Analyse du Sang sur le Saint Suaire

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La détection de sang a été l’un des éléments clés analysés par les chercheurs sur le Saint Suaire.

Les analyses se sont concentrées sur la présence et les caractéristiques du sang visible sur le Suaire, qui aurait théoriquement imprégné le tissu en provenance du corps enveloppé dans ce linge.

Les premières analyses sur la présence de sang sont celles menées séparément par Giorgio Frache et Guido Filogamo entre 1973 et 1976, concluant à l’absence de sang, mais les techniques utilisées posent question et sont actuellement mal documentées 1 et jamais citées dans la littérature en langue anglaise sur l’analyse bio-chimique du Saint Suaire.

En 1978, Pierluigi Baima Bollone a analysé quelques fils du Saint Suaire de Turin, tandis que W. McCrone et J. Heller avec A. Adler ont réalisé leurs tests en utilisant uniquement les particules microscopiques rougeâtres collectées au moyen de rubans adhésifs en mylar appliqués sur le Saint Suaire de Turin lors de la campagne du STURP.

Tandis que J. Heller et A. Adler d’un côté, et P.L. Baima Bollone de l’autre, ont détecté indépendamment la présence de sang humain sur le Saint Suaire de Turin (en utilisant des techniques différentes), W. McCrone a avancé qu’il avait identifié d’infimes quantité de pigments rouges, tels que l’ocre rouge et le vermillon, sur les mêmes échantillons et les a désignés comme « particules submicroniques » (SMP) en raison de leur très petite taille.

( Nous détaillons précisions la recension des allégations de Mc Crone u sujet du sang et des pigments. Voir également Polémique Mc Crone Sturp )

Les travaux plus récents de Giulio Fanti et de Giuseppe Zaggato ( 2017 ) à partir d’échantillons prélevés en 1978 (STURP ) et 1988 ( Riggi ) auraient confirmé la présence des particules typiques du sang humain comme des particules de pigments (comme l’ocre rouge et le cinabre, ou sulfure de mercure), déjà observées par Walter McCrone lors de ses propres recherches. Selon eux, certaines des zones de « taches de sang » contiennent effectivement du sang humain, mais qui aurait été renforcé par des pigments appliqués a posteriori. Leur analyse confirmerait et réconcilierait les points de vue.

Analyses :

Alan Adler et John Heller

1. Présence de sang humain
En 1978, lors de l’examen approfondi du Suaire de Turin par le Shroud of Turin Research Project (STURP), Heller et Adler ont cherché à confirmer si les taches visibles sur le Suaire correspondaient à du sang humain. Après une série de tests immunochimiques et enzymatiques, ils ont identifié la présence d’hémoglobine humaine et d’autres composants sanguins, comme la bilirubine. Cette découverte est importante car elle écarte l’hypothèse de simples pigments ou colorants artificiels et renforce l’idée d’une origine humaine du sang.

2. La question de la bilirubine
La bilirubine, pigment jaune produit par la dégradation de l’hémoglobine dans le corps, a été observée en quantité anormalement élevée dans les échantillons. Adler et Heller ont avancé que cette présence de bilirubine pourrait s’expliquer par le traumatisme subi par la personne enveloppée dans le Suaire, comme celui d’une crucifixion. En effet, dans de tels cas de stress extrême et de blessures physiques sévères, la libération de bilirubine dans le sang est accrue, ce qui se reflète dans les taches du Suaire.

3. Les tests de porphyrine et de spectroscopie
Les chercheurs ont utilisé la spectroscopie de fluorescence pour identifier la porphyrine, un composant de l’hémoglobine. Ces tests ont confirmé la nature organique des taches et ont appuyé l’affirmation que celles-ci étaient bien composées de sang humain. Par ailleurs, cette méthode a permis de distinguer ces taches de substances à base de fer, excluant ainsi des pigments artificiels tels que l’oxyde de fer, souvent utilisé comme pigment rouge dans la peinture.

4. Absence de pigments de peinture
Adler et Heller ont également cherché à exclure la possibilité que le sang soit simplement une peinture. Ils ont démontré que les zones tachées ne contenaient pas de pigments classiques, comme des oxydes métalliques, que l’on aurait pu s’attendre à trouver dans un faux ou une reproduction peinte. En outre, leur analyse a révélé que les traces de sang étaient fines et pénétraient profondément dans les fibres du lin, indiquant que le liquide avait été absorbé par le tissu de manière naturelle, comme du sang plutôt que de la peinture appliquée en surface.

Ces études pionnières d’Adler et Heller ont renforcé l’hypothèse selon laquelle le Suaire de Turin pourrait contenir une véritable image de sang humain, renforçant par là l’authenticité de cet artefact en tant que relique potentielle.

Pierluigi Baima Bollone

Le travail de Pierluigi Baima Bollone sur le sang du Saint Suaire a été déterminant et a apporté des précisions supplémentaires aux analyses précédentes réalisées par Alan Adler et John Heller. Médecin légiste et professeur de médecine légale à l’Université de Turin, Baima Bollone a mené plusieurs études se concentrant sur la composition et le type du sang présent sur le Suaire.

1. Identification du groupe sanguin

L’une des contributions majeures de Baima Bollone a été l’identification du groupe sanguin des taches trouvées sur le Suaire. En utilisant des techniques de sérothérapie, il a réussi à déterminer que le sang sur le tissu appartenait au groupe sanguin AB, un groupe rare, mais commun dans les populations de la région méditerranéenne et du Moyen-Orient. Cette découverte a été interprétée comme un indice géographique, aligné avec l’origine supposée de la relique.

2. Vérification de la nature humaine du sang

Comme Adler et Heller, Baima Bollone a confirmé que le sang présent sur le Suaire est humain. Il a utilisé des tests immunologiques qui ont montré la présence d’albumine et de globuline, des protéines spécifiques au sang humain, confirmant qu’il ne s’agissait pas d’un mélange ou d’un artefact peint. En comparant les résultats obtenus avec ceux des analyses antérieures, Baima Bollone a contribué à renforcer l’authenticité du sang, consolidant l’idée que ce dernier provenait d’un individu humain.

3. Quantification des traces d’hémoglobine et de bilirubine

Baima Bollone a également étudié la teneur en hémoglobine et en bilirubine des échantillons, trouvant des résultats compatibles avec un état de stress important au moment de la mort, ce qui est cohérent avec une exécution violente, telle qu’une crucifixion. Il a constaté que les concentrations élevées de bilirubine soutenaient l’hypothèse avancée par Adler et Heller sur les signes de traumatisme sévère. Cela concorde avec le fait que les niveaux élevés de bilirubine sont souvent observés dans des conditions de stress physique intense.

4. Examen des traces de fer et absence de pigments de peinture

Dans le cadre de ses analyses, Baima Bollone a aussi cherché des preuves de pigments artificiels pour éliminer la possibilité que le sang soit simplement simulé. Les résultats ont confirmé que les taches de sang ne contiennent pas d’oxydes métalliques ou autres pigments typiquement utilisés dans la peinture. En revanche, la présence de fer dans les échantillons correspond bien aux composants naturels du sang humain, sans altérations artificielles. Ces observations ont permis de solidifier l’idée que les taches sont dues à du sang réel, et non à un artifice.

5. Techniques avancées et impact sur la recherche

L’utilisation de tests immunologiques et d’analyses chimiques avancées par Baima Bollone a marqué un tournant dans l’étude du Suaire en permettant de distinguer plus finement les composants sanguins et en apportant des éléments concrets pour authentifier la relique. Son travail s’est inscrit dans une lignée d’analyses scientifiques rigoureuses qui ont permis de vérifier l’absence de manipulation humaine dans l’apparition des taches et de soutenir l’hypothèse selon laquelle le Suaire pourrait être un témoin authentique d’une exécution par crucifixion.

Giulio Fanti et Giuseppe Zagotto : ( 2017 )

Dans une étude très reùarquable de 2017 intitulée Blood reinforced by pigments in the reddish stains of the Turin Shroud, Giulio Fanti et Giuseppe Zagotto analysent des échantillons du Saint Suaire de Turin conservées par Barrie Schwortz dans le cadre de l’organisation STERA Inc., ainsi que des échantillons tranmis par Giovanni Riggi. Ils comparent également les échantillons avec des rubans adhésifs contenant des particules rouges récoltées d’une copie du Suaire datant de 1656 et conservée à Palma di Montechiaro, en Sicile.

Cette analyse approfondie se concentre sur les particules rouges, très variées en taille et en forme, présentes dans ces échantillons, et permet aux auteurs d’identifier deux types principaux de particules : des particules typiques du sang humain et des particules de pigments (comme l’ocre rouge et le cinabre, ou sulfure de mercure), déjà observées par Walter McCrone lors de ses propres recherches.

McCrone avait en effet nommé ces particules « sub-micron particles » (SMP) et conclu que l’image du Saint Suaire était le produit d’une peinture médiévale en raison de la présence de pigments tels que les oxydes de fer (rouge) et le cinabre. Fanti et Zagotto confirment la présence de ces pigments, soutenant ainsi les conclusions de McCrone quant à leur existence.

Cependant, ils interprètent cette découverte de manière distincte : selon eux, les pigments ne seraient pas là d’origine, mais auraient été appliqués ultérieurement, probablement au XVIIe siècle, afin de renforcer les marques de sang sur le linceul. Cette hypothèse prend en compte l’idée que les traces de sang d’origine pourraient s’être atténuées au fil du temps, nécessitant une retouche pour préserver leur visibilité.

En utilisant des techniques modernes telles que la microscopie et l’analyse spectrale (notamment le Raman et l’EDX), Fanti et Zagotto concluent que certaines des zones de « taches de sang » contiennent effectivement du sang humain, mais qui aurait été renforcé par des pigments appliqués a posteriori. Ce point de vue, selon eux, concilie les observations de sang authentique, rapportées par Heller et Adler, avec les découvertes de McCrone concernant les oxydes de fer et le cinabre, tout en proposant une explication historique et matérielle aux différences observées dans les analyses.

Références :

( nous reprenons ici la bibliographie de Fanti et Zagotto, 2017 )

  • McCrone, W. C., & Skirius, C. (1980). Étude au microscope optique du « Suaire » de Turin I. Microscope, 28, 105.
  • Heller, J. H., & Adler, A. D. (1980). Du sang sur le linceul de Turin. Applied Optics, 19(16), 2742–2744.
  • McCrone, W. C. (1980). Étude au microscope optique du « Suaire » de Turin II. Microscope, 28(4), 115–120.
  • McCrone, W. C. (1981). Étude au microscope optique du « Suaire » III de Turin. Microscope, 29(1), 19–39.
  • Baima Bollone, P. L., Jorio, M., & Massaro, A. L. (1981). La détection de la présence de traces de sang chez l’homme sur le Saint Suaire de Turin. Sindon Quaderno, 30, 5–8.
  • Heller, J. H., & Adler, A. D. (1981). Une étude chimique du Suaire de Turin. Journal of Forensic Sciences, 14(3), 81–103.
  • Baima Bollone, P. L. (1982). Indagini identificative su fili della Sindone. Giornale della Accademia di Medicina di Torino, 1–12.
  • Jumper, E. J., Adler, A. D., Jackson, J. P., Pellicori, S. F., Heller, J. H., & Druzik, J. R. (1984). Un examen complet des différentes taches et images du Suaire de Turin. Dans J. B. Lambert (Éd.), Chimie archéologique III (pp. 447–476). American Chemical Society, Washington DC.
  • McCrone, W. C. (1990). Le Suaire de Turin : sang ou pigment d’artiste ? Accounts of Chemical Research, 23, 77–83.
  • McCrone, W. C. (1997). Le jour du jugement pour le Suaire de Turin. Microscope Publications, Chicago, États-Unis.
  • McCrone, W. C. (1999). Suaire 1999. Microscope, 47(1), 55–61.
  • McCrone, W. C. (2000). L’image du linceul. Microscope, 48(2), 79–85.
  • Adler, A. D. (2014). Le manuscrit orphelin : un recueil de publications sur le Suaire de Turin. Effata Ed.
  • Fanti, G., & Zagotto, G. (2017). Blood reinforced by pigments in the reddish stains of the Turin Shroud. Journal of Cultural Heritage, 25, 113-120. https://doi.org/10.1016/j.culher.2016.12.012
— Notes —
  1. le rapport de 1976 sur le travail des Commission Pellegrino est encore introuvable à ce jour [↩]

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