Barrie Schwortz

1949 – 2024

Barrie M. Schwortz (1946–2024) est un photographe scientifique américain, surtout connu pour avoir été le photographe officiel de documentation du Shroud of Turin Research Project (STURP) lors des examens du Saint Suaire réalisés à Turin en octobre 1978. Il devient ensuite l’un des principaux archivistes, diffuseurs et médiateurs de la recherche sindonique contemporaine, notamment grâce à la création du site Shroud.com en 1996 et de la Shroud of Turin Education and Research Association (STERA) en 2009. 1

Sa contribution est singulière : il n’est pas principalement connu pour avoir formulé une théorie sur la formation de l’image, mais pour avoir documenté les examens de 1978, conservé les archives du STURP, rendu accessibles des milliers de documents et constitué un point de contact international entre chercheurs, médias et grand public.

Photographe scientifique du STURP

Barrie Schwortz rejoint le STURP dès 1976 comme Official Documenting Photographer. Il participe aux deux années de préparation qui précèdent les examens de Turin et assiste aux réunions du groupe avant le départ pour l’Italie. 2

Lorsque le STURP obtient l’autorisation d’examiner directement le Suaire après l’ostension de 1978, Schwortz fait partie de l’équipe présente pendant les quelque 120 heures d’examens continus, du 8 au 13 octobre. 3

Sa mission consiste à documenter les opérations scientifiques, les chercheurs, les instruments utilisés et le déroulement des expériences.

Cette fonction lui permet de constituer un ensemble photographique exceptionnel sur l’une des principales campagnes scientifiques jamais réalisées directement sur le tissu.

Une documentation photographique considérable

Schwortz conserve environ 2 700 photographies prises pendant les années liées au STURP, comprenant les examens de Turin, les réunions préparatoires et différents travaux effectués par les chercheurs. 4

Après 1978, il fournit également aux membres du STURP les photographies nécessaires à leurs analyses et participe aux réunions au cours desquelles sont étudiées les données recueillies.

Il publie lui-même un travail consacré à la documentation photographique issue de la campagne. Son activité dépasse donc celle d’un simple photographe témoin : les images produites constituent une partie intégrante des archives scientifiques du projet. 2

Réserves sur le traitement d’image à partir des photographies d’Enrie.

Barrie Schwortz a exprimé des réserves majeures quant à l’utilisation des clichés de Giuseppe Enrie (1931) par des chercheurs des années 1970-1980, tels que Marion et Courage, pour justifier des affirmations sur des inscriptions ou des objets prétendument visibles sur le Suaire de Turin. Selon Schwortz, ces images, bien qu’utiles pour une vue générale du Suaire, sont inadéquates pour des recherches d’imagerie précises.

Les arguments de Schwortz se basent sur les spécificités techniques de la photographie d’Enrie. Enrie a utilisé un film orthochromatique haute résolution, qui enregistre uniquement en noir et blanc, altérant ainsi les tons intermédiaires de gris du Suaire. Cela a pour effet de simplifier les données visuelles en éliminant certains détails et en modifiant d’autres, ce qui fausse l’image originale.

Légende : Plage de sensibilité spectrale d’une émulsion photographique orthochromatique. / Longueur d’onde. ( Bourgois, 2024)

Le procédé inclut aussi une lumière rasant la surface, créant une multitude de motifs et de formes. Schwortz souligne que cette caractéristique rend le film très sujet à l’illusion d’objets cachés, car il est facile de « voir ce que l’on cherche » en grossissant l’image, notamment à cause de la structure granuleuse et hétérogène du film, composée de grappes de grains qui ajoutent des formes aléatoires.

Marion & Courage ( 1999)

Schwortz critique aussi les méthodes de réduplication des images par certains chercheurs, qui amplifient ces formes granuleuses en passant par plusieurs générations de film orthochromatique. Il affirme que les conclusions issues de telles méthodes, comme les inscriptions de pièces supposément visibles sur les yeux, relèveraient plus de la manipulation que de l’amélioration d’image.

Il aurait davantage confiance dans des analyses basées sur des photos en couleur, qui capturent toutes les données disponibles, et regrette l’absence de rigueur scientifique dans nombre de publications médiatiques et de certains travaux qui ne respectent pas les standards sur les données empiriques.

Du scepticisme initial à une conviction personnelle

Schwortz explique à plusieurs reprises qu’il aborde initialement le Suaire avec une attitude sceptique.

Son rôle dans le STURP lui permet d’observer directement les examens et de travailler pendant plusieurs années avec les scientifiques qui analysent le tissu.

Il en vient progressivement à considérer que l’image ne peut pas être expliquée par une peinture ou une technique artistique conventionnelle et à défendre personnellement l’authenticité du Suaire comme linge funéraire de Jésus. 4

Cette conviction personnelle doit cependant être distinguée de son travail documentaire : Schwortz insiste régulièrement sur la nécessité de rendre les données disponibles afin que chacun puisse examiner les arguments.

La création de Shroud.com

Le 21 janvier 1996, Barrie Schwortz met en ligne le Shroud of Turin Website, plus connu sous le nom de Shroud.com.

À une époque où une grande partie de la documentation sindonique reste dispersée entre revues spécialisées, centres de recherche, archives privées et publications difficiles à obtenir, le site devient rapidement un outil majeur de diffusion internationale.

Schwortz y rassemble progressivement :

  • articles scientifiques ;
  • actes de congrès ;
  • revues anciennes ;
  • photographies ;
  • bibliographies ;
  • informations sur les chercheurs ;
  • documents historiques ;
  • mises à jour des recherches ;
  • archives audiovisuelles. 2

Son objectif est également de réduire l’isolement entre chercheurs, problème qu’il avait directement observé durant et après le STURP.

Internet comme outil de recherche sindonique

Lors du symposium de Turin de 1998, Schwortz présente une communication intitulée The Role of the Internet in the Future of Shroud Research.

Il y explique que l’un des principaux obstacles aux recherches des décennies précédentes avait été la difficulté de communication entre scientifiques dispersés dans plusieurs pays. 2

Internet lui apparaît alors comme un moyen de :

  • partager plus rapidement les travaux ;
  • faciliter l’accès aux sources ;
  • rapprocher des chercheurs de disciplines différentes ;
  • conserver des documents anciens ;
  • éviter la disparition progressive d’archives privées.

Cette fonction documentaire devient progressivement aussi importante que sa participation initiale au STURP.

La création de STERA

En 2009, Schwortz fonde la Shroud of Turin Education and Research Association, Inc. (STERA), organisation américaine à but non lucratif destinée à préserver les archives liées au Suaire et à soutenir leur mise à disposition. 5

À partir du 1er janvier 2010, STERA devient juridiquement propriétaire de Shroud.com ainsi que des droits et archives sindoniques que Schwortz lui transfère. 6

Il donne notamment à l’association :

  • ses photographies du STURP ;
  • sa correspondance ;
  • ses archives documentaires ;
  • ses collections de recherche ;
  • les droits associés au site internet.

Cette décision vise explicitement à assurer la pérennité du corpus après sa disparition.

La conservation des archives des chercheurs

Schwortz et STERA jouent ensuite un rôle croissant dans la préservation d’archives privées issues de chercheurs disparus.

L’association reçoit notamment des documents provenant des collections de Raymond Rogers et de Paul Maloney.

Après la mort de Paul Maloney en 2018, Schwortz organise par exemple le transfert vers STERA de plus de 5 000 diapositives photographiques, ainsi que de centaines de fichiers liés notamment aux prélèvements de Max Frei. 7

Ce travail constitue une contribution importante à l’histoire de la sindonologie : nombre de documents scientifiques du XXe siècle n’existent pas dans des dépôts institutionnels traditionnels et risqueraient de disparaître avec leurs propriétaires.

Les échantillons scientifiques

Le rôle de Schwortz dépasse parfois la conservation documentaire.

STERA devient dépositaire de certains matériaux provenant des anciennes recherches du STURP, notamment des bandes adhésives utilisées pour les prélèvements de surface de 1978.

L’association met certains échantillons à disposition de chercheurs selon une procédure formalisée.

En 2015, Schwortz remet par exemple personnellement à Giulio Fanti à Turin plusieurs échantillons conservés par STERA, après autorisation du conseil d’administration de l’association. 8

Cette activité place Schwortz au cœur de questions importantes concernant la conservation, l’accès et la traçabilité des matériaux scientifiques historiques.

Une mémoire du STURP

Au fil des décennies, Barrie Schwortz devient également l’un des principaux témoins de l’histoire interne du STURP.

Il a participé aux préparatifs, assisté aux examens de 1978, suivi les réunions ultérieures et conservé une importante documentation photographique et écrite.

Ses témoignages permettent ainsi de documenter :

  • la constitution de l’équipe ;
  • les relations entre chercheurs ;
  • les préparatifs techniques ;
  • le déroulement des 120 heures d’examens ;
  • les instruments utilisés ;
  • les controverses apparues après l’expérience.

Cette position explique pourquoi il est régulièrement sollicité par les réalisateurs de documentaires.

Une présence exceptionnelle dans les documentaires

Barrie Schwortz est probablement l’un des spécialistes contemporains du Suaire les plus présents dans les productions audiovisuelles.

Son intérêt pour les réalisateurs tient à un double rôle : acteur direct des examens de 1978 et historien documentaire du STURP.

1978 — The Silent Witness

Il est associé à l’un des premiers grands documentaires réalisés autour de l’ostension et des examens de 1978, The Silent Witness: An Investigation into the Holy Shroud de David W. Rolfe.

Cette période correspond au moment où Schwortz participe directement aux investigations scientifiques du STURP.

2000 — The Shroud of Turin – History’s Mysteries

Schwortz fait partie des chercheurs consultés pour le documentaire de History Channel, aux côtés notamment de John Jackson, Harry Gove, Avinoam Danin, Frederick Zugibe et plusieurs spécialistes américains. 9

Il intervient notamment comme témoin des examens de 1978 et comme spécialiste de la documentation photographique.

2007 — Is It Real? – Secrets of the Shroud

Il intervient également dans l’émission de National Geographic, aux côtés de Ian Wilson, Frederick Zugibe, Steve Schafersman, Joe Nickell et Holger Kersten.

Le documentaire confronte différentes positions sur l’authenticité du Suaire et permet à Schwortz de présenter les principaux résultats attribués au STURP. 10

2008 — Unwrapping the Shroud: New Evidence

Schwortz apparaît dans cette enquête consacrée notamment aux critiques de la datation radiocarbone et aux travaux de Raymond Rogers, Joseph Marino et M. Sue Benford.

Son rôle est particulièrement pertinent en raison de sa proximité avec Rogers et de sa connaissance des archives du STURP. 11

2012 — Shroud of Turin: Secrets Revealed

L’émission Beyond Belief lui consacre un épisode complet d’environ une heure.

Schwortz y revient sur son expérience de 1978, les résultats du STURP et les raisons qui l’ont progressivement conduit à considérer le Suaire comme authentique. 12

2024 — History’s Greatest Mysteries

Il apparaît encore dans l’épisode consacré au Suaire diffusé par History Channel en 2024, aux côtés notamment de Cheryl H. White, Russ Breault, John A. Beck, Dominick Hernández, Amir Hussain et Anthony Pinn. 13

Sa présence dans des productions réalisées près d’un demi-siècle après les examens de 1978 illustre la durée exceptionnelle de son rôle de témoin et de médiateur.

Conférences et diffusion internationale

Schwortz participe également à de nombreux congrès consacrés au Suaire.

Il intervient notamment à Turin, Dallas, Columbus, Saint-Louis et dans de nombreuses conférences internationales.

Ses présentations portent généralement sur :

  • l’histoire du STURP ;
  • la photographie du Suaire ;
  • les propriétés de l’image ;
  • les résultats scientifiques de 1978 ;
  • la datation radiocarbone ;
  • l’évolution de la recherche ;
  • les archives documentaires.

Sa conférence rétrospective 35 Years of Shroud Science: A Personal Perspective retrace notamment plusieurs décennies de recherches à partir de son expérience personnelle au sein du STURP. 14

Une contribution avant tout documentaire

Contrairement à John Jackson, Raymond Rogers ou Alan Adler, Barrie Schwortz n’est pas principalement associé à une théorie physique ou chimique particulière.

Sa contribution essentielle est ailleurs :

  • photographier et documenter les examens de 1978 ;
  • conserver la mémoire du STURP ;
  • rendre accessibles des publications devenues difficiles à trouver ;
  • préserver les archives personnelles de chercheurs ;
  • mettre en relation chercheurs et institutions ;
  • diffuser les travaux auprès du public ;
  • fournir photographies, documents et témoignages aux médias.

À ce titre, son influence sur la recherche sindonique contemporaine est considérable.

Décès et continuité de ses archives

Barrie Schwortz meurt à Colorado Springs le 21 juin 2024. 5

Après son décès, STERA poursuit la gestion de Shroud.com et des collections qu’il avait progressivement transférées à l’association.

Cette continuité correspond précisément au projet qu’il avait mis en place plusieurs années auparavant : faire en sorte que les photographies, publications, correspondances et archives scientifiques puissent rester accessibles indépendamment de leur propriétaire initial.

Son héritage sindonique est donc constitué moins par une théorie particulière que par un patrimoine documentaire exceptionnel, construit pendant près d’un demi-siècle.

Bibliographie — ordre chronologique

conférencier :

Schwortz a également donné des conférences dans le monde entier, sensibilisant à la fois les croyants et les sceptiques aux mystères entourant le Suaire de Turin. Son engagement sans faille a fait de lui l’un des défenseurs les plus éminents de la recherche sur cette relique.

« Franchement, je suis toujours juif, mais je crois que le Suaire de Turin est le tissu qui a enveloppé le corps de Jésus après sa crucifixion. Ce n’est pas une déclaration religieuse, mais une conclusion fondée sur ma position privilégiée en tant que participant direct aux travaux de nombreux chercheurs sérieux sur le Suaire à travers le monde. » – Message aux visiteurs du site Barrie Schwortz

Références :

  • Marion, A., & Courage, A.-L. (1999). Nouvelles découvertes sur le Suaire de Turin. Albin Michel.
  • Schwortz, B. (2009, 21 novembre). Science by press release (again): Another editorial response. The Shroud of Turin Website. https://www.shroud.com/pdfs/schwortzedit02.pdf
— Notes —
  1. Schwortz, 1998 ; STERA, 2024[↩]
  2. Schwortz, 1998[↩][↩][↩][↩]
  3. Schwortz, 1998 ; Schwortz, s. d.[↩]
  4. Schwortz, s. d.[↩][↩]
  5. STERA, 2024[↩][↩]
  6. Schwortz, 2010[↩]
  7. Schwortz, 2019[↩]
  8. STERA, 2017[↩]
  9. Schwortz, 2000[↩]
  10. National Geographic, 2007[↩]
  11. Discovery Channel, 2008[↩]
  12. Beyond Belief, 2012[↩]
  13. History Channel, 2024[↩]
  14. STERA, 2014[↩]

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