Commentaires sur la Datation au Carbone 14

Commentaires

sur la Datation au Carbone 14 (*)

Jacques Evin

1989

Numérisation  » Montre Nous ton Visage »

(* ) Evin, J. (1989). Commentaire sur la datation. Montre Nous Ton Visage, Cahier n° 2, 21.

Publié en été 1989, avant le Symposium de Paris, organisé par le CIELT les 7 et 8 Septembre 1989.

transcription :

COMMENTAIRE
DE
JACQUES EVIN

Peu après l’annonce officielle du résultat de la datation radiocarbone du Suaire de Turin, faite par le Cardinal Ballestrero en octobre dernier, ou après la publication scientifique sur ce sujet dans NATURE en février, vous m’avez écrit pour me demander mon avis sur ce résultat ou sur certaines modalités de la procédure d’analyse. Je dois tout d’abord vous présenter mes excuses de ne pas vous avoir répondu immédiatement, de le faire maintenant si tardivement et de procéder ainsi de façon collective.

Dès que j’ai eu connaissance du résultat de façon officieuse, à la fin de l’été dernier, je me suis bien promis de ne rien écrire à son sujet avant d’avoir lu la publication scientifique donnant les détails de l’opération et tous les résultats d’analyse qui ont conduit à cette plage de date : 1260-1390 après J.-C. En effet, bien que très surpris de cette date médiévale, ayant comme vous connaissance des conclusions des autres méthodes d’investigation, j’ai été malgré cela tout de suite porté à faire confiance à mes collègues et à accepter de les croire lorsqu’ils affirment que le lin du Linceul ne peut avoir poussé qu’au XIIIᵉ ou XIVᵉ siècle.

C’est évidemment ma formation scientifique et surtout ma spécialisation dans la technique du radiocarbone qui me portent à cela, mais elles me conduisaient aussi à attendre le détail de leur justification pour faire connaître le jugement que je porte sur leur travail. Donc, non seulement j’ai attendu ce texte de NATURE dont M. Tite m’annonçait de mois en mois la parution imminente, mais j’ai préféré avant tout le traduire moi-même en français pour être bien sûr de ne laisser passer aucune nuance de ce texte très dense. Je vous prie donc de trouver ci-jointe une reproduction de cette traduction dont vous voudrez bien, j’espère, excuser les imperfections de style ou de frappe.

Mais, vous le comprendrez aussi, malgré tout l’intérêt que je porte au Linceul de Turin auquel j’ai déjà consacré beaucoup de temps bien passionnant, j’ai mes occupations professionnelles et extra-professionnelles qui me prennent aussi. J’ai donc dû attendre d’avoir un moment de vacances pour rédiger cette réponse que vous auriez dû recevoir depuis déjà six semaines.

Enfin, cette réponse est collective parce que vos questions se recoupent pour la plupart, car vous avez soulevé tous les points essentiels qui pourraient mettre éventuellement en doute la valeur du résultat. J’espère que ci-dessous je n’oublie rien de ce qui vous paraît fondamental.

Donc, je viens de le dire, ma position d’acceptation de ce résultat se trouve définitivement établie à la lecture de cet article.

En fait, dès le mois d’avril 88, sachant qui allait faire la mesure et dans quelles conditions était fait le prélèvement, je pensais que l’on pourrait faire confiance à ces scientifiques et tenir comme valables leurs résultats. Ayant suivi l’affaire depuis 1981, participé plus ou moins directement à la réalisation de ce projet, suivi ses péripéties, je puis certifier que, malgré des pressions de tous ordres, l’opération a été faite dans les meilleures conditions scientifiques, même si les déclarations intempestives des uns et des autres ou leur silence temporaire ont pu faire croire à une certaine confusion.

Je précise par exemple qu’un délai de six mois entre la réalisation d’analyses et leur publication détaillée dans une revue scientifique de haut niveau est tout à fait normal, voire plutôt court. Cette mesure, je dirais même qu’elle a été faite avec un surcroît de précautions, comme il n’en avait jamais été autant prises jusque-là pour aucun autre objet archéologique daté par le radiocarbone. Je vous renvoie, pour illustrer cela, à tous les détails qui sont donnés dans la publication, non seulement sur l’opération d’inter-comparaison de laboratoire qui a précédé l’analyse, mais surtout au très grand nombre d’analyses sur divers fragments préparés de diverses manières par divers laboratoires. Sachez bien qu’un tel surcroît de travail pour finalement un seul résultat, qu’un tel soin de devancer toutes objections n’avaient jamais été entrepris.

Ce ne fut certes pas totalement désintéressé, car la notoriété de l’échantillon rejaillit sur les laboratoires, mais ce fut une preuve de la conscience professionnelle de mes collègues et leur façon de montrer qu’ils respectaient ceux qui attachent à cet objet une grande importance. Je dirais donc que ce fut pour la Science une manière honnête de répondre à la confiance que lui avait faite l’Église en lui livrant ce précieux objet.

Vous comprendrez que dans ces conditions je ne puisse souscrire à ces soupçons de « manigance », « manipulation frauduleuse », entente pour convergence de résultats, mauvaises intentions des scientifiques, etc., dont certains se sont faits les inventeurs ou les propagateurs. Cela me paraît inconvenant, choquant ou… puéril !

On est cependant toujours en droit de se poser la question de la provenance d’un échantillon analysé  : c’est ce que je recommande aux archéologues qui doivent soigneusement vérifier l’origine de ce qu’ils envoient aux laboratoires. Il ne peut y avoir aucun doute sur l’origine de l’échantillon n°1 de la publication : il provient bien du Suaire. Je précise qu’il a bien été prélevé dans la continuité de la pièce principale de tissu et non dans la lisière, que le fragment coupé se situait à une des extrémités, loin de l’image et loin des parties carbonisées.

Prétendre que le morceau pouvait provenir d’une partie retissée (comme l’a, paraît-il, fait M. Meacham), c’est prendre pour des ignorants ou des inconscients les deux spécialistes en tissus, MM. Testore et Vial, ainsi que M. Riggi, qui ont choisi l’endroit en pensant évidemment à ces objections. Mais, qui a vu le Linceul de près ou qui a examiné un agrandissement des photographies sait qu’il s’agit d’une pièce unique en son genre. Son mode de tissage, pour être classique, n’en est pas moins exceptionnel dans son détail.

Comme l’a si bien expliqué M. Tite dans son article, les trois laboratoires ne pouvaient pas faire autrement que de le reconnaître, à partir du moment où le parti avait été pris de leur donner un fragment de tissu plutôt que des fils. On le fit pour assurer une meilleure efficacité du nettoyage, ce qui me semble parfaitement justifié. Ainsi, l’opération en double aveugle n’a pas eu lieu, malgré la petite mise en scène des flacons scellés dans une chambre à part de la sacristie principale.

Je préfère d’ailleurs que cela n’ait pas eu lieu, car on aurait toujours pu dire qu’il était très facile d’opérer une substitution sur des fils.

Mais qui donc aurait eu intérêt à faire cela ? Est-ce l’Église qui, depuis le début, a montré sa plus grande confiance dans la Science ? Est-ce un mystérieux intermédiaire ? Comment peut-on arriver à de si bas soupçons ?

Beaucoup de personnes s’interrogent sur le fameux 4ᵉ échantillon qui se trouve être quasi contemporain du Linceul.

Comme j’ai été en première ligne avec M. Vial (pour cela), je vais donner quelques détails. Vers le mois de février 88, M. Gonella souhaitait que l’un des échantillons de contrôle provienne de France. Il m’a donc demandé de le trouver. Nous nous sommes mis en recherche, aidés par M. l’Abbé Boyer, du Laboratoire de Restauration des Objets d’Art de Draguignan (CNRS).

Nous avons eu de grosses difficultés car — cela peut paraître étrange, mais c’est ainsi — il est difficile de trouver un tissu de lin de date très précisément connue, dont on puisse sans dommage enlever un morceau ou des fibres. Après un essai infructueux auprès du Musée de Cluny à Paris, nous avons eu les recommandations et autorisations par M. Prévot Marcillacy, Conservateur en Chef des Monuments de France, pour prélever sur la chape de Saint-Louis d’Anjou, conservée à Saint-Maximin.

C’est donc avec des petites fibres de celle-ci que nous sommes arrivés à Turin, M. Vial et moi, le matin du 21 avril. Mais M. Gonella n’avait pas prévenu M. Riggi de cet échantillon supplémentaire, et celui-ci n’avait prévu que trois flacons pour l’opération en double aveugle. Sur l’insistance de MM. Gonella et Tite, ce troisième échantillon de contrôle fut aussi remis aux trois laboratoires, mais dans une enveloppe à part et, de toute façon, il ne pouvait être confondu avec les autres, puisqu’il était le seul à être sous forme de fil. Voilà à peu près toute l’histoire de ce 4ᵉ échantillon : elle est donc toute simple.

Venons-en maintenant aux questions de pollution.

Il est évident que toutes les questions de perturbation de la teneur en isotope C 14 par les oxydes de carbone de l’incendie de Chambéry, par la carbonisation, par les « flashes » des photographes, par le contact avec l’air au moment des ostensions, etc., sont sans objet et font sourire les spécialistes ou même simplement les gens qui en savent suffisamment en physique pour connaître la différence entre une réaction chimique et une réaction nucléaire.

Fabriquer du Carbone 14 à partir de l’Azote 14 est une réaction nucléaire bien particulière que la simple modification physique ou chimique de l’environnement ne peut déclencher. De même pour les échanges isotopiques en phase solide entre les Carbones 12, 13 et 14. Je ne parle ici que des lois normales de la physique. Je ne fais donc pas ici allusion à la « fulguration » (qu’est-ce au juste ?) que certains attribuent à la Résurrection : je dirai tout à l’heure à quel plan placer cet « argument ».

Le détail des préparations effectuées sur les divers fragments d’échantillons qui est donné dans l’article et le fait que chacun des laboratoires ait pris le soin de faire plusieurs mesures avant et après des préparations différentes me semble répondre de la meilleure façon aux questions sur les multiples formes de pollution que l’on peut imaginer pour le Suaire.

Il suffit en effet de remarquer que toutes les analyses de toutes les fractions ainsi préparées différemment donnent toutes à peu près la même teneur en radiocarbone. Cela est très démonstratif, soit de — finalement — l’absence de toute pollution sensible sur l’échantillon même avant son traitement, soit de son élimination totale dès la première phase du nettoyage.

Je sais — pour l’avoir pratiqué sur de nombreux échantillons de types variés — que s’il y a présence de pollution en quantité un peu importante, on obtient par ces procédés de mesures sur fractions préparées de diverses manières des résultats erratiques.

Je n’ai d’ailleurs jamais tellement craint ces pollutions que certains (toujours M. Meacham, en particulier) mettaient en avant, car je sais que les procédés de purification que nous utilisons sont très efficaces et que l’état de conservation du tissu est particulièrement bon. Il était donc bien nettoyé.

Je précise enfin que ne peuvent entrer en jeu que les pollutions à base de matières carbonées car la méthode de mesure est telle qu’elle élimine absolument l’influence de tout autre élément chimique, radioactif ou non.

Pour conclure sur la partie préparation, on peut observer sur le tableau 1 de la publication comment l’ensemble de ces résultats montre un magnifique « tir groupé » et donc l’excellente reproductibilité des préparations et des analyses.

Ce n’est pas surprenant, car les laboratoires choisis sont parmi les plus expérimentés dans l’analyse des objets archéologiques de types variés. Ils avaient d’ailleurs déjà démontré que mesurer quelques milligrammes de tissu n’était plus maintenant difficile et se faisait en routine.

Mais alors, qu’en est-il de cette fameuse mesure qui aurait été effectuée en 1985 ou 1986 sur un fragment de fil et qui aurait donné 200 ou 1000 après J.-C. à l’un et l’autre bout ?

Je dirais qu’effectivement j’avais entendu parler de cette analyse, et je savais qu’elle n’avait pas été concluante. Mais il me paraît très grave qu’on puisse maintenant l’utiliser pour tenter de discréditer celles qui viennent d’être faites. En effet, c’est à cette mesure isolée qu’on ne peut accorder aucun crédit, car elle n’apporte pas les garanties que l’on a su donner à celles de 1988.

Tout le monde sait qu’il existe maintenant de par le monde — et particulièrement aux États-Unis — autant de fils sensés provenir du Suaire par l’intermédiaire de l’échantillon prélevé en 1973 par Raes qu’il existe de fragments de la vraie Croix ! Or Raes lui-même m’écrit, le 24 mai 1989 : « Je puis affirmer de façon formelle que jamais personne n’a reçu de moi le moindre morceau de fil provenant de mon échantillon. »

D’où vient donc cet échantillon ? Et quelle est alors la rigueur dans l’authenticité de l’échantillon mesuré en Californie ? De plus, si cette mesure a donné deux résultats discordants sur un même fil, c’est simplement parce qu’elle a été mal faite, ou que la préparation de l’échantillon a été déficiente.

Mieux vaut donc laisser tomber cette analyse qui ne présente aucune garantie et dont on n’aurait d’ailleurs jamais parlé si la mesure de 1988 avait donné un résultat du 1ᵉʳ siècle après J.-C.

Il est souvent question du fractionnement isotopique pour faire l’analyse du C 14 par l’accélérateur.

On est obligé de passer par la mesure de l’autre isotope du carbone, le carbone 13 ou C 13. On voit dans le tableau I que les « delta 13 C » ont été mesurés sur tous les échantillons. Ils ont ainsi été situés tous autour de -25‰ PDB : c’est une valeur particulièrement normale pour la plupart des plantes terrestres et, en particulier, pour le lin.

Il n’y a donc pour la datation aucune correction particulière à faire de ce fait. De même pour la période du radiocarbone : si effectivement elle est bien de 5730 ans et non 5570 (valeur conventionnelle avec laquelle on calcule les dates en calendrier C 14), la correction est faite automatiquement à partir du moment où l’on utilise le procédé de transformation des dates C 14 en dates en années réelles (dite correction dendrochronologique), comme expliqué sur la figure 2.

C’est par ce moyen que l’on est passé de la date C 14 : 691 ± 31 BP à l’intervalle de dates : 1260 à 1390 après J.-C.

Certains, peu familiarisés avec l’usage du radiocarbone, peuvent s’étonner que l’on ait ainsi besoin de corriger les résultats donnés par l’analyse du C 14 et peuvent penser qu’il y a là une sorte de « trafic » qui dissimulerait une incertitude dans la valeur de la méthode de datation.

En fait, cela est parfaitement normal et traduit au contraire une amélioration de l’exactitude de nos résultats (même si parfois, cela leur fait perdre de la précision !). Je fais cela tous les jours dans mon laboratoire pour les dates d’un âge inférieur à 7000 ans. Nous tenons ainsi compte des fluctuations naturelles du carbone 14 dans l’atmosphère. Je ne puis ici rentrer dans les détails de cette opération et préfère renvoyer au dessin de la figure 2 qui me semble assez clair.

On peut remarquer que la date du Suaire et celle de l’échantillon n°4 donnent des plages de dates « corrigées » relativement étroites : cela est seulement dû au pur hasard de la courbe à cet endroit-là.

Par contre, certains, très familiarisés avec l’usage des dates et de la statistique, auront remarqué que le moins bon résultat des quatre analyses est justement celui du Linceul.

Les trois dates moyennes sont à peine dans la plage statistique les unes des autres, et le résultat d’Oxford est difficilement compatible avec celui des deux autres laboratoires. La longue explication qui est donnée montre que les auteurs ont bien noté cette petite anomalie et qu’ils n’ont pas cherché ni à la négliger ni à l’occulter.

Ils ont, au contraire, très honnêtement mis l’accent dessus ; ils ont montré que la déviation statistique était sûrement dépassée ; ils ont élargi leur plage d’erreur et ainsi justifié la marge que finalement ils ont choisie pour le résultat de cet échantillon. J’y vois là une preuve de plus de leur rigueur scientifique.

Il serait donc malhonnête de dénier pour cela toute valeur à ce résultat, car s’il peut pour cette imprécision être déplacé de 20 ou 30 ans, cela ne change rien quant à l’attribution médiévale à laquelle on est conduit.

Dans le communiqué du Cardinal Ballestrero, il était dit que la date se trouvait « à 95 % de chance » dans l’intervalle de 1260 à 1390.

Il serait complètement faux de conclure que les 5 % de chance restants laissent une possibilité de date du 1ᵉʳ siècle. En fait, comme cela est expliqué dans la légende de la figure n°2, les 95 % correspondent à « 2 déviations standard » autour de la détermination du C 14.

Si on avait pris « 3 déviations standard« , on aurait eu une date se situant dans un intervalle (à 98,5 % de chance) élargi d’une cinquantaine d’années et, pour 99,9 %, d’environ 100 ans. Il est clair que l’âge précis du Linceul ne peut donc se situer qu’au XIIIᵉ ou au XIVᵉ siècle, sans aucune probabilité pour une date antérieure. Toute autre hypothèse est physiquement exclue.

Tel est donc le verdict de la mesure au radiocarbone : le lin, et donc l’image, ne peuvent être antérieurs au XIIIᵉ siècle. Je tiens à préciser que, comme spécialiste de datation par le C 14, c’est le seul point sur lequel j’ai maintenant ma conviction.

Je ne vais pas plus loin et, contrairement à l’un de mes collègues (M. Hedges, d’Oxford), je ne dis pas, et je ne veux pas qu’on dise, que la date C 14 prouve que le Linceul est un faux. Ce terme « faux » veut dire « fabriqué avec l’intention de tromper ». Je dis seulement : « il s’est fait ou a été fait au plus tôt au XIIIᵉ siècle. »

Disant cela, je n’ai pas à savoir, en restant dans ma spécialité, s’il est possible qu’on ait fait des crucifixions de cette manière-là au Moyen Âge, si le visage reproduit ressemble à celui des icônes du VIIᵉ siècle, si l’idée d’un négatif pouvait être conçue, etc. Ce n’est pas mon affaire, du moins tant que je reste dans mon rôle de spécialiste du C 14.

Je signale cependant qu’un type de raisonnement actuellement proposé consiste en ceci : « Si une méthode arrive à une conclusion, mais que la majorité des autres tend à dire le contraire, elle a tort. »

Ce n’est, à l’évidence, pas une bonne manière de raisonner, car ladite méthode isolée peut avoir un poids plus important que toutes les autres réunies. D’ailleurs, si pour beaucoup la question de l’authenticité du Suaire de Turin est maintenant résolue par la négative, c’est bien parce que la méthode du C 14, ayant donné tant de bons résultats, a une réputation telle qu’on ne peut la mettre en doute ni dans ses fondements, ni dans son application si elle a été correctement utilisée.

Bien sûr, on peut toujours trouver ici ou là dans la littérature des exemples de mesures prises en défaut. Mais je puis vous dire par de multiples expériences que l’on peut toujours alors trouver le défaut dans la qualité du matériel, dans la conduite de la fouille archéologique ou dans la procédure employée par le laboratoire.

Alors, il reste la question importante : comment expliquer l’image ?

Je n’en sais rien. Comment expliquer sa facture ? Je n’en sais rien. C’est de la responsabilité des spécialistes d’autres disciplines. Ils doivent trouver d’autres pistes de recherche et certains s’y sont déjà mis. Mais finalement, pour cela, le C 14 ne change rien car, si la date avait été autour de 33 après J.-C., cela n’aurait pas expliqué la formation de l’image.

La date XIIIᵉ-XIVᵉ élimine seulement l’hypothèse : « le corps d’un supplicié, peut-être Jésus, du 1ᵉʳ siècle. » Je ne veux donc pas ici rentrer dans ces recherches. Je n’ai aucune autorité pour proclamer comme meilleure telle ou telle hypothèse et, ne voulant pas sortir de mon domaine, je fais confiance à ceux qui sont plus renseignés dans les autres disciplines.

De même, et je tiens à conclure par cela, un scientifique ne doit pas mélanger les plans ni accepter qu’on les mélange.

C’est pourquoi je suis extrêmement loin de toutes les explications du résultat par le recours au miracle, au mystère, au surnaturel qui aurait créé du radiocarbone. Je laisse, bien sûr, libres ceux qui le veulent de croire que c’est le phénomène de la Résurrection qui a changé la teneur en C 14 du tissu.

À partir du moment où l’on pense que celle-ci a pu modifier les lois de la physique et avoir ainsi un effet durable, et 2000 ans après mesurable, on peut supposer n’importe quelle intervention divine (volontaire ou non ! ou diabolique ?) qui ait modifié nos analyses.

On est alors dans un autre plan de raisonnement. Ce n’est pas ma manière de penser. Je ne veux cependant pas juger de cette manière de voir, mais je ne veux pas qu’on me l’impose, ni qu’on me fasse cautionner de telles explications.

Ce n’est pas ma manière d’aborder le Mystère de la Résurrection ni de concevoir la liberté du croyant et de l’incroyant. Je reste, au demeurant, persuadé que ce n’est pas par les contraintes de la physique que le Christ propose à l’Homme en général et au scientifique en particulier d’adhérer à sa Résurrection.

J’espère avoir répondu à toutes les questions qui m’ont été posées. Vous pouvez m’écrire à nouveau et j’essaierai de ne pas attendre mes prochaines vacances pour vous répondre.

Enfin — dernière nouvelle —, nous organisons à Paris, les 7 et 8 septembre, un colloque faisant le point sur les travaux scientifiques sur le Linceul de Turin.

Si vous êtes intéressé, faites-le moi savoir et je vous ferai envoyer une invitation.

Jacques Evin

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