Cenni sulla Santissima Sindone sulle principali sue pubbliche ostensioni e su quella che ha luogo addì 4 maggio di quest’anno 1842

Cenni sulla Santissima Sindone,

sulle principali sue pubbliche ostensioni

e su quella che ha luogo addì 4 maggio di quest’anno 1842

Notes sur la Très Sainte Suaires,

sur ses principales ostensions publiques

et sur celle qui s’est tenue le 4 mai de l’année 1842

Établissement typographique Fontana

1842

Cenni sulla Santissima Sindone sulle principali sue pubbliche ostensioni e su quella che ha luogo addì 4 maggio di quest’anno 1842. (1842). Torino : Stabilimento Tipografico Fontana.

Cette brochure propose un résumé et un ensemble d’hypothèses historiques reprises de Comentarii critico-archeologici sopra la ss. Sindone
di N. S. Gesù Cristo venerata in Torino
(1833 ) de Lazzaro Giuseppe Piano, originaire d’Asti, religieux de l’Ordre des Minimes, théologien, professeur extraordinaire de philosophie, et préfet des étudiants de l’Université Royale de Turin pour le quartier de Po.

Galerie des Images ( Cenni 1842 ) :

APERÇU
SUR LA TRÈS SAINTE SINDONE
SUR SES PRINCIPALES OSTENSIONS PUBLIQUES
ET SUR CELLE QUI A LIEU LE 4 MAI DE CETTE ANNÉE 1842

Turin
Imprimerie typographique Fontana
Avec permission

(Joseph d’Arimathie…)

Joseph d’Arimathie et Nicodème, en déposant Jésus-Christ de la croix, l’enveloppèrent dans un linge…

(texte partiellement altéré par la numérisation, mais repris intégralement à la page suivante)


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(Annotations de bibliothèque)

Bibliothèque civique de Crémone
Cote : Jacini 1064/2


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Joseph d’Arimathie et Nicodème, en déposant Jésus-Christ de la croix, l’enveloppèrent dans un linge étroit et long, appelé en ce temps-là Sindone ; et ce très précieux lin resta teint du sang du Divin Rédempteur, dont il enveloppa le corps pendant trois jours.

Soit au moment où naissait la religion enseignée par le Divin Maître, prêchée par les Apôtres et persécutée durant les premiers siècles par les Césars ; soit après qu’en Occident, protégée par eux, la Chrétienté eut encore à souffrir en Orient des incursions continuelles des Perses puis des Sarrasins, on ne sut jamais si la Très Sainte Sindone avait été retrouvée ni où elle était conservée. Elle ne commença à apparaître qu’au temps des premières Croisades.

Vers cette très précieuse relique se tournait déjà alors la dévotion des fidèles ; mais les vicissitudes des guerres contraignirent pendant plusieurs siècles les possesseurs de ce trésor à le transporter souvent en divers lieux d’Orient, puis d’Occident…


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…et jamais, pour cette raison, la Sainte Relique ne reçut avec parfaite sécurité, et sans interruption pendant un long cours d’années, les adorations et le culte solennel qui lui étaient dus ; elle ne posséda pas non plus de temples spécialement construits pour la conserver, si ce n’est après qu’elle entra en possession de la très religieuse et royale Maison de Savoie.

De nombreux ouvrages ont été imprimés en divers temps sur la Très Sainte Sindone ; beaucoup de nos plus illustres écrivains, anciens et modernes, ainsi que divers étrangers, en ont parlé avec grande vénération. Récemment encore, le Révérend Père Lazzaro Piano a composé une œuvre savante et très étendue, dans laquelle, réunissant les propos de presque tous ces auteurs, comparant leurs opinions entre elles et avec le texte évangélique, biblique et historique, il accepta les opinions justes et raisonnables, rejeta et réfuta les improbables et les fausses ; il s’étendit longuement sur les preuves de l’authenticité de la Relique et établit un système raisonné et complet sur tout ce qui la concerne.

Exposer brièvement, en nous servant principalement de cette œuvre, les diverses vicissitudes de la Très Sainte Sindone, indiquer les principales ostensions publiques qui en furent faites à différentes époques, décrire en peu de mots le cérémonial pratiqué en ces occasions, en mentionnant aussi celle qui a lieu le 4 mai de cette année 1842, et donner enfin une idée succincte des temples élevés en l’honneur de cette précieuse Relique — tel est l’objet de cet opuscule, expressément composé et mis à la portée de tous, afin d’instruire les fidèles sur la Relique qu’ils adorent et de leur faire mieux connaître la sainteté, l’importance et le prix inestimable d’un monument qui nous rappelle le grand bienfait de la Rédemption.

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Les linges dans lesquels on enveloppait les corps sans vie, à l’époque où vint au monde le Divin Rédempteur, s’appelaient sindoni ; et tout autre linge destiné à nettoyer les cadavres de leurs impuretés ou à en essuyer la sueur portait le nom de sudario.

Notre Très Sainte Relique est un véritable linge, et le nom de Sindone est celui qui lui convient proprement ; mais comme sur celui-ci le sang et la sueur du Très Saint Corps de Jésus ont laissé certaines traces qui en reproduisent la forme, il fut pour cela aussi appelé Sudario.


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La toile de ce linge est formée de lin très fin, ingénieusement travaillé, mais non de coton ni de laine, ni encore, comme certains l’ont cru, d’amiante, sous prétexte qu’elle ne fut pas consumée au milieu d’un grand incendie.

Elle a la forme d’un parallélogramme long de huit pieds liprandi, deux onces, six lignes, et large de deux pieds, neuf onces ; mesure qui, en négligeant les fractions, correspond à environ quatre mètres dix centimètres de longueur et un mètre quarante centimètres de largeur.

Elle est constituée d’une seule pièce de toile, et on la voit bordée d’un ruban de couleur bleu clair, opération effectuée sous le règne de Vittorio Amedeo I, afin de la préserver de l’effilochage.

Sur cette toile, selon l’endroit d’où on l’observe, on distingue plus ou moins des teintes légères d’un brun rougeâtre, représentant les parties antérieure et postérieure du Corps de Jésus, laissées par la sueur et par les blessures : celles des épines sur la tête, celles de la lance au côté, celles des clous aux mains et aux pieds.

Les premières ne se trouvent cependant pas dans la paume de la main, comme on les voit généralement représentées à tort dans les images du Christ crucifié, mais près du carpe, c’est-à-dire à l’articulation du poignet…


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…et celles des pieds près du tarse, c’est-à-dire sur ce que l’on appelle communément le cou-de-pied ; et en général, elles proviennent de l’état horrible et cruel dans lequel Jésus fut mis durant la flagellation et la Passion.

Ne se trouvant pas de documents antérieurs au XIIIe siècle concernant la Très Sainte Sindone, depuis le premier siècle de notre ère jusqu’à cette époque, toute son histoire repose sur de simples conjectures.

De très nombreuses sont donc les opinions des historiens quant aux lieux où la Sindone fut conservée et transportée durant le long cours des douze premiers siècles ; mais celles qui paraissent les plus probables, et qui s’accordent le mieux avec l’histoire générale de l’Église et des peuples, ainsi qu’avec la tradition, seront ici brièvement exposées.

Après la résurrection de Jésus-Christ, on croit que Nicodème, prince des Juifs…


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…aurait recueilli le Saint Linceul ainsi que d’autres précieuses reliques de la Passion de Jésus, dont il suivait secrètement la doctrine.

Découvert et recherché à mort par ses ennemis, il fut caché par un certain Gamaliel dans une villa située à quelques milles de Jérusalem, où il avait transporté ces reliques.

Dans cette villa, ayant été découvert après quelques années, il fut tué ; la Sindone fut probablement recueillie et cachée par les chrétiens.

Soit qu’ils l’aient emportée avec eux lorsqu’ils se retirèrent à Pella, ville du royaume du roi Agrippa, et qu’ils l’aient ensuite ramenée à Jérusalem lorsqu’ils y retournèrent vers l’an 100 ; soit qu’elle soit toujours restée dans cette ville et y ait été cachée pour la sauver des destructions et des persécutions ; soit enfin qu’elle ait été transmise de main en main, comme en dépôt, à des particuliers qui la conservaient secrètement avec soin…


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…voyant que le moment n’était pas encore venu, en raison des persécutions et des troubles politiques continuels, de pouvoir rendre publiquement hommage à une si précieuse mémoire de la rédemption humaine — rien ne fut su de l’existence de la Sindone.

Et non seulement durant les premiers siècles les chrétiens prirent grand soin de la cacher, mais ils durent redoubler de vigilance au VIIe siècle lorsque les Califes envahirent et dévastèrent la Syrie, et encore au VIIIe siècle lors de la persécution contre les images, déclenchée par les empereurs grecs en 757 et poursuivie jusqu’en 824.

Godefroy de Bouillon, entrant en 1099 victorieux à Jérusalem avec les croisés, fut accueilli par les chrétiens de cette ville portant des reliques et chantant des hymnes et des psaumes ; c’est alors que l’on croit que la Sindone, sortie de sa cachette, fut montrée pour la première fois à la vénération publique.

Bien qu’un de nos écrivains renommés (Pingon) affirme qu’elle serait restée à Jérusalem jusqu’à la prise de la ville par Saladin en 1187… les chrétiens, contraints d’abandonner les lieux saints aux mains des infidèles, l’aient remise à la maison des Lusignan, laquelle régna ensuite à Chypre ; il est plus fondé de croire que notre relique ne resta à Jérusalem que sous le règne des premiers successeurs de Godefroy, c’est-à-dire sous Baudouin I, Baudouin II, Foulques et Baudouin III, car, au temps de la seconde croisade, Amédée III, comte de Savoie, reçut la Très Sainte Sindone en don du grand maître des Hospitaliers ; et, tandis qu’il faisait retour en Europe, s’étant arrêté à Chypre, il y mourut en l’an 1148, et y laissa la Sindone en possession des Grecs, puis des Lusignan, auxquels fut ensuite confié le sceptre de ce royaume.

À Chypre, la Sindone demeura presque un siècle. Se trompèrent divers auteurs qui affirmèrent que les empereurs grecs en avaient été possesseurs et qu’ils avaient l’habitude de la porter comme étendard à la tête de leurs armées, surtout lorsqu’ils allaient engager le combat contre l’ennemi.

Se trompèrent également ceux qui prétendirent que la Sindone serait parvenue à la Maison de Savoie par Charlotte, reine de Chypre, dernière de la lignée des Lusignan, laquelle aurait, selon eux, épousé un fils du duc Louis, portant lui aussi le nom de Louis, car un siècle avant que la reine Charlotte ne vécût, la Sindone avait déjà été transportée en France par le chevalier Geoffroy de Charny.

Et ce sont également des fables les récits de ceux qui racontèrent que la Sindone aurait été apportée en Europe par une noble dame égyptienne et laissée à nos princes comme rançon de son mari prisonnier de guerre.

Le chevalier Geoffroy de Charny, vaillant et noble guerrier français, originaire de Bourgogne, combattant en Orient contre les infidèles, vers l’an 1351, acquit la Très Sainte Sindone et la porta en…


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…France.

On raconte que Geoffroy, après son retour en Europe, lors du siège de Calais en 1348 contre les Anglais, fut fait prisonnier. Comme il leur avait causé beaucoup de tort pendant le siège, ils refusèrent sa rançon.

Se voyant sans espoir d’être libéré, il eut recours à la Sainte Vierge, faisant vœu que, s’il était délivré, il construirait en son honneur une église à Lirey, petit village près de Troyes.

Ayant fait ce vœu, deux anges sous forme humaine lui apparurent, brisèrent ses chaînes, le réarmèrent et le firent monter sur un cheval rapide, lui indiquant le chemin pour s’échapper.


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Geoffroy accomplit aussitôt son vœu, en édifiant non seulement une église à Lirey, mais en l’érigeant en collégiale.

Que ce récit soit vrai ou non, ce qui importe est que, en 1353, il fonda la collégiale de Lirey et y déposa la Très Sainte Sindone, qu’il conservait depuis quelque temps dans son palais.

De son mariage avec Jeanne de Vergy, Geoffroy eut pour successeur Geoffroy II, dont l’unique héritière fut Marguerite de Charny, dame de Montfort, de Savoisy et de Lirey.

C’est cette noble dame qui fit don de la Relique à la Maison de Savoie.

Il convient maintenant de rapporter quelques événements particuliers survenus durant la période où la Sindone resta en France.

L’évêque de Troyes voyait d’un mauvais œil qu’une collégiale aussi célèbre existât dans un si petit village que Lirey, attirant une grande foule de fidèles.


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La Champagne étant alors ravagée par les guerres, Geoffroy II, en 1355, décida de retirer la Sindone et de la conserver chez lui.

Après la mort de l’évêque et la fin des troubles, elle fut restituée à Lirey et exposée publiquement.

Mais de nouveaux conflits surgirent avec le nouvel évêque, et les guerres reprirent.

Vers 1418, les chanoines confièrent la Sindone au comte Humbert de La Roche, époux de Marguerite de Charny, afin de la mettre en sécurité.

Humbert l’emporta en Bourgogne, dans son château de Saint-Hippolyte, où il la montrait au public avec grande solennité.

À sa mort en 1438, Marguerite restitua les autres objets à Lirey, mais conserva la Sindone comme bien familial.

Vers 1451, en raison de la guerre en Bourgogne, elle se réfugia en Savoie auprès du duc Louis.

On raconte alors un miracle : deux voleurs dérobèrent la Sindone pour la vendre…


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…l’un voulut la découper, mais ses mains furent paralysées ; l’autre tenta de laver les taches de sang, mais une lumière éclatante en jaillit et le rendit aveugle.

Convertis, ils rendirent la Relique à Marguerite et furent guéris.

Le duc de Savoie, ayant entendu parler de ce miracle, désira posséder la Sindone.

Marguerite refusa d’abord, mais un nouvel événement fut interprété comme un signe divin :

Alors qu’elle quittait la région, un mulet transportant la Sindone s’immobilisa à la porte de Chambéry, refusant d’avancer malgré les coups.

Elle y vit la volonté de Dieu et offrit la Sindone au duc Louis en 1453.

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Le duc Louis, ayant reçu la Sindone, la fit déposer dans l’église des Pères Franciscains (aujourd’hui la cathédrale). En l’honneur du Saint Linceul, il fit frapper des médailles en or, argent et cuivre, et mit en circulation une monnaie appelée ducaton, sur laquelle était imprimée l’image du Suaire.

Ses successeurs firent de même : Charles Ier, Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel Ier.

Le Bienheureux Amédée IX, ayant appris que Louis possédait la Sindone, quitta Verceil où il se trouvait et, tel un pèlerin, traversa à pied les difficiles routes du Mont-Cenis pour venir la vénérer à Chambéry.

Devenu ensuite souverain, il projeta d’agrandir la chapelle du château royal afin d’y conserver la Relique, estimant qu’elle n’était ni suffisamment honorée ni suffisamment en sécurité dans l’église des Franciscains.

Il souhaitait également que cette chapelle soit appelée Sainte Chapelle et qu’elle soit desservie par douze chanoines, six prêtres, quatre clercs et six enfants de chœur.


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La chapelle du château avait été construite vers 134 par Aimone, puis reconstruite en 1418 par Amédée VIII sous l’invocation de saint Étienne.

Amédée IX n’eut pas le temps de réaliser son projet, qui fut achevé plus tard par Philibert II, lequel fit perfectionner la Sainte Chapelle et y fit transférer la Relique le 11 juin 1502.

À cette translation assistèrent le duc lui-même et son épouse Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien, qui offrit à cette occasion un magnifique reliquaire en argent doré pour contenir la Sindone.

…il transféra la Sainte Relique. À cette translation furent présents le Duc lui-même avec son épouse, Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien, laquelle, à cette occasion, offrit une magnifique châsse d’argent doré dans laquelle fut placée la Sindone ; y assistèrent aussi Charles, frère du Duc et ensuite son successeur, l’évêque de Grenoble et d’autres personnages distingués, avec un nombreux clergé et peuple.

La Sindone fut, pour plus grande sécurité, déposée dans la tour attenante à la Sainte Chapelle, dans un coffre à quatre clés, dont deux furent gardées par le Souverain, la troisième remise au Chapitre, et la quatrième confiée au Président de la Chambre Royale des Comptes.

La duchesse Claudine de Bretagne, veuve du duc Philippe Ier, mère de Charles II, princesse très religieuse, désirant avoir près d’elle la Très Sainte Sindone, se la fit porter au château de Billiat en Bugey, où elle s’était retirée ; mais, à la demande du même Charles II, et pour satisfaire les vœux du peuple de Chambéry qui désirait retrouver la Relique, elle la restitua à la Sainte Chapelle en l’an 1506.

Grande était la vénération des peuples envers la Très Sainte Sindone, immense le nombre de ses adorateurs ; un nouveau prodige vint encore accroître la dévotion des peuples.

Contre le mur circulaire du chœur de la Sainte Chapelle, à droite…


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…et à gauche de l’unique grand autel de marbre, se trouvaient les sièges en bois des chanoines et divers bancs pour les chantres ; ceux-ci étaient, d’un côté, proches de la porte de la sacristie, où, dans la précieuse châsse fermée à quatre clés et enfermée dans une riche armoire, on conservait la Sindone.

Vers minuit du 4 décembre 1532, un grand incendie se déclara dans la Sainte Chapelle, lequel la détruisit en grande partie, sans que les gardiens de l’église ni le peuple ne s’en aperçussent ; le feu s’attacha aussi aux sièges et aux bancs des chantres, puis se communiqua à la sacristie, qui était déjà entièrement en flammes lorsque le peuple s’en avisa.

Deux religieux franciscains, avec un certain Lambert, conseiller du Duc, et quelques maîtres forgerons, ayant brisé les grilles qui séparaient le presbytère du reste de la Sainte Chapelle, animés d’un grand désir de sauver, s’il était possible, la Sainte Relique, se précipitèrent dans les flammes, coururent à la sacristie, trouvèrent l’armoire presque entièrement brûlée, en retirèrent précipitamment la précieuse châsse déjà en partie fondue, et la portèrent au-dehors, tous affligés, craignant que le Très Saint Linceul eût été entièrement consumé par un feu qui avait même mis en fusion le métal dur de la châsse qui le contenait ;

mais lorsqu’elle fut ouverte en présence des assistants, ils virent avec joie le Linceul sauvé et intact, seulement légèrement atteint et enfumé en douze points correspondant au ruban qui le tenait plié, et leur étonnement augmenta encore lorsque ceux qui s’étaient jetés dans le feu pour sauver la Relique trouvèrent leurs vêtements eux-mêmes entièrement intacts.


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La nouvelle du sauvetage miraculeux se répandit.

Certains adversaires affirmèrent que la Sindone avait été remplacée par une œuvre humaine.

Pour réfuter ces accusations, le pape envoya le cardinal de Gorrevod en 1533 pour examiner la Relique.

En 1534, celui-ci, accompagné de trois évêques, procéda à une inspection officielle : tous jurèrent qu’il s’agissait bien de la même Sindone.

Elle fut ensuite confiée aux religieuses de Sainte-Claire pour réparation, puis restituée à la chapelle.

Le pape reconnut officiellement son authenticité.


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Pendant son séjour à Chambéry, de nombreuses personnalités vinrent vénérer la Sindone, notamment le roi François Ier de France.

Il avait fait vœu de la visiter s’il remportait la bataille de Marignan, ce qu’il fit en venant à Chambéry en pèlerin.

Le duc Charles II de Savoie, très dévot, traversa lui aussi les Alpes à pied pour demander la fin de la peste.

Pour protéger la Relique pendant les guerres, elle fut transportée successivement à Verceil, puis à Nice, puis de nouveau à Verceil.

Après la paix de 1559, Emmanuel-Philibert ordonna son retour définitif à Chambéry en 1561, où elle resta jusqu’en 1578.

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En l’an 1578, le duc Emmanuel-Philibert, voyant que la Sindone n’était pas en sécurité à Chambéry en raison de la proximité des régions gagnées par les hérétiques, et désirant en outre rencontrer à Turin saint Charles Borromée, profita de l’occasion du pèlerinage que ce saint archevêque de Milan projetait d’accomplir à pied pour venir vénérer la Sindone.

Dès qu’il apprit la décision du saint, il envoya à Milan son secrétaire Francesco Lino pour le prier de différer son voyage ; et en même temps il ordonna à Chambéry de faire transporter la Sindone à Turin.

Le chanoine Neyton, accompagné du premier président du Sénat, Ludovico Millet, effectua ce transport sous un déguisement, et le duc reçut la Relique à genoux dans son château de Lucento.


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Saint Charles Borromée, ayant réuni ses compagnons, quitta Milan à pied le 6 octobre 1578.

Il passa par Trecate, puis Verceil, puis Cigliano, et arriva à Turin le quatrième jour, épuisé par la fatigue.

L’archevêque de Turin, accompagné du clergé, alla à sa rencontre au-delà de la Dora.

Le duc et son fils l’accueillirent solennellement.

Tous se rendirent à la cathédrale puis à la chapelle ducale (Saint-Laurent), où se trouvait la Sindone.


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Après l’adoration privée, la Sindone fut exposée publiquement depuis un balcon du château, afin que le peuple rassemblé puisse la voir.

Elle fut ensuite placée dans la cathédrale sur un catafalque, devant lequel on célébra quarante heures d’adoration.

Le peuple de Turin manifesta une grande joie de posséder la Relique.

Les rues furent décorées, et une procession solennelle accompagna son transfert.


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Avant de mourir, Emmanuel-Philibert interdit des funérailles coûteuses et ordonna que l’argent soit utilisé pour construire une église dédiée au Saint Suaire.

Charles-Emmanuel Ier, très dévot, souhaita bâtir un grand sanctuaire et créer une collégiale richement dotée.

Un marbre de grande qualité fut découvert près de Mondovi pour ce projet, mais les guerres empêchèrent sa réalisation.

Charles-Emmanuel II entreprit finalement la construction du temple, achevée par Victor-Amédée II.


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Le 1er juin 1694, la Sindone fut solennellement déposée dans ce nouveau sanctuaire.

On raconte qu’à cette occasion, le bienheureux Sébastien Valfré, ému aux larmes, répara lui-même la toile avec une aiguille.

Les fils coupés furent conservés dans un reliquaire en or que le souverain portait sur lui.

La chapelle du Saint Suaire, conçue par l’architecte Guarini, est une construction remarquable :

Elle est circulaire, composée de trois niveaux, ornée de marbre noir, avec de nombreuses colonnes et une coupole complexe formée d’hexagones superposés, percée de nombreuses fenêtres et surmontée d’une étoile intérieure.

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Au centre de la chapelle, sur une large base, se trouve un autel conçu par l’ingénieur Bertola, originaire de Biella. Il possède deux façades, l’une tournée vers la cathédrale, l’autre vers le palais royal, permettant d’y célébrer deux messes simultanément.

Au centre de cet autel s’élève un tombeau de marbre, fermé par cinq grilles dorées. Ce tombeau contient une urne dans laquelle est déposée la très précieuse châsse renfermant la Très Sainte Sindone.

Au-dessus du tombeau, on voit un groupe d’anges soutenant une croix de cristal entourée de rayons dorés.

Les ornements, en marbre et en bronze doré, y sont d’une grande richesse.

Au-dessus des portes donnant accès à l’escalier et à l’appartement royal se trouvent trois tribunes.

Sur la balustrade de la base de l’autel sont disposés dix anges destinés à porter des cierges.

Le sol, en marbre blanc et bleu clair, est orné d’étoiles en bronze doré.


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Cela fait désormais 264 ans que la Sindone a été transportée à Turin, et 148 ans qu’elle est conservée dans ce temple magnifique.

Les événements qui l’ont affectée durant cette longue période ont été peu nombreux, et la vénération dont elle a toujours fait l’objet parmi les habitants de Turin et du Piémont est immense.

Elle n’a été transportée ailleurs que brièvement, notamment en 1706, lorsque Turin fut menacée de siège par les Français : la famille royale l’emporta à Gênes pour la protéger.

Durant ce voyage, elle était toujours placée dans une chambre isolée, éclairée et décorée avec soin.

Après la levée du siège, elle fut ramenée à Turin.

En 1799, lors de l’invasion française, les envahisseurs se contentèrent de piller les richesses de la chapelle sans déplacer la Relique.


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Après la première croisade, la Sindone fut peut-être déjà exposée à Jérusalem, et plus tard à Chypre, mais on ne sait pas avec certitude dans quelles conditions.

À Lirey, les chanoines la montraient chaque année avec solennité.

Dans le château de Saint-Hippolyte, l’exposition avait lieu en plein air, dans un lieu appelé « Pré du Seigneur ».

À Chambéry, elle était exposée chaque année le Samedi Saint depuis un catafalque installé derrière la chapelle.


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En 1506, une fête officielle de la Sindone fut instituée le 4 mai, et les expositions publiques commencèrent à se faire ce jour-là.

À Turin, la première grande ostension fut faite par saint Charles Borromée.

Pendant un temps, l’exposition eut lieu chaque année.

On rapporte qu’en 1613, saint François de Sales, en présentant la Sindone au peuple, laissa tomber sur elle des gouttes de sueur de son front.

À cette époque, l’exposition se faisait depuis les balcons du château.

Plus tard, elle eut lieu depuis un pavillon spécialement construit, aujourd’hui disparu.

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Dans ces deux derniers siècles, soit parce que la trop grande fréquence et familiarité à montrer la Relique aurait pu diminuer la dévotion et sa renommée, soit parce que le maniement trop fréquent du Sacré Linceul aurait pu facilement l’endommager, soit enfin pour économie de dépenses, l’exposition ne se fit plus chaque année, mais seulement lors des occasions les plus solennelles ; et parmi celles-ci, les principales, soit par la magnificence et la pompe avec lesquelles elles eurent lieu, soit par les personnages de grande renommée qui y assistèrent, peuvent être appelées les suivantes :

On fit l’exposition en 1722, pour obtenir de Dieu l’éloignement de la peste ; elle fut faite en 1735, en 1750 ; mais, plus que toutes les autres, furent magnifiques les ostensions faites en 1737, à l’occasion des grandes fêtes célébrées à Turin pour les noces du roi Charles-Emmanuel II avec Élisabeth-Thérèse de Lorraine, et en 1775, sous le règne de Victor-Amédée III, pour le mariage de Leurs Altesses Royales le prince de Piémont Charles-Emmanuel IV avec Marie-Clotilde de France.

Victor-Emmanuel, revenu dans ses États en l’année 1814, ordonna l’exposition de la Sindone en action de grâce à Dieu pour la récupération de ses États ; et, l’année suivante 1815, ce fut le Souverain Pontife Pie VII lui-même qui l’exposa, celui-ci, en retournant à son siège, ayant dévié quelque peu son chemin pour venir à Turin rendre une visite honorable à notre souverain.

Enfin, dans notre siècle, l’empereur Napoléon voulut la voir en privé, et en 1822 le roi Charles-Félix.

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Si la fonction se faisait non après les vêpres, comme on le pratiquait quelquefois, mais le matin, S. M., accompagnée du cortège accoutumé, somptueusement vêtue du manteau et du grand collier de l’Ordre suprême de la Très Sainte Annonciation, se transportait dans le dôme, y tenait chapelle royale, ayant à sa droite et à sa gauche les Princes du sang et les Chevaliers dudit Ordre suprême, et recevait, durant la messe solennelle et pontificale, tous les honneurs qu’on a coutume de rendre en pareille occasion au Souverain.


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Sur le pavillon on célébrait en même temps une messe pour l’immense peuple déjà rassemblé sur les places Royale et du Château, et une autre encore se célébrait sur la loggia construite derrière le Château pour ceux qui se trouvaient sur la place du côté de la rue de Po.

La messe terminée dans le dôme, la Cour royale montait à la chapelle de la Très Sainte Sindone ; là le Roi, ayant déposé le manteau, revêtait l’habit rouge de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare ; les prêtres, gardiens de la Sainte Relique, montant sur l’autel, ouvraient chacun avec sa clé la grille extérieure du saint tombeau, et le Roi, par l’intermédiaire d’un Ministre d’État, remettait au célébrant les trois autres clés de la grille intérieure, qu’il gardait toujours.


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Cette seconde grille ouverte, on abaissait l’arche, et, l’ayant placée sur une table ornée d’un très riche tapis, on l’encensait, puis on la déposait dans un magnifique brancard doré, que portaient ensuite sur leurs épaules quatre Chanoines des premières dignités, décemment vêtus de la tunicelle. Les torches distribuées à tous les ordres, la solennelle procession partait de la Chapelle dans l’ordre suivant, en passant par le grand salon de la Garde suisse, par la salle des Gardes du Corps, par l’appartement de la Reine et par les galeries du Daniel et de Beaumont jusqu’au pavillon.

La procession était ouverte par un corps de trompettes ; venait ensuite le Clergé précédé d’une croix d’argent ; suivaient les Hérauts des deux Ordres de la Très Sainte Annonciation et des Saints Maurice et Lazare avec leurs solennels costumes ; derrière eux venait le corps de musique de la Chapelle royale, puis les Chanoines, les Évêques, le Grand Aumônier célébrant, ou bien l’Archevêque le plus ancien, tous flanqués des Chevaliers Grand-Croix de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare et de ceux de la Très Sainte Annonciation, avec leurs habits et colliers d’or :


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après eux, quatre Chanoines portaient la châsse de la Très Sainte Sindone continuellement encensée, et sous un riche baldaquin. Le Roi et les Princes du sang soutenaient ce baldaquin ; arrivés au salon de la Garde suisse, quatre desdits Chevaliers Grand-Croix remplaçaient le Roi pour porter le baldaquin ; puis, dans la chambre d’apparat de la Reine, ils étaient relayés par quatre autres, et ainsi successivement, selon le rang et le nombre, jusqu’au centre du pavillon. Derrière la Sainte Relique venaient le Souverain avec la Famille Royale, les Princes et les Princesses du sang, les Chevaliers de Cour, les Syndics et Décurions de la ville, le Sénat, la Chambre et le Corps de l’Université Royale avec leurs costumes et avec des torches allumées. Comme tous ces personnages ne pouvaient entrer dans le pavillon, on leur assignait une place aux fenêtres des galeries, afin que chacun pût voir et adorer la Sindone ; la partie droite du pavillon du côté de l’église de Saint-Laurent était réservée aux personnes les plus distinguées de l’État ; dans la gauche, par laquelle arrivait la procession, s’arrêtait le Clergé ;


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le milieu du pavillon, fermé tout autour par une barricade, était pour les célébrants, pour le Roi, la Reine, les Princes, les Ministres et les Ambassadeurs. La châsse y était déposée sur une large table ; le Roi ordonnait que l’on vérifiât les sceaux, et, les ayant trouvés intacts, le Ministre, ou Premier secrétaire d’État, en dressait acte. Les sceaux rompus, la châsse ouverte, le Suaire étant respectueusement déplié par les célébrants, on le tenait quelque temps exposé à la vue du public, couvert toutefois d’un très fin voile de soie, pendant qu’un prédicateur prononçait un bref discours pour exciter les assistants à la pieuse vénération de la Sainte Relique. Le discours fini, on ôtait le voile, et, le Très Saint Linceul découvert, au son des instruments de musique et à la décharge de cent coups d’artillerie de la citadelle, on le montrait d’abord tout autour du parapet, qui était octogonal, en le levant trois fois sur chaque face,


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puis, l’ayant replacé sur la table, on le tenait quelque temps devant le Roi et les Princes, et, leur adoration terminée, les célébrants allaient processionnellement avec le Clergé, par une galerie qui unissait le Palais royal au Palais de Madame, sur la loggia donnant sur la rue de Po, et ils montraient la Sindone au peuple qui s’y trouvait rassemblé ; quand on observait enfin qu’il y avait aussi beaucoup de monde dans la rue de Dora Grossa, qui, à cause de la grande foule, n’avait pu pénétrer dans la place, on la montrait aussi du balcon qui se trouve vis-à-vis de ladite rue.

Avec le même ordre on revenait ensuite au pavillon, et là, après avoir laissé quelque temps la Sindone étendue sur une table, afin que les Personnes Royales et les autres personnages distingués pussent l’observer, l’adorer et la baiser, on la renfermait dans la châsse, en y apposant les sceaux ordinaires ; de tout cela on dressait de nouveau acte, et avec le même accompagnement, et par la même voie, on reconduisait le Suaire à sa place dans la Chapelle Royale, sans sortir aucunement du Palais royal.


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Le cérémonial de l’ostension qui a lieu le 4 mai de cette année 1842, à l’occasion du très heureux événement des Noces de S. A. R. le Prince héréditaire VICTOR-EMMANUEL avec S. A. I. et R. MARIE-ADÉLAÏDE archiduchesse d’Autriche, maintenant que le pavillon n’existe plus, varie en ceci, que la procession, arrivée au salon de la Garde suisse, au lieu de s’avancer dans l’Appartement royal, descend par le grand escalier du palais, traverse les places Royale et du Château, entre dans le Palais Madama, où l’ostension se fait successivement des balcons des quatre côtés dudit Palais, afin que la Sindone soit aisément vue de tout le peuple qui se trouve rassemblé sur la place, et dans les rues de Po et de Dora Grossa.

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CIVICA CREMONA


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