Photographies du Saint Suaire en 1898 :
Le baron Antonio Manno : des archives de Savoie aux photographies du Saint-Suaire
Antonio Manno (1834–1918) fut historien, bibliographe et serviteur des institutions savoyardes. Son nom apparaît à deux moments importants de l’histoire documentaire du Saint-Suaire de Turin : dans une bibliographie publiée avec Vincenzo Promis en 1884, puis dans l’organisation des premières photographies officiellement autorisées, prises par Secondo Pia en 1898.

Un historien proche de la Maison de Savoie
Né à Turin le 25 mai 1834, Antonio Manno hérita de son père Giuseppe le titre de baron et un intérêt marqué pour l’histoire du Piémont. Élu à la Députation royale d’histoire nationale le 21 mai 1874, il en devint secrétaire le 2 juin 1875. Il contribua à rassembler, classer et publier une vaste documentation sur les États de Savoie, leurs souverains et les familles qui les entouraient. Son travail d’érudition s’inscrivait aussi dans une lecture favorable à la monarchie et à l’aristocratie savoyardes. 1.
Manno fut membre du Conseil supérieur des archives à partir de décembre 1886. Vers 1888, il participa à une commission chargée de distinguer, parmi les papiers de la famille royale, les documents relevant de la vie publique et ceux considérés comme privés. Une partie de ces derniers fut transférée à la Bibliothèque royale, avec des conséquences pour leur consultation par les chercheurs. Il dirigea ensuite la Bibliothèque royale et le Médaillier royal à partir de 1909 ; nommé sénateur en 1910, il mourut à Turin le 12 mars 1918. 1.
Une bibliographie du Saint-Suaire dans un ouvrage plus vaste
En 1884, Manno publia avec Vincenzo Promis le premier volume de la Bibliografia storica degli stati della monarchia di Savoia. Il ne s’agissait pas d’un livre exclusivement consacré au Saint-Suaire, mais d’un vaste répertoire des publications relatives à l’histoire des États savoyards. Promis avait proposé ce projet à Manno en 1876 ; les deux hommes en élaborèrent ensemble le classement. 2.
Dans ce premier volume, les pages 22 à 27 rassemblent des indications bibliographiques relatives au Saint-Suaire. Cette section est importante pour l’histoire de la recherche : elle donne accès aux ouvrages connus des bibliographes de la fin du XIXᵉ siècle et permet de comparer leurs références avec celles des répertoires ultérieurs. Elle ne constitue toutefois pas la première liste imprimée sur le sujet. Dès 1781, Onorato Derossi avait placé dans sa Nuova guida per la città di Torino, à partir de la page 61, une rubrique consacrée aux principaux livres sur le SS. Sudario. 3.
En 1929, le chanoine Ermanno Dervieux attribua à la section de Manno et Promis 82 indications bibliographiques, qu’il situa entre les nos 271 et 353. Son chiffre doit être cité avec prudence : les deux bornes, prises comme une suite continue, correspondent à 83 numéros. Le nombre exact de notices et la manière dont Dervieux les a comptées demandent donc une vérification directe sur les pages de 1884. 4
En 1898, un intermédiaire dans le projet photographique
Lors de l’Exposition d’art sacré organisée à Turin en 1898, Manno présidait le comité exécutif. Le Saint-Suaire appartenait alors au roi Humbert Ier : le photographier supposait son accord. Une sous-commission chargée de préparer la prise de vue fut constituée au printemps ; Manno et le photographe Secondo Pia y participèrent. La fonction attestée de Manno est donc celle d’organisateur et d’intermédiaire dans la demande d’autorisation, et non celle d’un expert chargé d’« authentifier » le Suaire. 5.

Le salésien Noël Noguier de Malijay, professeur de physique à Valsalice, raconta plus tard avoir suggéré à Manno de demander au roi la permission de photographier le linge. Selon son témoignage, Manno lui rapporta d’abord des objections ; les Salésiens envisagèrent ensuite de préparer eux-mêmes une prise de vue, avant que la mission officielle ne soit confiée à Pia. Ce récit éclaire les échanges entre Noguier et Manno. Il ne permet pas, à lui seul, de dater précisément leur première démarche ni d’attribuer à Noguier l’initiative exclusive du projet : la sous-commission travaillait déjà sur la photographie au printemps 1898. 6.
Secondo Pia réalisa des essais le 25 mai, puis les prises de vue les plus connues le 28 mai 1898. Dès le lendemain, il écrivit à Manno pour lui annoncer le résultat. La photographie devint ensuite un objet présenté au public et diffusé sous forme de tirages. L’en-tête de ces reproductions portait une approbation de l’archevêque de Turin et une attestation d’authenticité signée Antonio Manno, président du comité exécutif. Cette signature authentifiait la provenance de la reproduction photographique ; elle ne constituait pas une preuve historique de l’authenticité du Saint-Suaire lui-même. 7.
Pourquoi Manno compte dans cette histoire
Manno occupait une position particulière entre les archives, la Maison de Savoie et l’Exposition de 1898. En 1884, il contribua à rendre repérables des écrits anciens sur le Saint-Suaire. En 1898, il participa aux démarches qui rendirent possible sa reproduction photographique officielle, puis attesta les tirages diffusés au public. Pour étudier l’histoire du Suaire, ces deux interventions doivent être distinguées : la première concerne les sources écrites ; la seconde, la production et la circulation des images. 8.
Voir aussi : Photographies du Saint-Suaire en 1898.
Bibliographie — APA, par ordre chronologique
- Derossi, O. (1781). Nuova guida per la città di Torino. Stamperia Reale. Exemplaire numérisé.
- Manno, A., & Promis, V. (1884). Bibliografia storica degli stati della monarchia di Savoia (vol. 1). Fratelli Bocca. Notice et numérisation de MuseoTorino. Publié sous les soins de la Députation royale d’histoire nationale ; selon Dervieux (1929, p. 9), les pages 22 à 27 comportent 82 indications bibliographiques, situées entre les nos 271 et 353. Ce décompte reste à contrôler sur l’original.
- Dervieux, E. (1929). Bibliografia della SS. Sindone di N.S.G.C. venerata in Torino. Tipografia M. Ghirardi. Voir notamment pp. 7 et 9.
- Fossati, L. (1988). Un oscuro promotore della ripresa fotografica della Sacra Sindone nel 1898: Il salesiano don Natale Noguier de Malijay. Collegamento pro Sindone, supplément au nº 6, 8–42. Texte numérisé.
- Monsagrati, G. (2007). Manno, Antonio. Dans Dizionario biografico degli Italiani (vol. 69). Istituto della Enciclopedia Italiana. Lire la notice.
- Nicolotti, A. (2019). Le fotografie della Sindone di Secondo Pia (1898) e di Giuseppe Enrie (1931) e le polemiche tecniche che le accompagnarono. Dans T. Caliò (dir.), Santi in posa. L’influsso della fotografia sull’immaginario religioso (pp. 239–272). Viella. Notice universitaire ; texte consultable.
- Monsagrati, 2007.[↩][↩]
- Manno & Promis, 1884 ; Treccani, s. d.[↩]
- Derossi, 1781, pp. 61–62 ; Dervieux, 1929, pp. 7, 9.[↩]
- Dervieux, 1929, p. 9.[↩]
- Fossati, 1988, pp. 18–20 ; Nicolotti, 2019, pp. 242–244.[↩]
- Fossati, 1988, pp. 15–21 ; Nicolotti, 2019, pp. 242–243.[↩]
- Nicolotti, 2019, pp. 245–247.[↩]
- Manno & Promis, 1884 ; Nicolotti, 2019, pp. 242–247.[↩]