Bulle de Jules II au sujet du Saint Suaire

Bulle de Jules II au sujet du Saint Suaire

1506

Filiberto Pingone, 1581 Sindon Evangelica, Augustae Taurinorum (Turin), 1581, pp. 49–64

Exemplaire de la bulle de Jules II, pape.

Jules, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour mémoire perpétuelle de la chose.

Le Pontife romain, appelé par disposition divine au sommet de la dignité apostolique et au siège sacré de Pierre, accueille volontiers les vœux salutaires des fidèles, surtout des nobles, et de ceux qui lui sont dévoués ainsi qu’à ce même siège ; vœux par lesquels l’immense miséricorde de Dieu envers les fils des hommes est reconnue, eux qui, retenus captifs sous la loi de la mort et de la damnation à cause du péché du premier parent, furent admirablement secourus par la profondeur du dessein divin, lorsque le Fils unique du Père, égal à Lui dans la même substance et éternel, prit la forme de serviteur et, pour nous, porta nos langueurs et nos douleurs dans son propre corps, avec une telle dilection et une si grande grandeur d’amour, se faisant médiateur pour les justes et les injustes, supportant les flagellations, les blessures, les épines et les outrages, étant attaché au bois de la Croix, répandant son propre sang et devenant obéissant jusqu’à la mort.

Afin que les fidèles du Christ, délivrés des gouffres de l’Enfer, ne paraissent pas ingrats et oublieux de l’aspersion de ce sang, des blessures et des douleurs qu’Il a soufferts pour notre rédemption et d’un si grand bienfait, ces mystères sont rappelés par de dignes louanges, accompagnées d’une pieuse compassion de larmes ; les lieux dans lesquels sont contemplés le précieux et véritable sang du Christ lui-même et son image sont vénérés ; et la glorieuse Vierge Marie, sa Mère, qui pour les pécheurs répand avec zèle des prières auprès de son Fils, est glorifiée.

Pour le salut des âmes des fidèles susdits, l’Église admet volontiers leurs supplications à la grâce de l’exaucement, et aux choses qui, à cette fin, sont dites avoir été accomplies pour la louange et la gloire de Dieu par des personnes religieuses et autres personnes ecclésiastiques, selon l’ordonnance de ces mêmes nobles, elle ajoute volontiers, lorsqu’on le lui demande, la fermeté de la protection apostolique, et elle statue et ordonne ce qu’elle juge salutaire dans le Seigneur… qu’il soit opportun d’y pourvoir.

Il nous a donc été récemment présenté, de la part de notre cher fils Charles, duc, et de notre chère fille en Christ Claude, noble femme, autrefois épouse de Philippe, duc de Savoie, duchesse, et mère du même Charles, une requête contenant ceci :

Qu’eux-mêmes, animés d’un singulier sentiment de dévotion, semblable à celui que portent leurs prédécesseurs, les ducs de Savoie, envers l’Église appelée la Chapelle Sainte, située dans le château de Chambéry, dans le duché de Savoie, du diocèse de Grenoble, laquelle autrefois, de heureuse mémoire, Paul II, pape, érigea en collégiale, et que plus tard, de pieuse mémoire, Sixte IV, nos prédécesseurs, voulurent qu’elle fût appelée Chapelle Sainte ;

et cela principalement à cause de la très illustre SINDON, dans laquelle notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, déposé au tombeau, fut enveloppé, et qui est conservée honorablement et avec dévotion dans une châsse d’argent ; dans laquelle — ainsi que le même Sixte, notre prédécesseur, l’affirme dans un certain traité qu’il a composé sur ce sang — le véritable sang de Jésus-Christ lui-même et son image sont visibles ;

et vers laquelle, en raison de la dévotion et de la vénération dues à une si grande relique, surtout les jours où cette SINDON est exposée, et à cause des miracles que, ces jours-là, le Très-Haut accomplit en ce lieu en faveur des fidèles dévots de ladite SINDON, une multitude de fidèles accourt ;

ils ont fait ordonner la solennité et l’office de cette SINDON, par certains religieux ou autres personnes ecclésiastiques, avec messe, lectures, capitules, versets, répons, hymnes et oraisons appropriées et dévotes ;

et le doyen et le chapitre de ladite Église, également mus par une pieuse dévotion, ont statué que, les jours de samedi, l’office de la Bienheureuse Vierge Marie, tel qu’il est célébré dans l’église de Sainte-Marie-Majeure de la Ville [de Rome], serait célébré solennellement dans cette même Église, appelée Chapelle Sainte, comme office divin ;

ainsi qu’il est contenu dans l’ordonnance même de l’office de la SINDON, laquelle nous avons fait examiner diligemment à la Chancellerie apostolique, et que, après suppression des signes et caractères superflus, nous avons fait insérer mot à mot dans les présentes…

mot à mot dans les présentes, et il est insisté sur ce point, et il est dit que cela est plus amplement contenu dans le statut et l’ordonnance du doyen et du chapitre susdits.

C’est pourquoi, de la part du duc et de la duchesse susdits, il nous a été humblement supplié d’ajouter, pour une plus ferme subsistance, la force de la confirmation apostolique à l’ordonnance de l’office de la SINDON, tant diurne que nocturne, avec sa messe, ses lectures, versets, répons, capitules et oraisons, ainsi que tout ce qui y est contenu ;

et pareillement au statut et à l’ordonnance du doyen et du chapitre susdits ;

et de statuer et ordonner que ladite église, appelée Chapelle Sainte, doive être nommée Chapelle de la Sainte SINDON ;

que la solennité, c’est-à-dire la fête de ladite Sainte SINDON, soit célébrée le lendemain de la fête de l’Invention de la Sainte Croix ;

et que l’office susdit soit célébré par tous et chacun des sujets du duc susdit ;

et enfin de pourvoir avec opportunité, dans les choses susdites, par la bienveillance apostolique que requiert la situation.

Nous donc, présidant par disposition céleste au ministère du saint apostolat, bien qu’indignes, considérant que, si nous adorons et vénérons la Sainte Croix sur laquelle notre Seigneur Jésus-Christ a été suspendu et par laquelle nous avons été rachetés, il paraît assurément digne et dû de vénérer et d’adorer aussi cette SINDON, dans laquelle sont manifestement visibles, comme il a été dit, les reliques de l’humanité du Christ, que la divinité s’est unie, à savoir son véritable sang ;

désirant que le culte divin fleurisse et s’accroisse partout, et que les fidèles eux-mêmes, que notre Seigneur Jésus-Christ a lavés dans son sang, rendent, par une fête solennelle, honneur, actions de grâces et louanges à leur Rédempteur et à sa glorieuse Mère ;

inclinés par de telles supplications, nous approuvons l’ordonnance de l’office de la SINDON susdite, tant diurne que nocturne, avec sa messe, ses lectures, versets, répons, capitules, oraisons et autres choses qu’elle contient,

et approuvons aussi le statut et l’ordonnance de la célébration de l’office de la Bienheureuse Vierge Marie, établis par le doyen et le chapitre susdits…

…et nous confirmons [ces dispositions], et nous les munissons par la proclamation du présent écrit ; suppléant à tous et chacun des défauts, s’il s’en est trouvé par hasard dans les mêmes actes.

Et de plus, nous statuons et ordonnons que l’église susdite, appelée Chapelle Sainte, soit désormais nommée Chapelle de la Sainte SINDON ;

que la solennité, c’est-à-dire la fête de la Sainte SINDON, soit célébrée le lendemain de la fête de l’Invention de la Sainte Croix ; 1

et que l’office susdit soit célébré par tous et chacun des sujets du duc susdit.

Nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques, et toutes autres choses contraires, quelles qu’elles soient.

Mais voici la teneur de l’office de la Sainte SINDON de Jésus-Christ.

Aux Vêpres, au-dessus des psaumes, antienne :

Réjouis-toi, heureuse et joyeuse Savoie,
la SINDON donnera au monde des joies.
Réjouis-toi, ô Mère Église tout entière,
célébrant les solennités d’une louange nouvelle. Alléluia.

Les autres antiennes sont prises aux Laudes.

Psaumes des Vêpres :
Credidi ad Dominum ;
Eripe me, Domine ;
Clamavi voce mea.

Capitule :
Joseph et Nicodème prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linceuls avec des aromates, selon la coutume des Juifs pour ensevelir.
Rendons grâces à Dieu.

Hymne :
Réjouis-toi, Mère Église, célébrant dans la joie la mémoire,
des solennités de la SINDON, envoyées à la cour céleste.

Joseph, laissant son manteau, s’enfuit librement ;
par un art nouveau, le linceul abandonné,
le Christ ressuscita d’entre les morts.

L’or se cache dans la pierre, comme le soleil sous le boisseau ;
le Christ reposa trois jours, ainsi enveloppé dans la SINDON.

Le lit du roi Salomon, la chambre pleine d’aromates,
la toison répandue de Gédéon, le jardin clos des parfums.

Au temps pascal :
Nous te prions, auteur de toutes choses…

Au temps de l’Ascension :
Souviens-toi de nous…

Verset :
Dans cette sainte SINDON, nous t’adorons, Seigneur. Alléluia.

Répons :
Nous rappelons ta glorieuse Passion. Alléluia.

Au Magnificat, antienne :
Le pontife, prêtre suprême, sur la tête duquel a été répandue l’huile de l’onction,
et dont les mains ont été consacrées dans le sacerdoce,
a été revêtu de vêtements saints. Alléluia.

Oraison :
Dieu tout-puissant et éternel, qui as laissé sur la terre la SINDON de ton Fils unique,
portant l’image même de sa Passion…

sa SINDON, portant l’image même de sa Passion, que tu as laissée vénérable sur la terre, accorde-nous, nous t’en prions, que par la vertu de cette sainte SINDON, nous méritions de contempler ton visage dans les cieux. Par le même Seigneur.

Aux Matines.

Invitatoire :
Le Christ Roi, enveloppé dans la SINDON au sépulcre, venez, adorons-le. Alléluia.

Psaume : Venite.

Hymne : comme aux Vêpres : Réjouis-toi, Mère Église.

Premier nocturne.

Antienne :
Rébecca, au cou de Jacob, étendit un voile ;
la Vierge enveloppa un autre [corps] de linges. Alléluia.

Psaume : Cum invocarem.

Antienne :
Rahab cacha les explorateurs sous le bois ;
le peuple fidèle reçut l’image du Christ imprimée sur le linceul. Alléluia.

Psaume : Domine, quis habitabit.

Antienne :
Samuel, ceint de l’éphod, servait devant la face du Seigneur en lin ;
le Christ, ceint d’un linge, lavait les pieds de ses disciples. Alléluia.

Psaume : Conserva me.

Verset :
Dans cette sainte SINDON, nous t’adorons, Seigneur. Alléluia.

Répons :
Nous rappelons ta glorieuse Passion. Alléluia.

Saint Thomas d’Aquin, à partir des quatre Évangélistes et de divers saints docteurs de l’Église.

Première lecture.

Ensuite, l’Évangéliste Matthieu (comme le dit la glose) a rapporté l’ordre de la Passion et de la mort du Seigneur ; il traite maintenant de sa sépulture, disant :

Le soir venu, arriva un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui lui-même était disciple de Jésus.

Or, comme le dit Rémi sur Matthieu, Arimathie est la cité de Samuel, située dans la région de Chananéenne, près de Diospolis, laquelle, selon Jérôme sur Marc, s’interprète : « déposition ».

De là venait Joseph, qui se rendit pour déposer le corps du Christ de la Croix. Celui-ci, selon le témoignage de Rémi, était, selon la condition du siècle, d’une grande dignité, mais d’un mérite bien plus grand encore auprès de Dieu, puisqu’il est décrit comme juste.

Il convenait en effet qu’un tel homme existât pour ensevelir le corps du Seigneur, autant que sa justice le rendait digne d’un tel office.

Et selon Bède, sur Marc, par la noblesse de la puissance séculière, il pouvait obtenir la faculté d’exercer ce ministère.

C’est pourquoi il est dit qu’il était noble décurion, attendant le Royaume de Dieu.

Or on appelle décurion celui qui appartient à l’ordre de la Curie et administre une charge curiale. Car nul homme obscur ou médiocre ne pouvait accéder au gouverneur de la puissance romaine et demander le corps du Crucifié.

Comme le dit Jérôme dans un autre Évangile, Joseph est appelé bouleutès, c’est-à-dire conseiller, ou homme de grand conseil, parce qu’il ne consentit pas au conseil pervers des Juifs ; conseil au sujet duquel on pense que le premier psaume fut composé :
Bienheureux l’homme qui n’est pas allé dans le conseil des impies.

Tu autem, Domine.

Répons :
La femme sage a travaillé de ses mains ; ses doigts ont saisi le fuseau ; elle a fait une SINDON et l’a vendue. Alléluia.

Verset :
Cette SINDON, le juste Joseph d’Arimathie l’a achetée et l’a façonnée.

Deuxième lecture.

Marc, dans son Évangile, dit avec soin :
Joseph acheta une SINDON et, après avoir déposé [le corps], l’enveloppa dans la SINDON.

À ce sujet, Jérôme, dans une homélie, dit :
« Ensevelissant précieusement un corps précieux, puisqu’il était disciple du Seigneur, il savait comment le corps du Seigneur devait être honoré. »

Et le même, sur Marc :
« Par la simplicité de la sépulture du Seigneur, l’ambition des riches est condamnée, eux qui ne peuvent même pas se passer de richesses dans leurs tombeaux. »

Nous pouvons aussi, selon l’intelligence spirituelle, entendre ceci : que le corps du Seigneur ne doit être enveloppé ni d’or, ni de gemmes, ni de soie, mais de lin pur ; et cela signifie que celui-là a enveloppé Jésus dans une SINDON pure qui l’a reçu avec une âme pure.

Ou bien autrement, selon Rémi :
puisque la SINDON est un linge de lin, et que le lin naît de la terre et est conduit à la blancheur par un grand labeur, il est signifié que son corps, qui a été pris de la terre, c’est-à-dire de la Vierge, est parvenu, par le labeur de la Passion, à la blancheur de l’immortalité.

Tu autem.

Répons :
Noé gisant nu, Cham, l’ayant vu, se moqua de son père et l’annonça à ses frères ;
Sem et Japhet le couvrirent d’un manteau. Alléluia.

Verset :
Celui que les Juifs avaient dépouillé, Joseph et Nicodème l’enveloppèrent dans une SINDON pure.

Troisième lecture.

De là (comme le dit Raban), l’usage de l’Église a prévalu : que le sacrifice de l’autel ne soit pas célébré sur de la soie ni sur un tissu teint, mais sur un tissu de lin terrestre, comme nous lisons que cela fut établi par le bienheureux pape Sylvestre.

Selon Hilaire, la justice de Joseph a figure des Apôtres, en ce que, tandis qu’il enveloppait le corps dans une SINDON pure, nous trouvons, dans le lin descendu du ciel vers Pierre, toutes les espèces d’animaux soumises ; d’où l’on comprend que, sous le nom de ce lin, l’Église est ensevelie avec le Christ.

Or, comme le dit Origène, ce n’est pas sans raison qu’il est écrit qu’il enveloppa le corps dans une SINDON pure, et le plaça dans un tombeau neuf, et roula une grande pierre : car tout ce qui entoure le corps de Jésus est pur, nouveau, et très grand.

SINDON

Tu autem, Domine.

Répons :
L’extase de l’esprit tomba sur Pierre, et il vit le ciel ouvert, et descendant un certain vase, comme un grand linceul, tenu par les quatre coins et abaissé du ciel sur la terre. Alléluia.

Verset :
Sous le nom de ce linceul, l’Église est ensevelie avec le Christ. Alléluia.

Verset :
Gloire au Père. Alléluia.

Deuxième nocturne.

Antienne :
Moïse mit un voile sur son visage ;
les soldats, eux, voilèrent le visage du Christ et, en crachant, le frappèrent de leurs poings. Alléluia.

Psaume : Domini est terra.

Antienne :
Samson dépouilla des hommes de leurs vêtements ;
Joseph d’Arimathie, lui, enveloppa le Christ dans une SINDON pure. Alléluia.

Psaume : Dominus illuminatio mea.

Antienne :
La femme prit un voile et le posa sur l’ouverture du puits ;
Joseph, quant à lui, roula une grande pierre à l’entrée du tombeau. Alléluia.

Psaume : Exaltabo te, Deus.

Verset :
Joseph et Nicodème prirent le corps de Jésus. Alléluia.

Répons :
Et ils l’enveloppèrent de linceuls avec des aromates. Alléluia.

Quatrième lecture.

La suite de l’Évangile selon Marc :
Et Joseph le plaça dans un tombeau qui était taillé dans le roc, et il roula une pierre à l’entrée du tombeau.

D’où (dit Jérôme) :
« Par la sépulture du Christ, nous ressuscitons ; par sa descente aux enfers, nous montons aux cieux. »

Car à celui-ci (comme il est dit dans le livre des Juges), on trouve du miel dans la gueule du lion mort.

Théophile vous avertit aussi en disant :
« Introduisons en nous Joseph, recevant le corps du Christ par l’unité, et plaçons-le dans un tombeau taillé dans la pierre, dans une âme qui se souvient de Dieu et ne L’oublie pas. Cette âme est en effet taillée dans la pierre, c’est-à-dire dans le Christ, et elle contient la fermeté.

Nous devons aussi L’envelopper dans une SINDON, c’est-à-dire Le recevoir dans un corps pur ; car la SINDON est le corps, qui est le vêtement du corps. Il convient en effet non seulement de recevoir le corps du Christ dans une âme pure, mais aussi dans un corps pur.

Il faut cependant L’envelopper, mais ne pas Le découvrir : car le mystère est clos et caché. »

Tu autem.

Répons :
Daniel leva les yeux, et voici un homme vêtu de vêtements de lin, et ses reins étaient ceints. Alléluia.

Verset :
Celui-ci, Joseph et Nicodème l’attachèrent de linges avec des aromates, selon la coutume des Juifs pour ensevelir.

Cinquième lecture.

Parce que, comme le dit Chrysostome, ils étaient pressés par le manque de temps — car le Christ était mort à la neuvième heure, puis, après être allés trouver Pilate et avoir descendu le corps du Christ, le soir approchait — ils le déposèrent donc dans un tombeau proche…

…ils le déposèrent donc dans un tombeau proche.

C’est pourquoi il est ajouté :
Il y avait, au lieu où il fut crucifié, un jardin, et dans le jardin un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été placé.

Ce fut fait par disposition divine, afin que la résurrection ne fût pas attribuée à quelqu’un d’autre qui aurait reposé avec lui ;

de même aussi (comme le dit Augustin), dans le sein de la Vierge Marie, nul n’a été conçu avant lui, nul après lui.

Par là encore (selon Théophile), parce que le tombeau était neuf, il est donné à comprendre que, par la sépulture du Christ, nous sommes tous renouvelés, la mort et la corruption étant détruites.

Considère aussi l’abondance de pauvreté qu’il a assumée pour nous :
lui qui, durant sa vie, n’eut pas de maison, est, après sa mort, placé dans un tombeau qui n’est pas le sien, et recouvert par Joseph.

Tu autem.

Répons :
La sagesse s’est fait une couverture brodée ; le fin lin et la pourpre sont son vêtement ; elle a fait une SINDON et l’a vendue, et l’a remise au Chananéen. Alléluia.

Verset :
Joseph, après l’avoir déposé, l’enveloppa dans une SINDON et le plaça dans le tombeau.

Sixième lecture.

Ensuite, il est ajouté :
Ils placèrent donc Jésus là, à cause de la Préparation des Juifs, parce que le tombeau était proche.

À ce sujet, Augustin dit :
on comprend que la sépulture fut hâtée, parce que le soir approchait, lorsque, à cause de la Préparation (que les Juifs appellent la Cène, et les Latins le repas), il n’était déjà plus permis de faire quoi que ce soit.

Quant à la proximité du tombeau (selon Chrysostome), elle permit aux disciples d’y accéder facilement et d’en devenir les témoins des choses futures dans la résurrection ;
et non seulement eux, mais encore les ennemis, afin qu’ils fussent témoins de la sépulture, en gardant le tombeau, et que fût ainsi manifestée la fausseté de la rumeur du vol [du corps].

Or, Joseph, interprété par Bède comme « acceptation de la bonne œuvre », nous avertit par là que nous devons mériter de recevoir dignement le corps du Seigneur.

De là, Théophile dit encore :
« Le Christ est encore, d’une certaine manière, mis à mort chez les avares, dans le pauvre qui souffre la faim.

Sois donc Joseph : couvre la nudité du Christ, non pas une seule fois, mais en l’ensevelissant dans le tombeau spirituel, par la considération intérieure ; recouvre-le et enveloppe-le ; mêle la myrrhe et l’aloès amers, en méditant cette parole :
Allez, maudits, au feu éternel — car je n’estime rien de plus amer. »

Tu autem.

Répons :
Qui est celui-ci qui vient d’Édom, avec des vêtements teints de Bosra, comme celui qui foule le pressoir ?
Celui-ci est beau dans sa tunique, marchant dans la grandeur de sa puissance. Alléluia.

Verset :
Les soldats l’ont dépouillé de la pourpre ; Joseph et Nicodème l’ont enseveli dans une SINDON pure.

*Gloire au Père. Alléluia.

Troisième nocturne.

Antienne :
Les Philistins saisirent Samson et, l’ayant lié de chaînes, l’enfermèrent dans la prison ;
Joseph et Nicodème, eux, lièrent [le Christ] de linges et le placèrent dans le tombeau. Alléluia.

Psaume : Deus in nomine tuo.

Antienne :
Le roi de Babylone lia le roi Sédécias de chaînes et le plaça dans la maison de la prison ;
Pilate dit : Allez, gardez [le tombeau] comme vous savez [le faire]. Alléluia.

Psaume : Notus in Iudaea Deus.

Antienne :
Jérémie fut envoyé et frappé dans la prison ;
les princes des prêtres s’en allèrent et scellèrent le tombeau avec des gardes. Alléluia.

Psaume : Domine Deus salutis.

Verset :
Joseph, ayant pris le corps, l’enveloppa dans une SINDON. Alléluia.

Répons :
Et il le plaça dans son tombeau neuf, qu’il avait taillé dans le roc. Alléluia.

Septième lecture.

Selon saint Jean :
En ce temps-là, Joseph d’Arimathie demanda à Pilate, parce qu’il était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, que le corps de Jésus fût enlevé ; et Pilate le permit.

Exposition de l’Évangile tirée de divers saints docteurs de l’Église.

Car, comme le dit Chrysostome dans une homélie, Joseph, estimant que la fureur des Juifs était éteinte, le Christ ayant été crucifié, s’approcha de Pilate avec assurance afin d’obtenir la déposition du corps, puisqu’il était disciple de Jésus — non pas des Douze, mais des Soixante-dix.

Mais comment se fait-il qu’aucun des Douze n’ait osé, si l’on invoque pour cause la crainte des Juifs, puisque celui-ci était aussi retenu par la même crainte ? D’où il est dit : disciple caché par crainte des Juifs.

Or, comme le Grec [commentateur] sur Luc le dit, Joseph fut d’abord disciple caché du Christ ; mais finalement, rompant le lien de la crainte, il devint plus fervent, descendit du bois le corps du Seigneur, honteusement suspendu, et acquit la perle précieuse, par une mesure de paroles sages.

Et selon Marc :
Il entra avec audace chez Pilate et demanda le corps de Jésus.

À ce sujet, Théophile dit :
« Il osa une audace louable ; car il ne se dit pas : je tomberai de ma richesse et je serai chassé par les Juifs si je demande le corps de celui qui a été condamné comme blasphémateur. »

De là aussi Jérôme, dans une homélie :
« Considère la force de cet homme : il s’est exposé au danger de mort, assumant toutes les inimitiés à cause de sa bienveillance envers le Christ. »

SINDON

…et non seulement il osa demander le corps du Christ, mais encore l’ensevelir ; d’où il est ajouté :
Et il prit le corps de Jésus et l’enveloppa dans une SINDON pure.

Augustin, quant à lui, dans L’Harmonie des Évangélistes, dit :
« Dans ce dernier service rendu aux funérailles, il se soucia moins des Juifs, bien qu’il eût coutume, lorsqu’il écoutait le Seigneur, d’éviter leurs inimitiés. »

De là Bède, dans une homélie, dit :
« Toute fureur des Juifs s’étant apaisée, parce qu’ils se réjouissaient d’avoir prévalu contre le Christ, Joseph demanda le corps du Christ, puisqu’il ne semblait pas être venu par esprit de controverse, mais par piété, afin que l’office funèbre ne fût pas empêché — chose que les hommes ont coutume d’accorder non seulement aux bons, mais aussi aux méchants. »

Tu autem, Domine.

Répons :
Voyant Joseph, ses frères le dépouillèrent de sa tunique longue et souillée, qu’ils trempèrent dans le sang d’un chevreau ;
ils l’envoyèrent à leur père, disant : Nous avons trouvé ceci. Alléluia.

Répons :
La tunique était sans couture, tissée d’une seule pièce de haut en bas.

Huitième lecture.

À Joseph fut joint aussi Nicodème, selon Bède ; d’où il est dit :
Vint aussi Nicodème, celui qui auparavant était venu de nuit vers Jésus, portant un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres.

Augustin dit ici qu’il ne faut pas distinguer ainsi : portant d’abord le mélange de myrrhe ; mais que ce qui est dit d’abord se rapporte au sens précédent : Nicodème vint d’abord vers Jésus la nuit — ce que Jean a rapporté dans les parties antérieures de son Évangile.

Il faut donc comprendre que Nicodème ne vint pas seulement alors, mais qu’il vint d’abord alors, et qu’il vint ensuite pour devenir disciple par l’écoute.

Les aromates, quant à eux, étaient ceux qui sont particulièrement adaptés au corps, car ils ont coutume de le conserver longtemps et de ne pas permettre qu’il soit rapidement soumis à la corruption.

En effet, on ne disposait pas encore du corps d’un homme ordinaire, mais ils ne montraient cependant aucune démesure de luxe.

Tu autem, Domine.

Répons :
David, ceint d’un éphod de lin, offrit des holocaustes devant le Seigneur et des sacrifices de paix ;
Mikal, fille de Saül, voyant son humilité, le méprisa. Alléluia.

Verset :
Ceux qui passaient blasphémaient contre lui, en hochant la tête.

Neuvième lecture.

Il est ensuite dit par l’Évangéliste :
Ils prirent donc le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges, selon la coutume des Juifs pour ensevelir.

À ce sujet, Augustin dit :
l’Évangéliste a averti que, dans ces offices rendus aux morts, il faut observer la coutume propre à chaque peuple ; or la coutume de ce peuple était d’assaisonner les corps des morts avec divers aromates, afin qu’ils soient conservés plus longtemps sans corruption.

Et de là, le même, dans L’Harmonie des Évangélistes, dit encore :
« Jean n’est pas ici en contradiction avec les autres, car ceux qui ont passé sous silence Nicodème n’ont pas affirmé que le Seigneur aurait été enseveli par Joseph seul, bien qu’ils n’en aient fait mention que de lui.

Et parce qu’ils ont dit qu’il avait été enveloppé par Joseph dans une seule SINDON, ils n’ont pas pour autant empêché de comprendre que d’autres linges aient pu être apportés par Nicodème et ajoutés, de sorte que Jean rapporte la vérité : qu’il fut enveloppé non pas d’un seul linge, mais de linges, bien que, outre le suaire qui était appliqué à la tête, il y eût aussi des bandelettes par lesquelles tout le corps était lié ;

et puisque toutes ces choses étaient de lin, et qu’elles étaient réellement des SINDONS, il a pu être dit très véridiquement : ils l’enveloppèrent de linges — car on appelle généralement linges tout ce qui est tissé de lin. »

SINDON

Tu autem, Domine.

Répons :
Aaron, étant entré dans le tabernacle afin d’offrir des holocaustes sur l’autel du Seigneur pour les péchés des fils d’Israël, était revêtu d’une tunique de lin. Alléluia.

Verset :
Le Christ est prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech.

Verset :
Tunique de lin.

Verset :
Gloire au Père. Alléluia.

Te Deum laudamus.

Verset :
Nous adorons, Seigneur, ta sainte SINDON. Alléluia.

Répons :
Nous rappelons ta glorieuse Passion. Alléluia.

Aux Laudes.

Antienne :
Voici les joyeuses solennités honorables de la SINDON ;
que l’Église applaudit au son du psaltérion. Alléluia.

Psaume : Dominus regnavit.

Antienne :
Dans le manteau d’Élie et le dépouillement de Samson,
la SINDON est manifestée. Alléluia.

Psaume : Jubilate.

Antienne :
La robe de fin lin est déchirée ; le Christ est couvert de lin ;
il est placé dans le sépulcre. Alléluia.

Psaume : Deus, Deus meus.

Antienne :
L’or est caché dans la pierre ;
l’astre repose voilé ;
le grain est couvert de paille. Alléluia.

Psaume : Benedicite.

Antienne :
Les Juifs crucifient nu celui que Joseph et Nicodème ensevelissent. Alléluia.

Psaume : Laudate Dominum de caelis.

Capitule :
Joseph prit [le corps].

Hymne :
Que le chœur fasse retentir aujourd’hui l’hymne d’une joie nouvelle,
dans un doux chant, pour le linceul du Seigneur.

La pierre se cache dans la pierre ; le ver fut et non l’homme ;
le lion gît abattu ; le Christ est déposé dans la terre.

La conque est pleine d’aromates ;
le vase de nard est brisé ;
l’astre est caché et voilé ;
la perle est écrasée ;
le grain pur est séparé de la paille ;
le corps repose sous l’épreuve ;
la toison sèche est dans l’aire ;
Dieu tombe pour l’homme.

Au temps pascal :
Nous te prions…

Au temps de l’Ascension :
Sois notre appui…

Verset :
Pierre entra dans le tombeau et vit les linges déposés. Alléluia, Alléluia.

Répons :
Et le suaire qui avait été sur sa tête. Alléluia, Alléluia.

Au Benedictus, antienne :
Élisée, dans le sépulcre, ressuscita un mort ;
le Christ, par sa mort, délivra l’homme de la mort du péché. Alléluia.

Psaume : Benedictus Deus Deus Israël.

Oraison :
Comme aux vêpres.

SINDON

À Prime.

Antienne :
Joseph enveloppa le corps de Jésus dans une SINDON pure. Alléluia.

Psaume : Jam lucis orto sidere.

Verset :
Dans cette sainte SINDON, nous t’adorons, Seigneur. Alléluia.

Répons :
Nous rappelons ta glorieuse Passion. Alléluia.

Oraison :
Comme aux Vêpres.

À Tierce.

Antienne :
Ils prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges. Alléluia.

Psaume : Nunc sancte nobis Spiritus.

Verset :
Joseph et Nicodème prirent le corps de Jésus. Alléluia.

Répons :
Et ils l’enveloppèrent de linceuls avec des aromates. Alléluia.

Oraison :
Comme aux Vêpres.

À Sexte.

Antienne :
Le Christ fut suspendu au bois à la sixième heure ;
Joseph l’ensevelit à la neuvième. Alléluia.

Psaume : Rector potens, verax Deus.

Verset :
Ils descendirent le corps du Christ de la Croix. Alléluia.

Répons :
Et l’enveloppèrent dans une SINDON pure. Alléluia.

Oraison :
Comme aux Vêpres.

À None.

Antienne :
Ils roulèrent une grande pierre à l’entrée du tombeau. Alléluia.

Psaume : Rerum Deus tenax vigor.

Verset :
Ils scellèrent le tombeau avec des gardes. Alléluia.

Répons :
Afin que les disciples ne vinssent pas le voler. Alléluia.

Oraison :
Comme aux Vêpres.

Messe de la Sainte SINDON.

Introït :
Ils prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges avec des aromates, selon la coutume des Juifs pour ensevelir.
Psaume.
Seigneur, tu as éprouvé mon cœur.
Gloire au Père.

Collecte :
Dieu tout-puissant et éternel, qui as voulu que la SINDON de ton Fils unique, portant l’image même de sa Passion, demeure sur la terre ; accorde-nous, nous t’en prions, que, par la contemplation de sa Passion, nous obtenions le fruit de la résurrection. Par le même Seigneur.

SINDON

Épître.

Lecture de l’Épître du bienheureux apôtre Paul aux Philippiens.

Le Christ Jésus, étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme une proie à saisir d’être égal à Dieu ; mais il s’est anéanti lui-même, prenant la forme de serviteur, devenant semblable aux hommes et reconnu comme homme par son aspect. Il s’est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom…

Graduel.

Le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.

Au temps pascal, Alléluia :
Ils prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges avec des aromates.

Évangile.

Suite du saint Évangile selon saint Jean.

En ce temps-là, Joseph d’Arimathie, disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate qu’il pût enlever le corps de Jésus ; et Pilate le permit. Il vint donc et enleva le corps de Jésus. Vint aussi Nicodème, celui qui auparavant était venu de nuit vers Jésus, portant un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges avec des aromates, selon la coutume des Juifs pour ensevelir. Or il y avait, au lieu où il avait été crucifié, un jardin, et dans le jardin un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été placé. C’est donc là qu’ils déposèrent Jésus, à cause de la Préparation des Juifs, parce que le tombeau était proche.

Credo.

Offertoire.

Joseph enveloppa le corps de Jésus dans une SINDON pure et le plaça dans son tombeau neuf.

Secrète.

Nous t’offrons, Seigneur, ces dons en mémoire de la Passion de ton Fils unique ; accorde-nous, nous t’en prions, que, de même que sa SINDON est devenue pour nous un signe de salut, ainsi ce sacrifice nous obtienne la rémission des péchés.

Communion.

Joseph prit le corps de Jésus et l’enveloppa dans une SINDON pure.

Postcommunion.

Rassasiés des dons célestes, nous te prions humblement, Seigneur, que, par la vénération de la SINDON de ton Fils, nous soyons conduits à la gloire de la résurrection. Par le même Seigneur.

Ainsi ordonné et décrété, nous voulons que les présentes lettres aient pleine et stable vigueur, et qu’elles produisent leurs effets en tout temps ;

et que l’ordonnance de l’office de la Sainte SINDON, tant diurne que nocturne, avec sa messe, lectures, capitules, hymnes, versets, répons, oraisons et tout ce qui y est contenu,

ainsi que le statut et l’ordonnance du doyen et du chapitre susdits,

soient observés inviolablement par tous ceux auxquels ils s’adressent,

sans que nul puisse s’y opposer par quelque privilège, indult, concession, coutume, statut ou usage contraire,

même s’ils étaient dignes d’une mention spéciale,

auxquels nous dérogons expressément par les présentes.

Et si quelqu’un, sciemment ou par ignorance, tentait d’agir autrement,

qu’il sache qu’il encourra l’indignation du Dieu tout-puissant

et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre,

l’année de l’Incarnation du Seigneur mil cinq cent six,

le neuvième jour de mai,

de notre pontificat la troisième année.

Jules II

— Notes —
  1. La fête de la Sainte Sindone est fixée au 4 mai, par dépendance directe de la fête de l’Invention de la Sainte Croix., le 3 mai [↩]

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