporté par l’expérience elle-même. Car si le ventre est frappé même d’un seul coup de poing, les viscères sont ainsi ébranlés, qu’il s’ensuit non seulement un affaiblissement des viscères, une torsion des intestins, et une très grande douleur, mais encore que le souffle est empêché, et que toute la force du corps est abattue, et qu’à moins d’une torsion de tout le corps il ne semble pas pouvoir être apporté promptement de remède ; à bon droit Sophocle dans Ajax le flagellé :

Frappées des mains,
mais sur les poitrines, certes elles tombent.

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Peut-être aussi lorsque Dieu ordonna, Deut. 25, que ceux qui devaient être flagellés fussent jetés à terre, et ainsi flagellés sur le ventre étant couchés sur le dos : d’où tu transfères ici aux rites impies des Turcs, qui, les coupables étant étendus, les font flageller par des coups de verges, comme le rapporte Jean Boemus Aubanus au livre 2 des mœurs de toutes les nations, chapitre 11. Nous savons en effet par des relations dignes de foi que chez eux les coupables, jetés à terre sur le dos, sont frappés au ventre. Et parce qu’ils étaient parfois frappés de toutes leurs forces, comme le rapporte le Scholiast sur le Pentateuque en Deut. chapitre 25, Dieu ajoute donc par loi de clémence que tu n’excèdes pas le nombre de quarante, de peur que ton frère, honteusement déchiré, ne s’en aille, qu’il ne meure devant tes yeux.

Mais si une grande blessure ne pouvait être infligée, etc. Quelqu’un s’étonnera en lisant ceci, que nous puissions supporter qu’une grave plaie soit infligée ; qu’elle ne le pourrait pas ; alors que cependant nous lisons que certains martyrs ont été si flagellés au ventre, qu’on dit que leurs entrailles se répandaient. Une grande et grave plaie était donc portée : cela augmentera l’admiration, que le Christ par des coups et des soufflets se soit flétri avant que l’écorce, laquelle nous avons montré plus haut avoir été flagellée par des fouets. Mais bien qu’on ne puisse nier que si, en un seul et même lieu du ventre, le Christ avait été frappé souvent et très souvent, une horrible plaie eût été infligée, d’où les entrailles se répandraient : néanmoins on pourra à bon droit nier que, à cause de la molle raréfaction des intestins, la voie ne fût plus difficile pour infliger la blessure. Car si l’impulsion des bombardes est éludée, si le coup de leurs boulets est reçu par un lit mou, par de la paille, ou même par du sable ; bien plus le coup des fouets reçu par un ventre mou sera ainsi affaibli, qu’il ne pourra frapper si profondément, comme s’il était reçu par une chair plus dure tendue sur des os.

Ce qui cependant n’est pas un indice d’une moindre douleur, etc. Ce n’est pas maintenant une nouvelle raison des philosophes, mais une propriété très admirable de la nature qui est mise en avant, que le coup porté extérieurement inflige un choc plus grave à l’intérieur qu’il ne frappe extérieurement, et plus gravement à l’intérieur qu’à l’extérieur. Afin que cela soit compris plus clairement, il faut considérer une certaine propriété des percussions : il arrive souvent qu’un coup reçu à la surface du corps se termine cependant à l’intérieur du corps. Ainsi parfois les chirurgiens, à ceux dont la rate est enflée, placent une hache sur le ventre, avec du papier interposé, et le coup frappé sur la hache est reçu dans la rate, la rate elle-même est fendue, elle est coupée, tandis qu’aucune incision n’apparaît à la surface extérieure du ventre. Souvent, à la suite d’une commotion reçue à la surface extérieure du corps, un viscère est atteint à l’intérieur, ensuite il s’altère ; et lorsque quelqu’un a reçu un coup sur le crâne, le cerveau à l’intérieur du crâne est infecté, et il faut ouvrir le crâne pour porter secours au cerveau. Nous lisons aussi que des soldats frappés à la tempe droite ont perdu l’œil gauche ; mais que ceux qui ont reçu une blessure du côté gauche ont été privés de l’œil droit. Et nous expérimentons très souvent que, lorsqu’une pomme est secouée, la pulpe se flétrit avant l’écorce, bien que l’écorce ait été frappée plus gravement. De là nous pouvons donc conclure combien grave fut le coup que reçurent les entrailles du Christ, lorsque son ventre brûla par une si multiple commotion et par l’ardeur des fouets.

Or cette douleur pénétrant dans les viscères, etc. Elle fut si insigne, et si illustre la figure du Christ en cet Agneau, qui en Exode 12 est ordonné d’être immolé en mémoire de la délivrance et de la sortie du peuple d’Égypte, et en cela d’un commun accord les Pères reconnaissaient la figure du Christ : ainsi Jérôme en Isaïe chapitre 16 et 53, « Comme un agneau à la boucherie ». Origène, homélie 14 sur les Nombres et homélie 5 sur le Lévitique ; Rupert en Exode chapitre 14 ; Augustin, traité 7 sur Jean ; Cyrille d’Alexandrie sur le chapitre 1 de Jean ; Eusèbe sur Lévitique chapitres 14 et 33 ; Bède sur Exode chapitre 12 ; et la véritable Glose ; Grégoire sur 1 Rois chapitre 7 ; et à bon droit, car aussi Jean Baptiste prêchant, disait…

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Voici l’Agneau de Dieu. Et Jean l’Évangéliste, chapitre 19, a expliqué cela du Christ : Vous ne lui briserez aucun os ; et l’Apôtre : Notre Pâque, le Christ, a été immolé ; et l’Apocalypse : L’Agneau immolé vit, et il a reçu de la droite de Celui qui siège sur le trône le livre. Saint Pierre : Car ce n’est pas par des choses corruptibles, etc.

Cette figure convient au Christ, car le Christ est l’Agneau ; par innocence il entend la voix du pasteur et obéit ; il ne sait nuire à personne, mais il profite par sa laine et par sa chair ; c’est un animal pur et propre aux sacrifices, tant en holocauste que pour le péché, avec une patience et une tolérance incroyables : Devant celui qui le tond il n’ouvre pas la bouche. Il est mangé par nous, mais surtout à la Pâque avec des laitues sauvages amères et des bâtons. Ou bien des bâtons de la croix, comme ils disent d’ordinaire, parce qu’il était attaché à deux bois en figure de croix. Il est témoin de notre délivrance de la captivité d’Égypte, lesquelles choses nous croyons accomplies dans le Christ ; mais ce qui concerne notre sujet, observons ceci : que la tête avec les pieds et ses entrailles étaient dévorées ; et de plus nous estimons cela que dans le chapitre 18 nous avons montré devoir être entendu du Christ : Nous l’avons dévoré. C’est pourquoi Job chapitres 16, 17 et 19 : Mes membres ont été réduits à rien ; Psaume 77 : réduits à rien comme les leurs. Comment aussi les entrailles du Christ ont en quelque manière été dévorées, disons-le d’après la Bienheureuse Vierge s’adressant ainsi à sainte Brigitte, livre 1, chapitre 10 : Le ventre de mon Fils avait le dos, comme s’il n’avait pas d’entrailles : voici comment les entrailles étaient en quelque manière dévorées ; et livre 4, chapitre 70 : Son ventre ample s’appliquait au dos dans les humeurs. Là, chapitre 15, Brigitte explique ainsi le ventre du Christ : Le ventre était enivré de flammes, contraint vers le dos, comme s’il n’avait plus d’entrailles.

Mais ces parties mises à vif par les verges, etc. Il faut noter la métaphore par laquelle le bienheureux Job parle en disant : Mes entrailles ont bouillonné. Car on dit proprement bouillir de ce qui, soumis au feu, commence à entrer en ébullition ; de là on dit aussi métaphoriquement que la mer bout, parce que la chaleur des astres célestes fait que son humidité longtemps crue semble bouillonner et s’échauffer ; ainsi aussi Aristote a dit qu’autour du cœur de l’animal en colère, le sang bout ; parce que sous l’effet de la férocité et de l’esprit autour des précordes, le sang en quelque manière s’échauffe et bouillonne. Les entrailles ont donc bouillonné en Job et dans le Christ : en Job, certes, parce que sous l’ardeur pressante de la fièvre, laquelle non sans raison est appelée par les Grecs πυρετὸς, du feu, il semblait s’échauffer et bouillir. Dans le Christ, en revanche, parce que le coup des fouets s’ensuit, par l’impulsion de la chaleur du sang accourant et par une certaine ardeur ; de là certains pensent que le mot flagrum vient de flagrando, verbe qui signifie brûler ; d’où flagellum comme diminutif. C’est pourquoi Horace, Épode 6, a dit : Tu fais bondir les flancs sous les fouets ; c’est-à-dire qu’il excite ou provoque la brûlure ; bien qu’Isidore, livre 5 des Origines, au chapitre des plumes et du souffle, pense que flagrum est dit de ce qui est excité avec bruit, cependant il sera mieux dit du verbe flagrando. La locution italienne s’accorde aussi : en effet le lieu où quelqu’un a été touché un peu plus âprement par les fouets se dit bruciare. Donc toutes les entrailles du Christ ont bouillonné. Le cœur s’est affaissé comme si, frappé par le feu, il eût été desséché, et le sang bouillait dans les entrailles. Il dit encore : Mon sang s’est desséché. Les os, Psaume 101 : Mes os ont été comme brûlés.

Mais du tourment des viscères, Jérémie, etc. L’amertume de la douleur par laquelle le Christ était affligé non seulement dans le corps extérieur, mais par laquelle toutes ses parties intérieures étaient très cruellement tourmentées, le Christ lui-même l’a révélée à la bienheureuse Brigitte, livre des révélations extraordinaires, chapitre 51, disant : Toutes mes parties intérieures sont devenues arides et contractées. Et dans le sermon angélique révélé à la même bienheureuse Brigitte, sermon, lecture 2, il est dit ainsi : La Bienheureuse Vierge savait que le corps du Christ, au-dedans et au-dehors, était entièrement aride, et que l’angoisse même le tourmentait jusqu’à la mort…

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De là on peut très facilement considérer, etc. Parmi les douleurs très acerbes des intestins, celle-là a coutume de tourmenter le plus, qu’on appelle colique, du colon ainsi nommé, dans lequel le vent enfermé enfle, étend, tourmente, presse, déchire l’intestin ; de sorte qu’il s’ensuit une douleur si aiguë, si intense, qu’ils sont presque privés de vie. Ceux aussi qui souffrent des vers, que nous appelons Ascarides, ont coutume d’être ainsi malheureux ; ils sont si lacérés par les morsures ou les torsions des vers, que non seulement la force du corps se flétrit, mais même parfois les hommes sont ainsi saisis dans leurs sens qu’ils sont jugés morts pendant plusieurs heures. Je puis en être témoin, moi qui, lorsque j’avais environ treize ans, étais tellement tourmenté par les torsions des vers, que non seulement j’ai été souvent et très souvent jugé proche de la mort, mais qu’un certain jour, durant l’espace de huit heures, je gisais entièrement privé de souffle, et l’on pensait que j’avais exhalé l’âme ; déjà la maison entière se remplissait de pleurs, tout était plein de larmes des amis accourus et des parents en pleurs, on entendait les lamentations, les gémissements des malheureuses femmes ; on construisait la caisse de bois dans laquelle je serais enfermé ; et, pour le dire en un mot, on préparait tout pour accomplir les rites funéraires : lorsque voici qu’après l’écoulement de huit heures, par la grâce de Dieu Tout-Puissant, par les mérites de la Bienheureuse Vierge, l’impétuosité des vers s’évanouissant, je commençai pour ainsi dire à me relever, à reprendre souffle, à sentir la chaleur revenir dans le corps, à ouvrir les yeux, à les tourner, à parler, à mouvoir le corps. Là je vis mes parents, mes proches, mes amis en larmes, et aussitôt je me rétablis.

Nous connaissons aussi ceux qui, avec une certaine rage effrénée, en tourmentant des hommes, ont imaginé de nouveaux supplices et se plaisent à de nouveaux tourments ; ici aussi, à mon avis, le diable suggérant, il a été insinué qu’ils font avaler peu à peu à un corps torturé une très longue bande de trente aunes environ, et davantage, arrosée d’eau goutte à goutte dans la bouche ; laquelle, lorsqu’elle a couru à travers les intestins distendus, alors les cruels bourreaux commencent à tirer peu à peu et pas à pas la tête de cette même bande, qui n’avait pas ainsi été portée de la bouche au ventre. Alors s’ensuit une nouvelle torsion de toutes les entrailles et un supplice intolérable ; ils pensent en tirer la vérité, mais j’ai dit que cette nouvelle forme de torture est insinuée par l’enseignement du diable, parce qu’elle apporte souvent la mort avant que le délit soit avoué. C’est pourquoi communément les Docteurs réprouvent fortement cette nouvelle forme d’interrogatoire pour extorquer la vérité.

Voici donc qu’il a été dit à juste titre par notre Pasteur que souvent la douleur du ventre apporte la mort ; car nous savons que plusieurs, ainsi déchirés et tourmentés par la douleur, ont été privés de vie. Combien donc plus la douleur du ventre, non seulement intérieure, mais aussi extérieure, pourra-t-elle apporter la mort ? Argument du moindre au plus grand. Je dirais beaucoup en ce lieu de la rage des ministres flagellant le Christ, si je ne me souvenais en avoir parlé assez abondamment au chapitre 5. J’ajouterai ici en le notant ce passage de Job chapitre 16 : « D’un regard terrible il m’a regardé »…

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moi, selon Jean Lanspergius, Théorème 18, des bienfaits, il dit que cela est expliqué en la personne du Christ lorsqu’il était flagellé : Contemple la malice des coups, la cruauté et l’atrocité, qui, frappant, pénétraient jusqu’au sein les entrailles, et selon Augustin le dos et les épaules, selon Jérôme la poitrine, capable de Dieu, et tous les membres du corps, blessaient, découpaient, déchiraient. Job, portant la figure de celui-ci par l’interprétation du nom et par la conformité de la passion, parlait en la personne de Jésus flagellé : L’ennemi m’a regardé d’un regard terrible.

Maintenant que devrons-nous faire, etc. Ici commence la seconde partie du chapitre, dans laquelle le religieux Évêque s’efforce de fléchir les âmes qui lui ont été confiées vers la piété, et d’exciter en elles les étincelles de la religion et de la dévotion, et il propose l’exemple de saint Chrysostome ; lequel, contemplant l’image de saint Paul, était intérieurement affecté d’un si grand sentiment de piété. Ajoutons donc aussi un autre témoignage du même Jean Chrysostome ; car lui-même, dans une oraison sur le fait que le même est auteur de l’Ancien et du Nouveau Testament, dit : Moi aussi je supporte à la main une image pleine de piété. Vois en effet l’Ange dans l’image repoussant les nuées des barbares. De même le bienheureux Astérius, évêque d’Amasée, ayant décrit le martyre de sainte Euphémie représenté en image, comment le licteur, ayant saisi la tête de la Vierge et la rejetant en arrière, brisait les dents de la Vierge avec un marteau et une tarière, ajoute : Mais cette passion me ravit la voix en versant des larmes, afin que je ne puisse parler davantage ; car le peintre a exprimé les gémissements si amers de la blessure et les larmes coulant de la bouche, de sorte que tu sembles les proférer des lèvres. Ce témoignage ayant été rapporté dans la sainte Synode, Action 4, les très illustres chefs dirent : Pour exprimer l’emphase de la peinture, que le saint homme, voyant ces choses, a été compuncté. Et Basile d’Ancyre, évêque, ajoute : Ce saint homme fut sujet aux mêmes affections que saint Grégoire ; car tous deux furent portés aux larmes par les images.

Saint Grégoire de Nysse, dans l’oraison sur la Divinité, dit qu’il a été expliqué que, lorsque le figuier était flagellé, ainsi le Fils et l’Esprit Saint ; et au sujet d’Abraham il dit : J’ai souvent vu l’image de l’inscription, et je n’ai pu passer sans larmes, à qui la peinture a si efficacement placé l’histoire devant les yeux. En effet, incliné devant l’autel, les mains liées derrière le dos. Et celui-ci par derrière, par un pied très cruel de boucher, la main gauche saisissant, le tirant à lui. Il détourne le visage, regardant misérablement, et de la droite il tient une épée armée, qu’il dirige aussi vers le meurtre ; déjà le tranchant de l’épée touche presque son corps, lorsque la voix divine le détourne de l’acte.

Ce témoignage ayant été récité au septième Concile de Nicée, Théodoret, évêque de Cathanes, ajoute : Si le bienheureux Grégoire, très vigilant aux oracles divins, pleura en voyant l’histoire d’Abraham, combien plus, en voyant l’économie de Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu, serons-nous portés aux larmes et touchés utilement ? Basile d’Ancyre, évêque, dit : Fréquemment, dit-il, le bienheureux Père lisait l’histoire ; mais lorsqu’il vit cette peinture exprimée à l’âme, il pleura. Et le Patriarche présidant au même Concile dit : Ne verserions-nous pas aussi des larmes, si nous voyions le Seigneur attaché à la croix ? Car la force de la peinture apparaît mieux, elle a en effet plus de puissance pour émouvoir que le discours.

Il nous est permis d’apporter un exemple des écrits des païens. En effet Appien écrit, au livre second des Guerres civiles, qu’après l’assassinat de César, un de ses amis montra au peuple la cruauté des meurtriers de César, qui alors était placé sur un lit funèbre ; il produisit une image de lui faite de cire, qui représentait les vingt-trois plaies imprimées et ouvertes sur le corps tout entier : spectacle qui excita assurément dans le peuple une plus grande douleur et une plus grande colère qu’aucun discours ou action n’aurait pu le faire. L’événement confirma cette puissance, car à la vue de ce spectacle horrible, le peuple s’enflamma de colère.

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contre les persécuteurs de César, vous avez cruellement frappé et infligé de nombreux supplices.

Ne sera-t-il pas aussi convenable que nous soyons fortement touchés, lorsque nous contemplerons une telle image du Christ Sauveur, non peinte de couleurs, mais de son propre sang, etc.

Grande, admirable et incroyable est la puissance du sang pour mouvoir les sens les plus intimes de l’âme et du corps, tant intérieurement qu’extérieurement ! Les éléphants sont animés par le sang et incités à la guerre : car ils s’enflamment tellement par le sang qu’ils se jettent au milieu des ennemis et affrontent les périls de la vie à découvert. Ainsi Annibal, qui le premier lança des éléphants contre les Romains, est dit les avoir excités par le sang. Les prêtres impies de Baal aussi, pour l’émouvoir, criaient du matin jusqu’au soir et, se frappant de lances, faisaient couler le sang de leurs corps, criant : Baal, écoute-nous. 3 Rois 18. Car le Diable se délecte d’une manière étonnante du sang humain : c’est pourquoi il aimait que ses sacrifices fussent aspergés de sang corrompu, afin d’attirer des réponses ; il désirait aussi que des pactes fussent écrits avec son propre sang, par lesquels chacun se dévouait au Diable. Dieu aussi, pour retenir son peuple au cou raide afin qu’il ne s’écoulât pas vers les idoles, avait institué dans l’ancienne Loi de nombreux sacrifices qui étaient immolés avec effusion de sang ; c’est pourquoi l’Apôtre dit aux Hébreux 9 : « Toutes choses selon la Loi sont purifiées dans le sang, et sans effusion de sang il n’y a pas de rémission. » Pour la même raison Dieu, pour émouvoir ses fidèles, enseigne que le Soleil sera changé en ténèbres et la Lune en sang.

Passion admirable : si un cadavre gît avec une blessure reçue, et que survienne l’ennemi qui a tué l’homme, ou bien un parent du défunt, frère, sœur ou autre proche par le sang, alors la blessure recouverte semble revivre et le sang rougissant couler de nouveau, ce que nous contemplons non sans grande admiration. Passion cachée, merveilleuse sympathie, véritable συμπάθεια, dirai-je, ou ἀντιπάθεια ? Je dirai sympathie si, à l’arrivée des proches, le sang bouillonne ; antipathie si, à l’arrivée de l’ennemi, il revit. Par cette passion ouverte, selon le jugement caché de Dieu, certains écrivent non sans grave raison que par là les proches sont attirés à la miséricorde, et les ennemis à demander pardon. Nous voyons à Naples le sang de saint Janvier, appliqué à sa tête, d’abord coagulé, puis se liquéfier et bouillonner.

La tunique de Joseph, aspergée du sang d’un chevreau, montrée à Jacob, poussa le père à la miséricorde pour son fils, au point qu’il dit : Je descendrai aux enfers. Par un tel artifice, certaines femmes, pour susciter la vengeance contre un ennemi, vêtirent leurs fils d’un vêtement aspergé du sang du père ; et lorsqu’ils furent parvenus à l’âge où ils pouvaient commodément préparer la vengeance, après un long discours elles montrèrent ce vêtement aux fils et s’écrièrent : Voici le vêtement de votre père, voici le sang de votre père ; que cela vous incite à venger les ennemis, que cela vous inspire, que cela vous pousse. Nous lisons aussi que la reine Tomyris, pour exagérer la rage féroce de Cyrus roi des Perses, jeta sa tête tranchée dans un vase plein de sang, et s’écria avec indignation : Rassasie-toi du sang que tu as désiré. Justin historien, livre 1 des Histoires.

Que possède donc pour fléchir nos âmes et les émouvoir intimement à la plus grande compassion le Linceul du Christ notre Sauveur, et son image exprimée sur le Linceul ? Pourquoi les fidèles, à l’exemple des éléphants, ne sont-ils pas animés par ce sang pour le combat ? Pourquoi, voyant ici le sang de notre Père Dieu et les vêtements teints de sang, ne sommes-nous pas fléchis à la miséricorde ? À la vue de la tunique de Joseph, fils de Jacob…

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Tunique aspergée de sang, il désirait descendre aux enfers ; la Sindone du Christ, de notre Père, aspergée du sang du Christ, l’ayant vue, nous ne nous soucierons pas de bondir hors des enfers ?

Le diable est attiré par le sang, si, dans son culte, quelqu’un fait couler son propre sang, comme les prêtres de Baal ; nous ne mettrons pas en fuite le diable par le sang du Christ ?

Pour réclamer vengeance des ennemis, le sang du père, aspergé sur des vêtements, pousse les fils ; ceux-ci, à la détestation des péchés, à la vengeance sur le diable, le sang du Christ, aspergé sur un vêtement, ne les émouvra pas ?

Aux larmes, saint Grégoire était provoqué, ayant vu une image peinte de couleurs : que fera-t-il, s’il voit une image peinte de sang ?

Donc, à bon droit, plus encore notre Pasteur, qui, dans une ardeur et un amour du Christ, excitait dans un saint cœur ces mouvements, ces affections, disait, non sans une grande compassion.

Rien ne nous émouvra-t-il pas, tandis que nous regardons l’effigie du Christ, non avec du minium ou des couleurs, mais exprimée avec le sang du Christ ? Et il enchaîne par une raison nouvelle, disant : et par son sang, qui est une monnaie.

« Bon or ! » s’écrie Ambroise, livre 6 sur Luc ; « Bon, dis-je, or est le sang du Christ. »

Ceci est la monnaie du tribut, par laquelle nous nous vouons à Dieu ; par ceci nous avons été rachetés ; par ceci sanctifiés ; en ceci nous lavons nos robes.

Car ce n’est pas par de l’or corruptible ou de l’argent, mais par le sang précieux, comme d’un agneau immaculé et sans tache, du Christ, que nous avons été rachetés de la vaine conduite. 1 Pierre second, et 1 Corinthiens 6. Vous avez été achetés à grand prix, à savoir par le sang du Christ.

Donc nous aussi, non par le regard terrible des ministres cruels, mais par le regard très pieux de saint Chrysostome, contemplons ce simulacre ; excitons de même nous tous, etc.

Cet effet et ces affections de la contemplation, nous assumons l’oraison ; nous nous adonnons à la contemplation, afin que nous plaisions à Dieu, afin que nous devenions semblables à Dieu, et aussi afin que nous excitions en nous des affections.

Mais il a coutume d’être prescrit par ceux qui s’exercent à de pieuses méditations cette règle : que quelqu’un conçoive le Christ tantôt comme un Père, et qu’il le contemple, comme Père, très cruellement tourmenté par la faute de son fils : il s’ensuivra en effet une grande commisération ; les pleurs bouillonnent, les larmes jaillissent.

Celui qui n’a pas de parent, mais un fils, qu’il contemple donc le Christ comme un fils, qui souffre de tels tourments, tels que le Christ a soutenus : alors en effet il était tourmenté d’une ardeur semblable.

Celui qui n’a ni père ni fils, [mais] un frère ou une sœur, ou un conjoint, ou un ami qui lui soit singulièrement cher, qu’il médite donc le Christ comme un frère, ou une sœur, ou un époux, ou une épouse, ou un ami uni par un lien remarquable, qui soit soumis à des interrogatoires, soit torturé par des tourments, soit pris, soit lié à la colonne, soit flagellé, soit vexé par des moqueries et des douleurs très âpres, et enfin soit attaché à la Croix. Alors en effet, le cœur rempli au plus haut point de tristesse se consumera, il répandra des larmes, il excitera des sanglots, il se résoudra en pleurs, il subira des affections incroyables.

Qu’il conçoive le Christ comme un juge, qui, affecté par de telles injures, vienne pour juger les ennemis : alors en effet une grande crainte et un très grand tremblement seront excités en nous.

Qu’il conçoive le Christ comme un Prêtre, qui s’approche pour offrir pour nous des victimes. Tu ajouteras comme compagnon du sacrifice Marie, et les Saints que chacun vénère surtout par-dessus les autres ; qu’il se tienne présent : car il sentira de grands mouvements du cœur.

Qu’il conçoive le Christ comme offert en victime ; que chacun ajoute son cœur à la victime ; qu’il apporte l’encens ; qu’il verse des prières, des soupirs, des gémissements : car il sentira des affections signalées de piété.

Par ces moyens donc et d’autres de ce genre, que chacun se meuve.

Qu’il conçoive le Christ vrai Dieu, souffrant de telles choses pour lui : car autant chacun brûlera d’un grand amour de Dieu, autant il sentira de grandes affections de piété et de commisération.

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Ce sont donc non des yeux terribles, mais des yeux pieux : ce sont les yeux de Chrysostome, ceux de Grégoire, ceux de Colombe, ceux des Saints, ceux des élus.

Que dans l’ancienne Loi Dieu ait pris une figure, etc.

Qu’est-ce que cela ? Cette doctrine paraîtra fausse : car ainsi Dieu s’est offert à être vu des Pères dans l’ancienne Loi, afin d’indiquer aussi le mystère très saint de la Trinité.

Il a été vu en effet par Abraham, à qui il dit Gen. 15 : Je suis ton protecteur, et ta récompense très grande.

Il apparut à Jacob appuyé sur une échelle, Gen. 18 ; et tandis qu’il luttait avec lui-même Gen. 32, il disait : J’ai vu le Seigneur face à face, et mon âme a été sauvée.

Il apparut à Moïse Exode 3, disant : Je suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu de ton père, etc.

Et afin que quelqu’un ne dise qu’il a été vu par des songes et des images, Dieu voulut montrer comment il s’offrait à être vu par Moïse. C’est pourquoi Nombres 12 dit : S’il y a parmi vous un prophète du Seigneur, je lui apparaîtrai en vision, ou je lui parlerai en songe. Mais il n’en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, qui est très fidèle dans toute ma maison : car je lui parle bouche à bouche, et ouvertement, et non par énigmes ; et il voit le Seigneur en figure.

Comment il a indiqué la Trinité, Alexandre pape I le montre dans son épître décrétale écrite à toutes les Églises, où il dit ainsi :

Si la Trinité n’est pas, pourquoi les Séraphins chez Isaïe ont-ils dit trois fois : Saint, Saint, Saint ?

Si l’Unité n’est pas, pourquoi, sous une triple répétition, ont-ils désigné un seul Dieu et Seigneur ?

Si la Trinité n’est pas, pourquoi dans la Genèse est-il dit : Dieu fit, Dieu bénit ?

Si l’Unité n’est pas, pourquoi, lorsque Dieu est nommé trois fois, le pluriel n’est-il pas employé ?

Si la Trinité n’est pas, pourquoi dans l’Exode est-il dit : Seigneur, Seigneur, Seigneur, miséricordieux et compatissant ?

Si l’Unité n’est pas, pourquoi après le troisième « Seigneur » a-t-il dit ensuite « miséricordieux » et « compatissant » au singulier ?

Si la Trinité n’est pas, pourquoi Abraham, à la chênaie de Mambré, rencontrant trois hommes assis, dit-il à un seul : Seigneur ?

Si l’Unité n’est pas, pourquoi, lorsque à Moïse il était dit : Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, et de Jacob, trois fois, montrant l’unité, a-t-il dit : Ceci est mon nom, et non : Ce sont nos noms ?

Si la Trinité n’est pas, pourquoi David a-t-il dit trois fois : Que Dieu nous bénisse, Dieu notre Dieu, que Dieu nous bénisse ?

Si l’Unité n’est pas, pourquoi, après avoir nommé Dieu trois fois, a-t-il dit « bénisse » et non « bénissent » ?

Si la Trinité n’est pas, pourquoi Isaïe dit-il au Seigneur : Seigneur Dieu Sabaoth, Dieu d’Israël, qui sièges sur les Chérubins ?

Si l’Unité n’est pas, pourquoi a-t-il dit « tu sièges » et non « vous siégez » ?

On peut recueillir beaucoup d’autres choses sous la même répétition, qu’il n’est pas ici dans l’intention d’exposer aux studieux : qu’il suffise que de celles-ci il est clairement recueilli que la Trinité des personnes a été démontrée dans l’Ancienne Loi, et que dans l’Ancienne Loi Dieu s’est offert à être vu de part et d’autre.

Saint Augustin, épître 112, et Grégoire, livre 15 des Morales, chapitre 27, et ailleurs chapitre 37, confirment cela, d’après ce que Moïse dit Exode 33 : Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, montre-moi ton visage. Car si ce n’était pas Dieu, dit-il, avec qui il parlait, il dirait : montre-moi Dieu, et non : montre-moi toi-même.

Mais la doctrine expliquée par le très sage Évêque est pieuse et catholique.

Et certes elle ne doit pas être reçue en ce sens que Dieu n’aurait jamais voulu qu’aucune figure de lui-même fût vue, ni qu’il ait voulu être vu sous quelque figure corporelle, ni non plus que personne n’ait jamais vu d’aucune manière l’essence de Dieu en cette vie : car cela est manifestement faux ; et telle ne fut pas l’intention du très prudent Pasteur, de trancher la question débattue parmi les Docteurs scolastiques, mais seulement qu’il a dit que Dieu, dans l’Ancienne Loi, n’a voulu laisser aucune figure permanente de lui-même, visible aux yeux des mortels, qui l’exprimât au vif, comme on dit, telle qu’est celle qui se voit dans la très sainte Sindone, laquelle exprime l’attitude du corps du Christ, sa figure, sa quantité, sa hauteur et sa largeur.

En ce sens donc la doctrine expliquée est si certaine et si ferme que nul absolument, quelque autre que le désir de controverse ouvre la voie à l’aboiement.

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Mais, dans ce que Dieu dit à Moïse : Tu ne verras pas ma face, mais tu verras mes parties postérieures, un grand mystère doit être recherché par nous : ce qu’il faut entendre par la face ; ce qu’il faut entendre par les parties postérieures, afin qu’il nous apparaisse par là pourquoi Dieu a voulu que sa face fût repoussée et cachée.

Dans la face de Dieu les Docteurs entendent l’essence divine : Tolet, question 17 sur le chapitre 33 de l’Exode.

Mais les Pères entendent un sens plus élevé dans la face de Dieu ; car par la face ils expliquent le Fils de Dieu, à savoir le Verbe, qui est la Sagesse du Père, et la seconde personne dans la Trinité, ainsi Jérôme sur le Psaume 29, Augustin sur le Psaume 138, Hugo de Saint-Cher au même lieu, et à bon droit.

Car de même que dans la face de l’homme les pensées sont aperçues, ainsi la parole est le signe des passions qui sont dans l’esprit.

Puisque donc dans l’ancienne Loi la seconde personne de la Trinité n’est pas expliquée aussi clairement que dans la nouvelle — car après le mystère de l’Incarnation la personne du Verbe est expliquée beaucoup plus clairement, comme aussi après la Pentecôte la personne de l’Esprit Saint — quoi d’étonnant si Dieu a voulu que sa face ne fût pas ainsi manifeste et claire à tous ?

Dans la partie postérieure Tolet, question 17 et suivante sur le chapitre 33 de l’Exode, entend le dos du corps humain ; car il pense que Dieu a assumé un certain corps très resplendissant, dont la face brillait de telle sorte que l’éclat de la majesté fermait et frappait la vue.

Dans le même sens descendent en grande partie Lyran et Oleaster.

La Glose interlinéaire cependant entend dans la partie postérieure le mystère de l’Incarnation, de sorte que le sens soit : Ma face, c’est-à-dire mon essence, ou la personne du Verbe dans son essence, tu ne pourras la voir ; mais dans la chair assumée après l’Incarnation tu la verras.

À cela l’arche avec les Chérubins, etc.

Comme l’Apôtre comparait toutes ces choses qui arrivèrent dans l’ancienne Loi en condition, avec la majesté de celles qui arrivent dans la nouvelle Loi, il dit : Toutes choses, dit-il, leur arrivaient en figure dans l’ancienne Loi.

L’Apôtre considérait en effet l’ancienne Loi comme un pédagogue, dont la doctrine fut dans le pédagogue, comme le poursuit Clément d’Alexandrie, et à juste titre la Loi ancienne est comparée à un pédagogue : car de même que le pédagogue conduit peu à peu le disciple vers l’honneur de la vérité, ainsi la Loi ancienne conduisait peu à peu vers la gloire du Christ, qui est la vérité et la vie.

Ils buvaient tous à la pierre spirituelle qui les suivait : et la pierre était le Christ.

Que dans le serpent d’airain le Christ ait été figuré, le Christ lui-même l’indique en disant : Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert.

Il était aussi figuré dans l’Arche et dans le Prophète, comme nous l’avons montré plus haut, de sorte que tout ce qui s’accomplissait dans les mystères semblait figurer ou voiler le Christ sous quelque ombre.

C’est pourquoi, à bon droit, l’Évêque clairvoyant a enseigné que dans l’ancienne Loi la majesté de Dieu était voilée.

Car elle était couverte par des figures comme par certains voiles.

Le peuple charnel ne regardait pas avec la sincérité de la vérité ; c’est pourquoi Dieu, venant, descendait dans la nuée ; le tabernacle du Seigneur était couvert.

Par un voile aussi était surtout couvert ce sanctuaire vénérable, appelé le Saint des Saints, dans lequel était l’Arche de Dieu et le Propitiatoire ; lequel voile, à ce moment-là, c’est-à-dire à la mort du Christ, fut déchiré du haut en bas, c’est-à-dire les enveloppes rejetées, la majesté de la vérité resplendit.

Les Chérubins aussi de leurs ailes couvraient l’Arche, mystère que l’Apôtre a touché dans l’Épître aux Hébreux 9, mais il n’a pas voulu s’y arrêter en l’expliquant plus longuement ; c’est pourquoi il a dit : Et au-dessus d’elle étaient les Chérubins de gloire couvrant de leur ombre le Propitiatoire.

Il n’est pas question maintenant d’en parler en détail.

Si quelqu’un cependant veut connaître plus largement comment toutes ces choses qui étaient contenues dans l’ancienne Loi le Christ…

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plus parfaite, dont la stature, l’attitude et la disposition du corps sont tant louées, a cependant des parties dont on rougit, et que, pour cause de pudeur, on est contraint de soustraire aux regards étrangers ?

Hélas, condition trop déplorable de l’homme : hélas, misère trop lamentable de l’homme.

C’est entièrement de la faute qui est en nous.

Notre premier père Adam, entouré de l’insigne prérogative de la justice originelle, conservant la robe de l’innocence, se montrait nu à Ève nue.

Adam et Ève ne rougissaient pas de se voir nus.

Car la chair ignorante du péché n’était pas honteuse, et la chair n’a pas été faite honteuse par le Créateur ; mais aussitôt qu’Adam pécha, et qu’Ève pécha, aussitôt il rougit de la nudité de sa pudeur, et il rendit les parties du corps difformes, si honteuses, par la turpitude du péché, qu’il rougissait d’être nu.

Ève se hâta de déplorer sa nudité et de la couvrir de feuilles de figuier et de la cacher.

De là nous lisons la nudité vénérable de Noé, et la chair de turpitude en Aaron, et les parties obscènes du corps.

Ces parties du corps donc, nous rougissons de les exposer aux regards étrangers, parce qu’elles ont été en nous viciées par le péché et rendues informes.

Mais tu diras : ces parties honnêtes, exemptes de toute tache de péché, le Christ pouvait les montrer sans rougir.

Car en lui il n’y eut aucune laideur de péché, aucune tache de turpitude, et aucune partie obscène ne pouvait être trouvée en lui, en qui resplendissait l’éclat de l’innocence.

Mais il n’est pas difficile de répondre que, bien que le Christ n’eût pas la chair du péché, il avait cependant une chair semblable à la chair du péché.

De là vient que la très sainte Mère de Dieu a laissé rapporté chez sainte Brigitte, livre 1, chapitre 10, et livre 4, chapitre 20, que lorsque le Christ allait être conduit sur la croix, dépouillé, il ressentait de la rougeur, mais que lorsqu’on lui eut ceint un voile pour couvrir sa nudité, il fut d’une manière admirable réconforté.

Et que dans sa gloire ne soit pas voilé le cours…, etc.

Antithèse élégante et harmonieuse, par laquelle à l’ombre est opposée la vision claire, et à la misère la gloire ; mais quelqu’un s’étonnera peut-être que dans ce passage il semble être tenu pour une grâce plus grande que le Christ nous ait permis de contempler ses misères, plutôt que qu’il ait voulu nous révéler sa gloire.

Mais si quelqu’un considère ce qui arrive dans la coutume humaine, il cessera assurément de s’étonner.

Car l’homme est un animal qui a coutume de se glorifier, d’exhiber sa beauté, et de se complaire dans ses délices.

Mais ses misères, il rougit de les montrer, il en est confus, il les pleure, et il s’efforce de les cacher aux yeux d’autrui.

Le Christ cependant a exposé à notre regard ces misères, flagellations, plaies, blessures, meurtrissures, comme des témoignages de sa clémence envers nous et de son humanité.

Car ce que nous souffrons pour nos amis, nous l’exposons volontiers aux yeux.

Ainsi nous lisons chez Salluste, dans la guerre de Jugurtha, que le consul Marius montra devant tout le Sénat ses blessures reçues face à l’ennemi pour la cause de la République romaine, les vêtements rejetés.

Ainsi le Christ conserve ses blessures après la mort ; nous lisons aussi qu’elles sont conservées dans les Martyrs, même dans la gloire céleste, pour une cause plus grande de gloire et d’honneur, les cicatrices des blessures qu’ils ont subies en cette vie pour le nom du Christ.

Et de combien d’affection d’amour il nous couvrirait, etc.

Darius, cet illustre et très puissant roi des Perses, lorsqu’il contemplait les blessures de son très cher ami Zopyre, la déchirure laide et horrible, était saisi d’un tel amour pour lui qu’il disait préférer Zopyre exempt de cette laideur à mille Babylones.

Or, un jour qu’il voyait une grande grenade au péricarpe brisé et qu’il en contemplait avec admiration les nombreux grains, Darius, interrogé si à la grenade punique…

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plus parfaite, dont la stature, l’attitude et la disposition du corps sont tant recommandées, a cependant des parties dont elle rougit, et qu’elle est contrainte, pour cause de pudeur, de soustraire aux regards étrangers ?

Hélas, condition trop douloureuse de l’homme ; hélas, misère trop déplorable de l’homme.

C’est entièrement la faute en nous.

Notre premier père Adam, entouré de l’insigne prérogative de la justice originelle, conservant la robe de l’innocence, se montrait nu à Ève nue.

Adam et Ève ne rougissaient pas de se voir nus.

Car la chair ignorante du péché n’était pas honteuse, ni la chair faite par le Créateur n’était vile ; mais aussitôt qu’Adam pécha, et qu’Ève pécha, aussitôt il rougit de la nudité de sa pudeur, et il rendit les parties du corps difformes et honteuses par la turpitude du péché, au point qu’Adam rougissait de sa nudité, qu’Ève déplorait sa nudité et se hâtait de la couvrir de feuilles de figuier et de la cacher.

De là nous lisons la nudité de Noé, et la chair de turpitude en Aaron, et les parties obscènes du corps.

Ces parties du corps donc nous rougissons de les couvrir aux regards étrangers, parce qu’elles ont été en nous viciées par le péché et rendues informes.

Mais tu diras : ces parties honnêtes, exemptes de toute tache de péché, le Christ pouvait les montrer sans rougeur.

Car en lui il n’y eut aucune laideur de péché, aucune tache de turpitude, et aucune partie obscène ne pouvait se trouver en lui, en qui resplendissait l’éclat de l’innocence.

Mais il n’est pas difficile de répondre que, bien que le Christ n’eût pas la chair du péché, il avait cependant une chair semblable à la chair du péché.

De là vient que la très sainte Mère de Dieu a laissé rapporté chez sainte Brigitte, livre 1 chapitre 10 et livre 4 chapitre 20, que lorsque le Christ devait être conduit à la croix, dépouillé, il ressentait de la rougeur, mais lorsqu’on lui eut ceint un voile pour couvrir sa nudité, il fut d’une manière admirable réconforté.

Et que dans sa gloire il ne soit pas vu comme voilé…, etc.

Antithèse élégante et harmonieuse, par laquelle à l’ombre est opposée la vision claire, et à la misère la gloire ; mais quelqu’un s’étonnera peut-être que dans ce passage il semble être attribué comme une grâce plus grande que le Christ nous ait accordé de contempler ses misères, plutôt que d’avoir voulu nous révéler sa gloire.

Mais si quelqu’un considère ce qui arrive dans l’habitude humaine, il cessera assurément de s’étonner.

Car l’homme est un animal qui a coutume de se glorifier, de montrer sa beauté, et de se réjouir dans ses délices.

Mais ses misères, il rougit de les montrer, il en est confus, il les pleure, et il s’efforce de les cacher aux yeux des autres.

Le Christ cependant a exposé ces misères, flagellations, plaies, blessures, meurtrissures, comme des témoins de sa clémence envers nous et de son humanité, à être vues par nous.

Car ce que nous souffrons pour nos amis, nous l’exposons volontiers même aux yeux.

Ainsi nous lisons chez Salluste, dans la guerre de Jugurtha, que le consul Marius montra devant tout le Sénat ses blessures reçues face à l’ennemi pour la cause de la République romaine, les vêtements rejetés.

Ainsi le Christ conserve ses blessures après la mort ; nous lisons aussi qu’elles sont conservées dans les martyrs, même dans la gloire céleste, pour une cause plus grande de gloire et d’honneur, les cicatrices des blessures qu’ils ont subies en cette vie pour le nom du Christ.

Et de combien d’affection d’amour il nous couvrirait, etc.

Darius, cet illustre et très puissant roi des Perses, lorsqu’il contemplait les blessures de son très cher ami Zopyre, la déchirure laide et horrible, était saisi d’un tel amour pour lui qu’il disait préférer Zopyre exempt de laideur à mille Babylones.

Or un jour qu’il voyait une grande grenade à l’écorce brisée et qu’il en contemplait avec admiration les nombreux grains, Darius, interrogé si à la grenade punique…

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il regardait : Darius, chez Plutarque dans les Apophtegmes, est rapporté avoir répondu qu’il voudrait autant de Zopyres.

Et puisque nous avons fait mention d’un homme si grand et si vaillant, je pense que je ferai moi aussi une œuvre utile si je décris brièvement, d’après Justin, livre 1 de l’Histoire, son exploit héroïque.

Zopyre était l’un des sept principaux des Perses, entre les mains desquels était l’autorité suprême du royaume.

Lorsque, par le stratagème du cheval, Darius fut proclamé roi des Perses par le consentement de tous, il se montra pour lui un ami si fidèle que, un jour où les Assyriens s’étaient révoltés contre Darius roi des Perses et avaient occupé Babylone, Darius s’irritait parce que la prise de la ville était difficile ; alors Zopyre imagina cette ruse digne de Sinon.

Il ordonne chez lui d’être lacéré de coups sur tout le corps, de se faire couper le nez, les lèvres, les oreilles et les paupières des yeux, et ainsi il se présente au roi qui ne s’y attendait pas.

Darius s’étonne d’un spectacle si cruel, demeure stupéfait, frissonne, et demande la cause d’une si honteuse mutilation.

Zopyre expose ainsi son dessein : je reconnais que l’armée des Assyriens est très forte, vaillante et inexpugnable ; je feindrai donc d’être l’ennemi, je dirai que j’ai été ainsi cruellement traité par toi, j’exhiberai ton impiété, j’exagérerai ta cruauté, disant que tu m’as vaincu non par vertu mais par le hennissement du cheval comme présage, et que pourtant tu m’as traité si cruellement.

Je feindrai être privé de vengeance pour l’injure reçue de toi, et j’agirai avec eux afin que, pour venger l’injure, ils me choisissent comme chef de leur armée.

Ma noblesse connue, ma valeur éprouvée, donneront crédit à mon discours feint ; ces blessures mêmes de mon corps sont des gages, des marques d’injure, et la simulation d’une colère récente, et une rage plausible de vengeance à exercer, me feront préférer par leurs chefs.

Élu chef et commandant de leur armée, je livrerai facilement toute leur armée à toi pour qu’elle soit égorgée.

Et l’issue confirma la constance et la fidélité de Zopyre : par ce stratagème l’armée des Assyriens fut écrasée et renversée.

Pour cette raison Darius, reconnaissant d’un si grand bienfait, disait préférer Zopyre exempt de mutilation à mille Babylones, et non seulement à tant de Babylones, tant de royaumes, tant d’empires qu’il voyait de grains dans une grenade, mais souhaiter autant de Zopyres.

On lit quelque chose de semblable dans le livre 2 de l’Énéide de Virgile, dans la ruse de Sinon.

Mais ramenons les voiles de notre dispute, revenons à notre roi.

Si Darius admirait tant les mutilations de Zopyre qu’à cause de cela il confessait lui être si étroitement lié, parce qu’il avait spontanément subi des blessures pour lui, combien plus devons-nous aimer avec ardeur, embrasser et baiser les blessures du Christ, puisque le Christ s’est montré pour nous un ami plus fidèle, lui qui pour notre salut a reçu des blessures en lui-même.

De là, tournant l’esprit vers la Bienheureuse Vierge, etc.

Qui nierait que cette vie mortelle que nous menons sur la terre est une vallée de larmes, un réceptacle de misères, un miroir de mort, remplie de douleurs, de misères, de calamités et de tribulations ?

Qui devait être plus éloigné de toute dureté de corps ou d’âme que le Christ, que la Bienheureuse Vierge ?

Et pourtant le Christ a souffert, homme de douleurs et connaissant l’infirmité.

Sa très chaste Mère fut remplie de larmes et de tourments ; les douleurs de l’enfantement ne lui furent pas ôtées mais transférées, afin que celles qu’elle ne subit pas dans l’enfantement, elle les subît dans la Passion du Christ : ainsi Damascène, livre 4 de la foi orthodoxe, chapitre 15 ; Cyprien, sermon sur la Nativité du Christ ; le Bienheureux Laurent Justinien, livre du combat triomphal, chapitre 21 ; Bernard, sermon 2 pour la Vigile de la Nativité du Christ.

C’est pourquoi, lorsqu’elle conçut son Fils, la Bienheureuse Vierge, et qu’elle l’enfanta à la lumière, une très grande…

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Le voyant subir des supplices si cruels, elle défaillait profondément. Et autant l’exultation de l’enfantement fut joyeuse, autant fut amère sa compassion dans la mort du Christ.

Mais combien joyeuse et entière fut l’exultation de la très intègre Mère dans l’enfantement, qui pourrait l’exprimer plus abondamment et plus exactement que la Vierge elle-même ?

Écoutons donc cette immense joie qu’elle manifesta dans l’enfantement ; ainsi en effet elle parle chez la bienheureuse Brigitte, livre 1, chapitre 10 :

Ayant entendu la parole de l’Ange, je sentis en moi-même, par affection, que j’étais Mère de Dieu, et mon âme parlait par amour : Voici moi, que ta volonté soit faite en moi. À cette parole, aussitôt mon fils était conçu dans mon sein, avec une exultation ineffable de mon âme et de tous mes membres. Et lorsque je l’avais dans mon sein, je le portais sans douleur, sans pesanteur et sans lésion de mon ventre. Je m’humiliais en toutes choses, sachant qu’il était tout-puissant, lui que je portais. Et lorsque je l’enfantai, je l’enfantai sans douleur et sans péché, de même que je l’avais conçu avec une si grande exultation de l’âme et du corps ; au point que mes pieds, dans l’exultation, ne sentaient pas la terre où ils se tenaient.

Et ils sentaient la terre où ils se tenaient. Et tous mes membres sentaient, avec la joie de toute mon âme entrant en eux ; ainsi, dans la joie, tous mes membres, l’âme exultant d’une joie ineffable, sortirent sans lésion de ma virginité.

Et lorsque je contemplais et considérais sa beauté, mon âme comme une rosée, par joie, s’écoulait. Voilà ce qu’elle dit.

Mais hélas, autant elle exulta dans les délices de l’enfantement, autant il lui fut donné de tourments dans la mort du Christ : son cœur était déchiré par l’amertume de la douleur, ses yeux remplis de larmes, tous ses membres secoués de tremblements, et toutes ses entrailles remplies de tristesse ; ainsi les douleurs qu’elle évita dans l’enfantement, elle les supporta dans la mort de son fils.

C’est pourquoi, chez sainte Brigitte, livre 2, chapitre 21, sous l’image d’une femme en couches, elle expose ses douleurs en disant : J’étais, dit-elle, comme une femme qui enfante, dont tous les membres sont tremblants après l’enfantement.

Ainsi, de même qu’elle fut la plus heureuse de toutes les mères dans l’enfantement de son fils, de même elle fut la plus affligée de toutes les mères dans la mort de son fils.

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D’Alphonse Paleotti
Archevêque II
de Bologne,

Explication du Saint Suaire.

Des plaies dans la partie antérieure des exorum, et des jambes, lesquelles, par la flagellation en raison de la cruauté, furent déchirées jusqu’aux liens.

Chapitre XVIII

Que l’on examine l’exemplaire où la lettre N. est apposée.

Césaréen Eusèbe rapporte que certains Saints Martyrs, attachés à des croix basses, et livrés aux ours et aux lions, furent ainsi traités, afin qu’ils les défigurassent, en commençant par les jambes et les hanches dans la partie antérieure du corps : comme il raconte au sujet de sainte Blandine ; « Blandine, dit-il, suspendue au bois, tandis que les bêtes se ruaient, fut proposée comme objet d’adoration. » Flavius Vopiscus rapporte aussi un cas semblable au sujet d’un certain greffier dont le nom était Menæthus ; car il dit ainsi : « Menæthus, ensuite arraché, fut conduit au poteau et fut livré aux bêtes. » La même chose se recueille aussi chez Tertullien.

Mais les Juifs ont médité contre le Christ Seigneur un genre de supplice plus cruel, comme s’ils excitaient les ministres de Pilate à une rage de cruauté plus grande : car eux-mêmes, tels des lions, dont David a parlé au psaume 3 lorsqu’il dit : « Comme un lion ravissant et rugissant, ils grinçaient des dents contre lui », afin de le défigurer et de le réduire consumé à néant : et non seulement d’anéantir la personne du Seigneur, mais aussi d’effacer même son nom.

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ils voulaient effacer (cela), afin que cela fût totalement effacé de la mémoire des hommes ; car ainsi Jérémie a expliqué leur dessein lorsqu’il dit : « Et son nom ne sera plus rappelé. »

Du reste, ces chiens et ces lions voraces, ayant eu l’occasion de déchirer le Christ, ont exercé très manifestement leur cruauté sur ses hanches et ses jambes ; au point que, si cela leur avait été permis, ils auraient démoli de part et d’autre ces colonnes célestes, c’est-à-dire les supports divins et sacrés de son très saint corps, les ayant brisées et broyées.

Et pour cette raison, dans la partie antérieure également, sur les mêmes hanches et jambes, apparaissent de très longues déchirures, des plaies sacrées, qui montrent très clairement que la parole de Job — qu’il avait prononcée pour exprimer toutes ces choses — contenait la vérité, lorsqu’il dit : « Il m’a marqué » (ou : « il m’a frappé »), et « par lesquelles l’âme de l’arbre a enlevé ma forme » ; comme s’il avait dit :

De même que les racines soutiennent l’arbre dressé, mais si elles sont ébranlées, l’arbre doit tomber ; ainsi aussi les hanches et les jambes du Sauveur, qui le soutenaient, furent tellement affaiblies par les flagelles que l’arbre — c’est-à-dire le corps — comme privé de ses propres racines, s’est effondré.

Et il a dit que les forces ont péri avec la forme ; car les hanches et les jambes elles-mêmes paraissent si déchirées qu’on peut dire à bon droit que l’écorce en a été arrachée.

C’est pourquoi, la peau ayant été ainsi rompue, et comme de larges ouvertures ayant été faites, d’où le sang s’écoula très abondamment, ils firent que ce très saint corps se desséchât complètement, comme David l’avait prédit : « Mes os, dit-il, ont craqué, se sont desséchés » ; et comme, autour d’un arbre abattu, les feuilles tombent tout autour, ainsi, pour démolir ces hanches et ces jambes, comme les bases du très saint Corps du Seigneur, apparaissent sur la Sindone de si grandes déchirures, semblables à des fosses ; qu’on ne peut difficilement distinguer de celles que le scorpion avait coutume d’infliger aux saints martyrs.

Puisqu’il en est ainsi, que te faudra-t-il faire, ô homme, plante céleste, comme Platon avait coutume de dire, lorsque tu concevras d’autant plus grande espérance de fructifier que tu auras greffé (ou inséré) le tronc de cet arbre ?

D’où, lorsque tu puiseras la forme vivante, lorsque tu verras ce très saint tronc, totalement dépouillé de son écorce, desséché entièrement ?

Ne devras-tu pas t’y abandonner continuellement ? Cela ne t’aura-t-il pas apporté une immense tristesse ? Bien plus, ne l’auras-tu pas fixé dans ton esprit, au point que, de même que, par diverses conceptions des plantes, il arrive souvent que certaines marques soient imprimées sur nos arbres, lesquelles, avec la forme des fruits ou d’autres choses, se transmettent aux rejetons, comme l’observent de très graves auteurs, Plutarque et Pline :

ainsi aussi ton âme, devenue comme céleste et faite d’un amour divin, grave dans toutes ses puissances ces marques comme des notes de plaies, et des caractères, en conservant dans l’esprit la véritable effigie de celui-ci…

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qui a laissé ces mêmes choses inscrites dans la sainte Sindone ? Et les fruits que, par l’aide d’un tel tronc sacré, tu t’auras procurés à toi-même, qu’ils soient tels d’ici, que des marques persistantes, que la souffrance de ces plaies, conçue depuis longtemps dans l’esprit, aura imprimées en elles. Mais parmi ceux qui est enflammé d’un pieux affect de dévotion envers la très sainte Vierge, il pourra la méditer avec saint Antonin, lorsqu’il aura considéré en lui-même que se tenait la Mère, pudique, modeste, pleine de larmes, plongée dans les douleurs, mais cependant elle se montrait telle qu’elle ne se détournait pas de la volonté de Dieu : car ainsi saint Anselme dit, et saint Antonin rapporte aussi : « Si cela avait été opportun (dit-il) pour accomplir selon la raison la volonté de Dieu, elle aurait elle-même placé et offert son Fils sur la Croix, car elle ne fut pas d’une obéissance moindre qu’Abraham. »

Le pieux Lecteur donc, lorsqu’il aura contemplé les douleurs de la Mère, devra contempler entre les hanches et ces jambes, et rappeler à la mémoire qu’elle-même s’est avancée droite vers la sainteté, et a dirigé les autres perpétuellement vers le même chemin : mais maintenant il pensera qu’elles sont livides et déchirées, et pourra les embrasser d’un vif affect de piété et les fatiguer de baisers : non autrement que cette très pieuse Mère avait coutume, dans l’enfance du né, de le serrer contre sa poitrine et de lui prodiguer des caresses ; ensuite il dira avec Bède : « Je vois, très sainte Dame, que dans ces plaies de ton Fils est finalement parvenu à son terme ce que Job a prédit à leur sujet : à savoir que des jambes de cette sorte, frappées à la base dans les racines, ont perdu leur forme. » Ainsi donc, en soignant ces parties et en compatissant aux douleurs de la Mère, il pourra joindre les siennes aux larmes de la Vierge coulant abondamment.

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Du frère
Daniel Mallonius

Élucidations
sur les hanches et les tibias du Christ

Chapitre XVIII

Le Césaréen 1. Eusèbe rapporte, etc. Lorsque l’éminent prophète de Dieu Jérémie, voyant par esprit prophétique ceux qui devaient attaquer la ville de Jérusalem, déplorait leur rage effrénée, il décrit ainsi cette fureur cruelle au chapitre 2 des Lamentations : « Ils ont ouvert contre moi leur bouche, tous mes ennemis ; ils ont sifflé et grincé des dents, et ils ont dit : Nous le dévorerons. » Or ce passage, bien que tous les Pères l’expliquent à la lettre du siège de la ville de Jérusalem, plusieurs l’ont expliqué allégoriquement de la rage effrénée des persécuteurs de l’Église. Le cardinal Charesius en ce lieu, Jérôme au chapitre 9 d’Isaïe, Hilaire au Psaume 2 ; car par une telle âpreté cruelle des supplices les impies persécuteurs ont tourmenté l’Église, qu’ils ont décidé non seulement de l’arracher entièrement, mais aussi de la dévorer et de l’engloutir. Ce dessein exécrable le montre, qu’ils auraient estimé peu de chose pour eux, bourreaux sanguinaires, si, contre l’Église et les Martyrs du Christ, les coups de poing, les gifles, les coups de pied, les bâtons, les nerfs de bœuf, les fouets plombés, les scorpions, les lacets, les aiguillons, les roues, les crocs, les griffes de fer, les peignes, les torches, les lampes, les chevalets, les chaudières, le zinc, le taureau, les grils, la poêle ardente, les treuils, les sacs, les pointes, le feu, le fer, et six cents autres genres de tourments et de mort, que le Diable suggérait comme évoqués des demeures infernales, eussent manqué : s’ils n’avaient encore envoyé contre les martyrs du Christ des taureaux furieux, des chiens, des lions, des ours, des léopards, des sangliers sauvages, des rats, des serpents et d’autres animaux de ce genre, afin qu’ils dévorassent et engloutissent les martyrs du Christ et même l’Église elle-même. Car les uns, revêtus de peaux de bêtes, ils les jetaient aux lions, comme nous le lisons au sujet de saint Ignace, qui, entendant le rugissement des bêtes, disait : « Je suis le froment du Christ, que je sois moulu par les dents des bêtes, afin d’être trouvé pain pur. » D’autres, dépouillés de leurs vêtements, ils les conduisaient dans leurs théâtres, non liés par des chaînes, mais se tenant immobiles avec une invincible fermeté chrétienne, et les livraient aux chiens, aux ours, aux lions et aux autres bêtes rapaces et voraces. D’autres, comme l’atteste Eusèbe de Césarée au livre 5 de l’Histoire ecclésiastique, chapitre premier, ayant les pieds introduits dans des trous de rochers et fixés avec du plomb fondu, ils les exposaient ainsi aux morsures des bêtes ; d’autres attachés à des pieux, d’autres fixés à des poteaux, ils les livraient aux bêtes pour être dévorés ; d’autres enfin attachés à des croix plus basses, ils les exposaient à être mis en pièces par les fauves. Et comme beaucoup de choses se trouvent tant chez Eusèbe aux livres 5 et 8 que chez Tertullien dans le traité De pudicitia, et aussi chez ceux qui ont poursuivi avec soin les monuments des Martyrologes, dont non seulement les noms d’un grand nombre de martyrs, mais aussi les genres de supplices ont été décrits avec égale piété et érudition par Antoine Gallonius dans le petit ouvrage Sur les supplices des Saints Martyrs,

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comme exemple très approprié de sainte Blandine martyre, pour ce qu’il voulait surtout montrer. Car celle-ci, avec d’autres, que rapporte Eusèbe de Césarée au livre 5 de l’Histoire ecclésiastique, chapitre 1, attachée à un poteau en forme de croix, fut exposée à être déchirée par les bêtes, parce que nous savons qu’attachée à la Croix du Christ, mais déjà blessée et pour ainsi dire dévorée auparavant par les entailles des fouets dans les chairs des tibias et des jambes. J’examine aussi cette raison pour laquelle, bien qu’il eût proposé pour confirmer son propos l’exemple des sept fils de Saül, qui furent crucifiés par les Gabaonites à des croix basses, et que Respha fille d’Aia chassait les oiseaux le jour et les bêtes la nuit, afin qu’ils ne les déchirassent, comme on le lit au deuxième livre des Rois 21, il ait pourtant préféré, ce très pieux Pasteur, apporter l’exemple de sainte Blandine, parce que dans le Nouveau Testament, attachée à la Croix pour la foi du Christ, elle fut exposée à être mise en pièces par les bêtes.

Mais les Juifs contre le Christ Seigneur plus cruellement, etc. Bien que les Psaumes du royal Prophète soient chargés et remplis de tant et de si grands mystères, que non seulement ils contiennent plus de pensées que de mots, mais que dans chaque mot même soient contenus de nombreux mystères des sacrements célestes, et que dans leur éclaircissement soient accablés non seulement les esprits des docteurs très pénétrants, mais aussi l’industrie des saints Pères, que l’ombre du Saint-Esprit illumine au plus haut point ; cependant les inscriptions des Psaumes, que nous appelons titres, sont si remarquables et si sublimes, que sous une enveloppe de mots plus simples sont souvent contenus de très grands mystères ; pour les expliquer, il faut non tant du génie que de la divination, et ils ne peuvent être compris et expliqués que par l’esprit même dans lequel ils ont été écrits ; mais dans leur explication on trouve une si grande dissension des docteurs, une si grande diversité, que non seulement cette maxime commune apparaît très vraie : Autant de têtes, autant d’opinions, mais encore, lorsque tu rassembles les avis des divers auteurs, il faut que tu te trouves observé dans des ténèbres plus épaisses.

Or, bien que cette grave difficulté se rencontre dans l’explication de tous les titres des Psaumes, cependant le titre du Psaume 21 est exposé à tant et de si grandes obscurités, que les docteurs ne diffèrent pas seulement dans l’explication du titre, mais qu’ils divergent d’une manière étonnante dans l’interprétation des mots mêmes et de leurs significations. Le titre de ce Psaume se lit donc en hébreu halaiele hassachar, que les Septante traduisent ainsi en grec : ὑπὲρ ἀντιλήψεως τῆς ἑωθινῆς, c’est-à-dire : « pour la susception matinale ». Saint Jérôme : « pour le cerf matinal ». D’autres : « pour la biche matinale ». Or Augustin d’Eugubium remarque que chez les Hébreux la biche signifie trois choses : premièrement un animal ; deuxièmement l’ascension de l’aurore ; troisièmement l’étoile qui se lève au plus haut du matin, laquelle en grec est appelée Φωσφόρος et en latin Lucifer. L’interprète chaldéen traduit ainsi : « pour la vertu du sacrifice et de l’holocauste perpétuel ». Saint Augustin, et presque communément les Latins qui ont suivi la version des Septante, entendent par « susception matinale » la résurrection du Christ. Car elle est comme une nouvelle génération, faite au plus haut du matin. La même explication se trouve dans la Catena des Pères grecs sur les Psaumes chez Athanase, Eusèbe et Didyme. Mais Nicéphore et Théodoret ont compris par « susception matinale » l’avènement du Christ, qui, se levant comme l’aurore, a resplendi sur le monde entier par les rayons très éclatants de sa divinité, et pour ceux qui marchaient dans la région de l’ombre de la mort, la lumière s’est levée. Isaïe 9. Car il est la vraie lumière, qui éclaire tout homme venant en ce monde. Quant à ceux qui prennent la biche pour l’ascension de l’aurore, ils expliquent presque de la même manière ce titre, à savoir que le Christ, se levant comme l’aurore dans sa résurrection, Cantique 6, et comme une étoile très brillante resplendissant admirablement au milieu des nuées de gloire, …

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Ecclésiastique 50, qu’il nous attire par ses splendeurs vers l’honneur de la gloire. Pour moi, toutes ces interprétations, comme étant appuyées sur l’autorité de si grands Pères, je les estime beaucoup et les recommande grandement ; cependant, en ce lieu, j’ai jugé qu’il fallait choisir de préférence à toutes les autres l’interprétation du très saint Père Jérôme et des autres, qui interprètent « la biche matinale » ou « le cerf matinal », comme étant la plus adaptée à mon propos. Or j’interpréterai le cerf matinal comme étant le Christ, suivant Basile hom. 1 sur le Psaume 28, Augustin livre 82 question 71, et sermon 2 sur les paroles de l’Apôtre, Origène homélies 2 et 3 sur le Cantique, et au chapitre 15 de Matthieu, Grégoire livre 3 des Morales chapitre 16, lesquels interprètent dans le cerf le Christ et attribuent au Christ les propriétés du cerf. Si nous lisons aussi la biche, nous entendrons l’humanité du Christ avec le cardinal Hugues, et cette explication coïncidera aussi avec la précédente. Car dans le Cantique 2 il est dit du Christ : « Reviens, mon bien-aimé, semblable à la gazelle et au faon des biches. » En ce faon Rupert, livre 7 des Offices divins chapitre 27, entend le Christ. Je vois que le Christ s’est complu dans la figure de cet animal pour sa Passion, puisque le Christ lui-même apparaissant au bienheureux Eustache fut reçu sous la forme d’un cerf remarquable, dans les bois duquel brillait le signe du Christ crucifié. Puisque donc jusqu’ici nous avons chassé le très beau Cerf, c’est-à-dire le Christ, ou la très belle Biche, c’est-à-dire son Humanité, poursuivons maintenant, sans être le moins du monde fatigués par cette chasse, les mystères de ce Cerf, et recherchons de nouveau pourquoi il est appelé aussi cerf matinal.

Le cerf est un animal de haute taille, très agile pour courir, muni de bois pour l’ornement et non pour l’attaque ; mais fortement exposé aux morsures des chiens, des lions, des ours et des autres bêtes carnivores. Dans ce Psaume donc, qui expose si clairement la Passion du Christ qu’Augustin, dans la seconde préface sur le Psaume 21, a dit que c’est plutôt l’Évangile du Christ souffrant qu’une prophétie, parce que le Christ s’est assimilé lui-même à un cerf fatigué et encerclé par les ours, les lions et les chiens, et mis en pièces, déchiré, dévoré par leurs morsures très cruelles sans aucune espérance d’échappatoire ; c’est pourquoi, tourné vers Dieu du fond des douleurs de son cœur, il crie et répète à haute voix : « Mon Dieu, mon Dieu, regarde-moi ; pourquoi m’as-tu abandonné ? » Comme s’il disait : voici le cerf matinal que des chiens enragés et des lions affamés ont entouré pour le déchirer et le chasser. En vérité, le Christ a pu se nommer lui-même cerf matinal exposé à la chasse, aux morsures et à la déchirure. Pour voir en quel sens cela est vrai, lisons attentivement ce que les Évangélistes ont écrit, et nous comprendrons la chasse matinale du cerf. Matthieu 27 : « Le matin venu, tous les princes des prêtres tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir. Et ils l’amenèrent lié. » Marc 15 : « Et aussitôt le matin, les grands prêtres, ayant tenu conseil avec les anciens, conduisirent Jésus lié et le livrèrent à Pilate. » Jean 18 : « Or il était matin, et eux n’entrèrent pas dans le prétoire. » Voici donc le cerf matinal placé dans les angoisses d’une chasse mortelle ; c’est pourquoi il crie : « De nombreux taureaux m’ont entouré, des taureaux gras m’ont assiégé ; ils ont ouvert contre moi leur bouche comme un lion ravissant et rugissant. » Et un peu plus loin : « De nombreux chiens m’ont entouré, une assemblée de méchants m’a assiégé. » Comme s’il disait : le temps presse, le temps s’avance où le cerf matinal doit être immolé. Combien bien l’interprète chaldéen traduit : « pour la vertu du sacrifice matinal et de l’holocauste perpétuel ». Car ce cerf matinal renouvelait le sacrifice matinal et perpétuel.

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Avec quelle science et quelle pénétration notre Prince ecclésiastique et Archevêque Paléote, après avoir raconté que des martyrs attachés à la Croix furent exposés aux bêtes, ajoute : « Mais les Juifs ont tramé contre le Christ des choses pires, comme instigateurs de la cruauté des ministres ; car eux-mêmes, avant même qu’il fût attaché à la Croix, ont livré le Cerf à être déchiré et dévoré par les chiens. » Or qui sont ces veaux et ces taureaux qui ont entouré le Christ et ont ouvert contre lui leur bouche comme un lion ravissant et rugissant ? Et qui sont ces chiens qui ont entouré le Christ ? Il ne faut pas penser que cela soit vide de mystère ; de ces choses on comprend très clairement pourquoi il a été dit : « Les Juifs ont tramé des choses pires contre le Christ », comme instigateurs de la cruauté des ministres. Eusèbe, Nicéphore, Théodoret, rapportés dans la Catena des Pères grecs sur les Psaumes, et parmi les Latins Grégoire livre 7 des Morales chapitre 4, livre 31 des Morales chapitre 18, Ambroise épître 7, Augustin épître 120, Jérôme au chapitre 1 et 31 d’Isaïe, Arnobe et Cassiodore en ce lieu, Clément d’Alexandrie Stromates livre 6. Par les nombreux veaux qui ont entouré le veau, il entend le peuple des Juifs ; car le veau, fils des taureaux né pour le joug, suit les traces des pères : ceux-ci donc ont entouré le Christ, ont ouvert contre lui leur bouche comme un lion ravissant et rugissant, criant : « Ôte, ôte, crucifie-le ! » « Pas celui-ci, mais Barabbas ! » « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Par les taureaux gras, les Pères précités entendent les princes des prêtres ; eux aussi ont entouré le Christ en tenant conseil contre lui, et ont ouvert contre lui leur bouche comme un lion ravissant et rugissant, criant : « Il est digne de mort », et persuadant le peuple de demander Barabbas et d’acclamer Jésus à crucifier. Par les chiens, Eusèbe, Théodoret, Didyme, et parmi les Latins Hilaire sur le Cantique 5 et 15 de Matthieu, Ambroise au chapitre 6 de Luc, Augustin livre des Questions de l’Ancien et du Nouveau Testament question 39, Jérôme au chapitre 9 de l’Ecclésiaste, entendent les Gentils. Peut-être le Christ lui-même a-t-il pensé cela en disant Matthieu 7 : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens. » Les Juifs donc ont exposé le Christ à être déchiré et mis en pièces par les chiens et les bêtes, lorsqu’ils l’ont livré aux Gentils, comme à des chiens, pour être déchiré et flagellé, lesquels ont eux-mêmes déchiré ses tibias et ses jambes, comme s’il eût été attaché à une croix basse pour être livré aux bêtes à déchirer. Ils ont imité une bestialité jamais entendue en aucun siècle, celle du très cruel Néron : car Néron faisait attacher des hommes et des femmes à un poteau, et lui-même, couvert d’une peau de bête, se jetant sur eux, exerçait une cruauté insolente par la gueule, le coup et la morsure, Suétone dans Néron. Marc Antoine Sabellicus dans Suétone.

« Ils grinçaient des dents contre lui », etc. Lorsque David contemplait avec admiration cette rage effrénée des persécuteurs du Christ, il commença ainsi au Psaume 2 : « Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples médité des choses vaines ? Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Christ. » De là on dit qu’ils s’efforçaient d’exterminer le Christ par un déchirement bestial, de le dévorer et de rayer son nom de la terre. Ce que Jérémie a bien exprimé au chapitre 11 : « Venez, mettons du bois dans son pain, et retranchons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Et vraiment il est très digne d’admiration qu’ils aient contracté une telle envie et une telle rage contre le Christ ; c’est pourquoi il disait : « Pourquoi ? » Nous répondrons que cela a été fait par l’auteur, le Diable ; car comme Rupert l’atteste au chapitre 8 de Jean, dès que le Diable a su que le Verbe voulait s’unir à l’humanité, il a conçu contre lui une telle haine qu’il a aussitôt pensé à le faire mourir. Il confirme la même chose chez la bienheureuse Brigitte dans le livre

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Apocalypse chap. 3, 4. C’est pourquoi il arma les princes, les rois, les nations et les peuples, et toutes les phalanges hostiles au Christ, afin d’effacer le nom du Christ, afin qu’il ne fût plus rappelé. Or pour connaître les ruses du diable et sa très mauvaise rage, poursuivons ce que le diable a machiné contre le Christ. Aussitôt que le Christ fut né, il arma contre lui Hérode, qui, cherchant à l’arracher de la terre, produisit tant de massacres d’Innocents. Et comme même par ce moyen il ne put l’arracher de la vie, il excita de nouveau contre lui et arma les Juifs et les Gentils, et par les flagellations, les ignominies et la Croix, il tenta d’effacer son nom. Et voyant que son dessein avait été entièrement vain et inutile, le Christ étant monté au ciel, il suscita d’horribles persécutions contre le Christ, que Jean l’Évangéliste poursuit au chapitre 6 de l’Apocalypse.

Car lorsque, à l’ouverture du premier sceau, il avait décrit le Christ Seigneur et ses triomphes sous le hiéroglyphe sacré du cheval blanc, dont le cavalier portait un arc dans la main et brandissait de la bouche un glaive à deux tranchants, portant de nombreux diadèmes sur la tête, et sortant vainqueur pour vaincre, il exprima aussitôt aussi les horribles persécutions suscitées contre lui par le diable. C’est pourquoi, à l’ouverture du second sceau, il décrivit un cheval roux, dont le cavalier brandissait un grand glaive, en lequel il entend les rois et les empereurs persécutant l’Église du Christ et son nom, que le diable avait armés contre le Christ ; car tous disaient : « Venez, arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Mais voyant que dans une telle âpreté de persécution l’Église n’était pas détruite par le glaive et les massacres, mais plutôt affermie, le diable imagina des ruses plus subtiles et décida d’en armer d’autres contre le Christ. Mais la Vérité vainc tout et prévaut. C’est pourquoi, à l’ouverture du troisième sceau, sort un cheval noir, dont le cavalier impie tenait un fléau dans la main. En ce cheval noir, les docteurs entendent l’impie et dévoyé Arius, qui, comme un héraut armé de guerre, cherchait à précipiter le Christ de la citadelle de la divinité, disant : « Venez, arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Noir et très hideux fut celui qui, tombé de la foi et de la sincérité de la religion, se laissa glisser dans la souillure pestilentielle de l’hérésie ; il tenait la main fraternelle, comme pour examiner fraternellement si le Fils était semblable au Père, égal, coéternel et ὁμοούσιος, c’est-à-dire consubstantiel. En cet Arius le diable fit tant de progrès qu’au concile d’Ariminum le monde entier s’étonna de se voir arien. Mais lorsque les fraudes des ariens furent connues, leur impudence et leur hérésie rejetées, la foi catholique proclamée de nouveau, le nom du Christ ne put être effacé ; car la Vérité vainc tout et prévaut. Il commença donc de nouveau à en armer d’autres, que Jean décrit au quatrième sceau. Ce fut le cheval pâle, dont le cavalier était la mort, brandissant une faux comme un glaive. Et l’enfer le suivait la bouche ouverte. Dans ce cheval pâle, les docteurs entendent Mahomet, très hideux et très dévoyé, qui, exhortant les siens, disait : « Arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Le cheval pâle, parce qu’il inspire la terreur et la pâleur, son cavalier est appelé mort, parce qu’il donne la mort en brandissant la faux. Mahomet osa se dire doté de la puissance de Dieu, et que des miracles avaient été accordés au Christ, mais qu’à lui avait été donné le glaive, afin qu’il persuadât sa loi non par des miracles, ni par des signes, ni par la prédication, ni par des paroles, mais par le glaive et par les meurtres. C’est pourquoi l’enfer le suit, la bouche ouverte, dévorant ceux qui auront craint de rendre témoignage au nom du Christ. Mais comme par ce moyen non plus il n’a pas pu effacer le nom du Christ, afin qu’il ne fût plus rappelé ; …

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n’ayant pas réussi, il imagina de nouveaux stratagèmes, il tira des étoiles du ciel, que Jean, Apocalypse 9, dit être descendues dans le puits de l’abîme, dans lesquelles Pannonius entend des hérétiques célèbres, surtout Luther ; car celui-ci, avec ses partisans, disait : « Arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Du puits de l’infidélité sortit en effet une fumée de perfidie, remplissant de ténèbres le ciel, c’est-à-dire l’Église. Du puits sortirent ces abominations, ces sauterelles semblables à des chevaux préparés pour le combat ; sur leurs têtes comme des couronnes semblables à de l’or, leurs visages comme des visages d’hommes, leurs cheveux comme ceux des femmes, leurs dents comme des lions, dans lesquelles certains, selon Bellarmin Cardinal, entendent les luthériens et les calvinistes. Mais comme par ce moyen non plus ils ne purent prévaloir contre le Christ ni effacer son nom, il décida encore à diverses époques d’en armer d’autres contre le Christ ; mais la vérité vainc tout. Il arma en effet contre le Christ des philosophes, il arma des poètes, il arma des historiens, afin qu’ils écrivent des choses profanes sur le Christ ou du moins qu’ils taisent ses œuvres admirables. Il arma des philosophes pour qu’ils disent : « Arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Nous savons que c’est surtout au premier concile de Nicée qu’ils ont machiné cela, eux qui furent appelés par les Pères les pères des hérétiques, parce qu’ils niaient les mystères de la foi que l’esprit humain ne pouvait prouver ; mais la vérité vainc tout et prévaut. Il arma des poètes qui détournaient les dogmes de la foi en fables ; eux aussi disaient : « Arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Ils s’efforçaient donc de réfuter les mystères de la foi lus dans les Écritures par leurs fables et de les exposer au rire. Ils assimilaient la chute du diable à celle de Phaéton ; ils tournaient en dérision dans la fable de Prométhée le péché d’Adam, que Dieu voulait réparer ; de la cosmogonie expliquée dans la Genèse en l’espace de sept jours ils faisaient le Chaos ; le paradis terrestre ils l’appelaient le jardin d’Alcinoos ; le paradis céleste, les Champs Élysées ; le Chérubin tenant à la porte du paradis le glaive tournoyant, ils l’appelaient Cerbère ; les peines de l’enfer, ils les nommaient Cocyte ; les diables, dans la fable de la mort de Charon ; le jugement de Dieu, ils l’attribuaient à Rhadamanthe ; ils transféraient le déluge de Noé dans celui de Deucalion ; la double nature du Christ, humaine et divine, ils la confondaient dans la fiction de Castor et Pollux ; la descente du Fils de Dieu aux fils des hommes, ils la déclaraient en disant : « Déjà une nouvelle race est envoyée du haut du ciel » ; l’état d’innocence ils l’appelaient âge d’or ; les saints hommes ils les faisaient des héros ; les hommes très pervers, qui descendaient aux feux de l’enfer pour leurs crimes, ils les disaient admis parmi les dieux ; si nous croyons à la descente du Christ aux enfers, eux feignaient Hercule tuant l’Hydre. Et par cet art et ces fictions ils s’efforçaient d’éluder les mystères de notre foi et d’effacer le nom du Christ. Mais la vérité vainc tout et prévaut. Voyant donc l’impie Satan que tous ses desseins étaient vains et inutiles, il entreprend toujours de nouveaux projets, de nouvelles machinations et tentatives. Il armera enfin à la fin du monde contre le Christ le dragon horrible, le plus dévoyé et le plus pervers de tous, l’Antéchrist, qui s’élèvera contre tout ce qui est Dieu et ce qui est adoré, au point d’oser se tenir dans le temple comme s’il était lui-même Dieu. Il dira à ses satellites : « Venez, arrachons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé. » Mais il ne réussira en rien, car la vérité vainc tout et prévaut.

Mais ces chiens et ces lions voraces, etc. L’Évêque poursuit son propos par une métaphore très appropriée et adaptée de la colonne qui soutient l’édifice : car ceux qui attendent un grand massacre et la ruine soudaine des bâtiments s’efforcent de démolir les colonnes, parce que …

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ce que nous lisons que Samson fit dans le livre des Juges, lui qui, pour accabler par une ruine subite les Philistins imprudents, brisa les colonnes et, mourant, en tua beaucoup plus qu’il n’en avait tué vivant. Ainsi les Juifs, voulant détruire le temple du corps du Christ, dont le Sauveur avait dit : « Détruisez ce temple, etc. », voulurent excorier et mettre à vif les jambes et les tibias du Sauveur, que nous avons dit plus haut être des colonnes de marbre, de telle sorte qu’ils ne puissent en aucune manière soutenir le corps.

« Ce que la sentence de Job dit à ce sujet », etc. Lorsque Job, très clair miroir de la patience chrétienne, déplorait l’assaut des amertumes et de ses passions, par lesquelles non seulement son corps, mais toute sa postérité semblait être absorbée, au chapitre 19 il décrit son malheur par une élégante métaphore de l’arbre, disant : « Il m’a détruit de toutes parts, et je péris, et comme à un arbre arraché, mon espérance a été ôtée » ; car lorsque l’arbre, l’écorce enlevée de tous côtés, est détruit et déraciné, il est exposé à une mort certaine, de sorte qu’il ne reste plus aucun lieu pour qu’il repousse ou se ramifie afin de vivre de nouveau. L’auteur applique au Christ cette élégante métaphore de l’arbre arraché, parce que des jambes et des tibias du Christ la peau a été arrachée et retirée, comme l’écorce est arrachée d’un arbre. Or lorsque l’écorce est arrachée à un arbre et que l’arbre est écorché, alors il en est entièrement fait de lui ; ainsi les Juifs et les chiens décidèrent d’écorcher et de mettre à vif les jambes et les tibias du Christ, afin qu’il ne restât plus aucune espérance pour le Christ, mais que son nom et sa mémoire fussent entièrement effacés. Cette métaphore est appropriée au Christ, non seulement parce que, comme nous l’avons montré plus haut, Job fut figure du Christ, mais aussi parce que les Pères comparent le Christ à un arbre et entendent mystiquement le Christ dans l’arbre. Dans l’arbre de moutarde ils entendent le Christ, Origène au chapitre 6 de l’épître aux Romains, et Hilaire au chapitre 13 de Matthieu, Grégoire 19 des Morales, Ambroise sermon 2. Il est aussi l’arbre de vie situé au milieu du Paradis. Il est l’arbre bon qui porte de bons fruits, qui a fixé ses racines en Abraham, Isaac, Jacob et les autres, que Matthieu énumère au chapitre premier, Luc au chapitre troisième. Il est le tronc, et la vie du Christ est la vie ; les branches sont les Apôtres, les feuilles les Patriarches de l’ancienne Loi, le fruit est la vie éternelle. Cet arbre, selon l’accroissement des temps, envoie ses racines dans ses élus et étend ses branches pour se répandre dans le monde entier, au point que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. Une greffe admirable a été faite dans cet arbre, lorsque, le Verbe divin étant assumé, la nature humaine a été unie ; de là sont sortis des fruits très doux, fruits d’honneur et d’honnêteté. La félicité de cet arbre fut figurée par cet arbre très élevé de Nabuchodonosor, dont Daniel expliqua les mystères. Mais de cet arbre il fut dit : « Abattez-le, mais gardez sa souche » ; ainsi cet arbre aussi a été arraché, mais il n’a pas été déraciné. Les Juifs et les Gentils s’efforçaient certes de l’arracher jusqu’à la racine, disant : « Arrachons-le de la terre des vivants » ; c’est pourquoi, en enlevant l’écorce de tous côtés, la peau avec les chairs, comme en creusant des fosses tout autour, ils tentaient d’extirper l’arbre et de le déraciner. Et bien qu’ils n’aient pu arracher totalement les racines ni effacer son nom, ils détruisirent cependant de tous côtés le tronc de son humanité, afin de le contraindre à mourir ; c’est pourquoi il dit : « Il m’a détruit de toutes parts, et je péris. »

« Le véritable arbre de vie », etc. Cet arbre de vie est remarquable et illustre entre tous les arbres que nous lisons dans les Écritures ; c’est pourquoi il faut dire quelque chose de lui tant quant au nom que quant à la substance et à la vertu. Et quant au nom, dans le texte hébreu on lit ainsi : Ghetz hachaim, c’est-à-dire des vies, en lequel lieu se trouve un triple hébraïsme.

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Premier, que le bois soit mis pour l’arbre. Deuxième, que le bois de vie soit mis pour le bois vivifiant, ou vital, ou faisant vivre. Troisième, qu’on dise bois des vies pour bois de vie, quoique certains ne manquent pas d’affirmer qu’on dise bois des vies non seulement parce qu’il conservait en l’homme la vie sensitive, végétative et rationnelle, mais aussi parce qu’il faisait vivre la vie si longtemps, et par cette vie faisait vivre collectivement plusieurs autres vies, soutenues par d’autres arbres. Et puisque même sans l’arbre de vie les hommes, vivant d’autres arbres, prolongeaient leur vie jusqu’à neuf cents ans et davantage, même après le péché d’Adam, certains ont pensé qu’il serait peu de chose que cet arbre conservât la vie pendant quatre ou huit mille ans, et ils ont même ajouté qu’il avait la force de conserver la vie de l’homme pour un temps infini : ainsi Chrysostome, homélie dix-huitième sur la Genèse, enseigne que par la manducation de cet arbre l’homme fut rendu immortel ; ce qu’a aussi Augustin livre 15 de la Cité de Dieu, chapitres 20 et 23, Rupert livre 3 de la Trinité et de ses œuvres, chapitre 20, Tostat question 175 sur le chapitre 13 de la Genèse, Strabus et Hugues le Cardinal sur le chapitre 2 de la Genèse, que non seulement il préservait de la mort, mais aussi de toute maladie, et confirmait la vie dans une stabilité et une santé perpétuelles, afin qu’elle ne se changeât jamais en pire ; et cela semble se déduire de ce qui est dit Genèse 3 : « Voyez qu’il ne prenne pas de l’arbre de vie et ne vive pour toujours. » De plus, parce que si l’homme n’avait pas péché, il ne serait jamais mort. Mais d’autres disent communément que cet arbre ne pouvait avoir cette vertu naturelle de conserver pour un temps éternel, parce que tout agent en agissant pâtit ; ensuite parce que la vertu naturelle convertit les aliments en nourriture et ne restitue jamais aussi parfaitement l’humide radical qu’il était auparavant ; et parce que la vertu naturelle, étant finie, ne pouvait conserver pendant un temps infini : ainsi saint Thomas, première partie, question 97, article 4, Cajetan au même endroit, Pererius au chapitre 2 de la Genèse, et presque communément les théologiens.

Cependant les docteurs de la première opinion peuvent être facilement conciliés avec ceux-ci, car ils disent qu’il rendait l’homme immortel, parce que si l’homme n’avait pas péché, après avoir longtemps et beaucoup prolongé sa vie par le bénéfice de cet arbre, Dieu l’aurait enlevé au ciel sans aucune interruption de mort et lui aurait accordé la gloire par laquelle le corps serait rendu immortel, comme cela se fait maintenant dans la gloire. Mais quoi qu’il faille dire de cette chose, on ne peut nier que cette vertu, soit qu’elle eût conservé la vie des hommes pour un temps fini ou infini, ait été très admirable. C’est pourquoi saint Bonaventure, au quatrième livre, distinction 17, enseigne que cette vertu fut surnaturelle, ce qu’avait enseigné avant lui Bède sur la Genèse, et saint Augustin au livre de la Genèse au sens littéral, chapitre premier et cinquième, et livre 12 chapitre 40, et livre 13 de la Cité de Dieu chapitres 20 et 23, disant que cette vertu était dans cet arbre par une certaine inspiration divine et qu’il avait cet effet admirable de conserver si longtemps, comme par une vertu sacramentelle. Toutefois d’autres préfèrent qu’elle ait été naturelle : ainsi Hugues en ce lieu et saint Thomas ci-dessus. Il ressort de là que cet arbre fut de loin plus heureux que ces arbres qu’ils appelaient arbres du Soleil et de la Lune. Les arbres du Soleil, comme le rapporte Pierre le Mangeur dans les histoires diverses après le livre d’Esther 4, étaient des arbres très élevés, dont le sommet, dès que le Soleil se levait, était atteint par ses rayons jusqu’aux racines, ils étaient ébranlés et répondaient à ceux qui les interrogeaient. Quant à ceux qui mangeaient les fruits de ces arbres…

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on disait qu’ils avaient vécu des années entières. Alexandre le Grand attesta, dans sa lettre à Aristote sur les merveilles de l’Inde, qu’il avait consulté ces arbres et reçu d’eux des réponses. Quant à moi, bien que je voie ces choses comme fabuleuses et inventées par les poètes, cependant, même si elles avaient été vraies, elles n’auraient pu être comparées à ce très noble arbre de vie. Et que cela suffise pour ce qui concerne l’histoire de cet arbre très heureux de vie. Cherchons maintenant les mystères de cet arbre. Car dans cet arbre les Pères entendent la croix du Christ. Ambroise au livre de ceux qui sont initiés au mystère chapitre 3 et sermon 23, Primasius au chapitre 2 de l’Apocalypse, Viegas au même endroit, Jérôme au chapitre 2 de Joël et dans l’épître sur ce passage : « Dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures », Erychius chapitre 4 du Lévitique, Grégoire livre 12 des Morales chapitres 3 et 12, Augustin livre 12 contre Fauste chapitres 34 et 35, traité 2 sur Jean. D’autres entendent dans le bois de vie la charité. D’autres la félicité, comme Aretes. D’autres les sacrements. Mais entre toutes les explications mystiques, celle-ci me plaît davantage, que les saints Pères ont communément transmise, à savoir que cet arbre figurait pour nous le Christ : ainsi Augustin livre 12 contre Fauste chapitre 35, Hilaire sur le Psaume 1, Tertullien livre contre les Juifs, Bède au chapitre 2 de la Genèse et au chapitre 2 de l’Apocalypse, Richard de Saint-Victor au chapitre 2 de l’Apocalypse, Jérôme au chapitre 65 d’Isaïe, Grégoire 12 des Morales chapitres 3 et 4, Ambroise dans l’Hexaméron. Et d’autres tirent cette explication de ce passage de l’Apocalypse 2 : « Au vainqueur je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de mon Dieu. » Cet arbre en effet est le Christ, ayant ses racines dans les Patriarches, planté dans le sein de la Vierge, greffé dans l’Incarnation, croissant dans la prédication, fructifiant dans les miracles, étendant ses branches dans les bienfaits, abattu dans la Passion, vivant éternellement après la Résurrection. Combien élégamment donc, combien harmonieusement notre saint Évêque a appelé le Christ le véritable arbre, de dont les tibias et les jambes la peau fut arrachée comme une écorce.

Ils avaient fait en sorte que ce corps fût entièrement mis à vif, etc. Ceux qui contemplaient la très haute dignité de l’homme ont jugé que l’homme devait être honoré du très grand nom de μικρόκοσμος, c’est-à-dire petit monde ; car beaucoup de choses qu’ils contemplaient dans l’univers entier, qu’ils appelaient μεγακόσμος, c’est-à-dire grand monde, ils les trouvaient par un art admirable dans le μικρόκοσμος, c’est-à-dire dans le petit monde qu’est l’homme ; lesquelles choses, afin que le discours ne s’étende pas trop, ne doivent pas être expliquées en ce lieu. Mais bien que ces choses doivent être passées sous silence, je pense qu’il faut rappeler ceci : de même que la terre, avec les eaux souterraines et celles qui coulent au-dessus d’elle, les unes plus larges, les autres plus étroites, est lavée, irriguée et rendue féconde, et, comme l’ajoute François Venerius au livre sur la génération, presque stagnante, ainsi le corps humain, par la vapeur de la terre et l’inondation du sang comme de l’eau, est arrosé, irrigué et nourri. Le sang, courant à travers toutes les parties du corps par les veines, par lesquelles comme par des canaux et des fleuves il s’écoule, nous voyons qu’il irrigue tout le corps, par des voies plus larges, plus étroites ou ramifiées. Et comme tous les fleuves entrent dans la mer et que la mer ne déborde pas, parce qu’ils retournent au lieu d’où ils sortent pour couler de nouveau — car la mer est comme la première source d’où toute eau jaillit — ainsi dans l’homme il y a le cœur où les réservoirs et comme les premières sources du sang bouillonnent, selon l’opinion d’Aristote, ou le foie selon l’avis des médecins. De là le sang s’écoule par les veines dans toutes les parties du corps. De même donc que lorsque la terre est desséchée et ouverte toute eau qui coule s’assèche, selon ce qui est dit Genèse 1 : « Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu et que le sec apparaisse », ainsi si, les veines étant rompues, le sang s’écoule chez l’homme, toutes les parties du corps jaunissent et se dessèchent ; ainsi furent écorchés dans le Christ les os des jambes et des tibias, les veines étant rompues…

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ainsi la chair a été mise à nu, et les plaies comme brûlées. Car bien que Bernard, dans le sermon sur le soin, la chair et les os, dise que les os n’ont pas été brisés, parce qu’ils n’ont pas été fracturés, cependant, le sang leur faisant défaut pour nourriture, ils ont été desséchés et ont séché comme s’ils avaient été brûlés.

Dans la sainte Sindone apparaissent des déchirures, etc. Il assigne la cause pour laquelle les miennes ont ainsi séché : parce que certaines excarnifications profondes se voient dans les tibias et les jambes, à la manière de celles qu’infligeait aux martyrs l’instrument des bourreaux appelé scorpion.

Quel fut donc ce scorpion ? Car, pour reconnaître ce scorpion, j’en ai vu beaucoup fatigués, beaucoup trompés. La cause pour laquelle beaucoup ont été si facilement trompés est que le nom de scorpion est équivoque ; et tous les scorpions ont été imaginés pour frapper et blesser. Certains donc, lisant les actes et les supplices des saints martyrs, lorsqu’ils lisaient que les martyrs étaient déchirés par des scorpions, pensaient que des scorpions, c’est-à-dire de véritables petits animaux venimeux, avaient été appliqués à leurs corps, lesquels, avec des bras recourbés en forme de queue, feignant vouloir embrasser avec leur queue en signe de bienveillance, les infectaient du venin retenu dans leur queue.

On appelait aussi scorpion une baliste, ou une manuballiste, ou une catapulte, et c’était un instrument de guerre destiné à lancer des pierres ou des traits contre les ennemis. Ammien Marcellin au livre 24 et 25 disait que par les scorpions on lançait seulement des pierres, et par les balistes des traits. Au contraire Vitruve au livre 10 chapitre 15 et 16 disait que par les scorpions on lançait des traits, et par les balistes des pierres. Toutefois Végèce au livre 4 enseigne que par les scorpions on lançait tant des pierres que des traits. D’autres disent que par le scorpion on lançait seulement des flèches enduites de poison ; mais il est constant que le scorpion lui-même était une baliste, fabriquée tant pour lancer des pierres que des traits, soit pointus soit non pointus, que d’autres appelaient catapulte ; bien que la catapulte fût un instrument plus grand, dont les bras, fléchis avec plus de force, se courbaient. Tous ces instruments étaient appelés du nom de scorpion, parce que leurs bras, à l’image des bras d’un scorpion, très infléchis et recourbés, lorsqu’ils sont relâchés et se déploient librement, lancent des projectiles et des flèches.

Lorsque donc ils lisent que les martyrs ont été frappés par des scorpions, ils pensent qu’ils ont été atteints par des balistes.

D’autres pensaient que le scorpion était ce genre de pince de fer, garnie de pointes, destinée à excarnifier les hommes et à les déchirer fortement ; dans les supplices des saints martyrs on les appelait bourreaux sanguinaires. Cet instrument était fabriqué ainsi : on prenait deux barres de fer ; et, un trou étant fait au milieu de chacune, on les reliait par un clou de fer en forme de croix de saint André, de sorte que leurs extrémités pouvaient à la fois se rapprocher et s’écarter. Et du côté par lequel on les appliquait aux martyrs crucifiés, les extrémités des barres de fer convergentes se pliaient de telle manière que l’extrémité d’une barre se terminait en dent aiguë tournée vers l’autre, tandis que l’extrémité de l’autre barre se terminait en deux dents aiguës, de sorte que, lorsque les barres étaient serrées, la dent aiguë de l’une s’insérait dans les deux dents de l’autre, à la manière dont nous voyons s’engrener les dents dentelées des bêtes. Et la méchanceté des bourreaux ne se contentait pas de ces dents dentelées et insérées réciproquement, mais, un peu plus bas sur les mêmes barres…

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… vers l’axe au-dessus duquel les suppliciés étaient tournés : on y ajoutait d’autres dents de fer semblables, mais avec un artifice tel que, sur la barre dont la partie supérieure présentait des pointes saillantes, on disposait deux dents inférieures ; tandis que, sur celle dont l’extrémité se terminait en double dent, on n’en insérait qu’une seule, laquelle venait s’insérer contre la double dent opposée.

La partie de ces barres qui s’étendait en sens contraire à l’axe servait de poignée pour faire tourner l’instrument, de sorte qu’il produisît l’effet de tenailles à bras et agît ainsi.

La force de cet instrument était la suivante : le bourreau impie, saisissant des deux mains les poignées de l’instrument, appliquait sur le corps du martyr la partie dentée, puis, l’ayant ainsi appliquée, la brisait ; de sorte que, lorsque les dents se séparaient les unes des autres et tiraient avec elles les chairs, elles les déchiraient cruellement en les entraînant contre ces dents de fer.

Ce genre de supplice était très cruel.

Certains pensent que cet instrument était appelé « scorpion », parce qu’à la manière d’un scorpion il réunissait ses bras à l’extrémité et tourmentait.

Mais ceux qui pensent ainsi se trompent ; car un tel instrument ne s’appelle pas scorpion, mais « ongle » (ungula) ; lequel, appliqué et serré sur le corps des martyrs, pénétrait ainsi à l’intérieur des chairs et tourmentait, comme les ongles ont coutume presque de s’y enfoncer.

Et lorsque les parties relâchées étaient de nouveau serrées, le corps était déchiré ; car un tel langage — d’où vient le mot « ungula » — est fréquemment employé dans les Actes des Martyrs.

Augustin, épître 158 : « Dans les ongles », dit-il.
Jérôme, épître 49 à Innocent : « Lorsque tu loues, dit-il, l’ongle sanglant frappe les chairs, et ainsi, en cherchant la vérité, il déchire à l’intérieur et perce les flancs. »

À propos de cet instrument, on chante ainsi dans un hymne des martyrs :
« Par ces déchirures, l’ongle agit avec force. »

ils se servaient de cet instrument pour écorcher les corps des saints martyrs ; parmi les reliques, le Souverain Pontife en conserve un à Rome, et lors des fêtes de l’année, il est souvent exposé sur l’autel où sont gardés les corps des saints Apôtres Pierre et Paul, dans la basilique de Saint-Pierre, avec d’autres pierres que l’on attachait aux mains et aux pieds des martyrs lorsqu’ils étaient suspendus.

Cet « ongle » (ungula), je l’ai vu souvent et très souvent, bien qu’indigne, et je l’ai touché de mes propres yeux (c’est-à-dire personnellement).

Le « scorpion », dont les anciens se servaient pour frapper les criminels et pour châtier les martyrs persécutés pour la foi, était une verge noueuse et garnie de pointes, ou bien armée de globules et munie de dés (ou nodules), par laquelle ils écorchaient les corps des saints martyrs.

Isidore en donne la raison au livre 5 des Étymologies, chapitre 7 ou 8, disant : « Une verge noueuse et aculeée est appelée scorpion, parce qu’elle se recourbe en arc pour infliger des blessures au corps. »

Nous lisons cependant parfois au sujet de scorpions véritables.

Qu’on lise les nombreux récits des inquisitions à ce sujet chez l’Anonyme gaulois, dans le livre sur les supplices des saints martyrs ; qu’on lise aussi l’excellent Aristote de notre temps, Ulysse Aldrovandi, livre 5 des Insectes, chapitre 1, où il signifie plusieurs autres espèces de scorpions.

Quant à nous, afin que la nature de ces machines soit connue, nous ne nous refuserons pas à en présenter les figures et schémas, afin que les images de ce qui a été dit soient soumises aux yeux ; car sans cela, ni l’expression exacte des mots, ni les détours du discours ne peuvent décrire pleinement la force de ces choses.

Mais avant de faire cela, nous rassemblerons l’enseignement de l’Antiquité sur ce qu’ils ont su des perforations des jambes et des flancs du Christ, et des blessures infligées par ces instruments de supplice.

Il n’est pas étonnant que nous ayons dit que les flagellations du Christ étaient garnies de nodules et de pointes.

Quant à nous, afin que soient connues ces sortes de machines, nous ne nous refuserons pas à en présenter les figures et les schémas, par lesquels nous soumettrons aux yeux les images de ce qui a été dit ; sans lesquelles ni l’expression précise des mots, ni les détours du discours ne décrivent pleinement la force de ces choses.

Il n’est pas étonnant que nous ayons dit que les flagellations du Christ étaient faites avec des fouets munis de nodules et de pointes.

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Ces choses étant ainsi, que signifie pour toi, homme, plante céleste, etc. ? Qu’y lisons-nous ici de nouveau, d’admirable, lorsque nous lisons que l’homme est une plante céleste ? Eh bien, jusqu’où la sagesse des Gentils est-elle allée ? Eh bien, jusqu’où la philosophie idolâtre s’est-elle élevée ? Je m’en étonnerais certes, si je ne savais pas que Platon avait lu les saintes Écritures, si je n’avais pas souvent lu chez les Pères que Platon n’est autre que Moïse parlant en attique.

Il est très vrai que sont très grandes les choses qui recommandent au plus haut point la dignité et l’excellence de l’homme ; lorsque les plus excellents philosophes les contemplaient, ils jugeaient que l’homme devait être honoré des plus hauts et des plus excellents éloges. Car ce Mercure, auquel l’ampleur des actions et l’éclat d’une admirable sagesse ont donné le nom de trois fois très grand, considérant la dignité de l’homme, s’écria en disant : « L’homme est un grand miracle, et rien dans le monde n’est grand en dehors de l’homme » ; et ne se contentant pas de cela, peu après, Pythagore appela l’homme second après Dieu, roi des mortels ; Socrate, animal de Dieu ; Aristote, divinité de toutes choses ; Platon, plante céleste ; ils proclamèrent que l’homme est le seigneur du monde.

Mais parmi les multiples éloges de l’homme, l’Évêque a retenu celui-ci de préférence aux autres, afin de s’ouvrir un accès à un mystère nouveau et admirable. Car plus haut il a enseigné que le Christ est l’arbre de vie, dont l’écorce a été arrachée afin qu’un lieu soit ouvert pour la greffe, et qu’une petite plante misérable y soit trouvée ; mais voici pour toi l’homme plante céleste, cette plante céleste pourra donc être greffée. Il exhorte donc avec un grand sentiment de piété l’homme, comme une plante céleste, à s’insérer, comme un jeune rejeton tendre, dans les plaies du Sauveur : car c’est là la voie très douce pour porter du fruit par la greffe ; telle est la règle : le sarment qui demeure dans la vigne porte du fruit.

Habitons donc dans ces blessures, nichons comme des colombes dans les trous du rocher et dans les cavernes du mur ; là plaçons nos délices ; car ainsi il arrivera que, nous attachant à elles par amour, nous y adhérerons, afin de vivre avec lui et d’être en lui une créature nouvelle, comme lui est en nous ; car c’est cela être greffé au Christ et être incorporé au Christ.

Mais, diras-tu, cela est contre l’institution de la nature si un arbre mauvais est greffé sur un arbre de bon fruit. Car on a coutume de greffer un bon rejeton sur un tronc stérile. C’est pourquoi saint Jérôme, dans sa règle pour bien et heureusement vivre, qui commence par Tepescens, etc., dit : « Un arbre fructueux est greffé sur un arbre infructueux, afin que l’art repousse la force de la nature. » Mais à cette objection l’Apôtre a apporté une solution claire dans les termes, en Romains chapitre 9, disant que l’olivier sauvage a été greffé contre nature sur un bon olivier. Parce que si le Christ est l’arbre de vie, de quelque manière que quelqu’un soit greffé au Christ, il progresse vers le salut. Car même si l’homme était un arbre mauvais, s’il adhère au Christ comme une plante céleste, il deviendra un bon arbre et portera des fruits de lumière.

Déjà afin que tu n’aies pas cela fixé dans ton esprit, etc. Il y a une merveilleuse propriété de la nature, que les impressions des femmes enceintes transmettent des marques aux fœtus, et qu’elles impriment aux fœtus les marques dont elles attendent les formes. Cette force admirable de la nature est à peine expliquée par les observateurs les plus habiles de la nature. Cela sera certes expliqué facilement, comment les mères engendrent des fils semblables à des hommes, comment parfois les pères engendrent des filles semblables à leurs épouses, ou semblables à d’autres hommes ou femmes ; car, selon la doctrine suffisamment expliquée d’Aristote au livre 4 de la Génération des animaux chapitre 3 et suivants, cette propriété survient à cause d’un très grand mouvement dans l’imagination, lequel est parfois plus grand chez l’homme que chez la femme, et au contraire souvent plus grand chez la femme, et c’est pourquoi parfois l’enfant est semblable à l’homme, parfois à la femme. Car dans l’ardeur violente du désir, il est écrit qu’il y a une très grande puissance de l’imagination…

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Isidore au livre 2 enseigne comment l’esprit attire à soi les formes des choses vues. C’est pourquoi saint Jérôme rapporte qu’une matrone fut défendue par Quintilien, elle qui était accusée d’adultère parce qu’elle avait enfanté un fils Éthiopien : elle fut défendue par cet artifice, parce qu’elle avait dans sa chambre un portrait d’Éthiopien qu’elle regardait au moment où elle concevait ; car de là, par une forte appréhension de l’imagination, la chose se produisit, comme l’enseigne Jean-Baptiste Porta au livre 2 de la Magie naturelle chapitre 23, à savoir qu’une femme enfanta un fils de couleur très semblable au marbre, parce que, afin de concevoir un bel enfant, elle fit placer dans sa chambre une élégante statue de marbre qu’elle contemplait très attentivement lorsqu’elle concevait.

Car une forte imagination modifie les esprits intérieurs, lesquels accourent aussitôt vers le sang et l’affectent de telle sorte que la forme qu’on contemple vivement s’imprime au fœtus ; ainsi le considère et l’explique Marsile Ficin dans son commentaire de Platon, discours 7 chapitre 8. C’est pourquoi on rapporte parfois que des femmes ayant regardé des formes de serpents ont imprimé l’image du serpent à leurs conceptions.

Et de là il ne sera pas difficile d’assigner la cause d’une question par ailleurs plus grave que certains proposent ainsi : pourquoi parfois des femmes adultères, et même concevant dans l’adultère, engendrent néanmoins des fils semblables non aux hommes avec lesquels elles ont commis l’adultère, mais à leurs maris. Parce qu’il arrive souvent qu’une femme, pendant l’adultère, par crainte de son époux, garde celui-ci fixé dans son esprit, et par une forte appréhension de lui il se fait qu’en concevant dans l’adultère elle engendre un fils très semblable à son mari. C’est pourquoi Jean-Baptiste Porta a enseigné que l’épouse, bien que n’étant pas adultère en fait, si elle engendre un enfant semblable à un autre homme qu’à son mari, est coupable d’un adultère qu’elle a conçu dans son esprit.

Très conscient de cette puissance qui réside dans l’imagination, le patriarche Jacob plaça des branches de peuplier et d’amandier partiellement écorcées devant les yeux de ses brebis lorsqu’elles concevaient, afin que, concevant sous leur regard, elles produisent des fœtus variés et tachetés. Tostatus au chapitre 30 de la Genèse témoigne que Jacob apprit cet art admirable et cette philosophie cachée de Melchisédech. J’ai expliqué plus haut que cela est facile à comprendre.

Mais ceci est encore plus difficile : pourquoi les femmes non seulement au moment de concevoir, mais même après avoir conçu, impriment aux fœtus les marques des choses qu’elles désirent ardemment. D’autres répondent que cela provient de la même cause, à savoir d’une appréhension forte et violente de l’imagination. Mais cette réponse ne supprime pas la difficulté : elle explique certes pourquoi la marque est transférée au fœtus, mais non pourquoi elle s’imprime davantage sur une partie que sur une autre.

On voit chez certains des taches rougeâtres ou noirâtres semblables à du vin figé sur le front, chez d’autres une image sur les joues, chez d’autres des taches sur le front, d’autres au menton, d’autres au cou. Quelqu’un rapporte avoir vu une excroissance en forme de crabe attachée au nez d’un homme ; d’autres une cerise au-dessus de la glande génitale, laquelle rougissait au moment où les cerises mûrissent, croissait quand elles croissent et diminuait quand elles se flétrissent.

Quelle est donc cette si grande puissance de l’imagination, et pourquoi imprime-t-elle ces marques sur une partie plutôt que sur une autre ? L’admiration augmente, et il arrive quelque chose de très proche de la superstition, que cependant les femmes attestent comme très vraisemblable, et elles déclarent qu’elles veillent soigneusement sur elles-mêmes lorsqu’elles sont enceintes, afin que, portant l’enfant dans leur sein, si elles désirent ardemment une pomme, une cerise, du vin ou quelque chose de semblable, elles ne portent pas la main à la bouche ni au visage, mais à l’aisselle ou à la plante du pied ; car elles disent qu’une marque s’imprime sur la partie du corps du fœtus qu’elles ont touchée sur leur propre corps.

Quelle cause d’une impression si forte pourra donc être assignée, pour que ces marques recouvrent plutôt cette partie que l’autre ?

D’autres ont coutume de répondre que la marque adhère à la partie du fœtus qui est alors nourrie ; mais cette raison est frivole…

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bien que cette question soit difficile à résoudre avec certitude quant à sa cause véritable, toutefois à partir du même principe, à savoir d’une forte appréhension, on peut assigner la cause, de sorte que cette tache adhère à la partie du corps du fœtus que la mère conçoit plus fortement en son imagination.

Et par cette même sagacité, si la partie de son propre corps que l’homme ne voit pas extérieurement est présentée à son imagination, et qu’un mouvement imaginaire fort et une puissante appréhension saisissent cette partie, il arrive que la tache s’y fixe.

Mais nous avons suffisamment insisté sur ces choses, puisque cette discussion a été entreprise pour nous, afin que nous comprenions combien le Christ fut atrocement et cruellement lacéré pour nous ; que nous le placions vivement devant les yeux de notre cœur par une ferme appréhension ; que nous le concevions sans cesse ; que nous le gardions attaché à notre cœur ; que nous conversions toujours avec lui ; que nous soyons, comme il est dit, des faisceaux de myrrhe qui demeurent entre nos seins ; car par une forte et constante appréhension il arrive que les plaies du Christ, les meurtrissures, les contusions, les effusions de sang, les douleurs s’impriment dans notre cœur ; que nous ne pensions rien sinon au Christ crucifié ; que nous le contemplions ; que nous l’aimions ; et que notre cœur et notre âme, comme des arbres femelles, produisent des fruits abondants.

Car les arbres femelles, si l’arbre mâle manque, ne produisent aucun fruit ; mais si l’arbre mâle est présent, ils produisent des fruits très abondants. Ainsi, si la mémoire fréquente et continuelle de la Passion du Christ demeure en nous, nous produirons des fruits très abondants de salut.

Et de même qu’un homme pieux et prudent, attentif à la multiplication de son troupeau, expose devant les yeux de ses brebis des verges écorcées, afin que, dans leur contemplation, elles conçoivent et mettent bas des agneaux variés et tachetés ; ainsi, pour la même cause, le corps du Christ fut lacéré et mis à nu pour notre salut ; et nous devons placer devant nos yeux les exemples des saints qui ont souffert pour la cause du Christ, afin que dans leur contemplation nous concevions le Christ, que le Christ soit formé en nous, que le vrai Lucifer se lève dans nos cœurs ; et ainsi nous obtenions cet insigne bienfait dont il est rapporté dans les très anciens Annales de Sainte Claire de Montefalco, qu’Isidore de Moscovie écrivit dans la vie de cette sainte Claire : car, par une si grande piété envers le Christ, méditant sa Passion pour notre salut, et gardant imprimés dans son cœur les mystères de la Passion du Christ, elle portait dans son cœur l’image du Christ crucifié ; et après la mort de cette sainte Claire, les mystères admirables de la Passion du Christ furent découverts dans son cœur ; et sur la partie droite du cœur apparaissait l’image de Jésus-Christ crucifié, de la grandeur d’environ six pouces, un peu inclinée du côté gauche ; la partie droite du corps, où était la blessure, présentait une couleur livide ; la plaie versait beaucoup de sang.

En outre, sur la Sindon, on voyait des gouttes de sang, rudes et épaisses ; la couronne d’épines était faite d’épines très aiguës ; de trois nerfs partaient trois clous, deux plus petits et un plus grand ; d’un côté la lance ; les fouets formés de cinq nerfs fléchis, non divisés en plusieurs, apparaissaient ; et une colonne droite, fléchie, entourée de petits liens.

Puissions-nous obtenir heureusement cela, afin que nous priions le Christ en disant :

Seigneur Jésus-Christ, couvre-moi de tes très saintes plaies, et ne permets pas que je sois séparé de toi ; fais que je voie toujours que tu es crucifié pour moi, et que tout ce que tu as souffert, par ton sang, me soit appliqué…

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« Si mes lèvres ont été collées à mes dents, que je n’aie pu rien mâcher, rien goûter ; que mes blessures n’aient trouvé aucune consolation ; que je sois blessé avec toi, Seigneur, que je souffre avec toi. Que cette affliction me soit plutôt agréable que toute consolation, ou que je médite autre chose. Que mon cœur ne cesse de brûler pour Jésus, jusqu’à ce qu’il s’élève comme un feu, qu’il s’embrase, qu’il atteigne son terme désiré. Amen. »

Il faut encore examiner ce que le pieux auteur attribue à la très sainte Vierge, etc.

Le très doux Bernard s’étonne surtout (Traité de la Passion du Seigneur, chap. 2) que, dans la mort du Christ, les hommes, naturellement plus forts, aient fui, tandis que les femmes, naturellement plus faibles, aient suivi le Christ portant la Croix jusqu’au mont du Calvaire, et soient demeurées auprès de lui alors qu’il était crucifié ; parmi lesquelles se trouvait la Bienheureuse Vierge. Comme le dit saint Antoine :

« Elle se tenait, pleine de pudeur, modeste, remplie de larmes, accablée de douleurs. »

Mais le glorieux Bernard, dans le traité de la Passion du Seigneur, chap. 10, dit :

« L’âme du Christ crucifié, lorsqu’elle se pencha vers sa Mère, lui apporta la passion de ses blessures ; la compassion maternelle, d’un cœur très affligé, avec les mains jointes, les yeux répandant des torrents de larmes, la voix brisée, plaintive, et toute la force de son cœur se répandant, regardait virilement son Fils suspendu. »

Lorsqu’elle leva vers ces blessures immenses ses yeux vénérables, et qu’elle détourna vers elles son regard, ne plaça-t-elle pas dans ses yeux une source de larmes ? Voici qu’elle devint comme l’épouse de Tobie, et comme Job abandonné dans ses souffrances, ainsi fut Marie auprès de son Fils.

Quand Job déplorait les calamités de ses misères, abandonné, il disait :

« Mes lèvres sont collées autour de mes dents. »

Que signifie ici ce saint homme qui se lamente ? Car il n’est pas vraisemblable que celui qui fut proposé au monde entier comme modèle de patience ait exagéré ses douleurs par impatience. Que signifie donc « autour des dents » sinon que ses lèvres étaient laissées sans force, comme chez Virgile et chez Zopyre chez Justin, où l’on dit que les lèvres, desséchées autour des dents, ne pouvaient ressentir la douleur ; car, lorsque les lèvres sont desséchées et abandonnées autour des dents, il semble n’y avoir rien qui fasse souffrir.

Que voulait-il donc dire ? Voici le mystère : saint Bernard (Traité de la Passion du Seigneur, chap. 2) explique mystiquement cela du Christ :

« En la personne de Job, dit-il, le Christ est figuré ; abandonnées sont mes lèvres autour de mes dents ; par les lèvres sont signifiés ceux qui sont plus faibles que les autres membres ; de même que le sexe féminin est entendu comme plus tendre et plus délicat ; ainsi les lèvres du Christ furent la Vierge Marie, Marie Madeleine, et les autres femmes qui étaient auprès de la Croix. »

Quelle perfection et quelle obéissance fut celle de la Mère, qui, si cela eût été nécessaire, aurait elle-même attaché son Fils à la Croix de ses propres mains !

Car rien chez cette Vierge, remplie de la grâce de l’Esprit Saint, ne pouvait être jugé indécent ; ni qu’elle eût faibli par impatience de douleur ; ni qu’elle eût proféré des paroles de lamentation désordonnée.

Elle aima son Fils sagement et avec discernement ; elle préféra au salut de son Fils le salut du monde. Deux amours combattaient dans son sein virginal, et deux douleurs aussi : l’un pour son Fils, l’autre pour tout le genre humain ; un amour par lequel elle poursuivait la vie de l’un et de l’autre, une douleur par laquelle elle pleurait la mort de l’un et de l’autre.

Elle préféra au salut de son Fils l’amour du peuple ; mais elle préféra la douleur et la mort de son Fils au salut du peuple : car elle voulut plutôt que son Fils mourût, que tout le genre humain pérît.

Ah ! combien devons-nous compatir au Fils, combien à la Mère ! Nous devons accompagner ses larmes, ses douleurs, ses agonies, ses supplices, par des larmes perpétuelles.

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D’Alphonse Paleotti
Archevêque II.
de Bologne,

Explication
du Saint Suaire :

Des pieds de notre Sauveur fixés par des clous sur la Croix, et des blessures
qui en eux apparaissent.

Chapitre XIX

Que soit examiné le lieu de l’exemplaire où est désigné, O :

En descendant vers les pieds par la partie antérieure du saint Suaire, 2. apparaissent les pieds détachés de la Croix, 3. Et enveloppés dans le même Suaire, ayant laissé la forme elle-même
imprimée dans le Suaire : 4. lesquels, dans la petite pièce, présentent deux blessures insignes, tandis qu’ils montrent les plantes percées, le sang très abondamment répandu. 5. D’où cela de David accompli, Ils ont percé mes mains et mes pieds comme, ainsi que dans les passages précédents nous l’avons déclaré selon de nombreuses sentences des Pères, cette prophétie doit être expliquée des blessures, tant infligées aux mains qu’aux pieds, 6. au sujet desquelles, et aussi de la blessure au côté du Christ infligée par la lance, Zacharie aussi a prédit, Ils regarderont, dit-il, vers moi, qu’ils ont transpercé. Or ce témoignage de Zacharie, saint Jean Évangéliste l’a cité ; Ils verront, dit-il, lui tout œil, et ceux qui l’ont percé ; comme le Seigneur Thomas, Augustin, et Isidore interprètent, parmi lesquels Isidore : Des mains et des pieds, dit-il, il fut cloué, parce que les mains et les pieds ils ne percent, sinon celui qui est ainsi suspendu au bois.

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Mais ce clouage du Seigneur dans les pieds lui apporta une immense douleur, parce qu’il se faisait en une partie ainsi compacte de nerfs et pourvue de sens. Or cette très âpre douleur, le Sauveur lui-même la manifesta à sainte Brigitte, Je n’avais, dit-il, aucun autre soutien sinon les clous : toutes mes parties intérieures furent desséchées et contractées, mon cœur était plein de douleur, laquelle, parce qu’elle était de nature très récente et très vive, ainsi la douleur parfois sortait des nerfs vers le cœur, de nouveau du cœur vers les nerfs, et ainsi s’augmentait la douleur, et se prolongeait la mort. 8. Saint Bernard aussi, parlant de ces clous, disait qu’ils poussaient de grands cris lorsqu’on les voyait, et qu’ils infligeaient au Christ un immense tourment, Il crie, disait-il, ce clou, il crie la blessure, que dans le Christ soit Dieu, réconciliant le monde avec lui. 9. Mais puisque les deux pieds apparaissent distincts dans le saint Suaire et portent les blessures dans la petite pièce, de là il ne peut être clair pour personne si chacun séparément aurait été fixé par un clou : et de cette manière le Seigneur aurait été Crucifié avec quatre clous, ainsi qu’a semblé l’avoir pensé saint Cyprien, lorsqu’il a parlé ainsi des clous des pieds, Les clous perçant les pieds sacrés : et Grégoire de Tours aussi, et sainte Brigitte également ont confirmé la même chose, Par deux, disent-ils, clous les pieds sont transpercés au bois de la Croix. Cela aussi le très docte Cardinal Tolet, outre beaucoup d’autres plus récents, l’a estimé plus vraisemblable : car lui-même en a conclu quatre clous de ce qu’il y eut quatre soldats qui attachèrent le Christ à la Croix : et que ses vêtements furent partagés entre eux de telle sorte que, divisés en quatre, à chacun des soldats échut sa part : ce qu’a aussi noté Jansénius. Or cela peut être vraisemblablement persuadé, que cela ait plu à notre Seigneur d’user présentement de ce nombre quaternaire, comme mystique, ainsi que saint Paul contemple aussi le quaternaire situé dans la Croix, Afin que vous puissiez, dit-il, comprendre avec tous les Saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur. Ce passage en vérité, saint Augustin le rapporte en plusieurs lieux à la Croix : et non lui seul, mais saint Cyrille, Rupert et saint Anselme expliquent ce même passage ainsi : et Anselme l’expose particulièrement, affirmant que le Sauveur devait embrasser par la Croix l’univers entier divisé en quatre parties. Et c’est pourquoi Jansénius affirme que le vêtement quadriparti signifie les quatre parties du monde conduites à la foi par la Passion du Christ et par la Croix. Et Sedulius, très élégamment, dans ce même nombre quaternaire, contemple l’empire du monde entier acquis par la Croix : d’où aussi il a chanté, De là il réunit les quatre régions du monde carré. Mais à d’autres plaît davantage cette opinion selon laquelle il a été dit qu’il y eut seulement trois clous : comme saint Grégoire l’a estimé, car il dit, Reposé sur le bois à trois clous : saint Bonaventure aussi, Ceux-là trois, dit-il, les clous soutiennent le poids de tout le corps. Saint Anselme aussi, et Nonius,

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lorsqu’il dit qu’avec un grand et unique clou le petit dessus des deux pieds est transpercé, les pieds étant placés l’un sur l’autre et repliés. Mais parmi les plus récents, Sinonius et Tostatus observent que le Sauveur, les pieds fixés par un seul clou, 10. a ressenti un tourment plus violent : puisqu’il fallait que le clou fût plus grand : et le pied posé sur l’autre a été plus cruellement percé, puisqu’il a présenté une plaie plus large : et le clou a été plus épais dans la partie supérieure : comme en réalité dans le saint Suaire il apparaît que la blessure d’un pied est plus large que celle de l’autre : et que l’un des pieds est plus déchiré que l’autre, puisqu’il a peut-être été frappé par un coup plus lourd de marteau. Or cette opinion peut d’autant plus être approuvée que communément dans les représentations du Crucifié et dans toutes les images, le pied posé sur le pied et fixé par un clou est regardé. Toutefois, du Saint Suaire nous ne pouvons pas manifestement conclure si le Sauveur a été fixé à la Croix par trois ou par quatre clous. 11. Néanmoins, le pieux Lecteur pourra en ce lieu méditer avec lui-même combien de douleur le Christ a endurée dans ces pieds ainsi perforés, selon que conduit par l’Esprit Divin il aura perçu qu’une matière lui est fournie pour contempler notre Seigneur fixé à la Croix tantôt par trois, tantôt par quatre clous : et selon que, pendant qu’il médite, il se sera senti ému par le sens même, et qu’il aura reconnu que cela appartient à un plus grand salut de lui-même. 12. Au reste, un de ces clous, sainte Hélène, Mère de Constantin le Grand, le plaça dans le frein du cheval sur lequel son fils était porté, afin d’en avoir dans les combats un secours comme d’un protecteur : ainsi que nous le lisons dans l’Histoire Tripartite : et saint Ambroise l’atteste, et selon lui toute la troupe des historiens ecclésiastiques, comme Ruffin, Nicéphore, Sozomène et Théodoret. 13. Bien plus, à ce même clou placé dans le frein du cheval de Constantin, beaucoup rapportent cette prophétie de Zacharie, En ce jour-là, dit-il, ce qui est sur le frein sera saint au Seigneur. Ainsi l’Histoire Tripartite rapporte, où au sujet de sainte Hélène elle écrit, Elle permit, dit-il, que des clous fussent mis au frein du cheval, et conduisant la monture de l’Empereur et accomplissant l’antique prophétie, Car autrefois le prophète Zacharie avait proclamé en disant, Ce qui sera sur le frein sera saint au Seigneur tout-puissant. Saint Ambroise aussi, écrivant au sujet de Constantin le Grand, dit, Par les clous, aux temps, fut accomplie cette parole prophétique, en ce jour-là sera ce qui est sur le frein, saint à Dieu tout-puissant. Ce qu’il explique avoir alors été accompli lorsque sainte Hélène plaça le clou dans le frein de Constantin. Grégoire de Tours aussi, parlant de ces mêmes clous par lesquels le Christ fut fixé à la Croix, dit, Au sujet desquels il n’est pas ignoré que Zacharie a prophétisé, disant, ce qui est mis dans la bouche du cheval, Saint au Seigneur. Ce que les historiens cités un peu plus haut, Théodoret, Sozomène et Nicéphore attestent aussi. Or cette interprétation, saint Jérôme l’appelle certes pieuse : mais il ne lui accorde pas beaucoup.

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il lui accorde foi, et laisse à un lecteur prudent le soin d’en juger. Saint Cyrille de plus, confirmant la même chose, Il n’est pas incroyable, dit-il, que quelqu’un ait dit, et il n’est pas étranger à la convenance de se souvenir que Dieu, par une prédiction prophétique, ait honoré un Empereur très pieux. Enfin François Ribera loue cette opinion comme pieuse et convenable. 14. Mais de quelle douleur la Très Bienheureuse Vierge notre Dame était transpercée, lorsqu’ayant embrassé dans son sein son très cher Fils, elle voyait les pieds si cruellement percés, et déchirés par la crucifixion, et ensanglantés au point qu’ils semblaient avoir perdu leur forme. Le Lecteur dévot pourra certes méditer par lui-même, lorsqu’il se la représentera devant les yeux, et qu’il dira. Hélas très chaste Mère, combien par ces très âpres et perpétuelles douleurs, lorsque tu as contemplé les ouvertures de ces blessures : alors en effet ces deux clous ont aussi transpercé ton cœur. 15. De là, fixant son regard sur elle, il la contemple ébranlée d’un tremblement vengeur et poussée par l’amour maternel à s’attacher à baiser l’une et l’autre blessure, demeurant tout à fait immobile et frappée d’une très grave douleur. Enfin, en contemplant ces blessures sacrées et en plaignant la très affligée Vierge, il pourra facilement baiser le saint Suaire et méditer l’immense amour du Rédempteur envers nous et les cruels tourments de la très immaculée Mère.

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Du Frère
Daniel Mallonius
Élucidations
sur les Pieds du Christ.

Chapitre XIX

En descendant vers les pieds par la partie antérieure du saint Suaire, se termine la pieuse traité qui, révélée par des choses divines, s’achève dans la contemplation des pieds du Christ. Car tel était l’ordre proposé par l’auteur pieux, telle l’exigence de la méthode : afin qu’après que toutes les autres parties du corps eussent été considérées minutieusement, tout le traité consistât dans la contemplation des pieds du Christ, seule la plaie du côté demeurant à expliquer. Le Maître des Sentences aussi, siégeant sur son trône dans toute sa théologie, termina par les pieds. Ces pieds sont pour Madeleine si aimables et délicats, que partout où il est lu qu’elle fut avec le Christ, toujours la place de Madeleine fut auprès des pieds du Christ. Au banquet du Prince des Pharisiens, Marie se tient derrière aux pieds du Christ, les arrose de larmes, les essuie de ses cheveux, les baise, les embrasse : si dans la maison de Madeleine et de Marthe le Christ parle, Marie, assise auprès des pieds du Seigneur, écoute sa parole : si le Christ s’approche pour ressusciter Lazare, Madeleine accourt et se prosterne aux pieds de Jésus, disant, Seigneur, si tu avais été ici, Si le Christ est Crucifié : Madeleine se tient avec Marie Mère du Christ aux pieds de Jésus : si le Christ est ressuscité des morts, Marie Madeleine accourt, et les autres s’en allant elle ne s’en va pas, elle demeure, elle attend, affligée, et enfin la première elle mérite les joies, laquelle plus

brûlait que les autres, lorsqu’elle reconnut le Christ, aussitôt elle se prosterne aux pieds de Jésus. Ce sont ces beaux pieds annonçant la paix, annonçant les biens. Ces pieds, le traité qui, révélée par des choses divines dans la prière de la Bienheureuse Brigitte, ordonne qu’ils soient ainsi adorés, Dieu, mon Seigneur Jésus Christ, bon Maître, qu’il soit béni que je sois permis d’adorer tes très bienheureux pieds : parce qu’avec grande douleur tu as marché dans ce monde pieds déchaussés par une voie plus âpre que les autres. Ainsi il est lu dans la prière révélée de sainte Brigitte. Ô admirable humilité du Christ ! Ô incomparable anéantissement ! Où t’a entraîné, bon Jésus, ton humilité ? Où t’a abaissé pour nous la forme de serviteur assumée ? même par des pieds nus tu as opéré notre salut, et avec des pieds déchaussés tu cherchais ceux que tu sauverais, Mais j’entends plusieurs protester et dire que le Christ n’a pas marché pieds nus, mais chaussé, ou du moins muni de sandales : c’est pourquoi entre les Docteurs la controverse est débattue dans les termes.

Si le Christ a marché pieds nus.

Sur ce point il y a entre les Docteurs deux opinions divergentes. La première est de ceux qui disent que le Christ a vécu chaussé de chaussures, ou de sandales, ou de semelles. Suarez, troisième partie, tome 2, dispute 8, section 3. Le Cardinal Tolet, annotation 65 sur le chapitre 1 de Jean. Paul de Burgos dans les additions au chapitre 1 de Marc contre Nicolas de Lyre. Thomas Trugillus dans

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.Avent, qui dit que c’est de l’excellence commune. Il semble aussi que telle ait été l’opinion de saint Augustin, sermon 4 des Saints, qui dit, Si le Christ a vécu une vie très austère, cependant s’il n’avait pas été chaussé, Jean n’aurait pas dit de lui, Je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. Or ils s’efforcent de prouver cette opinion par ces arguments. Premièrement, parce que le Christ notre Sauveur vivait une vie commune et usait d’une nourriture et d’un vêtement communs, mais l’usage commun était que les hommes en Palestine en ce temps-là marchassent chaussés, ce qui se conclut clairement du chap. 20 d’Isaïe, car Dieu ordonna à Isaïe de marcher pieds nus afin que par la nouveauté de la chose il inspirât de la crainte à ces nations. Deuxièmement, parce que Matth. 3, Luc 3, Jean 3, Jean dit qu’il n’est pas digne de délier la courroie de la chaussure du Christ, donc on conclut que le Christ portait des chaussures. Mais puisque les Docteurs de l’opinion opposée ont coutume d’appliquer deux explications de ce passage, pour ne pas parler des interprétations mystiques : l’une, que Jean n’avait pas encore vu le Christ, comme lui-même le dit ouvertement Jean 1, Je ne le connaissais pas, et ainsi pensant que le Christ portait des chaussures il dit, Je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. L’autre, que cela ait été dit à la manière d’un proverbe, car nous avons coutume, pour signifier l’excellence de quelqu’un et notre propre bassesse, de dire que nous ne sommes pas dignes de porter ses chaussures ou d’en délier les courroies. À ces deux réponses ils répliquent avec finesse de telle sorte que leur opinion soit davantage fortifiée. À la première en effet ils répondent que si cette solution est examinée avec soin, elle ne semble contenir rien d’autre qu’une modestie de langage, mais autrement elle signifie la même chose que si l’on disait que Jean s’est trompé, ce qui ne doit pas être dit. À la seconde ils répondent qu’on conclut donc faussement de ce proverbe commun que c’était la coutume commune de tous de porter des chaussures : le Christ donc, qui a vécu une vie commune, a porté des chaussures comme les autres. Certes, parce que Jean Baptiste, qui a vécu une vie très austère, a néanmoins porté des chaussures, ce que l’on peut conclure probablement de ce que l’Évangéliste, décrivant son vêtement très austère et son genre de vie, n’a pas passé sous silence qu’il aurait marché pieds nus. Donc à plus forte raison le Christ. Quatrièmement, parce qu’il enseigne que ce fondement est faible, duquel les Docteurs de l’opinion opposée infèrent que le Christ n’a pas porté de chaussures, parce que Jésus commença à faire et à enseigner, d’abord à faire, ensuite à enseigner, or il ordonna aux Apôtres de marcher sans chaussures, donc lui aussi marchait sans chaussures : car ce passage de Matth. 10 peut être expliqué en ce qu’il aurait interdit seulement les chaussures doubles, c’est-à-dire de rechange, comme il a aussi interdit seulement les tuniques de rechange, lorsqu’il interdit les tuniques doubles. Cinquièmement, parce que les Apôtres portaient des chaussures, donc aussi le Christ. L’antécédent est prouvé par Act. 12, où en effet nous lisons, chausse tes sandales, en grec il est lu περιζῶσαι τὰ ὑποδήματά σου, ce qui signifie, ceins et attache tes sandales, or les sandales sont un genre de chaussure à la manière d’une semelle, dont autrefois usaient les Romains et les Grecs, d’où aussi les hommes étaient appelés soleati, qui usaient de semelles, lesquelles couvraient seulement la partie inférieure du pied, c’est-à-dire placées sous la plante, elles préservaient le pied des piqûres des cailloux, et qui au-dessus étaient liées par une courroie ou une boucle, desquelles il apparaît que les Apôtres ont usé, même du fait que maintenant encore sont communément appelées chaussures apostoliques semblables à ces sandales, dont maintenant sont appelés les très religieux Pères Capucins, lesquels, puisqu’ils imitent la vie du Christ, et la pauvreté, et la perfection de la vie apostolique chez les autres, surtout avec l’éclat des vertus, imitent ces sandales.

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Dans l’Église d’Orvieto on dit que sont conservées parmi les Reliques les Sandales de saint Pierre, d’autres disent que ce sont celles de saint André Apôtre. Sixièmement, s’ajoute ce mystère que l’Apôtre reconnaît dans les pieds chaussés, disant, Les pieds chaussés pour la préparation de l’Évangile de paix. Ainsi sont joliment dits les pieds de l’Épouse dans les chaussures, dont saint Grégoire explique les mystères tant dans les Cantiques que dans ce passage, Je ne suis pas digne de délier la chaussure. Surtout dans les Sandales d’autres reconnaissent le mystère de l’Incarnation. C’est pourquoi à ceux qui devaient manger l’agneau, Dieu ordonna qu’ils eussent des chaussures aux pieds, Exode chap. 12. Quoique donc il soit probable que le Christ parfois n’ait pas marché pied nu, il est cependant beaucoup plus probable que le Christ ait souvent marché sans chaussures, pied nu. Car je ne soutiens pas que le Christ n’ait jamais usé de chaussures, jamais de sandales ou de semelles, je soutiens cependant que le Christ a fréquemment marché pied nu et foulé la terre de pieds nus, ce que des auteurs très graves ont aussi transmis. Alphonse Tostatus, question 68 sur le chap. 3 de Matthieu. Lyranus sur le chap. 1 de Marc, et Jean Cornelius Jansenius sur le chap. 16 de la Concorde Évangélique. Didacus Stella sur le chap. 3 de Luc. Matthias Toringius dans les répliques contre Burgensis, sur le chap. 1 de Marc, saint Bonaventure tome premier des opuscules. Premièrement par l’autorité de saint Jérôme dans l’épître sur la garde de la Virginité, qui est la 22 à Eustochium, où il dit, Moïse et Josué sont ordonnés de marcher pieds nus sur la terre sainte, et les disciples sont envoyés à la prédication du nouvel Évangile sans le fardeau des chaussures et le lien des peaux, et les soldats ayant partagé les vêtements de Jésus par le sort, n’eurent pas de bottines qu’ils pussent enlever, car le Seigneur ne pouvait avoir ce qu’il avait interdit aux serviteurs. Et au chap. second d’Amos, il dit que les Apôtres sont ordonnés de marcher pieds nus.

Deuxièmement, parce que le Christ envoyant ses disciples prêcher, leur recommande d’être contents d’une seule tunique et de ne pas porter de chaussures. Luc 10. Matth. 19. Or le Christ commença d’abord à faire, ensuite à enseigner ; afin que par cette raison il prêchât plus efficacement par la parole et par l’exemple, donc lui aussi ne portait pas toujours des chaussures. Je sais que la réponse est prête, que j’ai apportée dans le quatrième argument pour l’opinion contraire, mais cependant bien que je ne traite pas ici de cela afin de montrer que le Christ et les Apôtres n’ont jamais usé de chaussures, car j’admets volontiers qu’ils ont parfois usé de chaussures ; néanmoins je puis tout à fait montrer comme certain que le Christ et les Apôtres ont parfois marché pieds nus. Chrysostome, au même endroit, dit, Les Apôtres sans chaussures, contents d’une seule tunique, tourmentaient le soldat et vainquaient. Et en son temps il louait plus les pieds nus que les chaussures, Tertullien dans le livre du Pallium, Les pieds, dit-il, sont plus utiles que dans les chaussures. Clément d’Alexandrie livre 2 du Pédagogue chap. 11, À l’homme, dit-il, il convient bien d’avoir les pieds nus plutôt que semblablement chaussés. Car être chaussé n’a pas peu d’affinité avec le fait d’être lié. Le meilleur genre d’exercice est d’user de pieds nus tant pour la santé que pour la facilité du mouvement, lorsque la nécessité ne l’interdit pas. Mais si cela ne peut se faire et que nous ne puissions marcher pieds nus, il faut user de semelles. Les Chrétiens comprenaient déjà alors qu’il était vraisemblable ce que plus tard Jérôme écrivit à Eustochium dans sa Règle, que Jésus nu cherche des amis et des époux nus. C’est pourquoi, ayant rejeté le vêtement, contents même de pieds nus ils marchaient ; ce qui fit que pour cette raison les Chrétiens furent tournés en dérision par les Gentils. C’est pourquoi Lucien dans le Philopate, décrivant ainsi par un discours un Chrétien, disait, un manteau noir, sans chaussures, et un signe de tête de chevelure inculte. Troisièmement, on a coutume de prouver que lorsque aux pieds du Christ étant à table Marie- Madeleine arrosait de larmes,

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essuyait de ses cheveux, baisait, il n’est cependant pas lu qu’elle ait retiré les chaussures des pieds du Christ, bien que tous les Évangélistes semblent avoir décrit avec soin et minutie toutes les actions de Madeleine. Je sais quelle parure de vertu on a coutume d’apporter en réponse à cet argument, à savoir que le Christ, selon la coutume des Juifs, était étendu à table, et que donc avant de s’étendre sur le lit il aurait ôté ses chaussures, puisque les Juifs avaient coutume de se laver les pieds durant le jour avant de s’étendre à table. De même que les Romains plus riches avaient coutume, comme l’enseigne avec érudition Jérôme Mercurialis livre 1 de la Gymnastique chap. 11, et aussi d’après Térence, Plaute et d’antiques pierres de marbre, non seulement de se laver les pieds avant le repas, mais même tout le corps, et avant de s’étendre à table de déposer leurs socques et leurs semelles. Moi donc, bien que je puisse très bien démontrer que le Christ alors ne s’est pas lavé les pieds avant le repas, d’après Luc 7, Tu ne m’as pas donné d’eau pour mes pieds : j’avoue cependant que par cet argument on ne peut pas prouver sans doute que le Christ ait marché pieds nus, c’est pourquoi j’apporte des arguments plus forts. Quatrièmement je retourne l’argument qui était allégué en sixième lieu pour la partie contraire : car dans les pieds nus, les Pères reconnaissent communément un mystère, lorsque Dieu dit à Moïse Exode 3, Ôte les chaussures de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. Bernard, homélie sur le Signe grand, dit, Ôte les chaussures de tes pieds, c’est-à-dire dépose l’enveloppe des pensées charnelles. C’est pourquoi lorsque Dieu prescrivait avec le plus grand soin les vêtements du Souverain Pontife Aaron, il ne prescrivit pas cependant des chaussures pour les pieds : c’est pourquoi certains font Aaron pieds nus. David aussi fuyait pieds nus devant Absalon, et Josué entra pieds nus dans la terre promise. Dans les pieds nus Clément d’Alexandrie reconnaît la simplicité de la conduite, Tertullien la virilité, Bernard la pureté de l’esprit, Origène hom. 2 sur l’Exode et Rupert Abbé sur le chap. 22 des Nombres la dépouille de la gentilité, Denys l’Aréopagite livre sur la Hiérarchie céleste chap. 15 la pureté et la ressemblance de la simplicité divine. Le Christ donc, qui possédait tous les ornements des vertus, sera probablement cru avoir marché pieds nus. Mais j’ajoute cette seule chose, qui est un argument très fort et très puissant. Cinquièmement, parce que le Christ notre Sauveur, pour instruire son Église, a voulu nous laisser des monuments manifestes et éprouvés de son humilité et de sa pauvreté : et c’est pourquoi voulant vivre dans la mémoire, il a voulu très souvent que dans les lieux de son corps où il accomplissait quelque œuvre remarquable, fussent imprimées des traces, lesquelles sont vues encore de notre temps par ceux qui, pour cause de piété, visitent la Terre Sainte et les lieux consacrés du Christ. En premier lieu, les traces des pieds du Christ imprimées pieds nus dans les pierres sont vues en plusieurs lieux. En premier lieu Borchard dans la description de la Terre Sainte 1re partie chap. 6 § 8 rapporte dans la ville de Nazareth au tournant du sommet de la colline, d’où les impies habitants de Nazareth avaient décidé de précipiter le Christ, que le lieu est encore vu où le Christ, passant au milieu d’eux, se cacha, la roche se resserrant et se préparant en elle-même un refuge pour son Artisan, dans lequel sont vues les plis des vêtements du Christ et les traces des pieds du Christ imprimées. Sur le mont des Oliviers, où le Christ pria le Père afin que le calice s’éloignât de lui, et étant en agonie il sue du sang, sont encore vues imprimées dans la pierre les traces nues des mains, des genoux et des pieds du Christ, au point que les traces exactes des doigts des pieds du Christ sont aussi visibles : ainsi Jorchard dans la description de la Terre Sainte 1re partie chap. 7 § 46. Près de ce lieu un autre rocher est montré, dans lequel les extrémités des doigts des mains et des pieds du Christ, ainsi que les genoux, sont vues sculptées dans le marbre, en ce lieu où le Christ par les soldats…

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rapportent qu’il fut saisi et jeté à terre ; ainsi Borchard au lieu cité. Et il est merveilleux que de cette pierre rien ne puisse être enlevé, même par des instruments de fer. Dans la ville de Tyr une grande pierre est conservée en très grande vénération, témoigne le même Borchard dans la 1re partie de la description de la Terre Sainte chap. 2 § 5, d’où le Christ adressait des discours au peuple, et là où le Christ posa ses pieds, jamais la poussière ne peut s’y déposer. Sur le rivage de la mer de Galilée, les traces des pieds nus du Christ reçues dans le marbre sont encore vues ; lorsque le Christ apparut aux disciples, et leur dit, Habens hic palmesas. Lorsque le Christ allait monter au ciel, au lieu d’où il monta, il imprima dans la pierre les traces de ses pieds. D’où il apparaît que le Christ monta au ciel le visage tourné vers l’Occident : ainsi Borchard 1re partie chap. 7 et 46. Et Christian Adrichomius dans la description de Jérusalem n. 192. À Rome aussi hors de la porte qui anciennement était appelée porte Capène, maintenant appelée porte Saint Sébastien, dans le lieu communément appelé Domine quo vadis, le Christ se présentant à Pierre qui fuyait de la ville, grava dans une pierre de marbre où il apparut les traces de ses pieds ; or cette pierre portant les plantes des pieds du Christ est conservée parmi les Reliques de l’Église Saint Sébastien, laquelle moi, quoique indigne, j’ai vue, étant témoin oculaire disant : Nous adorerons dans le lieu où se tinrent ses pieds. Et que personne ne m’objecte que lorsque le Christ apparut à Pierre fuyant, ou aux autres disciples travaillant sur la mer, ou monta au ciel du sommet des Oliviers, il était déjà ressuscité des morts et portait un corps glorieux ; donc rien d’étonnant s’il marchait sans chaussures. Mais à ces faibles raisons j’oppose des raisons solides ; d’abord en effet il est probable que le Christ après la résurrection apparut dans la forme et l’habit des vêtements qu’il portait aussi avant la mort ; tant pour être reconnu par les disciples que pour montrer la vérité de sa résurrection, surtout lorsqu’il monta au ciel. Car il voulut d’abord manger avec les disciples afin de leur montrer qu’il montait au ciel celui qu’ils avaient eu pour Maître avant la mort. C’est pourquoi s’il voulut être vu pieds nus, il marchait aussi auparavant pieds nus. Ensuite, du moins de ces faits on peut sûrement inférer que du moins après la résurrection le Christ marchait pieds nus. Enfin que dirons-nous des traces montrant les plantes nues du Christ, lesquelles sont montrées comme ayant été imprimées dans les pierres alors que le Christ vivait avant la passion ? Ne convainquent-elles pas ouvertement que le Christ au moins parfois marchait pieds nus. Ô admirable humilité du Christ, ô ineffable abaissement assumé pour notre cause, que le suprême Roi de gloire foulât la terre de pieds nus, et que par tant de labeur et de douleur opérant notre salut, il cherchât les brebis perdues qu’il rassemblerait dans l’enclos de la gloire céleste. Disons donc ce que Dieu nous a enseigné en Brigitte, Seigneur mon Jésus Christ bon Maître, qu’il soit béni que je sois permis d’adorer tes très bienheureux pieds ; parce qu’avec grande douleur tu as marché pieds déchaussés par une voie plus âpre que celle que tu as enseignée aux autres dans ce monde. Quant aux arguments qui étaient apportés pour l’opinion contraire, il n’est pas difficile d’y répondre : car bien que le Christ ait mené une vie commune, cependant d’après ce qui a été dit il est établi que beaucoup alors avaient coutume de marcher pieds nus. Or ce passage d’Isaïe 20 n’est pas fidèlement rapporté par ces auteurs : car Dieu n’ordonna pas seulement d’ôter les chaussures de ses pieds, mais aussi de délier son vêtement sacré de ses reins. Or ce que signifie délier le vêtement des reins, les paroles suivantes l’expliquent, Et il fit ainsi, allant déchaussé et nu, afin d’être un signe que par les Assyriens ainsi serait changée la captivité de l’Égypte et le passage de l’Éthiopie, le jeune homme et le vieillard nus et déchaussés, les fesses découvertes pour la honte de l’Égypte. Quoi donc d’étonnant si nu…

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si marchant nu il inspirait une crainte semblable à un prodige. Au second on peut répondre, premièrement, selon l’explication commune, que cela a été dit à la manière d’un proverbe ; deuxièmement, que le Christ a parfois porté des chaussures. Au troisième je réponds que quoi qu’on dise de Jean, il est certain d’après ce qui a été dit que le Christ a souvent marché pieds nus. Au quatrième je réponds que saint Jérôme a tiré cette conséquence que le Christ n’a pas porté de chaussures, parce qu’il les a interdites aux disciples ; laquelle conséquence, bien qu’elle ne soit pas démonstrative, est néanmoins probable, parce que le Christ a commencé à faire et à enseigner. Au cinquième je réponds qu’il est croyable que les Apôtres aient parfois porté des chaussures, bien qu’ils aient parfois marché pieds nus. Au dernier je réponds qu’il ressort suffisamment du quatrième argument en faveur de notre opinion que ce passage est mystique, si le Christ a marché pieds nus. Ces choses ainsi expliquées, que notre discours tende à la considération des pieds fixés à la Croix, car s’approcher de la considération de ces pieds n’est pas descendre, et si le discours descend, que l’affection monte. 2. Apparaissent les pieds détachés de la Croix, etc. Ici sera un lieu pour la pieuse méditation, si nous contemplons de quelle manière les clous ont été retirés des pieds. Écoutons donc le mode de la très sainte Mère de Dieu, qui parle ainsi à sainte Brigitte livre 2 chap. 21. Pense comment ils le déposaient de la Croix. Deux qui le déposaient de la Croix appliquaient trois échelles ; l’une était tendue vers les pieds, la seconde vers les aisselles et les bras ; la troisième vers le milieu de son corps. Le premier monta et le tenait par le milieu. Le second, montant par une autre échelle, retira d’abord un clou d’un bras ; ensuite l’échelle ayant été appliquée, il retira le clou de l’autre main ; celui qui soutenait le poids du corps descendant donc un peu et légèrement, autant qu’il pouvait, l’autre monta l’échelle qui était tendue vers les pieds, et retira les clous des pieds ; or les clous s’étendaient bien au-delà du bois de la Croix. Voilà ce que dit la Bienheureuse Vierge. De si grande longueur des clous, puisqu’ils s’étendaient non seulement à travers les seuls pieds et non seulement le dur bois de la Croix, mais bien au-delà du bois de la Croix, on pourra reconnaître quelle fut la cruauté de ceux qui, portant des coups si violents en frappant, ne se recourbaient pas par la pointe retournée, mais perçaient solidement le bois solide. 3. Enveloppé dans le même Suaire, etc. Cela aussi est prouvé très véritablement par cette raison, écoutons de nouveau la Bienheureuse Vierge instruisant ainsi sainte Brigitte livre 2 des Révélations chap. 21. Lorsque le Christ fut déposé de la Croix et qu’il descendait à terre avec les clous, l’un d’eux tenait le corps par la tête, l’autre par les pieds ; moi, qui étais la Mère, je le tenais par le milieu, et ainsi nous trois nous le portâmes vers une certaine pierre, qui était proche du tombeau couvert par moi, dans laquelle nous enveloppâmes le corps ; mais non seulement dans le linceul, mais aussi lui-même assurément, afin qu’il ne se corrompît pas dans le tombeau. 4. Qui aux pieds seuls présentent deux blessures insignes, etc. La grandeur lamentable des plaies dans les pieds du Christ, tant celles que nous avons expliquées au chap. 16 lorsque nous traitions de la perforation des mains, que celles dites plus haut sur la longueur et l’épaisseur des clous, et bien plus encore les traces mêmes des blessures imprimées dans le saint Suaire le déclarent : car telle est la plaie faite par un fer enfoncé, tel est le fer enfoncé lui-même, et la sainte Sindon n’a reçu l’effigie des plaies d’ailleurs que des blessures elles-mêmes. Les blessures donc très larges telles que plus bas, où nous donnons le schéma des pieds de notre Sauveur le Christ et des blessures, le pieux lecteur pourra les voir. Les blessures très grandes des clous que le Christ reçut pour nous lorsqu’il fut fixé à la Croix, nous les avons vues ; pourquoi donc voyons-nous qu’il a voulu laisser des traces si manifestes de ces blessures, qui dans les mains, les pieds, le côté et tout le corps ont laissé des vestiges dans la très sainte Sindon.

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par des causes multiples en effet, pourquoi le Christ a voulu laisser pour nous les traces de ses blessures reçues, j’estime que la principale est que la vérité de sa Passion assumée pour nous nous soit indiquée. Car il prévoyait qu’il y aurait certains qui en viendraient à une telle perversité et témérité qu’ils oseraient nier que le Christ ait été véritablement mis en Croix et véritablement mort : telle audace fut celle du très dépravé Simon, je veux dire Simon le Mage, car il débitait que le Christ, très expert dans l’art magique, ne s’était pas laissé crucifier, mais qu’avec un corps fantomatique il avait imprimé sa figure qui fut mise en Croix, tandis que lui-même s’était habilement échappé des mains des ennemis. Infecté par la peste de cette erreur, Cérinthe forgeait un autre très mauvais dogme, disant que Jésus avait bien été crucifié, mais que le Christ n’avait pas été crucifié ; que celui-là était mort, celui-ci non mort ; que celui-là n’était pas ressuscité, celui-ci était demeuré perpétuellement immortel. Que dirai-je encore de ce très perdu premier-né de Lucifer, Mahomet, qui n’a pas craint d’affirmer témérairement que non le Christ, mais Simon de Cyrène avait été crucifié ? Et nous savons que les impies Manichéens ont affirmé que le Christ n’avait pas assumé un corps vrai, réel, charnel, mais seulement un corps fantomatique. Pour réfuter ces erreurs de Simon le Mage, et de Cérinthe, et de ceux de la même farine, Jean l’Évangéliste a écrit beaucoup dans la sainte Apocalypse, beaucoup dans l’Évangile, beaucoup aussi dans ses épîtres. Pour cette raison Ignace, établi sur le siège d’Antioche par l’Apôtre Pierre, inculque souvent et très souvent dans ses épîtres aux Tralliens, aux Trallenses et aux Smyrniotes, qu’ils tiennent fermement que le Christ est véritablement né, véritablement a souffert, véritablement crucifié, véritablement mort, véritablement ressuscité. L’audace très insolente de ces très perdus hérétiques est réfutée par ces marques si évidentes des grands clous ;

D’où cela de David accompli, etc. Ce passage nous l’avons expliqué si abondamment et en détail au chap. 16 qu’il y a ici peu à ajouter : car nous y avons montré quels furent ceux qui percèrent les mains du Christ, c’est-à-dire les creusèrent par d’autres fosses, nous avons montré que ceux-ci furent des veaux et des taureaux gras, comme des lions rugissants et ravissants, et aussi des chiens : par les veaux il faut entendre le peuple juif, par les taureaux gras les princes des prêtres, par les chiens les Gentils ; et nous avons confirmé cette opinion par les autorités des saints Pères. Si quelqu’un en veut davantage, qu’il consulte ce passage au chap. 16. De ces pieds aussi transpercés par des clous on pourra entendre Job 19 et 33, Ils ont mis dans le nerf mes pieds. Car le nerf signifie ici un certain genre de lien par lequel les pieds sont serrés et liés. Marc Marinus note dans son arca que pour nerf il y a en hébreu גיד, lequel ne se lit en aucun autre lieu sinon en Job, parce qu’il faut l’entendre de ce genre de lien par lequel les pieds sont resserrés ; bien que je sache que ce passage est expliqué par d’autres de sorte qu’ils entendent par nerf la Loi. 6. Au sujet desquels, et aussi de la blessure au côté du Christ, etc. Ce passage de Zacharie est très remarquable, c’est pourquoi il doit être examiné avec soin par nous. Il y a cependant trois autres passages très semblables à celui-ci. Le premier est de Jean dans l’Apocalypse chap. 1 où il dit, Voici qu’il vient dans les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé. Et dans l’Évangile chap. 19, Encore une autre Écriture dit, Ils verront celui qu’ils ont transpercé. Et puisque toutes ces choses doivent être entendues du dernier avènement du Christ pour juger, dont Matth. 25 dit, Quand le Fils de l’homme viendra dans le siège de sa Majesté, etc., c’est pourquoi toutes ces choses devront être ici expliquées ainsi avec ordre, que premièrement nous voyions ce qu’est cette Majesté du Christ, quelle gloire. Secondement, comment tout œil le verra.

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Troisièmement comment doit être expliquée cette parole, Ils verront celui qu’ils ont transpercé. En ce qui concerne donc le premier point. Il faut d’abord établir qu’il n’y a aucun intellect si perspicace, aucune acuité d’esprit si aiguë, qui puisse concevoir l’immense Majesté du Christ, aucune langue douée d’une telle éloquence qui puisse l’exprimer : car l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendu, ni le cœur de l’homme imaginé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment ; combien moins ce qu’il a préparé pour son Fils unique ? Car si l’âme glorifiée a une telle excellence qu’aucune acuité d’esprit ne puisse la saisir, combien moins pourra-t-on contempler la gloire et la Majesté du Christ ? Et si sur le très haut mont Thabor, lorsqu’il exprimait même le moindre éclat de sa Majesté, à savoir seulement la clarté, cependant sa Majesté les saisit d’une telle immensité que Pierre, Jacques et Jean, frappés, tombèrent à terre privés de toute force ; quelle sera la Majesté de l’âme du Christ, lorsque non seulement les dons de l’âme rejailliront sur le corps, mais que la lumière même inaccessible de la Divinité amplifie la Majesté du Christ ? Car si, alors qu’il vivait encore avec nous, un certain éclat de la Divinité resplendissait dans le visage du Christ, Jérôme sur Matth. 24, Un rayon immense resplendissait dans le visage du Christ terrifiant les nations. Et au chap. 9 de Matthieu il dit, Dont l’éclat même et la Majesté cachée de la Divinité, qui était dans le visage humain, resplendissait. Et la Bienheureuse Vierge auprès de sainte Brigitte livre 6 des Révélations chap. 58 dit qu’elle a souvent vu ses rayons. Voici les paroles, Mon Fils cachait ainsi la puissance de sa Divinité que à peine de moi, et même de Joseph, elle pouvait être connue : car nous avons vu une lumière admirable l’envelopper souvent, et nous avons entendu des voix angéliques chantant au-dessus de lui. Quelle sera donc la Majesté resplendissant dans le Christ lorsqu’il viendra pour juger ? L’aspect de l’Ange au Christ ressuscité était comme l’éclair. Quel sera l’aspect du Fils de Dieu ? Comme l’éclair sera depuis l’Orient etc. Sa Majesté sera attestée par la terreur, par laquelle toutes choses seront ébranlées, Le feu marchera devant lui et embrasera autour de lui ses ennemis. Sa Majesté sera attestée par la multitude des ministres et des courtisans, Et tous ses Anges par milliers de milliers, etc. Et si un seul Ange parlant à Daniel, à Ézéchiel, à Jean, à cause de l’immense splendeur les a tellement terrifiés qu’ils tombèrent à terre et perdirent toute force, que feront tant d’Anges ? Son immense Majesté sera aussi attestée par l’autorité de juger publiquement et par une sentence irrévocable contre laquelle aucun appel ne pourra être donné. Parmi ses principaux ornements seront les plaies, les blessures, les cicatrices qu’il a portées pour les hommes de la part des hommes. Ainsi saint Jean Chrysostome homélie 7 sur Matthieu et homélie 4 sur la Croix et le Larron. Augustin livre 2 sur le Symbole chap. 8. Bède sur le dernier chapitre de Luc. Cette même Majesté sera amplifiée par l’innocence et l’intégrité du Juge. Enfin elle sera merveilleusement amplifiée par l’éminence et la sublimité du siège ; sur le siège de sa Majesté. Car si la gloire de Salomon était tant recommandée par la magnificence et l’ampleur du trône. Si aussi pour le roi Assuérus siégeant sur le trône de sa gloire l’éminence du trône ornait tellement sa Majesté que la reine Esther, saisie de terreur au seul regard du roi, tomba à terre, et que le roi la consola en disant, Ne crains pas Seigneur, je suis ta servante ; et mon cœur fut réconforté de la crainte de la gloire ; car tu es très admirable Seigneur, et ton visage est plein de grâces. Que fera l’ampleur, la Majesté, la magnificence, la sublimité du siège du trône du Christ autour duquel l’arc-en-ciel rayonnera, et le siège lui-même sera vu resplendissant d’or et de topaze ? De plus son siège sera des nuées de gloire. Cœlius Pannonius contemple avec finesse ces nuées au chap. 1 de l’Apocalypse sur ces paroles, Il viendra dans les nuées du ciel. À ce sujet Tostatus en dit beaucoup au chap. 25 de Matthieu question 299. Quels…

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ces nuées seront alors, non certes telles que nous voyons souvent maintenant ruisselantes de pluies, rafraîchissant la terre, mais des nuées tempétueuses en bas, paisibles en haut. De cette manière elles suivront le Christ, et les Anges, et tous les Saints qui viendront avec lui pour juger, resplendissants et lumineux comme l’étoile du matin brillante au milieu des nuées de gloire. En dessous elles seront non seulement tempétueuses, mais aussi enflammées. Lorsque Dieu descendit pour donner la Loi à Moïse et manifesta quelque apparence de sa magnificence, alors le peuple entendant les voix, voyant les lampes, le son de la trompette et la montagne fumante, épouvanté et confondu par la crainte, criait, Parle-nous toi Moïse. Que le Seigneur ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions. Quelle sera la terreur, quel tremblement, les hommes dépériront de crainte et d’attente des choses qui surviendront au monde entier. Ils fuiront dans les cavernes de la terre et dans les fentes des rochers devant la face redoutable du Seigneur, lorsque le Seigneur se lèvera pour frapper la terre. Et chap. 2, Ils diront aux montagnes, tombez sur nous, et aux collines, couvrez-nous. Ils chercheront la mort, et la mort fuira loin d’eux. Ils seront rendus plus terrifiés d’une terreur horrible. Il faudra que tous se tiennent au Tribunal du Christ, afin que chacun rende compte selon ce qu’il a fait dans sa vie, soit bon soit mauvais. De leur plein gré chacun des extrémités et des régions de la terre affluera vers la vallée de Josaphat, Là où sera le corps là se rassembleront aussi les aigles. Et au sujet de la magnificence et de l’ampleur du siège, que ces choses dites selon la faiblesse de notre esprit suffisent. Quant au second point, comment et de quelle manière tout œil le verra. Car l’œil est multiple, l’un externe du corps ; l’autre interne, qui est en nous selon la fantaisie de l’imagination, selon lequel aussi en rêvant nous voyons beaucoup de choses ; un autre est l’œil de l’esprit. Or par cet œil nous voyons davantage, selon la lumière diverse dont cet œil aura été informé. Car si cet œil a été informé par la seule lumière naturelle, nous voyons seulement les choses naturelles ; s’il a été imprégné de la lumière de la foi, nous voyons aussi les choses célestes sous l’énigme ; s’il a été inondé de la lumière de la gloire, nous voyons aussi Dieu lui-même et sa substance clairement et ouvertement. Outre les yeux humains, il y a l’œil de Dieu, des Anges, tant bons que mauvais : car il ne s’agit pas ici des yeux des bêtes. Quel œil donc alors verra le Christ venant ? Des yeux de Dieu et des Anges bienheureux il n’y a pas à douter ; car ils attendent depuis longtemps et contempleront avec joie le triomphe du Christ Juge. Les mauvais Anges verront, non pour la gloire, non pour le soulagement, mais pour la confusion et la damnation. L’œil corporel externe verra certes le Christ, mais frappé par l’immensité de la clarté du Christ, il ne pourra contempler le Christ. Car si avec l’œil corporel nous ne pouvons regarder le soleil, combien moins la clarté du Christ qui brillera plus que le soleil. L’œil interne de la chair selon la fantaisie et l’imagination verra, tout œil le verra, mais il ne comprendra pas sa grandeur. L’œil de la foi aura alors à peine sa place ; car ces choses seront après la résurrection de tous ; cet état aura plus la condition du terme que celle de la voie, bien que la sentence n’ait pas encore été rendue. L’œil de gloire inondé de lumière les Saints verront, les impies ne verront pas, Car les impies ne ressusciteront pas dans le jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes. Psaume 1, ils ne ressusciteront pas, dis-je, pour siéger dans le jugement ni pour juger avec les justes, mais ils tomberont par leur propre cause et ne subsisteront pas. Voici donc de quelle manière tout œil le verra. Cette différence de vision des impies par rapport aux bons, selon laquelle les bons verront pour la gloire, les mauvais pour la damnation, la perdition, la confusion et l’horreur, Dieu sera vu, Isaïe la décrit élégamment chap. 66 en disant : Seigneur que ta main soit exaltée, et qu’ils ne voient pas, qu’ils voient et qu’ils soient confondus.

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et qu’ils soient confondus, les zélateurs du peuple, et le feu dans le conseil des ennemis. Et cela conviendrait aux bons au sujet des yeux. Que signifie ceci, qu’ils ne voient pas, et ensuite qu’ils voient ? Car ils ne verront pas pour le soulagement ou la gloire, mais ils verront afin d’être confondus pour leur propre damnation : car une immense multitude de saints que le Christ amènera avec lui tournera à la confusion des impies. Le Christ amènera avec lui les nombreux chœurs de tant de milliers de saints, parce que les pécheurs qui ont violé les lois divines ont l’habitude de s’excuser dans leurs péchés. Livrés aux excès et aux festins, ils diront qu’ils n’ont pas jeûné parce qu’ils étaient faibles. Mais contre eux se lèveront les Ninivites, ils se lèveront au jugement et les condamneront. Se lèveront Jean Baptiste, saint Jérôme, et les convaincra l’abstinence de Jean Baptiste et l’ascèse de saint Jérôme : la faim supportée au-delà des forces de la nature par tant de moines et d’ermites. Portant une haine féroce et assoiffés du sang du prochain, ils diront qu’ils n’ont pas pardonné aux ennemis les injures reçues parce qu’ils étaient Nobles, Chevaliers, Capitaines, et qu’ils ont été contraints pour l’estime de leur honneur de rechercher la vengeance ; mais contre eux se lèveront au jugement saint Étienne Protomartyr, le prophète David, les saints Martyrs, et ils les condamneront ; parce qu’ils ont prié pour leurs persécuteurs notre Seigneur Jésus Christ. L’homme charnel enclin aux vices de la chair s’excusera en disant qu’il a eu de très graves tentations ; mais les saints et les saintes Vierges se lèveront au jugement avec cette génération et la condamneront ; parce qu’ils ont dompté les vices de la chair : et le chaste Joseph bien qu’incité et attiré a néanmoins gardé la pudeur. L’avare s’excusera par les usures, disant qu’il a exposé son argent à l’usure pour procurer des richesses à ses fils afin qu’ils ne soient pas méprisés par les autres ; mais contre lui se lèveront ceux qui ont distribué leur argent en aumônes et le condamneront. C’est pourquoi les impies ne subsisteront pas dans le jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes.

Et cela au sujet des yeux contemplant le Christ. Quant au troisième point, à savoir comment doit être expliquée cette parole, Ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé, déjà les autorités de Jean citées concordent. La difficulté de ce passage croît de ce que dans l’édition vulgate il semble y avoir une certaine diversité ; et dans le texte hébraïque aussi on observe une très grande obscurité de lecture, voire une diversité. Car en ce qui concerne la version latine, voici la diversité, Zacharie 12 dit, Ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé. Apocalypse 1 dit, Tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé. Et Jean 19 cite la même Écriture en disant, Encore une autre Écriture dit, Ils verront celui qu’ils ont transpercé. Dans le texte hébraïque les Soixante ont lu rachadu, ils ont insulté ; tandis que d’autres ont lu dacharu, ils ont transpercé. Jérôme note au chap. 12 de Zacharie que cela est arrivé par la proximité et la ressemblance de deux lettres hébraïques, à savoir ד et ר Daleth et Res, qui ne se distinguent que par un petit trait. D’autres à partir de ce passage et d’autres semblables concluent que la version des Soixante Interprètes est corrompue. Car bien qu’il ne faille pas hésiter à dire que ni l’hébraïque ni la vulgate ne soient corrompues, puisqu’il est établi qu’elles sont très pures et intactes ; cependant au sujet de la version des Septante Interprètes beaucoup, et des auteurs très graves, tiennent qu’en plusieurs lieux elle est altérée. En premier lieu le père Jérôme au chap. 30 d’Isaïe et dans la préface au livre des Paralipomènes et au chap. 2 de Matthieu, puis dans les Questions hébraïques et au chap. 3 de Jonas. Saint Augustin livre 15 de la Cité de Dieu chap. 13. Justin Martyr dans le dialogue avec Tryphon, Eucher au chap. 5 de la Genèse, lis Marc Marinus dans la préface sur Tebeth Noach. Mais bien qu’il y ait une certaine diversité provenant de ces deux lettres Daleth et Res dans le texte hébraïque, cependant il n’y a en réalité aucune divergence ; car cela est…

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par la faute des lecteurs ou des copistes qui prenant une lettre pour une autre ont varié ce passage de diverses manières. Toutefois je n’omettrai pas que saint Augustin au livre 20 de la Cité de Dieu joint et approuve la vraie lecture, à savoir ils ont insulté et ils ont transpercé, car les Juifs ont fait l’un et l’autre au Christ. Cependant dans l’édition vulgate latine, bien qu’il semble y avoir une diversité dans les mots, il n’y a en réalité aucune diversité, et il ne doit ni ne peut y en avoir. Car Jean, qui a écrit en grec tant l’Apocalypse que l’Évangile, a placé partout le même mot ἐξεκέντησαν ; c’est-à-dire ils ont transpercé, ils ont perforé. Jean 19, Οψονται εἰς ὃν ἐξεκέντησαν. Ils verront celui qu’ils ont transpercé ou percé. Et Apocalypse chapitre premier, Καὶ ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμός, οἵτινες αὐτὸν ἐξεκέντησαν. Et tout œil le verra, et ceux qui l’ont transpercé ou percé. Mais lorsqu’ils l’ont percé, les Juifs l’ont flagellé, crucifié, percé le côté ; cependant ce furent des Juifs qui par leurs langues accusatrices ont contraint Pilate à ordonner que de telles choses fussent faites au Christ, comme le prouve longuement saint Augustin traité sur le Psaume 63. Quelle sera alors la confusion future de ceux qui l’ont percé, quelle terreur, lorsqu’ils reconnaîtront le Seigneur de gloire qu’ils ont reçu avec tant de cruauté ; chacun peut le reconnaître en lui-même ; et aussi d’après la crainte des frères de Joseph, lorsqu’ils virent Joseph, qu’ils avaient vendu, devenu roi de toute l’Égypte : car comme il est écrit Genèse chap. 45, après la mort de Jacob les frères se parlant entre eux disaient, De peur que Joseph ne se souvienne de l’injure qu’il a subie et ne nous rende tout le mal que nous lui avons fait. De même d’après ce que Zacharie ajoute plus haut, tu pourras reconnaître, Ils pleureront sur lui par tribus et ils se lamenteront comme on se lamente pour la mort du premier-né pour la plaie. En grec il est écrit κόψονται, c’est-à-dire qu’ils se frapperont par impatience de douleur et de tristesse.

Or cette fixation du Seigneur aux pieds par des clous, etc. L’amertume des douleurs du Christ provenant de la fixation des pieds, absolument intolérable, bien que notre très pieux Prélat la vît très bien et qu’elle puisse être très connue de tous, a cependant voulu la confirmer tant par autorité que par raison. Par autorité certes du Christ parlant à Brigitte ; par raison parce que la fixation par les clous perforait les membres joints aux nerfs. Cependant selon notre manière nous confirmons cela même par d’autres autorités et par des raisons. Car la très glorieuse Vierge a révélé à la même bienheureuse Brigitte avec des paroles encore plus expressives la même atrocité des douleurs au livre 1 des Révélations chap. 10 en disant, Parce que mon Fils était d’une nature très excellente, sa vie combattait avec la mort dans son corps perforé. Car chaque fois que la douleur des membres et des nerfs du corps perforés montait au cœur, lequel était très récent et incorrompu, il était tourmenté par une douleur et une passion incroyables. Et chaque fois que la douleur descendait du cœur vers les membres déchirés, elle prolongeait la mort et la rendait très amère. Et au livre 4 chap. 70, lorsqu’elle énumérait l’amertume du supplice intolérable du Christ elle ajoute, Et parce qu’à cause de la grandeur de la douleur le cœur était presque en train de se fendre. Et au livre 5 chap. 27 elle dit, Les veines de ses mains et de ses pieds ont été perforées, et la douleur des nerfs perforés est montée inconsolablement jusqu’à son cœur, et du cœur de nouveau vers les nerfs, et parce que son cœur était très récent et très excellent, composé d’une nature très excellente, la vie et la mort combattaient entre elles, et ainsi une vie amère était portée parmi les douleurs. Mais lorsque la mort approchait, alors que le cœur se rompait par une douleur tout à fait intolérable, aussitôt tous ses membres tremblèrent. Par des raisons tirées de notre propre sens on peut reconnaître la même âpreté de la douleur : parmi lesquelles la meilleure est que les clous ont transpercé les lieux nerveux. Cette raison saint Thomas avec les autres Scholastiques l’apporte pour expliquer la grandeur de la douleur du Christ. À quoi s’ajoute aussi que πλέον, ainsi en effet est nommé la partie du pied, …

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cette partie qui a été transpercée par les clous, composée de plusieurs petits os, est liée et serrée par de très nombreux nerfs et ligaments, de sorte que bien que les pieds puissent être transpercés par des clous sans fracture de l’os, cela ne peut cependant se faire sans une violente déchirure des nerfs et des ligaments. Or dans cette déchirure et torsion il survient une douleur aussi grande que celle qu’ont éprouvée ceux dont les pieds ont été tordus par quelque accident. Cette douleur parfois s’exaspère tellement qu’elle fait perdre connaissance aux hommes. Et très souvent il arrive que les nerfs, dans lesquels le sens est le plus grand, étant perforés par le fer, un spasme survienne. Or puisque dans l’autorité déjà citée concernant le Christ souffrant il est dit que tous les intérieurs du Christ étaient desséchés et contractés, il est bon en ce lieu de poursuivre cela par une pieuse contemplation : car c’est le propre des tourments que dans le fait même de les subir l’humide radical soit consumé ; une fois celui-ci épuisé survient cette soif brûlante et intolérable qui se fait sentir au plus haut point, lorsque par l’effusion du sang la chaleur vitale est consumée jusqu’aux parties inférieures. Comment cela advint dans le Christ Seigneur, la très affligée Mère de Dieu l’a ainsi déclaré au livre 4 chap. 70 en disant, Les cieux et la terre étaient comme affaiblis parce qu’ils s’écoulaient par la douleur de son âme. Son ventre avec ses entrailles était appliqué contre son dos par les humeurs. 8. Saint Bernard aussi, etc. Hélas, hélas, qu’est-ce que cela ? Qu’entends-je de nouveau ? Entend-on le cri des clous, du fer, de la blessure ? Quelle est la voix des clous ? Quelle est la langue des blessures ? Quel est le cri du sang ? Parlerai-je, ou me tairai-je ? Car ces choses ne nous secouent pas d’une moindre horreur si une voix est entendue de la blessure, du clou, que la voix entendue du tombeau pour Énée, Énéide 3, Quand un gémissement lamentable fut entendu du tombeau et qu’une voix fut portée aux airs, je fus frappé de stupeur, mes cheveux se dressèrent et la voix resta suspendue dans ma gorge. Le cri donc des blessures, du sang, des clous, lorsque je le lis, lorsque je l’entends, je m’en étonne au plus haut point et je suis frappé de stupeur ; et je m’en étonne d’autant plus que je vois ce cri des blessures et des clous être entendu par des hommes saints et négligé par d’autres. Car outre Bernard, Augustin aussi au Manuel chap. 23 dit, Les clous et la lance crient vers moi. Le bienheureux Laurent Justinien dans un sermon sur la Passion du Seigneur dit, Les clous, la lance, les dérisions et les coups crient avec justice. Rupert abbé dans son commentaire sur l’Apocalypse chap. 18 dit que toute la Passion du Christ fut un grand cri, par la vertu duquel Babylone tomba : car en criant fortement et en priant avec larmes il fut exaucé à cause de sa révérence. Que crient donc-ils ? Est-ce la même chose que criait la voix du sang d’Abel ? Est-ce la même chose que la blessure d’Alexandre le Grand ? Car lorsqu’il fut blessé d’une grave blessure, il dit, Hélas moi, car vous m’appelez homme et semblable à Dieu et Dieu ; mais l’amertume de cette blessure me déclare homme soumis au pouvoir de la mort. Cette nouveauté du cri des blessures et des clous du Christ exige qu’il soit entendu par nous, qu’il soit entendu et honoré par une pieuse et convenable méditation, qu’il soit entendu, que l’on prête attention à ce qu’il crie. Et nous savons qu’il y a lieu au cri lorsque la voix paisible et tranquille n’est pas entendue. C’est pourquoi Rupert au chap. 12 de Jean dit que le cri est laborieux, selon cette parole du Psaume 6, Je me suis fatigué à crier, mes lèvres sont devenues rauques. Que crient donc ou pourquoi crient les clous et les blessures ? La première réponse est celle de saint Bernard dans le sermon 61 sur le Cantique disant, Le clou crie, la blessure crie que dans le Christ est Dieu réconciliant le monde avec lui. Que fait donc le vacarme, que balbutie ce Simon impur le Mage disant que ce n’est pas le Christ mais un homme fictif qui a été crucifié, et que le Christ s’est échappé des mains de ceux qui crucifiaient ? Si la blessure, si le clou crie que dans l’homme Dieu souffrait en réconciliant le monde avec lui, que fait le vacarme, que balbutie Mahomet l’impie disant que ce n’est pas le Christ mais Simon de Cyrène qui a été crucifié ? Comment en ce Simon aurait été Dieu réconci…

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réconciliant pour lui le monde ? Si la blessure crie, si le clou crie que dans l’homme Dieu souffrant réconcilie le monde avec lui. Que fait le vacarme, que balbutie Cérinthe feignant que Jésus fut un pur homme, mais qu’après son baptême le Christ se soit attaché à lui, de sorte que lorsque Jésus était crucifié, le Christ n’était pas crucifié, lorsque Jésus mourait, il ne mourait pas ; et que seul le Christ vivait, tandis que Jésus ne vivait pas, ni ne ressuscitait d’entre les morts. Quels radotages séniles ? Quels dogmes exécrables ? Si la blessure crie, si le clou crie que dans l’homme Dieu souffrant réconcilie le monde avec lui, et que l’esprit criminel de Cérinthe n’est pas de Dieu. Que fait le vacarme, que balbutie le Manichéen, disant que le Christ n’a pas assumé un corps vrai et réel mais fantomatique, si la blessure crie, si le clou crie que dans un véritable homme Dieu souffrant réconcilie le monde avec lui. La seconde réponse est celle de saint Augustin dans le Manuel chap. 23 : Les clous et la lance, dit-il, crient vers moi que j’ai été véritablement réconcilié avec le Christ et que je l’ai aimé une fois pour toutes. Le cri des clous atteste donc notre réconciliation en tant qu’elle vient de la part de Dieu. Que devait-il faire de plus pour vaincre, s’il ne l’a pas fait, lui qui à cause de son immense charité par laquelle Dieu nous a aimés a envoyé son Fils dans le monde, qu’il a tant aimé qu’il a donné son Fils unique, et l’a frappé à cause du crime de son peuple ? Que devait faire de plus le Christ ? Si personne n’a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, combien plus grand encore fut le sien, puisqu’il la donna même pour ses ennemis ? C’est pourquoi le bienheureux Laurent Justinien dit aussi dans son sermon sur la Passion : Ô véhémence de l’amour, ô incendie inextinguible de la charité, combien il a prévalu dans le Christ, combien il a œuvré pour la rédemption de l’homme. Afin donc que cet amour nous soit pleinement attesté, le clou crie, la blessure crie. La troisième réponse est celle du bienheureux Laurent Justinien dans son sermon sur la Passion du Seigneur : Les épines, les clous, la lance, les dérisions et les coups crient, la blessure et les coups crient afin que lui soit aimé de tout son effort et de tout son être en tout et partout, lui qui pour notre amour a daigné souffrir de telles et si grandes choses. Il est ce feu que le Seigneur est venu jeter sur la terre, et que veut-il sinon qu’il brûle. C’est pourquoi saint Augustin dit au livre De catechizandis rudibus chap. 4 : Il n’y eut pas d’autre cause à la venue vers nous du Fils de Dieu que de montrer son amour pour nous ; afin que si auparavant il nous était pénible d’aimer Dieu, désormais, ayant connu son amour, il ne nous soit plus pénible de revenir. Mais hélas, combien grande est la misère de l’homme, qu’il se refroidisse à ce point dans l’amour de Dieu. C’est pourquoi toutes les paroles du Christ, toutes les œuvres du Christ crient afin d’enflammer en nous son amour ; mais comme elles parlent d’une voix douce et pacifique, nous ne les aimons pas ; alors la blessure crie, le clou crie que le Christ doit être aimé par nous. Et il n’est pas étonnant que le clou crie, que la blessure crie ; car l’obstination de l’âme ingrate de l’homme est si grande que la parole de notre Sauveur en Luc 17 s’accomplit : Si les hommes se taisent, les pierres crieront. L’homme se taisant, les clous crient, les blessures crient. Car comment l’homme pourrait-il cacher dans son sein le feu de la Passion du Christ sans que ses vêtements brûlent, ou marcher sur les braises de la douleur du Christ sans que les plantes de ses pieds brûlent ? 9. Mais puisque les deux pieds apparaissent distinctement sur le Saint Suaire,

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La connaissance du Christ devrait être attendue de nous si les traces avaient été fixées par d’horribles clous. Et au chapitre 31, où nous reconnaissons que se trouve la raison de notre salut et de notre rédemption. Or, puisque parfois on lit qu’on a été attaché sans clous mais seulement avec des cordes ; parfois avec un seul clou ; parfois avec deux ; parfois avec trois ; parfois avec quatre ; parfois même avec davantage, comme on le lit chez Lipse dans De Cruce, et chez Gallonius dans le livre sur les supplices des saints martyrs, l’état de cette controverse est que nous croyions que le Christ a été crucifié non avec moins de trois clous, ni avec plus de quatre. Il faudra donc examiner s’il fut crucifié avec trois ou avec quatre ; et puisque l’on tient déjà pour certain que chacune des mains du Christ a été fixée par un clou distinct, toute la somme de la controverse se ramène à ceci : le pied du Christ a-t-il été véritablement percé par un seul clou ou par deux ? Et cette controverse, beaucoup la soulèvent, mais la laissent sans solution : ainsi Guillaume Durand dans le Rationale divinorum officiorum au chapitre de la Parasceve ; Suarez tome 2 en 3e partie de saint Thomas disp. 46 sect. 3 ; Juste Lipse livre 2 De Cruce chap. 9 ; Tolet au Paradoxe 3 chap. 10 ; le cardinal Baronius vers l’an 34 du Christ n° 118, bien qu’il incline davantage vers trois clous ; Jean Eck sur la Passion du Seigneur article 5 ; Pinipinus station 6 du Christ souffrant. Parmi ceux cependant qui adoptent une position déterminée, il y a deux opinions célèbres. La première est celle de ceux qui affirment que le Christ a été fixé à la croix par quatre clous : Grégoire de Tours livre De gloria Martyrum chap. 6 ; Barthélemy Medina dans la 3e partie de saint Thomas q. 46 art. 11 ; François Samarinus 4e partie Sacerd. ; le cardinal François Tolet sur Jean 19 à ces paroles : Ils firent quatre parts, à chaque soldat une part ; sainte Brigitte à qui cela fut révélé livre 1 révélation chap. 10 et livre 4 chap. 70 et livre 7 chap. 15 ; il semble aussi que saint Cyprien y incline dans son sermon sur la Passion, disant : Les clous ont percé les saints pieds ; et saint Augustin livre Méditations chap. 6 dit, l’Immaculé Christus, dit-il, apaise par les clous les pieds et les plaies des mains plus grandes. Ils rapportent donc deux clous pour les pieds dans le nombre total, ce qui semble admettre plusieurs clous par lesquels les pieds furent percés. Il semble aussi que Jean Langerius homélie 41 sur la Passion du Seigneur et Innocent III dans un sermon sur un martyr aient suivi la même opinion en parlant de quatre clous, bien que dans les Élucidations sur la Passion du Christ il paraisse hésiter quelque peu. Jean Gretser livre 1 De Cruce Christi chap. 21. Bien que ces auteurs s’accordent pour dire que les pieds du Christ furent fixés par deux clous, ils n’expliquent pas tous de la même manière l’attache des pieds. Car Jean Gretser dit que non une main avant l’autre, ni les mains avant les pieds, mais les mains et les pieds furent fixés en même temps par des clous, parce que, dit-il, il y avait quatre soldats qui crucifiaient. Grégoire de Tours dit que les pieds furent fixés distinctement, même avec une petite planche placée dessous pour les soutenir. Mais Lipse rejette cette crucifixion avec tablette de soutien comme trop raffinée. D’autres disent que, sans tablette placée dessous, les pieds furent fixés séparément et en longueur à la croix. Quant à sainte Brigitte, elle atteste qu’un mode particulier de crucifixion lui fut révélé au livre 1 chap. 10, où elle écrit ainsi : Ensuite ils crucifièrent le pied droit, puis ils amenèrent le gauche sur celui-ci avec des clous. Et au livre 4 chap. 70 elle dit : Les pieds étaient également étendus en forme de croix, et tirés comme par un treillis, et comme au-dessous des tibias ils étaient étendus par deux clous au tronc de la croix à travers l’os solide, de même que la main était fixée. Livre des Révélations extrav. chap. 51 : Les pieds tirés vers le bas et percés par deux clous. Et au livre 7 chap. 15 : Ensuite, dit-elle, le corps étant étendu au-delà de la mesure, une de ses tibias fut placée sur l’autre sur la croix, et ainsi ils fixèrent les pieds nus à la croix par deux clous. Quant à ces autorités de sainte Brigitte, il est incroyable de voir combien diversement certains les ont comprises. Car certains disent que d’abord le pied droit fut crucifié par un seul clou…

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crucifié, et de là le pied gauche placé au-dessus fut fixé par deux clous sur le pied droit, de sorte que les deux clous du pied gauche perçaient aussi le pied droit placé dessous ; et ainsi trois blessures seraient infligées au pied droit, et deux au gauche ; et ceux-ci figurent cinq blessures aux pieds. D’autres au contraire comprennent que le pied gauche posé sur le droit fut crucifié par deux clous, de sorte qu’au pied gauche il y ait deux blessures, et au droit également deux autres blessures, et ceux-ci impriment quatre blessures aux pieds du Christ. D’autres estiment que le pied droit fut d’abord crucifié par un seul grand clou, et que par un autre clou le pied gauche posé dessus fut transpercé, de sorte que le clou du pied gauche perçait aussi le pied droit, et ceux-ci imaginent trois grandes blessures infligées aux pieds du Christ, deux au pied droit et une au gauche. D’autres disent que le pied droit fut d’abord fixé à la croix par un seul petit clou, qui ferait plutôt office de cheville de bois que de clou, afin que lorsque le pied gauche serait placé sur le droit et transpercé par un seul grand clou, il ne se retirât pas et n’évitât le coup pour le pied gauche. D’autres enfin comprennent ainsi que par un seul clou le cou-de-pied du pied droit fut percé, et que le pied gauche ainsi posé en treillis sur le pied droit, formant vers le talon avec le pied droit la croix, fut ainsi fixé au montant, de sorte que le clou ne perçait pas le pied droit ; et tel est le véritable sens que la bienheureuse Brigitte avait compris, comme l’indiquent clairement ces paroles au livre 4 chapitre 70, où elle dit que les pieds sont étendus vers leurs ouvertures en treillis et comme au-dessous des tibias, et par deux clous unis au montant de la croix ; et ce mode et cette opinion me paraissent très vraisemblables, et ont plu à Langerius dans l’élucidation sur la Passion du Christ ; et cela peut se prouver.

Premièrement, parce que, comme Gallonius le dit dans le livre sur les supplices des saints martyrs, ce mode était plus commun, à savoir que

quatre clous fixaient à la croix ceux qui étaient mis à mort par le supplice de la croix. Deuxièmement, parce que ce mode de crucifixion est beaucoup plus facile si chaque pied est percé par un clou distinct ; car personne ne pourra nier qu’il soit très laborieux et difficile de percer deux pieds libres et non liés avec un seul clou, de les fermer et de tirer les pieds vers la terre pour les fixer à la croix. On ajoute encore que le pied placé sur l’autre ne reçoit pas aussi solidement les coups de marteau pressant le clou, mais souvent les évite ; pour cette raison saint Bonaventure, dans ses Méditations, conseille par précaution que les pieds du Christ soient d’abord percés, afin que l’accès des clous pour fixer les pieds du Christ à la croix soit plus aisé.

Troisièmement, parce que dans de nombreuses Églises et dans les trésors des reliques des Saints sont conservés des clous de la Croix du Seigneur, ce qui nous indique probablement qu’il y eut quatre clous du Christ ; ce que l’on déduit notamment de ce récit : par l’un des clous fut renforcé le casque de l’empereur Constantin, par un autre le mors, et le troisième fut jeté dans la mer Adriatique.

Quatrièmement, parce qu’il y a quatre parties et membres à crucifier, à savoir deux mains et deux pieds ; qu’il y avait quatre soldats crucifiant, comme il ressort de la division des vêtements, car ils firent quatre parts, à chaque soldat une part ; il est donc probable que quatre clous aussi doivent être admis. Senèque dans le livre De la vie heureuse donnera plus de poids à ce mode, disant de ceux qui crucifiaient les coupables : Chacun de vous enfonce lui-même ses propres clous.

Cinquièmement, parce que le mystère du lieu et de l’ordre s’ouvre par ce mode : comme nous avons montré plus haut que la main droite fut d’abord fixée à la croix, puis la gauche, ainsi devons-nous penser aussi des pieds : d’abord le droit, puis le gauche fixé à la croix. Voici un grand mystère : car la partie droite est plus forte que la gauche, ainsi Aristote au livre 1 De la génération des animaux chapitre 1 section 31 problème.

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ensuite, dans le problème 3 et 19, il commence par le mouvement lui-même, Aristote livre 2 de l’Histoire des animaux chapitre 1. C’est pourquoi Adam, courant vers le fruit défendu, mit d’abord en mouvement le pied droit, et tendit aussi la main droite ; c’est pourquoi le Christ, qui pour lui et pour nous morts en lui souffrait, offrit d’abord la main droite, comme nous l’avons montré plus haut, et peut-être aussi d’abord le pied droit. C’est peut-être la cause pour laquelle le côté droit aussi fut percé par la lance, parce que la partie droite est plus forte que la gauche, et de là la force de la conjecture s’accroît, car il paraît probable que les soldats sanguinaires, en fixant les hommes à la croix, aient d’abord fixé par un clou le pied qui était le plus fort, de peur que, pendant que le pied inférieur serait fixé, le droit plus fort ne se défendît par des coups de talon et des mouvements ; surtout s’il n’était pas à terre, mais attaché en hauteur à la croix déjà dressée, comme nous croyons probablement que le Christ fut crucifié par des soldats montant par des échelles, ainsi que nous l’avons dit plus haut au chapitre 6 comme plus probable.

Sixièmement, on ajoute aussi cette conjecture, bien que très éloignée, que le Christ a pu se complaire dans le nombre quaternaire, lui qui voulut être fixé à la croix par quatre membres, afin de racheter les quatre parties du monde, afin de rassembler les élus des quatre vents, afin de sauver ceux qui passent leur vie dans les quatre saisons de l’année.

Septièmement, cette opinion paraît confirmée par certaines images plus anciennes, qui montrent le Christ crucifié par quatre clous, et surtout dans la très sainte Maison de Lorette on dit que l’on voit une image du Christ crucifié par quatre clous. Mais moi aussi, et d’autres encore, bien que nous ayons examiné très attentivement cette même image pour discerner ce mystère, nous n’avons rien pu découvrir de tel.

Huitièmement, parce que Job parlant de lui-même a dit : Tu as posé mon pied dans le nerf. Et ailleurs il dit : Tu as posé mes pieds dans le nerf. Nous lisons pied, et pieds d’abord certes

un seul, puis deux pieds dans le nerf, c’est-à-dire dans le lien par lequel les pieds sont serrés pour ne pas pouvoir bouger. Marcus Marinus note qu’en hébreu au lieu de nerf on lit Sad, ce qui signifie un genre de lien pour serrer les pieds, mot qui cependant ne se lit que chez Job et n’est placé que deux fois dans les Écritures. Et peut-être ce mode de crucifixion, ou bien parce que chaque pied était serré par un clou distinct, mais un pied étant superposé à l’autre, a pu donner occasion à certains de penser que les deux pieds du Christ furent percés par un seul clou, car le pied superposé couvre et cache le clou placé au-dessous.

Cependant la seconde opinion est de loin la plus commune, à savoir que les pieds du Christ furent percés non par deux clous, mais par un seul et unique clou, ainsi saint Bonaventure livre des Méditations sur la vie du Christ chapitre 78 ; Anselme dialogue sur la Passion du Christ ; Nazianze dans le poème sur le Christ souffrant dit : Nu, reposé sur le bois à trois clous. Ludolphe le Chartreux sur la vie du Christ. Nonnius l’Ancien sur le Christ crucifié dit ainsi : Ayant le cœur doublement transpercé par un seul clou nouveau, d’un seul coup les pieds repliés furent transpercés ; et communément ceux qui écrivent des sermons sur la Passion, comme Philippe Diez sermon 3 sur la Passion, Jean Aquilan sermon sur l’amère Passion du Christ, Alphonse Villegas sur la Passion du Seigneur, César Calderarius dans le Trophée de la Croix.

Les historiens sont favorables, disant que Constantin a muni son casque d’un des trois clous, d’un autre le mors : Histoire tripartite livre 1 chap. 9 et livre 2 chap. 8 ; Rufin livre 2 chap. 8 ; Nicéphore livre 8 chap. 29 ; Jean Zonaras partie 3 ; Annales d’Ambroise sur la mort de Théodose ; Sigonius sur l’Empire d’Occident livre 3 n° 36 ; Paul Diacre ou Eutrope livre 2 ; François Maurolico dans la Topographie des saintes Reliques.

Quoique ces Docteurs s’accordent sur le nombre de trois clous, ils divergent cependant sur le mode de crucifixion. Car les uns disent que le Christ fut étendu à terre sur la Croix ; d’autres sur la Croix déjà dressée.

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être fixé. Mais saint Bonaventure contemple les pieds comme ayant été véritablement percés d’avance par un instrument aigu avant que les clous ne les percent sur la croix, afin de préparer un passage plus facile au clou. Car de même qu’il fallut d’abord percer des trous dans la croix pour que la voie fût rendue plus expéditive à la crucifixion, ainsi le saint Docteur contemplait qu’il en avait été fait de même pour les pieds. Cependant ce mode de crucifixion n’est pas approuvé par d’autres. Mais laissons cela, afin que notre discours revienne à ce d’où il s’était écarté, et qui est le point principal de notre discussion. Cette opinion donc, qui affirme que les pieds du Christ furent percés par un seul clou et que le Christ fut fixé à la croix par trois clous seulement, doit paraître d’autant plus probable que presque toute l’Église universelle expose aux fidèles des images du Christ fixées par trois clous. Cette opinion paraît aussi pouvoir être confirmée par ces conjectures.

Premièrement, parce que sainte Claire de Montefalco, à qui, en raison de son insigne et ardente piété envers la croix du Christ, le surnom de la Croix s’attacha, on dit que le Christ lui apparut et imprima intérieurement dans son cœur les mystères de sa Passion et ses instruments. Et après sa mort, dans le cœur de Claire, le très érudit Isidore Moscon, très estimé de moi, rapporte dans le livre de la vie de la bienheureuse Claire avoir vu trois petits nerfs desquels pendaient trois clous de fer, deux plus petits et le troisième plus grand, lesquels le même auteur attesta avoir vus souvent, très souvent, lorsqu’il exerçait à Bologne la charge de Vicaire général de l’illustrissime et révérendissime seigneur Alphonse Paleotti archevêque de Bologne.

Deuxièmement, d’autres le déduisent de la lettre Tau, qui fut la figure de la Croix, dans laquelle on trouve trois côtés.

Troisièmement, s’ajoute la représentation de certaines peintures anciennes qui montrent des saints martyrs fixés par trois clous, parmi lesquelles je juge surtout dignes d’attention celles qui au Vatican montrent saint Pierre la tête renversée vers la terre et les pieds élevés en haut, crucifié par trois clous.

Quatrièmement, peut-être cela pourrait être confirmé par la figure d’Absalon, car comme nous lisons au livre 2 des Rois chapitre 18, il fut transpercé par trois lances ; une explication mystique peut y être favorable. Car Absalon s’interprète Père de paix, et ainsi il pourra figurer le Christ véritable Père de paix. Enfin, cela même peut être confirmé par un manuscrit très ancien recueilli à partir des quatre Évangélistes et en outre d’Ignace, Théophile, Germain, Pierre Manducateur, Bernard Nicodème et d’autres très anciens auteurs, conservé dans notre célèbre Bibliothèque de Sainte-Marie des Grâces à Bologne, où il est dit que les soldats voulaient crucifier le Christ par quatre clous, mais lui-même plaça un pied sur l’autre et fixa les deux pieds par un seul clou. Et tels sont les arguments des deux opinions. Les deux opinions sont pieuses et catholiques. On pourra donc méditer le Christ fixé à la croix par trois ou par quatre clous, selon que le pieux contemplateur saura davantage s’émouvoir ou s’enflammer pour la piété.

Il est cependant œuvre de grande piété de contempler avec soin les blessures des pieds du Christ Seigneur et d’examiner soigneusement la grandeur et la position des blessures, telles qu’elles brillent dans la sainte Sindone.

Ainsi la plaie qui se voit dans le petit dessus du pied gauche est plus large et plus ouverte que celle qui se voit dans le pied droit ; d’où la conjecture plus probable en faveur de l’autre opinion que nous lisons dans la révélation de la bienheureuse Brigitte, à savoir que le pied gauche fut fixé au-dessus du droit par un clou ; cependant les deux plaies, tant du pied droit que du gauche, sont circulaires, de sorte que nous reconnaissons des clous non quadrangulaires mais pyramidaux arrondis ; et la figure ainsi que la grandeur des deux blessures, telles qu’elles se voient dans la sainte Sindone, nous les donnons par ce schéma.

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Il ne faut pas non plus passer sous silence que la plaie du pied droit s’étend davantage depuis le tibia vers les doigts du pied que la plaie du pied gauche. En effet, la plaie située sur le dessus du pied droit est distante de trois pouces et demi des extrémités des doigts vers le tibia ; la plaie du pied gauche, quant à elle, est distante de cinq pouces des extrémités des doigts vers le tibia.

Cependant, bien que les plaies situées sur le dessus du pied possèdent la position et la figure que j’ai indiquées, dans la plante du pied la figure se montre quelque peu moindre, mais dans une situation fort différente. En effet, la plaie du pied droit, qui sur le dessus est distante de trois pouces et demi des extrémités des doigts, dans la plante n’en est distante que de deux pouces et demi ; la plaie du pied gauche, qui au-dessus du cou-de-pied est distante de cinq pouces de l’extrémité des doigts, dans la plante n’en est distante que de quatre pouces non entiers.

De cette description des plaies je tire deux conclusions. La première, que pour étendre davantage le corps du Christ sur la croix, les soldats n’enfonçaient pas les clous à angle droit, mais avec la pointe légèrement inclinée vers le bas, afin que le clou, en pénétrant davantage le bois, étendît aussi davantage le corps du Christ. La seconde, que de même que dans les fenêtres obliques du temple étaient figurées les plaies du Christ, les clous, frappant le talon contre le montant, percèrent obliquement les pieds en allant du dessus vers la plante.

Il ne sera pas hors de propos d’ajouter ici ce qu’enseigne Jean Lansperge, homélie 41 sur la Passion du Seigneur : « Certains dévots rapportent, dit-il, que les pieds furent fixés à la croix par trente-six coups de marteau. »

Nous avons jusqu’ici considéré l’âpreté de la crucifixion des pieds du Christ ; recherchons maintenant les mystères, afin de voir pourquoi le Christ voulut que ses pieds fussent transpercés par deux clous.

Est-ce pour nous montrer qu’il ne se retirerait pas loin de nous, mais qu’il pourrait être facilement trouvé par nous, demeurant fixé à la croix comme s’il nous attendait, les pieds attachés ?

Ou bien parce que, comme le dit Nazianze dans son Apologétique : de même que le Christ opposa le bois au bois, et les mains aux mains (c’est-à-dire fortement étendues contre les mains désobéissantes), et des mains clouées contre des mains libres et relâchées, ainsi il opposa ses pieds cloués à nos pieds désobéissants et déliés ?

Ou bien parce que nos pieds courent trop vite pour répandre le sang, il voulut que ses pieds fussent cloués et pourprés de sang, afin que nous, les contemplant, retenions nos pas de l’effusion du sang ?

Ou bien pour devenir l’Époux de nos âmes et de l’Église ? Car Séphora, épouse de Moïse, toucha les pieds de Moïse avec le prépuce de son fils et les oignit de sang en disant : « Tu es pour moi un époux de sang. » Ainsi le Christ, afin de devenir pour nous Époux de sang, voulut que ses pieds fussent transpercés par les clous et teints de la rougeur du sang.

Ou bien parce que « qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent les biens », il voulut les pourprer de son propre sang ?

Ou bien parce que les pieds des victimes à immoler devaient être lavés, selon le Lévitique au premier chapitre, afin que nous apprenions que les appuis et les fomentations de la volonté doivent être purifiés ? Philon, livre 2 des Allégories. Ainsi donc le Christ, véritable victime, voulut laver ses pieds dans son sang ?

Ou bien parce que la colombe, après le déluge, ne trouvait pas où poser son pied ; ainsi le Christ voulut que ses pieds reposent sur la croix ? Bède sur Genèse 8 : afin que nous aussi nous fixions nos pieds à la croix.

Ou bien parce que le pied droit du Pontife devait être oint d’huile, ainsi le Christ, véritable Pontife, voulut que ses pieds fussent oints de sang ?

Ou bien parce que les pieds du Christ désignent les prédicateurs, qui doivent demeurer attachés à la croix ? Grégoire, livre 10 des Morales, chapitres 11 et 20 ; Glose interlinéaire sur le chapitre 1 des Lamentations.

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Est-ce que dans les pieds sont signifiés les affections et les désirs de cette vie ? Basile sur le Psaume 37 ; Ambroise, livre sur les Vierges ; lui-même sur le Psaume 24 ; Grégoire, Morales, livre 4, chapitre 4 : afin de montrer que ces choses doivent toujours être fixées à la croix.

Ou bien parce que dans les pieds sont figurées les œuvres ? Grégoire, Morales, livre 1, chapitre 15 ; livre 31, chapitre 8 ; Pastoral, livre 1, chapitre 1 ; Chrysostome sur le Psaume 25. Ainsi donc, pour que nos œuvres soient montrées comme devant être fixées à la croix, il voulut que ses pieds fussent cloués.

Ou bien parce que dans les pieds est figurée la conduite humaine ? Bède sur Exode 18 ; Rupert de Deutz, livre 4 de la Trinité et de ses œuvres, sur Exode 22. Afin donc que notre conduite soit dans les cieux, il faut qu’elle adhère à la croix.

Ou bien parce que le Christ a foulé seul le pressoir, et que ses pieds, comme ceux de celui qui foule le pressoir, sont rouges de sang ? « Il les a foulés dans sa fureur et les a écrasés dans sa colère. » Hilaire sur Matthieu 22 ; Ambroise, prologue du livre sur l’Esprit Saint ; Augustin sur les Psaumes 8 et 93 ; Grégoire, Morales, livre 16, chapitre 52.

Ou bien parce que, lorsque Adam fut chassé du Paradis terrestre, le Seigneur plaça un Chérubin aux portes du Paradis, afin qu’Adam, en y entrant, ne prît pas de l’arbre de vie et ne vécût pas éternellement ? Le Christ donc, qui voulait rétablir Adam dans le lieu d’où il avait été chassé, accourut vers l’arbre de vie, c’est-à-dire le bois de la Sainte Croix, et là, par l’épée tournoyante des clous, il fut fixé à l’arbre de vie.

Ou bien parce que le diable tend des embûches à notre talon, ainsi, pour que nous soyons préservés de sa morsure, le Christ voulut que ses talons adhèrent à la croix ?

Ou bien pour montrer que nos pieds et notre chair doivent être fixés par la crainte ? C’est pourquoi Ambroise dit sur le Psaume 118 : « Transperce ma chair de ta crainte », etc. Basile en use comme métaphore pour ceux dont les pieds sont fixés par un clou, et qui n’osent se tourner ni d’un côté ni de l’autre, de peur d’être tourmentés plus cruellement.

Ou bien parce que le Christ, comme un Joseph mystique, cherchant ses frères, fut fatigué, et qu’ayant été auparavant fatigué du chemin et s’étant assis près d’une source, il voulut ici s’asseoir pour ainsi dire sur la croix et y fixer ses pieds ?

Ou bien parce que le vieil homme devait bientôt mourir, le Christ voulut mêler ses pieds au fer, lorsque la pierre détachée sans le secours des mains humaines frappa la statue de Nabuchodonosor et la brisa, tandis qu’elle-même croissait en une grande montagne ? La statue de Nabuchodonosor désigne en effet la nature humaine, comme l’explique fort bien Anselme dans son opuscule sur le songe de Nabuchodonosor : elle eut d’abord une tête d’or dans l’état d’innocence ; une poitrine et des bras d’argent chez les Patriarches Abraham, Isaac, Jacob, etc. ; des jambes d’airain en David, Salomon, etc. ; des tibias de fer en Sédécias, Zorobabel, etc. ; des pieds en partie de fer, en partie d’argile chez les Machabées, qui ne pouvaient s’unir. Ainsi l’âme du Christ, comme une petite pierre détachée sans main, tandis que son corps pendait à la croix, frappa la statue aux pieds, et l’homme ancien fut réduit à néant.

Ou encore parce que le Christ lui-même était cette statue admirable ? Il a en effet la tête d’or dans la divinité ; les bras et la poitrine d’argent en Abel, Énoch, Noé et les Patriarches ; le ventre et les jambes d’airain en Abraham ; les tibias de fer chez les Machabées ; les pieds en partie d’argile, c’est-à-dire mortels, en partie de fer sur la croix, quoique mis à mort par l’impiété humaine. Ainsi la petite pierre qui est le Christ, détachée sans main, toucha aux pieds cette statue de son corps et l’édifia en montagne ; lui-même grandit en une montagne immense, remplissant l’univers et dominant d’une mer à l’autre.

« Lorsque le clou a comprimé une foi plus grande… » Cette doctrine est si conforme au sens et à la raison qu’elle a à peine besoin de confirmation.

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car qui ne voit qu’un clou destiné à percer deux pieds doit être plus long, et par conséquent plus épais, que s’il ne perçait qu’un seul pied ? Il plaît cependant, en ce lieu, pour le réconfort des âmes pieuses, d’ajouter ce qui fut observé dans le cœur disséqué de la bienheureuse Claire de la Croix. De ce cœur, comme le rapporte Isidore Mosco dans le livre sur la vie de la même bienheureuse Claire, pendaient trois petits nerfs comme trois fils ; à l’extrémité de chacun d’eux étaient suspendues des pointes de clous de fer, aiguës, noires, plus dures au toucher que la chair ; deux étaient plus courtes et suspendues à des fils plus courts, la troisième plus grande pendait à un fil plus grand.

Néanmoins, lecteur pieux… Il paraît étonnant à certains que l’Esprit Saint, qui a voulu si soigneusement et distinctement que les mystères concernant le Christ Seigneur fussent figurés et annoncés avant leur accomplissement, n’ait pourtant pas fait consigner, même après leur réalisation, beaucoup de choses effectivement accomplies en Christ, que les hommes désirent très ardemment connaître. Car, pour ne rien dire de plus, aucun des évangélistes n’a décrit la manière de la flagellation, du couronnement, ni de la crucifixion ; ils ont seulement exposé la substance du fait, disant : Pilate le fit flageller ; Jésus, frappé de verges, fut livré pour être crucifié ; ils mirent une couronne d’épines sur sa tête ; et enfin ils le crucifièrent. Mais les circonstances, que pourtant on attend le plus, nul ne les a décrites : si le Christ, attaché à la colonne, fut frappé d’un seul côté ou des deux ; combien il y eut de bourreaux sanguinaires ; si le lieu de la flagellation était public ou privé ; si la bienheureuse Vierge ou quelque disciple était présent ; avec quels fouets, à pointes ou à lanières ; combien de fois il fut flagellé ; si la couronne était faite de joncs marins ou véritablement d’épines ; si elle entourait toute la tête et la couvrait comme un bonnet, ou seulement…

comme une sorte de cercle, entourant la tête une, deux ou trois fois ; s’il fut crucifié sur une croix dressée en hauteur ou étendue à terre ; si les mains et les pieds furent d’abord tirés par des cordes ; si la main droite ou le pied droit fut cloué le premier, ou plutôt le gauche ; s’il fut entièrement nu sur la croix ; combien de clous, de quelle taille, quels endroits furent percés ; et bien d’autres choses semblables ont été omises. À cette admiration, bien que l’on puisse répondre de diverses manières en disant que l’Esprit Saint n’a voulu annoncer et consigner que ce qui devait nécessairement être cru, je pense toutefois que la principale raison est celle que des hommes pieux et savants ont donnée : afin que chacun contemple la crucifixion du Christ avec l’affection d’âme qui l’émeut le plus et l’enflamme davantage pour la piété. Ainsi l’explique Jean Lansperge en écrivant sur la Passion du Christ : « Voyez avec quelle brièveté l’Évangéliste a raconté la crucifixion du Seigneur. Pourquoi, pensez-vous, la manière n’a-t-elle pas été expliquée par les Évangélistes ? Je crois que c’est afin de donner aux dévots l’occasion de méditer, et que, selon sa dévotion, chacun ait matière à réflexion. Car en ces mystères qui ne sont pas exprimés dans l’Écriture, et ne sont pas contraires à l’Écriture, et dont rien de certain n’a été défini par l’Église, il est permis sans danger à chacun de penser ou de méditer ce qui peut l’exciter à une plus grande componction ou dévotion. » Simon Cassien donne une raison semblable (livre 13, chapitre 10) : les Évangélistes ne nous ont pas transmis toute la série des faits de la crucifixion, afin que l’Église supplée par une pieuse croyance ce qui n’a pas été exprimé. Nous avons exposé plus haut d’autres causes dans l’explication du premier chapitre, que le lecteur prudent et pieux pourra rappeler à son gré.

D’ailleurs, l’un de ces clous de sainte Hélène, etc. Grand éloge de la vérité : que la vérité triomphe de tout et prévale. Car, bien que la vérité puisse longtemps demeurer cachée, cependant, révélée en son temps et en son lieu, sortant de ses retraites, elle paraît dans la lumière avec la plus grande clarté. Mais quant à cette vérité même…

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Peut-être les anciens poètes ont-ils imaginé, à propos de la fille du Temps, que ce qui demeure longtemps obscur finit par briller avec le progrès des années ; toutefois, je ne sais si l’on n’a pas appelé plus justement ce temps soit révélateur de la vérité, soit au contraire bourreau et dévoreur de la vérité. Car bien que, avec le temps, la vérité vienne à paraître au grand jour, cependant beaucoup de vérités, qui d’abord étaient tenues pour claires et bien établies, se trouvent enveloppées par le voile des temps, obscurcies par les ténèbres, ensevelies par le cours des siècles, au point de sembler entièrement abolies et éteintes. Beaucoup de choses, assurément, qui se produisirent lors de la Passion du Christ, furent en leur temps manifestes et connues de tous. Mais, à travers tant de siècles, elles ont été si couvertes d’obscurité que nombre de docteurs ont erré en voulant les expliquer. Quant aux clous du Christ, certains rapportent qu’ils furent recueillis avec soin par la bienheureuse Vierge et conservés avec la plus grande diligence ; d’autres les attribuent à Nicodème, qui auparavant avait aussi livré le Christ à la sépulture. Ceux-là disent que la bienheureuse Vierge conserva les mystères de la Passion du Christ, qu’elle recueillit soigneusement les clous et les garda en grande vénération ; mais la vérité du fait et l’autorité historique communément reçue attestent au contraire que les clous du Christ furent retrouvés par Hélène, mère de Constantin, en même temps que la Croix, comme le rapportent Ambroise, Zozime, Rufin, Nicéphore, Grégoire de Tours, Théodoret, le cardinal Baronius, et d’autres. Nous pouvons donc pieusement croire au sujet des clous du Christ que la très pieuse Mère du Christ, lorsque le Christ fut déposé de la Croix, reçut de ses propres mains les clous et les plaça dans le pli de son vêtement ; c’est ce que rapportent Simon Métaphraste et le cardinal Baronius.

Mais comme il était d’usage chez les Juifs d’ensevelir avec le supplicié tous les instruments par lesquels quelqu’un avait été mis à mort publiquement, ainsi que le rapporte Velleius, la divine Providence disposa que la Croix du Christ, son titulus, et les clous par lesquels il avait été fixé à la Croix, fussent ensevelis en un même lieu, avec les instruments des larrons crucifiés. Selon une pieuse contemplation, après que le corps du Christ eut été descendu de la Croix, embaumé d’aromates et confié à la sépulture, la Croix fut remise à sa place, et les clous que la bienheureuse Mère avait reçus dans son sein et baisés furent replacés dans la même fosse de la Croix, et ainsi ensevelis avec elle selon la coutume reçue. Le lieu où se trouvaient la Croix du Christ avec ses clous, son titulus, et même les cadavres des larrons fixés aux croix, était appelé la vallée des cadavres. Cette vallée se situait entre le lieu du Calvaire, où le Christ avait été crucifié avec deux larrons, et les murs de la ville de Jérusalem. Dans cette vallée étaient jetés les corps des suppliciés. Le corps du Christ lui-même y aurait été jeté, si Joseph n’avait demandé et obtenu de Pilate de le descendre de la Croix. Mais après que le corps du Christ eut été confié à la sépulture, afin que le grand Sabbat ne fût pas souillé par l’horreur de ce spectacle, les croix furent enlevées et jetées dans cette vallée. Peu à peu, recouvertes par les décombres et les immondices de la ville, elles disparurent aux regards et à la mémoire des hommes. Jérôme, Lira, Christianus Adrichomius, Bredebachius et d’autres font mention de cette vallée. Après environ 326 ans, la paix étant rendue à l’Église, Hélène, mère de Constantin le Grand, animée d’un ardent zèle de piété, se rendit à Jérusalem…

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se rendant à Jérusalem avec le zèle de rechercher la Croix du Seigneur, elle trouva la Croix du Christ avec les clous et le titulus ; le jour de cette Invention, l’Église le célèbre avec grande solennité, et les historiens ont admirablement relaté dans leurs écrits l’action de cette sainte femme.

Au reste, un de ces clous, que sainte Hélène… Que le clou du Seigneur ait été fixé dans le frein de Constantin, les historiens classiques l’ont rapporté si clairement qu’il ne reste aucun lieu au doute ; bien plus, Grégoire de Tours dit que deux clous du Seigneur furent fixés dans le frein de Constantin. Jérôme favorise cette opinion en expliquant le passage de Zacharie comme se rapportant aux clous du Seigneur que Hélène mit dans le frein de Constantin son fils. D’autres cependant affirment communément qu’un seul clou fut inséré dans le frein. Grégoire de Tours écrit que ce frein, muni du clou du Seigneur, fut d’une très grande vertu contre les embûches du démon ; Justinien en fit l’expérience, ayant été trompé par un magicien, et échappa aux embûches en plaçant le frein sous sa tête.

Ambroise dit aussi que, lorsque le clou fut trouvé et envoyé à Constantin, les Juifs disaient : « Voici que le clou est en honneur, et ce que nous avons destiné à la mort est devenu remède de salut, et par une puissance invisible il tourmente les démons. » Afin de voir plus clairement quelle fut la foi sincère de l’empereur Constantin envers les instruments de la Passion du Seigneur, ajoutons qu’il fit porter devant lui en guerre non seulement un frein et un casque munis de clous du Seigneur, mais aussi une partie de la Croix du Seigneur, soigneusement enveloppée et suspendue à son cou.

Cette très sainte partie de la Croix, liée dans du cuir, est conservée avec soin à l’abbaye de Nonantola et y est pieusement honorée. Le clou fixé dans le frein est conservé à Milan dans la très magnifique basilique métropolitaine et y est honoré avec la plus grande vénération. Eutrope dit qu’un clou fut enfoncé dans la main du Christ.

Nous avons vu le fait ; recherchons maintenant les mystères : pourquoi le Christ voulut que le clou fût inséré dans le frein du cheval. Cela ne doit pas être tenu pour arrivé sans providence céleste. Est-ce afin que nos chairs, que la crainte peut comme des clous fixer, soient contenues par un frein ? Est-ce pour que nous, semblables aux chevaux et aux mulets sans intelligence, soyons retenus par le mors et le frein ? Est-ce pour que non seulement les chairs, mais aussi les mâchoires soient resserrées ? Est-ce afin que notre langue, que nul ne peut dompter, soit domptée par le clou et le frein ? Est-ce afin que, comme un petit gouvernail dirige un navire et un petit frein un animal, ainsi, si un frein est lié à notre bouche et à notre tête, nous soyons retenus en tout le reste ? Est-ce pour que, comme on dirige un cheval par le frein, ainsi nous soyons conduits vers le Christ ? Est-ce parce que les clous du Seigneur furent des morsures pour l’enfer : « Ô mort, je serai ta mort ; enfer, je serai ta morsure » ? Est-ce parce qu’il mit aussi un frein au diable ? Est-ce enfin parce que, selon Isaïe, nous n’étions retenus ni par sa louange ni par ses bienfaits, et qu’il voulut ainsi nous freiner par le clou ?

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Des pieds du Christ. Chapitre XX.

Que faut-il dire des autres clous du Seigneur ? À cette question, on peut apporter plusieurs réponses.

Une rumeur s’est répandue : alors que la mer Adriatique était agitée par des tempêtes violentes et d’horribles perturbations, au point qu’en raison des tourbillons et des naufrages très fréquents elle était appelée le gouffre des naufragés, la très pieuse impératrice Hélène, émue par les calamités des malheureux, aurait fait jeter dans la mer Adriatique un des clous du Seigneur. Ce fait accompli, la mer Adriatique se calma et fut rendue à la tranquillité, se montrant paisible aux navigateurs. Ainsi le rapporte Grégoire de Tours.

On affirme qu’un autre clou fortifia le casque de Constantin, afin qu’il pût se défendre plus heureusement contre les traits des ennemis. Plusieurs historiens rapportent cela. Toutefois le cardinal Baronius estime plutôt que le clou fut placé dans la couronne dont Constantin usait.

On rapporte encore qu’un autre clou, envoyé par Hélène à Rome, est conservé dans l’église de la Sainte-Croix de Jérusalem.

Que faut-il penser des clous conservés en divers lieux comme des clous du Seigneur ?

À Milan, le clou inséré dans le frein est honoré avec grande piété. Lipse dit avoir entendu qu’à Trèves le clou conservé est expressément désigné dans les anciens mémoires comme le clou du pied droit.

À cette question, plusieurs réponses sont possibles.

Premièrement : il se peut que de véritables clous du Seigneur aient été limées certaines particules, lesquelles auraient été insérées dans d’autres clous de fer fabriqués à leur ressemblance ; et que par cette insertion progressive, le clou entier ait été appelé « clou du Seigneur ». Jean Molanus le prouve par de nombreux témoignages de saint Grégoire, montrant qu’on insérait des parcelles limées des chaînes de saint Pierre dans de petites clefs de fer ensuite honorées.

Deuxièmement : selon le cardinal Baronius, les clous originaux ayant été perdus, d’autres furent utilisés pour assembler le bois de la Croix.

Troisièmement : toujours selon Baronius, il est possible qu’un clou ayant servi à fixer le corps mystique du Christ en quelque martyr ait été tenu pour celui qui avait transpercé les vrais membres du Christ.

Enfin, Jérôme mentionne que certains ont pensé que le passage de Zacharie devait s’entendre des clous de la Passion placés par Hélène dans le frein de Constantin ; mais il critique cette interprétation comme pieuse mais ridicule. D’autres, comme Remi et Hugues le Cardinal, y voient plutôt une prophétie selon laquelle l’or placé sur le frein deviendrait saint parce qu’il servirait aux pauvres.

Cependant l’autorité de grands écrivains — Ambroise, Grégoire de Tours, Nicéphore, Théodoret, Sozomène et d’autres — a défendu cette interprétation contre le ridicule et la moquerie.

364

Paul Diacre rapporte que, du fait que les clous de la Passion du Seigneur furent insérés dans le frein de Constantin, s’accomplissait cette parole de Zacharie 14 : « Ce qui sera sur le frein sera consacré au Seigneur tout-puissant. » Toutefois, parce qu’un auteur très pieux constata en cette matière une divergence entre les Pères, il ajoute prudemment que beaucoup ont ainsi opiné, rapportant les avis d’autrui sans trancher la controverse.

De quelle douleur la Bienheureuse Vierge, notre Dame, fut affligée et crucifiée intérieurement.

Si le même feu de piété qui embrasait le cœur de la glorieuse Marie Madeleine vivait en nous ; si le même élan de charité nous conduisait, avec le même ardent amour, à nous prosterner pour baiser les très bienheureux pieds ; si nous choisissions les pieds du Seigneur comme demeure, nous comprendrions qu’il nous est bon d’être ici. Nous les arroserions de nos larmes, les essuierions de nos cheveux, les laverions de nos yeux, et nous répondrions aux baisers de la très bienheureuse Mère par les nôtres, aux douleurs par des douleurs, aux pleurs par des pleurs, aux larmes par des larmes.

Qui ne voit combien furent immenses les douleurs de la Mère dans la Passion du Fils, lorsqu’elle voyait les saints pieds de son Fils fixés par de durs clous ? Quelle impiété monstrueuse que de fixer les pieds d’un homme par le fer et les clous !

Si la très sainte Mère, contemplant les pieds saints de son Fils et prévoyant qu’ils seraient crucifiés par ces clous terribles, était saisie d’une telle douleur qu’elle se fondait en larmes, bien qu’éloignée de l’acte même, combien donc a-t-elle souffert lorsqu’elle vit les mains et les pieds de son Fils unique transpercés par des clous aigus ? Les yeux en effet augmentent la douleur. Qui pourrait compter ses larmes ?

Je lis chez Germain un fragment décrivant les douleurs de la Vierge lorsqu’elle reçut le Seigneur descendu de la Croix. Il dit que la Vierge Marie, après la déposition du Christ, baisa mille fois ses membres, et baisa encore avec tendresse sa tête couronnée d’épines, son visage meurtri, etc.

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D’Alphonse Paleotti,
archevêque de Bologne,

Explication du Saint Suaire.

Du coup porté au côté droit du Christ ; puis de sa vertu et de son effet, et de ce qu’il nous procure de durable.

Chapitre XX.

Que l’on examine le passage de l’exemplaire où la lettre L est décrite.

Or, en expliquant la blessure du côté, par laquelle dans la Sainte Sindone nous considérons ensuite la totalité des plaies, il faut observer ceci : puisque celle-ci ne nous est pas montrée du côté gauche, nous concluons véritablement que le Christ a reçu la blessure dans la partie droite du côté ; laquelle blessure, si elle avait été infligée à gauche, apparaîtrait imprimée, dans l’exemplaire proposé, sur la face antérieure du visage.

De là est réfutée l’interprétation qui paraît plus savante, par laquelle certains docteurs ont cherché à soutenir que la blessure aurait été faite à gauche, fondant leur opinion sur ceci : de même qu’Ève fut créée du côté gauche de l’homme, ainsi une telle blessure aurait convenu symboliquement au côté du Christ.

Mais puisque les oracles des prophètes et les sentences des Pères parlent plus clairement, disant que de son côté ont jailli l’eau et le sang — et cela du côté droit — (ce passage concernant le sang coulant de la blessure est expliqué par saint Isidore ; et Innocent III l’expose encore plus clairement), « Le calice », dit-il, « est placé à la droite de l’offrande », c’est-à-dire au côté du Christ.

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comme d’une réception de sang, qui du côté droit du Christ est cru, ou est vu, avoir jailli. À cela consent saint Augustin. Hostien dit que, là où près du calice elle est désignée, elle doit être placée de telle sorte que, par sa position et celle du calice, elle représente le côté droit du Christ. De même aussi saint Augustin a interprété ce passage : Il a reçu, dit-il, l’ouverture au côté droit ; assurément c’est cette blessure, lorsque le côté du crucifié fut blessé par la lance. Et non d’une manière dissemblable Rupert dit : Du côté droit du corps du Seigneur sont sorties des eaux vivantes, des eaux salutaires. Or cette coutume, par laquelle la sainte Église consent que ce genre de blessure soit peinte à droite, est clairement confirmée par les images des crucifix.

Du reste, que cette blessure ait été large, cela ressort du saint Suaire, et qu’elle ait été telle peut être facilement compris d’après le fer de la lance, lequel, assez large, est montré à Rome dans la basilique du Prince des Apôtres ; et le Rédempteur lui-même indique qu’elle fut telle, lorsqu’il invite ainsi l’Apôtre saint Thomas en l’appelant dans l’Évangile : Apporte ta main, et mets-la dans mon côté.

Or la figure de cette blessure fut préfigurée dans ces premiers Parents, Adam et Ève : car Ève, formée du côté d’Adam endormi, désignait que l’Église du Christ devait être formée de ce même côté, lorsqu’il mourut sur la Croix. Ce mystère, saint Paul le dévoile lorsqu’il dit : Ce sacrement est grand ; mais moi je parle dans le Christ et dans l’Église. Ce que manifeste aussi ouvertement un grand nombre de Pères ; comme saint Augustin en divers endroits ; Rupert abbé, Clément pontife dans les saintes sanctions, et Eusèbe : et même Tertullien met tout cela clairement en lumière : Si Adam, dit-il, figurait le Christ, le sommeil d’Adam était la mort du Christ s’endormant dans la mort, afin que, de la blessure pareillement de son côté, fût figurée l’Église, vraie mère des vivants.

De cette blessure donc coula beaucoup de sang ; car ainsi le Suaire, regorgeant de sang, se présente lui-même à tous pour être vu. Et le sang ne jaillit pas seulement de là ; mais aussi, comme l’a remarqué l’Évangéliste saint Jean, de l’eau fut en même temps répandue. Ô Père vraiment très pieux envers ses fils, qui, après nous avoir tous comblés de tant de bienfaits pendant qu’il vivait, après sa mort, à cause de son immense piété envers nous et d’un amour principal, afin de nous enrichir abondamment, ouvrit enfin à tous, tiré de cette même blessure, le trésor très précieux, car lorsqu’il eut répandu tout son sang s’écoulant des veines de tout le corps, il retint dans les parties les plus secrètes des veines intérieures comme un certain fleuve de sang précieux, afin que, lorsqu’il mourut, il le répandît abondamment à la manière d’une source jaillissante, associé à ces immenses dons, par lesquels il enrichit son Église presque à l’infini.

Car pour nous, lorsqu’il mourut, il offrit une très abondante quantité d’un tel très sacré sang, comme un don, afin que de là après…

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que sa mort, et sa force, et la matière de l’Église à étendre par tout l’univers, sa passion la fournirait, et que les sept Sacrements en découleraient, puisque de là le sang pour nous racheter, et l’eau pour accomplir l’ablution par le Baptême, couleraient abondamment. Ainsi saint Augustin l’a attesté en ces paroles : La lance ouvrit le côté, afin que là, d’une certaine manière, s’ouvrît la porte de la vie, d’où les Sacrements découleraient. Ailleurs aussi : Le Christ étant mort, le côté est percé par la lance, afin que demeurassent les Sacrements, par lesquels serait formée l’Église. En un autre lieu également il confirme cela même. Mais plus clairement saint Cyrille : Un des soldats, dit-il, perce de la lance son côté, lequel aussitôt fit sortir du sang, et en même temps de l’eau, origine de la bénédiction mystique et du saint Baptême. À cela s’ajoute le témoignage de saint Cyprien : De ton côté sort une source coulant vers la vie éternelle, et de cette même origine consubstantielle, dans des limites divines, l’eau et le sang émanent pour l’accomplissement et la perfection de tous nos Sacrements destinés à durer perpétuellement. Mais ne laissons pas ce que saint Jérôme écrit dans une certaine épître : Le côté du Christ est frappé par la lance, et les Sacrements du Baptême et du Martyre sont pareillement répandus. De même ailleurs : Le côté, dit-il, blessé par la lance, a coulé d’eau et de sang, et nous a consacré le Baptême et le Martyre.

Du reste, maintenant l’ouverture, et tout ce qui devait en jaillir, Ézéchiel l’avait annoncé longtemps auparavant : Et il y aura, disait-il, des poissons en assez grand nombre, après que ces eaux seront venues, et ils seront guéris, et tout vivra partout où sera venu le torrent, et des pêcheurs se tiendront au-dessus d’elles. Or cette prophétie, saint Jérôme l’interprète de l’eau du Baptême : Nous pouvons comprendre, dit-il, qu’elle signifie les premiers péchés des hommes, qui sont remis lorsque nous entrons dans les eaux du Seigneur, et elles montrent la grâce salutaire du Baptême, et sont les commencements des progrès. Et saint Denys le Chartreux ne dit pas des choses dissemblables : Mais plus convenablement, dit-il, selon moi, ils entendent par les eaux la source du Baptême, par laquelle l’Église du Christ a eu son origine.

Ô donc blessure salutaire, d’où a coulé ce très précieux sang, qui nous revendique de la servitude à la liberté ; 12. et eau très pure, qui lave nos âmes et les rend tellement blanches qu’elles sortent comme des colombes très simples de cette Arche d’Alliance ; laquelle, lorsque le temple de Dieu fut ouvert dans le ciel, apparut elle aussi, de laquelle il est ainsi écrit chez saint Jean : Le temple de Dieu fut ouvert dans le ciel, et l’Arche d’Alliance fut vue. Ces colombes sont assurément nos âmes, invitées par le Christ Pierre aux ouvertures de ses plaies, par la bouche du Sage : Viens, dit-il, ma colombe, dans les ouvertures de la pierre : car là la Glose interprète les très saintes blessures du Sauveur par les ouvertures. 13. Or une telle blessure, Salomon l’a prédite en prophétisant : Tu as blessé mon cœur.

Donc de cette blessure a coulé une telle eau, qui peut à la fois laver et effacer toutes les taches de nos péchés. 15. De même aussi un tel sang en a abondé, que par l’ongle celui-ci d’un diamant…

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qu’il pouvait briser le péché qui avait été gravé avec un stylet de fer. À ce sujet Jérémie dit : Le péché de Juda est écrit avec un stylet de fer sur un ongle de diamant.

Par le stylet de fer changé en sang coulant du très pieux cœur de notre Sauveur, la dureté du péché, et aussi cet affect dur de notre poitrine adamantine, a été brisée. 16. Mais ce sang, en raison de l’immense force de confirmer et de la vertu de fortifier, a été désigné sous le nom de vin par Job : Tu laveras, dit-il, ta robe dans le vin, et ton manteau dans le sang de la grappe. Car de celui-ci, comme d’une grappe vivante, pendante de la vigne de la vie, lequel est le dernier sang, conservé jusqu’à la blessure du côté ; cette force purifiante, lavant, brisant et affermissant nos cœurs, et ceux de tous les autres qui se seront approprié à eux-mêmes les mérites de ce même sang, a entièrement découlé.

« Ce stylet de fer, transformé en sang jaillissant du très pieux Cœur de notre Sauveur, a brisé la dureté du péché, ainsi que cette dure affection de notre poitrine adamantine.

Or ce sang, en raison de son immense puissance pour affermir et pour fortifier la vertu de la vie, a été désigné sous le nom de vin par Job : “Il lavera dans le vin sa tunique, et dans le sang de la grappe son manteau.” Car de cette grappe de vie, pour ainsi dire, et de cette vigne d’où pend la vie — qui est le sang suprême, répandu jusqu’à la blessure du côté — a découlé toute cette puissance qui purifie, lave, brise, affermit nos cœurs et ceux de tous les autres qui se seront approprié les mérites de ce même sang. »

D’ailleurs, un véritable sang, et pareillement une véritable eau, ont jailli du côté du Rédempteur : car ainsi, pour que nous le croyions, non seulement l’histoire évangélique, mais aussi les écrits sacrés des Saints nous l’enseignent.

Et après la mort (chose admirable à dire), ils s’écoulèrent ; comme saint Ambroise l’a remarqué, et il y a reconnu un miracle : “Bien qu’un véritable sang soit sorti, ce fut pourtant un miracle qu’un sang sortît d’un mort ; car après la mort, le sang se fige dans nos corps, tandis que de ce corps certes incorrompu, mais néanmoins défunt, jaillissait la vie de tous : en effet, de l’eau et du sang sortirent ; l’eau, parce qu’elle purifie ; le sang, parce qu’il rachète.” »

Et non seulement le sang a coulé de la poitrine du Christ lorsqu’il pendait sur la Croix, mais encore, lorsqu’il fut descendu de la Croix, il teignit de sang la Sainte Sindone déjà répandue auparavant ; car on y vit apparaître un nombre assez considérable de gouttes de sang. Ce qui, si l’on considère la pensée de saint Ambroise, pourrait offrir une occasion d’un miracle bien plus grand encore.

Bien qu’on puisse aisément répondre que le miracle ne consiste pas seulement en ceci, mais plutôt en ce que, du même côté blessé, le sang et l’eau ayant coulé, ils s’écoulèrent tous deux ensemble, cela ayant été permis d’une certaine manière ; néanmoins, que du côté du Christ, dans ce même intervalle de temps, rien n’ait cessé de se produire d’admirable, saint Jean l’Évangéliste le rappelle comme portant en soi la plus grande cause de prodige. Et pour attribuer au miracle une force plus grande encore, il consigna par écrit qu’il l’avait observé de ses propres yeux : “Il en sortit du sang et de l’eau, et celui qui a vu en a rendu témoignage.” »

Le même saint Jean a également désigné ce même sang, ainsi que leur même vertu et efficacité, tant pour la Rédemption que pour le Baptême, lorsqu’il a dit : “C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus-Christ ; non pas dans l’eau seulement, mais dans l’eau et dans le sang.” Et ailleurs encore : “Ils sont trois à rendre témoignage sur la terre : l’Esprit, l’Eau et le Sang.” »

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Ainsi donc tant et de si grandes et telles furent les plaies du Seigneur. Et bien qu’à la résurrection il n’en ait retenu que cinq seulement, il ne s’ensuit pas pour autant qu’il n’ait pas eu dans sa passion d’autres plaies infligées à son corps, lesquelles fussent autres que celles que nous disions à l’instant qu’il avait retenues dans la résurrection. Et quoique d’assigner la cause de tous les mystères appartienne à celui à qui Dieu accorde une plus grande faveur de sa propre grâce divine, celle qu’il a daigné partager avec moi en raison de son immense clémence envers moi, néanmoins nous dirons qu’il n’a pas voulu apparaître avec d’autres que celles qu’il avait reçues dans son corps, en spectacle public des nations, lorsqu’il pendait à la croix : 23. parce qu’une telle Croix, selon le témoignage d’Isaïe, était le char de ce très glorieux triomphe : parce qu’avec ces mêmes très sacrées blessures il a très heureusement accompli ce très divin triomphe : car, outre que les autres plaies ne pouvaient pas vraiment être appelées blessures, puisqu’elles n’avaient pas été infligées par le fer, mais étaient des coups, des piqûres, des déchirures et autres choses de ce genre, comme précédant la passion et tendant toutes vers la Croix comme vers la fin ultime. On pourrait en outre dire qu’il n’a retenu que cinq blessures, afin de représenter la figure de celles-ci désignée dans ces cinq pierres par lesquelles Goliath fut tué par David. En outre, afin de montrer une autre figure de ces blessures esquissée dans les cinq portiques de cette Piscine de Jérusalem.

Mais si le Seigneur, mort de cette manière, par ces blessures a remporté la victoire sur Lucifer, sur le péché et sur la mort elle-même, alors qu’ils étaient dotés de forces plus puissantes, que ne devons-nous pas espérer de ces mêmes plaies, surtout en ce temps où lui, revenu à la vie d’entre les morts, victorieux, assis à la droite de Dieu le Père, a obtenu le royaume et la gloire ?

Mais après la blessure de ce sacré côté, lorsque les oracles de tous les Prophètes eurent déjà été menés à leur accomplissement, et que l’Église existait déjà formée, et qu’elle nous eut offert les très saints Sacrements en don, au même moment, cette prophétie d’Isaïe fut accomplie : Le Seigneur Dieu des armées fera une consommation et un abrégement au milieu de toute la terre. Car c’est le lieu où il fut attaché à la Croix, qui est situé au milieu de la terre : comme David l’avait annoncé d’avance : Il a opéré, dit-il, le salut au milieu de la terre. Et tous les oracles, et celui d’Isaïe surtout : Dieu des armées fera une consommation, ayant été accomplis : ayant en outre montré qu’il tenait pour très agréables toutes les choses qui avaient été prédites à son sujet par les oracles sacrés des Écritures, 26. inclinant la tête, devant mourir sur la Croix, il émit enfin cette dernière parole : Tout est accompli.

Or dans cette inclination de la tête, un nouveau mystère imaginé par saint Jean Damascène, et même expliqué, ne doit pas être omis…

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laissons cela : à savoir que notre Sauveur tourna la tête vers la région de l’occident, où habitait le peuple des Gentils : comme s’il l’appelait à lui, et l’invitait, attiré, à jouir du fruit de sa très salutaire Passion, que ce peuple des Juifs, avec des esprits obstinés pour sa propre perte, avait refusé. Car ainsi Damascène dit : Mais aussi le Christ crucifié regardait vers l’occident. Indocus Clitovæus aussi, saisissant en ce lieu une grande occasion d’observation à remarquer, dit : Et cela, dit-il, ne doit pas être passé négligemment, que le Christ crucifié regardait vers l’occident : qu’il ait peut-être fait cela afin que, son regard tourné vers nous, comme vers des peuples très chers à lui, il établît en ces régions la Foi et son Église, et qu’il nous accordât le fruit de son très salutaire sang.

Toi, pieux Lecteur, tu pourras d’ici méditer par toi-même de quelle douleur la très sainte Vierge était consumée, lorsque placée au pied de la Croix, elle avait senti que son fils, avec de grands cris, avait rendu l’âme, et cependant, alors qu’elle voyait que les oracles des Prophètes et tous les témoignages des divines Écritures avaient déjà été menés à leur accomplissement : elle voyait ces peuples très cruels exercer encore leur cruauté contre son très doux fils, se moquer de ses misères, et contempler la poitrine du cadavre blessée par le très grand coup de la lance. Avec elle tu pourras certes t’écrier : Ah ministre d’une cruelle barbarie, n’as-tu pas encore cessé d’exercer la cruauté ? As-tu encore soif du sang d’un cadavre ? 29. Malheureuse que je suis, comme très véritablement ce très amer blessure avait été prédite par ce prophète Ézéchiel : Le côté droit du temple doit être ouvert avec un grand écoulement de sang. De là, lorsque tu auras médité la Mère se consumant de douleur très amère, avec un intime sentiment de compassion, les larmes jaillies des yeux, alors tu pourras mêler ta douleur à la sienne, non autrement qu’elle, lorsque, plaignant toutes les très cruelles douleurs de son fils reçues dans sa poitrine, le cœur ouvert vers la blessure, elle fit couler vers ses yeux des larmes très abondantes. 30. De cette manière, toi, pieux Lecteur, fixant ton regard sur le sacré Suaire, méditant entre cette large et sanglante blessure, tu ouvriras une large source de larmes.

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Du frère
Daniel Mallonius

Élucidations
sur la blessure du côté du Christ.

Chapitre XX

En expliquant la blessure du côté, etc., vers la porte du Temple, vers l’entrée de l’Arche, vers l’entrée du Côté, qui regarde vers l’Aquilon, vers les cavités du mur, vers la source de Jacob, vers la mer d’airain, vers les puits des eaux vivantes, vers la source de l’amour, vers le trésor de la charité, vers l’ouverture du rocher, vers les trésors inaccessibles des dons célestes, vers les richesses incomparables du Christ, nous en viendrons enfin à ce que notre prière poursuive avec dévotion les mystères de la très sainte blessure reçue par le Christ au côté droit. Cette blessure est blessure d’amour et gage de charité : car notre Sauveur le Christ, ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin : et comme dans sa passion il a montré son immense amour envers nous, dans cette blessure il a manifesté l’excès de son amour pour nous. Les orateurs réservent pour l’épilogue de la péroraison les arguments plus efficaces pour persuader : les poètes placent à la fin de l’épigramme la plus grande énergie du poème. Le Christ donc, dans cette blessure, comme dans l’épilogue de sa Passion et la fin d’un poème de larmes, a enfermé la force de sa Passion. J’ai gardé le bon vin jusqu’à présent, afin qu’avec Samuel présentant les armes à Saül, il puisse dire : je l’ai gardé pour toi avec soin. Ce que donc le Christ a gardé à dessein pour la fin ne devait pas être expliqué par nous avant la fin : et l’apparat du très saint Suaire, qui nous montre cette blessure au côté de la poitrine, ne devait pas nous appeler à ce que parmi les plaies de la poitrine cette blessure fût expliquée par nous, puisque cette blessure le Christ l’a reçue en dernier lieu pour nous, elle devait être expliquée par nous en dernier lieu.

Il faut observer que si tu regardais l’image du Christ imprimée sur le très saint Suaire, tu verrais la blessure adhérant au côté gauche : certains, effleurant toute la question, pensent que la blessure a été reçue au côté gauche. Bien plus, des hérétiques, mus par cette légèreté insensée, ont jugé qu’il fallait attaquer le saint Suaire du Christ, parce qu’il semble présenter une blessure infligée au Christ du côté gauche, alors qu’il est constant qu’elle a été infligée au côté droit. Mais ceux qui examinent la chose plus prudemment remarquent que le sacré linceul, placé sur le corps du Christ, a reçu l’effigie du Christ, et ainsi, à la manière d’un miroir, montre à gauche ce qu’il a reçu à droite du corps du Christ Sauveur. Sur ce point nous avons dit davantage au chapitre 3.

D’où paraît plus subtile et plus savante cette interprétation. etc. Telle est la condition des hommes que, pour résoudre des choses douteuses, dont une connaissance assurée et claire ne peut être obtenue, certains atteignent la chose de plus près par des conjectures plus légères, d’autres au contraire s’éloignent beaucoup du but de la vérité. Nous reconnaissons que cela est arrivé dans l’explication de cette douce blessure. Car certains ont enseigné qu’il est tout à fait incertain si cette blessure a été portée au côté gauche ou au côté droit : ainsi Jean Gretser, livre X de la Croix, chapitre 34. D’autres rapportent qu’elle a adhéré au côté gauche. D’autres que les deux côtés ont été percés par la lance…

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ils veulent qu’il ait été percé. D’autres ont reconnu qu’il a été figuré pour un seul côté. Ce que je dis, ils affirment même plusieurs blessures infligées. D’autres représentent la blessure non pas autour des côtes, mais autour d’elles. D’autres soutiennent que la même blessure n’a pas été infligée au Christ déjà mort, mais encore suspendu et vivant. Toutes ces erreurs, leurs auteurs et leurs fondements ayant été brisés, seront renversées par nous.

En premier lieu donc, ceux qui croient que le côté gauche a été transpercé par la blessure sont mus par des conjectures plus légères.

Premièrement, parce que cette blessure fut infligée au Christ afin qu’ils soient rendus plus certains de sa mort ; mais les auteurs de la blessure pouvaient être rendus plus certains en frappant dans la partie gauche, parce que là le cœur est plus proche : donc ils ont porté la blessure au côté gauche.

Deuxièmement, nous lisons souvent chez les saints Pères, et aussi chez ceux qui se délectent plus dévotement des pieuses contemplations, que le cœur du Christ a été transpercé par le coup de la lance, selon cette parole : Tu as blessé mon cœur ; mais il pouvait être transpercé plus facilement s’il était frappé au côté gauche qu’au droit : donc ils ont percé le côté gauche.

Troisièmement, parce que cette blessure est appelée blessure d’amour, mais l’amour vient du cœur, il tend vers la gauche. Donc aussi la blessure vers la gauche.

Quatrièmement, parce que dans certaines images plus anciennes, on voit parfois la blessure fixée à la partie gauche.

Enfin, parce que, selon la doctrine des Pères, comme nous le montrerons plus bas, il est manifeste que de la blessure du côté l’Église a été formée ; car Ève a été bâtie du côté d’Adam afin que l’Église fût bâtie du côté du Christ : Adam dormit pour qu’Ève fût formée, le Christ dormit pour que l’Église fût formée ; le sommeil d’Adam ne fut pas naturel, mais extatique ; le sommeil du Christ dans la mort ne fut pas naturel, mais extatique ; Adam dormit au Paradis, le Christ sur la Croix, par laquelle l’accès au Paradis est ouvert ; c’est pourquoi Adam, réveillé du sommeil, dit : Voici maintenant l’os de mes os, et d’après saint Thomas, 2.2, question 2, article 2, il reconnut le mystère de l’Incarnation. Ce que je dis, ils affirment même plusieurs blessures infligées. D’autres expliquent l’Apôtre aux Éphésiens 5 disant : Ce sacrement est grand, mais je vous dis dans le Christ et dans l’Église. Ainsi le bienheureux Laurent Justinien, livre du Combat triomphal, chapitre 21. Mais ils se persuadaient qu’Ève avait été formée du côté gauche d’Adam et que la côte avait été retirée du côté gauche ; donc afin que la vérité de la figure corresponde, la blessure semblait avoir été portée au côté gauche. Or que la côte ait été prise du côté gauche, ils le prouvent.

Premièrement, par la condition des femmes ; car elles sont molles, faibles, délicates, moins aptes que les hommes aux œuvres humaines ; telle est aussi en nous la partie gauche : en effet celle-ci est en nous plus liée ; la droite plus agile : donc la femme a été formée de la partie gauche.

Deuxièmement, parce que la partie gauche est plus proche du cœur, et est donc gardée par nous avec un plus grand soin. Dieu donc, qui a voulu former la femme plutôt de la côte d’Adam que de la boue de la terre, il est probable qu’il ait formé la femme du côté gauche d’Adam.

Troisièmement, la femme est virago, comme masculine, mais elle est plus grêle et plus faible que l’homme ; donc elle a été prise de sa partie plus grêle ; or celle-ci est celle qui est à la partie gauche, donc formée de la partie gauche.

Quatrièmement, parce que peut-être les hommes ont la partie gauche plus faible parce que la côte en a été prise.

Cinquièmement, parce que la femme est moindre que l’homme, elle doit donc lui être soumise, mais le moindre est placé à la gauche ; car la droite est attribuée aux plus grands, la gauche aux plus petits ; donc Ève a été formée de la partie gauche.

Sixièmement, Pererius ajoute que les hommes sont conçus dans le côté droit, les femmes dans le gauche.

Donc par ces conjectures et d’autres semblables étaient amenés ceux qui la blessure du Christ la plaçaient [la blessure] au côté gauche.

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Mais combien élégamment et combien délicatement notre auteur dit que cette opinion est plus subtile que savante : ajoutons-nous, aussi plus que vraie ; car véritablement les raisons alléguées semblent subtiles, aiguës, ingénieuses : mais en réalité elles ne sont ni solides ni efficaces : car,

Au premier point il est facile de répondre que les ministres purent être rendus plus certains de la mort du Christ par une blessure si cruelle, même infligée au côté droit, puisque, comme nous le dirons plus bas, ils ont si fortement percé le côté droit qu’atteignant même la côte du côté gauche par la pointe de la lance, ils ont transpercé le cœur du Christ.

Au second point nous admettons avec eux qu’il semble pieux et probable — ce que nous montrerons aussi plus bas — que le cœur du Christ ait été transpercé ; mais qu’il ait pu être transpercé facilement par un si grand et si violent coup de lance.

Au troisième point il est facile de répondre que cette blessure est dite blessure d’amour, soit parce que le cœur a été transpercé, soit au moins parce que la blessure a été infligée autour des précordes.

Au quatrième point je réponds qu’en une chose de si grande importance nous ne devons pas être mus par l’observation incertaine des peintres ; puisque chez les peintres et les poètes il y a moins faculté de feindre que hardiesse et licence attribuée par d’autres ; alors même que le plus souvent la blessure a été figurée par d’autres du côté droit.

Enfin il faut considérer avant tout que la formation d’Ève à partir d’Adam a été le type de la formation de l’Église à partir du Christ ; mais que Ève ait été formée du côté gauche ne se conclut pas aussi clairement, car ces conjectures sont légères. C’est pourquoi au premier point je réponds : si la femme n’a pas été formée de chair mais d’une côte, c’est-à-dire d’un os solide, pourquoi est-elle devenue plus molle ? Pourquoi n’est-elle pas plus molle que l’homme auquel non une côte mais la chair fut rendue pour côte ? Car il ne faut pas penser que cela soit arrivé sans cause ou par hasard ; ce sont en effet clairement des mystères, comme [le dit] Augustin, livre 9, de la Genèse à la lettre.

Chapitre 15, et livre 2 contre les Manichéens chapitre 12. Mais quels sont ces mystères, Bernard l’indique dans un sermon sur ces paroles : Le Seigneur fit tomber un sommeil sur Adam. Épiphane livre 3 contre les hérésies, hérésie 35. Saint Augustin sur le psaume 36, sur ces paroles : J’ai dormi troublé, livre 9 de la Genèse à la lettre chapitre 13, sermon sur le Cataclysme ; et de nouveau dans les sermons 153 et 256. Mais ses paroles sont d’or dans le traité 15 sur Jean, où il dit ainsi : Dieu pouvait enlever de la chair à l’homme d’où il ferait la femme, et cela aurait pu sembler plus convenable ; car le sexe plus faible se ferait de chair plutôt que d’os. Il pouvait, l’os enlevé, ne pas rendre de la chair mais un os. Qu’a-t-il donc signifié ? La foi est-elle femme dans la côte comme forte, le salut est-il Adam dans la chair comme faible ? Voici le mystère : parce que le Christ a attribué sa vertu à son Église, lui qui a assumé en lui l’infirmité de l’homme ; ainsi donc Ève aurait pu être formée du côté droit comme faible.

Au second point je réponds qu’il suffit à la femme d’être aimée par l’homme, parce qu’elle a été formée de sa côte, et de cela apparaîtra la solution au troisième point.

Au quatrième point, quelle est la cause pour laquelle la partie gauche est plus faible que la droite, et moins apte, qu’on lise Aristote livre 4 de la Génération des animaux chapitre 1 et livre 5 chapitre 1, où il enseigne que cela vient d’une plus grande chaleur qui est dans la partie droite, d’où il résulte que la partie droite est plus agile et plus apte.

Au cinquième point je réponds que la femme doit être soumise à l’homme et que la gauche doit tenir la droite, parce qu’elle a été formée de la partie de l’homme. Aristote donnerait une autre raison en disant que la femme est mâle gauche et imparfait, donc plus ignoble.

Mais celui qui mûrement [considère] les oracles des prophètes, etc. Cette opinion est subtile mais non savante, celle qui inflige au Christ la blessure à gauche ; mais elle n’est pas vraie ; est subtile et savante celle qui affirme que la blessure a été infligée au Christ au côté droit ; et celle-ci, parce qu’elle est vraie, doit être confirmée ; pour examiner lesquelles…

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L’autorité d’Ézéchiel est aussi invoquée : Voici des eaux débordantes du côté droit. Or Ézéchiel parle du temple mystique de Dieu, de dont le côté droit, où était la porte, sortait une eau salutaire. Et certes les Pères ont reconnu que dans le temple était figuré le Christ Seigneur : Jérôme, Rupert, et la Glose sur Ézéchiel chapitre 4 ; saint Hilaire sur Matthieu canon 12 ; Augustin livre 1, question 24 sur l’Évangile. Bien plus le Christ lui-même, Jean 2, disant : Détruisez ce temple, parlait du temple de son corps. Or dans la porte du temple, du côté droit, il faut reconnaître la blessure du côté ; peut-être des témoignages nous l’indiquent aussi, lesquels comprennent également l’arche de la porte dans la blessure du côté droit du Christ. Rupert livre 3 des Rois chapitre 10, disant : La porte du côté du temple est la blessure dans le côté transpercé par la lance de la poitrine du Seigneur. Augustin livre 13 de la Cité de Dieu chapitre 26 : Cette porte, dit-il, il l’a reçue dans le côté, assurément c’est cette blessure, lorsque le côté du crucifié fut perforé par la lance. Il le répète aussi livre 12 contre Fauste chapitres 16 et 39. Ambroise livre 1 des Offices chapitre 37. Athanase y est favorable dans le petit livre sur la Passion de l’image du Christ, où il dit que les Hébreux, ayant peu suivi les traces des histoires, voulurent que Jean eût frappé le côté droit avec la lance. Et sainte Brigitte livre 7 chapitre 15 dit ainsi : Les foules se tenant autour, un homme accourut avec une très grande fureur et enfonça la lance dans son côté droit, si violemment et si fortement que la lance sembla vouloir passer à travers l’autre partie du corps. Isidore Mosconius témoigne aussi dans le petit livre sur la vie de la bienheureuse Claire de la Croix, que dans le cœur de la bienheureuse Claire, où le Christ avait gravé les mystères de sa passion, se trouvait l’image du Christ crucifié ; et que dans le côté droit était imprimée la blessure. Voici donc comment la révélation faite à sainte Brigitte concorde entièrement avec ce qui fut montré à la bienheureuse Claire. L’autorité d’Innocent III, livre 2 du Mystère du saint Autel chapitre 54, disant : Le calice est placé au côté droit offert, comme pour recevoir le sang qui du côté droit du Christ est cru, ou est vu, avoir coulé. Et dans son épître 235 : L’hostie qui est placée près du calice doit être ainsi disposée, afin que par sa position et celle du calice soit représenté le côté droit du Christ. Ainsi en effet l’Esprit Saint a voulu disposer les très saints mystères des messes, afin que par cette vérité fût représentée la blessure infligée au côté droit.

Cette vérité ainsi confirmée, on pourra facilement comprendre et expliquer de nombreux autres passages de l’Écriture : car Deutéronome 33 : Dans la droite du Messie se trouve la loi de feu. C’est donc la loi ardente de l’amour, qui flamboie dans la partie droite du côté. Lévitique 7 : Les armes de la droite dans la partie du sacerdoce doivent être cédées ; Dieu décrète, 2 Paralipomènes 4 : La mer d’airain est placée au côté droit du temple. Les plaies des mains et des pieds sont comme humaines, par lesquelles la grâce céleste est dérivée vers nous ; mais la blessure du côté est comme la mer d’airain, dans laquelle réside la plénitude abondante des grâces ; elle est placée du côté droit. Apocalypse premier et second : Dans la droite du Christ sont sept étoiles, les sept saints sacrements qui ont coulé de la partie droite du Christ. Et cela montre facilement combien ils se sont écartés de la vérité, ceux qui ont pensé que le côté gauche du Christ avait été transpercé par la lance.

Or combien aussi ils se sont éloignés de la vérité, ceux qui pensent que les deux côtés, à savoir le droit et le gauche, ont été blessés par la lance, puisque par l’inspection du très saint Suaire nous voyons qu’une seule blessure a adhéré au côté droit et aucune au côté gauche ; une seule blessure infligée au côté droit a été connue par sainte Brigitte et sainte Claire par révélation, et par les Pères cités par inspiration divine.

Mais on pourrait nous objecter un passage d’Athanase dans l’Apologie à l’empereur Constantin, qui dit ainsi : Pilate, qui se trouvait alors parmi les Juifs, perça la blessure du Sauveur avec la lance ; mais eux, dans leur fureur, l’emportèrent sur Pilate ; lui qui non un seul côté…

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mais ils ont lacéré les deux côtés. Cependant, il s’en faut bien que ce passage renverse notre opinion ; au contraire, il la confirme très fortement. Car il est établi qu’Athanase s’est élevé en cet endroit contre certains iconoclastes qui avaient transpercé d’un poignard les deux côtés de l’image du Christ crucifié, alors que Pilate n’a fait percer qu’un seul côté du Christ.

On a aussi coutume de nous opposer une certaine autorité de Théodoret, dans son deuxième Dialogue, lequel, parlant du Christ, s’exprime ainsi : “Voici celui qui montrait, les yeux ouverts, les côtés percés et plusieurs blessures de clous.” Léon également, dans l’épître 97, chapitre 5, a appelé les blessures du côté “innombrables”. Mais ces témoignages non plus ne pourront nous causer aucune difficulté, puisque dans les Écritures le singulier est souvent employé pour le pluriel, et inversement le pluriel pour le singulier, de manière figurée.

D’autres, cependant, se sont trompés en cela, parce qu’ils supposent qu’il y eut non pas une seule, mais plusieurs blessures imprimées au côté ; et ils ne sont conduits à cette opinion par aucun autre argument que le fait qu’ils considéraient la rage furieuse que beaucoup manifestèrent contre le Christ. Mais la sainte Sindon n’a reçu qu’une seule blessure, très large toutefois. Une seule également, la bienheureuse Brigitte l’a révélée ; une seule aussi, la bienheureuse Claire de la Croix l’a vue imprimée dans le corps ; une seule blessure infligée au côté droit du Christ est montrée.

D’autres, remarquables par leur sainteté et leur doctrine, ont enseigné que la blessure du côté n’avait pas été infligée à l’endroit où l’on a coutume de la représenter, c’est-à-dire sur les os de la poitrine, mais plus bas, dans la mollesse de la chair, c’est-à-dire entre les os pectoraux et fémoraux, puis qu’elle serait ensuite remontée jusqu’à la côte. Saint Vincent, dans son sermon pour le Vendredi de la Passion, l’affirme, ainsi qu’Alexandre de Halès, que rapporte et suit Antoine Ghilandus dans la question 75 sur les Raræcuis, et Pipin dans son sermon sur le Christ souffrant. Ils soutiennent cela par cet argument : puisque le Christ pendait en hauteur dès qu’il était sur la croix, la blessure n’aurait pas pu se trouver dans la partie où on la peint ordinairement.

Si la blessure avait été infligée en cet endroit, les os du Christ auraient été brisés par la grandeur de la lance, ce qu’il ne faut en aucune manière affirmer. Mais c’est là un argument si faible, une conjecture si frivole, qu’elle ne doit pas nous détourner de l’opinion commune justement établie. Or la sainte Sindon montre clairement que la blessure se trouve véritablement dans la partie où on la représente ordinairement, c’est-à-dire un peu au-dessous de la mamelle gauche

Mais ces opinions plus récentes, bien qu’elles s’écartent de la vérité, paraissaient cependant plus tolérables, parce qu’elles ne semblaient pouvoir être réfutées par aucun témoignage de l’Écriture ni par un dogme solide de l’Église. En revanche, l’hérésie d’un certain Pierre Jean de Birinensis fut très pernicieuse, comme le rapporte Pratéole au livre 10 des Sectes des hérétiques ; et contre lui écrivirent également Guido le Carmélite et Césaire, au livre 4. Contre les hérésies, au mot “Christus”, ainsi que Paul Ghilandus dans ses Décisions, livre 6, sur les Catholiques, au mot “Christus”, numéro 8. Corneille Agrippa s’efforçait aussi d’attribuer cette erreur à certains Catholiques, comme le rapporte Sixte de Sienne au livre 6 de la Bibliothèque Sainte, annotation 135.

Mais ce Birinensis affirmait que la blessure du côté du Christ avait été infligée non pas alors qu’il était mort, mais alors qu’il était encore vivant. Or, comme le témoignage manifeste de saint Jean semblait s’opposer à ces thèses, il cherchait à le pervertir et à le corrompre par une fausse explication ; car il lisait ainsi Jean 19. »

Mais, donnant son explication, il ajoutait : “parce qu’un des soldats ouvrit son côté d’un coup de lance”, employant le plus-que-parfait pour le passé simple.

Or le fondement de cette erreur ne fut que la sottise et l’ignorance, car s’il veut faire admettre que cela a été infligé au Christ déjà mort, il affirme en réalité que cela n’a causé aucune douleur au Christ…

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 aux catéchumènes chapitre 6, dit : « Que l’Époux monte vers celle qui dort, que son côté soit ouvert, et que l’Église Vierge en sorte ; afin que de même qu’Ève fut faite du côté de celui qui dormait, ainsi aussi l’Église soit formée du côté du Christ pendant à la Croix. » Et sur le psaume 50 : « Adam portait, dit-il, l’espérance du Christ, lorsque Dieu lui envoya le sommeil afin de lui faire une épouse de son côté. » « Ne pouvait-il pas faire une épouse au premier homme du côté de celui qui veillait ? Pourquoi voulut-il la faire de celui qui dormait ? Parce que pendant que le Christ dormait sur la Croix, de son côté a coulé l’Église. » Ce qu’il répète aussi en le transmettant dans le commentaire sur Jean et dans le livre des diverses sentences, sentence 235, dans le sermon sur le Cataclysme, et dans le livre 2 de la Genèse à la lettre chapitre 9. Rupert livre 2 sur la Genèse chapitre 37. Chrysostome homélie 20 sur le chapitre 5 aux Éphésiens, sur ces paroles : « Ce sacrement est grand ; mais moi je vous dis : dans le Christ et dans l’Église. » Ces paroles, lorsque Grégoire de Nazianze les contemplait, il avait coutume de dire : « Quel lieu est celui-ci, rempli d’ineffables sacrements, et que le cœur divin recherche sans crainte. » Ainsi son propos est rapporté par saint Jérôme, son disciple. À la même vérité souscrivent aussi Anselme et Ambroise au chapitre 5 aux Éphésiens ; et plus bas nous apporterons beaucoup d’autres choses, lorsque nous montrerons que de cette blessure du Christ ont coulé les très saints sacrements de l’Église.

Troisièmement, la même chose se conclut du motif pour lequel le côté du Christ fut ouvert. En effet, comme les corps ne devaient pas demeurer sur la croix le jour du Sabbat — « car ce jour du Sabbat était grand » — et même selon le précepte de Dieu, Josué 8, les crucifiés devaient être déposés de la croix, et cependant il n’était pas permis de laisser en vie les criminels crucifiés, c’est pourquoi la fracture des jambes fut alors imaginée. C’est pourquoi aux deux larrons ils brisèrent les jambes ; mais lorsqu’ils vinrent à Jésus, ils ne lui brisèrent pas les jambes, parce qu’ils virent qu’il était mort ; toutefois un des soldats (afin d’être rendu plus certain de sa mort) ouvrit son côté avec une lance.

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Enfin qu’il me soit permis de confirmer cela même par un certain argument moral ; lequel, bien qu’il ne prouve pas cela d’une manière tout à fait solide, apporte cependant une probabilité. Lorsque l’Église parle du bois de la Croix ou des clous par lesquels le Christ fut crucifié, elle appelle doux le bois, et pareillement doux les clous ; mais lorsqu’elle parle de la lance, elle la nomme terrible : terrible lance de Myron. Qu’est-ce que cela ? Car le bois semblait devoir être appelé plus terrible, et les clous plus terribles, puisque ce sont eux qui ont apporté au Christ le tourment le plus grave. Au contraire, la lance semblerait devoir être appelée douce, puisqu’en perçant le côté du Christ déjà privé de vie, elle ne lui apporta aucun tourment. Pourtant pour une grave raison l’Esprit Saint a préféré que les clous soient dits doux, de même le bois doux, mais la lance terrible. Car bien qu’il soit terrible et cruel de tuer un homme, il est beaucoup plus terrible et cruel de s’acharner sur un homme déjà privé de vie ; car cela est férocité, et même en quelque sorte bestialité ; et il est si inhumain et sauvage de s’acharner sur un cadavre que la cruauté exercée sur un vivant semble douce en comparaison de celle-ci. Donc les clous sont doux, le bois est doux, qui ont exercé leur cruauté sur le Christ vivant ; terrible est la lance, qui a répandu sa sauvagerie sur le cadavre.

Mais il appartenait à une âme pieuse de rechercher pourquoi le Christ a préféré que sa poitrine fût percée lorsqu’il était mort plutôt que vivant.

POURQUOI LE CHRIST a préféré que sa poitrine fût percée mort plutôt que vivant.

On peut répondre à cette difficulté par de nombreuses et très excellentes raisons. La première est que le Christ paraisse avoir déposé volontairement son âme, selon cette parole : « J’ai le pouvoir de déposer mon âme » ; et qu’il ne paraisse pas avoir été contraint de mourir ; Jean 10 : « Personne ne m’enlève mon âme. » Cette raison a été assignée par Ambroise, livre 10 sur Luc, disant : « Pourquoi donc, puisque nous ne trouvons pas qu’il ait été frappé avant la mort, le trouvons-nous frappé après la mort ? À moins peut-être que que sa fin parût avoir été plutôt volontaire que nécessaire.

La seconde est l’homélie 84 de Chrysostome : afin que personne ne puisse douter de sa mort ; car plus la mort est manifeste, plus aussi est certaine la gloire de la résurrection.

La troisième est celle du même Ambroise : afin que l’efficacité de sa passion et de sa mort fût signifiée dans les sacrements, puisque de la blessure ouverte ont coulé le sang et l’eau, lesquels indiquent la vertu des sacrements, qui ont reçu leur vertu de la mort et de la blessure du Christ.

La quatrième est que la gloire et la puissance de la Résurrection fussent rendues beaucoup plus éclatantes, lorsque le corps ressusciterait, lequel avait été blessé par une telle et si grande blessure ; laquelle non seulement infligeait une plaie très large, mais encore perçait le cœur. Car plus l’effet est difficile, plus la vertu de l’agent est noble et efficace : car l’Église reconnaît un plus grand miracle lorsque le Christ rappela à la vie Lazare déjà fétide depuis quatre jours, que lorsqu’il rappela la fille du chef de la synagogue déjà privée de vie. De même aussi Élie, 3 Rois 18, lorsqu’il disputait contre les prêtres de Baal que seul le vrai Dieu était le Dieu d’Israël et que Baal n’était pas Dieu, ayant établi l’épreuve que serait tenu pour vrai Dieu celui qui, ayant fait descendre du ciel le feu, consumerait l’holocauste, non seulement voulut écarter tout feu, mais afin que la puissance de Dieu fût reconnue plus manifestement, il creusa des fossés autour de l’autel et répandit une immense quantité d’eau sur la victime, les bois et l’autel ; de sorte que tout ruisselait d’eau ; et lorsque toutes choses furent réduites à ce point qu’il semblait que même le feu ne pourrait embraser l’holocauste, alors, après avoir adressé des prières à Dieu, il fit descendre le feu du ciel ; et ainsi la force du miracle fut reconnue, et le Dieu d’Israël fut proclamé vrai Dieu.

Ajoutons à cela ce qui se conclut de ce qui a déjà été prouvé, [selon] Jean Lansperge, homélie 54 sur la Passion : que le Christ n’a pas ressenti la douleur de la blessure du côté, mais [seulement] la Passion…

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… souffrit cette blessure dans son propre cœur, et il en eut douleur pour lui. Ainsi le Christ aurait dit qu’il recevait l’injure de cette blessure, afin que lui-même reçût perfection et blessure, mais non la douleur ; mais qu’un autre recevait en soi la peine et la douleur de cette blessure. Cela même est attesté par la Bienheureuse Vierge Brigitte, parlant ainsi au livre 1 des Révélations chapitre 10 : « Lorsque la lance fut retirée, dit-elle, sa pointe apparut rouge ; alors il me semblait que comme si mon cœur était percé, lorsque j’avais vu le cœur de mon très cher fils percé. » Elle le répète au livre 4 chapitre 70 et au livre 7 chapitre 15.

Au reste, que cette blessure ait été ample, etc. Beaucoup de choses montrent la grandeur de la blessure du côté : premièrement le fer de la lance, qui à Rome dans la basilique de saint Pierre, en certaines solennités fixes, est montré au peuple pour cause de piété, lequel est très grand, comme en témoigne par la vue Rutilius Benzonius livre 1 de Fuga, dispute 2, question 3, en ces termes : « Que la grandeur de la blessure, d’après cette quantité du fer de la lance, et d’après la largeur de la main, soit manifestement [connue] par la grandeur de la lance qui est conservée dans la basilique de saint Pierre, laquelle moi, lorsque j’étais chanoine de la même [église], j’ai très souvent contemplée avec la plus grande dévotion du cœur et un goût spirituel, et montrée respectueusement aux peuples, bien que sa main lui manque. »

C’est pourquoi cela est clairement conclu de la blessure qui fut divinement gravée dans la figure du Christ crucifié dans le cœur de la bienheureuse Claire de la Croix, dans laquelle, selon la proportion du corps, la blessure du Christ est montrée large. De plus, cela même peut être conclu de cette parole de notre Sauveur Jean 20 : « Apporte ta main et mets-la dans mon côté », et d’après la grandeur de la lance, Benzonius témoigne là-dessus, on peut conclure que la main peut être enfoncée dans la blessure, comme l’écrit Jean Lanspergius dans l’homélie 44 sur la Passion du Seigneur, disant : « Que cette blessure fut si grande que Thomas put y insérer sa main, surtout si l’on ajoute ce qui fut révélé à sainte Brigitte, que lorsque la lance avait frappé avec un coup puissant le côté du Christ, de sorte que pour un autre s’était fixé dans la partie de la poitrine au niveau des côtes et aurait tranché les parties charnues. Ainsi livre 1 chapitre 10, livre 4 chapitre 70 et livre 7 chapitre 15, livre 2 chapitre 21. Enfin aussi le très saint Suaire indique cette blessure très large d’une longueur d’une once et d’un dodrant.

Puisque mention a été faite de la lance du Seigneur et de sa grandeur, je crois faire chose utile si j’ajoute certaines autres choses au sujet de cette même lance du Seigneur, de sa découverte et de ses miracles. Car comme elle était demeurée cachée longtemps jusqu’à l’an 1099 à Antioche dans le temple de saint André, alors, saint André le révélant, elle fut trouvée. Boémond et les autres chrétiens la reçurent avec la plus grande révérence et, dès lors, la portèrent devant eux dans l’armée contre les ennemis comme un étendard sacré. Par la dévotion et la confiance en celle-ci, ils décidèrent d’affronter Corbona et, après avoir institué un jeûne et accompli des prières, ils allèrent au combat avec la sainte lance ; lequel fut engagé avec une très grande ardeur, et ils tuèrent cent mille ennemis et prirent quinze mille chameaux. Et les chrétiens remportèrent ensuite un si grand butin qu’ils passèrent de l’extrême indigence à l’abondance suprême de toutes choses, par le miracle de la lance du Seigneur ; ainsi le rapportent Guillaume de Tyr livre 6 de la Guerre Sainte, Paul Émile livre 4 des actions des Francs, l’Auteur du Supplément des Chroniques, année 1099. C’est pourquoi on ne doit pas écouter le chrétien Adricomius dans la description de Jérusalem numéro 24, affirmant que la lance fut trouvée par Hélène et apportée à Rome avec la Croix et les clous.

Or quant à la forme de cette blessure, etc.
Lorsque ce très saint Jésus, le chef de la théologie, Grégoire de Nazianze, est loué par saint Jérôme docteur, il contemple ce passage de Paul aux Éphésiens 5 : « Ce sacrement est grand, mais moi je vous dis : dans le Christ et dans l’Église. » Jérôme le rapporte comme venant de son disciple…

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il devient un Sacrement capital, comme l’Apôtre dit qu’elle est édifiée en figure. En vérité, l’expliquant du Christ et dans l’Église, il ne dit pas en effet que l’Église soit édifiée, n’affirme pas ces choses de telle manière que la dignité du lieu l’exige, qu’il les ait exprimées, mais qu’il ait parlé en quelque manière, Je sais que ce lieu est plein de Sacrements ineffables et que le cœur divin requiert des interprètes. Cela, lui.

Et certes ce Sacrement est grand, montrant que Adam, dans ce sommeil sien, lorsqu’il eut connu le mystère de l’Incarnation, aussitôt réveillé du sommeil, dit : Ceci maintenant est os de mes os, et chair de ma chair. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme, et ils seront deux en une seule chair. Ce témoignage l’Apôtre le rapporte au lieu cité plus haut, disant : Ce Sacrement est grand. Touchons donc certains points de ce mystère, autant que Dieu nous l’aura donné.

Et cela d’abord doit être pieusement contemplé par nous, que le Christ soit la tête de l’Église, laquelle il a formée de lui-même, afin que selon une certaine proportion d’Adam à Ève, et que tous les fils d’Ève soient pour nous du Christ à l’Église, et que les fils de l’Église procèdent. Adam donc est la tête d’Ève, ainsi le Christ de l’Église ; Adam a propagé la vie de tous les mortels vivants, le Christ est le propagateur de tous ceux qui vivent véritablement ; Adam auteur de perdition, le Christ auteur de salut ; En Adam tous meurent, dans le Christ tous sont vivifiés ; c’est pourquoi le Christ est appelé second Adam. Mais approchons-nous plus près du sujet. Adam dormit pour que fût formée Ève, le Christ dormit pour que fût formée l’Église. Le sommeil d’Adam ne fut pas naturel, mais étranger, c’est-à-dire envoyé par Dieu ; le sommeil aussi du Christ ne lui fut pas naturel, mais violent. Car Dieu mit en lui les iniquités de nous tous, et à cause du crime de son peuple il le frappa. Et enfin, comme Ève fut formée du côté d’Adam dormant, ainsi l’Église fut formée du côté du Christ pendant à la croix. Ève aussi (je l’aurai dit expressément) n’est pas dite formée, mais édifiée. Qu’est-ce que cela ? Une femme est-elle édifiée ? mais afin que l’effet de la fabrication de l’Église apparût plus évident.

Proprement une femme ; mais parce que pour les grands édifices sont nécessaires des bois, les uns longs, d’autres transversaux, de même des marteaux, des clous, des échelles, et de très nombreux autres fers et instruments, c’est pourquoi lorsque l’Église fut édifiée, les bois de la Croix longs et transversaux, les clous, les marteaux, et autres instruments de ce genre furent trouvés.

Nous décrivons la formation, ou plutôt la fabrication de l’Église ; confirmons-la maintenant par les témoignages des Pères : car les saints Pères ont reconnu ce mystère et l’ont décrit très élégamment ; Anselme au ch. 5 des Éphésiens. De même, dit-il, comme Ève a été tirée de la côte d’Adam, retirée de lui chair et os, ainsi l’Église a été propagée de lui-même, extraite de sa chair et de son esprit. S. Ambroise au même endroit dit presque la même chose. S. Prosper au même endroit ; L’Église, dit-il, est mère de tous les vivants, pour cette raison que comme Ève fut formée du côté d’Adam dormant, du côté du Christ pendant sur la Croix elle a fourni une image à l’Église. Chrysostome a la même chose sur le même passage ; Rupert explique très doctement ce mystère au livre 2 de la Trinité et de ses œuvres, ch. 37 disant : Le Seigneur ayant envoyé le sommeil sur Adam, ce que l’Apôtre développant, dit : Ce Sacrement est grand. Or moi je dis, dans le Christ et dans l’Église. Non, dit-il, un Sacrement à propos de cette côte, de cet homme et de cette femme, mais en ce que de l’homme a été prise la femme. Que le Seigneur envoya le sommeil sur Adam et prit une de ses côtes ; mais dans le Christ et dans l’Église est ce Sacrement, parce que le Christ admit en lui le sommeil de la mort, et le Seigneur prit de son côté dormant, c’est-à-dire mort, l’eau et le sang, et par la blessure de la lance les fit sortir. Desquels il ne cesse d’édifier l’Église jusqu’à la fin. Saint Augustin, livre du Symbole aux Catéchumènes, ch. 6, dit : Notre Époux s’approcha du lit de sa chambre nuptiale (ainsi il appelle la croix), afin qu’en mourant, afin que l’Église vierge sortît ; afin que comme Ève fut faite du côté d’Adam dormant, ainsi aussi l’Église soit formée du côté du Christ.

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Du Crucifié pendant. Et au Psaume 50. Le Christ lui-même, dit-il, figurait Adam, lorsque le Seigneur lui envoya le sommeil : afin de lui faire une épouse de son côté. Et au même endroit il poursuit ce mystère en plusieurs termes, que moi, m’appliquant à la brièveté, j’omets. Il a des choses semblables au Psaume 40. et au traité 15. sur Jean, et au sermon sur le Cataclysme ; et au livre 2 de la Genèse à la lettre chap. 9. et au livre 2 de la Genèse contre les Manichéens chap. 13. De même Épiphane dans la réfutation de l’hérésie 78. Deux difficultés s’offrent ici à nous à expliquer, toutes deux graves, toutes deux aimables.

La première est, si Ève a été formée de la côte, c’est-à-dire de l’os et de la chair, pourquoi l’Église n’a-t-elle pas été fabriquée d’os ou de chair, mais d’eau et de sang ?

La seconde, pourquoi le Christ a-t-il voulu que l’Église fût édifiée de son corps ?

Pourquoi le Christ a-t-il préféré fabriquer l’Église non d’os, mais de sang et d’eau ?

Quant à la première, plusieurs convenances peuvent être assignées.

Premièrement, parce que les os du Christ ne devaient pas être brisés en commun.

Deuxièmement, parce que l’âme est placée dans le sang, comme les anciens philosophes l’ont pensé : toutefois il est certain que la vie est participation des esprits avec la chair et le sang : c’est pourquoi, afin qu’il fût tout à fait manifeste qu’il édifiait l’Église par sa vie, il a voulu édifier l’Église par le sang.

Troisièmement, parce que l’eau signifie certes l’ablution, mais le sang l’opère plus efficacement, c’est pourquoi les saints ont lavé dans le Sang de l’Agneau, et ont blanchi leurs robes dans l’Apocalypse.

Quatrièmement, parce que l’Église devait être édifiée de telle sorte qu’en même temps elle fût rachetée à un prix immense, non par des choses corruptibles comme l’or ou l’argent, mais par son sang précieux.

Cinquièmement, parce que l’Église devait non seulement être lavée, mais aussi être enivrée ; il a donc voulu la laver par l’eau, mais l’enivrer par le sang.

Sixièmement, parce que le Christ est la tête de l’Église, et nous les membres du membre. C’est pourquoi les os de la tête devaient demeurer intacts.

Septièmement, puisque le propre de la tête est d’influer dans les membres ; c’est pourquoi le Concile de Trente Session 6, chap. 16, dit : Que le Christ influe dans les fidèles comme la tête dans les membres, et comme la vigne dans les sarments : c’est pourquoi non par l’os qui ne peut influer, mais par le sang et l’eau il a voulu édifier l’Église.

Huitièmement, parce que le Christ a voulu montrer plus efficacement sa toute-puissance. De même donc, comme dit Chrysostome dans l’homélie 1 sur la Genèse, Dieu en fondant le monde ne fit pas d’abord la terre comme soutien, et ensuite plaça le ciel par-dessus comme couverture : mais au contraire, il étendit d’abord le toit, puis jeta le fondement. Ainsi, pour bâtir fortement l’Église, il ne plaça pas d’abord l’os comme soutien ; mais de sang et d’eau il édifia une Église très forte.

Neuvièmement, parce que le sang signifie peut-être la nature, et l’eau la grâce : afin donc d’indiquer que dans l’Église seraient conservées la nature et la grâce, il a voulu l’édifier par le sang et par l’eau.

Dixièmement, parce que l’os ne contient qu’une seule nature : mais le sang embrasse les trois autres humeurs.

Onzièmement, parce que le sang était naturellement dans le Christ : mais l’eau peut-être par miracle : afin donc de montrer l’Église non naturelle mais miraculeuse, il a estimé qu’elle devait être fabriquée non seulement du sang naturel, mais aussi de l’eau miraculeuse.

Douzièmement, parce qu’il a peut-être voulu indiquer que l’Église, bien que lavée et purifiée par l’eau, devait cependant être empourprée par le sang à cause des perfections.

Quant à la seconde.

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Pourquoi le Christ a voulu édifier l’Église de son propre corps.

Deux raisons remarquables de cette chose peuvent être assignées. L’une en effet, parce que comme Vitruve au livre 3, chap. 1, l’a enseigné, la meilleure forme d’architecture est celle qui resplendit dans le corps humain, dans lequel toutes choses sont disposées en nombre, poids et mesure : puisque donc la structure de l’Église devait être construite très magnifiquement et très excellemment, il a jugé qu’elle devait être fabriquée de son propre corps. L’autre, parce que si dans un corps bien formé, du lieu où la blessure a été infligée on tire une mesure vers l’autre lieu du côté gauche opposé à celui-là, on découvre qu’il y a une distance égale à celle qui va de la même blessure jusqu’à la surface de l’épaule, et par conséquent une figure carrée est décrite. Puisque donc la Jérusalem céleste, qui est l’Église des premiers-nés, devait être édifiée en carré : c’est pourquoi il a jugé qu’elle devait être fabriquée de son corps, de cette partie qui montrerait une figure carrée dans un corps carré.

Or de cette blessure beaucoup de sang a coulé. Parmi les autres choses qui furent soigneusement observées dans le Sacré Cœur de la Bienheureuse Claire de la Croix, cela est attesté comme digne de la plus grande observation par Isidore Mosconius dans sa vie, que la blessure du côté ruisselait de beaucoup de sang. Et quant à cet insigne et singulier bienfait que Dieu avait accordé à sainte Brigitte : qu’étant couchée au saint Sépulcre, elle vît par les yeux de l’esprit le Christ crucifié et affligé par les outrages de la Passion : elle atteste ainsi avoir vu la blessure du côté au livre 7, chap. 15. Les tours se tenant autour, l’un des assistants enfonça la lance dans le côté droit si violemment et fortement que la lance sembla vouloir passer par l’autre partie du corps. Et lorsque la lance était retirée du corps, aussitôt sortaient abondamment de la blessure, avec un élan comme d’un fleuve, du sang et de l’eau. Si même l’image de la sainte Sindon est regardée, celle qui a reçu la figure dans la partie de la blessure montre une immense quantité de sang jaillissant de toute la blessure, et arrosant le ventre et les autres parties.

S’ajoute aussi une conjecture vraisemblable : car puisque, comme nous le montrerons plus bas, la lance n’a pas traversé seulement le côté ou seulement la poitrine, mais aussi le cœur, lequel, en tant que principe du sang, selon les doctrines d’Aristote, contient intérieurement les réceptacles et les sources du sang, il a été nécessaire qu’une grande quantité de sang ait aussi coulé.

Et ainsi, puisque de cette blessure non seulement du sang a coulé, mais aussi de l’eau, la raison exige de nous que, de même que nous avons montré qu’une immense quantité de sang a coulé, nous montrions aussi qu’une immense quantité d’eau a jailli. De ce fardeau nous a soulagés le très pieux et très érudit évêque de Lorette Benzonius, qui au livre 1 de Fuga, dispute 2, question 3, dit 8, prouve cette vérité par le fait que l’eau est sortie sensiblement, au point que Jean atteste l’avoir vue ; cela même a été enseigné aussi par saint Thomas, 3e partie, question 74, article 8, ad primum, et en 4e, distinction 2, question 2, article 4, petite question 4, et dans l’épître première aux Corinthiens chap. 2, lecture 6. Turrecremata au chap. Sic in sacrificando, de consec. dist. 2.

Il semble encore difficile de comprendre comment d’un corps mort a pu jaillir une si grande abondance de sang.

Comment, du Christ déjà mort, une abondance de sang sacré a pu s’écouler, etc.

Il s’agit donc de la cause vivante de la blessure, comme nous l’enseignent saint Clément et presque tous les anciens, et les Pères du Seigneur : par l’écoulement du sang et l’ouverture de l’eau, la grâce était rendue manifeste, et la source était révélée, d’où ont jailli les fleuves qui ont réjoui la cité de Dieu. Et ainsi est signifié le mystère : dans la source, non le sang, mais la bienheureuse Vierge est désignée comme source sacrée. »

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De sainte Brigitte, livre 1, chap. 10, parlant ainsi :
Or, à l’approche de la mort de mon Fils, lorsque le cœur, par la violence de la douleur, éclatait, et livre 4, chap. 70 : Lorsque déjà, les humeurs étant consumées et les forces affaiblies, le cœur était près de la déchirure.

Ce qu’elle répète aussi au livre 1 des Révélations, chap. 19 et 35, et dans la seconde oraison révélée ; mais les paroles sont très efficaces et brûlantes du feu de l’amour, par lesquelles le Christ lui-même explique ce mystère lamentable à la bienheureuse Brigitte, livre des Révélations supplémentaires, chap. 51. Il dit en effet ainsi :
Mais tandis qu’il persévérait en de telles paroles, enfin le cœur éclata, par la violence de la passion, et l’âme sortait.

Et au même livre, chap. 106 :
Pensant peu combien furent douloureuses sur le bois de la Croix, lorsque mon cœur éclata.

Dans cette déchirure du cœur fut donc faite la résolution du sang et de l’eau, et à cause de la conservation naturelle des parties du corps, par la vertu de laquelle il se fait que vers la partie lésée accourent les esprits et le sang, il arriva qu’au cœur du Christ une grande quantité de sang afflua, laquelle coula de tout le cœur.

§ Ô très pieux vraiment père envers les fils.
Comment quelqu’un pourra-t-il cacher le feu dans son sein, sans que ses vêtements brûlent, ou marcher sur des charbons, sans que la plante du pied soit brûlée ?

La blessure du côté est blessure d’amour, Etna de charité.

Qu’y a-t-il donc d’étonnant, si le très pieux pasteur, bouillonnant de l’ardeur d’un amour vivant, répandant son cœur en paroles très pieuses, a crié : Très pieux Père, pourquoi avais-tu caché le trésor à tes fils ?

Ô bon Jésus, à tes serviteurs tu as ouvert le trésor.

Par la multiple véhémence des douleurs, par lesquelles le cœur du Christ était pressé, le cœur lui-même éclata ; vers lui la très grande abondance de sang est fournie par la nature vigilante, comme nous voyons parfois dans une terreur subite, lorsque les esprits accourant vers le cœur abandonnent les parties extérieures du corps.

Il voulait aussi nous offrir le sang comme renfermé en cette partie plus secrète du corps : ce lieu, le clou ne le perçait pas, l’épine ne le piquait pas, la coupure des fouets ne l’ouvrait pas : un lieu est donc préparé pour le coup de la lance, le Christ appelle le soldat, comme s’il disait : Persecuteur impie, tu n’as pas encore trouvé les trésors cachés dans ma mort ; viens soldat, viens Aquilon, souffle sur mon jardin, et les aromates couleront avec les parfums ; perce la muraille, perce la muraille.

Le soldat accourt donc, la lance ouvrit le côté, et aussitôt sortirent le sang et l’eau : L’impétuosité du fleuve réjouit la cité de Dieu.

Le trésor caché sort, le céleste trésor est ouvert, le sang est répandu, l’Église est consacrée.

Ô admirable échange ! Car le Christ, marchand très excellent, est semblable au négociant cherchant de bonnes perles ; en ayant trouvé une perle précieuse, il donna tout ce qu’il avait, et l’acheta.

Le mystère ineffable de la très sainte Incarnation fut comme un certain échange, ainsi chante l’Église : Ô admirable échange, le créateur du genre humain, prenant un corps animé, daigna naître de la Vierge, et, procédant homme sans semence, nous a donné sa Déité. Or dans tout échange, qui consiste en une commutation, quelque chose est donné et reçu des deux côtés : qu’a donc donné l’homme à Dieu dans cet échange, qu’a donné Dieu à l’homme ? Voyons si les lois de la justice commutative ont été observées, car elles établissent l’égalité entre celui qui donne et celui qui reçoit, entre la chose donnée et la chose reçue. L’homme a donné à Dieu un corps : Dieu a donné à l’homme la Déité. Il n’y a donc aucune justice, aucune égalité. Non entre celui qui donne et celui qui reçoit, Dieu et l’homme ; non entre la chose donnée et la chose reçue, le corps et la Déité. Du côté de Dieu la libéralité est trop grande, trop prodigue. Les grandes choses conviennent aux grands.

Car même ce grand Alexandre, appelé à juste titre grand pour la gloire des choses accomplies, lorsqu’un ami lui demandait de l’argent, ayant ordonné qu’on donnât un talent au poids, l’ami, étonné de la largesse d’Alexandre, répondit modestement qu’il était trop pour lui : mais qu’il lui suffisait si la moitié était accordé.

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Mais Alexandre : À toi certes (dit-il) cela suffit, mais pour Alexandre donner la moitié ne suffit pas : la libéralité est le principe de la grâce. Ainsi Dieu, immense, n’a pas voulu donner des choses petites, mais il a concédé lui-même comme un don digne du marchand.

Et si nous voulons savoir plus en particulier ce que Dieu, dans cet échange, a reçu de notre part, et ce qu’il nous a donné de ce qui est à lui, consultons ce que l’abbé Joachim a écrit savamment et élégamment au chapitre 1 de l’Apocalypse sur ces paroles : Est Jésus-Christ, qui est le témoin fidèle. Il dit en effet ainsi :

Ô quel échange le Seigneur Jésus a fait avec nous ; il a pris notre infirmité, et il nous a donné sa vertu. Il s’est humilié jusqu’à nous, afin de nous élever au-dessus de lui, et de nous faire ses cohéritiers : ô combien est grand ce qu’il nous a offert, pour la chose petite et faible qu’il a reçue de nous.

Enfin, afin que nous rendions chose pour chose : il a pris de notre nature la vue des yeux, et il nous a donné l’esprit de sagesse, par lequel les yeux de l’esprit sont illuminés ; il a pris l’ouïe, et il nous a donné l’esprit d’intelligence, qui ouvre les oreilles intérieures ; il a pris l’odorat, et il nous a donné l’esprit de conseil, dans lequel demeure le discernement des esprits ; il a pris la parole, et il nous a donné l’esprit de science, puisque par la langue on apprend la science des choses mondaines ; il a pris de nos mains, et il nous a donné l’esprit de force, qui resplendit dans les bras ; il a pris aussi les pieds, et il nous a donné l’esprit de piété : car l’esprit de piété assume la marche des pieds ; il a pris un corps mortel, et il nous a donné l’esprit de crainte, par lequel nous sommes gardés de la mort ; il a pris de nous le sang, et il nous a donné la charité fraternelle ; il a pris une âme vivante, et il nous a donné l’esprit vivifiant, ô admirable, ô salutaire échange.

Voilà Joachim. Nous avons donc vu l’admirable échange de Dieu avec l’homme ; nous avons vu le Christ Jésus comme un marchand très excellent et très libéral. Il cherchait donc de bonnes perles ; et voici qu’il trouva une perle précieuse, il voulut donner tout ce qu’il avait pour l’acheter ; mais il la trouva déjà vendue, à savoir au diable. Car vous avez été vendus gratuitement, et vous avez été rachetés sans argent, mais non sans sang. Or elle ne pouvait être rachetée par de l’or ou de l’argent corruptibles, il fallut du sang : car, comme dit Ambroise, le bon or est le sang du Christ ; il décida de le donner tout entier ; il en donna une partie dans la circoncision, une partie dans la sueur au jardin, une partie dans la flagellation, une partie dans le couronnement, une partie dans la crucifixion, mais il en restait encore un peu dans le cœur.

Ainsi il a aimé cette perle précieuse, qu’il a résolu de donner même cela. La lance donc ouvrit le côté, transperça le cœur, et aussitôt sortirent le sang et l’eau, par lesquels la perle précieuse serait rachetée.

Le Christ a imité les marchands habiles : ceux-ci portent divers sacs, et en exposent certains publiquement et les montrent à tous ; mais le sac dans lequel l’argent plus précieux est gardé, ils le cachent, le ferment en secret, et l’enferment dans la partie plus proche du cœur ; et ils ne tirent pas l’argent, à moins qu’une occasion grave ne survienne ou qu’une marchandise noble et précieuse à acheter ne se présente ; alors ils tirent même les monnaies précieuses cachées en secret et les répandent.

Ainsi le Christ eut divers sacs de sang ; car le bon or est le sang du Christ ; il en exposa certains publiquement et les ouvrit dans la circoncision, dans la flagellation, le couronnement, la crucifixion ; mais en outre il eut encore un sac caché, celui dans lequel était conservée la monnaie précieuse, et c’était le cœur dans lequel était gardé le sang vivifiant et précieux.

Voyant la beauté de la marchandise, à savoir de l’âme et de l’Église, il voulut l’acheter ; il résolut donc de donner tout ce qu’il avait, de tirer même le sac caché, de répandre l’or secret, et voici pour toi, la lance ouvrit son côté, et aussitôt sortirent le sang et l’eau ; que tout le sang ait coulé, l’eau en a témoigné. Rutilius Benzonius, comme il le note plus haut.

Il me semble que le Christ lui-même a fait cela, ce que même bell-

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Les empereurs ont coutume de faire ainsi : ils disposent leurs lignes, distribuent et ordonnent les soldats de telle sorte qu’une partie précède, l’autre suive le corps de l’armée ; mais outre celles-ci, certaines légions qu’ils appellent auxiliaires, ils les gardent à part, dans lesquelles sont enfermés les soldats plus robustes ; ils veulent qu’elles soient prêtes si une grave nécessité presse. Et si l’armée semble ne pas suffire, ils placent en dernier lieu les légions auxiliaires et les répandent contre les ennemis.

Ainsi donc le Christ, devant entreprendre une guerre grave contre le Diable et la Mort, disposa ses légions de telle sorte que d’abord quelques légions, comme pour des préludes de guerre, des frondeurs, précédèrent : celles-ci furent le sang de la circoncision, du sueur ; les suivantes furent plus fortes, à savoir le sang de la flagellation et du couronnement ; enfin l’armée elle-même, c’est-à-dire le corps, le sang de la crucifixion ; mais les légions des hommes les plus robustes étaient enfermées dans le sang du cœur.

Afin donc qu’il mit totalement en fuite les ennemis, les exterminât, les submergeât, il répandit aussi ces légions auxiliaires, en disant : La lance ouvrit son côté, et aussitôt sortit le sang et l’eau.

Voici en effet que là où il est mort, pour nous la très abondante quantité du très saint sang, etc. Non des songes, non des fables savantes ; mais tes jugements élevés et impénétrables, Seigneur, révélés aux songes de tes serviteurs, nous poursuivons : et le songe mystique de Mardochée est présent à nous, ainsi que l’explication mystique du songe ; lequel racontant Mardochée au livre d’Esther chap. 10, il dit : Je me suis souvenu du songe que j’avais vu, signifiant ces mêmes choses, et rien n’a été vain. Or le songe est celui-ci : une petite source, qui grandit en fleuve, et fut changée en lumière et en soleil, et déborda en des eaux nombreuses.

Qu’est-ce que cela, bon Jésus ? qu’est-ce que cela ?

Dans une petite source, le sang du cœur du Christ enfermé ; mais après que la lance eut ouvert son côté, fut accompli ce que Dieu avait dit à Moïse Exode 17 : Frappe le rocher, et l’eau sortira. Car après que la Pierre mystique, le Christ, fut frappée par la lance, la petite source grandit en fleuve : car sortirent le sang et l’eau qui coulèrent avec impétuosité du Liban. Ainsi aussi les eaux que vit Ézéchiel sortant du côté droit du temple croissaient peu à peu, et recevant des accroissements d’ondes, remplissaient toute la terre au loin et au large. Ainsi la petite pierre qui brisa la statue de Nabuchodonosor grandit pour remplir toute la terre ; ainsi le grain de sénevé grandit en un grand arbre ; ainsi la petite fumée provenant des aromates s’étend ; ainsi l’aurore en se levant reçoit toujours de nouveaux accroissements, depuis la mer jusqu’à la mer, et du fleuve jusqu’aux extrémités du monde.

Mais ceci est admirable, que le fleuve soit changé en lumière et en soleil, qui à son tour déborde en des eaux nombreuses.

Le sang du Christ, lorsqu’il confère sa vertu au Baptême, qui est le Sacrement de la foi, qui ne voit qu’il est changé en lumière ? Lorsqu’il est renfermé dans le très saint Sacrement de l’Eucharistie, avec le Corps, l’Âme et la Divinité du Christ, qui ne voit qu’il est changé en Soleil, lequel de là déborde en des eaux nombreuses, c’est-à-dire sur tous les peuples des fidèles ?

Car le Baptême et l’Eucharistie sont les principaux, qui sont désignés dans le sang et l’eau. Et bien que tous les Sacrements aient coulé du côté du Christ, ces deux cependant, comme plus nobles, sont déclarés plus clairement : l’eau désigne le Baptême, le sang l’Eucharistie : ainsi saint Augustin, livre du Symbole aux Catéchumènes chap. 6 : Le côté du Christ fut frappé, et aussitôt, comme parle l’Écriture, sortirent le sang et l’eau, qui sont les deux Sacrements de l’Église. Et au traité 2 sur Jean : D’où, dit-il, vient le Baptême, sinon du sang du Christ ? Il l’a aussi dans le sermon sur le Catéchisme, et au livre de la Genèse à la lettre chap. 9. Cyrille livre 12 sur Jean chap. 39 : La lance perce son côté, et aussitôt elle émet le sang et l’eau ensemble, origine de la bénédiction mystique et du saint Baptême. Chrysostome, homélie 84 sur Jean : Sortirent le sang et l’eau. Non par hasard, dit-il, ni sans dessein.

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Ces sources n’ont pas jailli au hasard, mais l’Église a été formée par l’amour dans les deux. Comme il le dit, car elle a été régénérée par l’eau, nourrie par le sang et la chair. De là les mystères ont pris origine, afin que, chaque fois que tu t’approches pour admirer le calice, tu t’approches pour puiser le sang de ce côté même.

Bien que ces deux Sacrements, le Baptême et l’Eucharistie, soient indiqués plus clairement et, comme on dit, plus au vif ; il ne faut cependant pas penser que ces deux seuls Sacrements aient jailli, mais que tous les sept Sacrements ont coulé du même côté. Les saints Pères en témoignent très clairement : Augustin en effet, au Psaume 40, a dit : Le Christ portait la figure d’Adam, etc. Et plus bas : Le côté du Christ pendant fut frappé par la lance, et les Sacrements de l’Église ont jailli. Et au livre 15 de la Cité de Dieu, chap. 26 : Ce que l’arche de Noé reçut comme porte dans le côté pour figure, c’est cette blessure, lorsque le côté du crucifié fut blessé par la lance. Car ceux qui viennent à elle entrent par là, d’où les Sacrements ont coulé, par lesquels les croyants sont initiés.

Saint Jérôme, livre 1 contre les Pélagiens chap. 10, expliquant ces paroles du Deutéronome 9 : Celui qui frappe avec du bois, si avec une hache ou du fer il frappe et tue ; et livre 2 contre les Pélagiens chap. 3, et aux chap. 42, 48 et 59 d’Isaïe ; et au premier chapitre aux Éphésiens ; saint Martial, épître aux Bordelais ; saint Marc l’Ermite, livre de la Loi spirituelle ; Nazianze, oraison de Pâques ; Cyprien, sermon sur la Passion ; Innocent III, au chapitre Cum Martæ de la célébration de la Messe ; Clément V, au Concile de Vienne, sur la Sainte Trinité et la foi catholique. Et cette vérité a toujours été très constante dans l’Église.

Cependant j’ajouterai ici que plusieurs aussi parmi les saints Pères entendent que dans l’eau qui a coulé du côté du Christ est désigné le Baptême, et dans le sang, le martyre ; car ce sont deux baptêmes, à savoir d’eau et de sang ; ainsi Jérôme, épître 83 à Océanus, et au chap. 48 d’Isaïe ; Cyrille, Catéchèse 3 ; Léon, épître 4 ; Jérôme aussi dans l’épître 83 à Océanus : dans l’eau, le Baptême ; dans le sang,

ils entendent la pénitence ; Ambroise au livre 10 sur Luc chap. 23 ; et le pape Léon, épître 4 chap. 6, entendent dans l’eau le Baptême, dans le sang le prix de la rédemption ; Damascène au livre 4 de la foi orthodoxe chap. 10 ; Théophylacte au chap. 19 de Jean, entendent dans l’eau le Baptême.

Mais une admiration profonde et grave excite notre esprit. Pourquoi le Christ a-t-il préféré que les Sacrements sortent de cette blessure infligée dans sa poitrine déjà presque morte, plutôt que des blessures des clous ?

Pourquoi le Christ a-t-il préféré que les Sacrements sortent du côté plutôt que de la blessure des mains ou des pieds ?

Certains ont été pour qui cette blessure ne semblait pas avoir été méritoire ; parce que le Christ alors étant mort, il ne sentit pas cette blessure ; ensuite, parce que le Christ alors n’était homme que de manière équivoque ; ensuite, parce qu’il n’était plus voyageur, mais au terme, et donc plus en état de mériter. Ces arguments ont conduit certains hommes très savants à dire que cette blessure n’avait pas été méritoire.

Mais cela est loin de l’esprit des fidèles, que l’on soupçonne que la blessure que le Christ a reçue pour nous, qui a frappé la plus noble partie du corps, par laquelle le Christ a opéré notre salut, par laquelle il a consacré l’Église, par laquelle il a conféré la vertu aux Sacrements, n’ait pas été méritoire.

Car elle fut d’un si grand mérite que l’Église chante à juste titre dans l’ordination des Acolytes : Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant, qui as voulu que Jésus-Christ ton Fils, notre Seigneur, fût attaché à l’étendard de la très glorieuse Croix, et que le sang et l’eau coulent de son côté pour le salut du genre humain, etc.

Afin donc qu’il soit déclaré comment cette blessure a pu être méritoire, il faut savoir que cette blessure, prévue par le Christ vivant et acceptée pour le salut du genre humain,

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elle fut acceptée ; par la vertu de cette acceptation elle fut infiniment méritoire, et le Christ l’ordonna pour la sanctification de l’Église.

Cette difficulté étant donc résolue, revenons à ce dont nous nous étions écartés ; et puisque Dieu a coutume de se servir de nos choses petites, examinons les causes pour lesquelles il a voulu ordonner cette blessure principalement à la formation de l’Église. À cette chose, plusieurs causes peuvent être assignées.

La première en effet, parce que comme l’Église fut formée du côté d’Adam dormant, ainsi l’Église devait être formée du côté du Christ pendant à la croix. Et comme il ne convenait pas qu’Ève fût formée de la tête, de peur qu’elle ne semblât la maîtresse de l’homme ; ni des pieds, de peur qu’elle ne semblât devoir être foulée par l’homme ; mais du côté proche du cœur, afin qu’elle fût comprise comme devant être aimée tendrement ; ce que saint Thomas examine avec finesse, 1re partie, question 92, article 2 ; Bonaventure, 2e dist. 18, q. 1 et 2. Ainsi il ne convenait pas que l’Église fût formée de la tête du Christ, de peur qu’elle ne semblât au-dessus du Christ ; le Christ ne voulut pas non plus la former des pieds, de peur qu’elle ne semblât être mise sous les pieds ; mais du côté, afin de témoigner qu’il l’aimait d’un très grand amour et d’une grande charité. C’est pourquoi il a jugé qu’elle devait être constituée de cette blessure, laquelle blessure est appelée blessure d’amour.

La seconde, parce que cette blessure, infligée après la mort, était le terme de toute la Passion et de la mort, et contenait en elle la vertu de la Passion et de la mort.

La troisième, parce que comme le Christ, pour former l’Église, voulut prier sur la croix pour ceux par qui il était mis en croix, ainsi aussi pour montrer une plus grande charité, il voulut conférer un plus grand bienfait à partir de cette blessure, dans laquelle les impies persécuteurs exerçaient contre lui une plus grande cruauté, fureur et haine. Et parce que, comme il a été montré plus haut, la cruauté est plus grande si quelqu’un sévit contre un cadavre que contre un corps vivant ; pour cette raison les clous sont dits doux, le bois aussi doux, mais la lance terrible ; c’est pourquoi il a préféré que les Sacrements coulent de cette blessure plutôt que des autres.

La quatrième, et cette raison doit être soigneusement notée : parce que le Christ a pris de cette partie l’occasion de fabriquer et de fortifier l’Église, de laquelle partie il craignait davantage pour son Église ; et il craignait davantage du côté de l’Aquilon, selon ce qui est dit en Jérémie : De l’Aquilon sera déchaîné tout mal. De là en effet on craignait que vînt l’Antéchrist. De là peut-être Gog et Magog. Or le Christ placé sur la croix regardait vers l’Occident : ainsi Damascène, livre 4 de la foi orthodoxe chap. 13 ; Jodocus Clitæus dans son commentaire sur Damascène ; ainsi Christianus Adriom. dans la description de Jérusalem, et nous aussi le montrerons plus bas au chap. 20. Le côté droit s’étendait donc vers l’Aquilon ; de là il reçut la blessure, afin que l’Église fût fortifiée contre le mal de l’Aquilon.

La cinquième aussi, du même principe peut se déduire la raison que le Christ, prévoyant que tout mal viendrait de l’Aquilon contre son Église, voulut recevoir en lui le premier coup, afin que l’Église fût moins blessée.

La sixième, parce que l’Aquilon signifie les tribulations ; afin donc que nous sachions que par beaucoup et diverses tribulations il faut entrer dans le royaume de Dieu, cela est insinué par le cœur du Christ.

Mais quant à cette gorgée, et ce qui devait en jaillir, etc. Entrons avec Moïse et Aaron dans le tabernacle du Seigneur, Nombres 20, et, prosternés à terre, prions le Seigneur et disons : Seigneur Dieu, qui as entendu notre cri et nous as ouvert tes trésors, les sources d’eau vive, nous parlons à la pierre, et elle nous donnera des eaux ; frappons la pierre avec la verge de la contemplation ; or la pierre est le Christ, et des eaux très abondantes couleront, afin que nous buvions et que nous nous enivrons en elles, et que nous connaissions les très saints mystères des eaux.

Bien que le Dieu tout-puissant ait orné toutes les choses créées par lui des plus grands éloges et les ait décorées des grâces les plus abondantes, cependant parmi les éléments sensibles nous ne connaissons aucun élément qui ait été orné de plus grands privilèges par Dieu.

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 car celle-ci au commencement a été créée par Dieu, et l’Esprit du Seigneur était porté sur les eaux. Or lorsque les maux s’étaient multipliés à tel point que toute chair corrompait sa voie, la malice de la terre ne fut détruite que par l’eau ; et lorsque Dieu voulut montrer sa toute-puissance contre Pharaon, il changea les eaux en sang, et dans la mer Rouge il exerça une grande main contre les Égyptiens ; lorsque le peuple entrait dans la terre promise, voici de nouveau les miracles qui éclatent dans les eaux du Jourdain ; au point que David s’écrie au Psaume 113 : Qu’y a-t-il au Jourdain pour qu’il se soit retourné en arrière ?

Venons maintenant aux mystères de la nouvelle loi, dans lesquels nous reconnaissons que les eaux ont été merveilleusement illustrées. Car Jean prêche la venue du Christ dans les eaux ; et le Christ, afin de conférer aux eaux la vertu de régénérer, voulut être baptisé dans les eaux ; et il voulut attester sa majesté au-dessus des eaux. Il voulut accomplir son premier miracle dans l’eau, lorsqu’il changea l’eau en vin ; il voulut aussi instituer le premier Sacrement dans les eaux.

Et maintenant il a expliqué le très noble Sacrement de l’Église, lorsqu’après avoir traversé la mer et parcouru les eaux de Galilée, il mêla de l’eau au calice ; le même Christ, lorsqu’il eut expiré sur la Croix, bien que son côté eût été ouvert, [il en sortit] en même temps du sang et de l’eau. Ô eaux heureuses et bienheureuses, auxquelles le Christ a conféré une telle clarté et une telle excellence.

Que nous suggèrent donc, que nous indiquent ces eaux, sinon les grâces célestes ; de sorte que si quelqu’un en boit, il deviendra en lui une source d’eau vive jaillissant pour la vie éternelle ? Et des fleuves d’eau vive couleront de son ventre ?

Ces eaux célestes étaient indiquées par celles qui coulèrent du rocher, dont l’Apôtre dit en 1 Corinthiens 10 : Tous buvaient de la Pierre spirituelle qui les suivait, et la Pierre était le Christ. Ézéchiel a aussi indiqué ces grâces célestes, lui qui vit des eaux sortir du côté droit du temple. Contemplons les mystères de ces eaux.

Les eaux donc qui sortent du côté droit du temple, ou plutôt du Christ, coulent ainsi qu’elles se répandent en fleuve ; des fleuves d’eau vive couleront de son ventre ; ou plutôt en torrent, qui fut des eaux descendant du ciel.

Mais avec quel élan, avec quelle liberté, avec quelle abondance ? Écoutons ce qu’Ézéchiel décrit : Il y avait, dit-il, des eaux sortant du côté droit, et voici qu’un homme ayant un cordeau dans sa main me fit passer à travers les eaux jusqu’aux chevilles, puis jusqu’aux genoux, puis jusqu’aux reins, et enfin à des eaux que je ne pouvais traverser.

Car ainsi, avec une telle abondance, avec une telle accumulation, les armées des grâces célestes abondent en nous, que l’impétuosité du fleuve réjouit la cité de Dieu.

Mais il est admirable que tous ceux vers qui ces eaux sont parvenues ont été sauvés. Ici beaucoup de poissons, et beaucoup de pêcheurs : les poissons sont les hommes, les pêcheurs les Apôtres et les Pasteurs, auxquels il a été dit : Venez après moi, je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes ; heureux poissons qui, après avoir été imprégnés, ont été guéris, et d’eux-mêmes se heurtent aux filets jetés à droite du navire ; merveille que, bien qu’ils soient si nombreux, le filet ne soit pas déchiré.

Ô donc salutaire blessure, d’où a coulé ce sang précieux. Lorsque ces bons et heureux temps, et la vie bienheureuse dont il était tombé, le Roi Prophète les déplorait, il disait : Qui me donnera d’être comme aux mois anciens, comme aux premiers jours, lorsque le rocher me versait des ruisseaux d’huile ?

Qu’est-ce que cela ? Il est admirable que du rocher coule le miel, et de la pierre très dure l’huile ; mais plus admirable encore que de la pierre coulent de multiples ruisseaux d’huile. Comment en effet la pierre suinterait-elle de l’huile, si dans la pierre il n’y avait pas une source d’huile ?

Mais où ou quand avons-nous vu ou lu une source d’huile, sinon lorsque Dieu Emmanuel est né avec nous ? Car au temps où le Christ est né pour nous, une source d’huile coula à Rome, depuis le lieu où est maintenant élevée l’insigne Église de Sainte-Marie au-delà du Tibre, jusqu’au Tibre ; ainsi Dio livre 47 de l’Histoire romaine, Orose livre 6 chap. 20, Eusèbe dans la Chronique, le cardinal Baronius dans l’Apparat.

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il le rapporte aux Annales du Christ n. 25. Cette source d’huile admirable a toujours coulé dans le Christ, dont le nom est huile répandue ; mais lorsque le corps du Christ eut été percé par les clous et la lance, et qu’il eut ensuite été très fortement foulé au pressoir, alors de la pierre il versait pour nous abondamment des ruisseaux d’huile : car l’huile est le sang du Christ, Grégoire au chap. 1 du Cantique, lequel dit avec raison qu’il peut être offert comme huile de sainte onction ; car, comme l’indique Bernard, sermon 15 sur le Cantique, l’huile éclaire, nourrit, oint, entretient le feu, nourrit la chair, soulage la douleur, guérit les blessures. Tout cela le Christ le fait, c’est pourquoi le nom du Christ est huile répandue.

Cette huile, le Samaritain la versa avec le vin dans les blessures de celui qui, descendant de Jérusalem à Jéricho, était tombé aux mains des brigands, qui l’ayant couvert de plaies s’en allèrent, le laissant à demi mort ; comme l’expose amplement Richard de Saint-Victor au livre de l’état intérieur de l’homme chap. 48 et suivants.

Cette huile est celle qui délivra la femme de Sarepta et ses fils de la disette étrangère, 3 Rois 17 ; laquelle, sur l’ordre d’Élie, coula du vase tant qu’on présentait des récipients, et ne cessa pas avant que les récipients eussent cessé ; mais lorsqu’il n’y eut plus de récipients, l’huile s’arrêta.

J’ai lu une histoire remarquable, pour ne pas dire petite fable, chez ceux qui traitent de la piscine probatique ; quelle que soit la vérité de la chose, je la crois apocryphe, mais je la rapporte comme pieuse : lorsque le fils de Noé fut sorti de l’arche du déluge, il s’approcha des portes du paradis terrestre, et du Chérubin qui tenait l’épée flamboyante et tournoyante, il demanda en suppliant l’huile de miséricorde, afin d’en asperger le sépulcre d’Adam et d’obtenir pour lui miséricorde. On rapporte que le Chérubin lui refusa l’huile, mais lui donna cependant trois baies qu’il planterait sur le tombeau d’Adam. Les ayant reçues, il les apporta comme il lui avait été ordonné ; de là naquirent trois rejetons, qui par une très haute croissance s’unirent en un seul tronc, duquel on rapporte qu’a été fabriquée la Croix du Christ. De cette histo-

histoire, si elle est vraie, je conclus l’huile de miséricorde : car elle a coulé de la croix comme un liquide du fruit de l’arbre. Mais ce sera l’huile de miséricorde, par laquelle non seulement le sépulcre d’Adam, mais les cœurs de tous les fidèles sont aspergés.

Si au contraire la petite fable est feinte, que le pieux fils de Noé, qui cherche l’huile de miséricorde, s’approche de la Croix du Christ, afin que la pierre répande des ruisseaux d’huile de miséricorde. Et s’il refuse de venir, que le pieux Patriarche se console, car demandant l’huile de miséricorde, le sépulcre d’Adam, aussitôt que la Croix du Christ fut creusée, sera lavé, purifié, sanctifié par une irrigation large et abondante. Qu’on lise ce que nous avons écrit plus haut au chap. 16 sur le sépulcre d’Adam.

Cette percussion fut aussi très salutaire, car par la vertu du très précieux sang vivant du Christ il arriva que cette épée tournoyante que le Chérubin agitait devant le paradis, fut changée en clé du ciel, ou du moins, sa férocité ayant été déposée, ne nous empêche plus du paradis. C’est pourquoi Théophylacte au chap. 19 de Jean dit : L’épée du soldat fut la figure de l’épée tournoyante qui nous interdit le paradis. Et parce que tout ce qui tourne, à moins qu’il ne soit arrêté par quelque chose, ne cesse pas de son mouvement, le Seigneur, montrant qu’il arrêterait cette épée, plaça en figure le côté sous la lance du soldat, montrant que comme la lance du soldat s’arrêta lorsqu’elle fut appliquée au côté, ainsi le glaive flamboyant cesserait désormais, et son mouvement n’effraierait plus en interdisant l’entrée au paradis.

De l’eau très pure qui lave nos âmes, heureuse contemplation, qui ravit ainsi notre esprit, l’enivre, l’absorbe, de sorte que jaillissant d’une merveilleuse douceur, elle offre aussi à Bernard beaucoup de suavité, qui brise les outres nouvelles, et verse dans notre ancien état la ruine de l’esprit, afin que nos âmes, à la manière d’un colombier, soient soudainement par cette source lavées, essuyées, purifiées, blanchies, guéries. Admirable connexion : la colombe, l’âme ; l’arche, le corps du Christ ;

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L’arche de Noé, la véritable arche de l’alliance ; l’eau, la grâce ; les ouvertures de la pierre nous indiquent les blessures du Christ. Car les colombes qui se tiennent avec joie et demeurent près des courants très abondants indiquent les âmes des pieux qui demeurent près des ruisseaux des grâces : alors en effet les ailes de la colombe sont argentées, et le dos devient comme l’or pâle ; elles placent leurs nids dans les ouvertures de la pierre et dans les cavernes du mur. La caverne du mur est le côté percé du Christ, c’est la porte, c’est la fenêtre de l’arche de Noé, c’est l’arche de l’alliance, dans laquelle nous contemplons la manne céleste.

La douceur de ce traité m’oblige à souscrire à cet argument subtil et disposé en forme de souris, par lequel le melliflu Lansperge, homélie 54 sur la Passion du Seigneur, nous invite à l’hospitalité de cette blessure. Il dit : Habite dans cette blessure du côté. Si tu es une âme, ou l’épouse des âmes, où est un lieu plus doux pour dormir dans la chambre nuptiale que dans cette blessure ? Si tu es une colombe, là est le lieu pour faire ton nid. Si tu as décidé d’être pasteur, quel lieu te conviendra davantage pour mener une vie retirée et solitaire que dans le cœur du Christ ? Si tu es orateur, et ardent, et que tu soupires vers Dieu avec des gémissements vagabonds, ici est le lieu de repos. Ici, si tu as faim, tu mangeras la manne ; ici tu trouveras la source du salut. Ici en effet est la source du paradis, sortant du milieu du paradis, et se répandant dans les cœurs des fidèles. Ici est la porte de l’arche par laquelle entrent ceux qui ne périront pas par le déluge.

Une telle blessure Salomon l’a prédite prophétiquement, etc. Jusqu’ici notre navigation fut paisible, car, comme on dit, au second fleuve la contemplation s’est répandue dans nos esprits ; mais maintenant nous rencontrons les durs écueils d’Acestes, les Syrtes inextricables, l’immense chaos ; nous sommes secoués par les écueils, submergés par les Syrtes, confondus par l’immense chaos ; l’écueil de la difficulté est de savoir si ce passage de Salomon doit être entendu du blessure du Christ, par laquelle le cœur du Christ aurait été véritablement transpercé par la lance. La Syrte inextricable est s’il faut assigner la cause

pour laquelle il a voulu être blessé aussi au cœur. L’immense chaos sera si nous contemplons l’immense amour du Christ envers nous et l’immense dureté de notre âme ingrate envers le Christ.

Quant au premier point, à savoir si ce passage de Salomon doit être entendu de la blessure du Christ par laquelle son cœur aurait été transpercé. L’explication commune est presque toujours tropologique de l’âme, ou allégorique de l’Église ; et il est dit que par un cheveu de son cou, par lequel son humilité est indiquée, le cœur de l’époux est blessé, de sorte qu’on dit que le cœur de l’époux est blessé, parce qu’en raison des vertus éminentes de l’épouse l’époux est contraint de l’aimer, ainsi Rupert ; ou bien parce que par amour de l’épouse l’époux est pâle, Grégoire, Moralia 3, chap. 14.

D’autres expliquent ce passage des blessures du Christ, non cependant de la lance perçant le cœur, mais plutôt du Christ entier dans sa douleur, qui pieusement, à cause de son immensité, est dit métaphoriquement avoir blessé le cœur, comme nous disons aussi que le cœur de la Bienheureuse Vierge est transpercé de douleur, ainsi Hugo le Cardinal.

Cependant nous montrerons que ce passage doit être entendu de la blessure infligée à la poitrine du Christ, de sorte qu’il est véritablement dit que le cœur a été blessé, parce que la lance a transpercé le cœur du Christ, et nous apporterons les très clairs témoignages de la Bienheureuse Vierge.

Car elle est témoin d’une vision au-dessus de toute exception ; ainsi elle s’adresse à sainte Brigitte au livre 1 des Révélations chap. 10 : Jésus, dit-elle, s’approchant, enfonça la lance dans son côté si fortement, etc., qu’elle semblait presque traverser l’autre côté ; ainsi il me semblait qu’elle perçait mon cœur, moi aussi très douloureusement transpercée avec mon fils très cher.

Le livre 2 chap. 21 l’atteste : Mon fils était frappé au cœur si durement, et mon âme, recueillant cela, était presque défaillante, jusqu’à ce que la lance atteignît son cœur, et que les deux parties du cœur fussent sur la lance.

Et au livre 4 chap. 70 : Peu après, le côté étant ouvert et la lance retirée, apparut un sang verdâtre pâle comme de couleur brunâtre ; afin qu’on comprît par cela que le cœur avait été transpercé.

De même aussi dans le sermon angélique de sainte Brigitte

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Transmis d’en haut, on le lit au vendredi, leçon 3. Les saints Pères ont attesté cela également. Saint Vincent, dans le sermon de la Parasceve, dit : La lance est montée jusqu’au cœur. Saint Bernard, dans le traité de la Passion, chap. 3, dit : Ils ont percé non seulement les mains et les pieds, mais aussi le côté, et la lance de la fureur a perforé l’intime très saint du cœur, qui avait été blessé par la lance d’un amour intime. Et plus bas il dit : Nous avons vu dans son côté afin que l’entrée nous fût ouverte ; ton cœur a été blessé afin que, en lui et en toi, délivrés des perturbations extérieures, nous puissions habiter. Tu as été blessé afin que, par une blessure visible, nous voyions la blessure invisible. C’est pourquoi Lansperge dit très bien, homélie 44 sur la Passion du Seigneur : Les révélations de certaines saintes ne sont pas de peu d’utilité, attestant que le cœur aussi a été transpercé. D’autres docteurs, quoique moins célèbres, ont attesté la même chose.

Quant au second point.

QUESTION.
Pourquoi aussi le Christ a voulu que son cœur fût percé, nous pouvons l’expliquer par de nombreuses raisons.

Premièrement, parce que rien ne pouvait nous attester plus efficacement la mort que si le cœur avait été transpercé.
Deuxièmement, parce que rien n’est plus délicat que le cœur ; et personne ne peut indiquer plus puissamment son amour que s’il reçoit une blessure au cœur.
Troisièmement, parce que, lorsque le Christ mourait pour nous afin de nous préparer une place auprès de lui, il ne pouvait nous préparer de lieu plus aimable, de lieu plus cher, que dans le sein de son cœur.
Quatrièmement, parce qu’il s’était déjà donné tout entier à nous vivant, visiblement dans la Nativité, invisiblement dans le très saint mystère de l’Eucharistie, il voulut aussi se donner tout entier à nous mort ; le cœur ne paraissait pas ainsi nous être livré dans la mort, c’est pourquoi il voulut qu’il fût aussi transpercé, afin que nous sachions que le Christ ne s’était rien réservé qu’il ne nous eût donné.

Cinquièmement, parce que les impies persécuteurs cherchaient l’âme du Christ ; c’est pourquoi le Christ disait : Délivre, ô Dieu, mon âme du glaive, et des mains des chiens mon unique. Mais, ne sachant pas où elle résidait selon l’œil corporel ; et certains affirmaient qu’elle résidait dans la tête, d’autres dans le cerveau, d’autres dans le sang, d’autres sous les précordes, d’autres dans le cœur, d’autres qu’elle était répandue dans tout le corps ; ils la cherchaient donc en tous ces lieux, et s’efforçaient de l’en expulser.

Pensant qu’elle était dans la tête, ils frappèrent la tête de gifles, de coups, de poings, de roseau ; et cependant ils ne purent expulser ni chasser l’âme. Craignant donc que son siège ne fût pas dans la tête mais dans le cerveau, ils décidèrent de percer aussi le cerveau avec des épines aiguës, et d’en expulser l’âme. Ils enfoncent donc horriblement une couronne hérissée d’épines qui couvrait toute la tête, ils piquent le cerveau ; et pourtant l’âme ne sortait pas. Ils pensèrent donc qu’elle était répandue dans tout le corps ; c’est pourquoi ils déchirèrent tout le corps depuis la plante du pied jusqu’au sommet par des fouets, des flagelles et des aiguillons, afin que l’âme sortît ; cependant ils ne purent l’en expulser.

Pensant donc qu’elle résidait dans le sang, parce que certains répandent la vie avec le sang, ils s’efforcèrent par une crucifixion cruelle d’épuiser tout le sang hors du corps du Christ. Mais, craignant peut-être que l’âme ne se cachât dans le cœur, bien qu’ils vissent les parties extérieures du corps sans vie, afin qu’on crût qu’ils avaient atteint l’âme, ils transpercèrent avec la plus grande férocité les précordes et le cœur même, reconnaissant ainsi la mort déjà consommée du Christ.

Quant au troisième point, saint Bernard et Hugues de Saint-Victor, considérant avec finesse la charité du Christ envers nous et la rusticité de notre âme ingrate envers le Christ, décrivent : Bernard en effet dans le Rythme de la Passion

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Du Christ, qui introduit ainsi le Christ parlant.

Vers toi je crie, moi qui meurs pour toi.
Je t’exhorte, moi qui souffre sur la croix.
Vois les clous par lesquels je suis percé,
Vois le côté par lequel je suis ouvert ;
Et bien que ta douleur soit intérieure et extérieure,
Il est nécessaire que tu sois frappé, puisque je t’éprouve ingrat.

Et Augustin introduit ainsi le Christ parlant. Lorsque tu étais ennemi, mon Père a été réconcilié pour moi ; et lorsque tu étais loin, je suis venu afin de te racheter, et lorsque tu errais parmi les morts et les forêts, je t’ai cherché ; parmi les pierres et les bois je t’ai trouvé, et je t’ai recueilli alors que j’étais déchiré par la bouche furieuse des bêtes et des loups ; j’ai travaillé, j’ai sué, j’ai exposé ma tête aux épines, j’ai permis que mon côté fût percé ; j’ai été d’autant plus déchiré pour t’unir à moi, et toi tu te sépares de moi ? Telle est ton ingratitude.

Jacques de Voragine explique aussi en ce sens, sermon sur la plainte de la Bienheureuse Vierge, ce passage d’Osée 6 : Votre miséricorde est comme la nuée du matin, et comme la rosée qui passe au matin, et comme le pâturage du désert, elle est comme la brume que parfois un souffle léger chasse, et comme la rosée qui, au lever du soleil, se dessèche promptement. Ainsi, lorsque vient la chaleur des tentations, de vous disparaît la mémoire de la Passion.

Pourquoi donc notre ingratitude apparaît-elle si grande ? Bernard l’explique dans le traité de la Passion chap. 4, disant : Le Christ supporte encore et observe attentivement s’il trouve quelqu’un qui essuie les ruisseaux de sang et nettoie de la sueur celui qui a été déposé de la croix, non peu ; mais il immole le cœur.

Donc de cette blessure a coulé une eau d’une telle sorte, et l’on découvre une vertu merveilleuse et incroyable des eaux, si nous considérons avec soin et attention ce que les scrutateurs très exacts de la nature et des secrets naturels ont rapporté de mémoire sur les multiples vertus des eaux : cependant aucune vertu n’est trouvée si grande qu’elle puisse être comparée à cette eau céleste qui a coulé du côté du Christ.

Car bien que Pline, livre 2 chap. 106, atteste qu’on trouve dans les régions d’Illyrie une source célèbre qui, bien qu’elle soit froide, brûle les vêtements étendus ; une source de Dodone où les torches qu’on y jette s’allument et les lampes allumées s’éteignent ; en Paphlagonie une source d’eau fétide qui enivre comme le vin ; une eau de Commagène qui rejette une boue acide ; les eaux de la mer Asphaltique, qu’on appelle autrement mer Morte, qui soutiennent même un poids lourd qu’on y jette ; d’autres eaux qui, bues, rendent les sens plus aigus ; d’autres qui donnent la mémoire ; d’autres qui donnent l’oubli ; comme le dit Pline livre 31 chap. 2 et 3 ; et si quelqu’un alléguait d’autres miracles semblables des eaux, ils ne pourront cependant en aucune manière être comparés à cette eau admirable.

Car celle-ci n’enflamme pas les vêtements, mais les cœurs ; elle n’enivre pas par la fureur du vin, mais par l’ardeur de la charité ; elle ne rejette pas une boue enflammée, mais elle amollit un cœur enflammé ; elle n’éteint pas des torches allumées par un feu corruptible, mais elle éteint les torches enflammées de la concupiscence ; celles qui sont éteintes, elle les rallume par un feu divin ; elle ne rend pas seulement noires, mais elle rend les âmes blanches et pures ; elle efface la mémoire des injures, elle augmente la mémoire des bienfaits ; elle lave, essuie, purifie, enlève les taches.

Puisque nous avons fait mention de sources merveilleuses, il plaît en ce lieu de rapporter certains miracles de la source qu’ils appellent la source de Jésus. Cette source est en Égypte, et elle est appelée source de Jésus, parce que l’on croit que l’Enfant Jésus, lorsqu’il fuyait en Égypte, fut lavé dans cette source par la Bienheureuse Vierge, et que ses vêtements de lin furent aussi nettoyés dans cette même source par la Bienheureuse Vierge ; et que, par le contact de la chair du Seigneur, les eaux de cette source ont reçu une telle vertu qu’elles peuvent non seulement donner un suc semblable au baume, mais aussi enlever une certaine odeur par laquelle les Sarrasins sentent naturellement très fortement ; ainsi Burchard dans la seconde partie de la Description de la Terre Sainte chap. 4 ; lequel rapporte aussi des merveilles au sujet de certains bœufs qu’ils appellent sacrés, qui, en buvant les eaux qui coulent de la source de Jésus, rendent un service perpétuel ; choses que rapporte aussi Christianus Adricomius dans la descri-

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Or ce sang d’où il a débordé, etc. Lorsque l’Apôtre expliquait la vertu céleste du sang du Christ, Hébr. 9, il dit : Si le sang des boucs et des taureaux, et la cendre d’une génisse répandue, sanctifie ceux qui sont souillés pour la purification de la chair, combien plus le sang de Jésus-Christ, qui s’est offert lui-même pour nous, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant. C’est pour cette raison que l’Apôtre a comparé le sang du Christ avec le sang des boucs et des taureaux, etc. : car dans le sang des boucs et des taureaux était figuré le sang du Christ, comme l’explique doctement Rupert, très savamment le Nysséen dans la Vie de Moïse, Bède au chap. 12 de l’Exode, Augustin dans le livre des Questions sur les Nombres q. 53, Origène homélie 3 sur le Lévitique et homélie 16 sur le livre des Nombres, Grégoire livre 13 des Morales chap. 11. Et à juste titre : car le bouc figurait le Christ. Cyrille livre contre Julien chap. 9, Augustin sermon 19 sur le Temps, Isychius sur le Lévitique chap. 16.

C’est la raison pour laquelle notre auteur, considérant cela et recommandant la vertu du sang du Christ, a dit que le péché écrit par un ongle de diamant a été effacé ; car puisque le diamant ne peut être dompté ni par le fer ni par le feu, mais qu’il est brisé par le seul sang du bouc, ainsi le péché de Juda écrit par un ongle de diamant ne pouvait être effacé sans le sang du Christ ; mais par ce sang il a été entièrement effacé, comme a été effacé aussi l’acte du décret avec Adam notre Patriarche, et cloué à la croix. Et il était dit écrit par un ongle de diamant, parce que ce qui est gravé par l’ongle demeure perpétuellement dans la mémoire : car cela est toujours sous les yeux. Grégoire livre 14 des Morales chap. 26, Origène homélie 12 sur Jérémie. Ainsi aussi notre péché était perpétuellement sous les yeux de Dieu. Maintenant le péché est effacé, et l’acte cloué à la croix.

Or ce sang, à cause de sa force immense pour confirmer, etc. Deux grands mystères sont renfermés en ce petit passage :

l’un est que le sang du Christ a été figuré par le vin ; l’autre est que le sang du Christ a coulé du pressoir de la grappe de vigne. Et l’un et l’autre mystère peuvent être confirmés par de brillantes autorités et convenances.

Quant au premier, les Pères assignent comme raison de la laceration que plusieurs Psaumes soient intitulés pour les pressoirs : le pressoir signifie la croix ; par laquelle le Christ, comme une grappe de Chypre pressée, a répandu le vin du sang ; c’est pourquoi il est dit en Isaïe 63 : Pourquoi ton vêtement est-il rouge, et tes habits comme ceux de celui qui foule au pressoir ? Et il répondit : J’ai foulé le pressoir seul.

Merveilleuse donc proximité du vin et du sang ; pour cette raison le Christ a voulu consacrer le sang dans le vin. Et les Pères entendent que dans le vin est figuré le sang du Christ : ainsi Clément d’Alexandrie livre premier du Pédagogue chap. 6, Arnobe sur le Psaume quatrième, Rupert sur le Cantique chap. 4 et 7, Augustin sur le Psaume 74.

Celui qui comparera les effets du vin avec le sang du Christ comprendra à juste titre la convenance du sang du Christ dans le vin. Car le vin réjouit le cœur de l’homme : mais le sang du Christ réjouit l’Église et le cœur des fidèles ; le vin enivre : le sang du Christ nous rend ivres d’amour divin ; le vin fortifie : le sang du Christ nous confère la force ; le vin excellent colore nos joues ; mais du sang du Christ disait sainte Agnès : Son sang toute espèce de tache. Le vin est le meilleur réconfort des esprits : ainsi aussi nous sommes restaurés par le sang du Christ.

Mais Ioannitius le Médecin disait dans son Isagoge à l’Art médical que le vin est à la fois nourriture et boisson ; ainsi le sang du Christ est boisson, certes, parce qu’il a par concomitance annexée le corps du Christ, qui est la meilleure nourriture de l’âme ; c’est pourquoi il est boisson et nourriture. Et cela pour le premier point. Maintenant passons au second, afin de montrer qu’il est aussi signifié dans la grappe du Christ. Or la figure remarquable fut Nombres 13.

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lorsque les explorateurs, revenant, portaient sur un bâton une grappe d’une grandeur admirable : car le bienheureux Ambroise, livre premier de la Foi chap. 8, et livre 6 sur Luc, entend par la grappe suspendue au bâton le Christ suspendu à la croix. Origène aussi, homélie 15 sur les Nombres, entend dans la grappe le Christ ; qui, sous l’écorce petite et méprisable de l’humanité, enferme la divinité divine.

De même en effet que la grappe si admirable fut l’indice de la fécondité et de la fertilité de la terre promise, ainsi le Christ suspendu à la croix pour notre salut est pour nous l’indice d’une joie et d’une gloire immenses au ciel. Car combien grande doit être la gloire du ciel qui a été achetée à si grand prix ?

Le Christ est donc la grappe de Chypre dans les vignes d’Engaddi, comme le note bien Bernard, sermon 4 sur le Cantique, parce qu’il répand le parfum de la grâce dans les fleurs, et qu’il a été dans le fruit celui de l’élection, de la bouche duquel il nous offre la prédication pour notre réfection. Car la grappe est propre à boire et à manger ; parce que le Christ tantôt, dans la méditation, comme par des aliments, restaure l’âme ; tantôt dans un soudain transport vers Dieu, comme par le vin, il se répand en nous.

Cette grappe est sortie de la meilleure vigne, à savoir la Très Bienheureuse Vierge, qui est la vigne de la vie produisant des fruits d’honneur et d’honnêteté ; lesquels enfin, pressés dans le pressoir de la croix, nous ont procuré abondamment le salut.

Quant au sang, véritablement aussi eau, etc. Si ce que nous avons écrit jusqu’ici dans la contemplation de cette très sainte blessure semble peut-être léger ou minime, assurément ce qui doit maintenant être dit ne devra être estimé ni léger ni petit : car non en vain, non témérairement, ni sans mystère, avec une triple amplification, Jean a dit : Aussitôt il sortit du sang et de l’eau ; et afin que foi fût accordée à sa parole, il se présenta comme témoin oculaire, disant : Celui qui a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai.

Ce n’est pas sans grand mystère ni miracle que sortent l’eau et le sang ; car si ce fut un très grand miracle que des eaux aient jailli de la pierre, pourquoi ne serait-ce pas un miracle que du cœur du Christ coulent le sang et l’eau ? Lorsque la tête de Paul fut tranchée par le glaive, du lait coula aussi avec le sang, comme l’atteste saint Ambroise, sermon 68 sur la Nativité des Apôtres Pierre et Paul, et Jean Chrysostome dans l’homélie sur les saints Pierre et Paul.

Bien que dans certaines éditions de Chrysostome la mention de ce lait mêlé au sang ne se trouve pas, cependant Gérard Vossius, dans ses commentaires sur la même homélie, d’après des manuscrits de l’illustrissime et très révérend mécène de la sagesse chrétienne de notre temps, le cardinal Sirleto, a montré que les écrits authentiques et complets de Chrysostome contiennent cela ; et il n’est pas étonnant que du lait ait coulé de son cou à la mort, lui qui vivant était un vase d’où le lait de la prédication a coulé très abondamment de sa bouche.

Nous lisons aussi que des blessures des saintes vierges chrétiennes, Catherine et beaucoup d’autres, tandis qu’elles étaient mises à mort pour la cause du Christ, du lait a coulé.

De la part du côté du Christ donc, quoi d’étonnant si avec le sang a coulé aussi l’eau ? Mais lorsque je dis quoi d’étonnant, semblerai-je exclure le miracle ? Loin de là ; je déclare seulement que cela n’a pas été impossible.

Cependant deux problèmes non moins fructueux que curieux s’offrent maintenant à résoudre. Le premier, pourquoi, alors que nous lisons que du lait a coulé des blessures d’autres saints, du côté du Christ n’a pas jailli du lait, mais avec le sang de l’eau ? Pourquoi n’en est-il pas sorti du lait, du miel, de la manne ou de l’ambroisie ? Serait-ce que le sang du Christ fut lait et miel, manne, nectar et ambroisie ? À propos de quoi la très sainte vierge du Christ Agnès disait : J’ai reçu de sa bouche le miel et le lait, et son sang a orné mes joues.

Serait-ce que l’Église, qui est édifiée à partir de la blessure latérale du Christ, a besoin de sang et d’eau, non de miel ou de lait ; de l’eau pour être lavée, du sang pour être enivrée ? Serait-ce que la signification soit que la force de l’eau

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la force, plutôt que celle du lait ? Car l’eau signifie l’ablution, la grâce, la sagesse, l’Église, les dons de l’Esprit Saint, les sacrements, l’abondance des biens, la félicité, et six cents autres charismes qui nous ont été donnés à partir de cette blessure.

D’autre part, pourquoi le Christ, dans la circoncision, la sueur, la flagellation, le couronnement et la crucifixion, vivant, n’a-t-il émis que du sang de ses blessures ; mais mort, non seulement du sang, mais aussi de l’eau ?

Est-ce parce que pour celui qui vit rien n’est plus cher que le sang ; tandis que l’eau semble ne rien valoir pour nous ? Afin donc de montrer qu’il nous a donné ce qui était le plus cher pour lui vivant, il a répandu le sang, non l’eau ; mais mort, il a aussi donné l’eau ; afin de montrer que lorsqu’il a dit sur la Croix : J’ai soif, il ne désirait pas l’eau, dont il avait en lui grande abondance, mais il désirait notre salut.

Ou bien afin de montrer combien grande fut la douleur de sa Passion, dont l’atrocité fit que certaines de ses parties intérieures furent comme dissoutes en clémence, comme l’affirme Innocent III ?

Ou bien parce que, comme nous le constatons souvent chez les femmes enceintes, que par désir excessif d’un aliment ou d’une boisson qu’elles réclament, elles en conçoivent intérieurement la forme et en impriment les marques au fœtus ; ainsi le Christ, par le souffle ardent de sa soif brûlante d’eau, aurait introduit en lui cette même eau ?

Ou bien afin de montrer, après sa mort, où était le véritable puits des eaux vivantes, afin que son peuple ne fasse pas double moulin, c’est-à-dire qu’il n’abandonne pas le Christ, source d’eau vive, pour se creuser des citernes crevassées incapables de contenir les eaux ?

Ou bien enfin afin d’indiquer plus heureusement l’effet de sa Passion, qui est montré davantage par l’eau et le sang ensemble que par le seul sang ?

Mais maintenant, ramenant les voiles de notre contemplation, revenons au texte.

Il dit : un véritable sang et une véritable eau ont coulé. Je vois que certains ont douté de la réalité tant du sang que de l’eau qui ont coulé du côté du Christ.

Car en ce qui concerne le sang, Aristote, au livre II du traité De l’Âme, texte 9, et au livre I des Parties des animaux, chapitre premier, enseigne que l’œil et la main d’un vivant, lorsque l’âme s’est retirée, ne sont œil et main qu’équivoquement ; de même l’homme mort est homme seulement équivoquement ; or ce qui est tel équivoquement n’est pas véritablement et simplement tel.

Donc le sang du Christ déjà mort ne paraissait pas être simplement et véritablement du sang, mais seulement du sang équivoquement.

Cette difficulté a été rencontrée par Michel Palacios, sur ce passage de Jean 19 : Il en sortit du sang et de l’eau ; et il dit que, chez les autres morts, le sang n’est présent qu’équivoquement ; mais qu’en Christ, même mort, il y eut miraculeusement du véritable sang. Mais cette doctrine ne peut se soutenir.

Car puisque l’âme confère aux parties du corps l’être vital en tant que principe formel, et qu’un effet formel ne peut jamais être suppléé sans la forme, il ne pourra se faire par miracle qu’il y ait du véritable sang sans âme, pas plus qu’il ne peut y avoir un véritable homme sans âme.

La solution de ce doute dépend donc d’une double question physique.

La première est : le sang est-il animé ou non ? Sur ce point nous avons traité ailleurs plus longuement.

La seconde est : dans un seul vivant, faut-il admettre une seule forme qui actualise toutes les parties, ou faut-il admettre autant de formes qu’il y a de parties vivantes, lesquelles formes ont coutume d’être appelées partielles ?

Car si, dans le vivant, le sang n’est pas animé et possède une forme partielle propre distincte de toutes les autres parties, alors même l’âme s’étant retirée, il pourra être dit véritablement et proprement du sang ; mais si le sang était animé, ou du moins n’était pas animé, sans toutefois posséder dans l’homme d’autre forme substantielle que l’âme rationnelle, laquelle ne conférerait pas au sang l’être animé, parce que le sang n’en serait pas capable,

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elle lui attribuerait pourtant l’être substantiel en tant qu’il vit en elle, non pas au titre d’âme, mais au titre de forme ; et la difficulté paraîtrait plus grave : car l’âme s’étant retirée, le sang semblerait ne pouvoir être dit sang que de manière équivoque.

Cependant, puisque ce lieu n’exige pas que nous poursuivions les controverses physiques, laissant les questions de physique aux physiciens, il nous suffit ici d’examiner si le liquide qui a coulé de la blessure du Christ est celui que tous appellent communément sang.

Car si, selon les dogmes des physiciens, et compte tenu des subtilités du sang, ce liquide ne devait pas être appelé sang proprement, mais seulement de manière équivoque, cependant, dans l’usage commun, il est appelé sang ; et c’est ainsi que Jean l’a entendu, lorsqu’il dit : Il en sortit du sang et de l’eau.

Et cela suffit pour la vérité de l’expression de Jean ; autrement, chaque fois que nous lisons dans l’Écriture le mot feu, on pourrait dire que l’Écriture se trompe, puisque, comme le dit Aristote (Météorologiques, livre IV), le feu qui est chez nous n’est pas véritablement feu, mais nous l’appelons feu par usage, bien qu’il ne soit qu’une exhalaison d’un esprit sec.

Concernant l’eau, la difficulté est plus grave. Certains ont pensé que le sang extrait par saignée se corrompt facilement et devient flegme ; et ils ont soutenu qu’à partir de la blessure du Christ n’a pas coulé de l’eau, mais un flegme mêlé au sang.

Ils appuyaient peut-être cette conjecture sur ce que nous voyons que notre cœur est entouré d’une sorte de mince membrane, dans laquelle semble contenu un certain liquide phlegmatique, que les Grecs appellent περικάρδιον (péricarde), dont Aristote parle en plusieurs endroits.

Enfin, ne pouvant comprendre comment de l’eau aurait pu s’y trouver, ils ont avancé cette erreur, suscitée autrefois par des hérétiques, comme le rapporte le cardinal Tolète sur Jean, chapitre 19.

Mais cette erreur fut réfutée en plusieurs endroits par Innocent III, au livre III des Décrétales, titre 34, et elle est rapportée au chapitre « Cum Martæ » sur la célébration de la Messe.

Premièrement, parce que celui qui vit en lui-même, et qui vit de manière très parfaite, a vu le sang, et aussi le flegme ; et que l’écoulement du flegme a également été attesté ; mais il dit qu’il a vu couler de l’eau.

Deuxièmement, parce que dans cette eau était signifié le Baptême ; or nous sommes baptisés dans l’eau, non dans le flegme.

Troisièmement, parce que autrement, dans le calice, avec le vin, on ne devrait pas mêler de l’eau, mais du flegme ; car du fait que l’eau a coulé du côté du Christ, les Pères ont conclu qu’il fallait mêler de l’eau au vin dans le calice : ainsi Ambroise, Chrysostome, Théophylacte sur Jean 19, « Il en sortit du sang et de l’eau », concluent : donc l’eau doit être mêlée au calice.

Quatrièmement, parce que dans l’Ancienne Loi cette eau qui a coulé du côté était figurée par celle qui jaillit du rocher frappé par la verge de Moïse, laquelle produisit de véritables eaux, non du flegme.

Cinquièmement, d’après la première épître de Jean, chapitre 5 : « Trois sont ceux qui rendent témoignage sur la terre : l’Esprit, l’Eau et le Sang. »

Sixièmement, nous pouvons aussi le prouver par ce qu’Athanase a écrit dans son opuscule sur la Passion de l’image du Sauveur, où il dit que de son côté transpercé par la lance ont jailli le sang et l’eau.

Et certes, les fondements des hérétiques ne concluent rien : car bien que l’humeur phlegmatique soit mêlée au sang humain, et qu’elle ait pu aussi s’écouler avec le sang, cependant, outre cela, il est certain que la véritable eau a coulé ; car cette humeur dite phlegmatique, appelée περικάρδιον, est si minime qu’elle ne peut ni être perçue sensiblement, ni être comprise dans cette expression : Il en sortit du sang et de l’eau.

Mais de nouveau quelqu’un objectera :

COMMENT, DANS LA POITRINE DU CHRIST, A-T-ON PU TROUVER UNE VÉRITABLE EAU ?

À cette question, cette réponse ne suffit pas, comme celle donnée plus haut, à savoir qu’une véritable eau a coulé…

397

Innocent III, au lieu cité plus haut, assigne deux manières ; l’une est que cette eau ait été créée là par Dieu ; l’autre, qu’elle ait été produite par la grandeur de la douleur. Les deux manières sont probables, cependant la seconde est plus probable, surtout si nous considérons ce que la Bienheureuse Vierge, et même le Christ lui-même, a révélé à la Bienheureuse Brigitte dans le livre premier, chapitre dix, et au livre 4, chapitre 70. Il dit : Par la grandeur et l’âpreté de la douleur, le cœur du Christ a été fendu et a éclaté.

Le Christ aussi, s’adressant à la Bienheureuse Brigitte, au livre des Révélations extravagantes, chapitre 51, dit : Mais moi, demeurant dans une telle douleur et persévérant dans un tel cri, enfin mon cœur éclata par la violence de la Passion. Et au même livre, chapitre 106, il ajoute de nouveau : Peu pensent combien je demeurais douloureux sur le bois de la Croix, lorsque mon cœur éclata.

Dans une si grande âpreté de douleurs, par laquelle le cœur du Christ éclata, une si grande résolution d’humeurs a pu se produire, qu’elles furent immédiatement converties en éléments, et que là l’eau fut rassemblée.

S’ajoute encore, comme le note finement Soto, et d’après lui Benzonius, que si l’on dit que cette eau fut là par résolution, la vérité du corps naturel du Christ sera plus efficacement prouvée : c’est pourquoi il ne faut en aucune manière adhérer à ceux qui ont dit que l’eau a été créée hors du corps du Christ ; bien moins encore à ceux qui ont dit que, le vivant mourant et l’âme se retirant, l’eau aurait été engendrée à partir du flegme.

C’est pourquoi lis Tolétan, Paradoxe 2, chapitre 29 et 30, et la Glose De Consecratione, distinction 2, mot Verumque.

Et après la mort, chose admirable à dire, ils coulèrent, etc.

Celui qui aura soigneusement examiné ce que Jean a voulu décrire si exactement, en disant : Aussitôt il sortit du sang et de l’eau, et celui qui a vu a rendu témoignage, et il sait qu’il dit vrai, comprendra clairement qu’il a voulu dire quelque chose de merveilleux et au-delà de tout cours de la nature.

Mais si tout le miracle a consisté en ce que l’eau a coulé, ou aussi en ce que d’un corps déjà éteint le sang a coulé, cela n’est pas si clairement établi ni ne peut être facilement décidé ; c’est pourquoi les Docteurs sont allés vers diverses opinions.

Car certains affirment que l’eau a été produite naturellement dans le corps du Christ ; d’autres que cela a été fait par une vertu surnaturelle ; d’autres que l’eau a été produite convenablement par résolution naturelle, mais qu’elle est sortie d’un corps mort par vertu surnaturelle ; d’autres au contraire soutiennent qu’elle est sortie par vertu surnaturelle, mais que la blessure ayant été faite naturellement, elle a été naturellement résolue et a aussi coulé naturellement.

Quant au sang, Soto, 4e livre des Sentences, distinction 13, question unique, article 4, enseigne que le sang, dans un corps récemment éteint, les veines étant encore tièdes, a pu couler naturellement.

Cajetan enseigne toutefois que, bien que d’un corps déjà mort le sang ait pu couler naturellement, cependant d’un corps déjà rigide il n’a pas pu sortir en même temps que l’eau, sinon miraculeusement.

Les Pères cependant, je le vois, attribuent aussi au miracle le fait que le sang ait coulé d’un corps déjà éteint.

Bède, sur la première épître de Jean, chapitre 5, dit : Le sang et l’eau ont coulé du côté d’un mort, ce qui était contre la nature des corps morts.

Euthyme dit : La chose est au-dessus de la nature et manifeste la puissance de celui qui est plus grand qu’un homme ; car si quelqu’un avait été blessé, si même quelqu’un l’avait frappé mille fois, d’un homme mort il ne serait pas sorti de sang.

Saint Thomas, leçon 5 sur le chapitre 19 de Jean, dit : Il est très miraculeux que d’un corps mort, dans lequel le sang est coagulé, le sang sorte. Et si quelqu’un dit que cela a pu se produire à cause d’une certaine chaleur qui serait demeurée là, il ne peut cependant nier que l’écoulement de l’eau ait été miraculeux.

Ambroise, livre 10, chapitre 23 sur Luc, dit : Bien qu’un vrai sang soit sorti, ce fut néanmoins miraculeux que le sang soit sorti d’un mort, puisque après la mort le sang se coagule.

Je reconnais cependant que, même si cela a pu paraître miraculeux dans le corps du Christ, à partir d’autres cadavres toutefois, et dans l’espace de 22 heures

Après leur mort, j’ai vu moi-même en grande quantité le sang couler d’une blessure.

398

Non seulement le sang sortit de la poitrine du Christ alors qu’il pendait à la croix, etc.

Ce passage renverse l’opinion de certains scolastiques qui, interprétant à tort cette autorité de Damascène : « Le Christ n’a jamais abandonné ce qu’il a assumé une fois », disent que le Christ a repris à la Résurrection tout le sang qui avait coulé de son corps durant la Passion.

Mais comme ils étaient pressés par certains arguments tirés de l’expérience et du témoignage des sens — car on voit que la Croix du Christ et la couronne d’épines sont aspergées du sang du Christ — ils répondaient que le Christ avait repris le sang quant à la substance, et n’y avait laissé que les accidents du sang.

Mais la très sainte Sindon, aspergée du sang du Christ, nous montre encore aujourd’hui de véritables gouttes du sang du Christ.

Et pour que personne ne dise : ce sont les accidents du sang qui apparaissent, mais la substance du sang le Christ l’a reprise — nous rejetons aussi cette subtilité de réponse par la détermination expresse des Souverains Pontifes, à savoir que dans la très sainte Sindon se trouve le véritable sang du Christ.

Car Jules II, dans la Bulle d’approbation de la sainte Sindon, dit : « Dans cette Sindon, comme le même Sixte, notre prédécesseur, l’affirme dans un traité qu’il a composé sur ce sang, on voit le véritable sang de Jésus-Christ et son image. »

Et plus bas : « Dans laquelle sont manifestement visibles les reliques de l’humanité du Christ que la Divinité s’était unie, à savoir son véritable sang. »

Et tant Jules II que Sixte IV ont approuvé l’office de la sainte Sindon, dans lequel il est souvent, très souvent dit que là se trouve le véritable sang du Christ.

Il ne faut pas non plus recourir à cette distinction selon laquelle il y aurait un sang nutritif et un sang vital, et que celui qui est vital aurait été assumé hypostatiquement et repris, mais que le nutritif ne l’aurait pas été ; car ce sang n’était pas assumé hypostatiquement, puisque le sang qui se trouve dans la très sainte Sindon est dit être celui par lequel nous avons été rachetés, et qu’il doit pour cela être vénéré et adoré par les fidèles ; donc il était assumé hypostatiquement.

Quant à la manière dont doit être entendue cette autorité de Damascène, nous l’avons montré ailleurs au livre III des Sentences, distinction 5, de manière étendue ; c’est pourquoi, afin de ne pas refaire ce qui a déjà été fait, nous avons jugé bon d’y renvoyer le lecteur qui désire connaître le véritable sens de Damascène.

Bien que l’on puisse répondre facilement, etc.

Puisque l’éclat infaillible de la piété chrétienne enseigne que du côté du Christ ont coulé le sang et l’eau, il n’indique cependant pas si l’eau a coulé séparée du sang, ou après le sang, ou bien mêlée au sang ; c’est pourquoi les Docteurs ont compris ce mystère de diverses manières.

En effet, François Suarez, dans la troisième partie de saint Thomas, question 51, article 3, dispute 4, section 1, a enseigné que d’abord le sang a coulé, et ensuite l’eau.

Il confirme son opinion par un témoignage de saint Jérôme qui, écrivant à Océanus, explique ce passage de Jean 19 : « L’un des soldats ouvrit son côté d’un coup de lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau », et dit : « Parce que le Christ a commencé par les eaux, il finit dans les eaux. »

D’autres ont pensé que l’eau a coulé mêlée au sang, confirmant leur opinion par le témoignage de saint Cyprien au livre des Monts Sinaï et Sion, où il dit : « Du côté du Christ ont coulé le sang et l’eau mêlés. »

D’autres enfin pensent, avec beaucoup plus de justesse, que le sang et l’eau ont coulé ensemble, non pas mêlés, mais distinctement ; cette opinion se prouve.

Premièrement par l’autorité de saint Cyprien au livre de la Passion du Christ : « De la même origine consubstantielle, à la lumière divine, l’eau et le sang émanent. »

La Glose sur le chapitre « In Sacramentorum », De Consecratione, distinction 2, soulève cette question et, en la résolvant, dit : « Ils ont coulé séparément et avec séparation. »

La même chose est répétée par la Glose dans les Clémentines, De Summa Trinitate et Fide Catholica, au chapitre unique.

Deuxièmement, parce que si l’eau mêlée au sang…

399

Si l’eau avait coulé mêlée au sang, Jean n’aurait pas pu la voir ; car de même que l’œil ne distingue pas l’eau mêlée au vin, beaucoup moins l’aurait-il distinguée si l’eau avait été mêlée au sang.

Troisièmement, que l’eau soit sortie en même temps que le sang, et non après le sang, l’indique cette particule ajoutée par Jean : « Continuo », c’est-à-dire aussitôt il sortit du sang et de l’eau.

Et Jérôme ni Cyprien ne sont contraires à notre opinion ; car, en ce qui concerne Cyprien, outre que beaucoup ont douté que le livre des Monts Sinaï et Sion soit de lui, il est manifeste qu’il a enseigné que le sang et l’eau ont coulé par des limites distinctes.

Quant à l’intention de Jérôme, elle demeure la même, que l’eau ait coulé avec le sang ou après le sang.

Le même sang et la même eau, et la même force des deux, etc.

L’auteur est la sagesse céleste et divine, qui est contenue dans ces deux autorités de Jean, qui sont ici alléguées. En elles se trouve une veine d’intelligence, une source de sagesse et un fleuve de science.

Car bien que la doctrine soit céleste et divine, elle est cependant si cachée, si obscure, qu’elle n’admet que peu de personnes aux sublimes mystères qui y sont cachés.

Il faut donc expliquer les deux autorités.

Et d’abord celle où Jean dit : « Celui-ci est venu par l’eau et le sang, Jésus-Christ. »

Il y a doute sur l’eau dont parle Jean : s’agit-il de celle par laquelle le Christ a été baptisé, ou de celle qui a coulé de son côté ?

Il semble qu’il faille l’entendre de l’eau du baptême, parce que Jean condamnait dans ce chapitre la pernicieuse hérésie de Cérinthe.

L’impie Cérinthe osa dire, comme je l’ai montré plus haut, que Jésus n’est pas le même que le Christ, mais qu’il y a un autre Jésus et un autre Christ ; que Jésus était un pur homme, mais que le Christ était Dieu ; et que le Christ, dès le commencement de la naissance, n’était pas uni à Jésus ;

mais que lorsque Jésus fut baptisé par Jean, le Christ vint par l’eau sur Jésus, et qu’il lui fut uni jusqu’à la mort.

Et lorsqu’il fut conduit à la croix, Jésus seul mourut et ne ressuscita pas, mais le Christ ne mourut pas et demeura vivant pour toujours ; et par conséquent il disait que Jésus n’est pas le Fils de Dieu, mais que le Christ est le Fils de Dieu ; ainsi l’impie Cérinthe séparait Jésus, disant qu’il y a un autre Jésus et un autre Christ.

Condamnant cette impie et horrible blasphème, Jean disait (1 Jean 4) : « Tout esprit qui dissout Jésus n’est pas de Dieu » ; et au chapitre 5 : « Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu. »

Et plus loin : « Qui est celui qui vainc le monde, sinon celui qui croit que Jésus (que Cérinthe disait ne pas être Dieu, mais un pur homme) est le Fils de Dieu ? Celui-ci est venu par l’eau et le sang, Jésus-Christ. »

C’est-à-dire : Ce n’est pas le Christ seul qui est venu par l’eau du baptême sur Jésus, comme le babille Cérinthe, mais ce Jésus-Christ, qui est un et le même, est venu par l’eau et le sang.

Et cela peut s’entendre de l’eau du baptême et du sang de la Passion ; ou bien peut-être que ce Jésus-Christ, qui est un et le même, est venu non seulement dans l’eau du baptême, mais aussi dans l’eau de la Passion ; et non seulement dans l’eau, mais aussi dans le sang.

Les deux explications, à savoir que par l’eau on entende l’eau du baptême ou l’eau de la Passion qui a coulé du côté, sont bonnes ; je pense cependant que la première explication, à savoir qu’il faut l’entendre de l’eau du baptême, est meilleure.

Et cela pour le premier témoignage.

Le second témoignage est : « Trois sont ceux qui rendent témoignage sur la terre : l’Esprit, l’Eau et le Sang ; et ces trois sont un. »

Cela a été l’occasion d’une grande difficulté dans l’Église.

La cause en fut qu’immédiatement auparavant il avait dit : « Trois sont ceux qui rendent témoignage dans le Ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont un. »

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Or puisque l’Esprit, l’Eau et le Sang ne sont pas d’une seule nature simple ; c’est pourquoi les Ariens argumentaient à partir de ce passage : Donc le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ne sont pas un, c’est-à-dire d’une seule nature, mais ils sont un seulement par une certaine union métaphorique de volonté.

Mais les Pères réfutent très vigoureusement cette impie argumentation : Athanase au sermon 4 contre les Ariens ; Ambroise, livre 4 de la Foi, chapitre 4 ; Hilaire, livre 8 de la Trinité ; Augustin, livres 1, 2, 3 et 4 contre Maximin ; Basile, livre 1 contre Eunome ; montrant que le Père et le Fils sont dits un parce qu’ils sont d’une seule nature et subsistance ; et que l’Esprit, l’Eau et le Sang sont dits un parce qu’ils composent une seule nature.

Car l’esprit que le Christ remit en inclinant la tête, et l’eau et le sang, sont un parce que toutes ces choses composent la nature humaine du Christ, et donnent témoignage parce qu’elles montrent la vérité de l’humanité assumée.

Mais l’explication de saint Augustin est subtile (livre 3 contre Maximin, chapitre 32), où il dit que l’Esprit, l’Eau et le Sang sont trois Sacrements, dans lesquels on considère non ce qu’ils sont, mais ce qu’ils signifient ; comme si, dit-il, je disais que le Père et l’eau sont un, entendant par Pierre le Christ, et par l’eau l’Esprit Saint : ainsi donc ces trois seraient un en substance ; car l’Esprit est le Père (Jean 4), le Fils est entendu sous le nom de sang, parce que le Verbe s’est fait chair ; et l’Esprit Saint est l’eau, parce que des fleuves d’eau vive couleront de son ventre ; or il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui.

Et parce que ces trois sont sortis du côté du Christ suspendu en Croix, lorsqu’en inclinant la tête il remit l’esprit, et que de son côté percé coulèrent le sang et l’eau, ils signifient l’Église, qui est le corps dans le Christ, et qui prêche l’unité et la Trinité de Dieu.

Voilà ce que dit Augustin.

Ensuite Innocent III, livre 3 des Constitutions décrétales, constitution 134, reçoit l’explication de la raison pour laquelle du côté du Christ ont coulé le sang et l’eau, et il dit : Pour la composition du corps humain…

Quatre éléments concourent : la terre, l’eau, l’air, le feu ; pour la végétation du corps aussi concourent quatre humeurs semblables : le sang, le flegme, la bile, la mélancolie.

Donc, afin de montrer la vérité du corps humain, Jean exprima un de ceux-là et un de celles-ci : de ceux-là l’Eau, de celles-ci le Sang, qui convenaient davantage au mystère, en disant : Il sortit du sang et de l’eau.

Tant donc et si grandes et telles furent les plaies du Seigneur, etc.

Nous lisons parfois que le très pieux et très saint Bernard, répandu dans l’ardeur d’une supplication melliflue, a dit :

Non, Seigneur, moi indigne, je ne puis comprendre les douleurs que tu as supportées pour nous, ni les plaies par lesquelles tu as voulu être lacéré pour nous, bien que dans celles-ci des raisons ignorées de nous aient été présentes pour nous délivrer ; moi, Seigneur Jésus, je désire que tu daignes révéler à moi, ton indigne serviteur, quelque mystère caché de ta passion.

Ainsi donc le Seigneur Christ fut horriblement offensé dans tous ses membres, de sorte que ses os très durs apparaissaient à travers la chair mise à nu et brisée.

Or, lorsque au chapitre 5 nous traitions de l’horrible flagellation du Christ, nous avons montré combien honteusement tout le corps du Christ avait été lacéré, au point que depuis la plante du pied jusqu’au sommet il n’y avait en lui aucune santé ; mais qu’il était tout entier couvert de meurtrissures, de tuméfactions, d’écorchures et de plaies.

D’où l’on peut voir que les plaies du Christ furent innombrables.

Cependant, bien que les plaies du Christ aient été nombreuses, cinq furent plus remarquables que les autres : celles par lesquelles ses mains et ses pieds furent percés de clous de bois, et son côté d’une lance.

Et ces plaies, le Christ les conserva comme plus remarquables dans la résurrection, et il les montra à ses disciples, lorsqu’il montra ses mains, ses pieds et son côté.

Ces cinq plaies, les prédicateurs les ont reconnues figurées dans les cinq portiques dont était entourée la piscine Probatique ; dans les cinq pierres que David choisit dans le torrent pour combattre contre Goliath ; dans les cinq vignes par lesquelles le tabernacle du témoignage était entouré…

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étaient tenues : Exode 26, dans cinq colonnes, qui étaient à l’entrée du tabernacle ; Exode 26, dans cinq tentures, par lesquelles l’arche était voilée ; au même endroit, dans cinq tuniques, que Joseph donna à Benjamin ; Genèse 45 ; dans ces cinq-là, qui habitaient dans une seule maison, Luc 12.

Que cette croix de telle sorte soit le char de ce triomphe, etc. Voici un nouvel éloge de la Croix, à savoir qu’elle soit appelée char de gloire.
Augustin l’a appelée le lit de l’Époux, et dans le traité 118 sur Jean, la verge royale ; de même dans le De Symbolo ad Catechumenos, chapitre 6.
Tertullien, contre Marcion, le sceptre royal ; le pape Léon, sermon 18 sur la Passion, le trophée triomphal ; Euthyme sur Jean 19, la lance par laquelle l’adversaire a été vaincu.
La Glose ordinaire : le candélabre ; Ambroise, dans le sermon sur la croix, la charrue pour fendre la terre du genre humain ; Jérôme, dans les hymnes sur le chapitre 22 d’Isaïe, la clef de David.
Mais Chrysostome, dans l’homélie sur la Croix qui se trouve au tome troisième, appelle la Croix le bâton des clous, le port des navigateurs, le fouet des démons.
D’autres l’appellent la chaire sur laquelle David, le plus sage parmi les rois, siégeait comme un vermisseau du bois ; d’autres encore poursuivent la Croix du Christ par d’innombrables et très grands éloges.

Mais si le Seigneur est mort de cette manière, etc. Débora s’écriait qu’il avait choisi de nouvelles guerres pour le Seigneur : « Qui a jamais lu ces stratagèmes admirables, qu’un mourant tue ; que le vaincu vainque ; que le vaincu commande ? »
Ainsi le Christ, devant combattre avec le Démon et la Mort, choisit de nouvelles guerres ; lui-même vaincu et défait, il voulut paraître, lorsqu’étendu sur la Croix, la tête inclinée, il remit l’esprit.
Mais vaincu, il vainquit ; défait, il renversa ; mort, il tua les ennemis : « Du fort est sortie la douceur, et du dévorant est sortie la nourriture. »
Forte, dure, âpre, rigide, horrible était la Croix, dévorant, engloutissant, déchirant, lacérant était la Croix, qui l’ignore ?

Mais après que le Christ l’eut gravie, alors du fort sortit la douceur, et du dévorant la nourriture.
Car ce qui était instrument de mort est devenu ministre de vie, et nous a apporté le salut, lui qui auparavant apportait la mort.
Problème élevé et admirable, par lequel Samson confondit la sagesse des Philistins.
Car celle-ci a mis à mort Lucifer, par la mort elle l’a tué, elle a effacé le péché.
Mais comment disons-nous Lucifer tué et mort ? Voici qu’alors il fut tué et mort, lorsque son royaume lui fut enlevé.
Écoute comment les ministres de l’impiété, les démons, disent leur Lucifer mort.
Écoute ce que rapporte Plutarque dans le petit ouvrage Sur la disparition des oracles : car il écrit ainsi : Au sujet de la mort des démons, j’ai entendu moi d’Émilien le Rhéteur, homme prudent et en même temps modeste, que je crois que beaucoup d’entre vous ont connu : que lorsque son père naviguait vers l’Italie, près des îles qu’on appelle Échinades, le vent venant à manquer, ils étaient arrivés de nuit près de Paxos ; et comme presque tous ceux qui naviguaient ensemble veillaient plus attentivement, soudain depuis l’île de Paxos ils avaient entendu une grande voix, par laquelle Thamuz était appelé, laquelle voix frappa chacun nominativement d’un très grand prodige.

Car ce Thamuz qui était appelé était un homme égyptien, dont le pilote du navire, appelé deux fois, ne répondit rien ; mais appelé une troisième fois, il obéit à celui qui appelait et répondit.

Alors celui-ci, d’une voix beaucoup plus forte, cria : « Lorsque tu seras près du Marais, annonce alors que le grand Pan est mort. »

Cette chose entendue, Épithersès (car ainsi s’appelait le père d’Émilien) disait que tous avaient été frappés d’une grande terreur. Et comme ils doutaient s’il fallait obéir à cette voix ou non, ce conseil du pilote Thamuz fut approuvé par tous : si des vents favorables soufflaient, qu’il ne fallait rien dire ; mais si la mer était tranquille et le silence des vents, lorsqu’ils seraient en ce lieu, qu’il fallait absolument transmettre ce qu’ils avaient entendu, afin que ne soient pas passées sous silence les choses entendues.

Donc, lorsqu’ils furent près du Marais, comme il n’y avait aucun souffle de vent, alors Thamuz, tournant la proue vers la mer, dit d’une grande voix ce qu’il avait entendu : « Le grand Pan est mort. »

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Les gémissements des maux, et même véritablement d’innombrables, ayant été entendus comme par un certain prodige. Et comme ils étaient nombreux, ceux qui naviguaient depuis la mer, bientôt et facilement, étant venus à Rome, des rumeurs de ce genre remplirent toute la ville ; et par Tibère César, qui alors tenait les gouvernails de la République, elle fut reçue de Trajan ; chose à laquelle Tibère accorda une telle foi que, ayant convoqué les philosophes qui étaient alors à Rome, il recherchait soigneusement qui était ce Pan, et il enquêtait avec curiosité.

Plutarque écrivit ces choses au sujet du grand Pan, qui était appelé Père des Dieux. Si tu veux connaître le mystère de cette chose, fais attention à quel temps on rapporte que cela arriva, et remarque que cela arriva sous Tibère César. C’est donc le plus grand mystère de piété, que le Christ Seigneur, alors attaché à la croix, par sa mort frappa de mort l’auteur de la mort, Lucifer, prince et père des démons ; et qu’il faut comprendre cela de cette mort, l’avertit le très saint Eusèbe de Césarée, livre 5 de la Préparation Évangélique, chapitre 9.

Mais après cette blessure du sein sacré, etc. Daniel, cet illustre prophète de Dieu, fidèle serviteur de Dieu, et homme des désirs, qui, revêtu de sac et dans la cendre, et par des jeûnes, avait appliqué son visage pour prier le Seigneur son Dieu, afin qu’il comprît la plénitude du temps et les secrets : voici que l’homme de Dieu Gabriel, au temps du sacrifice du soir, parle ainsi à Daniel.

Soixante-dix semaines ont été abrégées sur ton peuple et sur ta ville sainte, afin que la prévarication soit consommée, que le péché reçoive sa fin, que l’iniquité soit effacée, que soit introduite la justice éternelle, que soit accomplie la vision du prophète, et que soit oint le Saint des Saints, etc.

Soixante-dix semaines abrégées, afin que l’iniquité soit consommée : voici l’abréviation et la consommation que fit le Seigneur des armées au milieu de toute la terre, dont Isaïe avait parlé, laquelle fut révélée à Daniel au temps du sacrifice du soir. Car le sacrifice du soir était celui du Christ, dans lequel la prévarication fut consommée, et le péché reçut sa fin, etc.

Parce que la corruption de l’un est la génération de l’autre, Aristote, livre 2 de la Génération et Corruption, texte 17, c’est pourquoi est introduite la justice éternelle.

Le Christ donc, lorsqu’il était déjà à la fin du sacrifice du soir, dit : C’est consommé. Grande parole, bien qu’incomplète. Qui reconnaîtra cette parole, dans laquelle avec le verbe seul le prédicat est joint, le sujet étant supprimé ? Et ainsi elle tient l’auditeur en suspens.

Beaucoup de choses, à mon avis, en peu de mots le Christ voulut effleurer, et c’est pourquoi il usa d’une parole laconique. En vérité, il nous indique un grand et admirable sacrement. Mais qu’est-ce que cela est, qui est consommé ? En grec τετέλεσται, ce qui est consommé, ou achevé, ou parfait ; d’où cette voix remarquable ἐντελέχεια a été tirée, que les uns ont interprétée comme mouvement perpétuel, les autres comme perfection, les autres comme complément ultime, les autres comme acte premier.

Qu’est donc cela qui est consommé ? Que dis-tu, bon Jésus ? Quel mystère nous indiques-tu ? Indique-le et ouvre-le-nous. Car les choses qui sont dites en dernier lieu par ceux qui meurent sont retenues avec ténacité dans la mémoire par les survivants.

Était-ce ton corps qui était consommé, ou comme consumé ? comme s’il ne pouvait plus vivre davantage ? Mais personne ne t’enlève ton âme, mais tu déposes ton âme quand tu le veux.

Il ne semblait donc pas qu’il faille l’entendre de son corps. Il faut donc croire que le temps prédéfini de toute éternité, exprimé dans la Loi et annoncé par les Prophètes, a été accompli ; c’est pourquoi il dit : C’est consommé.

Je croirais que le mystère de notre rédemption, qui fut la cause de l’Incarnation et de la mort, est désormais accompli ; c’est pourquoi il dit : C’est consommé.

Je croirais que le péché a été consommé, à savoir ce péché et l’acte du décret qu’il fixa à la Croix, celui par lequel la mort entra dans le monde et ainsi passa en tous ; en lequel tous ont péché ; c’est pourquoi il dit : C’est consommé.

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Je croirais que le Christ, placé dans l’agonie, a transpercé l’ennemi vaincu, et par conséquent a achevé le combat : c’est pourquoi il dit : Tout est consommé. Je croirais que par son amour il voyait sa Mère être consumée par une immense douleur. Car comme Jean Lansperge, homélie 48 sur la Passion, le dit : D’une certaine manière Marie était crucifiée, lorsqu’elle voyait son Fils être crucifié, et elle portait la mort et la croix du Christ. Elle était en outre crucifiée, comme Jacques de Voragine, sermon 2 sur la douleur de la Bienheureuse Vierge, médite : lorsqu’elle voyait le Christ être mis à mort, et ne pouvait pleurer avec lui : lorsqu’elle l’entendait souffrir, et ne pouvait l’aider : lorsqu’elle voyait le sang couler, et ne pouvait essuyer le sang : lorsqu’elle le voyait pleurant, et ne pouvait le consoler. C’est pourquoi le Bienheureux Laurent Justinien, livre sur le Combat triomphal, chapitre 11, dit : Le Fils gémissait de ce que la Mère fût dans un spectacle si horrible : Il parlait au cœur de la Vierge en disant : Pourquoi es-tu venue, ma colombe, ma belle ? Ta douleur augmente la mienne ; ton tourment me transperce. Jésus donc, afin de consoler sa Mère, indiquant que la fin des tourments et des supplices était proche, dit : Tout est consommé.

Je croirais que le Christ, placé sur la croix, a bâti un temple qui ne périra jamais, et qu’il ne restait plus rien à faire pour soutenir le temple, sinon que les Sacrements fussent répandus de son côté. Il prévit donc cette blessure, et l’acceptant il dit : Tout est consommé.

Je croirais que le Christ, durant toute sa vie, n’a rien accompli d’autre que d’avoir tissé par ses prières, ses miracles, sa doctrine, sa prédication, l’élection des disciples, une certaine trame de notre salut. Lorsque il vit que l’ouvrage était achevé, afin que la toile fût coupée par le tisserand, il dit : Détruisez le Temple, l’œuvre est achevée. Tout est consommé.

Je croirais que toute la vie du Christ a été comme un certain voyage par lequel il allait vers le Père, et comme si, la navigation étant achevée, regardant le port, il avait vu le voyage accompli : c’est pourquoi il dit : Tout est consommé.

Je croirais que le Christ, placé dans l’agonie de la mort, a vu d’avance que Satan se tenait continuellement à sa droite, comme on l’observe en Zacharie 3, pour voir s’il pourrait découvrir quelque péché, même le plus petit, dans toute la vie du Christ. Jésus donc, afin de montrer que dans tout le cours de sa vie le diable n’a pu découvrir aucun péché, ainsi il ne pourrait non plus en découvrir désormais, parce que déjà le parcours de la vie était achevé, dit : Tout est consommé.

Je croirais que le Christ a été tourmenté par une double croix, l’une certes par laquelle son corps était lacéré par les clous ; l’autre en vérité par laquelle son cœur était déchiré du fait que par amour il voyait sa Mère être consumée par une immense douleur. Car comme Jean Lansperge, homélie 48 sur la Passion, le dit : D’une certaine manière Marie était crucifiée lorsqu’elle voyait son Fils être crucifié, et elle portait la mort et la croix du Christ. Elle était en outre crucifiée, comme Jacques de Voragine, sermon 2 sur la douleur de la Bienheureuse Vierge, médite : lorsqu’elle voyait le Christ être mis à mort, et ne pouvait pleurer avec lui : lorsqu’elle l’entendait souffrir, et ne pouvait l’aider : lorsqu’elle voyait le sang couler, et ne pouvait essuyer le sang : lorsqu’elle le voyait pleurant, et ne pouvait le consoler. C’est pourquoi le Bienheureux Laurent Justinien, livre sur le Combat triomphal, chapitre 11, dit : Le Fils gémissait de ce que la Mère fût dans un spectacle si horrible : Il parlait au cœur de la Vierge en disant : Pourquoi es-tu venue, ma colombe, ma belle ? Ta douleur augmente la mienne ; ton tourment me transperce. Jésus donc, afin de consoler sa Mère, indiquant que la fin des tourments et des supplices était proche, dit : Tout est consommé.

Mais comment Jérusalem est-elle dite au milieu de la terre ? Car puisque la terre avec l’eau constitue une seule sphère, et que la sphère à sa surface a partout un milieu, partout des extrémités, comme aussi le ciel est partout en haut ; comment peut-on dire correctement qu’il y ait quelque milieu à la surface ? J’en connais plusieurs qui ont dit que Jérusalem est au milieu de la terre habitable, expliquant ainsi ce Psaume 73 : Il a opéré le salut au milieu de la terre : ainsi parmi les saints Pères Jérôme au chapitre 5 d’Ézéchiel, disent qu’elle est au milieu du monde, Hilaire canon 33 sur l’Évangile, Bède livre sur les Lieux Saints chapitre 3, Saint Germain dans la Théorie des choses ecclésiastiques, Tertullien livre 2 contre Marcion, Augustin sur le Psaume 73, Cyrille de Jérusalem Catéchèse 13, et presque communément les Docteurs sur le Psaume 73. Mais cela paraît dur à certains, puisqu’il est constant que Jérusalem n’est pas placée sous l’équateur, mais ne[?]

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Certes sous les tropiques, puisque elle obtient 66 degrés de longitude, et 31 de latitude, comme le rapporte Ptolémée au livre 5 de la Géographie. Et lorsque certains disent qu’elle est au milieu de la terre, également distante de la mer, cela est de nouveau estimé faux par d’autres, puisqu’elle est éloignée de la mer Méditerranée seulement d’un espace de milles. C’est pourquoi d’autres ont pensé qu’elle est dite milieu de la terre par privilège, parce que la ville de Jérusalem a été ornée par Dieu de tant et de si grands privilèges : de sorte que cette ville peut à juste titre être dite le milieu de la terre : là en effet Abraham, Isaac devant être immolé, ayant offert à Dieu un bélier. Ainsi Augustin, sermon 71 sur le temps, et Bède livre sur les Lieux Saints chapitre 2. Là ce temple très célèbre dans tout l’univers exista : là le Christ fit des miracles, prêcha, et enfin fut crucifié. Dans la vallée de Josaphat, qui est limitrophe de Jérusalem, le Christ, devant juger le monde, rassemblera tous les hommes. Au-dessus de Jérusalem dans le ciel certains affirment qu’une porte est ouverte, par laquelle les hommes montent au ciel, et les Anges descendent : car comme sous la main gauche, dans la mort du Christ, une fissure de la terre fut faite jusqu’à l’enfer, comme je l’ai montré au chapitre 16, ainsi au-dessus de la droite est ouverte une porte dans le ciel. Mais, quoi qu’il en soit de cette porte céleste, la ville de Jérusalem fut distinguée par tant et de si grands privilèges, qu’elle pouvait à juste titre être dite le milieu de la terre. Bien que cela aussi puisse être dit, que le Christ par sa passion a opéré le salut au milieu de la terre, en tant qu’il a apporté le salut et la délivrance aux âmes des pères, qui étaient retenues au milieu de la terre, c’est-à-dire dans les limbes.

Inclinant la tête en mourant sur la croix, etc. Le Christ inclinant paisiblement vers nous sa tête, inclinons nous aussi nos têtes de telle sorte que nous élevions notre esprit, qui est notre tête, que nous regardions et levions nos têtes, parce que notre rédemption approche. Les Pères nous indiquent un grand mystère, que le Christ inclina d’abord la tête, puis émit l’esprit. C’est pourquoi

Le Bienheureux Laurent Justinien, livre sur le Combat triomphal, chapitre 20, dit : Un très grand sacrement nous est recommandé en ce qu’il dit : Ayant incliné la tête il remit l’Esprit. C’est pourquoi Jacques de Voragine, sermon 1 de la Parasceve, dit que parce que certains pensaient que l’âme est dans la tête, il voulut incliner la tête afin de montrer qu’il remettait l’âme de lui-même. Car d’autres en mourant émettent d’abord l’esprit, puis inclinent la tête. Le Christ au contraire, inclinant d’abord la tête, puis émit l’esprit. Ce que signifie : Ayant incliné la tête, il remit l’esprit, dit Chrysostome homélie 84, afin de montrer qu’il mourait non par nécessité mais volontairement. Car il voulut vivre, quand il voulut, il remit l’esprit.

Ayant incliné la tête, dit Athanase question 6 à Antiochus, parce que la mort ne contraignait pas le Christ, et n’osait pas s’approcher de lui : mais le Christ, ayant incliné la tête, l’appela, car tant qu’il n’avait pas incliné la tête, elle craignait de s’approcher.

Ayant incliné la tête, le Christ étendu sur la croix avait tourné son visage vers l’occident. Ainsi donc comme s’il devait saluer la région occidentale, inclinant la tête vers elle, et lui disant un dernier adieu, il remit l’esprit.

Ayant incliné la tête, Jacob, devant clore son dernier jour, appelle ses fils, disant : Rassemblez-vous, fils, écoutez Jacob, écoutez Israël votre père. Le Christ donc, comme s’il devait appeler la région occidentale, l’Afrique, la Grèce, et la belle Italie, et avec elles le monde entier, d’où Isaïe avait prédit qu’il choisirait pour lui des prêtres et des lévites, inclinant la tête, remit l’esprit : comme s’il disait : Voici mon peuple : voici que pour toi je meurs, vers toi j’incline la tête, et pour toi j’émets l’esprit.

Ayant incliné la tête, afin de montrer qu’il mourait par obéissance : ainsi Antoine Gislard question 302 sur le Dimanche des Rameaux.

Ayant incliné la tête, parce que portant les péchés de tous, il était accablé par leur poids.

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Ayant incliné la tête, afin de nous enseigner la voie de l’humilité. Lansperge.

Ayant incliné la tête, la tête du Christ est Dieu, dit Laurent Justinien livre sur le Combat triomphal chapitre 20. Cette tête, tandis qu’elle supportait les moqueries de la passion et les supplices de la mort pour les hommes, médiateur, se plia vers la miséricorde, se tourna vers la grâce, s’inclina vers l’indulgence.

Ayant incliné la tête, afin de montrer qu’il n’est pas un fils détourné de nous.

Ayant incliné la tête, vers ceux qui se tenaient devant la croix, non vers ceux qui fuyaient la croix.

Ayant incliné la tête, dit Gislardus au lieu cité plus haut, comme disant un dernier adieu au monde.

Ayant incliné la tête, dit Gabriel Fiamma, sur la Passion, afin d’annoncer encore la paix.

Ayant incliné la tête il remit l’esprit : car puisque son esprit devait pénétrer aux régions inférieures de la terre pour racheter les Pères, afin de voir d’abord le lieu où il devait aller, ayant incliné la tête, vers le haut depuis celle-ci.

Ayant incliné la tête, le Christ parcourant toutes les parties de son corps, pour voir s’il y avait quelque partie qui n’eût pas souffert, vit le côté droit, qui ne semblait pas encore avoir ainsi souffert, et il choisit le lieu de la blessure afin que le cœur fût frappé.

Ayant donc incliné la tête, il désigne le lieu à la blessure, et remit l’esprit.

Ayant incliné la tête, afin de dire un dernier adieu à la Mère se tenant près de la croix. Lansperge homélie 52 sur la Passion.

Ayant incliné la tête : car au-dessus de la tête il avait un titre, dans lequel il était dit Roi. Afin donc que le Christ montrât qu’il n’ambitionnait pas un royaume temporel, il détourna la tête, et en l’inclinant remit l’esprit ; peut-être afin de nous montrer que les orgueils humains, les honneurs royaux et les titres doivent être évités. Pour cette raison nous savons qu’Abdolominus fut orné de très grandes louanges, lui qui, né d’une lignée royale, mais devenu très pauvre par une longue agitation, content souvent de peu, menait une vie pauvre, et cultivait des jardins suburbains,

les cultivait : lorsqu’un certain jour il nettoyait des herbes sauvages, voici qu’il eut devant lui des envoyés d’Alexandre le Grand, roi qui, entrant dans les jardins avec des vêtements royaux et des insignes, le saluèrent selon l’usage royal. La chose semblait à Abdolominus semblable à un songe, cependant extérieurement purifié de ses saletés, orné d’insignes royaux, il est placé devant Alexandre le Grand. Alexandre l’interroge, par quelle patience il avait supporté la pauvreté, Abdolominus répond : avec le même esprit je puis supporter un royaume. Ces mains ont suffi à mon désir, rien n’a manqué à celui qui n’avait rien. Ainsi le rapporte Quinte-Curce livre 4 des actions d’Alexandre.

Ayant incliné la tête, il faut observer attentivement si tu trouves quelqu’un qui essuie les sanglants, et que celui qui a été descendu de la croix soit enveloppé non d’un linge, mais d’un cœur pur. Bernard traité sur la Passion chapitre 4. Mais des paroles enflammées et tirées du carquois ardent de l’amour divin d’Augustin il plaît d’apporter ici, puisque vers toi, chrétien, le Christ a incliné sa tête. Car lui au livre sur la Virginité dit ainsi : Dans la face les blessures des coups, dans le sang du mourant le prix de la rédemption, dans les cicatrices du ressuscité. Il a la tête inclinée pour être baisée, le cœur ouvert pour être aimé, les bras étendus pour être embrassé, tout le corps exposé pour être racheté. Combien grandes sont ces choses, pense-le, pèse-le dans la balance de ton cœur, afin qu’il soit tout entier fixé dans ton cœur, lui qui pour vous tout entier est fixé sur la croix.

Enfin fermons cette contemplation par cette pieuse considération, l’auteur en est Guillaume Pipin, dans la septième station du Christ souffrant, que le Christ à cette même heure inclina la tête et remit l’esprit, à laquelle Adam détournant sa face de Dieu, pécha. Il y a un lieu pour une conjecture probable, si nous savons que le Christ voulut être attaché au bois le sixième jour, parce que le sixième jour Adam, arrachant du bois le fruit, en mangeant, mérita pour sa postérité la peine de la damnation éternelle.

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Dans la bienheureuse inclination de la tête, un nouveau mystère, etc. Deux choses doivent être accomplies par nous en ce lieu : premièrement la vérité du fait doit être confirmée : ensuite les mystères du fait doivent être recherchés : et pour établir la foi du fait, bien que l’autorité de Jean Damascène puisse suffire, lui qui atteste que cette tradition existe, qu’y soit jointe cependant l’autorité de saint Jérôme attestant cela même au chapitre 15 de Marc, qu’y soit jointe la vénérable Bède au chapitre 23 de Luc, qu’y soit jointe l’autorité de saint Germain dans la Théorie des choses ecclésiastiques : qu’y soit jointe enfin la méditation appliquée de Sédulius : car lui au livre 4 des Poèmes poursuit ainsi ce mystère en disant :

Que les plantes sacrées glissent vers l’astre occidental.
La droite tient à l’arbre, la douce élève le milieu vers l’axe.

Afin que cependant je laisse de côté plusieurs des plus récents, dont Christian Adricomius rapporte les noms dans la description de Jérusalem, numéro 252. Et de ceux-là il nous sera permis d’apercevoir avec acuité un certain mystère, contenu dans une cérémonie insigne du Baptême, dont l’Église usait anciennement. Car saint Denys l’Aréopagite écrit au livre de la Hiérarchie céleste chapitre second, que le baptisé était ainsi placé, afin qu’il regardât vers l’occident, étendant les mains, et ainsi par trois fois il soufflât contre le démon. Car que voulaient d’autre ces gestes étendus de l’Église sacrée, sinon nous insinuer ce que l’Apôtre aux Hébreux 6 avait dit : Dans le Baptême nous crucifions avec le Christ, ou crucifier le Christ en nous-mêmes. Et parce que le Christ sur la croix regardait vers l’occident, c’est pourquoi alors le baptisé, les mains étendues en forme de croix, regardant vers l’occident, soufflait par trois fois contre le démon. La vérité du fait étant confirmée, venons à l’autre point proposé, afin que nous contemplions les mystères de ce fait. D’une douceur incroyable de l’esprit je suis en vérité inondé, lorsque je contemple la région occidentale illustrée par le Seigneur Christ de tant et de si éclatants bienfaits et ornée de grâces. Car le Christ non seulement, étendu sur la croix, vers l’occident regardait, comme nous l’avons démontré peu auparavant, mais aussi placé dans le sépulcre, il posa la tête tournée vers l’occident, comme le note très bien Adricomius par l’inspection du saint sépulcre dans la description de Jérusalem, numéro 235. Mais aussi montant au ciel depuis le mont des Oliviers, il tourna le visage vers l’occident, comme le montrent les empreintes de ses pieds laissées imprimées dans le marbre, dont les orteils regardaient vers l’occident : ainsi Adricomius dans la description de Jérusalem. C’est pourquoi lorsqu’il bénissait les mains élevées, il regardait vers l’occident afin de le remplir de bénédictions. Il bénit aussi alors Pierre, tête de l’Église, qu’il envoyait à Rome. Devant aussi venir juger le monde, il tournera le visage vers l’occident, car Adricomius au lieu cité le déduit de ce passage Actes 1 : De la même manière que vous l’avez vu monter au ciel, ainsi il viendra : d’où il est aussi très probable que le Christ, lorsqu’il priait si souvent le Père au mont des Oliviers, tournait aussi son visage vers l’occident. Et enfin, ayant honoré l’Orient par sa propre passion, il regarda vers l’Occident, qu’il décida de pourprer par le martyre de ses chers Apôtres Pierre et Paul, et d’illustrer par la dignité du Siège principal.

Pourquoi donc en mourant inclina-t-il la tête vers l’occident ? Était-ce afin d’imiter l’action du Patriarche Jacob ? Car lorsque Jacob, déjà sur le point de mourir, voulut dire un dernier adieu à ses fils et leur montrer les signes extrêmes de bienveillance et d’amour, il les convoqua en disant Genèse 49 : Rassemblez-vous, fils, et écoutez, Jacob, écoutez Israël votre père : ainsi le Christ, afin de rassembler ses fils, les convoque par un signe fait, et incline la tête vers ceux qui habitaient la région occidentale.

En outre il inclina la tête vers l’occident afin d’appeler surtout ceux dont il avait dit par Isaïe qu’il rassemblerait pour lui un peuple saint.

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Mais qui étaient ceux-là ?
L’Afrique, et la Lydie, l’Italie, et la Grèce : car ainsi il est dit au dernier chapitre d’Isaïe. Je mettrai en eux un signe, et j’enverrai d’entre eux ceux qui auront été sauvés vers les Nations dans la mer, l’Afrique et la Lydie tenant l’arc, vers l’Italie et la Grèce, vers les îles lointaines, vers ceux qui n’ont pas entendu parler de moi, et n’ont pas vu ma gloire, et je prendrai d’entre eux des Prêtres et des Lévites, dit le Seigneur, car comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle, que moi je fais subsister devant moi, dit le Seigneur. Heureuses îles, heureuses régions, auxquelles le Christ a daigné montrer son visage, heureuse Italie au-dessus de laquelle le Christ a tourné ses yeux miséricordieux, et incliné paisiblement sa tête. Qu’y soit ajoutée de la doctrine commune des Pères une nouvelle raison. Car ceux-ci enseignent que lorsque nous prions, nous devons tourner notre visage vers l’Orient. Ainsi Basile livre sur l’Esprit Saint, Damascène livre 4 sur la foi orthodoxe chapitre 13, Origène homélie 5 sur les Nombres, Justin livre Questions aux Orthodoxes question 118, Clément Romain livre 2 des Constitutions apostoliques chapitre 57, Clément d’Alexandrie livre des Stromates Stromate 4, Tertullien contre Valentin, qui enseignent aussi que cela est tradition apostolique. Ils en donnent la raison, afin que nous nous souvenions de l’état très heureux dans lequel fut créé notre premier parent Adam dans le Paradis terrestre, qui était vers l’Orient, et que nous nous affligions de nos péchés afin que nous puissions être plus facilement exaucés.

Qu’y soit ajoutée aussi une autre raison, afin que nous puissions voir le Christ Jésus crucifié pour nous, et son très saint visage, que les Patriarches de l’ancienne Loi désiraient tant voir tourné, afin que nous puissions être plus facilement exaucés. Car si, comme dit Ambroise dans le sermon sur la Croix, nous sommes plus facilement exaucés par le Christ, si élevant nos mains, nous exprimons la figure de la croix avec Moïse priant et soutenant les mains, nous sommes beaucoup plus facilement exaucés, si non seulement nous exprimons de nos mains la figure de la croix, mais si aussi nous contemplons le Christ nous montrant son visage sur la croix,

Qu’y soit ajoutée encore une autre contemplation non moins pieuse et érudite. Parce que le Christ non seulement posé sur la croix regardait vers l’Occident, mais aussi montant intact, et donnant des dons aux hommes, regardait vers l’Occident, comme on peut clairement le conclure des empreintes de ses pieds, que le Christ montant au ciel laissa imprimées au-dessus du mont des Oliviers, ainsi l’a attesté Adricomius dans la description de Jérusalem numéro 192. Afin donc que nous soyons plus facilement exaucés, tournant les yeux vers l’Orient, contemplons le Christ posé sur la croix nous regardant, ou montant au ciel nous montrant son visage, et nous dispensant ses dons.

Enfin le Christ regardait vers l’Occident, parce que tournant son dos et non son visage vers les Juifs et la perfide Jérusalem, afin de détourner d’elle son visage, ce que David redoutait tant, disant : Ne détourne pas ton visage de moi ; afin qu’il n’exauçât pas les Juifs criant, et qu’il n’eût pas pitié d’eux. Jérôme sur le chapitre 15 d’Isaïe.

De cette doctrine découlent deux corollaires remarquables. Le premier est : si le Christ étendu sur la croix regardait vers l’Occident, donc le côté droit du Christ était étendu vers le Septentrion, d’où vient tout mal, ce qu’a élégamment exprimé Sédulius au livre 4 des Poèmes disant :

Que les plantes sacrées glissent vers l’astre occidental,
La droite tient à l’arbre, la gauche élève le milieu vers l’axe.

Donc celui qui reçut la blessure au côté droit du Septentrion, et la blessure du côté d’où coulent les flammes enflammées de l’amour, la tourna vers le Septentrion : afin que comme d’un carquois de l’amour divin il eût rassemblé vers le Septentrion des traits enflammés de charité, qu’ils répriment la fureur effrénée de l’Antéchrist septentrional.

Le second corollaire est qu’il montra quelque chose de très admirable aux Tyriens, car lorsque les serviteurs des Tyriens, ayant formé une conspiration, tuèrent tous leurs maîtres, un seul Straton étant seulement conservé comme maître, à propos d’un certain roi issu du groupe des serviteurs…

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ayant décidé de choisir quelqu’un parmi le groupe, ils décrètent de créer roi celui qui aurait vu le premier le Soleil levant à l’Orient ; le tenant aussi pour très agréable aux dieux, parce qu’ils croyaient que le Soleil était un dieu. L’affaire est portée à Straton, ils se réunissent, et lui aussi avec les autres, et à minuit tous se rendent dans la plaine, là ils attendent le Soleil naissant, et avec une très grande anxiété chacun rivalise avec les autres pour voir le premier la lumière du Soleil naissant, il désire ardemment, il s’agite, il s’efforce : et tandis que tous les serviteurs regardaient vers l’Orient, lui seul, et Straton désirant le premier voir le Soleil levant, regardait vers l’Occident. Cela paraissait folie aux serviteurs de chercher au couchant le lever du Soleil. Mais lorsque le jour commença à venir et que sur les plus hauts sommets de la ville le Soleil levant resplendit, Straton le premier de tous vit le Soleil naissant, ils s’écrient, ils le montrent, il est créé roi, et il règne. Ainsi Justin livre 18 des Histoires.

Cela parut étonnant aux serviteurs tyriens, que dans l’Occident le Soleil levant fût vu ; mais cela n’est pas étonnant pour les hommes droits, que dans l’Orient le Soleil soit vu se coucher. Le Soleil est le Christ, il se couche à l’Orient, et il meurt. Si donc tu regardes vers l’Orient, là tu verras le Soleil de justice regardant vers l’Occident, le Christ mourant sur la croix, et tournant son visage vers l’Occident.

Toi, pieux Lecteur, tu pourras méditer cela par toi-même, etc. Les choses que ceux qui meurent prononcent en dernier ont coutume de s’attacher ainsi à la mémoire qu’elles peuvent à peine en être arrachées : car ceux que nous avons aimés dans la vie, nous avons coutume de les aimer plus ardemment à la fin : c’est pourquoi ces paroles, comme signes d’un plus grand amour, s’impriment plus profondément en nous : à savoir celles qui sont répandues de l’âme par les amis. C’est pourquoi le Christ Seigneur, s’adressant à sa mère présente, voulut cependant l’appeler non du nom de mère, mais de femme, parce que comme Jean Ferus dans l’histoire de la Passion du Seigneur le contemple, si le Christ avec le très doux nom de mère l’avait appelée au dernier souffle de sa vie, le cœur de la Vierge aurait éclaté par la grandeur de la douleur. Afin que nous reconnaissions que cela est vrai, rappelons ce que la Bienheureuse Vierge a rapporté d’elle-même à sainte Brigitte livre 1 des Révélations chapitre 10. Mon Fils a crié vers le Père : Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. Lorsque moi, sa très misérable Mère, j’entendis cette parole, tous mes membres tremblèrent, avec l’amère douleur de mon cœur. Et parce qu’ensuite je méditais cette parole, et comme présente et récente dans mon oreille, au livre 4 chapitre 70 : Mon Fils, dit-elle, les yeux dirigés vers le ciel, pleurant, dit : Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Cette parole je ne pus jamais l’oublier jusqu’à ce que je vins au ciel, lui qui la prononça plus ému par ma compassion que par la sienne. Qui donc pourra embrasser par la pensée les douleurs du sein virginal ? Elle n’a pas seulement reçu les dernières paroles du Fils suspendu à la croix ; mais elle a aussi entendu de telles paroles, qu’une fois prononcées le voile fut déchiré, les tombeaux furent ouverts, leurs corps se levèrent, le Soleil et la Lune furent obscurcis, les pierres furent fendues. Quel cœur, même de pierre, n’eût pas été fendu à une telle parole entendue, lorsque les pierres furent fendues ? Vraiment nous pouvons appliquer cette parole du Sauveur Christ : Si les hommes se taisaient, les pierres crieront ; si le cœur humain ne se fend pas, les pierres se fendiront.

La femme, comme Ézéchiel l’avait très véritablement prédit à propos de la honte, etc. Bien que le cœur très plein de la Vierge fût accablé durant tout le temps de la Passion du Fils par une immense douleur, cependant lorsqu’elle vit le Fils, la tête inclinée, remettre l’esprit ; son cœur fut transpercé par le trait de la douleur de telle sorte que, par la grandeur de la douleur, comme privée de vie, elle se serait jetée à terre, ainsi l’atteste chez Brigitte livre 4 chapitre 70. Voici déjà trois fois dans la Passion du Fils la mère comme privée de forces s’est effondrée à terre : premièrement dans la flagellation, ensuite dans la crucifixion, troisièmement dans la mort. Mais comme peu après elle avait repris des forces, elle semblait sentir que sa douleur s’adoucissait, parce que le Fils étant déjà mort…

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elle pensait aussi que ses tourments et ignominies, et les opprobres étaient finis, lorsque de nouveau, les ministres ayant été obtenus, avec des bâtons et des massues, tu aurais cru qu’ils étaient appelés afin de briser les jambes des crucifiés. Hélas quelle crainte envahit alors la poitrine de la très innocente Mère, qu’ils ne machinassent de nouveaux opprobres contre le Christ : c’est pourquoi voyant la très affligée Mère, au visage lugubre, répandant d’amères larmes, se prosterner aux pieds grossiers des ministres impies, son Fils déjà mort la voyant pleurer, disant, suppliant qu’ils ne tentassent pas de nouveaux outrages contre celui qu’ils voyaient mort, qu’ils épargnassent pour l’amour du salut celui qui est mort, elle se tient et même pressant ceux qui subissaient l’ordre de mort, elle prie, dit-il, elle insiste, et Madeleine, qui semblait pouvoir davantage par son autorité, atteste qu’elle disait cela même à ces ministres. Tu aurais entendu la Mère, les yeux baissés vers la terre, disant : Sur un cadavre déjà mort, quelle cruauté est-ce là ? À cause de mon Fils, parce qu’il était innocent, la terre a tremblé, le soleil s’est obscurci, les pierres ont été fendues, les tombeaux ont été ouverts. Je vous prie donc, épargnez-lui, épargnez-moi aussi, n’infligez pas de nouvelles ignominies contre lui. La pieuse prière de la Mère fléchit leurs fureurs, leur cœur dur, les larmes lugubres de la mère l’amollissent. Et le Christ étant reconnu mort, ils épargnent, ils ne brisent pas ses jambes. Mais voici que, venant en face, accourt un des soldats, et d’une lance ouvre son côté. La Mère vit de nouveau le sang et l’eau couler du Fils, cependant elle ne s’indignait pas de ce Premier Triomphe du Roi, comme il est chez Marorem viroprum [?], parce qu’elle rendit à Dieu des grâces dignes de ses douleurs, et des récompenses. Toi qui m’as fait voir la mort de ton cœur, et les ruisseaux finir au visage du père. Mais au contraire, d’un cœur ferme elle reçoit de nouvelles douleurs, de telle sorte qu’elle reconnaissait dans l’ignominie de la blessure un insigne du Christ, de sorte que lui certes recevait la blessure, mais elle ressentait la douleur.

De cette manière toi, pieux Lecteur, etc. Si tous les tourments du Fils ont apporté de nouveaux tourments à la Vierge Mère de Dieu, combien penses-tu que le coup de la blessure ait infligé de douleur au cœur de la Vierge ? Car elle, comme une nouvelle lance, a transpercé le cœur de la Vierge ; ainsi l’atteste elle-même à la glorieuse Brigitte livre des Révélations chapitre 8 et livre 4 chapitre 70, comme si son cœur eût été ouvert. Contemple perpétuellement cette blessure vivifiante, afin que tu construises ton divin en elle, que tu y reposes à midi, et que tu y cherches ton terme désiré.

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D’Alphonse Paleotti
Archevêque de Bologne,

Explication de la Sainte-Suaire.

De l’intégrité de la justice du Sauveur ; pourquoi, après la mort, le côté fut transpercé d’une lance ;
Brève enfin considération adressée aux lecteurs sur les plaies déjà décrites.

Chapitre XXI

En effet, comme nous l’avons dit auparavant, il arrivait à beaucoup de Martyrs attachés à la Croix qu’ils vécussent encore de nombreux jours, ce que nous lisons au sujet des saints Timothée et Maura, et de beaucoup d’autres : et puisque selon les lois des Hébreux les corps morts sur la croix ne devaient pas demeurer pendant le Sabbat, lequel jour était comme festif et solennel consacré à Dieu ; et encore bien moins celui qui succédait à la Passion du Seigneur, parce que ce Sabbat était grand dans la solennité de leur Pâque : pour cette raison, afin qu’ils mourussent plus vite, et afin qu’ils fussent retirés de la croix, ils ordonnaient que leurs jambes fussent brisées. Tout cela saint Augustin le rapporte lorsqu’il dit : on brisait les jambes afin qu’ils mourussent et qu’ils fussent retirés du bois, de peur qu’ils ne demeurassent sur les croix le grand jour de la fête et ne souillassent par l’horreur de leur supplice prolongé. Cela même saint Cyrille le rapporte.

De là il advint que les Hébreux, se présentant à Pilate, insistèrent auprès de lui pour que les jambes de Jésus, ainsi que celles des larrons, fussent brisées, et qu’ayant été retirés de la croix ils fussent ensevelis. Les Juifs, dit-il, demandèrent à Pilate que leurs jambes fussent brisées et qu’ils fussent enlevés. Mais la providence de Dieu avait prévenu leur dessein.

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… avait prévenu leur dessein : 3. car les jambes des larrons ayant été brisées, lorsqu’ils furent venus vers le Christ, ils le jugèrent mort ; mais comme sa mort ne leur était pas suffisamment manifeste, lorsque ce soldat eut percé son côté d’une lance, ils reconnurent qu’il était déjà sorti de la vie. Tout cela saint Cyrille et Nicolas de Lyre l’ont remarqué. Cela même saint Jean l’Évangéliste le montre très clairement. Mais lorsqu’ils vinrent à Jésus, dit-il, et qu’ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats lui ouvrit le côté d’une lance ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Lactance a aussi remarqué cela, écrivain assurément grave et ancien.

Mais saint Ambroise déclare clairement pourquoi le Sauveur fut transpercé par ce coup de lance : puisqu’il attribue au diable la cause de cette blessure. Il voulut, dit-il, le blesser du trait du soldat, pensant que lui aussi, comme Adam, pourrait être renversé par le côté ; mais blessé au côté, le Seigneur Jésus fit sortir du côté une voie, effaçant tout péché, il renversa l’adversaire, à qui il arracha la mort du larron.

En outre, de cette blessure jaillit le dessein divin : car tandis qu’ils désiraient s’assurer s’il avait subi la mort, ils le blessèrent ; mais la Providence divine, qui avait décrété ce qui devait jaillir d’une telle blessure, manifesta trois actes insignes.

Premièrement, qu’il était véritablement mort : car lui, tant qu’il vivait, disait : J’ai le pouvoir de déposer mon âme ; et j’ai le pouvoir de la reprendre.

Ensuite, tandis qu’ils voulurent éprouver s’il était mort, de cette blessure jaillit notre vie, lorsque de là soudain coula une source de sang et d’eau, par lesquels l’Église fut formée, et nous donna la vie, puisqu’elle est elle-même la source de tous les Sacrements.

Enfin, lorsque par le coup de lance ils reconnurent qu’il était mort, ils s’abstinrent de lui briser les jambes, bien qu’ils eussent fortement cherché à obtenir cela de Pilate ; et de cette manière, 9. ils accomplirent sans le savoir cette prophétie : Vous ne briserez aucun de ses os ; laquelle avait été promulguée au temps où Dieu avait ordonné aux Juifs que, lors de la manducation de l’Agneau pascal, aucun de ses os ne fût brisé ; comme saint Jean l’Évangéliste l’a observé, en citant ce passage : Cela est arrivé, dit-il, afin que l’Écriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os. Ce que saint Isidore a aussi remarqué et rapporté.

En outre, par ces os intacts du Sauveur, qui ne devaient en aucune manière être brisés, et ne pouvaient même pas l’être, étaient désignés les saints de l’Église, qui, lorsqu’ils descendent au combat pour le nom du Christ, entreprenant la lutte courageusement, ne doivent jamais être séparés de lui.

Mais en vérité, ce grand mystère des os intacts du Sauveur apparaît manifestement dans la Sainte-Suaire : car tout son corps…

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nous représente le corps entier, lequel met sous nos yeux la vérité de toutes les plaies du Christ et l’intégrité des os, avec l’effigie même de son corps, telle qu’elle fut imprimée lorsqu’il fut descendu de la croix, dans le même très précieux sang de celui-ci.

Voici pour vous, très chers, l’explication de toutes les plaies de notre Sauveur, qui sont recueillies de la Sainte-Suaire, dans laquelle elles apparaissent toutes imprimées à la règle même par son propre sang : autant qu’il m’a été permis, comparées et soigneusement pesées avec les lieux de la Divine Écriture d’où leurs figures ont été esquissées, avec les oracles des saints prophètes qui les ont annoncées, et avec les témoignages des Pères qui les ont mises en lumière. Or puisqu’il apparaît que même les moindres plaies manifestes dans la Suaire ont été précisément toutes prédites par les saints prophètes, chacun de nous, le cœur attendri par la compassion, dans un profond mouvement de l’âme, avec une vive effusion de larmes, doit en recevoir la force, d’autant plus qu’il reconnaît que la très sainte Église Catholique et Apostolique a pour fondement stable, dans la personne de Jésus-Christ notre Seigneur, ces mêmes plaies. 13. D’où il sera nécessaire que, par cette explication qui est la nôtre, les Juifs soient entièrement confondus, les hérétiques convaincus, et enfin les pécheurs, touchés dans leur âme par la religion et la piété, se convertissent.

Il reste, très chers, que vous fixiez très souvent les yeux sur cette Sainte-Suaire : que vous receviez de tout votre cœur ces plaies par lesquelles nous avons été arrachés à la tyrannie la plus dure pour être rendus à la liberté, et que vous les reconnaissiez très certainement comme des tourments et des supplices qui nous étaient dus à cause des crimes que nous avons commis, tout comme le bon larron l’a reconnu, ainsi que saint Ambroise l’a remarqué. Le bon larron, dit-il, comprit que Jésus avait reçu ces plaies pour les péchés d’autrui ; et il sut que ces blessures dans le corps du Christ n’étaient pas celles du Christ, mais du larron, et c’est pourquoi il commença à aimer davantage, après avoir reconnu dans son corps ses propres blessures. Ainsi nous, reconnaissant ces mêmes plaies comme les nôtres et les fixant dans notre cœur, nous pourrons à juste titre dire avec saint Paul : Je porte dans mon corps les stigmates du Seigneur. Si nous nous approprions à nous-mêmes le mérite de celles-ci, il sera facile d’espérer que nous entendrons cette parole qui fut dite au même larron par le Christ Sauveur : Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis : si nous avons compassion de tant de blessures cruelles et de coups, multipliés pour ainsi dire à l’infini dans un corps si divin, afin que de là naquît notre salut.

En outre, lorsque nous aurons considéré avec nous-mêmes que, comme le rapportent les saints Évangélistes, le Soleil, la Lune et les autres parties resplendissantes du monde manifestèrent tristesse et douleur, lorsqu’elles se couvrirent de ténèbres à la mort du Rédempteur : comme Zacharie l’a prédit : Il y aura un jour unique, connu du Seigneur, ni jour ni nuit, et au temps du soir il y aura lumière. De même aussi Ézéchiel : Tous les luminaires du Ciel…

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je ferai obscurcir, et je donnerai des ténèbres sur la terre. Amos encore : Il arrivera en ce jour-là, dit le Seigneur : le Soleil se couchera à midi, et je ferai obscurcir la terre en plein jour : ainsi nous aussi, mais d’une manière plus grande encore, en compatissant au Sauveur, nous devons ressentir la douleur d’un spectacle si cruel : méditant surtout ceci, que les tourments du Christ notre Rédempteur ont surpassé toutes les douleurs des Martyrs quels qu’ils soient, et les supplices de tous : comme saint Thomas l’affirme.

De là enfin, en méditant les très amères douleurs de la Bienheureuse Vierge, nous pourrons en quelque sorte en partager une part : de telle sorte que, partageant avec elle les douleurs, comme graduellement en méditant chacune des plaies, nous lui soyons très étroitement unis : contemplons maintenant toute la masse de ses tourments, et sentons-la s’alourdir : de sorte que nous paraissions être parvenus avec elle au comble, en voulant dans notre âme considérer combien grand fut le tourment qu’elle éprouva, lorsqu’elle vit le très pur Agneau exhaler son âme sur la croix, lui qui avait coutume de donner la vie aux hommes et d’accorder l’esprit : lorsqu’elle vit l’Auteur de la vie privé de vie : et le Saint des Saints livré à une mort si ignominieuse.

De là aussi, par le regard de l’esprit, nous pouvons la contempler recevant dans son sein son très aimant Fils, et l’embrassant déjà descendu de la croix, baisant les chairs divines si déchirées, et toutes les plaies et blessures non pas une fois, mais encore et mille fois, et traitant ces très saintes plaies, quelles qu’elles fussent qu’elle découvrait dans le corps divin, avec la plus grande piété et avec une immense douleur. De là enfin nous pourrons, avec de grandes larmes et des gémissements, préparer les onguents, et avec l’affection intime d’une âme en pleurs accompagner toutes les choses par lesquelles ce très saint corps fut oint et préparé lorsqu’il fut porté au sépulcre, enveloppé dans la Sainte-Suaire : dans lequel sépulcre elle-même, qui avait vécu unie très étroitement de cœur avec son très doux Fils, par l’ardent amour de la Mère, se donna à elle-même une sépulture dans les gémissements.

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Du frère
Daniel Mallonius
Éclaircissements sur les os et la lance du Christ.

Chapitre XXI

Puisque, comme nous l’avons dit auparavant, cela arrivait à beaucoup de martyrs crucifiés, etc. Un spectacle nouveau et inouï de cruauté féroce, couvert du manteau de la piété. Je ne me souviens pas avoir lu, même chez les barbares, un exemple d’impiété plus horrible que celui que trame la perversité judaïque : lorsqu’elle court vers Pilate, prie, insiste, presse, afin que les jambes soient brisées au Christ et aux autres, de peur que les cadavres suspendus à la croix ne souillent le grand jour du Sabbat. Ce crime très mauvais et par-dessus tous les autres le plus exécrable, surpasse tout autre exemple de cruauté, bien que peut-être à première vue quelqu’un ne le remarque pas : si toutefois on considère les circonstances d’un crime si horrible, il apparaîtra très clairement qu’aucun exemple d’impiété plus horrible n’a été jusqu’ici transmis à la mémoire. Saint Ambroise, lorsqu’au livre des Vierges il exagérait l’horrible barbarie de l’impie Hérode qui avait ordonné que saint Jean-Baptiste fût décapité, disait : Qui, courant du banquet à la prison pour voir, ne penserait pas que le prophète devait être relâché des embûches ? Qui, ayant entendu que c’était l’anniversaire d’Hérode, banquet solennel, qu’il avait donné à la jeune fille le choix de demander ce qu’elle voudrait, n’eût pas trouvé odieux qu’on envoyât vers Jean pour sa délivrance ? Qu’y a-t-il de commun entre la cruauté et les délices ? Entre les funérailles et le plaisir ? Ainsi Ambroise. Amplification assurément pénétrante. Mais nous reconnaissons la férocité des Juifs bien plus horrible encore. Car qui, alors que le Christ était attaché à la croix, voyant aussitôt le soleil obscurci, la lune privée de lumière, cette merveilleuse éclipse, le voile du temple déchiré, les tombeaux ouverts, les morts rappelés à la vie, les pierres fendues, les uns revenant et se frappant la poitrine, d’autres criant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu, la terre trembler, le ciel frémir, et le grand jour du Sabbat approcher, dans la solennité de la sainte Pâque, mémorial de leur délivrance d’Égypte, en souvenir de laquelle, comme le rapporte saint Vincent dans le sermon de la Parasceve, ils avaient introduit la coutume de délivrer au moins un homme de la mort pour ses fautes ; qui n’aurait pas pensé que les Juifs s’étaient approchés de Pilate afin de demander qu’au moins le Christ, que Pilate lui-même savait innocent et livré par envie, fût descendu de la croix ; afin que, corrigeant leur crainte, ils essayassent s’il pouvait rester quelque espérance de salut pour le Christ ? Mais les Juifs, plus cruels que des tigres, demandent que les jambes soient brisées et qu’il soit mis à mort. Voici la cécité des Juifs. Ils ne veulent pas reconnaître le Christ que tous les éléments reconnaissent ; leur vie pend devant eux, et ils ne croient pas en leur vie ; le soleil s’obscurcit, le cœur des Juifs s’endurcit ; la lune est privée de lumière, le cœur des Juifs est aveuglé. Une éclipse merveilleuse conduisit Denys l’Aréopagite à dire : Ou bien le Dieu auteur de la Nature souffre ; ou bien la machine du monde se dissout : mais le cœur des Juifs n’est pas ébranlé par un si grand miracle. Le voile du temple est déchiré, le cœur des Juifs n’est pas déchiré. Les tombeaux sont ouverts, les Juifs…

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cœurs se ferment davantage : les morts ressuscitent, les Juifs meurent plus encore d’une mort mortelle. Les pierres se fendent : les cœurs des Juifs ne s’amollissent pas, mais, plus durs que les pierres, ils ne veulent pas être fendus, même si d’autres revenant se frappent la poitrine : et tandis que les Anges de paix pleurent amèrement, ils grincent des dents contre le Christ. Ils s’enferment dans leur propre graisse, deviennent plus furieux, bouillonnent, se consument. Le centurion crie : Celui-ci était le Fils de Dieu. Mais les Juifs disent : Nous nous sommes souvenus que ce séducteur a dit ; la terre tremble, le Juif n’est pas ébranlé ; le ciel frémit, le Juif ne se convertit pas ; le grand jour du Sabbat et la fête pascale en mémoire de la délivrance approchent, et les Juifs intentent la vie au larron, la mort à la Vie. Ils ne pensent pas avoir assez crucifié, s’ils n’insistent encore pour que les jambes soient brisées. Qui, considérant toutes ces choses, ne reconnaîtra pas que la rage des Juifs est plus cruelle que toute férocité, et plus horrible que toute barbarie ? Et qu’ils ne disent pas que Pilate n’aurait pas permis cela : car on ne lit nulle part qu’un vivant ait été descendu de la croix. Mais plutôt : pourquoi au moins ne demandez-vous pas cela ? Mais vous êtes très aveugles, vous et Pilate, et il eût fallu travailler bien moins avec Pilate pour que le Christ fût délivré que pour qu’il fût mis à mort sur la croix. Car nous savons que d’autres ont été descendus vivants des croix, soignés : et même guéris ont survécu. Philo en effet, contre Flaccus, dit que c’était une coutume reçue aux anniversaires des empereurs ou à un jour de fête semblable, que certains fussent descendus des croix, et qu’à la Pâque, c’est-à-dire au passage du Seigneur, on permît la sépulture. Mais Josèphe disait : alors en effet, de l’état de péché, dans la guerre judaïque, même des vivants furent descendus de la croix par grâce, et transférés de l’état de mort à la vie. Grand jour. Ici, sous le patronage, sur l’ordre de Titus Vespasien, fils de Vespasien, trois de ses amis furent descendus de la croix, et deux en moururent pendant les soins, le troisième survécut.

Et que les Juifs ne disent pas qu’ils l’ont fait par piété et par miséricorde, car comme le dit Sénèque au livre des Bienfaits, c’est un genre de miséricorde que de tuer rapidement, car une mort traînée par le supplice est trop cruelle ; nous pouvons répondre d’abord que briser les os est une peine plus cruelle et plus prolongée que celle du glaive. Pourquoi donc n’ont-ils pas plutôt demandé qu’on les égorgeât par le glaive ? Car même les larrons (comme nous l’avons noté plus haut, ch. 6) attachés à la croix, furent percés de lances ; et nous lisons dans le Martyrologe que Marc et Marcellien, attachés à un poteau, furent transpercés de lances au côté et aux flancs. De plus, si tuer rapidement est miséricorde, pourquoi une plus grande miséricorde n’eût-elle pas été de donner la vie ?

En ce Sabbat, qui était un jour de sang répandu et consacré solennellement à Dieu, etc. Grand jour : Jean a semblé le dire d’un grand mot, dans une grande circonstance. Car vraiment ce fut un grand jour : c’est pourquoi, comme en grec on lit μεγάλα ἡμέρα, c’est-à-dire grand jour, notre interprète a préféré traduire au masculin magnum diem plutôt qu’au féminin : car ce jour était masculin ; c’est pourquoi le bienheureux Laurent Justinien, au livre du Combat triomphal, chap. 3, a dit : C’est à juste titre que pour déclarer la dignité d’un tel repos, il a été dit : C’était le grand jour de ce Sabbat. Grand, dis-je, parce qu’il était doté de grands mystères et chargé de multiples sacrements plus graves. Grand jour, qui donne le commencement d’une grande année : or la grande année est l’année de grâce, qui commence en ce jour. Grand jour, d’un grand mois : car ce mois était le principe des mois, le premier des mois de l’année. Exode 12. Grand jour, parce que ce fut le jour de la vraie Pâque, que la Pâque signifie, c’est-à-dire le passage du Seigneur. Grand jour, parce que fin de la Loi écrite et commencement de la Loi évangélique. Grand jour, mémorable pour tout l’univers. Car ainsi est insigne le jour natal d’un prince, sans…

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Sans doute grand sera le jour où tout l’univers fut régénéré. Les Juifs ont conservé un jour mémorable où Holopherne fut tué : mais en ce jour le Lucifer, ennemi commun, fut dévoilé. Grand jour, et du grand Sabbat de repos, Sabbat délicat. Grand jour, et même grande nuit, qui dépouilla les Égyptiens, enrichit les Hébreux. Grande nuit, qui est illumination pour mes délices.

Grand est ce jour : grande aussi la nuit : parce que cette nuit le jour fut changé : car auparavant on disait le soir et le matin. Mais maintenant le jour commence au matin. Très tôt le premier des Sabbats. Bède l’a noté. Mais si en ce jour le Christ est pensé comme éteint, c’est un jour lugubre, duquel on pourrait dire en vérité : Que ce jour se change en ténèbres, que cette nuit soit possédée par un tourbillon ténébreux, qu’il ne soit pas compté parmi les mois de l’année. Quant au brisement des reins et des membres, que nous lisons chez Plaute, on frappait les coupables, et on brisait aussi d’autres parties du corps. De plus, je lis que même sans enclume placée dessous, mais seulement avec des bâtons (qu’on croit toutefois de fer), les tibias et les jambes furent broyés, comme dans les Actes de sainte Félicité et de ses fils martyrs.

Car les jambes des larrons ayant été brisées, lorsqu’ils vinrent à Jésus, ils le jugèrent mort. Pieuse et raisonnable contemplation du très pieux homme Lanspergius le Chartreux, Homélie 54 sur la Passion du Seigneur. Les soldats vinrent, dit-il, portant les instruments pour briser les jambes des crucifiés. Lorsque la pieuse Mère, qui se tenait sous la croix ou autour de la croix avec les femmes religieuses, les vit ; quelle crainte aurait rempli le cœur d’une mère virginale, pensant qu’ils venaient infliger à son Fils une nouvelle injure ? Et à l’Homélie 55 il ajoute : Il est vraisemblable que lorsque les soldats eurent brisé les jambes des larrons et qu’ils vinrent à Jésus pour briser aussi les siennes, par les femmes qui demeuraient là, et surtout par Marie Madeleine, ils promirent d’épargner le Christ déjà mort, contre les scrupules des Pharisiens, afin que les corps ne demeurassent pas sur la croix au Sabbat. Cette crainte auparavant s’était si profondément implantée dans l’esprit et le cœur des saintes femmes que le bienheureux Laurent Justinien, au livre du Combat triomphal, chap. 21, a dit qu’elles aussi, lorsqu’elles virent Joseph d’Arimathie venant de loin, soupçonnèrent qu’il venait infliger au Christ une nouvelle injure, et qu’elles ne furent délivrées d’une si grande crainte que lorsqu’elles reconnurent qu’il venait pour les propres soins du Christ.

Or ce passage nous oblige à dire quelque chose du crucifragium, que certains, lisant que les jambes des larrons furent brisées, ont pensé n’avoir jamais été infligé qu’aux crucifiés : cependant, comme l’ont très bien montré Lipsius au livre De Cruce chap. 14 et Gallonius au livre des Martyrologes des Saints chap. 6, cette peine n’était pas annexée à la crucifixion chez les autres nations : car, comme ils l’ont transmis, le crucifragium se faisait ainsi : une enclume était placée sous les jambes, et d’un coup violent de bâton elles étaient frappées à plusieurs reprises : et parfois aussi les jambes étaient frappées de marteaux jusqu’à ce que la fracture des os s’ensuivît : de la même manière le brisement des mains, le brisement des reins, que nous lisons chez Plaute, était infligé aux coupables, et d’autres parties du corps étaient brisées. De plus, je lis que même sans enclume placée dessous, mais seulement avec des bâtons (qu’on croit toutefois de fer), les tibias et les jambes furent broyés, comme dans les Actes de sainte Félicité et de ses fils martyrs. Bien plus, parfois nous lisons que certains furent d’abord tués par le crucifragium, puis mis en croix. Justin, livre 21 : Hannos, dit-il, ayant capturé des prisonniers, les fit davantage frapper, les yeux arrachés, les mains et les jambes brisées, les fit tuer devant tout le peuple, et fixa leur corps lacéré par les coups à la croix.

Puisque donc le crucifragium ne fut pas seulement pratiqué chez les Juifs, mais aussi chez les Romains, selon Cœlius Rhodiginus livre 10 des Leçons antiques chap. 5, et même chez les nations étrangères, infligé seul sans croix, il s’ensuit que la peine du crucifragium n’était pas attachée à la crucifixion. Il s’ajoute que tant chez les Romains que chez les autres nations barbares, les coupables attachés à la croix étaient le plus souvent laissés sur la croix jusqu’à consommation et putréfaction. Plaute, dans le Soldat fanfaron, Acte 2, Scène 4 : Je sais que la croix sera pour moi un sépulcre.

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Pourquoi donc les Juifs demandèrent-ils que les jambes fussent brisées à ceux qui étaient attachés à la croix, puisque la peine du crucifragium n’était pas annexée à la croix ? La cause fut donc double : la première pouvait peut-être sembler s’attribuer à leur piété ; car Origène, au traité 35 sur Matthieu, dit que les crucifiés étaient frappés sous les aisselles pour qu’ils mourussent plus vite. Mais ceux qui avaient commis des crimes plus graves n’étaient pas frappés, afin qu’en vivant plus longtemps ils éprouvassent des tourments plus amers. Or le Christ n’avait pas été frappé sous les aisselles, afin qu’il souffrît davantage. Mais il a été montré plus haut combien la fureur effrénée des Juifs s’était enflammée. On ajoute une seconde raison, parce que dans le Deutéronome Dieu avait ordonné que les crucifiés fussent descendus de la croix le même jour et confiés à la sépulture. Comme donc au jour de la Parasceve le Christ et les larrons avaient été crucifiés vers la sixième heure, à l’arrivée du soir ils pouvaient encore vivre, comme nous lisons que beaucoup ont survécu même deux jours, d’autres plus longtemps, dont la vitalité était plus forte : afin donc qu’ils mourussent et que, morts, ils fussent descendus de la croix avant le grand jour du Sabbat, ils demandèrent le crucifragium.

Mais comment les jambes des larrons furent-elles brisées ? La cause du doute est que nous lisons que pour certains les jambes furent brisées avec une enclume placée dessous, pour d’autres qu’elles furent broyées avec des bâtons ; donc pour les larrons, de quelle manière leurs jambes furent-elles brisées ? Avec des bâtons, je pense peut-être même de fer, les tibias et les jambes furent frappés si longtemps que tous les os furent broyés.

Maintenant donc ces choses expliquées, soulevons une question de grande considération.

QUESTION.
POURQUOI LE CHRIST N’A PAS VOULU QUE SES JAMBES FUSSENT BRISÉES.

Il ne faut pas penser que ce fut par hasard que les jambes du Christ ne furent pas brisées, puisque Jean, reconnaissant en cela un mystère, dit : Ces choses ont été faites afin que l’Écriture fût accomplie, disant : Vous ne briserez aucun de ses os.

Pourquoi donc le Christ n’a-t-il pas voulu que ses os fussent brisés ? À cette grave question ont été apportées de graves réponses.

La première est celle de Rupert, livre 2 de la Trinité et de ses œuvres au chapitre 12 de l’Exode : parce que, dit-il, les os du Christ, vrai Agneau, signifiaient sa Divinité, laquelle, étant impassible, ne devait ni ne pouvait souffrir.

La seconde est allégorique, celle d’Augustin dans l’Épître 120 et au Psaume 34, que Jérôme embrasse au Psaume 21 et au Psaume 140, et Grégoire au livre 24 des Morales chap. 30 : que les os du Christ signifiaient les Apôtres du Christ, qui demeurèrent fermes dans la foi, qui furent plutôt dispersés dans la Passion, mais non brisés.

La troisième est celle d’Hilaire au Psaume 140, et de Grégoire au même endroit : parce que l’Église, figurée en Ève, fut formée de l’os du Christ : Voici maintenant l’os de mes os. Or l’Église devait être forte, c’est pourquoi les os ne devaient pas être brisés.

La quatrième est celle de Jérôme au chap. 3 d’Isaïe, et de Grégoire au livre 9 des Morales chap. 38 et au livre 22 chap. 24 : parce que les os signifient la force et les autres vertus données d’en haut ; celles-ci ne devaient pas être brisées.

La cinquième, j’estimerais qu’on peut assigner convenablement la même que nous avons assignée plus haut d’après Ambroise : pourquoi le Christ a préféré que son côté fût ouvert par la lance lorsqu’il était mort plutôt que vivant, afin qu’il fût pensé mourir non par nécessité du supplice mais par choix de liberté.

La sixième, peut-être parce que les os ne sentent pas, comme Aristote et les médecins communément l’enseignent, mais la chair sent. Or la chair avait suffisamment et abondamment souffert, c’est pourquoi les os ne devaient pas être brisés.

La septième, parce que le crucifragium rendait les hommes inutiles pour accomplir des œuvres ; or le Christ se complaît dans les œuvres.

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Mais déjà enfin assignons une cause d’une considération bien plus ample, et qui joint avec elle une autre d’une admirable piété : parce que le Christ n’a pas voulu mourir par suffocation, ni par précipitation, ni par morsures de bêtes ou lacération, ni par poison, ni par submersion dans les eaux, ni par le feu, mais par le fer. C’est pourquoi nous lisons que contre les martyrs du Christ aucun genre de mort ou de supplice n’a parfois prévalu, si ce n’est le glaive : c’est pourquoi la bienheureuse Agathe disait : si tu lâches des bêtes féroces, au nom du Christ elles s’adouciront ; si tu appliques le feu, les Anges me fournissaient du ciel une rosée salutaire.

C’est pourquoi parfois nous lisons que les nations, ayant tenté en vain tous les genres de supplices contre les martyrs du Christ, s’écriaient : le fer, le fer, le glaive, le glaive : rien n’a pu contre les chrétiens, rien ne prévaut, si ce n’est le glaive. Pourquoi donc le Christ a-t-il voulu que le fer prévalût sur ses membres plutôt que les autres genres de mort ?

Est-ce parce que dans l’Apocalypse 6 la persécution de l’Église avait été figurée et prédite en ce que le cavalier du cheval roux brandissait un glaive ?

Est-ce parce que même le glaive n’aurait pu prévaloir contre les martyrs, si les martyrs eux-mêmes ne l’avaient voulu ? Mais la vertu du Christ ayant déjà été manifestée en ce que les autres genres de tourments et de mort avaient été tentés en vain contre eux, finalement les saints martyrs priaient Dieu qu’il leur permît par le fer de s’élancer vers la palme du martyre.

Est-ce parce que le fer est plus terrible que le feu, ou l’eau, ou le poison, ou plusieurs autres genres de mort ?

Est-ce parce que le fer est plus approprié pour tuer les hommes ?

Est-ce parce que la rage des persécuteurs était trop effrénée, au point que les bêtes, devenues dociles envers les condamnés, léchaient les pieds des martyrs, afin de montrer par ce fait que les hommes étaient plus cruels que les bêtes ? Ces choses donc ayant été surmontées, qui semblaient plus cruelles, mourir enfin par le fer les saints martyrs choisissaient.

Est-ce parce que le fer tuait plus rapidement ? Or il semble que tuer rapidement soit une sorte de miséricorde, comme l’atteste Sénèque au livre des Bienfaits.

Est-ce parce qu’à la porte du Paradis était placé un Chérubin brandissant un glaive tournoyant, afin que ceux qui voudraient entrer reconnaissent qu’ils avaient besoin du glaive ?

Est-ce enfin parce que les saints martyrs désiraient se conformer au Christ qui triomphe dans les martyrs ; or lui-même fut frappé par le fer, c’est pourquoi eux aussi ont préféré mourir par le fer ?

Ainsi les jambes du Christ ne furent pas brisées, mais l’un des soldats ouvrit son côté d’un coup de lance ; Jean, dit Chrysostome, a employé un terme plus vigilant : car il n’a pas dit il frappa, il perça, mais il ouvrit : parce que, l’ouverture étant faite, les sacrements en sortirent. Et saint Augustin au Manuel chap. 23 : Longin m’a ouvert le côté du Christ avec la lance, et moi j’y suis entré et j’y repose en sécurité.

QUESTION.
QUI FUT CE SOLDAT qui ouvrit d’un coup de lance le côté du Christ ?

Une tradition ancienne et constante a reçu qu’il s’agissait du soldat Longin, que l’on dit aussi communément avoir été atteint d’un trouble des yeux : mais lorsque du coup de lance le sang coula, qu’il teignit sa main de pourpre, et que par hasard il toucha ses yeux de ce sang, il aurait été guéri : cependant cette opinion commune ne plaît pas à certains auteurs récents, qui affirment que cette rumeur est vulgaire et qu’elle doit être rejetée comme apocryphe.

Pour moi cependant, je crois que l’opinion communément reçue ne doit pas être rejetée : car chez des auteurs graves et classiques je lis que ce soldat fut Longin, et qu’il fut celui qui dit : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. Saint Augustin au Manuel chap. 23 : Longin, dit-il, m’a ouvert le côté du Christ avec la lance…

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et moi je suis entré, et là je repose en sécurité. Saint Antoine, première partie des Chroniques, titre 6, chap. 25. Saint Germain, Patriarche de Constantinople, dans plusieurs autres écrits sur la conversion au Christ, dans la Théorie des choses ecclésiastiques, dit : En place de la lance avec laquelle il transperça le Christ sur la croix, c’est de Longin que vient cette lance.

De plus, dans les Martyrologes les plus anciens aussi on lit : Longin de Césarée en Cappadoce, passion de saint Longin, qui perça le côté du Seigneur avec la lance : ainsi dans le Martyrologe de François Maurolico, et dans le Martyrologe de Pierre Galesini, et il est ajouté dans le Martyrologe de l’illustrissime Cardinal Baronius, qu’il est rapporté avoir percé le côté du Seigneur avec la lance. C’est pourquoi Jean Gretser, au livre premier De Cruce chap. 33, dit : Il ne faut pas rejeter témérairement le Martyrologe qui nomme Longin. Ce même Longin fut ce centurion qui, le Seigneur étant mort, voyant les signes qui se produisaient, dit : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. Ainsi dans le Ménologe des Grecs au 16 octobre nous lisons : le saint martyr Longin le centurion.

De plus, sa vie et sa passion sont écrites par Pierre de Natalibus livre 3 chap. 202, que je veux décrire en ce lieu.

Longin fut un certain centurion de la province d’Isaurie, qui, avec d’autres soldats, assista à la croix du Seigneur, perça son côté de la lance ; et voyant les signes qui se produisaient, à savoir le soleil obscurci et le tremblement de terre, il crut au Christ ; surtout parce que, comme certains disent, ses yeux étant obscurcis par infirmité, il toucha par hasard ses yeux du sang du Christ coulant de la lance, et aussitôt il vit clairement : retiré du service militaire et instruit par les Apôtres, il mena pendant vingt-huit ans une vie monastique à Césarée de Cappadoce, et convertit un grand nombre au christianisme : condamné ensuite par le préfet Octavien, parce qu’il refusait de sacrifier, le préfet ordonna que toutes ses dents fussent arrachées et que sa langue fût coupée : toutefois il ne perdit pas la parole ; mais ayant pris une hache, il brisa toutes les idoles, et les démons sortant des idoles et volant dans l’air entrèrent dans le préfet et ses compagnons, qui devinrent fous ; ils se jetèrent aux pieds de Longin : tous ceux-là Longin les délivra au nom du Christ des oppressions des démons, et il envoya les démons au désert. Par ce miracle Aphrodisius de Commentariensis, avec beaucoup d’autres, se convertit au Christ. Après quelques jours, Octavien ayant ordonné qu’on amenât Longin enchaîné devant lui, afin de le traiter de la même manière et de le faire réprimander par Aphrodisius pour son ingratitude envers le bienfait reçu, le préfet ordonna que la langue d’Aphrodisius fût coupée ; mais lui aussi parlait néanmoins. Le préfet fut aussitôt frappé de cécité ; Longin lui conseilla qu’il ne pourrait être délivré que s’il le faisait mourir : car le martyr priait pour le préfet, et celui-ci recouvrerait la vue ; et aussitôt le préfet fit décapiter Longin. Après cela il s’approcha de son corps, et, prosterné avec des larmes, fit pénitence, et recouvra aussitôt la vue, ensevelit honorablement le corps du martyr, et persévéra dans les bonnes œuvres. Le martyr du Christ souffrit en présence de Marie.

Enfin, afin que l’histoire entreprise sur Longin se termine par une issue plus douce, je me confie que je ferai à propos si je décris ici ce que j’ai lu dans un très ancien manuscrit sur parchemin, dans lequel la passion du bienheureux Longin et la découverte du très précieux sang du Christ Seigneur dans la ville de Mantoue, caché par ce glorieux Longin, sont décrites avec soin ; extrait des annales conservées de la ville de Mantoue et gardé dans notre Bibliothèque de Sainte-Marie-des-Grâces à Bologne. On y lit ainsi : Il était d’un visage simple, d’apparence modeste, d’aspect honorable, d’esprit calme, humble en sagesse, joyeux d’âme.

Mais en ce lieu deux très graves doutes s’offrent à nous à résoudre ; le premier est que ce centurion que nous lisons avoir proclamé : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu, était avec les soldats en face, gardant le Christ. Ainsi Matthieu chap. 25 dit : Le centurion et ceux qui étaient avec lui, gardant Jésus, ayant vu le tremblement de terre et les choses qui se produisaient, furent saisis d’une grande crainte, disant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu.

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On avait en effet l’habitude que les soldats gardassent les cadavres des crucifiés et se tinssent auprès d’eux, afin qu’ils ne fussent pas descendus des croix ; Lipsius le prouve en plusieurs passages, livre 2 De Cruce, dernier chapitre. Mais il semble que les soldats qui brisèrent les jambes ne fussent pas les mêmes que ceux qui s’étaient tenus à la garde ; on peut le déduire de Jean lorsqu’il dit : Les Juifs donc, parce que c’était la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas sur la croix le jour du Sabbat, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. Les soldats vinrent donc.

Comme si, à la demande, Pilate avait envoyé d’autres soldats pour briser les jambes, peut-être même ceux-là sanguinaires qui les avaient conduits à la croix.

Un autre doute est que Marc dit que le centurion présent s’écria : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu, lorsqu’il vit que Jésus, poussant ce cri, avait expiré. Mais Matthieu dit : Le centurion et les autres, ayant vu le tremblement de terre et ce qui se produisait, furent saisis d’une grande crainte et dirent : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. Il semble donc y avoir contradiction entre les Évangélistes.

Ces doutes ainsi proposés ne sont pas si difficiles à résoudre et à expliquer. Car au premier nous pouvons répondre de deux manières : d’abord que le même centurion qui se tenait près de la croix et avait glorifié Dieu en disant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu, lorsque les soldats sanguinaires vinrent pour briser les jambes du Christ, les empêcha, montrant qu’il était déjà mort ; et pour ôter toute hésitation, il lui perça le côté de la lance.

On peut aussi répondre autrement : que ce centurion, après avoir glorifié Dieu en disant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu, ayant vu le tremblement de terre et les choses qui se produisaient, laissa les soldats à la garde des crucifiés et s’en retourna avec les autres qui, se frappant la poitrine, revenaient. Mais lorsque le décret de Pilate fut publié que les jambes des crucifiés devaient être brisées, il revint au mont Calvaire avec les soldats, et afin de retenir les soldats sanguinaires pour qu’ils ne brisassent pas les jambes du Christ, il montra, par la blessure faite au côté, que le Christ avait déjà quitté la condition humaine ; c’est pourquoi il imprima la blessure à son côté.

Le second doute se résout beaucoup plus facilement. Car le centurion, voyant que le Christ avait ainsi expiré en poussant un cri, glorifia Dieu en disant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. Et ensuite, voyant aussi le tremblement de terre et les autres signes qui se produisaient, il dit de nouveau avec les autres : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. Tu diras : s’il reconnut que le Christ était le Fils de Dieu, comment osa-t-il alors percer le côté du Christ d’une blessure si horrible ? Je réponds premièrement qu’il fit cela même afin d’obtenir plus favorablement du Christ que ses jambes ne fussent pas brisées. Je réponds en second lieu que ce fut par la volonté de Dieu que cette blessure fut infligée ; d’une part pour nous rendre plus certains de sa mort ; d’autre part afin que de là jaillissent le sang et l’eau, et avec eux les mystères de notre salut et de notre Rédemption.

Mais il est bon maintenant de rechercher quel fut ce larron. Les enveloppes très anciennes de l’antiquité répondent à ce sujet, mais elles sont très incertaines ; et pour ce qui est du larron impie qui était joint au Christ, il n’y a pas lieu de se soucier de son nom, puisque son nom ne se trouve pas inscrit dans le Livre de Vie. Ignorant le Seigneur, il peut être ignoré de nous. Mais pour le nom du saint larron, nous devons être plus attentifs : sa mémoire sera éternelle parmi les justes. Je lis donc dans les anciens Martyrologes que le saint larron fut appelé Dismas. Guillaume Pipin, à la septième station du Christ souffrant, l’atteste également ; Radulphus au tome premier de son Office ; le titre De la Croix dit qu’il était de nation égyptienne. Jacques de Voragine dans le sermon des Innocents ; et Antoine Lissandus, question 677 pour le dimanche de la Passion. Ceux-ci disent aussi que, lorsque le Seigneur fuyait en Égypte, et que la bienheureuse Vierge avait été capturée par des brigands, ce larron, voyant l’enfant Jésus, dit — je ne sais quoi, discernant dans son visage quelque signe — et reconnut un indice, afin que la Bienheureuse Vierge avec Joseph

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et qu’il laissât Joseph et l’enfant. Mais que cela soit apocryphe, nul ne l’ignore. Pierre de Natalibus, livre 3, chap. 202.

Je lis chez Baronius, dans le Martyrologe au 25 mars, le nom de Dismas ; il rapporte aussi que de nombreuses chapelles furent érigées en l’honneur de ce saint larron, quoique peut-être par faute d’impression on lise Diman au lieu de Dismas. Quant au larron impie, d’autres disent qu’il s’appelait Gismas. Quoi qu’il en soit du nom du bon larron, nous devons reconnaître la très grande excellence de ce larron, puisqu’étant placé sur la croix il mérita d’entendre du Christ : Aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis. Pour cette raison, il a été honoré de nombreux sermons par les saints Pères, comme saint Ambroise et Chrysostome ; lequel, dans l’Homélie 30 sur la Croix et le Larron, dit ainsi : Ô admirable confession de ce larron ! Tu vois un crucifié, et tu proclames un Roi ; tu le vois suspendu au bois, et tu médites le Roi des cieux ? As-tu lu les Écritures, toi qui ne cesses d’ignorer ? Qui t’a instruit à dire de telles choses ? Ce n’est pas la Loi, dit-il, qui m’a enseigné, mais je l’ai vu de mes yeux. Je l’ai vu crucifié, mais j’ai senti le tremblement de terre, et j’ai senti les éléments, indignés à cause des parricides, défaillir. En combien peu de temps, combien facilement il confessa et obtint le pardon, et gagna le Paradis !

Question.

Mais saint Ambroise, pourquoi le Sauveur fut transpercé par ce coup de lance, etc. Comme le très saint et très éloquent évêque de l’Église d’Antioche, Ignace, s’emportait avec ardeur contre la perversité du démon dans la cinquième Épître aux Philippiens, il disait ainsi : Il ne m’échappe pas, ton dessein, et je n’ignore pas que tu guéris par la blessure. Mais toi, tu ignores qui est celui qui a été changé, lui qui gouverne tous les siècles. Beaucoup de choses en effet t’échappent : le glorieux enfantement de la Vierge Marie, l’Étoile d’Orient, etc. Et plus loin : L’ignorance qu’il mérita par obstination, peu lui semblaient choses dignes de reproche : les souffrances, la circoncision, l’allaitement, la nourriture ; ces choses semblent indignes de Dieu. Mais après le jeûne, lorsqu’il eut faim au désert et fut tenté, le prenant pour un homme ordinaire, ignorant qui il était. Voici donc comment le diable s’attaquait au Christ comme à un simple homme : et ainsi le diable fut trompé par le Christ, qui, opposant au diable une nature semblable, certes revêtue d’une chair mortelle, mais totalement exempte de péché, le trompa ; et il fut blessé dans le combat. Le diable, dans sa folle audace, pensait pouvoir soumettre le Christ comme un second Adam ; mais il fut entièrement trompé. C’est pourquoi les Docteurs comprennent la blessure figurée de la lance de notre Sauveur dans la personne d’Achab, roi d’Israël, lorsque, revêtu d’un autre habit, il se jeta dans la bataille et reçut une blessure mortelle entre le poumon et l’estomac. Saint Augustin aussi, au livre 18 de La Cité de Dieu, chap. 19, a vu figuré le Christ notre Sauveur dans Codrus, dernier roi des Athéniens : celui-ci, ayant appris de l’oracle d’Apollon que les ennemis des Athéniens, les Péloponnésiens, avaient entendu qu’ils remporteraient une très grande victoire et un triomphe éclatant, pourvu qu’ils ne tuassent pas Codrus, roi des Athéniens ; mais que s’ils le tuaient, ce serait la perte des Péloponnésiens, car ils seraient soumis par les Athéniens ; se revêtant d’un vêtement sale et plébéien, portant sur ses épaules une faux épineuse, il se glissa dans les troupes des Péloponnésiens et, les provoquant non moins par ses paroles que par les pointes de l’instrument, fit en sorte qu’il fût tué par eux ; et par sa mort il pourvut au salut de son peuple, qu’il libéra par son sang de la servitude des Péloponnésiens. Ainsi donc le Christ notre Sauveur nous a rachetés par sa mort et, pourpré de son sang, nous a délivrés de la tyrannie du démon.

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Admirable est Dieu dans ses œuvres, comme l’Église le chante à juste titre : Dieu dont la Providence ne se trompe pas dans sa disposition ; car étant le souverain bien, il juge meilleur de tirer des biens des maux que de ne permettre aucun mal. S’il n’avait permis l’impiété des crucificateurs, il n’aurait pas opéré le salut du monde ; s’il n’avait toléré la fureur des persécuteurs impies, la patience invincible des Martyrs ne resplendirait pas, ni leur gloire éclatante ne brillerait ; si le Christ n’avait permis que son côté fût transpercé par le coup de lance, le sang et l’eau n’auraient pas jailli de la blessure, et de là ne découleraient ni l’honneur de l’Église ni les très saints Sacrements. Dieu veut d’une bonne volonté ce que l’impie accomplit d’une mauvaise volonté : l’impie Caïphe prophétisa d’un mauvais cœur : Il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas ; mais Dieu inspira cette doctrine à Caïphe en raison de sa charge de grand prêtre, par une bonne volonté. De même, le peuple des Juifs, séduit par les Pharisiens, criait contre le Christ : Qu’il soit crucifié, qu’il soit crucifié, tandis que Dieu permettait par bonne volonté qu’ils crient ainsi. C’est pourquoi Guillaume Pipin, considérant cela dans la sixième station du Christ souffrant, disait : Si Dieu le Père avait été interrogé au sujet du Fils, il aurait dit : Qu’il soit crucifié. Si les Anges avaient été interrogés, ils auraient répondu : Qu’il soit crucifié. Si les Pères dans les Limbes avaient été interrogés, ils auraient dit : Qu’il soit crucifié. Si la Mère du Christ avait été interrogée, elle aurait répondu : Qu’il soit crucifié : autrement le monde n’aurait pu être racheté. Voici donc le mystère admirable et ineffable de la divine Providence. Le Christ voulut que son côté fût ouvert afin que de là découlassent pour nous de nombreux biens. Quels sont ces biens, écoute ce qui suit.

Premièrement : qu’il était véritablement mort, etc. Une mort généreuse, acceptée volontairement, est comptée parmi les actes héroïques de courage, lorsque quelqu’un, l’occasion pressante étant donnée, s’expose lui-même à la mort car c’est cela mourir avec le Seigneur. C’est pourquoi est grandement loué le noble exploit d’Euryale et de Nisus, dont Virgile, Énéide 9, a célébré la belle mort par tant et de si grands éloges : Heureux tous deux, si mes chants ont quelque pouvoir, aucun jour ne vous effacera jamais de la mémoire des âges. Saül, au premier livre des Rois 31, estimait honteux de mourir de la main des ennemis ; c’est pourquoi appelant l’Amalécite, il dit : Tiens-toi sur moi et tue-moi, car mon âme est encore tout entière en moi. Ainsi donc le Christ fut pris quand il le voulut, il mourut quand il le voulut : Nul ne m’ôte la vie. Et pour montrer qu’il mourait avec autorité, il voulut pousser un grand cri en disant : Père, entre tes mains je remets mon esprit. Le centurion, voyant cet acte généreux de mort, parce qu’il avait expiré ainsi en criant, glorifia Dieu en disant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu.

Les saints Martyrs ont imité cet acte héroïque de courage : ainsi la vierge Apollonie, échappée des mains des satellites qui la menaçaient de la jeter dans un bûcher ardent, se jeta d’elle-même dans les flammes. Saint Polycarpe, comme le rapporte Eusèbe de Césarée au livre 4 de l’Histoire ecclésiastique, chap. 14, lorsqu’il eut été placé sur le bûcher dressé, et que les impies bourreaux voulurent le fixer par des clous sur le bûcher pour l’empêcher de s’élancer hors du feu, refusa d’être cloué, disant : Le Christ qui me donne de mourir pour lui me donnera aussi de demeurer ferme et immobile sans clous. Que dire encore des autres saints Martyrs qui, lorsqu’ils voyaient les Martyrs traînés au supplice pour la foi ou tourmentés par des supplices raffinés, se jetaient eux-mêmes au milieu de l’arène, proclamant qu’ils vivaient selon la même loi, croyaient de même, et se déclaraient chrétiens ? Ainsi donc, puisque saint Ambroise a enseigné que le Christ a voulu que son côté fût ouvert par la lance non pas vivant, mais déjà mort, afin qu’il ne semblât pas mourir par nécessité de la blessure…

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il paraîtrait ainsi que, par la même raison, nous pouvons dire que le Christ a voulu mourir auparavant, afin qu’il n’y eût pas lieu au brisement des jambes, et qu’il ne semblât pas mourir par nécessité de la crucifixion.

Ensuite, du fait qu’il voulut expirer, etc. L’interprétation d’un adage très célèbre fut longtemps discutée parmi les savants : que signifiait donc cette parole : Ne perce pas le feu avec le glaive ? Pourtant l’explication reçue parmi les sages est que si tu frappes le feu avec le glaive, ce n’est pas le glaive qui blesse le feu, mais le feu qui blesse le glaive. Dans le cœur du Christ brûlait un grand incendie de feu céleste ; le diable imprudent, avec le fer de la lance, frappa le feu ; la lance ouvrit le côté ; et ainsi ce n’est pas le feu qui fut blessé, mais le fer : car le diable fut vaincu. Le Christ donna en effet à l’Église la vie avec l’eau et le sang. De même que lorsque l’Ange apparut à Manué (Juges 13) et toucha de la verge la pierre, aussitôt la flamme s’éleva et consuma les aliments et tout ce qui était posé sur la pierre ; ainsi le cœur du Christ, qui était la vraie pierre, aussitôt touché par la lance, s’embrasa en feu et en flamme, consumant tout ce que le diable avait opposé.

Ensuite, afin qu’ils reconnussent par le coup de lance qu’il était vraiment mort, etc. Lorsque les Pères recherchent la cause pour laquelle Longin perça le côté du Christ avec la lance, certains disent que la blessure fut infligée par impiété et par haine contre le Christ : ainsi Chrysostome (Hom. 84 sur Jean), son disciple Théophylacte et Isidore ; qui disent même que par ce coup fut commis un péché plus grave que lors de la crucifixion ; et cela semble pouvoir être confirmé par les Révélations de sainte Brigitte (livre 7, chap. 5), qui dit : Irénée, l’un de ceux qui étaient à la crucifixion, avec une grande fureur, enfonça la lance dans le côté du Christ avec tant de force qu’il ne cessa pas jusqu’à ce que la lance eût heurté les côtes. Théophile, rapporté par Antoine Glisandus (quest. 74), dit que Longin ouvrit le côté du Christ pour lui faire outrage et complaire aux Juifs.

D’autres cependant avancent que ce soldat, doutant si le Christ était vraiment mort, voulut, par le coup de lance, être plus assuré de sa mort : ainsi Cyrille (liv. 12 sur Jean, chap. 39). Cela me paraît probable, surtout parce que le centurion que nous avons dit plus haut être Longin, voyant que Jésus avait ainsi expiré en criant, glorifia Dieu en disant : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. Il est donc vraisemblable que, animé d’une certaine piété envers le Christ, lorsqu’il vit les soldats s’apprêter à briser les jambes du Christ, il s’y opposa ; et pour les rendre plus certains, il ouvrit le côté du Christ avec la lance. Et l’autorité de sainte Brigitte peut très facilement être expliquée en ce sens : pour montrer aux soldats chargés du brisement des jambes qu’il n’y avait pas lieu au brisement en ce qui concernait le Christ, bien que les soldats insistassent obstinément, comme indigné contre eux il aurait dit : Ne voyez-vous pas que cet homme est mort ? Pourquoi travaillez-vous à briser les jambes en vain ? Voici, je vous montrerai la vérité de sa mort ; et ainsi il ouvrit le côté. Toutefois, si quelqu’un affirme aussi que Longin, par insolence militaire, infligea la blessure au Christ, il ne s’éloignera pas pour autant beaucoup de la probabilité de la vérité.

Afin qu’ils accomplissent sans le savoir cette parole écrite, etc. Quant au très saint et très savant Athanase, bien que j’aie coutume de l’admirer en toutes choses, je le loue particulièrement en ce qu’il a enseigné que l’Écriture Sainte est dictée par l’Esprit Saint de telle sorte qu’il ne s’y trouve pas même le moindre mot dépourvu de mystère. Qui, en lisant la Loi de l’agneau si soigneusement donnée par Dieu, pourrait, sans la lumière de la foi, reconnaître selon une vérité commune qu’elle figurait que les os du Christ ne devaient pas être brisés ? Et cependant, instruits par les illuminations de la foi sacrée, nous avons appris de Jean :

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Ces choses ont été faites afin que l’Écriture fût accomplie, disant : Vous ne briserez aucun os de lui. De là, la proposition, prise universellement sinon selon la matière, du moins selon le précepte, doit être entendue ainsi : Vous ne briserez aucun os de lui. Puisque cela doit être compris allégoriquement du Christ, il ne fallait donc pas qu’aucun os du Christ fût brisé. Comment alors expliquer certaines autorités de sainte Brigitte, lorsqu’elle dit au livre I chap. 10, livre IV chap. 70, livre VII chap. 15, que les mains furent percées par les clous à l’endroit de l’os solide, et que les pieds furent aussi transpercés par les clous à travers des os solides ? Si ces autorités sont examinées plus attentivement, elles n’affirment pas que l’os ait été brisé ni que les clous aient perforé les os ; mais seulement que les mains et les pieds furent percés dans les parties où l’os était plus solide. Cela étant, il demeure que les os n’ont pas été perforés de telle sorte qu’il y eût collision ou dislocation des os ; il faut nécessairement admettre qu’il n’y eut aucune fracture de l’os.

En examinant cela plus soigneusement, je jugeai qu’il ne fallait pas seulement méditer cette question d’une manière logique et abstraite, mais aussi l’étudier physiquement et d’une manière sensible. Je consultai l’excellent et très célèbre docteur Angelo Michaelis Sacchi, éminent dans l’art médical et incomparable en anatomie. Avec lui, ayant placé un squelette devant nous, où tous les os du corps humain sont fixés à leur juste place avec grand art, j’examinai les emplacements des clous tant aux mains qu’aux pieds. Je vis clairement que les mains pouvaient être percées sans fracture des os. Quant aux pieds, ayant observé de nombreux petits os liés par divers ligaments, qui pouvaient permettre le passage du clou sans fracture des os, cela ne paraissait pas facile à établir ; mais après un examen plus approfondi, il apparut que les pieds aussi pouvaient être percés dans la partie où les os plus solides se rejoignent, sans fracture des os, quoique non sans quelque séparation et collision, d’où résultait une douleur immense.

Ces choses ont été faites ; considère comment tu dois comprendre le sens de l’Écriture. Ceux qui sont privés du secours de la foi découvrent dans les Saintes Lettres certaines choses où, par leur faute, ils tombent dans un grave scandale. Qui croira que des soldats sanguinaires, dépourvus de toute instruction, ignorants des Écritures, animés d’insolence et de brutalité, se soient abstenus de briser les jambes du Christ afin que l’Écriture fût accomplie ? Comment auraient-ils agi pour accomplir l’Écriture, alors qu’ils n’avaient jamais lu cela dans les Écritures, et même qu’ils n’avaient jamais lu les Écritures ? De même, lorsque tu entends plus haut que les soldats, ayant partagé les vêtements du Christ, dirent au sujet de la tunique sans couture : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle appartiendra. Qui croira que des soldats mesurant tout à l’aune de l’avidité et du profit, fussent si attentifs à la vérité des Écritures qu’ils ignoraient totalement, qu’ils ne déchirèrent pas la tunique sans couture pour que l’Écriture fût accomplie ? Ces choses ne peuvent paraître probables aux infidèles. C’est pourquoi ceux à qui Dieu n’a pas ouvert l’intelligence pour comprendre les Écritures trouvent à redire à ces passages. Mais ceux dont l’intelligence est illuminée par les rayons de la foi les comprennent avec les saints Pères : si tu regardes aux intentions des soldats, tu ne comprendras nullement qu’ils aient agi pour que l’Écriture fût accomplie ; mais si tu considères la très douce Providence de Dieu, qui se sert même des volontés mauvaises des hommes pour une fin bonne, tu reconnaîtras que ces choses ont été faites afin que l’Écriture fût accomplie. Les Scholastiques expliquent cela encore plus strictement…

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… disant qu’il faut prendre cette particule « afin que » non pas antécédemment mais consécutivement : tel est le sens. Il n’est pas entendu antécédemment que les soldats aient dit cela afin que l’Écriture fût accomplie ; mais consécutivement : car lorsque les soldats firent cela, alors l’Écriture fut accomplie, sans autre intention ; ainsi ils l’expliquent, et que cela signifie la même chose que « alors » ; ou bien ces choses furent faites avec cela, et alors, et ainsi, l’Écriture fut accomplie.

Du reste, par ces choses mêmes, (les membres) intacts du Sauveur, etc. Plus haut nous avons apporté plusieurs causes, pourquoi le Christ a offert à lui seul la douleur à lui-même, et que dans toutes choses du Christ lui-même étaient signifiées la Divinité, les Apôtres, l’Église, les vertus des chrétiens ; ajoutons aussi d’autres causes, que tu pourras voir au même endroit.

Mais en vérité, ce grand mystère des os intacts du Sauveur, etc.

 Je contemple la très sainte Sindon, nous montrant l’image sanglante du Christ, et chaque jour je vois tant de fois ce livre mystique de l’Apocalypse, chapitre 5, écrit au-dedans et au-dehors, scellé de nombreux sceaux.

Car ce livre de la Sacrée Sindon, rendu ivoirin, est écrit non avec de l’encre, mais avec du sang, non par Moïse, non par Esdras, mais par le Christ ; il est écrit au-dedans et au-dehors ; au-dehors montrant par le sang du Christ la figure, les meurtrissures, les effusions, les flagellations, le couronnement, la fixation par les clous, la lacération ; au-dedans en revanche nous montrant le Christ bienveillant, la douceur, la patience, l’amour incomparable, la Charité salutaire. Combien délicatement l’Époux, dans le Cantique des cantiques chapitre 4, (décrit) la beauté de l’Épouse décrivant, très souvent, il ajoutait : sans ce qui est tache. Tes yeux (sont) de colombe, sans ce qui est plus noir ; comme un morceau de grenade, sans ce qui est au milieu. Ainsi aussi l’Épouse disait de l’Époux, chapitre 5 : Comme l’écorce de grenade (sont) tes joues, sans ce qui est caché en toi.

Dans ce livre mystique, (le saint suaire) nous avons une très grande (chose), que nous lisons tant au-dedans qu’au-dehors, que nous ne pouvons lire dans aucun autre livre.

Ici certes nous contemplons la vraie figure du corps du Christ, sa grandeur, sa virilité et sa beauté, sans ce qui est caché intérieurement. Ici les arrhes des choses à espérer nous sont proposées en énigme : car nous aussi nous grandirons en homme parfait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ.

 Dans ce livre nous discernons clairement les innombrables coups du Christ, les flagellations, et les plus petites plaies multipliées et enfoncées dans tout le corps, que tu ne pourrais voir distinctement dans aucun autre livre : mais sans ce qui est caché intérieurement.

Dans ce seul livre nous voyons très souvent et lisons comme présentes la terrible plaie dans les reins du Christ, issue des multiples coups de fouets souvent répétés, sans ce qui est caché intérieurement, que nous contemplons avec les yeux du cœur, non du corps.

Dans ce seul livre, en aucun autre d’ailleurs, nous voyons la forme de la couronne d’épines, les lieux des clous, les bras tant dans les mains que dans les pieds, nous les contemplons sans ce qui est caché intérieurement, que nous devons poursuivre par une pieuse méditation.

Dans ce seul livre nous lisons la position de la blessure du côté, sa forme, sa largeur, sa profondeur, l’abondance du sang, sans ce qui est caché intérieurement, que nous pouvons à peine saisir par l’esprit, mais que nous devons surtout (saisir) par le cœur.

 Seul ce livre est parfait : dans le suaire de Véronique, qui est conservé à Rome, dans celui d’Édesse, qui est appelé Danæci, nous remarquons quelque partie du corps du Christ ; mais ici tu pourras lire le Christ non seulement quant au visage, mais aussi quant à la forme de toute la tête, la poitrine, les bras, les mains, le ventre, les jambes, les tibias, les pieds, et nous pouvons les contempler devant et derrière, sans ce qui est caché intérieurement, que nous contemplons par l’esprit. Combien la charité du Christ, combien il doit être doux, combien délicat pour nous. Seigneur qui es notre Dieu, accorde-nous tout bien. Est marqué sur nous la lumière de ton visage, et ton corps…

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sans ce qui est caché au-dedans. Que ce soit ici nos délices, que notre esprit y trouve sa vigueur. Et la parole du Seigneur était précieuse.

Dans ce livre est la parole, voire le Verbe du Seigneur, et une parole précieuse.

Nous lisons souvent que certains écrits poétiques furent vendus à grand prix ; que Carnéade vendit son discours cent talents ; que la Sibylle d’Érythrée vendit trois livres au roi Tarquin pour trois cents philippes. Mais comment ces livres pourraient-ils être comparés à celui-ci par son ampleur, sa dignité et sa sainteté ? Ce livre est d’or, écrit en lettres d’or, avec ce sang qui est pour Ambroise le véritable or ; il est le sacrosaint Sacrement de l’Eucharistie, le livre dans lequel Dieu a fait mémoire de ses merveilles.

La sainte Sindon est un autre livre, dans lequel le Christ a fait mémoire de ses passions : il a donné ce mémorial à ceux qui le craignent. Quelle dignité, quelle grandeur, quelle sainteté possède donc la Sindon !

Ézéchiel vit un livre (chap. 2) où étaient écrites des lamentations, un chant et des malédictions. Il dit : je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel. Ce livre, que j’ai vu et mangé avec Ézéchiel, est écrit au dedans et au dehors : on y trouve les lamentations du Christ, le chant de l’Église et les malédictions des méchants.

Puissions-nous nous aussi manger ce volume ; il sera doux comme le miel dans notre bouche, si nous le lisons dans l’esprit même où il a été écrit, et si, en contemplant les blessures de nos péchés, nous en concevons une vraie douleur et recourons à Dieu avec supplication.

Voyez donc, bien-aimés, cette explication des plaies de notre Sauveur… Cette parole « Voici » nous éveille, afin que nous contemplions quelque chose de nouveau ou de sublime.

Je me représente l’évêque offrant ce livre à son troupeau, comme l’ange tenant un livre ouvert qu’il remit à Jean en disant : Prends le livre et dévore-le ; il rendra ton ventre amer, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel.

Saint Denys l’Aréopagite a enseigné que les évêques sont figurés par les anges ; l’ange offre le petit livre à Jean, et par Jean à l’Église ; ainsi le prélat offre le livre de la Sindon à son troupeau.

L’ange dit : Prends le livre et dévore-le, et il rendra ton ventre amer. L’archevêque dit : Que chacun, avec un cœur pieux, une immense contrition et des larmes en considérant les douleurs du Christ, en médite l’efficacité.

Comment ces deux choses peuvent-elles aller ensemble : que le livre rende le ventre amer, et qu’il soit pourtant doux comme le miel dans la bouche ? Comment notre cœur ne serait-il pas rempli d’amertume, si nous pensons que Jésus-Christ a souffert de telles choses pour nous ?

Si tu es fils, considère le Père ainsi cruellement déchiré pour ton salut, et ton cœur sera dans l’amertume. Si tu es pécheur, considère l’innocent souffrant pour le salut du pécheur, et ton cœur sera dans l’amertume. Si tu es impie, considère le juge souffrant la mort la plus cruelle pour sauver l’impie, et ton cœur sera dans l’amertume. Si tu es ami, considère l’ami fidèle souffrant pour son ami, et ton cœur sera encore davantage saisi d’amertume…

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si cela était possible, posséder Zopyre sans difformité plutôt que mille Babylones. Si tu es serviteur, voici ton Seigneur : considère-le souffrant pour les serviteurs, et ton cœur sera rempli d’amertume. Si tu es homme, voici Dieu : considère-le souffrant dans la chair humaine pour l’homme, et ton cœur sera rempli d’amertume. Il sera pourtant miel dans ta bouche, si tu considères les biens qui te viennent d’une si amère Passion : sa Passion est ton salut, ses blessures sont ta guérison, sa mort est ta vie.

Comment toutes ces choses se déroulaient dans le cœur de la Bienheureuse Vierge, considère ce que sainte Brigitte rapporte d’elle-même (liv. 6, chap. 58) : « Lorsque mon Fils méditait un jour sur sa Passion, je me voyais toute triste ; il me répondit : Ne crois-tu pas, ma Mère, que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Pourquoi te laisser consumer par la tristesse ? La volonté de mon Père est que je souffre la mort, et ma volonté est unie à celle du Père. Ce que j’ai du Père ne peut souffrir ; mais la chair que j’ai prise de toi souffrira, afin que la chair des autres soit rachetée et que les esprits soient sauvés. »

Par cette explication… Un acte héroïque par lequel le Christ devait terrasser ses adversaires nous est expliqué. Isaïe (chap. 9) a dit : « Le joug de son fardeau, la verge de son épaule et le sceptre de son oppresseur, tu les as brisés comme au jour de Madian. » Quel est ce mystère ? Quel est ce jour de Madian ? Voici le mystère. Gédéon remporta une victoire éclatante sur Madian : sans glaive ni bouclier, avec seulement trois cents hommes qui buvaient l’eau en la lapant, il leur donna à chacun une trompette et une lampe cachée dans une cruche. Lorsqu’ils brisèrent les cruches, firent éclater la lumière et sonnèrent des trompettes, les ennemis de Madian s’entretuèrent dans la confusion.

Ainsi, comme au jour de Madian, sont confondus les Juifs qui ont mis le Christ à mort ; tombent les hérétiques qui le nient ; sont transpercés de componction les pécheurs qui l’ont offensé.

Il reste, bien-aimés… Que la charité remporte ce combat — cette charité qui a vaincu Celui qui est invincible, afin que l’Immortel mourût pour nous. La charité du Christ l’a fait mourir pour nous ; que la charité triomphe aussi en nous, afin que nous contemplions les très saintes plaies du Christ, imprimées sur la sainte Sindon.

Imitons le séraphique François, si embrasé d’amour pour la Passion du Christ qu’il reçut divinement dans son propre corps les stigmates sacrés de la Passion. Imitons la piété de la glorieuse Catherine de Sienne, qui contemplait avec un tel amour le Christ crucifié pour nous qu’elle aurait reçu divinement les stigmates de la Passion non sanglants comme François, mais resplendissants de rayons. Imitons l’ardente piété de sainte Claire de la Croix, qui méditait jour et nuit les plaies du Seigneur au point que les mystères de la Passion restaient gravés dans son cœur.

Reconnaissons avec le bon larron que ces plaies du Christ étaient les plaies qui nous étaient dues. Reconnaissons que la Croix du Christ est nôtre : nôtre comme dette, mais sienne comme assumée pour nous. Elle est au Christ parce qu’elle lui a apporté la mort ; elle est à nous parce qu’elle nous a donné la vie. Le Christ est monté sur l’arbre ; nous en recueillons le fruit.

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Le Christ a supporté la peine, nous en recueillons la gloire. En rappelant ces choses avec un esprit pieux, disons avec saint Augustin (Méditations, chap. 7) :

Qu’ai-je commis, ô très doux enfant, pour que tu sois ainsi jugé ? Quel crime est le tien ? Quelle faute ? Quelle cause de mort ? Quelle raison de condamnation ? C’est moi qui suis la cause de tes plaies, moi l’occasion de ta Passion ; moi le mérite de ta mort, moi la cause de ton supplice ; moi la meurtrissure de ta Passion, moi le labeur de ta Croix. Ô admirable échange, ineffable mystère : le pécheur commet la faute et le juste est puni ; le coupable offense et l’innocent est condamné ; le mauvais mérite et le bon souffre ; ce que commet le serviteur, le Seigneur l’expie ; ce que fait l’homme, Dieu le supporte.

J’ai péché, tu subis la peine ; j’ai commis le crime, tu portes la douleur ; j’ai été orgueilleux, tu t’es humilié ; j’ai été désobéissant, tu as obéi jusqu’à la mort ; je me suis livré à la gourmandise, tu as souffert la faim ; je me suis complu aux délices, tu as été lacéré par les clous ; j’ai goûté la douceur, tu as bu l’amertume du fiel.

Qui me donnera de l’eau pour ma tête et une source de larmes pour mes yeux, afin que je pleure jour et nuit ? Ce cri ne fut pas entendu seulement à Rama, mais dans tout l’univers : pleurs et grands gémissements. C’est le deuil de toute la création, comme si le soleil lui-même, obscurci à la mort du Christ, pleurait.

Saint Laurent Justinien dit que le soleil, la lune et la terre ont voulu manifester que Dieu est le Créateur du ciel et de la terre : le soleil s’obscurcit, la terre trembla. Denys l’Aréopagite s’écria : « Ou bien le Dieu de la nature souffre, ou bien la machine du monde se dissout. »

Enfin, en méditant les douleurs très amères de la Bienheureuse Vierge… Si le Christ avait souffert sans que sa Mère partageât ses souffrances ; si le glaive de douleur n’avait pas transpercé le cœur innocent de Marie ; nous pourrions méditer les douleurs du Christ sans mentionner celles de sa Mère. Mais puisque la Mère compatissait au Fils souffrant — même si elle ne recevait pas les coups, elle ne pouvait échapper à la douleur — il est nécessaire, en rappelant les tourments du Fils, d’évoquer aussi les souffrances de la Mère.

Elle était comme clouée à la Croix intérieure ; elle voyait son Fils cruellement blessé sans pouvoir le défendre ; elle le voyait souffrir sans pouvoir soulager ses douleurs ; elle entendait sa soif sans pouvoir lui donner à boire ; elle le voyait couvert de sang sans pouvoir essuyer ses plaies ; elle le voyait rendre l’esprit sans pouvoir recueillir son souffle. Hélas, quelles douleurs…

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tu étais alors devenue un océan immense de douleurs, ô très pieuse Mère : comme une mer de contrition — qui pourrait te guérir ?

Nous pouvons aussi contempler les linges qui enveloppèrent ses mains… Si nos yeux possédaient autant de larmes qu’en appelle cette vue douloureuse où nous reconnaissons le Fils descendu de la Croix et reçu dans le sein de sa Mère, nous pourrions jour et nuit demeurer dans la contemplation d’un si grand spectacle. Puisque nos larmes viennent à manquer, efforçons-nous au moins, à des jours et des heures déterminés, de nous laisser saisir intérieurement par l’admirable contemplation de cette scène, afin de méditer les douleurs du Christ et de suivre les larmes de Marie.

L’amour ardent de la Mère s’ensevelit lui-même… Qui admire le Mausolée d’Artémise, qu’elle éleva pour son époux ? C’était un monument remarquable de fidélité conjugale. Mais comment le comparer à l’amour de la Bienheureuse Mère, qui vivait si intimement dans le cœur de son Fils que, sans une grâce spéciale de Dieu, elle serait morte avec lui ? Lorsqu’elle reçut le Christ descendu de la Croix dans son sein, qu’elle ferma ses yeux par un baiser, qu’elle examina ses plaies, essuya son sang, contempla chacun de ses membres, qu’avec Joseph et Nicodème elle l’oignit d’aromates et disposa son corps pour la sépulture, elle étendit sur lui la sainte Sindon. Mais, comme elle le rapporte à sainte Brigitte (liv. 2, chap. 21), elle ne cousit pas le linge, car elle savait avec certitude qu’il ne pourrirait pas dans le tombeau.

Madeleine et les autres saintes femmes vinrent ensuite ; même des anges se tenaient là, comme stupéfaits, rendant hommage à leur Créateur.

« Oh ! que volontiers, disait-elle, j’aurais été déposée avec mon Fils, si telle avait été sa volonté ! Je puis dire en vérité que, lorsque mon Fils fut enseveli, deux cœurs furent dans un seul tombeau. Là où est ton trésor, là est ton cœur. Ainsi mon cœur demeurait toujours dans le sépulcre de mon Fils. »

Puissions-nous, par les mérites de la Très Sainte et Très Pure Mère, demeurer toujours dans cette contemplation, afin de devenir participants de la Passion salutaire. Que Jésus-Christ, son Fils, nous l’accorde : que notre cœur et notre pensée demeurent continuellement fixés sur la Passion du Fils et sur la compassion de la Mère ; afin qu’ayant part ici-bas à la Passion, nous ayons part aussi à sa gloire dans les cieux, dont nous faisons mémoire sur la terre. Et que, par le patronage de la Très Sainte Mère dont nous méditons les douleurs et les larmes, nous méritions de la voir un jour au ciel.

Je reconnais que c’est par une grâce spéciale qu’il m’a été accordé d’achever cet ouvrage le 5 des Nones de juillet, le lendemain de la fête de la Visitation de la Très Sainte Vierge, lorsque celle-ci visita et salua Élisabeth et que son Fils, encore dans son sein, remplit Jean de l’Esprit Saint. À ce mystère soit honneur éternel et gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Et tout ce qui est contenu dans ce présent opuscule, tant pour les opinions que pour les expressions, moi, frère Daniel Mallonius, je le soumets pieusement et humblement au jugement et à la correction de la Très Sainte Église Romaine, et je le veux et le déclare.

FIN.

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