Annonce de l’ostension de 1898
– Déroulé prévisionnel des événéments
1898
Arte Sacra
La solennelle Ostension de la Très Sainte Sindone
dans l’église métropolitaine de Turin
L’événement religieux qui, cette année de festivités spéciales, attirera à Turin le plus grand nombre de visiteurs et constituera la note la plus élevée des fêtes du Piémont chrétien, est la solennelle Ostension de la Très Sainte Sindone.
Cette Relique, qui — après la Croix — est la plus insigne de toute la Chrétienté, parce qu’elle rappelle de la manière la plus complète la tragédie du Golgotha, entra à deux reprises en possession de la Maison de Savoie, qui la conserve depuis quatre siècles et demi avec un hommage ininterrompu de piété.
La fête de la Sindone tombe le 4 mai et, du temps de Charles-Emmanuel Ier, elle était la fête nationale du Piémont. À l’origine, la Sindone était exposée presque chaque année ; puis l’on limita l’ostension aux circonstances solennelles, et au cours des deux derniers siècles elle ne fut exposée qu’à l’occasion de grands événements ou des noces du prince héritier.
En ce siècle, elle fut exposée par le pape Pie VII en 1815, pour le mariage de Victor-Emmanuel II en 1842 et pour les noces d’Humbert en 1868. Elle devait être exposée en mai de l’année passée pour la venue des princes de Naples et à l’occasion de la célébration de leurs noces ; mais l’archevêque en charge, Monseigneur Riccardi, et le Comité exécutif pour la célébration des Centenaires religieux et artistiques du Piémont ayant eu recours au Souverain, celui-ci, par une lettre très bienveillante, consentit à ce que l’Ostension fût différée à cette année et qu’elle eût lieu pendant huit jours, sous forme solennelle.
La cérémonie d’ouverture aura donc lieu le matin du jour 11 mai prochain. À dix heures, Leurs Majestés le Roi et la Reine, les Princes, les Princesses, les Ministres, les dignitaires de l’État et de la Cour, avec les Maisons civiles et militaires, se rendront dans la chapelle royale de la Sindone et prendront place sur le côté droit de l’autel, du côté de l’Évangile. À gauche, en face, se trouveront Leurs Excellences les archevêques de Turin, de Verceil, de Gênes, les évêques de Fossano et d’Aoste invités par Sa Majesté. Il y aura tout le clergé de Cour, sous la direction du Grand Chapelain Monseigneur Valerio Anzino, abbé ordinaire de Sainte-Barbe à Mantoue.
Dans l’église métropolitaine se trouveront les évêques de Caffarno et d’Ivrée, l’archevêque de Chambéry et d’autres prélats ; le Chapitre, les Collégiales, la Faculté théologique et juridique, le Séminaire, les curés.
Dans la nef centrale prendront place toutes les autorités civiles, en habit noir et décorations. Peu d’invités pourront être admis, étant donné l’exiguïté de l’espace et la nécessité de laisser libres les nefs latérales, d’où toutefois il ne serait pas possible de voir la cérémonie.
Un chapelain de Cour célébrera la messe avec un simple accompagnement d’orgue ; puis les autres chapelains de Sa Majesté retireront de l’urne, qui est fermée par quatre clés de fer doré, la châsse contenant la sainte Relique. Celle-ci est enveloppée dans un rouleau doublé de soie rouge, avec les sceaux du Roi et de l’Archevêque Riccardi de Netro, qui en fit la dernière Ostension en 1868.
Les liens et les sceaux ayant été rompus, la Relique sera déployée sur une table, sur toute sa longueur de 4 mètres 10. Encensée par l’Archevêque de Turin, Leurs Majestés les Princes et les Princesses s’en approcheront pour la baiser ; puis, repliée et replacée dans la cassette, elle sera portée processionnellement par les prélats dans l’église métropolitaine. La Cour l’accompagnera jusqu’à la tribune royale, où elle se retirera.
Le cortège entrera dans la cathédrale par la porte réservée, située sous la tribune royale, et sera reçu par le Chapitre métropolitain.
La Relique déposée dans le presbytère, elle sera de nouveau étendue sur un châssis revêtu de velours cramoisi, et les évêques s’en approcheront pour la baiser. Ensuite Monseigneur l’Archevêque de Turin [ Augusto Richelmy ] lancera solennellement l’excommunication contre quiconque la profanerait ou la volerait. Quatre chanoines soulèveront le châssis, sur lequel la Relique aura été fixée par des crochets, et l’élèveront sur le maître-autel à l’intérieur du grand cadre soutenu par des anges, préalablement placé.
Monseigneur l’Archevêque prononcera un bref sermon, on fera l’adoration, l’orchestre chantera un motet, et la cérémonie sera terminée.
Pendant la cérémonie, on rédigera dans la chapelle le procès-verbal de Cour, qui sera signé par le Roi et par les dignitaires ; un autre procès-verbal sera rédigé dans la cathédrale.
La cérémonie durera environ deux heures.
L’église ayant été évacuée des invités, commencera ensuite le défilé du public et des pèlerins à tour de rôle, qui se poursuivra jusqu’au 19 mai — solennité de l’Ascension — jour où, par une nouvelle cérémonie, la Très Sainte Sindone sera replacée dans sa cassette et enfermée à l’intérieur de l’autel de la chapelle royale.
Nous rapporterons dans le prochain numéro tous les détails et les dispositions relatives à la cérémonie de clôture et aux pèlerinages.
G.

