Le crurifragium est une ancienne pratique romaine qui consistait à briser les jambes des personnes crucifiées. L’objectif était d’accélérer leur mort. La crucifixion étant un supplice extrêmement long et douloureux, les condamnés pouvaient survivre pendant plusieurs jours en s’appuyant sur leurs jambes pour soulever leur corps et respirer. En brisant les jambes, on empêchait la victime de se soulever pour reprendre son souffle, ce qui provoquait une mort rapide par asphyxie.
Mention du crurifragium dans les Évangiles
La pratique du crurifragium est mentionnée dans l’Évangile de Jean lors du récit de la crucifixion de Jésus. Voici le passage clé :
Jean 19:31-33
« Les Juifs, comme c’était la préparation, afin que les corps ne restassent pas sur la croix pendant le sabbat – car c’était la préparation, et ce jour de sabbat était un grand jour – demandèrent à Pilate qu’on rompît les jambes aux crucifiés, et qu’on les enlevât. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l’autre qui avait été crucifié avec lui. S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes. »
( traduction L. Segond 1910)
Ce passage indique que, contrairement aux deux autres criminels crucifiés à côté de Jésus, les soldats n’ont pas brisé ses jambes, car il était déjà mort.
L’intervention de Joseph d’Arimathie
Selon les Évangiles, Joseph d’Arimathie, un membre du Sanhédrin qui sympathisait avec Jésus, a demandé à Pilate la permission de retirer le corps de Jésus de la croix afin de l’enterrer rapidement avant le sabbat. Sa demande fut acceptée, ce qui permit de descendre le corps de Jésus sans recourir au crurifragium. Ce geste crucial a probablement évité que les jambes de Jésus ne soient brisées, car les soldats avaient déjà constaté sa mort.
Remise en question de la théorie de la suffocation
La théorie selon laquelle Jésus serait mort par suffocation, proposée par R. W. Hynek et Pierre Barbet, repose sur l’idée que Jésus aurait dû se soulever avec ses bras pour respirer, comme cela se produit lors d’une crucifixion prolongée. Toutefois, la mention de l’absence de crurifragium dans les Évangiles et l’intervention de Joseph d’Arimathie soulèvent des doutes quant à cette hypothèse.
Puisque Jésus n’a pas subi le bris de ses jambes, il n’est pas certain que la suffocation soit la cause directe de sa mort. De plus, certains chercheurs contestent la théorie de la suffocation en s’appuyant sur le fait que la crucifixion pouvait provoquer la mort par d’autres mécanismes, tels que le choc hypovolémique ou une combinaison de facteurs physiques et émotionnels, comme décrit dans les Évangiles.