De Linteis Sepulchralibus Christi Servatoris – Crisis Historica
Des linges sépulcraux du Christ Sauveur
Examen historique
Jean Jacques Chifflet
1611 ? ou 1624 ?
editum Antverpiae ( 1611 ? ) – officina Plantiniana 1624APA : Chifflet, J.-J. ( 1624) De Linteis Sepulchralibus Christi Servatoris – Crisis Historica , Anvers, Belgique, officina Plantiniana 1

Chifflet, J.-J. (1679). Miscellanea Chifletiana Amsterdam, Provinces-Unies : Henri Wetsten. 2
Image page 155 :

Chifflet, J.-J. ( 1688) De Linteis Sepulchralibus Christi Servatoris – Crisis Historica , Anvers, Belgique, officina Plantiniana 3
Traduction française de 1631 :
Hiérothonie de Jésus-Christ, ou Discours des saints suaires de notre Seigneur
Chifflet, J.-J. (1631). Hiérothonie de Jésus-Christ, ou Discours des saints suaires de nostre Seigneur (trad. du latin par A. D. C. P.). Paris, France : Sébastien Cramoisy. 4
Jean-Jacques Chifflet
Des linges sépulcraux du Christ Sauveur
Examen historique
Anvers,
De l’Officine Plantinienne,
Chez Balthasar Moretus et la veuve de Jean Moretus, et Jean Meursius,
1624.
Table des matières
Chapitre I
Divers rites de sépulture : ensevelir les corps dans la terre, le plus ancien ; l’étude de la sépulture comme argument de la résurrection.
Chapitre II
Les corps ensevelis dans la terre, ou enveloppés de voiles ; usage issu du judaïsme et des Égyptiens ; leurs rites et leur manière d’embaumer.
Chapitre III
Présentation visuelle du schéma des cadavres embaumés en Égypte.
Chapitre IV
Double rite de la sépulture judaïque : les morts lavés, oints, enveloppés. Application à la sépulture du Christ : le suaire, le soudarium, les linges.
Chapitre V
Étymologie et signification multiple du suaire et du soudarium ; leur usage funéraire.
Chapitre VI
Le soudarium de Besançon serait celui même dont Bède rapporte des faits merveilleux, et que la Vierge Mère de Dieu aurait concédé pour la sépulture de son Fils ; ses premiers possesseurs.
Chapitre VII
Double argument des novateurs concernant les saints soudaria du Christ : pourquoi le soudarium de Besançon ne porte pas les marques des liens ; présentation de Lazare ressuscité, encore lié.
Chapitre VIII
Le soudarium de Besançon est celui-là même que saint Jean dit avoir été sur la tête du Seigneur.
Chapitre IX
Le soudarium du Seigneur, transporté de Palestine à Besançon, et à quelle époque ; rite de son ostension, protégé par un privilège d’origine apostolique.
Chapitre X
Autres reliques sacrées apportées d’Orient à Besançon avec le saint soudarium.
Chapitre XI
Le soudarium de Besançon, illustre par ses miracles : perdu puis retrouvé ; par sa vertu, un mort ressuscité et un champ guéri ; délivrances opérées par les images du saint soudarium de Besançon ; autres faits admirables et dignes d’être connus.
Chapitre XII
Un hérétique impudent puni pour sa cause ; un citoyen très gravement malade et un bon archevêque guéris ; remarque incidente sur les dons des grands.
Chapitre XIII
Des aveugles recouvrent la vue par la foi ; ceux qui souffrent des yeux sont guéris ; à d’autres la vue est temporairement retirée.
Chapitre XIV
Une épidémie apaisée par un vœu public ; la confrérie du saint suaire quitte la Champagne pour la Bourgogne ; les habitants de Lirey tentent en vain de le récupérer ; finalement, Chambéry le conserve non sans miracle.
Chapitre XV
Maladie attribuée à un sortilège ; ce n’est pas la ceinture du Seigneur.
Chapitre XVI
Du suaire de Turin : d’où il a été récemment transporté à Chambéry.
Chapitre XVII
Geoffroy de Charny, chevalier bourguignon, attribue le suaire du Christ à l’église de Lirey qu’il a fondée dans le diocèse de Troyes ; comment le suaire y fut conservé.
Chapitre XVIII
Le saint suaire est transféré de Champagne en Bourgogne ; nombreuses tentatives infructueuses des habitants de Lirey pour le récupérer ; il demeure finalement à Chambéry, non sans miracle.
Chapitre XIX
Ce qu’il faut tenir pour le suaire, d’après ce qui s’est passé depuis le temps des habitants de Lirey.
Chapitre XX
La religieuse conservation du suaire du Christ à Chambéry ; miracles accomplis par lui ; il n’a pas été tissé après la mise au tombeau du Christ.
Chapitre XXI
Autres miracles plus éclatants du suaire allobroge.
Chapitre XXII
En quels lieux le saint suaire a été transporté depuis Chambéry, et comment il est finalement parvenu à Turin.
Chapitre XXIII
Arguments en faveur de la vérité du suaire de Turin, contre l’opinion injuste du pape Clément.
Chapitre XXIV
D’où Geoffroy de Charny reçut le suaire de Turin, il y a près de trois cents ans.
Chapitre XXV
Le suaire allobroge a reçu le corps ensanglanté du Christ.
Chapitre XXVI
Du suaire de Compiègne.
Chapitre XXVII
Autres linges tenus pour les linges sépulcraux du Christ : étoffes de substitution, sanctuaires, brandea, linges des martyrs et des anciens chrétiens.
Chapitre XXVIII
Des bandelettes sépulcrales du Christ Seigneur, examinées plus précisément.
Chapitre XXIX
Les linges sépulcraux du Christ Seigneur ont été tissés en pur lin, et selon quelle méthode.
Chapitre XXX
De l’image du Christ imprimée sur les linges sépulcraux de Besançon et de Turin ; d’abord de la stature et de la symétrie du corps, puis de sa position et de sa disposition.
Chapitre XXXI
Des cinq blessures principales, des cicatrices mineures, et du sang répandu sur tout le corps.
Chapitre XXXII
Du voile autour des hanches ; puis de la couleur des saintes images, de sa nature et de son mode.
Chapitre XXXIII
Du soudarium d’Édesse.
Chapitre XXXIV
Du soudarium de Véronique.
Chapitre XXXV
D’autres images du Christ Seigneur non faites de main d’homme.
Chapitre XXXVI
Quel culte doit être rendu aux linges sépulcraux du Christ Seigneur.
JEAN-JACQUES CHIFFLET
DES LINGES SÉPULCRAUX
DU CHRIST SAUVEUR
CRISE HISTORIQUE
Exemplaire de l’édition de 1614
ANVERS,
De l’atelier plantinien,
1624
Numérisé par Internet Archive en 2014
À L’ILLUSTRISSIME ET RÉVÉRENDISSIME SEIGNEUR
MONSEIGNEUR JEAN-FRANÇOIS
DES COMTES GUIDI DE BAGNO
ARCHEVÊQUE DE PATRA
NONCE APOSTOLIQUE
POUR LES PROVINCES DE BELGIQUE ET DE BOURGOGNE
AVEC POUVOIR DE LÉGAT A LATERE
Illustrissime Seigneur,
Après avoir appris que ma ville de Besançon t’avait plu, j’ai estimé que la voie m’était désormais ouverte vers des sujets plus élevés, et j’ai porté mon esprit vers les funérailles du Christ Sauveur, afin de dévoiler à la postérité les linges dans lesquels Il fut enveloppé durant les trois jours de Sa mort.
À cette fin, j’ai parcouru les écrits des anciens comme des modernes, sans toutefois trouver personne qui eût mené cette enquête jusqu’au terme. C’est pourquoi j’ai osé, tel un nouveau Tiphys, ouvrir la voie sur la vaste mer des voiles de lin, et accomplir cette tâche au moyen de cette Crise historique, destinée à dissiper par sa lumière les épaisses nuées qui obscurcissaient ces anciens rites.
Je n’entrepris pas cela sans un guide préalable : ton génie, ta vertu et l’éclat de ta doctrine, toi qui, dans l’épaisse obscurité des antiquités, as su parcourir des chemins inexplorés, pénétrer les ténèbres et les surmonter.
Brillera aussi ton très noble lignage, issu de la véritable lignée royale des comtes Guidi, famille ducale qui, depuis le comte Guido, petit-fils de l’empereur Othon le Grand de Saxe et fondateur de cette maison en Italie, a connu un éclat remarquable, et qui fleurit encore aujourd’hui, avec la faveur du Ciel, comme une pépinière perpétuelle de héros guerriers et de ducs très éminents, qui ont accompli chez eux et à l’étranger de grandes choses pour le Saint-Siège apostolique, et exercé largement leur autorité sur l’Étrurie et la Flaminie.
Suivant leurs traces, ton frère Nicolas, marquis de Montisbello, a été établi, avec l’accord des plus grands rois, préfet suprême du gouvernement ecclésiastique dans la vallée de la Valteline.
Et toi, combien d’années as-tu déjà consacrées ton labeur à cette même Sainte Église ? Sous les pontificats de Clément VIII et de Léon XI, tu as présidé à de nombreuses provinces d’Italie, que tu as gouvernées avec une sagesse remarquable. Ensuite, sous Paul V, nommé légat à Avignon et dans le Comtat Venaissin, durant les sept années de ton gouvernement, tu as honoré la ville elle-même de multiples distinctions et l’as dirigée sous les acclamations unanimes des citoyens.
Enfin, envoyé par Grégoire XV comme nonce en Belgique auprès du très pieux couple princier Albert et Isabelle, archiducs, après le rappel de l’un d’eux vers une vie meilleure, tu exerces depuis déjà la troisième année ta charge auprès de la très sereine Infante veuve, sous un nouveau et très excellent pontife, Urbain VIII, avec une piété et une prudence singulières.
Pourquoi donc ne défendrais-tu pas ces voiles, aspergés du sang très saint du Christ, toi, pilier d’un si grand pontife ? Assurément, la nef de Pierre, solidement équipée, ne craindra ni l’Africain impétueux luttant contre les Aquilons, ni les tristes Hyades, ni la fureur de la nuit.
Admirable ironie de l’amour divin, éclatante dans son dessein : le Christ, devant passer de nous à la droite du Père et aux demeures célestes, a voulu qu’il ne nous manque rien ; car s’Il demeure caché parmi nous dans le sacrement de l’autel, Il nous a laissé, dans les linges sépulcraux, Son image explicite et manifeste.
Ces linges illustres par les miracles, vénérables gages de notre salut, je te les offre, Illustrissime Seigneur, afin que tu protèges leur dignité très antique, confirmée par l’accord constant des siècles et par le concours des peuples.
Tu reconnaîtras dans les traits du corps humain la forme assumée du Verbe incarné ; dans la juste stature et la symétrie des parties, la beauté de forme « plus belle que celle des fils des hommes » ; dans la rougeur, les marques du sang et des blessures ; dans l’aspect du corps étendu, la mort subie pour notre cause ; et dans le linceul, les dépouilles de Celui qui ressuscite. Partout s’y manifeste l’amour inestimable du Dieu-Homme pour le genre humain.
Les prodiges anciens et récents que j’ai réunis à leur sujet en un seul faisceau sont affermis par la sauvegarde inébranlable de la vérité, et cet opuscule ne sera pas livré aux flots, surtout s’il est porté et illuminé par la brise de ta faveur et les rayons de ta bienveillance.
Puisse Dieu te conserver, Illustrissime Seigneur, dans l’abondance d’une félicité toujours accrue. Tel est mon vœu.
Bruxelles, aux calendes de mai de l’an du Seigneur 1624.
De Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie,
le très dévoué
Jean-Jacques Chifflet
LETTRE D’ÉRYCIUS PUTEANUS
AU TRÈS ILLUSTR E T TRÈS ÉMINENT
JEAN-JACQUES CHIFFLET
AU SUJET DES LINGES SÉPULCRAUX
Très illustre et très éminent Seigneur,
Au sujet de ton ouvrage Des linges sépulcraux du Christ Sauveur — œuvre noble et digne de la plus heureuse édition — je puis exprimer un jugement et un éloge avec la plus grande facilité.
Dès que je l’aurai lu, dès que je l’aurai loué, je ne réclamerai plus aucun jugement. Je me plongerai aussitôt dans ce livre et tiendrai cette occupation pour la plus agréable : j’en examinerai chaque partie avec un plaisir toujours plus vif ; et puisque l’obéissance ne saurait être une faute, je m’abandonnerai librement à l’éloge.
Mais pourquoi ne pas manifester dès maintenant l’émotion impatiente de mon esprit ? Il y a dans ce livre tout ce que peut contenir un livre. Il vivra aussi longtemps qu’il y aura parmi les hommes piété et religion. Ton nom y est désormais consacré par un écrit impérissable : car tu y embrasses, avec une admirable habileté doctrinale, un sujet très saint, et tu enseignes des choses que tant de siècles ont ignorées au détriment de l’érudition sacrée et profane.
Ô toi, bienheureux, qui écris ainsi ! Désormais tu pourras te reposer, car tu es éternel. Tu le pourras, dis-je, si ton excellent et très savant frère Philippe Chifflet, secrétaire de l’Infante et orateur du sacré Oratoire, est associé à ce travail — puis-je dire à cet honneur ? — afin que ce qui est tien devienne en quelque sorte sien, et qu’il le traduise fidèlement.
Il ne suffit pas que les linges sépulcraux soient en latin : ils doivent être lus et compris de tous, et surtout des gens de cour. Cela se fera si chacun cultive sa piété : nul ne sera étranger là où tout est rare, même si la langue y demeure la sienne.
À Louvain, dans l’Arcey, aux calendes de février 1624.
LETTRE II
Très illustre et très éminent Seigneur,
En voulant exposer mon jugement sur cette Crise historique, je suis contraint de revenir à l’éloge. Car si je ne loue pas ce que tu as écrit, je serai un censeur injuste ; et si je ne reconnais dans ta doctrine une sorte de génie inspiré, je ferai injure à la louange.
Tu as écrit sur des linges — mais sur des linges sacrés et sépulcraux, manifestement les linges du Christ Sauveur. Et plus heureusement encore — telle est mon opinion — la noblesse très élevée du sujet ne pouvait être mieux traitée : j’estime qu’il y a été pleinement satisfait à la piété comme à l’érudition.
Tel fut ton dessein : non seulement bien servir ta propre cité, mais encore l’ensemble du monde chrétien ; tel fut ton dessein : représenter de nouveau ta ville à l’univers. Tu as donné des yeux aux mortels, afin que, sauf aveuglement obstiné de l’esprit, tous puissent voir clairement, en pleine lumière, de quel gage précieux d’éternité la métropole des Séquanes est comblée, et de quelle manière incontestable — osons le dire — elle se glorifie d’un véritable palladium.
Désormais donc, les citoyens de Besançon te doivent le saint soudarium ainsi expliqué ; les habitants de Turin te doivent le suaire ainsi montré ; et tous les chrétiens te doivent l’image du Christ, imprimée sur le suaire et le soudarium par son sang véritable et très saint.
Et s’il y a ici quelque chose de miraculeux, qu’y a-t-il là d’étonnant ? Le corps fut enveloppé, et, ceint de linges, il conserva les traits de sa forme, de telle sorte que, même déployés, ils ne dépassaient pas la loi de la symétrie. Ainsi l’Auteur de la nature circonscrivit son visage dans sa grandeur naturelle, alors que la nature elle-même ne pouvait le retenir. Ceci est une peinture de Dieu : ainsi est représenté Celui qui, pour le salut des hommes, a souffert tout ce qu’aucun homme ne pourrait supporter ; ainsi est représenté Celui qui, pour montrer ses tourments et sa mort, transforma le sang en couleur, et voulut que, dans le sépulcre, une image esquissée, mêlée aux aromates, fût retrouvée et adorée par toute la postérité.
Voici l’image du Suaire : telle est ta Crise, très savant Chifflet, arrachée à l’ombre de l’Antiquité, environnée de la lumière de la Vérité, et qui revendiquera désormais pour les très précieuses reliques un culte sacré.
Que le livre progresse : tout retard serait un dommage pour le bien public et pour la religion. Qu’ils lisent cette Crise, ceux qui usurpent le nom de censeurs en matière sacrée et profane, et qui ignorent ce que sont les linges sépulcraux ; ils comprendront ce qu’ils ont jusqu’ici vénéré, et ce qu’ils devraient vénérer ; et ainsi ton nom sera tenu en haute estime et en délices, pour la cause de la piété et de l’érudition.
Adieu. Aime ce jugement — ou cet éloge. Aime-moi, moi qui n’ai pu juger ton très beau livre autrement qu’en le louant.
À Louvain, dans l’Arce de Pallas, le 13 février 1624.
APPROBATIONS
L’ouvrage de Jean-Jacques Chifflet, gouverneur de Besançon et citoyen romain, Commentaire sur le Soudarium de Besançon, le Suaire de Turin et les autres linges sépulcraux du Christ Sauveur, est digne d’être tenu entre toutes les mains, puisqu’il explique avec soin de nombreuses antiquités, tant sacrées que profanes, jusqu’ici mal comprises.
Donné à Bruxelles, le lendemain des calendes d’avril 1624.
Aubert Miraeus,
Doyen d’Anvers,
Censeur royal.
Comme cette Crise historique sur les linges sépulcraux du Christ Seigneur est conforme à la doctrine catholique, et qu’elle met en lumière des monuments singuliers de l’Antiquité, non seulement propres à instruire les lecteurs mais encore très aptes à exciter et nourrir la piété, j’estime qu’elle doit être publiée avec grand profit.
À Anvers, aux calendes d’août 1624.
P. Coens,
Docteur en théologie sacrée, chanoine,
Censeur d’Anvers.
CEUX
QUE NOUS CITONS, ÉCLAIRONS
OU CORRIGEONS
AUTEURS
A
- Actes du chapitre de Besançon
- Adornus
- Adrien l’Itinéraire (Adrichomius)
- Aulu-Gelle
- Alcuin
- Saint Ambroise
- Ammien Marcellin
- Angrade, moine
- Annales de la Compagnie de Jésus
- Apulée
- Arias Montanus
- Aristophane
- Saint Athanase
- Athénée
- Attilius Serranus
- Saint Augustin
B
- Baronius
- Saint Basile
- Bayfius
- Bède le Vénérable
- Bellarmin
- Bellonius
- Saint Bernard
- Saint Bonaventure
- Botrytis
- Sainte Brigitte
- Bzovius
C
- Cajetan
- Calderinus
- Camuzatius
- Cassien
- Catulle
- Cédrène
- Saint Jean Chrysostome
- Codex des Rites de Besançon
- Ancien codex de Reims
- Concile de Trente
- Constantin Porphyrogénète
- Cornelius Fronto
- Curopalate
- Curtius
D
- Saint Jean Damascène
- Dion Cassius
- Dion Chrysostome
- Diodore de Sicile
- Denys d’Alexandrie
- Dioscoride
- Donat
- Durand
E
- Auteurs des Étymologies
- Évagre
- Euchologe
- Euripide
- Eusèbe
- Euthyme
- Eutrope
F
- Froissart
G
- Galien
- Gautier
- Gemma animae
- Gennadios Scholarios
- Saint Germain
- Nicolas Gillius
- Girard Hallianus
- Raoul Glaber
- Anciens glossateurs
- Gordon
- Goropius Becanus
- Saint Grégoire le Grand
- Grégoire de Nazianze
- Grégoire de Nysse
- Gretser
- Guichard
- Gutherius
H
- Hallensis
- Hérodote
- Hésychius
- Saint Jérôme
- Hippocrate
- Histoire Lausiaque
- Histoire de Reims
- Homère
- Hugues de Saint-Victor
I – J
- Jansénius
- Innocent III, pape
- Joachim abbé
- Jean de Constantinople
- Isidore
- Justin
- Juvénal
- Juvencus
L
- Lampridius
- Léontius, évêque de Chypre
- Léon d’Ostie
- Auteurs de lexiques
- Anciens manuscrits
- Lipomanus
- Lorinus
- Lucien
- Lucrèce
- Lutatius Placidus
M
- Macaire
- Macrobe
- Majolus
- Le Mantouan
- Martial
- Martianus Capella
- Martin Crusius
- Martyrologe romain
- Ménées grecs
- Ménologe grec
- Métaphraste
- Molanus
- Moine d’Engolisme
- Manodus
N
- Nicéphore
- Nonius Marcellus
- Nonnos le Poète
- Numismate
O
- Auteur des Onomastiques
- Ovide
P
- Pacuvius
- Paleotti
- Palladius
- Panégyrique de Constantin
- Papirius Masson
- Paulin
- Pausanias
- Pétrone
- Pierre van den Beek
- Philippe de Bergame
- Philon d’Israël
- Philostrate
- Phocylide
- Pingone
- Platon
- Plaute
- Pline l’Ancien
- Plutarque
- Pollux
- Polybe
- Pomponius Mela
- Divers pontifes
- Professeur Bonafamilia
- Prudence
Q
- Quadrigarius
- Quintilien
R
- Rabbi Jacob
- Rabbi Moïse
- Prince Radziwill
- Remigius
- Ribera
- Robertus Sunella
- Rolliardus
- Rufus d’Éphèse
S
- Salmeron
- Salvien
- Sénèque
- Serarius
- Sextus Empiricus
- Sextus le Philosophe
- Sidonius Apollinaris
- Sigonius
- Silius Italicus
- Simocatta
- Sixte IV, pape
- Sophocle
- Stapleton
- Strabon
- Suarez
- Suétone
- Suidas
- Surius
- Synésius
- Divers synodes
T
- Tacite
- Térence
- Tertullien
- Ancien Testament
- Nouveau Testament
- Théâtre des Antiquités de Paris
- Thémistius
- Théophane
- Thévet
- Saint Thomas d’Aquin
- Tonsus
- Cicéron
- Turrecremata
- Turrianus
- Tyrius
V
- Valla
- Varron
- Vasconcellius
- Vasquez
- Vincent Brunus
- Saint Vincent Ferrier
- Virgile
Z
- Zonaras
JEAN-JACQUES CHIFFLET
DES LINGES SÉPULCRAUX
DU CHRIST SAUVEUR
CRISE HISTORIQUE
CHAPITRE PREMIER
Des divers rites de sépulture : confier les corps à la terre, le plus ancien ; l’étude de la sépulture comme argument de la résurrection.
Le plus grand honneur rendu aux mortels a toujours été la sépulture : paix et repos des défunts, consolation des survivants, et devoir accompli selon des rites très divers. En effet, si l’on considère l’ordre des éléments, on constatera que les cadavres furent autrefois confiés à chacun d’eux selon l’usage reçu.
Les Grecs, les Romains, les Gaulois, les Germains et la plupart des autres peuples les consumaient par le feu ; les Colques suspendaient les cadavres aux arbres, à l’air libre ; chez les anciens Hyperboréens, les bêtes servaient de sépulcre ; chez les Éthiopiens, les fleuves ; chez les Scythes les plus septentrionaux, la neige.
Mais la forme de sépulture la plus ancienne fut celle — comme l’atteste Cicéron — par laquelle le corps était rendu à la terre, placé et déposé en elle, comme s’il était recouvert du voile maternel. Assurément, c’est un effet de la nature elle-même que les corps des morts soient confiés à la terre. Ainsi en est-il des hommes — comme l’écrit Pline — de même que des dieux : la terre nous reçoit à la naissance, nous nourrit après notre venue au monde, et, une fois engendrés, nous serre enfin dans son sein, lorsque le reste de la nature nous a abandonnés, nous couvrant alors comme une mère, par aucun rite plus sacré que celui qui nous rend à la fois sacrés à ses yeux ; portant aussi des monuments et des inscriptions, prolongeant notre nom et étendant notre mémoire contre la brièveté de la vie.
« La terre, mère universelle, est le tombeau commun de toutes choses », dit Lucrèce.
C’est selon ce rite que notre ancêtre fut enseveli, et que, selon Pline, le roi Numa le fut également près des autels des sources. Ainsi fut inhumée la gens Cornelia, qui conserva les rites anciens jusqu’au dictateur Sylla, lequel est rapporté comme le premier de cette famille à avoir été incinéré.
Une inscription funéraire atteste que Julius Epigonus fut enseveli selon ce rite ; elle se trouve sur la voie Lavicane, à cinq milles de Rome :
Aux dieux Mânes
De Julius Epigonus
Il vécut 26 ans, 12 jours.
Son corps fut déposé intact.
Julius Gamus, père,
au fils très pieux.
Une autre inscription romaine confirme le même usage :
Aux dieux Mânes
De Julius Marcellus,
petit-fils de Julius Gamus.
Il vécut 5 ans et 41 jours.
Son corps fut déposé intact
dans un sarcophage.
De même, Poppée, épouse de Néron — comme l’écrit Tacite — ne fut pas détruite par le feu, selon la coutume romaine, mais embaumée avec des aromates, à la manière des rois étrangers, puis ensevelie. Par ces « rois étrangers », j’entends les Égyptiens et les Juifs, chez lesquels la coutume de confier les corps à la terre était pratiquée ; le Juif Philon lui-même l’embrasse dans son ouvrage Contre Flaccus.
« La nature a attribué la terre comme demeure propre aux hommes et à tous les animaux terrestres, non seulement pour les vivants, mais aussi pour les mourants, afin qu’elle accueille le premier commencement de l’existence et reçoive la dernière dissolution de la vie. »
Cette coutume passa des Juifs aux chrétiens, qui déposaient les morts dans des loculi creusés dans des cryptes souterraines et des carrières de sable, appelées tombes, catacombes, et très fréquemment cimetières, c’est-à-dire dortoirs, afin d’enseigner par la foi que les chrétiens ne périssent pas, mais doivent être réveillés à nouveau, dormant pour l’instant dans le Seigneur.
À ce sujet, Prudence s’exprime pieusement selon son style :
« Pourquoi ces pierres creusées ?
Pourquoi ces beaux monuments ?
Sinon parce qu’on croit que ceux
qui y reposent ne sont pas morts,
mais confiés au sommeil.C’est là le soin prévoyant de la piété chrétienne,
croyant que tout revivra bientôt,
et que ceux que le sommeil glacé retient aujourd’hui
se relèveront. »
Et de fait, je pense que le sentiment intime de la résurrection future a également vécu dans l’esprit des païens : ils se montraient d’un soin extrême pour le dernier devoir de la sépulture, conservant avec une attention minutieuse les restes des corps, comme s’ils devaient redevenir un jour les demeures des âmes immortelles.
De là, chez eux, tant de solennité dans les funérailles : mausolées édifiés, pyramides élevées, coffres, stèles et tables funéraires dressées, portant des inscriptions gravées qui respirent la vie éternelle, et n’indiquent qu’une conservation provisoire des corps.
De là encore ces pierres dites « muettes », auxquelles on demandait de reposer légèrement sur les ossements des défunts, sous lesquels ils étaient déposés, placés, afin d’être un jour relevés ; ils dormaient et reposaient comme s’ils devaient de nouveau s’éveiller, et se mouvoir par le bienfait de membres rendus à la vie.
Pour cette même raison, on trouve que les sépulcres furent appelés non seulement conditoria (lieux de dépôt), mais aussi quietoria (lieux de repos), repositoria, et parfois ossuaires, parce que, dans ces reliques des corps destinés à ressusciter, étaient conservés comme des semences les os — parties les plus dures — et même les dents, invincibles au feu et indomptables aux flammes.
Ainsi Tertullien :
« Il est établi que non seulement la chair subsiste, mais que les dents aussi demeurent incorruptibles, afin d’être conservées comme des semences destinées à fructifier dans la résurrection du corps.
C’est pourquoi, peut-être, chez les peuples anciens, il n’était pas d’usage de brûler un homme avant qu’il n’eût fait ses dents ; et cela d’autant plus que le feu du bûcher était alors moindre — comme le chante le Satyricon —, car les nourrissons, encore tendres et pleins de moelle, auraient été entièrement consumés par les flammes, sans qu’il ne subsistât rien des os ni des dents comme semence du réveil final.
Cette vérité fut sans doute reconnue par le païen Phocylide, lorsqu’il déclara :
« Nous ne détruisons pas la belle harmonie de l’homme ;
car nous espérons que de la terre surgiront soudain vers la lumière
les restes des défunts,
qui revivront ensuite. »
CHAPITRE II
Les corps ensevelis dans la terre ou enveloppés de voiles selon un usage venu des Juifs et des Égyptiens ; leurs rites et leur manière d’embaumer.
Chez certains peuples, les morts étaient ensevelis dans la terre ; chez d’autres, on leur appliquait des substances conservatrices et des voiles, destinés à couvrir les corps nus et à les préserver de la corruption.
Chez les Spartiates, selon la loi de Lycurgue, on recouvrait les morts de feuilles d’olivier, après les avoir enveloppés d’un manteau de pourpre. Les Nasamons, après ablution et onction, utilisaient un linceul blanc et élégant, usage également familier à une partie des Perses ; mais aussi aux Égyptiens et aux Juifs, qui, après avoir lavé les cadavres et les avoir traités avec des aromates, les enveloppaient de linges blancs.
C’est selon ce rite que nous lisons dans l’Évangile que le Christ Sauveur fut enseveli, lorsqu’il est dit :
« Ils prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de linges avec des aromates, selon la coutume des Juifs pour ensevelir. »
Ce passage, bien qu’il paraisse clair et évident au premier abord, a néanmoins donné lieu à de nombreuses difficultés soulevées par les critiques, tant sur le nombre des linges que sur la manière de l’enveloppement. Nous nous proposons de résoudre toutes ces questions, afin d’établir avec précision la crise des linges sépulcraux du Christ.
Il semble par ailleurs que les Juifs aient emprunté quelque chose aux Égyptiens en cette matière, comme Tacite paraît l’indiquer lorsqu’il affirme que leur usage était d’ensevelir les corps et non de les brûler, et qu’il les rapproche en cela des Égyptiens. Philon le Juif confirme qu’il y eut autrefois des dizaines de milliers de Juifs établis en Égypte.
Cependant, si l’Écriture sainte montre suffisamment que les Juifs n’ont pas reçu des Égyptiens l’usage d’ensevelir — puisqu’elle rapporte clairement les sépultures de Sara, d’Abraham et des autres patriarches —, Tacite entendait-il parler ici non de l’ensevelissement lui-même (condere), mais de l’embaumement (condire) ? Il semble bien que oui : car il oppose la conservation des corps par onction et aromates à leur destruction par la crémation, comme lorsqu’il écrit ailleurs que Poppée, épouse de Néron, fut embaumée et non détruite par le feu.
Le rite égyptien
Diodore de Sicile et Hérodote d’Halicarnasse distinguent trois formes de rite funéraire en Égypte.
- Le premier, réservé aux riches, exigeait une dépense d’un talent d’argent. On utilisait de la myrrhe pure, de la casse et d’autres aromates — à l’exception de l’encens — mêlés à du vin de Phénicie. Après lavage, on enveloppait le corps dans une toile de lin byssine, fixée par des bandelettes, puis on l’enduisait de gomme, dont les Égyptiens faisaient un large usage en guise de colle.
- Le second, d’un coût moindre (vingt mines), était pratiqué pour les classes intermédiaires : on utilisait du natron, qui dissout les chairs, et de l’huile de cèdre, dont — dit Pline — la puissance est telle qu’en Égypte on conserve les corps des défunts en les en aspergeant.
- Le troisième, réservé aux plus pauvres, consistait simplement en des ablutions et un séchage.
Toute opération d’embaumement, à l’exception de l’éviscération, nécessitait plus de trente jours, parfois jusqu’à soixante-dix ; il n’était pas permis de saler les corps plus longtemps. Le patriarche Jacob, embaumé selon la coutume égyptienne, fut oint pendant quarante jours.
Conservation des cadavres
Les Égyptiens conservaient chez eux les cadavres ainsi traités et desséchés. Hérodote écrit que, une fois le corps embaumé rendu aux proches, ceux-ci fabriquaient une effigie de bois à l’image de l’homme, y plaçaient le défunt, puis le déposaient dans un loculus destiné aux sépultures, dressé contre un mur.
Cicéron rapporte :
« Les Égyptiens embaument les morts et les conservent dans leurs maisons. »
Pomponius Mela écrit :
« Ils estiment impie de brûler ou d’ensevelir les morts ; ils les traitent par un art médical et les placent dans les parties les plus retirées de leurs demeures. »
Sextus le Philosophe ajoute :
« Les Égyptiens retirent les entrailles, embaument les morts, et les gardent au-dessus de la terre. »
Silius Italicus dit de même :
« La terre d’Égypte enferme les corps après la mort dans une pierre odorante, et ne sépare pas l’ombre exsangue pendant de longs mois. »
Lucien, dans son traité Du deuil, rapporte avoir vu de ses propres yeux un Égyptien qui faisait participer un cadavre desséché à un banquet, comme convive et compagnon de boisson.
Saint Athanase, évêque d’Alexandrie, dans la Vie de saint Antoine, enseigne que chez les Égyptiens on enveloppait bien le corps des nobles et surtout des bienheureux martyrs dans des linges, et qu’on leur rendait les honneurs funèbres habituels ; mais qu’on ne les ensevelissait pas dans la terre : on les conservait dans les maisons, posés sur des lits. Il ajoute que cet honneur rendu aux défunts provenait d’une ancienne coutume devenue vaine.
Saint Antoine abhorra tellement cette pratique qu’il interdit que ses propres reliques fussent transportées en Égypte, de peur qu’elles ne fussent exposées à cet honneur vain. Jean Damascène rapporte une attitude semblable chez d’autres saints.
Nous savons aussi que saint Athanase estimait que les reliques des saints devaient être déposées dans la terre et non placées dans des urnes, afin d’abolir cette coutume absurde des Égyptiens, qui ne mettaient pas leurs morts sous terre, mais les plaçaient sur des lits et des estrades.
Hérodote attribue cette coutume superstitieuse à la croyance que le feu était un être vivant qui dévorait tout et mourait en même temps, et aussi à la crainte que les corps ensevelis ne soient mangés par les vers. Cassien, quant à lui, n’en fait pas tant une superstition qu’une nécessité, en raison des fréquentes inondations du Nil :
« Ce sont, dit-il, les débordements du Nil qui ont introduit cette pratique chez les Égyptiens ; car toute l’étendue de cette terre, semblable à une mer immense, est couverte pendant une grande partie de l’année par les eaux en crue, si bien qu’on ne peut circuler autrement qu’en barque ; aussi conserve-t-on les corps des morts, embaumés de parfums odorants, dans des cellules situées en hauteur. »
CHAPITRE III
Schéma des corps embaumés en Égypte, présenté aux yeux
Les embaumeurs égyptiens avaient coutume de dessécher les cadavres à un tel degré qu’ils atteignaient la solidité de statues de bronze. Ils les appelaient dans leur langue mappae — selon saint Augustin — comme s’il s’agissait de choses barbares et inhumaines, d’après les gloses d’Isidore. Aujourd’hui, le peuple les appelle momies, c’est-à-dire tous les corps conservés en Égypte par l’embaumement.
Dans leurs troncs se cachent fréquemment certaines petites figurines, longues d’une palme, parfois même plus petites encore, qui représentent de manière remarquable un corps embaumé à la manière égyptienne et enveloppé de linges. Thévet estime que ces petites images sont des symboles des divinités que le défunt aurait vénérées de son vivant ; Bellonius ne s’éloigne pas beaucoup de cette opinion. Goropius Becanus les juge être des simulacres de Canopes ; Guichardus, ceux d’Isis ou d’Osiris.
Que puis-je affirmer au milieu d’une telle divergence ? Peut-être dirai-je avec plus de vérité que ces images sont des modèles représentatifs de cadavres embaumés.
Le prince Radziwiłł va dans ce sens dans sa Pérégrination à Jérusalem, ayant lui-même examiné avec soin les sépultures égyptiennes :
« Ces idoles, dit-il, sont faites d’argile, de couleur bleuâtre ou verdâtre, longues d’un doigt, parfois même plus petites encore, certaines liées comme des nourrissons avec des bandelettes, et portant de nombreux caractères égyptiens gravés. Or ces idoles sont enveloppées de linges de la même manière que les corps qu’elles représentent, linges devenus si vétustes par l’ancienneté qu’ils prennent l’aspect d’un tissu brûlé, noirci et se désagrégeant facilement. »
Déjà Hérodote écrivait que, lorsqu’un homme meurt dans une maison, les femmes se couvrent la tête de boue, laissent le cadavre étendu, et vont annoncer la mort à leurs proches. Alors arrivent des artisans spécialement institués à cet effet, qui exercent ce métier : lorsque le cadavre leur est apporté, ceux qui l’ont porté présentent des modèles matériels de morts, façonnés et diversifiés ; l’un est le plus précieux et le plus coûteux, un second est inférieur et de moindre prix, un troisième est tout à fait vulgaire. On demande alors à la famille à l’image de quel modèle elle souhaite que le défunt soit façonné ; après accord sur le prix, les porteurs s’en vont, et ceux qui restent procèdent ainsi à l’embaumement du corps.
Ces xylina sêmata — que Lorenzo Valla traduit par « images funéraires en bois » — je les appellerais plus exactement, si je ne me trompe, des modèles matériels, d’une part parce que le mot grec xýlon désigne toute matière façonnable, et d’autre part parce que, dans les corps embaumés, on trouve effectivement de petites statues faites d’argile ou d’une autre matière solide. Elles servaient, selon moi, à indiquer à la postérité selon quel mode d’embaumement chaque cadavre avait été traité : soit avec des signes hiéroglyphiques et des marques à la manière d’Osiris enseveli — dont Hérodote tait le nom par respect —, soit selon l’un des deux autres modes, de moindre coût, avec des pigments rouges, verdâtres ou bleuâtres.
De tels simulacres — appelés gabbaras — nous en avons vu beaucoup, et nous en possédons nous-mêmes, reposant sur une base quadrangulaire, sur laquelle toute la figure se tient droite. Nous en présentons ici un seul, dépourvu de signes hiéroglyphiques, afin que la disposition de l’enveloppement soit mieux perçue.
Le corps est d’abord enveloppé d’une toile de lin byssine, depuis la nuque jusqu’aux pieds ; puis il est entouré de bandelettes, lesquelles, en raison de la gomme appliquée en abondance, ne sont plus visibles. Les coudes sont croisés sous le lin, de sorte que la main droite repose sur le côté gauche de la poitrine, et la gauche sur le côté droit. Un voile est posé sur la tête, retombant de part et d’autre jusque vers le milieu de la poitrine ; à l’arrière, il descend entre les omoplates.
Sous le menton est placée une bandelette pendante, qui serre les joues et les mâchoires des morts afin que la bouche ne reste pas ouverte, comme l’indique Lucien ; seul le visage reste découvert, les oreilles demeurant visibles. Diodore rapporte que les Égyptiens remettaient ensuite le cadavre embaumé aux proches du défunt, en conservant intactes toutes les parties, jusqu’aux sourcils et aux cils, afin que l’aspect complet du corps fût maintenu.
Cela montre que tous les traits du visage étaient conservés, parfois même à l’aide de masques, comme en témoigne le prince Radziwiłł, témoin oculaire :
« Les corps que nous avons trouvés déposés dans les tombeaux portaient sur le visage des masques peints ou dorés, d’où l’on comprenait que les traits de ceux qui y avaient été déposés avaient été exprimés d’après nature. »
Ils avaient aussi coutume de porter ces petites images lors des banquets, afin de rappeler aux convives la nécessité de la fin ultime. Hérodote écrit que, pendant les festins, un serviteur apportait en tournant une petite effigie en bois d’un mort, peinte et façonnée de façon frappante, de la longueur d’une coudée ou parfois de deux, en disant à chacun :
« En te regardant, bois et réjouis-toi : tel tu seras après la mort. »
Un simulacre semblable, mobile et en argent, est présenté par un esclave lors du banquet de Trimalcion, chez Pétrone : une figurine d’argent aux articulations souples, que l’on jetait sur la table et qui prenait diverses postures ; Trimalcion ajoutait alors :
« Hélas, hélas, misérables que nous sommes ! L’homme n’est rien.
Ainsi serons-nous tous, lorsque l’Orcus nous aura emportés.
Vivons donc, tant qu’il nous est permis de bien vivre. »
Chez les Grecs, l’exposition publique de tels simulacres faisait partie des rites de deuil : Plutarque, à propos d’Alcibiade, évoque l’usage des femmes athéniennes qui, lors de la fête des Adonies, plaçaient dans les rues de petites images funéraires, afin de commémorer publiquement la douleur de Vénus pour la mort d’Adonis.
CHAPITRE IV
Double rite de la sépulture judaïque : les morts lavés, oints et enveloppés ; application à la sépulture du Christ : le suaire, le soudarium, les linges.
Quant à la manière de traiter les cadavres chez les Juifs, j’en trouve deux formes.
La première, plus ancienne, était entièrement semblable à celle des Égyptiens, et pratiquée par ceux qui avaient vécu — ou vivaient encore — en Égypte, comme le patriarche Jacob, dont le corps, sur l’ordre de son fils Joseph, fut embaumé avec des aromates pendant quarante jours, puis déposé dans un tombeau en Égypte.
La seconde était propre aux Juifs habitant la Palestine : moins coûteuse et très différente de la précédente. Elle fut établie sur le précepte de Gamaliel l’Ancien, dont l’autorité était suprême tant parmi les prêtres que dans le peuple. Voyant — rapporte Rabbi Jacob — que les dépenses funéraires avaient tellement augmenté chez les Hébreux que les proches, effrayés par leur ampleur, se détournaient parfois même du cadavre, il fut décidé — décision fidèlement observée par les générations suivantes — que les corps ne seraient enveloppés que de simples linges de lin, sans grande valeur, sans distinction d’ordre ni de dignité, fût-elle royale. Et c’est selon ce mode qu’il ordonna lui-même d’être enseveli.
Rabbi Jacob explique cela plus clairement encore d’après Rabbi Moïse d’Égypte : les hommes avaient coutume de soigner les corps des hommes, et les femmes ceux des femmes, de la manière suivante : fermer d’abord les yeux du défunt, serrer la bouche à l’aide d’une bandelette, raser les cheveux, laver le corps, l’oindre de parfums, envelopper le cadavre ainsi préparé dans des linges, puis le déposer dans le sépulcre.
Le premier rite consistait donc à fermer les yeux du défunt, ce qu’Ovide appelle condere, *Virgile premere, et *Varron sigillare, et à maintenir la mâchoire inférieure — la seule mobile — à l’aide d’une bandelette attachée au sommet de la tête, afin qu’elle ne s’ouvre pas.
Nous croyons que ce service fut rendu au Christ par sa mère vierge, selon l’usage ancien par lequel les mères rendaient ce devoir à leurs fils. Ainsi Polynice, s’adressant à sa mère chez Euripide, dit :
« Tu m’as fermé les paupières de ta main maternelle. »
Et l’on trouve les plaintes d’Euryale, chez Virgile, déplorant que son fils ait été privé de ce devoir :
« Et toi, hélas, ta mère n’a pas conduit tes funérailles,
ni fermé tes yeux, ni lavé tes blessures. »
La seconde étape était la coupe des cheveux ; toutefois les Juifs s’en abstenaient pour les condamnés, comme le note Baronius, parce qu’ils étaient soumis à la malédiction de la Loi. C’est pourquoi le Christ Sauveur fut enseveli sans être tondu, puisqu’il avait subi une sentence de la part de ces impies.
La troisième étape consistait dans le lavement du corps, usage si répandu chez les anciens qu’il serait fastidieux d’en rappeler les témoignages. Métaphraste écrit que la bienheureuse Vierge, sa mère, lava de ses larmes les plaies du Christ. Ce récit m’a rappelé ces vers d’Ennius, rapportés par Macrobe :
« Il ne m’a pas été permis de jeter la terre,
ni de revêtir le corps sanglant,
ni, misérable, de laver le faux sang de mes larmes. »
Que plusieurs personnes aient participé au lavage du corps du Seigneur, Jean Chrysostome l’indique d’après les anciens, lorsqu’il dit :
« Tandis que Joseph le demandait à Pilate, et tandis qu’ils le lavaient, le soir était déjà arrivé. »
Les linges précieux et purs, recueillis sur le corps lavé du Christ mort, Baudouin, roi de Jérusalem, 5 les envoya de Palestine à ses Flamands 6 par l’abbé de Saint-Bertin 7, 8 comme le rapporte Lorinus dans ses commentaires. 9
Après le lavage suivait l’onction, ou embaumement, pratiquée différemment par les Égyptiens et par les Juifs.
Les premiers, après avoir éviscéré le corps et extrait le cerveau par les narines, appliquaient les substances conservatrices à l’intérieur, comme le rapporte Hérodote, qui appelle ce procédé salutio.
Les Juifs, au contraire, appliquaient les aromates et les onguents extérieurement, ce que l’Écriture nomme en grec ἀρώματα ou ἀλείμματα.
Le Christ avait lui-même annoncé cette onction de son vivant, lorsque Marie, ayant pris une livre de nard pur de grand prix, en oignit ses pieds. Il dit alors :
« Laisse-la faire : elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture. »
Pour l’oindre après sa mort, Nicodème vint le premier, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. Puis, après que le sabbat fut passé, Marie Madeleine et les autres femmes achetèrent des aromates afin de venir l’oindre.
En cinquième lieu, le cadavre ainsi oint était enveloppé de linges. Cette partie du rite semble être contenue dans ce précepte de l’Ecclésiastique :
« Mon fils, verse des larmes sur le mort, et, comme ayant subi un grand mal, commence le deuil ; selon le jugement, couvre son corps, et ne néglige pas sa sépulture ; donne-lui des funérailles selon son mérite. »
J’explique ces mots « selon le jugement, couvre son corps » ainsi : enveloppe-le de linges selon l’usage funéraire.
Jean écrit :
« Ils prirent le corps de Jésus et le lièrent de linges avec des aromates, selon la coutume des Juifs pour ensevelir. »
J’expose maintenant ce rite dans le détail, à partir des Écritures.
Ainsi Matthieu rapporte :
« Le soir venu, arriva un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Pilate ordonna qu’on le lui remît. Joseph prit le corps, l’enveloppa d’un suaire pur, et le déposa dans son tombeau neuf, qu’il avait taillé dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau. »
Marc écrit de même :
« Le soir venu, comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, Joseph d’Arimathie, membre éminent du Conseil, qui lui aussi attendait le Royaume de Dieu, osa entrer chez Pilate et demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort ; il appela le centurion et s’en enquit. Informé par le centurion, il remit le corps à Joseph. Celui-ci acheta un suaire, descendit le corps, l’enveloppa dans le suaire, et le déposa dans un tombeau taillé dans le roc, puis roula une pierre à l’entrée du tombeau. »
Luc ajoute :
« Et voici qu’il y avait un homme nommé Joseph, membre du Conseil, homme bon et juste, qui n’avait pas consenti à leur dessein ni à leurs actes ; il était d’Arimathie, ville des Juifs, et lui aussi attendait le Royaume de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. L’ayant descendu, il l’enveloppa dans un suaire et le déposa dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été mis. »
Par le mot sindon employé par Matthieu, Marc et Luc, j’entends l’ensemble des linges utilisés d’une manière ou d’une autre pour la sépulture du Christ, tant ceux qui furent placés à l’intérieur du tombeau que ceux qui servirent à recevoir le corps ensanglanté, fraîchement descendu de la croix, et à le couvrir décemment pour le transport au lieu de l’onction. Ce linge semble être le suaire allobroge, comme je le montrerai plus loin ; et il paraît que c’est principalement ce linge qui est désigné par le « suaire pur » dont parlent les trois évangélistes.
Écoutons maintenant Jean :
« Pierre sortit donc avec l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau. Ils couraient tous deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. Se penchant, il vit les linges posés là, mais n’entra pas. Simon Pierre arriva à son tour, entra dans le tombeau, et vit les linges posés, et le soudarium, qui avait été sur la tête de Jésus, non pas avec les linges, mais roulé à part, en un endroit. Alors entra aussi l’autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau ; il vit et il crut. »
Voici donc le soudarium de la tête, et les autres linges, que Luc mentionne aussi sans les distinguer :
« Pierre se leva et courut au tombeau ; se penchant, il ne vit que les linges posés là ; puis il s’en retourna, s’étonnant de ce qui était arrivé. »
Le verbe ligaverunt employé par Jean désigne les bandelettes, les infulae, qu’il mentionne explicitement à propos des funérailles de Lazare :
« Aussitôt sortit le mort, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un soudarium. »
Lorsqu’il ajoute : « ils le lièrent de linges », on peut légitimement se demander si ces linges sont les mêmes que les linteamina, et si, lors de la sépulture du Christ, outre les bandelettes, d’autres linges furent employés. Cela me paraît plus probable, et saint Augustin y incline également :
« Rien ici ne contredit ceux qui comprennent bien la chose ; car ni Matthieu, ni Marc, ni Luc — qui ne parlent pas de Nicodème — n’ont affirmé que le Seigneur n’avait été enseveli que par Joseph seul, bien qu’ils n’aient mentionné que lui ; ni parce qu’ils disent qu’il fut enveloppé d’un seul suaire par Joseph, ils n’interdisent de comprendre que d’autres linges aient été apportés par Nicodème et ajoutés par-dessus, comme le rapporte Jean, lorsqu’il dit qu’il ne fut pas enveloppé d’un seul linge, mais de linges ; d’autant plus que le soudarium de la tête et les bandelettes liant tout le corps étant de lin, même s’il y eut un seul suaire principal, on pouvait dire très justement : “ils le lièrent de linges”, puisque l’on appelle linges, de manière générale, tout ce qui est tissé de lin. »
Voilà la position d’Augustin sur la pluralité des linges. J’y reviendrai plus loin, ainsi qu’aux bandelettes, au soudarium, au suaire, et à l’ensemble de la suite et de l’ordre de la sépulture du Seigneur.
CHAPITRE V
Des termes Sindon et Sudarium, de leur origine et de leurs significations multiples : et de leur emploi respectif pour les funérailles.
Les termes Sindon et Sudarium sont employés indifféremment par de nombreux auteurs ; cependant, considérés avec rigueur, ils possèdent des origines et des significations différentes.
L’origine grammaticale de Sindon est Sidon, ville maritime de la Palestine, dans laquelle on pense que l’on a commencé à fabriquer des sindons. Ainsi, la ville elle-même est tenue pour ainsi dire pour la source, puisque les Phéniciens appellent le lin pissem, comme le rapporte [l’auteur]. Dans une ancienne monnaie d’Anna Faustina, elle est nommée : COL. AVR. PIA. METROPOLIS. SIDON.
La signification de Sindon est variée et multiple.
Et d’abord, ce par quoi l’on entend un linge tissé, ce qui avait de la valeur et était estimé.
Bayfius et Pollux enseignent que la sindon est un vêtement fait de lin égyptien.
Isidore, plus précisément, comprend ainsi : Anaboladium est ainsi nommé, dit-il, le vêtement de lin des femmes, par lequel les épaules sont couvertes, que les Grecs et les Latins appellent sindon.
D’autres l’emploient pour désigner un vêtement entier ; ainsi Strabon, qui écrit que les Indiens portent des sindones blanches et carbasus, contre l’opinion de ceux qui traduisent cela comme étant des vêtements teints de diverses couleurs.
Les anciens glossateurs : Σινδών,tunique de lin.
Galien :
« Ni le chiton, ni le chlamys, ni le tribôn ne sont portés ; mais on est revêtu d’une sindon rigide, ou d’un autre vêtement. »
Martial, à propos de l’Endromis séquanienne :
« Tu te moqueras des vents par ce vêtement, et des pluies, et tu ne seras pas en sûreté même dans une sindon de Tyr. »
De là vient l’histoire lausiacienne, dans laquelle tu trouveras le père appelé Sérapion, surnommé Sindon, parce que, vêtu seulement d’un linge de lin, il se promenait couvert de cela seul.
Enfin, il est rapporté dans l’Évangile de Marc que, lorsque la cohorte des soldats, au pied du mont des Oliviers, saisit le Christ en prière pendant la nuit, tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent ; et qu’un certain jeune homme suivait, enveloppé seulement d’une sindon sur un corps nu ; et, saisi par les soldats, il abandonna la sindon et s’enfuit nu.
De là, Ambroise, Grégoire, Bède et d’autres Pères ont voulu qu’il s’agît de Jean l’Évangéliste. Baronius dit cependant qu’il était encore vêtu d’un vêtement de lin, qui était censé être une sindon, et que, celle-ci étant longue, le jeune homme, saisi de peur, s’en débarrassa à juste titre ; celui-ci est tenu pour Jean, qui — comme on le croit —, afin de ne pas être opprimé par la foule, n’avait pas pris d’autres vêtements, puisqu’il était à table, mais demeura enveloppé d’une sindon sur un corps nu.
Le lin passa ensuite aux funérailles, de sorte qu’il fut un linge sépulcral, pour envelopper et entourer les cadavres, non pour servir de vêtement pour envelopper.
Hérodote, à propos des Égyptiens :
« Après avoir embaumé le corps, ils l’enveloppent tout entier dans une sindon de byssus, coupée en bandes. »
Nonnus, poète grec, a appelé le sudarium par le terme syriaque, et ce non sans raison ; car dans le livre de Ruth, où l’hébreu a : הָוִי, hawi, donné pour linge ; le Chaldéen dit : הַוִי, hawi sudara. D’autres l’attribuent indistinctement à tous les Latins, ce qui devient plus clair chez eux par l’étymologie du mot ; en effet sudare et sudarium sont apparentés. Ils appellent donc sudarium un linge du cou, parce qu’il est destiné à essuyer la sueur du corps, la sueur étant essuyée. J’incline cependant vers l’opinion de Nonnus, à savoir que ce même mot est de nature commune à deux langues, comme on le rapporte pour certains noms tels que Messias, Cephas, Iesus et Pascha.
Dans la comédie moyenne, est appelé συδαρίον ce que nous appelons sudarium, ainsi que Pollux [le rapporte]. L’ancien Onomasticon possède également sudarium, συδάριον.
Chez Quintilien, Vatinus, agissant avec une grande audace, dit :
« Sudarium blanc posé sur le front. »
Et chez Tranquillus [Suétone], Néron se montre le plus souvent en public, tantôt avec, tantôt sans sudarium noué autour du cou, se préparant parfois à la sudatio, où presque à la place du strigile on employait des sudaria ; ceux-ci, Martial les comprend sous le nom de linges, lorsqu’il parle des strigiles de fer :
« Nous nous hâtons d’essuyer les sueurs avec un fer courbé, non pas si souvent, tant le linge est humide. »
Chez Dion, à propos de Néron, à la place de ce que Suétone a appelé sudarium, il emploie le mot grec σινδών, ce qui signifie également un linge ; ce qui est cohérent, puisqu’il s’agissait de sudaria tissés en lin.
Catulle emploie l’un et l’autre indistinctement, lorsqu’il réclame un linge dérobé, en disant :
« … rends-moi mon linge, ce qui ne m’émeut pas par l’affirmation, mais c’est véritablement un souci pour moi : car des sudaria de Setabis, provenant des livres, m’avaient été donnés en présent par Fabullus et Véranius ; ce présent me plaît nécessairement, ainsi que mon Véraniolus et Fabullus. »
On appelait sudaria ceux de Setabis, ville d’Espagne, située sur une hauteur du royaume de Valence, autrefois dite Xàtiva, laquelle jadis, en Europe, avait la suprématie du lin. Le sudarium, étant surtout destiné à essuyer la sueur, a aussi été appelé orarium.
Jérôme dit :
« Il n’est pas louable de marcher sans vêtement de lin ; il est ridicule, et plein d’arrogance, de se glorifier de ne pas avoir de sudarium ou d’orarium. »
L’ouvrage étymologique donne ceci : ὀράριον, de ὄρος/ὥρα (?), c’est-à-dire linge de la bouche, linge par lequel on essuie le visage, linge avec lequel on nettoie la saleté. Alcuin, parlant de l’habillement des prêtres, appelle sudarium ce qui sert à essuyer les couleurs et les narines.
La Gemma animae :
« Le prêtre place le fanon sur le bras gauche, lequel est à la fois mappula et sudarium. » est appelé sudarium.
Durand, dans le Rational, dit :
« Le sudarium est un linge de lin, que le servant tient toujours prêt pour l’évêque, afin que celui-ci essuie la sueur et toute l’humidité ruisselant du corps. »
Le sudarium par lequel le Seigneur Christ essuya sa sueur ensanglantée au mont des Oliviers est tenu en très grande vénération au Mont-Saint de Bavière.
Jean emploie aussi le sudarium dans un usage funéraire, lors de la sépulture du Christ et de Lazare ; et d’autres auteurs communément, comme il sera clairement établi dans les chapitres suivants.
CHAPITRE VI
Le sudarium de Vesontio : on voit qu’il est bien celui-là même dont Bède rapporte des choses admirables, et dont on dit qu’il fut concédé par la Vierge Mère de Dieu à son Fils pour sa sépulture ; ses premiers possesseurs.
Du sudarium qui avait été sur la tête du Christ, le Vénérable Bède, dans son livre Des lieux saints, chapitre 5, rédigé par lui-même d’après le récit de l’évêque Arnulphe, lequel visita presque à la même époque les lieux saints où ces choses s’étaient accomplies, rapporte ceci :
« Le sudarium de la tête du Seigneur, après la Résurrection, fut bientôt dérobé par un certain Juif très habile, et — jusqu’au moment où, accablé par la maladie, il fut sur le point de mourir — il le conserva avec lui parmi ses biens ; lequel, sur le point de mourir, interroge ses fils pour savoir à qui il veut que le sudarium du Seigneur, avec les autres reliques de son père, soit remis les reliques. Il choisit la plus grande part des richesses, et la plus petite, le sudarium ; et aussitôt il décréta que les richesses, puisqu’elles étaient périssables, fussent restituées à son frère avec fidélité, afin que, d’une génération à l’autre, elles demeurassent aux fidèles. De là, parvenu parmi les impies, il augmenta seulement ses richesses, comme les Juifs, et cela pendant longtemps ; jusqu’à ce qu’après de longs litiges, dans lesquels les Juifs chrétiens affirmaient être les héritiers de leur Christ, et les infidèles, au contraire, ceux de leurs pères, Mahumias, roi des Sarrasins, qui régnait alors, fut établi juge ; lequel, après avoir interrogé les parties, ordonne qu’un grand bûcher soit allumé, prie le Christ juge, lui qui est reconnu avoir eu ce linge pour le salut de son peuple sur sa tête. Ainsi, ayant jeté le sudarium dans le feu, il s’envole, emporté par un rapide rapt, et, se diffusant très largement dans l’air sous forme de fumée, voltige, comme en jouant, vers l’autel, sous les yeux attentifs de tous, et se dépose doucement dans le sein d’une certaine femme du peuple chrétien ; laquelle, aussitôt, tout le peuple se pressant, s’étonnait de la fumée vénérée, et l’adorait. Cette femme avait toutefois huit pieds de long.
Bède attribue cette vertu incombustible du sudarium non à une autre origine qu’à la qualité imputrescible du bois de la sainte Croix, dont il dit que la chair du Christ, vivifiée par son sang, n’a pas vu la corruption après la mort.
Ce ne fut pas un miracle isolé (ce que rapporte Baronius à l’année 1014) :
Léon d’Ostie raconte, au sujet d’un linge avec lequel le Christ ceignit les pieds de ses disciples.
De nos jours, dit-il, certains moines venant de Jérusalem ayant apporté une parcelle du linge avec lequel le Sauveur avait essuyé les pieds de ses disciples, la déposèrent ; et, par vénération pour le caractère sacré du lieu (au monastère du Mont-Cassin), ils la conservèrent avec une très grande dévotion, le sixième jour des ides de décembre. Mais comme beaucoup mettaient en doute sa véracité, ils placèrent ladite parcelle, sur la foi des prédécesseurs, sur des charbons ardents ; laquelle, aussitôt, changea en la couleur du feu ; cependant, les charbons ayant été ôtés, elle revint admirablement à son aspect premier ; et, comme ils se demandaient comment ou en quel lieu déposer de si grandes reliques, par une inspiration divine, et en même temps par une mission, ce lieu miraculeux fut assigné, où se trouve maintenant déposée cette même parcelle du linge, ornée avec une grande finesse et une extrême beauté par un travail anglais, d’argent, d’or et de pierres précieuses.
Nous croyons que le sudarium de Vesontio est bien celui-là même dont parle Bède ; et bien qu’aucun fait d’histoires anciennes ne puisse établir de manière assurée comment, à partir de ce siècle-là, où il apparut comme objet unique et remarquable, il parvint enfin à Vesontio, la raison nous conduit toutefois à cette conclusion, laquelle ne semblera pas de peu de poids à des hommes de jugement : à savoir que la longueur et la célébrité du sudarium de Vesontio correspondent parfaitement au récit de Bède. Le sudarium dont parle Bède avait huit pieds de long, ainsi que celui de Vesontio ; et Adrien rapporte la même longueur pour le linceul du sépulcre du Seigneur. Mais la longueur de la Sindon de Turin est de douze pieds : d’où il résulte que, selon moi, il ne peut être prouvé pour valable l’opinion de Paleotti, qui affirme que cette Sindon est le sudarium de la tête du Sauveur, de quoi traite Bède ; puisque la différence de longueur réfute le contraire. En effet, huit pieds — même anglais (desquels il semble possible que Bède ait parlé) — ne peuvent égaler la longueur de la Sindon de Turin, bien que celle-ci n’atteigne que douze pieds communs. Or, puisque le sudarium du Christ était long de huit pieds, et que la vertu divine l’a soustrait aux flammes, il n’est pas croyable qu’il ait péri depuis ce temps-là ; et l’on ne trouve dans l’Église de Dieu aucun autre objet de cette mesure, dont la célébrité et la sainteté répondent à ces premiers miracles rapportés par Bède, si ce n’est celui de Vesontio. Nous sommes donc fortement conduits à conclure que ce sudarium même, rendu célèbre par Bède comme étant celui du Christ, est parvenu, de mains en mains, jusqu’à Vesontio.
Bède fait des Juifs les premiers possesseurs, ceux qui crurent au Christ ; puis, jusqu’à la cinquième génération ; ensuite, des infidèles, jusqu’au temps de Mahumias, prince des Sarrasins, que Baronius situe en l’an 678, après avoir fondé sa vie ; lequel laissa son fils Gizid héritier de son royaume.
Et l’on ne doit pas non plus penser à la légère que ce soit ce sudarium même qui fut pieusement et honorablement déposé auprès du Christ, comme le rapporte Métaphraste, bienheureux l’avait tendu à la Vierge mère à Joseph, le gardien des funérailles.
« Voyant son Fils mort (dit-il), elle fut saisie d’un tel mouvement de l’âme qu’il convenait ; car elle s’occupait aussi de le descendre de la croix avec des mains maternelles, et elle recevait dans son sein ceux qui l’en détachaient ; elle embrassait ses membres, tantôt effleurant les blessures, tantôt nettoyant les plaies par ses larmes pieuses ; puis, ayant parcouru tout le corps, elle dit : “Voici que, pour moi, ô Seigneur, tout mystère est accompli jusqu’à la fin.”
Alors, d’une voix apaisée, elle dit : “Et toi, Joseph, je remets entre tes mains le SUDARIUM ; mais prends-en soin avec diligence, afin qu’en le livrant à la sépulture, tu l’ensevelisses honorablement, que tu l’embaumes de myrrhe et que tu l’emploies pieusement.” »
Voilà ce que rapporte Métaphraste, dont l’autorité, tirée de monuments plus anciens, est attestée par Baronius.
Et ce linge ne doit pas être tenu pour moindre, parce que nous croyons qu’il fut conçu et tissé par la bienheureuse Vierge elle-même ; il ne doit pas être jugé indigne d’un si grand monument : car elle (comme il est dit dans les Proverbes) cherchait la laine et le lin, et travaillait de ses mains avec sagesse.
« Comme d’abord elle apprit aux enfants en bas âge à proférer de douces paroles,
comme elle enseigna à la tête à porter des traces nobles et belles,
comme elle orna de vêtements les membres et les demeures maternelles,
ainsi, par son œuvre, elle couvrit le Dieu nouveau-né d’un vêtement pauvre. »« Soutenez les cieux, dit-il, donnez des dieux vos dons. »
« Mes accroissements, moi-même enfant, croissaient toujours avec mon corps, et s’adaptaient peu à peu à mes membres en croissance ; je ne craignais pas l’épée, je n’évitais pas la lance, je cédais, et ces monuments de notre labeur demeuraient. »
En effet, on croit que la tunique sans couture du Fils fut tissée par une œuvre admirable ; et l’on croit aussi que sa petite tunique de lin, qu’il portait encore enfant, laquelle, faite d’un lin plus grossier, est conservée à Rome dans la basilique du très saint Jean de Latran. Il existe aussi un autre linge, distinct du sudarium de la tête du Seigneur, qui aurait été apporté de l’Orient par l’apôtre Pierre, appelé linteum, dans lequel sont contenues les images du Seigneur, avec deux bandes rouges, et d’autres marques verdâtres.
Pulchérie Augusta le plaça autrefois sur le forum de Théodose, dans le temple de la sainte Mère de Dieu, sous l’autorité de Nicéphore. Et dans la ville d’Aduatica, aujourd’hui appelée Huy, est conservé un autre globe de la même bienheureuse Vierge, décoré par un fil sacré, tiré des doigts mêmes, et par la splendeur du tissu ; de sorte qu’on ne peut pas juger témérairement que celle qui, chez les Égyptiens, vécut jadis λινόβιος et λινοπλόκος (c’est-à-dire vivant du lin et tisseuse de lin), n’ait pas pu, de ses propres mains, confectionner un sudarium sépulcral en enveloppant le fil ; ou bien aussi qu’elle n’ait pas tissé un double linge, le lin sacré passant par le milieu ; car c’est ainsi que l’on croit que fut fabriqué celui de Vesontio, lequel devait ensuite être déployé par le milieu. Et ainsi fut la fin de la mort.
C’était l’usage le plus ancien des matrones de ce temps-là de tisser des voiles funéraires pour les proches et les amis. Pénélope, chez Homère, tissa pour Laërte, le héros, un linge semblable ; et elle tissa pour Pallas des vêtements très précieux destinés au défunt.
« Heureuse dans ses travaux, jadis, de ses mains, Sidonienne, Didon les avait faits, et avait orné de fils d’or de fines toiles. »
CHAPITRE VII
La calomnie des novateurs, et son argument double concernant le sudarium sacré du Christ : pourquoi le sudarium de Vesontio ne présente pas les empreintes ; Lazare, ressuscité, encore lié de ses bandelettes.
Calvin, partout porté à la calomnie, a vomi de la calomnie surtout contre les reliques du Christ et des saints. Il parle ainsi du sudarium du Christ :
« De quelle manière (dit-il) la tromperie des papistes est-elle rendue plus manifeste ? Ils montrent en effet un linge, sur lequel apparaît l’effigie d’un homme entier, avec la tête imprimée en même temps ; or le linceul, vêtement du corps, ne couvrait que le corps du Christ, et non la tête ; d’où donc vient cette effigie avec la tête, puisque la tête du Christ n’était pas enveloppée par le linceul, mais par un sudarium distinct ? »
Par cet argument, Calvin s’efforce de renverser et d’ébranler chez les catholiques le culte sacré des sudariums.
D’autres ajoutent encore que même les empreintes de farine ont dû être représentées sur les sindones ; car les Juifs avaient coutume de laisser les mains et les pieds des morts liés par de minces bandelettes, lesquelles étaient parfois imprégnées de farine ; ce qui est clairement exprimé dans la sépulture de Lazare :
« Et aussitôt sortit celui qui avait été mort, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était entouré d’un sudarium. »
À partir de ces éléments, Pingonius, combattant pour la Sindon allobroge, explique que le corps du Christ, dans le sépulcre, n’a pas été enveloppé comme un corps enseveli et enseveli définitivement, mais seulement oint et préparé, et récemment descendu de la croix, avant l’ensevelissement.
Et cela, à vrai dire, je le confirmerai plus bas en plusieurs points.
Mais pour nous, concernant la Sindon de Vesontio, que nous disons avoir été dans le sépulcre, il convient d’expliquer comment elle présentait à la fois la tête avec le reste du corps, sans cependant montrer aucune empreinte, puisque les mains et les pieds y étaient liés.
Et certes, Gretserus semble vouloir résoudre ce miracle, et il propose même de mettre en doute cette forme de sépulture judaïque que Calvin objecte.
Mais admettons (dit-il) ce que Calvin tient pour certain : que la Sindon était le linceul du corps, et que celui-ci couvrait seulement le corps et non la tête, et que le sudarium était le revêtement de toute la tête ; ce dont personne ne doute sans témérité ; admettons encore ceci : Calvin pense-t-il que le Christ ressuscitant, ou se relevant ou bien reposant dans le sépulcre, n’aurait pas eu une puissance telle qu’il pût imprimer sur la sindon toute son effigie, bien que tout le corps ne fût pas entièrement couvert par la sindon.
Peut-être Calvin, conduit par quelque réflexion, se persuadait-il que le Christ était semblable aux statues de cire des sculpteurs, lesquelles, afin de recevoir l’image de la cire, doivent nécessairement appliquer tout le modèle ; ou bien aux peintres, qui, lorsqu’ils veulent représenter dans la peinture l’aspect entier du corps, appuient aussi tout le corps sur la surface humide.
Mais cela est puéril, et d’un raisonnement bien faible : car il ne faut pas mesurer la puissance divine selon le mode des forces humaines ; et puisqu’il est certain que quelque chose d’extraordinaire est intervenu dans la formation de ces linges sacrés pour tracer la ressemblance de tout le corps, il fut aussi facile au Christ d’opérer plusieurs miracles à la fois qu’un seul. Cependant, dans les choses de la foi et de la religion, on ne doit pas multiplier les miracles sans nécessité ; surtout pour des esprits débiles, qui sont lents de cœur à croire, même aux mystères nécessaires au salut.
C’est pourquoi j’ai entrepris d’exposer deux points, par lesquels toute la force des raisonnements impies est brisée : le premier, que les empreintes, c’est-à-dire les images sépulcrales, dans la sépulture judaïque, n’étaient pas imprimées seulement par les mains et les pieds extrêmes, liés par l’enroulement des bandelettes, mais que tout le cadavre, à l’exception de la tête, était enveloppé complètement et entouré ; le second, que le sudarium de la tête, selon le rite funéraire des Juifs, recouvrait toute la partie antérieure du corps.
De la question postérieure, je traiterai plus fréquemment à propos de la tête ; pour l’instant, de la précédente.
Donc, que les linges sépulcraux, appelés infitae, aient enveloppé tout le corps, exactement comme on a coutume d’envelopper un enfant reposant dans son berceau, Hérodote l’indique dans Euterpe :
« Après avoir embaumé le corps, dit-il, ils l’enveloppent tout entier dans une sindon de byssus, découpée en bandes. »
Ceci vaut pour les Égyptiens, chez lesquels les Juifs ont tiré la plupart de leurs rites ; et cela est signifié non obscurément par saint Jean, lorsqu’il dit :
« Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de linges avec des aromates, comme c’est la coutume chez les Juifs d’ensevelir. »
Il ne dit pas seulement les pieds ou les mains, mais le corps ; et ce, non avec des bandelettes étroites, ni avec des liens semblables à des ficelles, mais avec des linges larges, à savoir des infitae funéraires, d’une largeur proportionnée, faites de linges, ou bien d’une toile de lin, coupée en longueur dans le sens droit du fil.
Augustin confirme cela dans le passage déjà cité :
« À cause du sudarium, dit-il, qui était appliqué à la tête, et des infitae par lesquelles tout le corps était lié. »
Les mains ne sont donc pas ordinairement liées seules avec les pieds par des infitae.
Mais quant à ce passage de Jean concernantLazare, qui, à la voix du Christ l’appelant, sort aussitôt, les mains et les pieds liés de infitae : ce lieu a trompé presque tous les lecteurs, au point que selon le rite judaïque, ils estimèrent que les mains et les pieds extrêmes étaient liés par leurs propres liens à la forme du tronc du corps ; mais à celui qui examine avec plus d’attention, il apparaîtra quelque chose de tout à fait différent. Car il ne me fait aucun doute que les infitae, ou bandelettes, enveloppaient tout le corps de Lazare avec les mains et les pieds, comme chez les enfants, qui, étant enveloppés de bandelettes, sont dits par Pline être entravés des mains et des pieds.
Nonnus, à propos de Lazare :
« celui qui, lié de bandelettes, s’avance hors du tombeau, scellé par des liens funéraires sur tous ses membres. Et, des pieds jusqu’à la tête, il avait tout le corps resserré par des infitae entrelacées, ou bandelettes sépulcrales. »
Qu’y a-t-il de plus clair ? Assurément, Nonnus, auteur très ancien, savait quelles infitae la coutume judaïque admettait pour les mains et les pieds : à savoir que les mains, repliées vers le tronc, étaient enveloppées en même temps que le reste du corps, et que les jambes étaient également enveloppées jusqu’aux pieds. Ainsi donc, puisque tout le corps était resserré par des bandelettes, pourquoi Jean n’a-t-il voulu mentionner que les mains et les pieds ? Parce que cela seul semblait suffire pour manifester la nature du nouveau miracle.
Les Pères reconnaissent deux miracles éclatants dans Lazare : le fait qu’il revienne à la vie après quatre jours de mort ; et le fait que, à la voix du Christ, bien qu’entravé par les mains et les pieds, il sortit aussitôt.
« Ô miracle suprême, et double miracle ! », dit Euthyme, « non seulement parce qu’il était déjà revenu à la vie, mais encore parce que, lié, il marcha, il est revenu à la vie ; mais même celui qui était lié est sorti du tombeau. »
Dans son homélie De gratia, saint Basile dit :
« Ô merveille ! dit-il, ô œuvre admirable ! celui qui était mort est rendu à la vie ; celui qui était lié marche ; il a les pieds liés, et pourtant il n’est nullement empêché de se mouvoir. »
Voici : celui qui était mort, revenu de la mort, marche, bien qu’encore lié. Admire miracle dans le miracle : il avait les pieds liés par des bandelettes, et cependant il n’était nullement empêché de marcher.
Très justement donc saint Jean n’a fait mention que des pieds et des mains de Lazare liés, parce que sortir du tombeau avec le tronc du corps enveloppé de bandelettes n’était pas miraculeux ; mais se lever sur ses pieds, sortir du sépulcre, avec les mains et les pieds resserrés, voilà ce qui était absolument extraordinaire, et un miracle dans le miracle, comme l’enseigne Basile : car aucun homme vivant, même robuste et vigoureux, s’il gisait de tout son corps et avait les membres liés, ne pourrait se redresser sur ses pieds, puisque, pour se lever, un mouvement varié et une libération des mains et des pieds sont nécessaires, comme l’enseigne l’expérience et comme le prouvent les mécaniciens.
J’ajoute ici une remarque digne d’une grande attention.
Chez les auteurs savants, par mains et pieds, on entend les membres entiers.
Car Hippocrate et Galien distinguent dans le bras l’épaule, le coude et la χειρ (cheir), c’est-à-dire l’extrémité de la main ; de même, dans la jambe, la cuisse, le tibia, et l’ἄκρον πόδα (akron poda), c’est-à-dire le pied extrême.
Ainsi donc, Lazare, lié par les infitae aux mains et aux pieds, l’était en réalité à tous les membres supérieurs et inférieurs ; et de quelle manière des membres entiers auraient-ils pu être liés, si le tronc même du corps n’avait pas été également resserré par ces mêmes bandelettes ?
Cette image frappe notre sens : Lazare, ressuscité par la voix du Christ, sortant alors même qu’il n’était pas encore délivré de ses liens.

Jésus, d’une voix forte, cria : « Lazare, viens dehors ! » Et aussitôt sortit celui qui avait été mort, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était entouré d’un sudarium. (Jean XI)
Ainsi donc, à ce qui est objecté contre le sudarium de Vesontio, je réponds qu’il n’était pas nécessaire que les infitae y fussent visibles, ou bien même sans aucun nouveau miracle ; puisque ni les pieds seuls, ni les extrémités nues, n’étaient manifestement enveloppés, mais que tout le corps, auquel ils étaient déjà attachés, était entouré et enveloppé de linges.
CHAPITRE VIII
Le sudarium de Vesontio est bien celui-là même dont saint Jean dit qu’il fut sur la tête du Seigneur.
Déjà donc, par des conjectures qui ne sont pas à mépriser, nous sommes conduits à penser que le sudarium de Vesontio est ce sudarium de la tête du Sauveur, au sujet duquel le vénérable Bède rapporte des choses admirables, et qu’il était long de huit pieds. Mais le calviniste se moque de Bède et des Vesontiens : celui-ci, dit-il, aurait estimé qu’un linge d’une telle longueur aurait été appliqué seulement à la tête du Christ ; ceux-là, au contraire, feignent que ce linge, se rapportant à la partie antérieure de tout le corps du Christ, tient lieu de sudarium de la tête ; alors que le sudarium de la tête, dans la sépulture judaïque, ne couvrait que la tête, comme il apparaît manifestement par Jean, qui, au chapitre onzième concernant Lazare, dit :
« Et son visage, dit-il, était entouré d’un sudarium. »
Et, au chapitre vingtième :
« Il entra dans le tombeau, et il vit les linges déposés, et le sudarium qui avait été sur la tête, non pas posé avec les linges, mais roulé à part, en un lieu à part. »
Dans cette question, qui est commune à Bède et aux Vesontiens, j’ai deux choses à dire, par lesquelles il apparaît que l’on ne parle ici ni de manière inepte, ni sous l’effet d’un raisonnement forcé.
Premièrement, dans la sépulture judaïque, les linges funéraires appelés infitae étaient appliqués à tout le corps, en partie par-dessous, en partie par-dessus, sur lesquels les bandelettes étaient ajustées ; mais les infitae elles-mêmes n’étaient pas enroulées directement autour du corps nu.
Cela est indiqué par Jean et Luc, qui font mention de linges distincts, ainsi que du sudarium de la tête, ce qui n’aurait pas été exprimé de manière suffisamment adéquate s’ils avaient parlé seulement des bandelettes (infitae), comme Jean le dit explicitement :
« Ils lièrent le corps de Jésus avec des linges » ;
car cela ne signifie pas tant qu’ils lièrent ce corps avec des bandelettes de lin ou une toile de lin, que le fait que le corps, enveloppé de linges et du sudarium, fut ensuite serré par des infitae ; autrement, par ces paroles mêmes, Jean n’aurait pas exposé de manière suffisamment appropriée la sépulture du Christ.
Il dit en effet :
« Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de linges avec des aromates, comme c’est la coutume chez les Juifs d’ensevelir. »
Cette expression embrasse tous les linges funéraires par une formule générale ; elle ne signifie donc pas seulement les bandelettes étroites (infitae), mais aussi le sudarium, dont il fait expressément mention au chapitre vingtième, et la sindon, qu’elle soit un ou plusieurs linges, par lesquels tout le corps était recouvert avant d’être lié par les infitae.
Nonnus appelle ces linges, que Jean désigne sous le nom de linteamina, par des expressions équivalentes : τάφιας ὀθόνας et ἐνδεῖς χιτῶνας, c’est-à-dire des linges sépulcraux, des tuniques de lin, ou des vêtements. Le dernier terme (vox) ne peut être compris des infitae même linéaires qu’en un sens très impropre. Examine donc : comment aurait-on pu envelopper convenablement, ou honnêtement, ou sûrement, le cadavre nu par des bandelettes étroites ?
N’y aurait-il pas eu danger, si seules des infitae étroites avaient été appliquées, qu’il ne restât quelque partie du corps non couverte ?
Bien au contraire, puisque la plupart des peuples, et nommément les Égyptiens, comme Hérodote en témoigne, enveloppaient le cadavre tout entier de sindon et de linges sur toutes ses faces. Or, puisque cela fut fait chez les Juifs, personne ne doutera à bon droit qu’il y ait eu des infitae destinées à resserrer, mais que les linteamina, qui recouvraient tout le corps, furent destinées à couvrir le corps lui-même.
J’ajoute un second point : ce linge qui couvrait toute la partie antérieure du corps étendu, de la tête jusqu’aux pieds, peut être justement appelé sudarium de la tête ou du visage. Pollux l’enseigne dans son Onomasticon, où sudarium est dit tantôt ἡμιτύβιον ; et il semble qu’Aristophane ait eu cette acception lorsqu’il dit :
« Et, saisissant le linge, il essuya doucement les paupières. »
Ainsi l’interprète de Pollux supplée à la pauvreté du vocabulaire latin : si tu traduis hardiment ἡμιτύβιον par « demi-linceul », tu diras quelque chose de vrai et de sépulcral : à savoir, un linge qui touche seulement une partie du cadavre dans la sépulture.
Mais pourquoi sudarium de la tête et du visage ?
Certes, parce que, bien que chez les auteurs, la tête est regardée comme le siège principal de l’âme, et elle est très souvent prise pour l’homme tout entier ; et le nom de tête est fréquemment appliqué aux hommes, comme le remarque Ambroise : l’homme tout entier réside dans la tête. Parmi les livres grecs, Sophocle dit φίλαν κάρα (« chère tête »), Plutarque φίλας κεφαλάς, Homère δεινὴν κεφαλήν, Synésius ἱερὰν καὶ θείαν κεφαλήν ; Virgile dit douce tête ; d’autres Latins disent tête chère, tête chérie, tête charmante ; sans aucun doute pour désigner l’homme tout entier : car personne, dit-il chez Térence (commenté par Donat), ne veut signifier un homme par le mépris de la bouche, ou par d’autres membres.
Mais, à proprement parler, les anatomistes divisent la tête humaine en deux parties : l’une chevelue, πριχωτή, l’autre glabre, ἀπρόσωπος ; la première comprend le front, le sommet et l’occiput ; la seconde est le visage (que Rufus d’Éphèse définit depuis l’origine antérieure des cheveux jusqu’au menton), lequel seul est concédé à l’homme, parce que c’est par lui qu’il est semblable à Dieu.
Chez l’homme vivant et debout, les parties chevelues de la tête sont supérieures, et c’est pourquoi les Vestales vierges, et les matrones exerçant des fonctions sacrées, sont justement dites voilées, et leur tête est couverte d’un voile. On trouve un type de Vestale voilée dans une ancienne gemme, chez Gutherius ; de même, sur les monnaies de Livia, Paulina et Faustine, on voit des têtes voilées ; et aussi Poppée, épouse de Néron, lorsqu’elle sortait en public, se voilait une partie du visage, soit pour préserver son teint, soit parce que cela lui convenait.
À propos des Juifs, Tertullien remarque
« Chez les Juifs, il est si habituel que les femmes couvrent leur tête, que l’on dit avec raison que les vierges consacrées à Dieu voilent leur tête »,
comme l’enseignent Jérôme et d’autres. À propos du prêtre la tête couverte, Virgile distingue :
« Il couvrit de pourpre sa chevelure d’un manteau ajusté. »
Mais chez les morts, et chez ceux qui gisent pour l’ensevelissement, la raison est tout autre : car le visage est la partie suprême, et il est aussitôt illuminé, jusqu’à ce qu’il soit caché au peuple funèbre.
De là vient queJean, parlant de Lazare ressuscité, dit que son visage était lié par un sudarium ; et de même, à propos du Christ, Pierre vit le sudarium qui avait été sur sa tête, c’est-à-dire sur son visage, partie de la tête qui, chez un corps étendu, est la plus élevée, la plus noble et la plus importante.
En effet, il faut couvrir, parmi les vêtements, les opercimenta appelés en grec περικαλύμματα, proprement dits voiles et velamina ; ceux-ci sont appelés sudaria. De même, le voile de Véronique, puisqu’il fut ôté de sa tête et appliqué au visage du Seigneur, est aussitôt appelé sudarium. Le voile de la tête, que Plautille tendit à l’apôtre Paul se hâtant vers la mort, afin qu’il se couvrît les yeux selon l’usage, après l’accomplissement du ministère, reçut ce même nom de sudarium ; car il était heureux pour l’apôtre d’avoir le visage couvert. Le linge (sacrum mantile) que le Christ appliqua à son visage pour être envoyé au roi d’Édesse fut ensuite appelé sudarium.
Et si tu désires des exemples profanes, tu en as chez Tranquillus : Néron César, la tête couverte (ou enveloppée d’un voile), se tenait devant le peuple, le sudarium étendu sur son visage, accompagné de quatre esclaves.
J’en conclus que le sudarium n’a pas seulement été du genre de ceux que l’on étend sur les morts, dont il adhère à la peau humide et nue, mais aussi de ceux que l’on applique aux vivants pour couvrir le visage.
Or, le visage du corps, les très anciens Latins — Pacuvii, Quadrigarius, Plaute, cités par Aulu-Gelle — l’ont appelé, en raison de sa stature et de son étendue, à la place de l’aspect de tout le corps : d’où l’on a dit la face de tout le corps.
De là vient que Nonius rapporte que le visage est appelé censé ; et que les surfaces des corps sont dites faces, comme la face supérieure, c’est-à-dire l’aspect antérieur de toute chose.
Les anciens Hébreux appellent le visage פָּנִים (panim), du radical פָּנָה (panah), qui signifie « regarder » ; les Grecs ὄψιν et πρόσωπον, du fait de voir et de se montrer ; de sorte que toute partie antérieure de ce qui se présente à la vue peut être dite visage à bon droit : ainsi la face des choses inanimées, la face du champ, la face du temple, la face du ciel et de la terre.
Ainsi donc, lorsque nous appelons sudarium de la tête et du visage le linge sépulcral du Christ Seigneur, étendu sur tout l’avant du corps, nous suivons un usage très ancien, tel que celui par lequel jadis Patrocle, chez les Troyens, fut couvert :
« Et ils couvrirent entièrement son corps d’un voile éclatant, et placèrent autour de sa tête un beau tissu. »
En le déposant sur le lit funèbre, ils tissèrent un linge subtil ; depuis la tête jusqu’aux pieds, par-dessus, ils étendirent un vêtement blanc. Peut-être faut-il aussi comprendre de façon semblable ce passage de Sénèque, dans la Consolation à Marcia :
« Tibère César louait le fleuve ; et, le corps placé à la vue, il n’était couvert que d’un seul voile, afin que le pontife détournât ses yeux de la vue funèbre. »
De tels voiles funéraires furent autrefois des symboles nocturnes et mortuaires ; Baronius le démontre à partir d’antiques marbres.
Moi-même, dans une gemme ancienne, j’ai l’image d’une femme flottante, qui étend de la main gauche un voile, et de la droite éteint une torche inversée : de cette manière.
Par ce voile, on signifiait non seulement la nuit divine, par laquelle le calme est introduit sur la terre, mais aussi le terme de la lumière vitale ; surtout lorsque Pausanias affirme que la mort est la nuit blanche (νὺξ λευκή, nyx leukē), la nuit pâle ; ce qui correspond à ce que les corps, privés d’âme, pâlissent, et à ce que les morts sont enveloppés d’un linge blanc, comme cette femme le présente sur la gemme.
Je reviens au propos.
J’ai dit que le sudarium de la tête et du visage peut être dit tel, parce qu’il couvre la partie antérieure et supérieure du corps depuis le sommet jusqu’au talon ; j’ai encore deux autres raisons :
la première, parce que ce linge supérieur dépassait au-dessus des infitae dans le cadavre disposé puisque la tête était voilée ; et parce que le sudarium, enveloppant entièrement la tête, était noué au cou.
Ainsi le visage de Lazare était lié par un sudarium ; et, de même, chez Jean, le sudarium qui avait été sur la tête du Christ rendit le témoignage syriaque : ce qui avait été lié sur sa tête ; comme l’ont les Bibles royales, où il est dit qu’il avait enveloppé sa tête.

Ainsi donc, le corps du Christ fut enveloppé, je pense donc que, après avoir été lavé et oint, le corps sacré fut étendu, et qu’un linge unique, ou plusieurs, fut placé sous le corps reposant ; ensuite fut disposé au-dessus le sudarium qui est conservé dans l’Église de Vesontio.
D’autres linges furent peut-être encore ajoutés, qui couvraient la face antérieure du corps ; ceux-ci furent enveloppés autour, puis des infitae furent appliquées depuis le cou jusqu’aux talons inférieurs ; enfin, cette partie du sudarium de Vesontio, qui dépassait au-dessus de la tête, enveloppait entièrement la tête, et était attachée par des bandelettes au cou.
Et pour cette raison, ce linge fut appelé sudarium de la tête et du visage ; celui-là même que Pierre, étant entré dans le tombeau, vit roulé séparément en un lieu à part ; que Bède dit avoir eu huit pieds de long, dont aujourd’hui la métropole de Vesontio se glorifie.
Et rien n’empêche que, outre ce sudarium de Vesontio, d’autres linges aient été ajoutés, qui couvraient aussi la tête, et que tout le corps ait été maintenu serré par des infitae étendues, lesquelles se trouvent peut-être dans diverses Églises, comme on le dira ailleurs. Les Grecs couvraient le visage des prêtres morts (comme on le voit aussi dans l’Euchologe) par un voile, mais plus court que celui par lequel, dans la messe, sont couverts le pain et le vin destinés au sacrifice futur. Le corps du défunt Charlemagne fut vêtu de vêtements impériaux, et son visage, sous le diadème, fut couvert d’un sudarium d’après un moine anglais.
Et il n’est pas dissemblable que, dans la Vie des mourants, on ait appliqué l’usage d’un linge plus petit, comme le rapporte Grégoire.
Saint Casimir, évêque de Narni, dit, sur le point de mourir :
« Assistants, dit-il, il donna lui-même de ses mains un linge, lequel, selon l’usage des mourants, devait être tendu devant le visage ; et, à ce moment-là, il rendit l’esprit ; ainsi son âme sainte, parvenant aux joies éternelles, fut délivrée de la corruption de la chair. »
Ainsi, je n’affirme pas qu’il n’y ait jamais eu un linge plus court, ou un manteau, appliqué seulement à la tête du Christ, recouvrant son visage, par-dessus tous les autres linges et à l’extérieur, comme peut-être l’ont soutenu les Moguntins, ainsi que je le rapporterai plus bas d’après Serarius ; mais je nie que cela puisse être suffisamment prouvé par aucun témoignage de l’Écriture ou d’un auteur digne de foi.
En effet, tout ce que nous lisons dans l’Évangile concernant le sudarium de la tête peut être correctement expliqué par ce linge qui, s’étendant immédiatement sur toute la partie antérieure du corps, était attaché à la tête et dépassait au-dessus des infitae.
Et bien que l’on puisse concéder qu’un linge plus court ait été employé — ce qui est très douteux —, il demeure néanmoins l’honneur, et surtout la dénomination de sudarium de Vesontio appliquée au visage ou à la tête du Christ, lequel fut appliqué au visage nu du Seigneur ; et les empreintes distinctes de ce linge convainquent à juste titre les esprits prudents.
CHAPITRE IX
Le sudarium du Seigneur, après avoir traversé la Palestine, parvint à Vesontio ; et quand cela eut lieu : son rite d’ostension est ancien ; il n’est pas la ceinture du Seigneur.
Après l’illustre et mémorable embrasement qui eut lieu, le sudarium du Seigneur fut tenu en très grand honneur dans la cité de Palestine des Sarrasins ;
car là, dit Bède,
tout le peuple le saluait et le baisait avec la plus haute vénération, tant en raison du miracle accompli, que surtout à cause de l’effigie du corps théandrique, laquelle renvoie au contact du Christ mort.
Enfin, il fut transféré de Palestine à Vesontio, soit sous ce nom, soit sous celui de bienheureux.
Mais la raison de cette translation, son époque et son auteur, ont été obscurcies par les malheurs des siècles postérieurs, notamment par l’incendie déplorable par lequel l’église Saint-Étienne de Vesontio fut miraculeusement consumée par le feu en l’an MCCCXLIX (1349).
On possède néanmoins un monument très ancien, gravé sur une table d’airain, conservé dans la seconde partie de notre Vesontio, à Saint-Hugues-le-Sixte.
De cette translation certaine, il rapporte peu de choses ; mais il atteste fortement la sainteté du gage, tant par des témoignages divins, et surtout par la grandeur et la fréquence des miracles — sujets dont je traiterai plus loin dans quelques chapitres.
Qu’apporte en effet à la mise en doute du sudarium de Vesontio le fait que tu attribues à Sempronius ce tissu, au millième de l’année du Christ, au troisième jour avant les calendes de mai, si, l’année suivante, tu demandes encore quelle vengeance aurait exercée Sempronius ?
Éloigne de moi ces hésitations et ces palpitations d’un esprit mal assuré.
« Les rites de l’Église, les usages et les traditions, dit Grégoire de Nazianze, tirent leur vigueur non tant des intelligences humaines que de la puissance divine, et se maintiennent par la stabilité du temps. »
Lorsqu’il est question de la vénération des reliques, la tradition des anciens, l’assentiment des peuples pour le culte public, la terreur salutaire des sacrilèges, la transformation des possédés en mieux, la répression des démons malfaisants, l’éloignement des maladies incurables, enfin la résurrection des morts (toutes choses — et d’autres encore, non en petit nombre — que l’on rapporte en faveur du sudarium de Vesontio), confirment la foi des monuments épigraphiques et des registres publics.
« Et ce que tous ont reçu comme tel, dit Fabius, cela même, bien qu’il ait des auteurs incertains, vaut comme ayant autorité pour tous. »
Et pourtant, les Vesontiens n’ignorent rien de l’origine de leur sudarium ; ils la tiennent pour certaine et dûment vérifiée par de nombreux témoignages.
Ils soutiennent que, dans la Gaule Narbonnaise et l’Occitanie (où la foi fut, pour ainsi dire, semée dès l’origine), ce gage sacré fut conservé longtemps parmi eux ; qu’ensuite, lorsque les régions orientales furent troublées par les Aεοκτόνοι (ainsi que nous l’avons rapporté plus haut), et que les lieux vénérables furent profanés par l’impiété des Turcs ; et c’est ainsi que, devenus ministres du culte divin, comme le rapporte Tyrius, ce linge sacré fut retiré à une certaine femme juive chrétienne, laquelle le conservait caché dans un coffret et l’exhibait secrètement ; il fut racheté à prix largement suffisant, grâce à une abondante somme d’argent, par certains Vesontiens, hommes de première distinction, et remis à un homme d’Église, dont le nom est enseveli dans l’oubli.
Et quant à la condition dans laquelle l’Église Saint-Étienne de Vesontio put perdre toute mémoire de ce sudarium sacré, tandis que l’Église Saint-Jean, de dignité inférieure mais d’antiquité non moins vénérable, n’en douta jamais, il ne fait aucun doute que ce gage fut transféré de Vesontio à quelque chanoine de l’Église Saint-Étienne, lequel, par pieux amour de la milice sacrée, accompagna à la récupération de la Terre sainte Hugues IV, archiprêtre vesontien ; car lors de cette première expédition en Palestine, on ne tenait aucun registre en Occident (ce sont les paroles de Tyrius), et l’on ne se souvenait ni de l’âge, ni du sexe, ni de la condition : tous offraient indistinctement leurs mains, tous professaient unanimement leurs vœux de cœur et de bouche ; même les prélats et les prêtres, pourvu que (ajoute le Pontife) l’Église ne fût pas accablée de leur absence excessive, allaient volontiers, se rendant utiles à la Terre sainte autant par la parole que par l’exemple.
Quant au temps de la translation de ce don sacré, nous pouvons à peine en établir un autre que le commencement du douzième siècle, époque à laquelle les hiérarques de Vesontio, à savoir Hugues IV, archevêque, Étienne, comte de Bourgogne, Renaud, son frère, vicomte d’Amance et de Gray, Pierre de Dompierre, Gilbert de Treux, et d’autres nobles de la province séquane, revinrent de cette expédition très peuplée, sous la conduite de Godefroy de Bouillon, en direction de la Palestine.
Car avant cette expédition, aucun sudarium du Seigneur n’existait dans notre mémoire ; et saint Léon IX, pontife suprême, qui en l’an MXLVIII (1048) consacra le maître-autel de l’église Saint-Étienne, déclara dans le diplôme qu’il concéda ensuite aux chanoines en l’an MLI (1051) qu’il avait vu, et qu’il avait placé sur l’autel de la basilique Saint-Étienne le très précieux bras de saint Étienne, lapidé par les Juifs ; mais il n’y fit absolument aucune mention d’un linge sacré ; ce qui pourtant, s’il avait existé à cette époque, et si même il avait frappé ses yeux, ne lui aurait pas échappé.
Mais aussitôt après le début du douzième siècle, on institua le rite de l’ostension du saint sudarium, à partir de l’autel de Saint-Étienne, le jour de Pâques, selon un certain codex rituel, que l’on sait avoir été écrit avant l’union des églises Saint-Jean et Saint-Étienne, accomplie en l’an MCCLIII (1253), comme nous l’avons déclaré dans notre Vesontio ; et comme cela est encore confirmé par le même codex, il est fait mention d’Étienne III, comte de Bourgogne, homme illustre, comme le dit Tyrius, et remarquable par sa noblesse en Terre sainte, défunts.
Or, puisque ceux-ci disposaient de normes chronologiques, tu comprendras que la translation de ce don sacré jusqu’à nous ne peut être rapportée à un autre temps qu’aux années entourant l’an mil cent ; car, de même que Léon IX est antérieur, ainsi le codex rituel mentionné précède d’un siècle entier ; lequel décrit un usage d’ostension qui ne paraît nullement nouveau ni récemment introduit, mais déjà célébré depuis un certain nombre d’années, et ce selon un mystère pieux, tel qu’il était :
Le saint jour de Pâques, entre les prières des Matines, trois chanoines sortaient du sacrarium en chantant ensemble :
« Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? »
Et lorsque, s’approchant de l’autel majeur, deux enfants étaient conduits, revêtus d’une aube blanche, qui, représentant les génies célestes, disaient en chantant :
« Qui cherchez-vous ? »
À quoi répondaient de nouveau les enfants :
« Jésus de Nazareth. »
Les autres enfants répondaient alors :
« Il est ressuscité ; il n’est pas ici. »Ensuite, le chantre se tournait vers les chanoines et disait :
« Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ? »
Alors le chanoine répondait :
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, et la gloire du Ressuscité. »
Puis le second :
« Les témoins angéliques, le sudarium et les vêtements. »
Ensuite le troisième :
« Le Christ est ressuscité, mon espérance ; il vous précédera en Galilée. »
Et le chœur disait :
« Il faut davantage croire la véracité de Marie que la foule trompeuse des Juifs. »
Enfin le chœur concluait :
« Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité d’entre les morts… »Et tous, enfin, concluaient le rite par le chant ambrosien :
« Te Deum laudamus. »
Un oracle, reconnu chez l’abbé Joachim, parle de la dissimulation du sudarium du Christ pendant un certain temps ; car il dit ainsi dans le Psautier :
« Il nous suffit de voir le sudarium qui fut sur la tête de Jésus ; mais il ne nous est pas permis de l’expliquer, si ce n’est peut-être au jour où le Seigneur combattra. »
Il parle cependant de manière mystique, faisant allusion au sudarium que Pierre vit dans le tombeau, enveloppé à part, selon ce que dit l’Apôtre :
« Nous voyons maintenant à travers un miroir, et en énigme ; mais alors ce sera face à face. »
Du reste, est complètement étrangère à tout sens et à toute vérité historique l’opinion de ceux qui, par pure conjecture, veulent voir dans les monuments de l’Église de Vesontio ce qui aurait été pieusement reçu du second Théodose comme don, à savoir la ceinture bénie du Seigneur, et qu’il faudrait comprendre comme le saint sudarium du Christ.
J’ai jugé devoir rejeter plus fermement cette opinion, d’autant qu’elle a été, sans fondement, avancée par le R. P. Jacques Gautier, qui, dans sa Chronologie, dit que le sudarium du Christ aurait été envoyé à Vesontio par Théodose II en l’an du Seigneur CDXXXIX (439).
Ainsi donc (car l’époque de l’année des dons sacrés de Théodose, qu’il ne peut prouver, puisqu’il la fixe à la quatre cent trente-neuvième année), à partir de ce qui est rapporté dans l’histoire de Vesontio clairement, et surtout que le don de Théodose ne fut autre que le bras de saint Étienne protomartyr, dont le corps, par le prêtre Lucianus, fut retrouvé dans le village palestinien de Caphargamala en l’an CDXV (415).
Les autres objets, en revanche, furent seulement ajoutés par lui comme paradora (dons accessoires), dans cet ordre : le peigne de la bienheureuse Marie, et seulement quelques-uns de ses cheveux ; la ceinture du Seigneur également ; ainsi que certains corps de martyrs, à l’Épiphanie et à Isidore, et la tête de saint Agapit ; de sorte qu’il apparaît très clairement que la ceinture du Seigneur n’est pas son sudarium, lequel doit être préféré à tous les autres dons mentionnés, quels qu’ils soient.
Ensuite, un hymne très ancien, transmis jusqu’à nous à Célidonium, indique clairement que cette ceinture fut envoyée par Théodose, et qu’elle était la zone du Christ :
Magnifions la Vierge,
Dont nous possédons le peigne,
Les cheveux, la ceinture du Fils,
Son petit vêtement de joie.
Puis le poète fait allusion au sentiment de volupté, par lequel il donne à croire que la Vierge Mère de Dieu, après avoir enfanté le petit Jésus, son fils, d’une beauté précieuse au-dessus des fils des hommes, l’aurait ceint de cette ceinture ; ce que l’on lit très constamment dans toutes les lectures ecclésiastiques, là où il est fait mention des dons théodosiens, est appelée ceinture, ou baudrier du Seigneur ; jamais en revanche sindon ni sudarium ; ce qui aurait été, pour la mère très aimante, non pas tant un accroissement de blessures qu’un amas de joie.
En outre (ce qui doit lever toute hésitation), le sudarium du Christ est conservé avec la plus grande vénération dans l’église de Saint-Étienne ; tandis que la ceinture du Seigneur, envoyée par Théodose, se trouve (au moins en partie) dans le sacrarium de Saint Jean l’Évangéliste, conservée dans une armoire d’argent, de longueur d’une palme, de largeur d’un pouce, de tissu oriental, de couleur pourpre foncée, avec ce titre apposé : DE CINGVLO DOMINI.
Mais poursuivons, et examinons avec une attention minutieuse les mots mêmes, auxquels Fabius a reconnu une valeur décisive pour l’ensevelissement.
Nous avons déjà recueilli ces lettres ; et il nous vient à l’esprit des auteurs antiques, selon lesquels, par le terme cingulum, on entend tantôt la sindon, tantôt le sudarium.
Cingulum, disent Varron, Nonnius Marcellus et d’autres Latins, est ce qui sert à ceindre ; les Hébreux l’appellent ḥagōr ; les Chaldéens zunara ; les Grecs ζώνη, ζῶμα, ζώματα ; et le verbe ζώννυμι, qui signifie « ceindre ».
Or certaines zones sont larges, d’autres étroites, certaines de largeur moyenne.
Isidore dit :
« Cinctus est une zone large ; zonula est plus étroite, de forme féminine ; et chacune des deux est un cingulum au plus petit degré ; car, à partir de cinctus, par diminution, on forme cingulum. »
La zonula étroite était que le Christ ait été ceint d’un cingulum, cela est hors de controverse ; car les Hébreux ceignaient des vêtements plus larges et les resserraient par des ceintures.
« Préparez-vous, dit-il, vous-mêmes, pour ne pas être portés dans une zone. »
Et Jean, son précurseur, était vêtu de poils de chameau, et d’une ceinture de cuir autour de ses reins.
La balteus également, ceinture militaire selon Isidore, n’est jamais employée pour la sindon ni pour le sudarium ; mais la zone était sacerdotale, et se portait entre le nombril et la poitrine, très étroite, ainsi que le rapportent les contextes sacrés, selon Jérôme, Sigonius, Adrichomius, Ribera, et Benoît Arias Montanus, qui a en outre produit une description très détaillée des voiles et ornements des prêtres saints, et même une figure tirée de la description de Moïse : avec la tunique, l’éphod, le pectoral, la ceinture, la tiare, et le reste de l’apparat.
Il n’y a qu’un seul passage de Nonnus sur la tête de Jean l’Évangéliste, que l’on peut encore faire valoir ici, et qu’il convient d’examiner attentivement :
(vers grecs)
Or, nu par-dessus, dit-il, seulement couvert, il vit entre les vêtements de lin, et la tête ceinte par une attache, un nœud formé par la chevelure, que la voix populaire des Syriens appelait sudarium.
Ainsi donc, la ζώνη (zone) était une ceinture ; et, jointe à la tête, peut signifier le sudarium, puisqu’il était attaché à la tête ; de sorte que l’on ne conclura pas sottement en faveur du sudarium : jamais en effet les tables de Vesontio n’enseignent que Théodose ait envoyé à Vesontio la ceinture de la tête du Christ ; mais absolument la ceinture du Seigneur ; et les autres éléments que j’ai apportés prouvent suffisamment cette thèse.
CHAPITRE X
D’autres gages sacrés, venus d’Orient avec le saint sudarium, ont été apportés à Vesontio.
Qu’il ne paraisse étonnant à personne que Hiérostrate de Vesontio ait apporté à son Église le don précieux du sudarium du Seigneur depuis la Palestine ; cela devait être fait, en raison de la persécution imminente et violente des Turcs barbares, et du naufrage imminent de la religion chrétienne en Orient, les trésors sacrés étant soustraits et, par les chrétiens, d’une manière ou d’une autre dissimulés, afin de devenir des gages des Églises. Après la prise d’Antioche, au troisième mois de juin, de l’an MXCVIII (1098), la terre ayant été fouillée, dans l’église du Prince des Apôtres, dit Tyrius, on trouva la lance par laquelle le Christ avait été transpercé ; et peu après, la même année MXCVIII, après la prise de Jérusalem, le quinzième jour de juillet, par les mêmes, fut découverte une partie de la croix du Seigneur ; et cela après avertissement et bénédiction d’un certain Syrien, qui avait été le dépositaire d’un dépôt si précieux.
Il est clair que les œuvres divines sont ainsi disposées, afin que ce qui est conservé par quelques-uns à grand prix soit offert aux autres.
Girard d’Hall rapporte, d’après les anciens, que ces princes saints furent si attentifs à ce trésor sacré qu’ils ne rapportèrent absolument rien d’autre de la guerre sainte dans leur patrie.
Et, en vérité, sur de telles choses sacrées, les Églises de Gaule sont des témoins très sûrs.
La même chose est mentionnée chez les Vesontiens par Henri, comte très illustre, né à Vesontio, issu de parents du royaume de Lusitanie, qui, parti pour cette guerre sacrée, reçut de l’empereur byzantin plusieurs reliques des saints ; et parmi elles le bras de saint Luc, lequel est conservé avec une grande vénération à Bracara, dans le royaume de Lusitanie ; comme le rapportent les Actes du roi Alphonse, récemment publiés.
Ainsi donc, notre Église reconnaissante (à laquelle Dieu, juste rémunérateur, a accordé le très sacré sudarium de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel notre Vesontio serait éternellement heureuse) rend grâce.
D’autres princes du même exercice sacré nous apportèrent alors aussi quelque chose du prépuce du Seigneur, de la couronne d’épines, de l’éponge, des franges de ses vêtements, que l’on conserve dans des reliquaires d’or et d’argent, fixés dans les sacraria métropolitains ; là où, en outre, sont conservés deux objets grecs remarquables par leur dignité.
Le premier dans l’église de Saint-Jean, se trouve un certain livre d’une antiquité vénérable, digne d’adoration, contenant le texte des Évangiles, qui a coutume d’être porté, lors des supplications publiques, par quelqu’un des chanoines, et placé sur la poitrine ; on l’appelle communément Saphirinus, je crois, en raison des diverses gemmes dont il est orné.
Est-ce un saphir, comme l’Évangile ? car סופר (sōphēr), chez les Hébreux, signifie scribe et évangéliste, du radical ספר (saphar), qui signifie raconter et écrire.
Il est couvert d’une enveloppe d’ivoire, à la manière d’anciens diptyques ; au centre se trouve l’image du Christ, et autour sont disposés, par paires, les conjoints suivants : Flavius Romanus Diogènes Auguste, et Eudocie, veuve de Constantin XII, empereur.
Voici pour toi cette image, sur la page immédiatement suivante.

Ce diadème thrace fut porté pour la première fois (selon Baronius) aux ides de janvier de l’an MLXVIII (1068), soit seulement trente-deux ans auparavant, avant l’an MC (1100), époque à laquelle nous croyons que Hiérostrate, notre compatriote, nous apporta le sudarium du Seigneur.
Et cela paraît être d’autant plus indiqué qu’on observe, d’une certaine manière, sur l’enveloppe de ce livre ancien, précédemment mentionné, dans l’angle inférieur gauche, une décoration faite d’un fragment de coquille nacrée, sur lequel on distingue clairement le visage du Christ (tel que sur le saint sudarium), imprimé sur un linge et présenté par un ange.
Un autre don de nos soldats est conservé dans l’église de Saint-Étienne : la tête de saint Jean, pour la cause du Christ mendiant, surnommé Calybite ; au sujet de laquelle le Martyrologe romain, édité avec les notes de Pierre Galesini, rapporte ceci :
« Le quinze janvier, en Bourgogne, saint Jean Calybite, dont le saint corps, rendu illustre par de nombreux miracles, repose à Constantinople, et dont la tête est conservée religieusement à Chryopolis. »
Molano note la même chose au même jour : saint Patrice Calybite, dont la tête très précieuse est dite être conservée à Chryopolis d’une manière incomparable.
Ce crâne, lorsqu’il fut apporté d’Orient, était conservé dans un coffret de bronze, muni d’un cercle d’argent, sur lequel étaient inscrits deux iambes grecs ; pour l’explication de ceux-ci (admire la simplicité ingénieuse), en l’an MCCCXXI (1321), Jean de Conday, chanoine vesontien, alors en mission, obtint un document de deux évêques grecs, que, puisque nous le possédons dans notre Vesontio, nous exposerons ici en entier :
« Nous, Olinanus, par la grâce de Dieu évêque d’Amazonde, visiteur de Limezo et corégent dans l’île de Chypre ; et nous, Léonidas, par la grâce de Dieu évêque de Solis, et visiteur de Nicosie, dans la même île de Chypre, faisons savoir à tous, universellement, que s’étant présenté devant nous un homme vénérable et digne, Dom Jean de Conday, scolastique et chanoine de Besançon, un certain bassin de cuivre, surmonté d’un certain cercle d’argent, contenant quelques lettres grecques, que, étant présent à Avignon dans notre hospice, il nous montra, affirmant qu’une certaine tête se trouvait dans l’église bisontine de Saint-Étienne, laquelle, disait-il, avait été trouvée dans ce bassin mentionné ; et il nous supplia humblement que nous daignions expliquer ces lettres grecques, soit les voir traduites du grec en latin ou en français.
Ainsi donc, après avoir examiné avec diligence, devant nous, les lettres et le bassin et le cercle susdits, avec une grande dévotion et révérence, et après les avoir regardés de nouveau avec attention, en raison de l’autorité du très saint chef qui y est décrit, nous reçûmes lesdites lettres grecques et, avec Nicholin de Lyon, Rhodens, maître de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, protonotaire et trésorier dudit hôpital, nous les traduisîmes du grec en français, comme il suit, mot à mot.
Voici les lettres grecques du cercle d’argent :
ΧΕΙΡ ΜΕΝ ΒΕΒΗΛΟΣ ΤΙΜΙΑΝ ΣΤΗΘΟΣ ΚΑΡΑΝ·
ΑΛΛ’ ΕΓΓΕΝΗΣ ΧΕΙΡ ΙΩΑΝΝΟΥ ΣΤΗΘΕΙ.Suit l’explication desdites lettres grecques :
Les mains de la mauvaise personne et hérétique
Cette sainte tête de saint Jean Calybite déchirent ;
Et les mains du juste et du vrai prud’homme
Cette sainte tête de saint Jean Calybite adorent et préfèrent.Certes, tous et chacun conviennent que le très glorieux saint de Dieu, à savoir le bienheureux Jean Calybite, dont la tête glorieuse est décrite par les lettres grecques susdites du cercle, et dont le corps très saint repose heureusement dans la cité de Constantinople sans la tête, resplendit par tant et de si grands miracles, et est tenu en une si grande vénération dans ladite cité et dans toute la Grèce par l’ensemble des fidèles ; de sorte que, parmi les saints de Dieu, ce très bienheureux confesseur, après le glorieux Jean Baptiste, est particulièrement vénéré par tous les fidèles du Christ dans toute la Grèce et dans les régions environnantes, et même adoré en commun.
Sa fête, qui a coutume d’être célébrée solennellement chaque année le quinzième jour du mois de janvier, est observée aussi communément dans sa vigile.
En témoignage de cette chose, pour la louange du glorieux confesseur et pour la révélation de sa très sainte tête, nous avons ordonné que notre sceau soit appendu aux présentes lettres, conjointement avec le sceau dudit Nicholin, originaire de Rhodes.Donné, transmis ou exposé à Avignon, en présence de nombreux personnages dignes de foi, l’an depuis la Nativité du Seigneur MCCCXXI (1321), indiction IV, le seizième jour du mois d’avril, sous le pontificat du très saint Père et Seigneur Jean, par la divine providence pape XXII.»
Jusqu’ici s’étend la charte des prélats grecs, dans laquelle, parce que nous avons seulement rendu en français les iambes grecs…La main profane frappe la tête qu’il faut vénérer ;
Mais la main pieuse vénère Jean.Il est établi (d’après son histoire chez le Métaphraste) que celui-ci, lorsque sa mère, ignorant qu’il était son fils, le frappait avec violence, et que, sortant de la maison dans un aspect terrible, elle lui ordonnait de s’éloigner avec rudesse, ce fut par force qu’il fut chassé ; et il est vraisemblable qu’alors sa tête fut heurtée par des coups de poing au visage furieux.
On peut aussi dire que le mot Ἰωάννης, dans son sens fécond, se rapporte à la douceur ; et ainsi se retourne le sens :Mais la main pieuse de Jean recueille la tête, faisant ainsi allusion au cercle d’argent, par lequel la tête était ceinte d’un anneau.
CHAPITRE XI
Le suaire de Vesontio, illustre par des miracles : perdu, retrouvé ; par lui un mort est ressuscité, et un malade est guéri.
Nous avons vu plus haut, d’après Bède, que le suaire du Seigneur, alors qu’il était encore conservé en Palestine, demeura intact au milieu des flammes par un grand miracle, sous le regard du roi des Sarrasins Mahuia, vers l’an de l’Incarnation du Verbe 675. Il s’ensuivit que quelques faits encore plus éclatants, par lesquels Dieu voulut faire connaître sa sainteté à toutes les nations, et surtout la confirmer pour Vesontio par un bref mémorial ; afin que le suaire, dont la foi est indubitable, ne périsse pas par la lassitude des siècles, ni ne soit effacé de la mémoire des hommes. Or il convient d’ordonner le récit de la mort de l’un d’entre eux.
La basilique de Saint-Étienne, frappée par la foudre, l’an du Seigneur 1349, fut largement ravagée par l’incendie ; et la plus grande partie de l’église fut renversée ; plusieurs sacristies furent consumées par les flammes ; ce qui subsistait des gages sacrés fut recueilli sans ordre, et entassé dans une petite armoire, laquelle fut ensuite appelée la capsa de tous les saints.
Le suaire du Seigneur, parce qu’il ne se présentait pas aisément à ceux qui le recherchaient avec foi, fut tenu pour perdu, avec d’autres reliques divines. La foi, peu à peu, se refroidit chez beaucoup, et finit par s’émousser ; de sorte que la mémoire du saint Suaire demeura presque silencieuse. Mais Dieu ne permit pas que le très précieux Sang restât à jamais caché dans ces retraites : car après quelques années, il fut retrouvé de manière inespérée, et par un grand miracle.
Ils avertirent en effet qu’en un certain lieu retiré de l’église brillait une lumière inaccoutumée ; les clercs servant au chœur, qui aussitôt reconnurent qu’il s’agissait d’un signe de la puissance divine. Ils jugèrent qu’il fallait informer pleinement le chanoine.
Or l’homme accourut sans délai pour s’enquérir, et non en vain : car le suaire du Seigneur, que l’on croyait témérairement détruit, fut trouvé intact au milieu de la chaleur extrême du feu (comme il convenait), indemne des flammes, et nullement altéré par quelque souillure que ce soit.
Au-dessus de tous les prodiges, celui-ci l’emporte ; cependant beaucoup hésitent encore à croire que ce qui a été retrouvé soit le véritable Suaire, et qu’il doive être tenu pour authentique.
À cela s’ajoute le témoignage des peintres les plus experts de l’époque, qui déclarèrent que l’image sacrée n’était peinte par aucun pigment de couleur ni par aucune teinture, ni gravée par la main de l’homme ; mais que seules apparaissaient partout les traces du sang et la coloration diffuse de l’onguent, lesquelles ont toujours coutume de se manifester d’elles-mêmes.
De nouveaux prodiges survinrent en ces jours-là, indiquant la puissance céleste ; de sorte que l’on commença à célébrer et à croire plus largement, non autrement que ce qui avait été admis par la majorité.
Cela ressort de la tradition des anciens et des chartes antiques : lesquelles ne sont pas sans ressemblance avec ce qui est rapporté dans un ancien codex de l’église Saint-Jacques de Reims, où, après qu’il a été raconté que Vesontio possédait le Suaire du Christ, il est dit qu’il fut perdu pendant quelque temps ; mais qu’ensuite il fut retrouvé, et qu’en raison de l’image divine du Christ reconnue en lui, il fut jugé être le très véritable Suaire du Christ, et effectivement confirmé par miracle, lorsque par le contact de ce même homme mort, et presque condamné à la terre, la vie lui fut rendue ; et de manière manifeste, de même que le cadavre d’Élisée, lorsque l’ossement de celui-ci fut touché, l’homme revécut et se tint debout sur ses pieds.
À l’appui de cette foi plus ferme, le codex de Reims est invoqué, lequel attribue à un certain Robert Sunellus, dans une allégorie sur la mort de la bienheureuse Vierge Marie. Et il ajoute qu’il n’en fut pas autrement pour les testaments oculaires, dont les autographes sont conservés dans les archives de l’église bisontine.
De bon gré, et avec un esprit bien disposé, je me suis appliqué à ce point, afin que l’autorité anonyme de ce livre rémois ne puisse être rejetée ; un témoignage se présente en effet : Richard Pica, originaire de Vesontio, qui, au cours du siècle passé, l’an soixante-dix-sept, huit jours après l’incendie de Saint-Étienne, alors que l’archevêché de Reims était affecté, à ce moment où il était crédible que le saint Suaire, retrouvé par miracle, puisqu’il avait été conservé dans sa patrie, eût été confié à l’écrit par ce même Richard, archiprêtre, que les historiens rémois rapportent être décédé à Reims l’an du Seigneur 1379.
J’ai retrouvé à Vesontio une effigie de sa sépulture, en argent, dont la figure de saint Pierre se trouve sculptée au pied, conservée dans l’église Saint-Pierre, et son nom est inscrit sur un écusson étincelant.
À partir de ce miracle, et de plusieurs autres, nullement consignés avec une moindre négligence par les anciens, dans un grand culte le Saint Suaire fut donc, durant tout le quinzième siècle, conservé, et le nombre des fidèles commença à croître, une foule considérable affluant de toutes parts, pour le voir et l’adorer, dans l’église de Saint-Étienne ; laquelle, lorsque l’affluence du peuple devint plus pressante, fit finalement établir hors d’elle un théâtre, d’abord provisoire et en bois, l’an 1512, par décision du Chapitre ; puis ensuite permanent et en pierre, où chaque année, le jour de Pâques, et le jour de l’Ascension du Christ Seigneur, aux heures de matines, il était proposé au peuple à contempler, sur le mont Caelius, là où se trouvait l’église Saint-Étienne, emplacement qui semble parfaitement adapté à cette fin par la nature même du lieu : en effet, en pente douce, et ainsi légèrement incliné vers le sommet, de sorte que, comme depuis un théâtre en contrebas, tous les objets sacrés disposés alentour peuvent être distingués avec la plus grande clarté, sans qu’aucun obstacle, ni pour les plus proches, ni pour les plus éloignés, ne s’y oppose d’aucune manière.
En l’an trente-et-un du même quinzième siècle, Léonard de Grueriis, chanoine et officier bisontin, alors qu’il était affligé d’une maladie tenace, fut porté dans son collège, et là, le Saint Suaire lui fut appliqué et présenté ; après quoi, ayant obtenu ce qu’il demandait, il fut aussitôt rendu à la santé, comme l’attestent les Actes du Chapitre. Il n’était guère douteux, par une foi semblable, que jadis la femme atteinte d’hémorragie, en touchant le bord du vêtement du Sauveur, fut guérie, et cela à partir de ce fait. De même, d’autres choses accomplies en Orient ont été rapportées plus bas, par la vertu d’une certaine image du Christ dite acheiropoïète, apportée dans l’église de Sainte-Marie de Patricie par une longue route.
Cependant, cette coutume de porter le Saint Suaire dans les maisons privées des malades ne dura pas longtemps ; car nous lisons qu’aux environs de l’an 1540 elle fut abrogée ; époque à laquelle aussi, tandis que la renommée des miracles et des bienfaits se répandait davantage, le précieux linge fut exposé à une vénération plus solennelle, l’ancien sacellum, qui se trouvait près du maître-autel, ayant été agrandi et déplacé plus largement, et là, de la manière la plus convenable (un reliquaire d’argent enrichi des insignes dorés de nobles de la maison d’Autriche et de Bourgogne ayant été disposé), il fut placé au-dessus de l’autel dans une armoire. Peu auparavant avait été construit ce sacellum de Saint-Maimbod, martyr, par le comte de Montbéliard, lequel Gannerius et Monruellius, chanoines, enrichirent de tableaux peints et de grilles, conjointement avec le susdit Léonard de Grueriis.
CHAPITRE XII
Un hérétique imprudent, pris par sa propre cause ; très gravement éprouvé, et soigné par le bon archevêque : mort par suite d’un don empoisonné.
Après la mort de celui-ci, aucun miracle n’est plus illustre que celui que j’ai appris d’un manuscrit.
Il est rapporté qu’alors que la religion et la célébrité du très saint Sudarium s’étaient accrues à un tel point par la fréquence des ostensions, un hérétique étranger, irrité, se mit à gronder ; et la haine qu’il ne pouvait exercer directement contre le Christ lui-même, il la reporta sur son Sudarium, affirmant que, si l’occasion lui en était donnée, il le jetterait entièrement dans les flammes et le réduirait en cendres.
Il ne demeura ni longtemps ni impuni pour cette impiété : car, soudainement repris par une incendie interne, et saisi de feux vengeurs, il fut tourmenté à cette même heure, lui qui s’était livré avec fureur sacrilège contre le Sudarium divin. Le moment précis n’est que très faiblement noté dans le codex ; toutefois, il ressort clairement de l’écrit que le fait est très ancien.
À une époque incertaine également, un autre récit ancien est rapporté, concernant un certain citoyen de Bifontin, qui, après avoir été accablé par des troubles du corps, se trouvait depuis longtemps si violemment tourmenté par des douleurs de tous les membres que, lorsqu’on le touchait, il supportait à peine même le contact des doigts les plus doux, au point qu’il éclatait en cris et en plaintes pénibles.
Une pieuse pensée lui vint alors à propos du Saint Sudarium : il fit un vœu au Christ, promettant de ne pas être ingrat pour le bienfait reçu. Sans délai, il sentit ses forces revenir, les douleurs disparaître, et la maladie périr. Il accomplit son vœu, rendit grâces, fit graver une tablette commémorative du miracle, dans laquelle — chose remarquable — le fait est rapporté en caractères gaulois, plus exactement qu’en caractères latins, comme on peut encore aujourd’hui le lire.
L’année suivante, 1547, au mois de juin, Antoine de Vergey, archevêque de Besançon, homme remarquable par la noblesse de sa libéralité et par la vigueur de son esprit, ayant déjà atteint la cinquante-cinquième année de son âge, fut frappé dans son château de Giaci par une apoplexie sévère ; il souffrait cruellement, et tous le tenaient pour désespéré. Les gens de sa maison, animés d’une pieuse ferveur envers le Christ Sauveur, se mirent à implorer Dieu avec instance devant le Saint Sudarium de Besançon, faisant des vœux ardents. Dieu exauça leurs prières et leurs vœux, et un miracle éclatant, destiné à promouvoir davantage encore le culte du Sudarium, fut rendu manifeste : car voici que l’homme, contre toute attente, recouvra la santé ; et après avoir rendu grâces à Dieu à Besançon, il fit placer une statue à l’image du suppliant dans la chapelle du Saint Sudarium, afin que le miracle accompli pût être attesté par ce monument. Il mourut ensuite paisiblement, avec toutes ses facultés intactes, le vingt-neuvième jour de décembre de la même année 1547.
Clériade de Vergey, chevalier de la Toison d’Or, et gouverneur libre de la Bourgogne au nom du roi catholique, ne se montra en rien inférieur à ses ancêtres dans le culte et la vénération rendus au Saint Sudarium ; bien au contraire, il s’efforça de promouvoir publiquement ce culte, et se rendit au château de Gray, voisin deBesançon, pour y vénérer le Sudarium ; et même, l’année suivante, 1521.
Il fit aussi placer une lampe d’argent bien ornée (don insigne) qui devait brûler en permanence, à laquelle fut ajoutée une somme d’argent déterminée, dont le revenu annuel, par l’administration d’huile, devait suffire abondamment. Une autre offrande, travaillée avec art dans le même métal, avait auparavant été suspendue par Claude de Rye, baron de Basançon, vétéran de la légion bourguignonne dans l’armée belge du roi catholique. D’autres grands personnages de notre temps, animés de vœux solennels envers le Saint Sudarium, ont très largement rivalisé dans ces offrandes, faisant ainsi éclater la grandeur du culte rendu en ce lieu. Il serait trop long d’en dresser ici le catalogue ; un seul exemple entre autres mérite cependant d’être rappelé :
Un ancien étendard militaire, déchiré, que nous avons vu là, portant cette inscription supposée : « Enseigne du comte de Hornes, gagnée par les Maures à la Goulette de Tunis, puis recouvrée par les chrétiens lors de la prise de Tunis, et vouée au Saint Suaire de Besançon. » La Goulette est une forteresse très puissante de Tunisie, en Afrique, que, l’an du salut 1535, l’empereur Charles Quint prit d’assaut avec la ville elle-même, après avoir écrasé une très grande multitude de Barbaresques, et un important contingent de Turcs.
Les princesses de Lorraine n’ont pas été les dernières à acquitter leurs vœux en présence du Saint Sudarium, et ont ensuite offert de magnifiques présents, des vêtements sacrés d’un très grand prix.
Il s’y ajouta encore récemment, avec des vœux récemment encore en Gaule, la mère du prince de Condé, princesse elle-même. Mais la munificence suréminente, surpassant toutes les autres, fut celle de leurs Sérénissimes Altesses les archiducs d’Autriche Albert et Isabelle, époux très saints : à leurs frais, ils ornèrent les autels du Saint Sudarium de somptueux ornements tissés d’or ; ils y ajoutèrent encore une somme d’argent considérable, destinée à la construction de l’Odeum sublime et de marbre dans l’église Saint-Étienne, dont la première pierre fut posée aux Ides de mai, l’an 1622, en présence du très illustre seigneur François de Rye, archevêque de Césarée, grand aumônier desdits archiducs, et doyen majeur de la métropole de Besançon.
CHAPITRE XIII
Les aveugles recouvrent la vue par la foi ; ceux qui travaillent de leurs yeux sont guéris ; à d’autres, la vue est rendue après un certain temps.
L’an du Seigneur 1536, lors de la fête de Pâques, alors que la foule du peuple affluait en masse pour voir le Saint Sudarium, à Besançon, un certain Nicolas Rozius, du village de Milley, près de l’oppidum de Luxeuil, frappé d’une cécité quasi complète, désirait ardemment se rendre en ce lieu, afin que la lumière de ses yeux lui fût rendue. Il était alors dans un état tel, qu’il ne reconnaissait personne, et devait être conduit par la main jusqu’à ce très célèbre pèlerinage, n’ayant pas la vue. Que fait l’homme affligé ? Il comprend à quelle heure le Saint Sudarium devait être exposé à la vénération, et au moment même, tourné vers Besançon, conduit par les siens, absent de corps, mais présent d’esprit, il répand des prières, et demande la lumière.
Chose admirable ! Ses yeux s’ouvrent soudain, et il commence à discerner clairement ; ayant recouvré la vue, il s’acquitte de son vœu, et avant la fin de la procession, il voit le Sudarium, le petit sanctuaire, et proclame à haute voix et par ses yeux mêmes un miracle si manifeste, que très nombreux furent les témoins, lesquels, après examen, par une foi donnée et non suspecte, le confirmèrent, au point qu’il fut consigné par un acte public.
Il arriva quelque chose de semblable en l’an 1531, en présence du cardinal et archevêque Claude de la Baume : alors que le Saint Sudarium était exposé publiquement, en raison de la grâce d’une certaine ancienne solennité, se trouvait là, parmi la foule mêlée, une femme déjà âgée, privée de la vue des deux yeux, qui, ayant vénéré le Saint Sudarium avec une piété très profonde, recouvra aussitôt la faculté de voir, et vit clairement le Sudarium lui-même.
Cela est en outre confirmé par de très nombreux exemples : ceux qui souffrent des yeux, par l’imposition du Saint Sudarium, ou par le simple contact, sont soudain illuminés ; et leur vue, à peine auparavant affaiblie, s’éclaire par la foi requise, ce qui arrive très souvent ; au contraire, chez ceux dont la foi vacille, si elle n’est pas faible, est néanmoins émoussée par l’hésitation. J’ajoute des exemples.
Le comte de Bourgogne, Tremblecourt, ayant entrepris une expédition, entra en l’an 1535 à Besançon avec quelques-uns de ses soldats, afin d’avertir par quelles voies la ville pouvait être prise. Ceux-ci, ayant entendu ce qui fut dit, observèrent Besançon par le nom même et par l’aspect ; ils voient des esprits animés, une garde vigilante, des camps prêts, et rapportent à leur duc que cette attaque serait très difficile. Lui, profondément irrité contre eux, leur dit avec amertume : « S’il en est ainsi, il faut renoncer au projet » ; puis il se rend de nouveau à Besançon, et, n’ayant rien d’autre, il saisit au moins le Sudarium, dont il avait entendu parler, et me l’apporte aussitôt.
Les impies s’en retournent confondus, et un noble gaulois les conduit. Entré le soir dans l’église Saint-Étienne, il s’approche de l’autel du Saint Sudarium, s’y incline, et, comme pour toucher l’arche dans laquelle le gage sacré est conservé, il ose porter des mains sacrilèges ; mais tous ses mouvements sont aussitôt entravés. Il sent sur-le-champ les mains vengeresses de Dieu ; sa peur augmente à mesure qu’il est examiné ; totalement troublé, il résiste en vain ; il voit enfin l’institution divine du châtiment ; son esprit, battant d’un mouvement salutaire, se tourne vers la clémence ; il se prosterne devant les autels sacrés, qu’il avait peu auparavant foulés aux pieds, et, désormais agenouillé, il implore avec insistance le pardon de sa faute, au nom de la religion.
Il renouvelle alors son vœu avec une ferveur accrue, promet que son épouse survivra ; puis enfin il reprend la route du retour, et de là rentre droit dans sa patrie et dans sa maison, où, depuis ce temps, il mène une vie irréprochable. Ces faits ont été rapportés par le très pieux Blaise Mahon, Bisontin, de la Compagnie de Jésus ; ce qu’il confirma ensuite par des lettres, données à Karlopol, au dernier jour du mois de juillet de l’an 1625. Nous possédons un autre exemple dans des écrits authentiques, de même nature.
En l’an 1609, Frédéric Martini, comte palatin, docteur en droit canonique et professeur principal à l’Académie de Fribourg-en-Brisgau, ayant envoyé quelqu’un à Besançon auprès de Rodolphe II, empereur, pour une affaire qui lui était demandée, pria par l’intermédiaire des chanoines que le Saint Sudarium du Seigneur lui fût montré. Ils répondent à son vœu, et, le onzième jour de février, le linge précieux est déployé dans la sacristie de Saint-Étienne. Chose admirable ! Ses yeux sont alors si frappés, qu’il affirme ne voir que la blancheur du linge seul, et ne pas distinguer du tout l’image du Christ qui y est tracée et imprimée, bien qu’elle soit lumineuse, en aucune manière ; et son regard, appliqué avec attention, tantôt se porte vers l’image sacrée, tantôt vers les objets qui l’entourent, sans que son aspect en soit nullement modifié ; tous ceux qui sont présents en sont stupéfaits, lui plus que tous ; et enfin, la cause de son aveuglement ayant été reconnue, et l’hésitation de la foi ayant été confessée par écrit, il se jette de nouveau à genoux devant l’image du Christ, prosterné, il demanda pardon pour avoir jusqu’alors douté de ce Saint Sudarium. Et voici un autre miracle : ses yeux auparavant obscurcis s’ouvrent, et il voit distinctement l’image du Christ, comme marchant sur la terre avec les Apôtres (ainsi s’exprimait-il), image divine ; le miracle accompli en lui est proclamé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la maison, et en même temps la vérité du Saint Sudarium de Besançon ; il offrit ensuite dix mille ducats d’or, pour la célébration annuelle d’un sacrifice non sanglant à l’autel du Saint Sudarium, en action de grâces perpétuelle pour le bienfait reçu.
Un autre fait, en une circonstance semblable, n’est pas sans rapport. Philippe II, roi catholique, averti par le cardinal Granvelle, désirait voir à Besançon le Sudarium du Seigneur ; il demanda aux chanoines, dépositaires de ce trésor, qu’un exemplaire, exécuté à la main d’après l’original, lui fût envoyé au plus tôt. Se conformant à la volonté royale sans délai, ils firent appel à Mylius Sacri, peintre très expérimenté, pour qu’il réalisât un modèle de l’icône imprimée sur le linge ; lequel, dès que les lumières furent allumées et qu’il se mit à l’ouvrage, déclara que le linge brillait d’un éclat fulgurant, que ses yeux pouvaient à peine le supporter ; l’image apparaissait tantôt plus longue et plus large qu’en réalité, les traces de sang tantôt plus rouges, tantôt plus pâles, observées ; jusqu’à ce que, le sacrifice salutaire ayant été accompli pour apaiser la Divinité, la noirceur diffuse des yeux se dissipa, et il ombra l’image du Christ au pinceau le plus délicat ; laquelle fut ensuite envoyée en Espagne au Roi. Ce peintre, surnommé « d’Argent », réalisa encore à plusieurs reprises d’autres images à partir de l’archétype bisontin, sur des linges de même longueur et largeur ; l’une d’elles se trouve chez le très noble seigneur Henri de Varick, margrave d’Anvers ; d’autres sont conservées dans des demeures privées de certains puissants à travers l’Europe ; ce que je signale afin qu’ils ne fournissent pas parfois matière à erreur, et que les véritables Sudaria du Christ ne soient pas confondus avec des copies.
CHAPITRE XIV
Une peste épidémique apaisée par un vœu public ; la confrérie du Saint Sudarium ; privilège apostolique accordé à son autel.
L’an mille cinq cent quarante-quatre environ, une certaine peste épidémique, véritablement funeste au genre humain, s’abattit sur Besançon, à tel point qu’en quelques jours des foules entières périssaient. Ni les remèdes publics ni les remèdes privés n’apportaient aucun secours, jusqu’à ce que la cité entière se réfugiât dans le Saint Sudarium comme dans un asile et un protecteur : par un vœu public solennel, elle cessa aussitôt cette funeste pestilence, de la peste, sous les ardeurs de la Canicule, alors que le peuple brûlait d’une fièvre violente :
Nos tableaux accomplirent
Ce que le mur votif montre à tous :
Suspendus très haut,
Signes de la puissance du mal vaincu.Ce tableau, placé comme nouveau en un lieu ancien et très fréquenté, montre largement aux Bisontins l’image vénérable ; et, à ceux qui l’observent, il rappelle ces événements notables.
S. P. Q. B.
EN VŒU.
Afin que la mémoire d’un si grand bienfait ne périsse jamais, fut instituée la confrérie du Saint Sudarium, laquelle est célébrée chaque année le troisième jour de mai, de telle sorte qu’avant le Sacrement mystique et le sermon, soient faites dans l’église et le cloître de Saint-Étienne des supplications publiques devant le Saint Sudarium d’argent, là où il est conservé.
Et non seulement les gouverneurs, les hommes patriciens et les Vingt-Quatre y assistent aux supplications, mais encore l’Office du soir, qui la veille est récité dans la chapelle du Saint Sudarium avec une harmonie très douce ; après quoi, selon le rite et l’antique usage, ont lieu les processions hors de l’église : là enfin, le vent étant favorable, on se rend jusqu’à la croix dressée près de la clôture ; le clergé et le peuple s’y tiennent ensemble, d’où toute l’étendue de la cité se présente aux yeux de ceux qui prient ; ensuite le chanoine à qui il revient, chaque semaine, après les saints offices, soit donnée à la cité une bénédiction par le triple signe de la Croix : d’abord, le bras de saint Étienne étant élevé, il trace dans l’air la Croix, en prononçant ces paroles :
Par les mérites du bienheureux protomartyr Étienne, Que Jésus-Christ, Fils de Dieu, nous délivre.
Puis, une croix plus grande étant prise, il répète ces mots en renouvelant le signe de la Croix :
Par ce bois de la Croix, Que tout mal s’enfuie au loin.
Enfin, la châsse est soulevée, laquelle contient les ossements de saint Théodole ; le même prélat accomplit le rite et conclut ainsi :
Par les mérites du bienheureux Théodole, Que Jésus-Christ, Fils de Dieu, nous délivre.
Que les reliques du bienheureux Théodole, évêque de Sedunum, aient porté secours contre les foudres et les tempêtes non seulement en ce lieu, mais aussi autrefois, les anciens livres rituels l’enseignent.
La confrérie du Saint Sudarium avait coutume de donner son nom à des villes libres de Bourgogne, telles Dole et Salins, ainsi qu’à de nombreux lieux voisins, qui, par vœu solennel, furent délivrés d’une peste grave. Dans d’autres lieux encore, le culte du Saint Sudarium de Besançon demeure vivant : on sait en effet que, dans toute la Gaule, ils possèdent des assemblées ordonnées, et qu’autrefois ils se rendaient là en pèlerinage ; de même, chaque année, les confrères s’y réunissent, et ce même jour, ils se répandent hors de Besançon, et commencent à se rassembler et accomplissent solennellement l’office ecclésiastique.
À la renommée des vœux ainsi largement répandue s’ajouta un privilège, par lequel le Prince suprême de la hiérarchie ecclésiastique, le pape Grégoire XIII, dota l’autel du Saint Sudarium. On peut lire ce qui suit gravé dans le marbre, enchâssé dans le mur de la chapelle :
Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour perpétuelle mémoire.
Animés par le souci paternel du salut de tous, parmi les nombreuses œuvres de piété que nous jugeons devoir exercer pour la charge qui nous a été confiée, nous estimons que les lieux sacrés doivent parfois être honorés d’un privilège spirituel, afin que de là s’accroisse davantage le salut des âmes des fidèles. C’est pourquoi, bien que l’Église de Besançon ait déjà été décorée d’un tel privilège, et qu’un autel du Saint Suaire y ait été institué, ce qui n’est pas peu de chose, nous concédons cependant ceci comme un don spécial et éclatant, confié à notre autorité par le Seigneur : que chaque messe qui sera célébrée à l’avenir sur ledit autel pour l’âme de tout fidèle, qui, uni à Dieu dans la charité, aura quitté cette vie, obtienne pour celle-ci, par le trésor de l’Église, l’indulgence plénière, par les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la bienheureuse Vierge Marie, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de tous les saints.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l’an de l’Incarnation du Seigneur 1579, le onzième jour avant les calendes de janvier, la huitième année de notre pontificat.
CHAPITRE XV
Maladies supprimées par le poison au moyen des images du Saint Sudarium de Besançon ; autres faits admirables et dignes de mémoire concernant ce même Sudarium.
Il ne faut pas tenir pour un miracle ordinaire celui-ci, par lequel l’image du Sudarium de Besançon s’interposa avec une efficacité remarquable pour repousser des maladies funestes causées par des maléfices.
Une femme noble, épouse du seigneur de Capella, gouverneur de la forteresse et de la ville de Mâcon (Maceriae) en Campanie, fut, au mois de juin de l’année 1619, tourmentée par une maladie prodigieuse, au point que, avec sa fille Carlotta et son serviteur Ludovico Brisone, ils cherchaient en vain, dans les angoisses extrêmes de la putréfaction, quelque soulagement. Les médecins étaient totalement déconcertés ; car le type même de la maladie leur demeurait inconnu.
Enfin, elle fut examinée par le père Jean Prinet, prêtre de la Compagnie de Jésus, envoyé de notre Collège de Reims ; celui-ci, soupçonnant un empoisonnement par maléfice qui torturait la malade, et cherchant avec plus de certitude à en reconnaître la cause par le secours des exorcismes, soumit les vêtements des malades à l’épreuve du feu en forme de cône ; ceux-ci, lorsqu’ils brûlaient, répandaient des exhalaisons fétides, et les femmes, livrées aux douleurs, criaient qu’elles étaient cruellement torturées, au point qu’elles supportaient à peine l’examen.
La poitrine et les cheveux furent également livrés aux flammes ; mais, la femme étant absente, il ne s’enflamma absolument rien : ce qui montra clairement que, au moment de la combustion, elle n’était pas atteinte par une maladie naturelle, mais qu’elle était tombée à terre, comme frappée par un mal sacré, avec une horrible convulsion des membres.
Conclusion.
Blaise Mahon, Bisontin, prêtre, se trouvant alors dans le palais où Ludovico, prostré, gisait accablé, ému de tant d’angoisses auxquelles cette femme était réduite, se souvint qu’il possédait une petite image du Saint Sudarium de Besançon, sanctifiée par le contact du prototype ; il la fit apporter et la posa sur la tête de la malade étendue.
Aussitôt qu’elle en perçut la vertu, la femme, comme arrachée à elle-même, éclata en cris : « Ah, ah, Seigneur, tu me brûles ! », tandis qu’en même temps toute la masse de la maladie, depuis la tête, descendait dans la poitrine ; puis, l’image étant de nouveau appliquée sur les parties déjà partiellement soulagées, la douleur devint atroce ; enfin, protégée par cette très salutaire image, la maladie, refoulée, se précipita vers les jambes.
Alors que les rites solennels des exorcismes se poursuivaient, et que des flammes, excitées par les sortilèges, s’élevaient autour des tibias, la masse de la corruption humaine s’y amassait ; mais, l’image ayant été imposée, l’ardeur de la douleur s’éteignit, et en très peu de temps il ne subsista plus aucun signe de cette immense affection.
Par le bienfait de cette même image, une femme noble, mère et fille, furent délivrées ensemble de maladies très graves ; ce qu’elles attestèrent ensuite ouvertement et publiquement, montrant combien le Christ Seigneur avait communiqué de puissance aux images du Sudarium : lui qui jadis, à Éphèse, fit qu’en appliquant des linges et des sudaires ayant touché le corps de saint Paul sur des malades, ceux-ci se retiraient de leurs infirmités, et que les esprits mauvais sortaient d’eux.
Ces prodiges opérés en Campanie frappèrent tant de fidèles aux yeux, qu’il ne resta aucun lieu au doute.
D’innombrables puissances se sont manifestées ailleurs à Besançon, non seulement de notre temps, par de simples linges appliqués, sanctifiés par le contact même du divin Sudarium ; car de même que le fer communique une grande force lorsqu’il est appliqué à l’aimant, ainsi les objets sacrés reçoivent-ils une puissance.
Aussi le Sudarium est-il exposé publiquement, tandis que de toutes parts retentissent des cris terribles de possédés, le démon ne supportant pas la force divine.
Il existe encore bien d’autres faits admirables concernant le Sudarium, suffisants pour affermir la foi et captiver les esprits humains.
Le petit coffre dans lequel il est conservé, renforcé de plaques d’argent afin de prévenir l’usure et l’altération, a été récemment restauré ; le linge, très souvent touché, ne s’est jamais détérioré et demeure intact.
Ceux qui entrent dans la chapelle du Saint Sudarium sont saisis par la sainteté et le caractère sacré du lieu ; et lorsqu’on y parvient pour le contempler sur le mont Cælius, Dieu remplit alors les âmes pieuses de telle sorte que tous, enflammés d’actions de grâces, recueillent les fruits les plus abondants de leurs travaux et surtout de leur pèlerinage.
Il est souvent exposé non seulement dans l’église, mais aussi sur une estrade publique ; et tandis qu’on le déploie, le ciel verse la pluie, et l’on en tire des signes liés au mystère sacré de l’ostension. Là, La religion se répand en larmes, et des gémissements éclatent ensemble, lorsque, de leurs propres yeux, ils aperçoivent les traces de son Sang, à la vue duquel le peuple frémit, la terre gémit, les pierres se fendent.
Un soldat, d’âme farouche, alors qu’il méditait une lutte contre un parent de sang, sur le point de mettre lui-même fin à cette querelle par la mort, déclara ensuite qu’il allait partir pour la Mauritanie, puis pour la Hollande, comme il l’avait auparavant résolu ; mais aussitôt qu’il vit la Sainte Sindone, il changea entièrement d’avis, et, revenu à lui-même, se réconcilia dans la grâce avec son adversaire.
Les Annales de la Compagnie de Jésus, année 1606, en font mention.
La Présence du Numine divin y resplendit toujours ; elle se répand jusque sur ceux qui ne font que regarder, de telle sorte qu’elle inonde les pieux d’une joie inexprimable, tandis qu’elle pénètre les impies de terreur ; elle est remède pour les malades, consolation pour les affligés, aiguillon pour les engourdis, encouragement pour ceux qui hésitent, salut pour ceux qui sont en péril.
L’affluence est admirable pour le voir et l’adorer, et l’ardeur de ceux qui accourent, même depuis des lieux lointains et jusqu’aux confins où s’étend la foi chrétienne ; et ce qui est surtout étonnant, c’est que tous, une fois rassérénés et apaisés dans leur âme, retournent à leurs foyers avec un immense désir de le revoir et de l’adorer de nouveau.
Il est exposé deux fois chaque jour publiquement depuis l’estrade, le jour de Pâques et le dimanche après l’Ascension du Christ, aux heures matinales ; et jamais en dehors de ces occasions, sauf pour la faveur des Princes et des Grands. Des foules fréquentes à cette exposition sont jointes quarante heures de prières, ou bien une dévotion parfaitement adaptée à cela, parce que le Christ reposa quarante heures dans le sépulcre, enveloppé du suaire, et qu’à nouveau, le quarantième jour après la résurrection, il monta aux cieux.
Ils le font rarement en temps ordinaire ; toutefois, lorsque la cause de la sanctification et du renforcement de la foi l’exige, on procède à l’exposition solennelle, et l’on a recours à l’arche d’alliance (pour ainsi dire une arche plus sainte que l’arche antique), mais seulement dans de grands périls et nécessités publiques. Cela eut néanmoins lieu aussi l’an 1622, avec une grande solennité, le 24 juillet, lors de la célébration de la canonisation de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, et de saint François Xavier, apôtre des Indes et du Japon. Pour honorer leur culte et implorer leur intercession, le suaire fut exposé par une supplication générale, publiquement sur l’estrade, en présence des seuls Pères de la Compagnie de Jésus, des représentants du Saint-Siège et des gouverneurs de la cité.
De nouveau, le 29 septembre de la même année, le jour de la fête de l’archange Michel, célébrée conjointement avec celle de sainte Thérèse, il fut porté dans le nouveau temple des Carmélites déchaussées récemment achevé, et, outre le suaire, l’image divine de la Vierge fut exposée et adorée dans un sanctuaire distinct.
À présent commence l’histoire et les miracles de la Sindone de Turin.
CHAPITRE XVI
De la Sindone de Turin, et de la manière dont elle fut ensuite amenée à Chambéry.
Si l’on doit attribuer à l’iniquité des temps ce qui a coutume de répandre l’obscurité sur l’origine des choses, il faut aussi l’attribuer à la malice de quelques-uns, par qui ce gage sacré, transmis de loin, fut reçu avec autant de crainte soupçonneuse (vaine, en vérité, et fondée sur de simples propos), de peur qu’il ne parût pas avoir été transmis par des autorités légitimes, mais acquis par fraude ou par ruse ; et ainsi une opinion variable et multiple se répandit parmi le peuple quant à la manière dont il fut reçu à Chambéry. Car, pour passer sous silence des rumeurs plus légères, on en vint même à dire que la Sindone avait été reçue d’une femme juive égyptienne, en paiement de chevaux, par le duc de Savoie ; et d’autres choses de ce genre, que certains disent avoir lues dans des commentaires anciens, ou affirment avoir reçues de leurs aînés.
François Adorno, Génois, de la Compagnie de Jésus, dans une lettre sur la pèlerinage votif de l’année du salut 1578, adressée à saint Charles Borromée à propos de la Sindone conservée à Chambéry, lettre que Pingone traduisit de l’italien en latin, rapporte ceci :
La famille de Lusignan, le royaume de Chypre Et les Lusignans régnèrent pendant de nombreuses années à Chypre, comme le rapporte la mémoire produite par les écrits ; et c’est de cette famille que descendit Charlotte, dernière reine régnante de Chypre. Celle-ci, donnée en mariage à Louis, fils d’un autre Louis, duc des Allobroges, que l’on appelle Savoyards, transmit à cette maison, avec elle-même, l’héritage de sa famille ainsi que les trésors royaux et le royaume de Chypre.
C’est de là que les ducs supérieurs, ayant reçu ce monument sacré dans cette illustre maison, et ayant voulu transmettre la mémoire de cette chose par leurs mains, purent la conserver pour la postérité.
Certains ajoutent encore que Rhodes, encerclée par une très grande multitude de Turcs et attaquée avec la plus extrême violence, Amédée, comte des Allobroges, aurait arraché et sauvé la ville du péril suprême du siège et l’aurait conservée ; et que, pour cette cause, une croix blanche, telle qu’elle est encore aujourd’hui l’insigne le plus remarquable, aurait été ajoutée, et qu’alors le linge sacré aurait été donné en présent par le grand maître des chevaliers de Jérusalem, afin de témoigner d’une mémoire reconnaissante et bienveillante envers un bienfaiteur méritant.
Beaucoup plus précisément et plus abondamment, Philibert Pingone, Savoyard, baron de Cusy, dans le livre qu’il a écrit sur cette matière, qu’il a intitulé Sindon Evangelica, publié en l’année 1581, rapporte que, lorsque, en l’année 1453, le siège et les armes de l’Empire d’Orient furent renversés par Mahomet, roi des Turcs, que tout fut dispersé et ravagé, et que Constantin Paléologue lui-même eut la tête tranchée, le royaume, en même temps que la vie, trouva sa fin.
Rien ne demeurait enGrèce, rien en Asie ni en Syrie qui pût résister ; partout se déchaînait la cruauté d’un tyran atroce. Une illustre matrone, Marguerite de Charni par son nom, ayant rassemblé ses biens, parmi lesquels elle avait placé ce rare Suaire, décida de quitter la Grèce, de traverser la mer et de gagner la Gaule.
Cela est confirmé par les faits rapportés par les auteurs hiérosolymitains, qui racontent dans l’histoire de Chypre les noces d’Hector Lusignan avec la fille de Philippe, événements concordant en tous points.
Certains estiment toutefois que ce nom de Charni viendrait de la ville de Carna, située en Asie Mineure, ou de la région de Carna en Asolide ; ou bien de la cité de Carna en Phénicie, placée au pied du mont Liban. D’autres pensent qu’il s’agissait d’une famille illustre portant ce nom, laquelle aurait migré d’Asie en Grèce, puis aurait été conduite d’Asie en Gaule.
Quoi qu’il en soit, Carna est attestée en Gaule, située au-dessus des grandes Alpes, près de Chambéry (qui est la résidence royale des ducs de Savoie). Là, Louis et Anne, ducs de Chypre, personnages très illustres, jugés dignes d’un si grand titre de princesse, de matrone et de parente, accueillirent ce don très sacré du Suaire avec la plus grande vénération, et non sans de grandes supplications et prières.
Il est vrai, comme l’attestent d’anciens auteurs, que ce don leur fut fait avec la condition que ce trésor ne fût pas exposé en ce lieu, mais qu’il fût conservé à Chambéry. On y préparait pour la princesse un long voyage : chevaux, mules, chariots, tentes, vases et provisions nécessaires étaient rassemblés en abondance,ni la valeur de la chose ne semblait moindre ; mais la libéralité même dont on faisait preuve envers tous était remarquable.
Attirés par ces richesses, des voleurs s’attaquèrent au Suaire ; profitant d’un relâchement momentané de la surveillance grecque, ils commirent plusieurs crimes, brisèrent des serrures, et, à la faveur de la nuit, emportèrent autant qu’ils purent de butin. Parmi ces dépouilles, ils cachèrent la vénérable Sindon dans une cassette dorée.
Mais tandis que les voleurs se partageaient le butin, incapables d’apprécier suffisamment l’élégance du tissu du Suaire, incomparable à toute autre étoffe terrestre, ils tentèrent, pour se procurer un gain, de le découper ; or, tandis qu’ils le tenaient avec force et s’y essayaient, leurs mains se tordirent, leurs cous se retournèrent aussitôt, et l’un d’eux tomba comme frappé d’un coup soudain.
Un autre, ayant tenté de s’approprier le linge intact et cherchant à effacer les marques du sang et de la sueur humaines afin de le revendre comme marchandise ordinaire, vit au contraire apparaître plus nettement l’empreinte, et fut privé de la lumière, tandis que l’éclat du visage et de tout le corps resplendissait davantage.
Alors, à grands cris, une sentence sévère fut annoncée à ceux qui devaient subir le châtiment ; et aux voleurs, dénoncés ou revenant d’eux-mêmes, on ne promit pas seulement l’impunité, mais même une récompense. Aussi Carna elle-même, le Suaire lui ayant été restitué intact, accorda généreusement le reste des biens, si précieux fussent-ils.
Conduits par ces événements, les brigands, le vol réparé, touchés par la religion et incités à la pénitence, se consacrèrent par un vœu solennel au service du salut.
Nul ne fut insensible à une telle joie, et la princesse elle-même, avec les autres princes, témoigna une reconnaissance extrême pour l’augmentation de la vénération rendue au Suaire. Finalement, avec une ferveur accrue on jugea qu’il fallait attribuer la chose à une disposition divine, en reconnaissance d’un miracle si remarquable ; et pour cette raison, Cambéry fut rendu célèbre par ce nom.
C’est pourquoi la duchesse Anne de Chypre, l’âme enflammée, et d’un zèle audacieux, demanda avec insistance et de façon pressante que ces reliques sacrées lui fussent confiées, tant par attachement familial que par piété grecque ; mais cette demande empressée fut aussitôt repoussée : quoi qu’elle eût demandé par ailleurs, rien ne lui était refusé, tout lui était plutôt accordé, à l’exception de ce seul point, dans lequel son esprit se trouva profondément blessé, son corps atteint, et enfin sa santé compromise.
Cette épreuve ne fut cependant pas sans fruit pour une duchesse si modeste, et elle ne fut pas renvoyée de Grèce sans marques d’égards. Tandis que de multiples charges accablaient les femmes, et qu’elles se rendaient chez les médecins vétérinaires de la ville pour des maladies inhabituelles, jamais on ne put établir avec certitude qu’un grand nombre de citadins, auxquels le poids sacré avait été imposé, eussent pu traverser les portes sans dommage, ni s’échapper des autres périls, tant il apparaissait évident, par un signe divin, que ce gage sacré devait être remis aux princes de Savoie et à Chambéry.
Ainsi, Marguerite fut enfin envoyée vers Louis et Anne, les ducs, afin d’exercer à leur égard — par un miracle non moindre que celui que nous avons rapporté — une donation digne de magnificence.
Seulement, en raison de ce don, les ducs, reconnaissants pour des grâces immortelles, instituèrent des supplications solennelles aux dieux d’en haut, et ordonnèrent que le saint linceul fût conservé à perpétuité dans un sacellum de marbre ; sacellum que le pape Paul II, souverain pontife, érigea en église collégiale.
Pingonius rapporte ces faits, avec ceux qui concernent des notes marginales ; et j’ai lu que les auteurs plus récents rapportent également ceci : Jean Tonnellus, dans son livre élégant sur la vie d’Emmanuel-Philibert, duc des Allobroges ; Jean Botero, à propos de Louis de Savoie, duc fécond ; lesquels toutefois font remonter la translation du Linceul de Chypre en Gaule à l’année 1433.
Alphonse Paleotti, dans son livre sur les stigmates du Linceul, avec les commentaires de Daniel Malloni ; Prosper Bonafamia, dans un petit livre italien traitant du même sujet ; Jacques Gautier, de la Compagnie de Jésus, dans sa Chronologie ; et plus récemment encore Pierre Monod, de la même Compagnie, dans un traité rédigé en français sur les alliances de la France et de la Savoie.
Cependant, ce que Pingonius rapporte seulement de manière indirecte et selon une opinion étrangère, à savoir que cette donation, reçue par eux comme une faveur exceptionnelle, c’est-à-dire Marguerite de Charnie, à laquelle ce don divin aurait été transmis chez les Allobroges, aurait été bourguignonne, cela est entièrement contredit chez les Bourguignons. Car, pour passer sous silence ce que Pingonius lui-même combat en relatant que Marguerite, issue de Grèce, aurait été faite prisonnière à Constantinople, et amenée au château de Constantin (ce qui eut lieu en l’an 1453), et qu’ensuite, en l’an 1453 encore, elle aurait laissé le Linceul à Chambéry ; les Bourguignons, eux, rapportent que Humbert, comte de La Roche, seigneur de Villario et d’Exel, Séquanais, dont les richesses étaient passées dans la maison des marquis de Varembon, issus de l’illustre famille de Rye ; lequel eut pour épouse Marguerite de Charny, nièce de Geoffroy de Charny, chevalier bourguignon, et de Philippe de Valois, jadis neveu de Jean, roi des Francs, porte-enseigne royal.
Il est donc établi que ce saint Linceul, très célèbre tant en Champagne qu’en Bourgogne, n’a été transféré à Chambéry qu’assez tardivement ; qu’il n’a pas été en Chypre, ni dans aucune région de la Grèce ou de l’Asie ; mais qu’il est resté en Bourgogne environ trente-quatre années, d’où il passa en Champagne, où il demeura au moins soixante ans, dans le trésor capitulaire de la bienheureuse Marie de Lirey, dans le diocèse de Troyes ; ce que, sans rien exagérer, je répète ici, et que j’affirme par des témoignages certains et incontestés.
CHAPITRE XVII
Geoffroy de Charny, chevalier bourguignon, attribue le Linceul du Christ à l’église de Lirey, dans le diocèse de Troyes ; comment le Linceul y fut conservé.
Froissart rapporte, dans le premier volume de ses Histoires, ainsi que d’autres auteurs des affaires françaises, que Callisio (appelé Portus Icius par certains, par d’autres Portus Morinorum,) reçu des Anglais par capitulation, fut restitué le dix-huit août de l’an M.CCC.XLVII. (1347) Geoffroy de Charny, chevalier bourguignon, fut promis par le roi Philippe de Valois au gouvernement de la province de Picardie (qui était alors menacée), la même année M.CCC.XLVIII (1348). Il se rendit d’abord à Calais, l’année M.CCC.XLIX (1349) pour y recevoir des présents, puis, par suite de la trahison d’Aymeric de Piennes, préfet de la forteresse de Calais pour les Anglais, lequel avait feint l’amitié avec les Français, l’armée française étant absente, Geoffroy, duc, contrairement à ce qu’il espérait, fut pris par les Anglais et mis en captivité aux calendes de janvier, alors qu’il avait dit qu’il s’emparerait de la ville ce même jour.
Une fortune semblable, quoique pour une cause meilleure que la sienne, arriva l’an M.CC.XIV(1214) à Ferdinand, comte de Flandre, qui, après un noble combat à Bouvines, fut défait par Philippe Auguste, roi des Francs, et conduit à Paris, qu’il croyait, par un oracle magique mensonger, devoir entrer soit en triomphe, soit librement accueilli.
À ce sujet, Salluste dit :
« Notre chef partit de la ville avec la même assurance qu’il entrerait victorieux ; il entra captif. » Et bientôt : « Ayant pris confiance dans le pillage, il devint proie ; espérant le triomphe, il fut triomphé. »
Quant à Geoffroy capturé tandis que le roi d’Angleterre se réjouissait non médiocrement, lui qui avait éprouvé la vaillance guerrière de Geoffroy au prix de pertes bien plus grandes. Nicolas Camuzat, notre ami, rapporte, dans le Tricassien, qu’il fut enfermé dans le château de Calais sous une garde très sévère.
Là, comme Geoffroy lui-même le dit,
tandis que certaines anciennes traditions de l’Église diocésaine de Lirey rapportent qu’il était accablé d’une grave anxiété, parce que le roi d’Angleterre refusait absolument de le libérer moyennant une rançon pécuniaire, il se réfugia dans l’aide divine et recourut à l’intercession de la Vierge ; il fit alors vœu que, s’il obtenait ce qu’il demandait, et si, arraché à cette garde, il recouvrait sa première liberté, il construirait à ses frais une basilique à l’endroit indiqué.
Comme il avait émis ce vœu, aussitôt apparurent sous une forme humaine deux anges, qui, après l’avoir auparavant encouragé, lui montrèrent le vœu auquel il s’était obligé, l’exhortèrent à la constance et le confirmèrent pleinement ; puis, après avoir réitéré l’examen de l’âme et le vœu répété, ils lui inspirèrent à la fois crainte humaine et divine ; et, ayant parlé, ils se retirèrent, armés de vêtements resplendissants, et lui firent aussi don d’une épée.
Ainsi préparé, il se joignit aux troupes anglaises, lesquelles, à titre d’exemple, furent conduites depuis la ville de Calais au combat avec quelques Français qui s’étaient portés à leur rencontre. Là, dans l’ardeur du combat, tandis queGeoffroy se distinguait par son courage, il tomba, Dieu le voulant et l’ordonnant ainsi, entre les mains des Français ; par eux reconnu, il fut reçu avec bienveillance et empressement ; et tous ne furent pas moins frappés par le récit d’un si grand miracle ce qui étonnait d’autant plus qu’on le tenait pour déjà désespéré ; ce qui toutefois n’en offensa pas l’Écriture. En vérité, pour ce qui est du miracle accompli, il apparaît clairement qu’il fut annoncé à l’avance, puisque Geoffroy avait été animé d’une dévotion particulière et d’un attachement religieux envers la Vierge sacrée ; comme il la vénérait et l’honorait avec piété, il entreprit bientôt, après sa libération, de faire consacrer une église en son nom, afin d’exciter la dévotion ; et, dans l’oppidum de Lirey, le Seigneur lui-même donna succès à cette œuvre, depuis la ville de Troyes récemment acquise, et l’enrichit de tant de revenus, que les chanoines mêmes, qui y remplissent perpétuellement le ministère de l’Office divin, purent être entretenus convenablement.
Camuzat ajoute l’instrument de dotation de l’église de la Bienheureuse Marie de Lirey, donné à Geoffroy l’an du Christ 1353, indiction sixième, le vingt-sixième jour de juin. Or, que Geoffroy ait été arraché vivant aux mains des Anglais, les historiens, tant anglais que français, ne le contestent nullement ; ils rapportent au contraire qu’il fut emmené par les Anglais de Calais en Angleterre, et que sa tête fut rachetée pour une somme considérable l’an 1352, sous le règne de Jean en France.
Et c’est pourquoi je n’accorde pas foi à cet historien obscur, que Camuzat cite d’après certains commentaires de l’Église de Lirey, puisqu’il apparaît expressément qu’elle se trouvait déjà depuis longtemps dans la châsse d’argent de cette église, laquelle est décrite dans les lettres du comte Humbert de La Roche, comme le rapportent fréquemment les sources. Or un Ange est représenté offrant à la bienheureuse Vierge une mèche de cheveux enfermée dans un petit reliquaire, et l’élevant sur une tour soutenue par trois colonnes ; sur cette tour est placée une statue équestre ornée d’insignes de Charny, représentant Geoffroy, arraché à la prison par l’aide angélique, après avoir fait vœu à la Mère de Dieu. Il est suffisamment établi que d’autres captifs furent délivrés par une puissance divine, et conduits hors de leur détention, comme Gérard de Saint-Bernard, frère, par les mêmes prières ; Charles, comte de Provence, par l’intercession de la bienheureuse Madeleine ; plusieurs autres par des vœux adressés à Dieu ou à Léonard ; et d’autres encore par d’autres moyens : de sorte qu’il ne doit nullement paraître étonnant que Geoffroy ait obtenu un bienfait divin ; bien que cela ait été omis par les auteurs anglais et français, occupés davantage par les faits de guerre que par les choses sacrées, ou bien négligé par ignorance, ou passé sous silence par choix.
Mais quelle que soit finalement la manière par laquelle Geoffroy ait été délivré de la puissance de ses ennemis, il est constant qu’il revint parmi les siens, qu’il fit édifier l’église de la bienheureuse Marie de Lirey, et qu’il y exposa pour l’adoration le linceul, portant les marques et les linéaments du corps du Christ, qu’il y plaça avec honneur ; et que cela est attesté expressément par de très nombreux monuments et documents publics de Bourgogne et de Champagne, qu’il faudra citer plus bas, où il est désigné de façon permanente sous le nom de suaire. Quant à la manière dont le saint suaire fut exposé à Lirey vers l’an mil trois cent cinquante, comme peu de récits l’attestent.
Comme de grands rassemblements affluaient vers l’église de Lirey à cause de la vénération du Linceul, Henri de Poitiers, évêque de Troyes, vers l’an du Christ mil trois cent cinquante-cinq, ayant jugé qu’il ne s’agissait pas du véritable Linceul du Christ, comme certains théologiens l’affirmaient, estima néanmoins qu’il ne fallait pas omettre qu’il s’agissait d’un linge portant les marques du corps divin ; et, attribuant cela à l’autorité des doyens et chanoines de Lirey, et au désir de recueillir de l’argent ainsi qu’à l’avidité des dons suscités par l’affluence des peuples, il prit, après avoir tenu conseil, l’initiative d’agir contre les gens de Lirey en vertu de son autorité.
Alors donc, le Linceul fut transféré ailleurs, et même enfoui, hors du diocèse ; et il ne fut jamais proposé publiquement pendant près de quarante-quatre ans. À l’expiration de ce délai, Pierre de Troyes ayant obtenu le siège épiscopal, le Suaire fut de nouveau produit par Geoffroy de Charny, fils de Geoffroy le fondateur, seigneur du lieu de Lirey, et il fut restitué à l’église de Lirey, afin d’être exposé au peuple selon l’usage ancien.
Ce qui fut fait, Geoffroy obtint de Pierre Tuil, prêtre, cardinal de Thurroye, antipape Clément VII, légat auprès de Charles, roi des Francs, la faculté de ce Suaire dans l’église de le conserver honorablement dans l’église de Lirey, sans avoir demandé l’autorisation de l’Ordinaire du lieu, et nonobstant son interdiction, au motif que ce Suaire avait été placé là par son père Geoffroy, fondateur de cette église. De là naquit une vive émotion chez Pierre d’Arcis, évêque, lequel, bien que ce qui avait été concédé auparavant subsistât encore, voyant que le Suaire était exposé avec la plus grande solennité, avec des torches et des cierges suspendus au plafond de l’édifice, et proposé à tous pour être vénéré, tenta de faire prononcer l’anathème et interdit que ce linge fût présenté au peuple pour être adoré, jusqu’à ce que le Souverain Pontife, consulté à ce sujet, eût statué sur l’affaire.
Geoffroy opposa certes un écrit adressé au roi Charles VI, surnommé le Bien-Aimé, fils de Charles V, selon lequel il était permis aux doyens et chanoines de Lirey d’exposer publiquement le Suaire selon l’usage. Mais l’évêque agissant, et le roi exposant que, par cette exposition solennelle, l’idolâtrie s’était glissée dans les esprits crédules, un nouvel édit royal rendit nulle la concession précédente, et un instrument officiel fut établi à Paris, au Parlement, le quatrième jour d’août, la neuvième année de son règne, en l’an du Christ mil trois cent quatre-vingt-neuf, afin que le Suaire fût conservé hors de l’église de Lirey, dans un lieu privé, jusqu’à ce qu’il fût statué autrement à ce sujet.
On en appela alors à Clément, sollicité par de nombreux pontifes ; de qui de sorte que, Geoffroy agissant en ce sens, la permission accordée aux chanoines de Lirey par le cardinal de Sainte-Suzanne est confirmée, et qu’un silence perpétuel est imposé à l’évêque de Troyes. À cette nouvelle, Pierre d’Arcis présenta un long mémoire supplique, dans lequel, reprenant toute l’affaire depuis l’origine et exposant les faits en détail, il soutenait que ce Suaire avait été fabriqué par l’art humain, et non qu’il fût le véritable linge ayant adhéré au corps très saint du Christ ; et que, par son exposition publique, les simples étaient gravement scandalisés, et que de là la populace grossière et ignorante était entraînée vers des pratiques religieuses vaines ;
mais, par un diplôme accordé par Clément, donné à Avignon, le huitième jour avant les ides de janvier, la deuxième année de son pontificat, en l’an du Christ mil trois cent quatre-vingtsix (car il régnait à Avignon comme antipape depuis l’an mil trois cent soixante-dix-huit), il fut statué par ce diplôme que ce linge pourrait certes être exposé à tous, mais sans torches, cierges, lampes ni aucun ornement sacré, ni avec célébration solennelle ; et que ceux qui montreraient ce linge au peuple devraient proclamer publiquement et à haute voix que cette figure ou représentation susdite (ce sont les paroles de Clément) n’est pas le véritable Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais une certaine peinture, ou tableau, fait à l’imitation ou à la représentation de celui-ci.
Par cette décision, la dévotion envers ce linge sacré commença peu à peu à diminuer. Et aucune loi ultérieure, plus sévère, n’est reçue sur ce point à Troyes. Par suite de cette sentence portée par l’Antipape, l’affaire demeura en suspens, comme privée de vigueur, laissée en dehors de l’examen ; mais à présent, pour la raison de la bonté divine, ce gage très précieux de notre rédemption, rendu à son honneur, doit être exposé plus largement.
CHAPITRE XVIII
Transfert de la Sainte Sindon de Champagne en Bourgogne : les habitants de Lirey tentent bien des démarches pour la reprendre ; Chambéry cependant ne cesse pas de resplendir par des miracles.
Les habitants de Troyes se montrèrent indignes du don divin, puisqu’ils en abolissaient la foi et tout le culte. Or, tandis que la Gaule brûlait de troubles guerriers, et que Jean, duc de Bourgogne, occupait par une grande expédition militaire le royaume de France, l’an du Christ mil quatre cent dix, à la fin du mois de mai, les gens de Lirey, jugeant leur lieu moins sûr et voulant mettre leurs biens à l’abri, se rendirent auprès d’Humbert, comte de La Roche, seigneur de Villars-les-Vexel et de Lirey, qui avait pour épouse Marguerite de Charny, nièce de Geoffroy, fondateur de l’église ; et ils le prièrent de recevoir sous sa protection le dépôt sacré, et de le placer en lieu sûr, en toute sécurité en attendant que la paix revienne en Gaule. En effet, Humbert ne reçut pas ce dépôt sacré sans reconnaissance ; et afin que les fidèles en aient l’assurance, il donna de sa propre main des lettres, datées du sixième jour de juillet de l’an mil quatre cent dix-huit, rédigées en langue vulgaire française.
Nous, Humbert, comte de La Roche, seigneur de Villars-les-Vexel et de Lirey, faisons savoir à tous que, les affaires étant troublées par la guerre, et craignant les dévastations des pillards, nous avons reçu sous notre foi et notre protection, des mains de nos chers chapelains, le doyen et le chapitre de notre église et diocèse de Lirey, les objets sacrés et le trésor de ladite église, récemment énumérés ci-dessous : en premier lieu le linge sur lequel se trouve la figure et la représentation du suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ (ainsi que Humbert le déclare selon l’esprit du décret de l’antipape Clément, que nous avons mentionné plus haut), enfermé dans une arche des Charny, faite de calembour et ornée de ferrures. De plus, une croix dorée en argent, à tronc unique, en forme de rameau découpé, dans laquelle est enchâssée une parcelle de la vraie Croix ; à la partie supérieure, les images des quatre Évangélistes ; au-dessous, aux extrémités, les armoiries de la famille de Charny apposées sur un écu. De plus, un ange d’argent doré, placé sur une tour soutenue par trois colonnes, et levant les deux mains, tenant un reliquaire enfermant un cheveu de la très sainte Mère de Dieu ; au bas de la tour est placée une statue équestre portant les armes de la famille de Charny. En outre, le petit calice sacré récemment mentionné ; [une image de] la Vierge Mère de Dieu portant l’Enfant Jésus ; des statues d’argent de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’Évangéliste ; un vase d’argent doré, dans lequel se trouvent certaines reliques : de l’huile de la bienheureuse Marie de Sardonnay, un ciboire, un encensoir, deux petits reliquaires, le tout en argent ; trois nappes d’autel. Tous ces objets, nous les avons reçus en dépôt au château de Montfort afin d’y être conservés en sûreté, et nous les avons acceptés sous notre foi, des mains du doyen et du chapitre de ladite église, et nous nous obligeons, en notre nom, à restituer toutes ces choses à ladite église, chaque fois que, cessées les guerres en France, et chaque fois que nos chapelains le réclameront. Et pour donner foi à cette affaire, nous avons fait apposer notre sceau sur les présentes lettres, données le sixième jour de juillet, l’an mil quatre cent dix-huit.
Puis le dépôt fut placé sous la puissance de Humbert ; après sa mort, on en confia la garde à sa fille Marguerite de Charny, dans la cour de Dole, afin que le saint suaire et les autres reliquaires fussent désormais conservés depuis vingt-cinq ans sous la protection et la fidélité de la veuve d’Humbert, son ancienne épouse. Et bien que celle-ci les montrât à toutes les personnes religieuses qui le demandaient, elle refusa cependant de restituer à cette époque le très saint suaire, soutenant que la chose appartenait à sa famille, puisque celui-ci provenait de son aïeul Gaufride de Charny ayant autrefois pris part à la guerre, lesdites tables furent transférées dans la population de Lierre ; l’Église de Lierre, avertie par l’évêque diocésain, fit preuve de prudence, afin que ce don de Dieu ne fût ni adoré dans la Curie, ni soustrait. Le procès ayant été engagé, il fut finalement convenu, le neuf mai 1443, que la garde du dépôt sacré serait prolongée pour Marguerite pendant trois années, à savoir jusqu’au huitième jour de mai de l’an 1446, à cette condition toutefois que l’Église de Lierre perçût une somme d’argent, à titre de revenus, en compensation de ce qu’elle aurait pu obtenir du suaire.
Le terme de trois ans écoulé, pour des causes semblables, et la même pension d’argent devant être versée, Marguerite obtint de l’Officiel de la Curie de Besançon, par un instrument donné le dix-huit juillet 1447, la prorogation de la garde du saint suaire jusqu’à la fête des saints Simon et Jude, soit le vingt-huit octobre de l’an 1449 ; ce qui ayant été rendu public, il fut décidé que cette pieuse femme ne serait pas privée de la protection divine, et qu’en outre, afin d’écarter les dangers anciens, on construirait à Lierne une forteresse destinée à la garde perpétuelle du saint suaire, afin qu’après l’écoulement de tous les siècles, il fût conservé pour tous.
Un pacte fut également conclu pour une somme d’argent plus élevée : son frère Charles de Noyers, seigneur de Vatteville et de Seigney, remit au prévôt de Lierre des tables publiques, établies le six novembre de l’an 1449, attestant cela actes, par lesquels il était encore permis à ladite Marguerite de conserver le saint suaire auprès d’elle pendant toute la durée de trois années. Or, avant même que ce temps fût entièrement écoulé, il arriva que, dans la ville de Chambéry (qui est la métropole des Allobroges et le siège principal des ducs de Savoie), le saint suaire fût remis à Marguerite : en effet, Pingonius cite les tables de donation, les actes de Chambéry, datés du vingt-deux mars de l’an 1453, et il rapporte que l’effigie du saint suaire fut exposée, au nom du duc Louis, dont c’était l’année 1453.
Le suaire demeura donc en Bourgogne pendant trente-quatre années au total ; car, outre les instruments cités et les chartes domestiques du marquis de Varambon, la tradition populaire rapporte que ce suaire était alors fréquemment exposé publiquement chaque année hors de l’église Saint-Hippolyte, dans une prairie découverte, au bord du Doubs, que l’on appelle le « pré du Seigneur ».
Et deux vestiges de cette chose subsistent encore, qui ne sont pas obscurs : le premier est une image du saint suaire, ancienne à la fois et postérieure, représentant une partie du corps, peinte sur le mur d’une chapelle des Bœufsdorfs, dans l’église Saint-Hippolyte, monument reconnu du saint suaire, illustre par les bienfaits reçus grâce à lui, dont la mémoire demeure ; le second est une arche de cyprès, qui existe encore aujourd’hui à Villariosexel, chez le marquis de Varambon, seigneur de ce lieu, dans laquelle on croit que le suaire fut conservé, il est rapporté qu’un petit coffre de bois de cyprès, ancien et intact, conservait le saint suaire.
Or ce que Pingonius rapporte au sujet de voleurs sacrilèges du saint suaire mérite d’être ajouté : l’un d’eux eut les mains contorses, et les bras paralysés ; l’autre perdit l’usage de la vue. Tous deux ensuite, par pénitence de leur crime, furent guéris par le saint suaire, leurs infirmités ayant été effacées ; et le suaire ne fut nullement endommagé, lui qui apporte le salut à la cité, ce que l’on obtint avec instance par une supplication publique. Je ne dis rien de douteux : puisque cela est attesté par une ancienne table, autrefois fixée au temple du suaire, et qu’on le trouve rapporté dans les commentaires domestiques de Pierre Pingonius lui-même ; et comme ce fait, à cause d’un si grand prodige, est devenu célèbre par la renommée parmi les Savoyards, et même chez les voisins, longtemps avant la publication du livre de Pingonius, en l’an 1631, on reconnaît que cela a été transmis comme établi et vérifié par la plupart. Ils ajoutent encore que la porte de la ville à laquelle se produisit ce prodige est appelée en Bourgogne, dans la langue vulgaire, la porte de Maché.
Quant à l’itinéraire de Marguerite, je n’ai rien trouvé de certain. Un Savoyard raconte qu’elle se détourna de sa route pour faire sortir un captif de prison ; mais où était ce captif ? Certains disent qu’il fut amené de Bourgogne chez les Turcs, en Grèce, en Asie ; que là, enfin, une rançon fut offerte aux barbares, et que, celle-ci ayant été acceptée, le captif fut libéré puis augmenta le prix de cette petite châsse précieuse, ayant auparavant pris conseil sur une montagne située au-dessus de la ville de Saint-Hippolyte, en Haute-Bourgogne, montagne que, pour cette raison, on appelle encore aujourd’hui la montagne du mauvais conseil.
Ainsi, tandis qu’elle faisait route vers Chambéry, que ce soit à l’aller ou au retour, elle laissa le saint suaire, à titre de don sacré, entre les mains de Louis et d’Anne de Chypre, ducs de Savoie. En effet, ceux qui disent qu’elle le confia à son époux Humbert lorsqu’il était captif se trompent : cela est faux, comme on le voit par certaines tables de transactions citées, datées du huitième jour de mai de l’année 1453, où Marguerite est appelée veuve d’Humbert, comte de la Roche.
Quant à François de Palude, dit de Varambon, héritier d’Humbert — lequel est appelé comte de la Roche et seigneur de Villari —, on lit dans deux actes produits à l’appui, conservés à la cour de Dole, datés des huitième et neuvième jours de mai 1453, que, parti à la guerre contre les Turcs avec le reste de la noblesse engagée dans la croisade, il tomba entre les mains de l’ennemi, puis fut ensuite rendu soit par l’action et l’autorité du duc Louis, soit de celle d’Anne de Chypre.
Cela peut être apporté comme un indice probable, d’autant plus que, à cette époque, l’Orient fut envahi par les armes de Mahomet II, qui assiégea Constantinople par la force, et finit par la prendre le vingt-neuvième jour de mai de l’an du Christ 1453 ; ce qui entraîna ensuite Martin Crusius, natif de parmi les savants ; de même que le note Jacques Gourdun dans sa Chronologie, non autrement que d’autres, pour l’année 1452 ; et encore Papire Masson, dans les Éloges des ducs de Savoie, rapporte que le suaire fut remis par la main de Marguerite à Louis, et confié au marquis de la Palud.
Ce que celui-ci, dit-il, le marquis de la Palud, reçut comme un monument de reconnaissance et de mémoire d’un fait accompli et rendu immortel, et comme un présent offert de la main illustre de Marguerite de Charni : à savoir un saint suaire représentant le visage et la figure du Christ, ainsi que les autres parties du corps, telles qu’elles étaient, exposées en matière de bois, que certains rois de Chypre avaient apportées de Jérusalem.
Il est donc possible que cet illustre captif, pour la délivrance duquel Marguerite s’était mise en route, ait été le marquis de la Palud ; lequel, reconnaissant par gratitude, ou ayant accepté ce bienfait des ducs, contribua aussi puissamment à ce que, lorsqu’ils se rendirent immobiles aux portes de Chambéry, Marguerite sortît par sa propre autorité afin de leur concéder elle-même le saint suaire du Christ.
Mais quelle que soit finalement la cause qui amena Marguerite à Chambéry, il est établi que, dès l’origine du récit proposé ici, le suaire ne fut pas transporté à Chambéry depuis Chypre, la Grèce ou l’Asie, mais depuis la Séquanie, vers laquelle il était venu depuis la Campanie. Quant aux événements qui suivirent ensuite, nous les exposerons maintenant avec plus de précision.
CHAPITRE XIX
Ce qui fut fait pour le Suaire, à partir de ce temps, par les chanoines de Lirey.
La rumeur s’était répandue que le Suaire du Sauveur avait été donné au duc des Allobroges. Et les chanoines de Lirey, profondément émus, se plaignent d’une injustice, et, l’an M.CD.LVII (1457), ils en appellent au siège épiscopal de Besançon, invoquant la foudre de l’anathème : mais tout cela tomba sans effet.
Finalement, la cause étant désespérée, et Marguerite étant décédée, les chanoines de Lirey prennent un autre parti, et, s’étant rendus auprès du duc Louis à Paris, en l’an M.CD.LXIV, (1464) lorsqu’ils ne pouvaient lui enlever le Suaire lui-même, ils furent gratifiés chaque année de cinquante francs, à prendre sur les revenus de la fête de saint André, qui avait été accordée à cette Église, afin que le don fait à cette Église, du fait de la rétention du Suaire, fût compensé par quelque satisfaction d’une autre nature.
Il plaît alors au duc de produire des lettres tirées des archives de Troyes, telles qu’elles avaient été proposées trois ans auparavant, à savoir le cinq décembre de l’an M.CD.LXVII,(1467) lettres signées de sa propre main, afin que leur mémoire ne pérît pas, et que l’instrument tout entier fût transcrit et rendu public à Troyes.
Louis, duc de Savoie, de Chablais et d’Aoste, princes du Saint Empire romain, vicaires perpétuels, marquis en Italie, prince du Piémont, seigneur de seigneur de Genève et de Bauges, comte de Bar, de Vaud et de Faucigny, seigneur de Nyon, de Verceil, de Fribourg, à tous ceux d’aujourd’hui et à venir, salut et connaissance des faits.
Une supplique nous a été présentée de la part de nos vénérables orateurs, le doyen et le chapitre de l’Église collégiale de la bienheureuse Marie de Lirey, du diocèse de Troyes, exposant en substance ce qui suit : qu’autrefois, agissant dans les affaires humaines, le très noble seigneur Geoffroy de Charny, seigneur de Savoie, et alors seigneur du lieu de Lirey, chevalier illustre, mû par une pieuse dévotion, parmi les autres reliques qu’il avait alors réunies pour son Église, donna et légua aussi un très sacré Suaire, représentant l’image de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, au doyen et au chapitre de ladite Église, fondée par lui, afin qu’il y fût conservé alors et à l’avenir, pour la dévotion et le salut des âmes des fidèles, ainsi que pour le bien des bienfaiteurs de ladite Église ; et afin aussi que, par la garde de ce Suaire, l’Église elle-même fût plus fréquemment et plus volontiers visitée par les fidèles du Christ, et que le culte divin y fût accru plus abondamment par leurs aumônes.
Or, ce très dévot et digne de vénération Suaire, à cause des guerres alors en cours, étant devenu manifeste, sortit de la garde du doyen et des chanoines de ladite Église pour être conservé, à ce moment-là, entre les mains et sous l’autorité d’un certain chevalier illustre, le seigneur Humbert, comte de La Roche, et seigneur du lieu susdit de Lirey ; lequel, étant mort par la suite, la noble dame Marguerite de Charny (autrefois son épouse) le laissa ; ce qui fit que ladite dame Marguerite se transporta auprès de nous.
Lesdits doyen et chapitre, prenant en considération les divers dommages subis par leur église et l’affaiblissement de leurs revenus qui en était résulté, et voulant y pourvoir utilement, présentèrent à cette fin des suppliques, afin que, par une prise en considération plus favorable de leur dévotion envers les reliques (comme ils l’affirmaient), il daignât, les yeux de sa piété et de sa miséricorde s’ouvrant, leur venir en aide.
C’est pourquoi, afin que l’affaire fût traitée, accordée, pacifiée et conclue, ils nous envoyèrent spécialement des hommes vénérables, les seigneurs Nicolas de La Rottière et Jean Larricier, prêtres de ladite église collégiale, munis de pleins pouvoirs du doyen et de tout le chapitre susmentionné, concernant ces points ; pouvoirs confirmés, et l’observation desquels ils promirent par lettres publiques, souscrites et dûment scellées, lesquelles établirent aussitôt une foi pleine et entière, et nous les remirent.
Et nous aussi, le duc susdit, ayant entendu leur supplique exposée, les accueillîmes avec bienveillance et faveur, afin que leurs prières et supplications répétées puissent dès lors continuer, voire même s’accroître, à l’honneur de la très sainte et indivisible Trinité, et à la gloire de la très glorieuse Vierge Marie, pour l’exaltation de laquelle l’église susdite a été fondée et édifiée, afin que soit tenue la promesse faite, et que, à cause de la restitution ou de la translation opérée par ladite dame Marguerite autrefois, à propos dudit très saint Suaire (ainsi que cela est rapporté), aucun préjudice ne soit subi ; mais bien plutôt que, par un zèle de dévotion sincère, et aussi par de nombreuses considérations dignes d’éloge, notre esprit soit conduit à estimer qu’en ces circonstances, et comme nous le voulons et le jugeons bon, avec l’accord du doyen et du chapitre de l’église collégiale susdite de Lirey, ou des seigneurs Nicolas et Jean susnommés, leurs envoyés et procureurs, qui nous ont été spécialement délégués à cet effet, toutes ces choses doivent être faites au nom et dans l’intérêt manifeste de ladite église.
C’est pourquoi, de notre certaine science, de notre propre mouvement, et pour nous ainsi que pour nos héritiers et successeurs universels, nous donnons, concédons, accordons, conférons et, à titre d’aumône et pour l’honneur du Christ tout-puissant, ainsi que pour le salut et le remède des âmes de nos illustres prédécesseurs, de nous-mêmes et de nos successeurs perpétuels, nous concédons et octroyons par les présentes cinquante francs d’or de monnaie de notre Savoie, chaque année, désormais, à percevoir et à recevoir à perpétuité par lesdits doyen et chapitre, ou par leurs procureurs légitimes, et par leurs successeurs dans ladite église, à lever chaque année à perpétuité, et à percevoir à chaque fête de saint André Apôtre, à savoir, en premier lieu, au terme de la perception, commençant à la fête de saint André Apôtre susdite. Et ils nous ont concédé, engagé, assigné et hypothéqué, sur tous et chacun de leurs revenus, issues, valeurs, et tous autres émoluments quelconques de notre château de Gaillard, près de Genève, et de son mandement, ceux-ci, celles-là et ce que lesdits doyen et chapitre, ou leurs successeurs perpétuels, possèdent ou posséderont à l’avenir, spécialement et expressément, tant pour nous que pour nos héritiers et successeurs susdits, pour la cause susmentionnée, par les présentes ; et par ces moyens, lesdits doyen et chapitre sont désormais et à l’avenir tenus de célébrer, et leurs successeurs dans ladite église, au grand autel de ladite église, pour le salut et le remède des âmes de nos illustres prédécesseurs, de nous-mêmes et de nos successeurs susdits, chaque mois, tant qu’ils existeront dans la nature humaine, une messe haute du Saint-Esprit, et pour les âmes de nos défunts, et de tous les morts, avec les collectes habituelles et dues.
Et ainsi faire, ils l’ont promis et en sont convenus, lesdits envoyés et procureurs, au nom susdit, après avoir prêté serment sur les saints Évangiles, en notre présence, de maintenir toutes les obligations de nos prédécesseurs sans aucune omission, ainsi que celles de leurs successeurs dans ladite église, sous peine de parjure.
En conséquence, nous ordonnons et mandons à notre châtelain dudit château de Gaillard, et à ses mandataires présents et à venir, et à ceux qui tiendront leurs lieux pour le temps à venir, à raison de cinquante marcs d’argent pour chacune, correspondant aux cinquante francs d’or susmentionnés, à payer auxdits doyen et chapitre, ou à leurs procureurs légitimes, désormais et à l’avenir, chaque année à perpétuité, à la fête susdite de saint André Apôtre, sans délai, et à acquitter réellement, complètement et intégralement, tant sur les revenus, issues et autres produits dudit château de Gaillard et de son mandement ; de quoi ils devront se contenter, en recevant toutefois par l’entremise des châtelains mêmes, au profit desdits doyen et chapitre, ou de leurs procureurs, lors du premier paiement, avec remise suffisante et valable d’une quittance rédigée par notaire ; et, pour les autres paiements ultérieurs, une quittance leur sera donnée à chaque fois selon ce qui sera opportun.
Et quant auxdits cinquante francs, que, comme il est dit, nous promettons de verser annuellement, nous ordonnons et prescrivons expressément qu’ils soient inscrits par lesdits châtelains dans leurs comptes à rendre, à présenter ensuite à nos fidèles conseillers, président et maîtres de la Chambre de nos comptes, et nous les enjoignons et leur commandons très expressément de les admettre et d’en faire le décompte sans aucune difficulté, exception ni obstacle quelconque, à la volonté de ceux qui les présenteront, tant pour nous que pour nos héritiers et successeurs susdits, pour la cause susmentionnée, nonobstant toutes règles, statuts, constitutions de ladite Chambre, oppositions, exceptions, assignations, interruptions d’assignations, lettres et mandements et à toutes autres choses contraires, auxquelles il est expressément et à jamais dérogé, quelles qu’en soient la forme des mots et l’intelligence, toutes entièrement rejetées et non admises. À toutes lesquelles choses, dès maintenant comme alors, et pour nous ainsi que pour nos prédits, sous la charge desquels nous remettons cette libéralité de la présente teneur, après notre décès susdit, nous dérogeons expressément et entièrement par les présentes, et voulons y déroger à l’avenir.
Fait par les présentes, données à Paris le seizième jour de février, l’an du Seigneur mil quatre cent soixante-quatre, après la Nativité. Ainsi signé en marge haute : Loys ; et en marge basse : J. Bolomyer et J. Gyport ; et en marge haute souscription : par le seigneur.
En présence des seigneurs Aymeric, évêque de Montferrand, B. évêque de Nicée, Jean Compère, chancelier de Savoie, Antoine de Flisco, protonotaire apostolique, Amblard de Viriaco, abbé d’Hautecombe, Antoine Prochet, chantre de Gex, Urbain Bonnardi, prieur de Saint-Victor, Jacques Richard, président, Humbert Pelluet, président de Gex, Jean Domine, dit Batote, maître de l’Hôpital, Antoine Champois, et Jean Mallet, trésorier.
Après réception de ces lettres, les gens de Lirey s’en trouvèrent pleinement satisfaits ; car ils accusaient Philibert de Theobalde, Marguerite autrefois à son service, et celui-ci, dans la cause concernant le saint Suaire, d’avoir usé d’une foi trompeuse que Marguerite était encore liée par le lien de l’anathème infligé (lequel n’avait pas encore été entièrement levé), et qu’elle ne devait pas être absoute ; et l’on niait qu’ils eussent consenti à son absolution. Ayant entendu cela, le duc Louis donna des lettres à Paris, le vingt-troisième jour de mai de la même année mil quatre cent soixante-quatre, adressées au doyen et au chapitre de Lirey ; dans lesquelles il demandait que, lorsqu’ils auraient transféré et qu’ils auraient assigné à perpétuité une somme d’argent pour le saint Suaire, ils obtinssent l’absolution selon la forme requise, et que Philibert de Theobalde, et même (si besoin était) Marguerite elle-même, fussent publiquement relevés, par autorité publique, des liens sacrés.
Enfin, en l’an mil quatre cent soixante-treize, (1473)le quatorzième jour de mai, par des lettres dûment obligatoires, furent destinés à Lirey des procureurs au nom du duc de Savoie ; Ludovicus étant depuis l’an mil quatre cent soixante-six décédé ; savoir : Marc de Vaudrey, prêtre, licencié en Décrets, protonotaire apostolique, chanoine et archidiacre de l’Église de Besançon, et Hugues Mergey, maître ès arts ; lesquels, au nom du duc, versèrent cinquante francs d’or, dus au titre de la transaction conclue par Louis, et acquittèrent ce qui n’avait pas été payé pendant huit ans ; et en même temps ils réclamèrent avec insistance le très saint Suaire, principal ornement et protection de leur Église.
Et ici se termine la querelle, autant qu’il est permis de le reconnaître. Mais il ne fut pas cependant en vain , mais encore avec une certaine injustice, semblaient-ils avoir dit que le saint Suaire appartenait aux habitants de Troyes, à celui qui attendrait ; combien peu religieusement il avait autrefois été honoré chez eux (puisqu’il était tenu, comme nous l’avons vu, pour un linge peint) ; quelle étendue de droit et de pouvoir avait eue Marguerite de Charny, femme très illustre, en partie du chef de son mari, et en partie de son propre chef ; et enfin en combien de lieux il avait été exposé au péril. Mais quant à ce prodige, la femme avouant son impuissance, Dieu, souverainement puissant sur toutes choses, confirma et jugea très fermement ce saint gage comme étant celui des princes de Savoie, de la même manière qu’autrefois les dépouilles des Israélites en Égypte.
Chapitre XX.
La Sainte Sindon du Christ conservée à Chambéry avec la plus haute religiosité : les miracles accomplis par elle ; et la force des flammes qu’elle éteignit
Quiconque considère la piété et la religion, les édifices sacrés, la solennité des offices divins, les offrandes comptabilisées, les anathèmes, les vœux, les pèlerinages, les concours de peuples, les guérisons au-dessus de la force de la nature, et d’autres prodiges encore : rien de tout cela ne manqua, chez les Allobroges, à la Sindon. L’année suivante après la réception de la Sindon, le duc Louis commença à se glorifier publiquement du don divin, dont il fit tirer, de l’or, de l’airain et de l’argent monnayé, ici des visages, là des effigies la Sindon elle-même, représentée par un Ange portant un trophée ; imitant ensuite cette piété, Charles, l’an du Christ 1487, et Emmanuel-Philibert, l’an 1588, voulurent orner leur numéraire de semblables emblèmes. Il plut ici de restituer l’un des témoignages les plus anciens de tous, d’après Pingon.
Le bienheureux Amédée, fils de Louis, prince très pieux, affermit encore davantage la lumière portée sur le saint linge comme monument de religion ; puis, après la mort de son père en l’an 1465, il devint duc de Savoie. Celui-ci, d’abord avec son épouse Yolande, fille de Charles VII et sœur de Louis XI, rois de France, fit élever, par un ouvrage élégant, une chapelle à l’intérieur des murs de la forteresse de Chambéry ; laquelle, par un diplôme donné par le souverain pontife Paul II le second jour de mai de l’an 1467, fut érigée en église collégiale ; et Sixte IV, l’an 1480, voulut qu’elle fût appelée la Sainte Chapelle de la Sainte Sindon.
Jules II, par un diplôme donné à Bologne, le sixième jour des ides de janvier de l’an 1506, à la demande du duc Charles, et de sa mère Claude, veuve de feu le duc Philippe, institua une confrérie dans la Sainte Chapelle de Chambéry, laquelle pouvait comprendre cinq cents membres ; et dans le diplôme il est déclaré qu’on y vénère dans la Sindon l’image et le véritable sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. Toutefois, il ne fut pas accordé de nombreux privilèges à ladite confrérie ; mais à tous les fidèles, certains jours, visitant la Sainte Chapelle et y priant, certaines indulgences sont concédées.
Ensuite, par une autre bulle donnée à Rome le septième jour avant les calendes de mai de l’an 1506, il fut accordé qu’un office divin serait célébré dans la même chapelle selon un rite particulier, et que la fête de la Sainte Sindon serait fixée au quatrième jour avant les nones de mai. D’autres rémissions de peines furent ensuite accordées par lettres données aux cardinaux légats Laurent de Campège et Bernard, dans la Sainte Chapelle de Chambéry, le dix-huitième jour de mai de l’an 1518, sous le pontificat de Léon X, en sa sixième année.
De même, sous ce même Léon, la même année 1518, le septième jour d’août. Et enfin, tout ce qui avait été pieusement institué ou concédé par ses prédécesseurs fut confirmé par Clément VII, par des lettres données en l’an 1534. Parmi les dons offerts au cours d’un long temps, il ne faut pas passer sous silence la châsse élégante en argent doré œuvre élégante en argent doré, que Marguerite d’Autriche, épouse jadis de Philibert, duc de Savoie, offrit à la sainte Sindon vers l’an 1505, comme il ressort des archives de la Sainte Chapelle ; et à ce propos, ces monuments m’ont été communiqués par le père François Chifflet, prêtre de la Compagnie de Jésus, mon excellent frère, qui, dans cet ouvrage (alors que je séjournais opportunément à Chambéry), me fournit avec bienveillance une aide fraternelle remarquable.
Désormais, la foule des peuples, surtout lorsque la sainte Sindon est exposée dans la plaine de Verney, fut très considérable. Il est bien établi que le bienheureux Amédée, bien qu’il ne fût pas d’une constitution robuste, se rendit cependant souvent à pied, par-delà les Alpes et les monts subalpins, avec une piété humble et habituelle, afin d’adorer la Sindon ; et fréquemment aussi Yolande de France, son épouse très religieuse.
Charles aussi, duc, malgré la difficulté du chemin et le danger, à son exemple, traversa à pied les Alpes par des sentiers escarpés, avec seulement douze compagnons (qu’il avait choisis), entra à Chambéry en l’an 1533, et accomplit des vœux pour le salut obtenu, rendus à la sainte Sindon. De même, François Ier, roi des Francs, par vœu, alors que le saint Linceul avait été exposé au moment critique de la guerre d’Italie, se rendit rarement à pied, en exemple singulier de piété, de Lyon à Chambéry, en l’an 1516, ainsi que le rapportent Adorno et Pingone.
par lesquelles on comprend combien ce gage sacré fut toujours tenu en vénération à Chambéry.
Et la bonté divine n’a pas seulement voulu se manifester en ces lieux par des miracles ; car, outre les miracles que l’on a mentionnés plus haut, lorsqu’il advint que la Sindon parvint pour la première fois sous la puissance des Allobroges, de nombreux autres faits remarquables sont rapportés. Pingone n’en a consigné qu’un petit nombre.
Il n’est pas facile à dire (dit-il) combien de vœux ainsi formulés ont reçu une heureuse exécution, combien de miracles ont illustré ce lieu, confirmant ainsi la foi sincère du lieu et la religion pure des anciens. Là, beaucoup de muets ont parlé, de sourds ont entendu, des aveugles ont vu, des boiteux ont marché, des lépreux ont été purifiés, des possédés tourmentés par le démon ont été délivrés ; les morts même ont été rappelés à la vie, aussi souvent que cela fut vu, et non pas une seule fois, dit-on.
Ces faits sont fixés sur des tables consacrées, soit par des écrits gravés, soit par des peintures, soit par des chartes, soit par des documents publics ; ils sont connus dans toute l’Europe, sans que rien de tout cela ait été altéré par le temps, et aucun vœu n’est resté sans être accompli et retourné à ses auteurs.
Ces faits-là, que les pages suivantes ont ensuite ornés de divers poèmes, à peine quelques miracles récents en rappellent-ils encore. Et bien que l’on puisse à bon droit déplorer la perte des monuments des actions accomplies chez les Savoyards, malgré une recherche diligente, on a peine à en retrouver quelque trace. Dans la chapelle de la Sainte Sindon, quatre tables ne subsistent plus, chacune portant soit une inscription effacée, soit presque entièrement détruite. L’une concernait un adolescent, sans lésion, tombé d’un pont ; une autre concernait une jeune fille languissante : de ces faits on parla aussitôt. Un troisième concernait un adolescent aveugle, qui (autant qu’on peut le recueillir à partir de quelques mots d’une inscription presque effacée) ayant perdu entièrement la vue par la violence de la maladie, avait adressé pendant neuf jours des prières à la Sindon, et, après trois jours à compter de leur commencement, recouvra la vue par une faveur divine. Le temps n’en est pas consigné par écrit ; de même, il n’existe pas de quatrième table, d’où l’on comprend cependant qu’une femme, les membres brisés, qui ne pouvait avancer qu’en s’appuyant sur des béquilles de bois, après avoir formulé un vœu à la Sindon, s’en alla guérie.
Il ne faut pas chercher davantage dans la Sainte Chapelle ; car dans les archives, pas même un mot. Il existe cependant une renommée, et des hommes encore vivants affirment avec constance qu’autrefois, dans cette chapelle même, étaient exposés de nombreux ex-voto, qui attestaient la foi par la fréquence des miracles ; mais ceux-ci furent soit détruits par un incendie, soit disparurent par les injures du temps.
Cependant, la renommée même de ces miracles ne s’est pas éteinte par l’oubli. Écoute l’histoire selon les propres paroles de Pingone, qui fut témoin des faits.
« Mais, dit-il, l’année précédant la guerre de 1532, il fut démontré, le second jour avant les nones de décembre, jour de la fête de sainte Barbe vierge, vers la sixième heure, alors que la Sindon était déposée dans la chapelle de la forteresse, qu’un feu inconnu se déclara ; tous accouraient, mais le plus diligent de tous, Philibert Lambert, duc de Claubis et de Conflans, se hâta acompagné par un forgeron serrurier nommé Guillaume Pustod, et par deux frères franciscains ; intrépides d’âme, ils avancent au milieu des flammes, arrachent les grilles fixées surtout aux autels, brisent les serrures, retirent déjà liquéfiée la châsse d’argent, et rapportent la Sindon intacte, tandis que tout autour la flamme se retirait. L’incendie faisait rage avec des signes terribles ; les marbres et les colonnes fumaient ; mais par une puissance supérieure de la foi des hommes, ou plutôt par la force divine, la nature du feu semblait changée : les flammes fuyaient, et ceux qui semblaient brûler étaient comme aspergés d’une rosée froide. Nous-mêmes admirâmes ces faits, ou plutôt nous croyons qu’ils ressemblèrent à ceux qui arrivèrent autrefois aux enfants hébreux. Cela, certes, tous le virent publiquement (car nous étions alors présents) et nous en fûmes frappés. Et peu après, la Sindon fut de nouveau exposée publiquement, très intacte, à l’exception de ce qui avait été extrait pour réparer les parties sacrées ; quelques marques de brûlure demeuraient cependant, voulues comme témoins perpétuels du miracle.
Néanmoins, il ne manqua pas d’hommes qui aussitôt en prêchèrent faussement la perte. Leur calomnie, lorsque le pape Clément VII l’apprit, confia l’affaire au cardinal Ludovico Gorrevod, légat du Siège apostolique, lequel, après une enquête diligente, confirma par des actes authentiques que la Sindon, auparavant intacte, l’était encore.
Ces actes furent établis le quinzième jour d’avril de l’année 1534, et le jour suivant, le seizième avril, lors d’une supplication publique, le légat apostolique lui-même, et le couvent des Clarisses, entrèrent à l’intérieur des murs, il remit la sainte Sindon aux pieuses religieuses, après l’avoir retirée à l’écart dans un endroit réservé, pour qu’elle fût restaurée. Ce travail accompli, le linge, avec une solennité égale et une grande affluence du peuple, fut rapporté dans la chapelle de la forteresse.
Avec sagesse, le philosophe Simon Maiolus, évêque de Vulturara, s’exprima au sujet de ce miracle.
« Il ne faut pas, dit-il, estimer cet événement comme fortuit, afin que l’on pense que les marques de brûlure aient été produites sur le linge par un simple contact avec les flammes, et qu’aucune trace n’en soit restée sur l’image elle-même. Car il est arrivé que, pour accroître la grandeur du miracle, le privilège du sang du Christ ait été reconnu, non pas comme celui de Chypre ou de l’Inde, qui ne s’épuise pas ; car si cela avait été œuvre humaine, soit peint, soit teint, soit peut-être que l’on penserait que le linge de Chypre aurait été enduit, l’un et l’autre effet aurait répondu au miracle : en effet, sur un linge véritable, tous les pigments auraient été effacés par le feu, le tissu aurait été nettoyé, mais non consumé ; ce qui pourtant se produisit alors à l’inverse : soit que le lin brûlât en certains endroits, le sang restait intact ; soit que l’on manifestât non le privilège naturel du lin de Chypre, mais la puissance divine dans l’image elle-même.
De plus — et ceci est encore plus digne d’admiration — il apparut que la Sindon, bien que tissée de lin de Chypre, n’avait été que légèrement atteinte, ce qui fait croire qu’elle avait été apportée de Chypre. »
CHAPITRE XXI
Autres miracles de la Sindon conservée chez les Allobroges.
Après cet incendie, par lequel les tables votives des temps antérieurs et les ex-voto furent détruits, plusieurs faits mémorables, reçus par faveur divine pour la vénération du Linceul, furent rapportés. Le premier est celui que Pingone rapporte au chant :
une jeune fille de Chambéry, Fulvia, fille de Guillaume, était atteinte d’une maladie si violente qu’elle demeurait continuellement alitée ; semblable à un tronc, elle tirait à peine ses membres affaiblis. De nombreux appels ayant été adressés aux puissances divines, ses parents finirent par demander, en l’année 1533, au mois de mai, qu’elle fût portée au saint oratoire de la Sindon. On s’empressa : là, après qu’une prière eut été faite, elle commença d’abord à mouvoir les mains, puis se leva sur ses pieds, et marcha ensuite d’elle-même. Ayant en ce lieu rendu grâce à Dieu par des actes, elle vécut ensuite une longue vie. Et la tablette de ce miracle, si l’on ne se trompe, fut suspendue dans la chapelle, représentant la jeune fille couchée sur son lit. De ce mal, ses parents furent délivrés ; d’un autre péril imminent, elle fut aussi sauvée.
À Rumillia, bourg de Savoie, distant de Chambéry de quatre ou cinq lieues communes, s’élèvent deux collines au sommet un pont de pierre y est établi, sous lequel coule un torrent appelé vulgairement le Chéran, sujet à des crues soudaines ; la longueur du pont est d’environ quarante pas, sa largeur égale presque celle des toits des maisons de la ville, et l’on dit que sa hauteur égale celle des tours elles-mêmes ; certains affirment même qu’il s’élève à soixante-cinq pieds géométriques.
Sur ce pont, tandis qu’un jeune homme de Rumilly (nommé Pierre Burgin), fils d’un chirurgien, montait à cheval, il arrive qu’un autre cavalier survient également ; et, par suite de chevaux indociles et s’entre-heurtant, ceux-ci se cabrent avec un hennissement effrayant ; le frein ne peut les retenir : l’un heurte l’autre, et Pierre, avec le cheval qu’il montait, est précipité du pont.
Voyant l’imminence du péril, son malheureux père s’écria :
« Ô sainte Sindon, sauve mon fils ! »
Aussitôt, contre toute attente, le jeune homme se trouva arrêté et demeura sauf.
Cela se produisit au mois d’avril de l’année 1534, et Pingone a décrit le fait avec véracité.
Aussitôt, dans la sainte chapelle, une tablette attestant le bienfait fut suspendue ; et Pierre Burgin, se rendant fréquemment à Chambéry, y honorait le Christ Sauveur par un culte assidu, jusqu’à ce qu’il mourût, presque centenaire, quelques années plus tard.
Il existe ici, dans la chapelle, une peinture où l’on voit la mère, implorant la Sindon pour le salut de son fils, représentée à genoux à l’extrémité du pont ; mais cette image n’est pas celle de celle qui rend grâce ; puisque Pingone vivait alors, et qu’il attribuait ce fait à la communauté de sa patrie.
Il est cependant vrai que ce fut le père qui forma le vœu, que ce fut la mère, que ce fut la vertu de la très sainte Sindon et le don de Dieu ; car si celle-ci ne lui avait pas tendu sa main bienveillante, il serait tombé et se serait écrasé.
Les saintes toiles confirment ainsi leur efficacité dans les choses corporelles, ce que l’on observe aussi dans les choses spirituelles, et même chez les ennemis les plus cruels du genre humain.
En effet, des hommes possédés par un mauvais esprit en tourmentaient plusieurs, et les faisaient se tordre d’une manière horrible.
Ainsi, au mois de mai de l’an 1535, lorsque la Sindon fut exposée au peuple selon l’usage, des énergumènes, liés de lourdes chaînes de fer, remplissaient tout de hurlements horribles et de cris incontrôlés ; mais aussitôt que, le linge ayant été déployé, ils aperçurent les signes du Sang divin et des Plaies, ils s’écrièrent : « Dieu est là, partons ! »
La parole fut suivie de l’acte : ils s’enfuirent avec éclairs et nuées, sous le regard stupéfait de la foule.
Ces malheureux retrouvèrent aussitôt l’usage de leurs sens et reconnurent le bienfait de Dieu.
Pingone rapporte ces faits en vers, en témoin oculaire lui-même ; et la renommée est telle que, lorsque la Sindon est exposée dans la plaine de Verney, les corps des mortels qui en sont indignes sont violemment bouleversés.
Mais déjà plusieurs proclament la dignité de la Sindon.
Je rapporterai ce qui arriva dans la villa de Pingone à Spineta, territoire de Turin, le cinquième jour avant les calendes de novembre, en l’an 1538, la Sindon fut transférée à Turin pour quelques semaines ; de cette translation il sera question plus bas. Mais je préfère user des paroles mêmes de Pingone, d’autant plus volontiers qu’en décrivant ce miracle domestique il fut d’une plus grande exactitude. Tandis que j’achève ce récit, je me souviens d’un nouveau miracle récent qu’il m’est revenu à l’esprit, que j’ai vu, qui s’est accompli chez moi, et que toute la vicinité connaît. J’en serai l’unique témoin, et je ne dois ni me soustraire ni me taire.
L’année précédente, une certaine Philiberte, épouse, dans notre village de Spineta, du territoire de Turin, avait recueilli un adolescent mendiant, poussée par la compassion. Depuis cinq ans déjà, il cherchait en vain un remède ; les forces de son esprit et de ses articulations étaient atteintes, il ne pouvait s’exprimer que par la voix, il n’était pas capable de dire ce qu’il ressentait ; sa langue, contractée en boule, demeurait toujours immobile dans sa bouche, et il niait même qu’elle y fût ; ses doigts étaient crispés, et la nourriture, broyée par les dents, était à peine contrainte de descendre dans sa gorge. Adolescent certes misérable, mais par ailleurs non paresseux au travail, frugal, fidèle, aimable, de sainte mémoire, prompt d’intelligence, et porté vers la piété.
Que se passa-t-il ? Récemment, lorsque le duc Emmanuel, ayant averti par proclamation que, par les carrefours des villes, au son des trompettes, on avait voulu faire annoncer que la Sindon serait exposée, afin que, durant plusieurs jours, on s’y préparât par des jeûnes, des prières, des œuvres d’aumône, et enfin par l’expiation des fautes ; lui aussi, comme le père de famille (pour le dire brièvement) ; et l’épouse, nous fûmes exhortés à ce même zèle. Or aussitôt furent ajoutés plusieurs exemples nouveaux, auxquels la faculté de parler fut rendue par la puissance du Numine divin (dont les traces très certaines resplendissent dans la Sindon) ; et cela même fut confirmé par les années précédentes, lorsqu’à une vierge bourguignonne très noble, à Chambéry même, la vue de la Sindon avait apporté le bonheur.
Mais voici ce qui advint chez nous. Après quelques jours accomplis, finalement le lendemain matin, le cinquième jour avant les calendes de novembre, la septième heure, il revint au village ; et déjà, chose non nouvelle, il se jette à nos pieds, rend publiquement grâce à Dieu, exalte par des louanges la sainte Sindon du Christ, qu’il dit avoir vue cinq fois, et confirme la mémoire des cinq plaies infligées au Christ ; et il déclara aussi qu’un certain jeûne lui avait été prescrit par Dieu.
Et tandis que nous dormions, au milieu de la nuit précédente, comme profondément réveillé, il s’était délié la langue, avec un écoulement de sang, sang qu’il lava là où se trouvait de l’eau ; il avait proclamé : Jésus-Christ, et la Sindon du Christ, et ainsi était revenu à lui-même. Interrogé par nous sur chacun de ces points, il nous rend plus assurés ; il se fait appeler Baptiste, d’après un certain Chary, surnommé ainsi, père Michel, d’origine obscure, le nom de sa mère étant ignoré ; et il se dit déjà orphelin depuis dix-huit ans, digne d’être regardé comme tel ; car depuis cinq ans il n’avait pas parlé, envahi par une certaine maladie, il avait été continuellement atteint de maux graves dans ses membres il recouvra la parole, désormais complètement libre, sans qu’aucune trace de cicatrice apparût, ni même que subsistât davantage quelque défaut dans les doigts ; et (ce qui pour peu de gens) ce qui auparavant, chez les hommes, avait été tenu pour désespéré, on voit qu’il a obtenu, par le très grand don du Dieu suprême, un remède présent.
Depuis ce temps, on ne rapporte absolument que peu de miracles, ou plutôt on les passe sous silence dans la tradition commune, plus que dans les écrits ; car, comme ils n’étaient ni bien illustrés, ni suffisamment examinés, j’ai jugé devoir les omettre.
CHAPITRE XXII
En quels lieux la Sainte Sindon, transportée hors de Chambéry, fut ensuite conduite à Turin.
La sainte Sindon, transportée hors de Chambéry, fut d’abord cachée l’an 1511 pendant quelques jours, afin d’être mise en sûreté contre Philippe, roi des Espagnes, chez les Sébusiens ; peu après, elle fut transférée par Claude, duc, dans la forteresse de Billia, pour trois ans, jusqu’à l’année 1516.
Ensuite, sous le duc Charles, l’an 1535, elle fut portée chez les Subalpins, où elle demeura dix-huit ans ; et enfin, l’an 1552, après de nombreux changements, elle revint, ayant été conservée seize ans seulement ; à l’issue desquels elle fut introduite à Turin par l’illustre Auguste des Taurins. Je parcours chaque fait isolément.
Philibert aussi le Second (dit Pingonius), fils de Philippe, issu d’un premier mariage avec Marguerite de Bourbon, succéda à son père ; il épousa ensuite Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien, sœur du roi d’Espagne Philippe ; celui-ci reçut alors ledit Philippe dans la forteresse de Pont-des-Indes, sur le territoire des Sébusiens, avec le plus grand honneur, l’an 1512. Et là, à l’occasion de la vénération de la Sainte Sindon (car c’en était la cause principale), il rassembla une grande affluence.
Après la mort de Philibert, Charles, frère du second époux, put revenir avec sa mère Claude. Cette femme, d’une piété incomparable, tenait la Sindon parmi ses objets les plus précieux, ses richesses et ses joyaux ; et dans la forteresse de Billia à Bugey, où elle s’était livrée à la piété, elle la conserva religieusement pendant deux ans, jusqu’à l’an 1516, lorsque, par les prières du fils de Charles, duc, et par le vœu de la patrie, elle la restitua au peuple de Chambéry.
Puis, à une autre période ultérieure. Peu après, dit-il, les guerres s’aggravant, Charles, duc, en l’an 1535, craignant pour le salut de ce gage, le transporta avec le plus grand soin à Verceil, et l’y conserva tant qu’il vécut. Mais celui-ci étant décédé en l’an 1553, alors qu’il faisait des préparatifs à Prover, sous Charles, comte de Brissac, au mois de novembre, à Verceil, rien toutefois ne put arriver à la Sindon : car elle, bien qu’un incendie se rapprochât, demeura intacte ; le feu s’arrêta, recula, et la Sindon resta inviolée. La Sindon fut conservée par Emmanuel Philibert, son successeur. Ensuite, lorsque, par la faveur du Dieu suprême, la paix resplendit, l’an 1561, elle fut restituée par Emmanuel, duc Et Marguerite de France, fille des rois, sœur, tante et véritablement mère du roi Charles Emmanuel, voulut pieusement que cette Sindon fût rapportée à Chambéry, l’an 1562.
Durant tout ce temps, il ne fait aucun doute que la Sindon fut conservée quelque temps à Nice, comme l’affirme Salmeron, témoin de ces faits.
« La Sindon aussi demeure intacte, dit-il, celle qui fut ensevelie avec le Seigneur, et qui doit être montrée au sépulcre à Arimathie, laquelle est aujourd’hui encore montrée à Nice ; elle conserve intacte la figure du Christ, etc. »
Et dans le Traité quarante-neuvième :
« Quant à celle-ci (la Sindon qui, à ce que l’on prétend, représente la face du corps), le duc de Savoie l’avait d’abord conservée dans la cité de son duché, vulgairement appelée Chambéry ; puis, en raison des guerres en province de Nice, elle fut transférée à Nice, où, le jour du saint sabbat, elle est proposée à la vénération de tout le peuple. »
Enfin, la Sindon fut transférée de Chambéry à Turin à l’automne de l’an 1578, comme le rapporte Pingone au début même de son livre.
L’Italie, en grande partie, était alors accablée par une grave peste durant les années précédentes ; Milan surtout était très durement frappée ; il fallait y porter secours ; tant de peuples, tant de villes avaient besoin d’aide. Sur ces instances, et à la prière de Charles Borromée, cardinal titulaire de Sainte-Praxède et archevêque très vigilant de la région, il entreprit une œuvre diligente. Par les ressources dont il disposait, il s’efforçait d’apaiser les malades, de soutenir les affligés par la maladie présente, par des prières qui excelle, et par la réception des sacrements, afin de redresser ceux qui languissaient, par une nourriture également divine ; ne rien concéder au péril, ne rien retrancher à l’humble ni au plus petit ; mais, autant que l’ardeur de l’âme le permettait, s’efforcer par le service et le labeur de tout exposer à l’unique raison du salut de tous.
Et comme l’antique renommée se répandait, que la très sainte Sindon était conservée religieusement à Chambéry, emporium des Savoyards, et que beaucoup, éprouvés par les malheurs des temps, affluaient, afin que, ce qui avait excité en eux un zèle religieux et pieux, les portât à formuler des vœux, et à s’avancer à pied pour implorer et vénérer le Numine avec supplication ;
c’est pourquoi, lorsque le duc Emmanuel Philibert comprit qu’il ne s’agissait pas seulement d’accueillir tant d’hommes, mais encore d’éviter les longs trajets, ou d’épargner aux peuples transalpins le danger d’avoir à contempler la Sindon, il commença à agir en ce sens.
Ainsi donc, aussitôt qu’il fit venir la Sindon à Turin, après avoir consulté quelques personnes (comme on le faisait alors pour toute autre affaire), accompagné d’un homme très grave, Louis Millet, baron de Fabricarum, président suprême du Sénat de Savoie, qui avait peu auparavant assisté solennellement le duc lors de la conclusion du traité avec les Helvètes ;
alors, sans doute, le duc entra dans le château de Lucentum, et, dès la première porte de la ville de Turin, descendit de cheval, et reçut la Sindon, qui lui était pour la première fois apportée, en se prosternant avec une grande vénération.
Cela eut lieu le jour des Nones de septembre de l’an de ce siècle 1578, et jusqu’au dix-huitième jour avant les calendes d’octobre afin de la conduire à Turin, il décida qu’il n’y aurait rien, dans l’Exaltation de la Croix sacrée, qui fût retranché aux cérémonies de piété qui s’y rattachaient.
Ensuite, beaucoup poursuivirent la célébration du pèlerinage de saint Charles Borromée, que décrivit aussi, dans une longue lettre, François Adornus, de la Compagnie de Jésus, qui accompagna saint Charles dans ce voyage ; et Jean Tondius la rapporta dans la Vie d’Emmanuel Philibert.
Pingone ajoute encore
que le duc Emmanuel Philibert, par de nombreuses lettres données en l’an 1578 aux gens de Chambéry, promit de leur restituer la Sindon elle-même ; et l’on rapporte que Charles Emmanuel, duc, et Victor Amédée, prince, son fils, la promirent également aux Chambériens.
Les Savoyards affirment en effet que, ayant été éprouvés par des calamités continuelles à cause de ce gage divin qui leur avait été enlevé, ils voyaient dans la Sindon un bien qui leur avait été accordé par Dieu ; d’abord à cause du grand miracle survenu à la porte de Chambéry, où de nombreux fidèles accouraient en foule ; ensuite aussi parce qu’elle avait illustré par de très nombreux et très éclatants miracles, ce qui fut manifesté dès le moment où elle fut transportée au-delà des Alpes.
CHAPITRE XXIII
Quelque chose en faveur de la vérité de la Sindon de Turin, contre la sentence inique de Clément, antipape.
Henri de Poitiers et Pierre d’Arcis, autrefois évêques de Troyes, lorsqu’ils s’étaient élevés contre la Sindon dans leur diocèse, avaient fort mal compris ce qui a été dit au chapitre dix-sept ; et tout ce que Clément VII, antipape, osa écrire à ce sujet.
Car puisque, publiquement, en France et en Bourgogne, par lesquelles furent largement diffusés de nombreux tableaux se rapportant à la Sindon des Allobroges, j’ai entrepris de retrancher au peuple ce scrupule, ni le culte de cette Sindon n’apporta seulement aux esprits pieux un accroissement de dévotion et de profit, mais bien au contraire — puisque la rumeur s’étendait plus largement — il commença, ici et là, à être méprisé.
« Rien n’est sacré, dit Sénèque, que le sacrilège n’atteigne. »
Et en vérité, si ceux qui ne peuvent être rendus certains par rien d’autre, ont pris l’habitude d’appeler en doute les mystères mêmes de notre foi, en les attaquant avec obstination — et surtout les délires d’Arius, de Nestorius, de Calvin, de Luther et d’autres chefs d’hérésies — il ne doit paraître étonnant à personne que, au sujet des véritables reliques du Christ et des saints, en certains lieux quoique cela ait été mis en doute par certains. Je sais ce que Baronius rapporte, d’après saint Augustin et Glabre, à l’année du Christ 386 ; et de nouveau à l’année 1016, qu’il est parfois arrivé que certains, pour un gain intéressé, aient mis en circulation de fausses reliques ; mais ces imposteurs furent réprimés, et leurs fraudes mises au jour, Dieu ne le supportant pas, afin que, par ces moyens mêmes, l’erreur publique en matière de religion ne s’introduise pas chez le peuple chrétien.
Et pourtant cela même n’est pas contraire (comme l’enseignent les théologiens), si quelqu’un doute de la vérité de certaines reliques ; surtout lorsque certaines reliques plus précieuses, depuis un très long cours du temps, ont été honorées par la religion de manière éminente, tenues pour vraies par les plus prudents, et confirmées par des miracles éclatants accomplis par Dieu : celui-là ne doit pas être jugé comme quelqu’un de téméraire en toute chose, ni comme proche de l’hérésie.
Or, qu’est-ce qui ne recommande pas la sainteté de la Sindon allobroge ? Des témoignages récemment venus du ciel ; le fait que ceux qui l’avaient soustraite par le vol furent châtiés, que des estropiés furent guéris ; qu’elle fut soustraite aux flammes ; qu’elle inspira de la terreur aux démons ; qu’elle fut un salut pour ceux qui couraient un péril.
Qu’y a-t-il donc, parmi tant de choses longuement rapportées, qui ne doive pas être cru ? Quel éclat divin est-il, qui ne souffre même pas d’être exprimé par la peinture, et qui n’éveille au plus intime un sentiment de piété, une sainte crainte, et des larmes, sans offrir quoi que ce soit de trompeur aux sens, ni rien qui offense la main de l’homme ?
Qu’en effet Sixte IV, Pontife suprême, dans son Opuscule sur le Corps et le Sang du Christ, enseigne que, dans ce saint Linceul, on doit reconnaître le véritable sang du Christ et son image, imprimés divinement par le corps même du Christ ; ce qu’atteste et amplifie encore Jules II, par le diplôme donné en l’an du Seigneur 1506, ajoutant en outre que ce Linceul, consacré par le contact du corps sacré et du sang, ne doit pas être adoré moins que la vraie croix du Christ ?
Si cela avait été ainsi constitué, comme l’a exposé Pierre d’Arcis, que ce linge aurait été peint par la main de l’homme, pourquoi donc Geoffroi de Charny, très pieux fondateur de l’Église de Lirey, aurait-il déposé un objet d’un si grand prix, son propre suaire, dans un lieu secret ? Pourquoi Geoffroi le jeune, fils du fondateur, aurait-il porté la cause de l’ostension du Linceul devant le Roi, devant le Légat pontifical, devant le Pontife lui-même ? Pourquoi les chanoines de Lirey auraient-ils, dans le catalogue de leurs reliques (mentionné plus haut, dans les lettres du comte Humbert), placé le Suaire au premier rang ? Pourquoi le prévôt de Troyes aurait-il déclaré, dans l’instrument cité ci-dessus, en l’an 1439, que ce Suaire de Jésus-Christ était le principal joyau de l’Église de Lirey ? Pourquoi enfin Marguerite, parfaitement instruite de ce qui concernait sa maison, après avoir obtenu une fois ce Linceul, l’aurait-elle retenu avec une telle ténacité, qu’elle n’y a renoncé ni
aux agitations des chanoines de Lirey, ni aux prétentions des juges, ni même à de nombreuses sommes d’argent pour la lui faire restituer ? Elle savait certes que le prix de ce trésor domestique ne pouvait ni être dissimulé dans la petite ville de Lirey, ni être mis en sûreté contre les voleurs, ce que son père n’ignorait pas.
Ainsi donc, fausse et opposée aux témoignages divins et humains est la parole de Pierre d’Arcis, puisqu’il fut manifestement empêché par son autorité même, et, violemment ému, fut des plus prompts à inventer quelque chose de son cru ; puisqu’en outre, dans des faits établis tant d’années auparavant par l’évêque Henri, il pouvait facilement s’égarer.
Il est certes honteux de constater chez un évêque catholique un tel comportement : qu’il ait osé, pour satisfaire des hérétiques abominables, accuser l’Église de Lirey de miracles mensongers attribués au Linceul, et les tenir pour des artifices fabriqués (ce qui est aujourd’hui la manière des hérétiques). Mais que dira-t-on des miracles, si nombreux et si éclatants, qui se sont produits par ce Linceul chez les Allobroges ? Les mettra-t-on en doute, alors qu’ils ont été manifestement vus, constatés par les yeux des cités et des peuples ?
J’en viens maintenant à l’impiété des théologiens de Troyes, qui nient que la figure du corps du Christ demeure sur les Linceuls ; comme si une telle empreinte du corps n’avait aucun fondement dans les Écritures. Ou bien, que voulait dire Calvin, lorsqu’il lança contre le saint Suaire cette attaque :
« Les Évangiles, dit-il, n’enseignent pas que l’image du Christ ait été imprimée sur ce linge ; on invoque donc les Pontifes, et l’on entraîne misérablement une multitude [d’autorités], lorsqu’on affirme cela. »
C’est sur ce patron que se fonde l’audace de leurs chefs et leur sentence téméraire. Qu’ils écoutent donc avec Calvin de quelle manière les empreintes du Christ sur les saints Linceuls, bien que non écrites dans les traditions, sont néanmoins enseignées dans les Écritures mêmes, si l’on y prend plaisir :
« Il y a, dit Jean, d’autres choses que Jésus a faites (Jean, fin du chapitre), qui, si elles étaient écrites une à une, je ne pense pas que le monde lui-même pourrait contenir les livres qu’on écrirait. »
Quant à ce qu’ajoute Pierre, à savoir que le Linceul de Lirey aurait été peint par art humain, cela m’apparaît aussi faux, que ce Linceul est vrai ; et il est clair qu’il a pu forger cela par haine, ou sous l’effet d’une perturbation de l’esprit (d’où il est certain qu’est née cette double sentence, par laquelle il s’est imposé à lui-même le silence dans l’affaire du Linceul) ; ou bien qu’il a pu inventer de telles choses par ignorance, lui qui, trente-cinq ans auparavant, ne savait rien des faits établis dans cette controverse par Henri de Poitiers, entre lequel et lui, l’autre évêque de Troyes s’est interposé.
Tout cela, dont le souvenir a à peine survécu, ne concerne que des événements éphémères ; et à tout cela, aux décrets très saints et très équilibrés de tant de pontifes légitimes, à ce tonnerre brutal du pseudo-pontife, et aux troubles de quelques-uns, s’opposent tous les témoignages divins et humains : le livret de Pierre d’Arcis, ainsi que le décret de l’antipape Clément, dont il portait le poivre dans son capuchon.
CHAPITRE XXIV
Comment le Linceul de Turin fut reçu autrefois par Geoffroi de Charny, il y a près de trois cents ans.
Ici s’ouvre une nouvelle question, à savoir d’où Geoffroi de Charny reçut ce véritable Linceul du Christ, qu’il déposa il y a près de trois cents ans dans l’église de Lirey, qu’il fonda.
Or, quant aux monuments historiques, même après examen attentif de ce qui concerne les actions de Geoffroi, rien de certain ne se présente à moi.
Geoffroi naquit dans une très illustre famille du duché de Bourgogne, la famille de Charny, dont le nom est encore aujourd’hui conservé par une vaste terre (appelée d’après ce même nom un château) près de Chabot, de la lignée des Chabot.
On le trouve chez les premiers historiens des affaires françaises, dès l’an du Christ 1340, sous Philippe de Valois, roi des Francs, avec d’autres ducs et grands seigneurs, à Tournai, pour soutenir le siège que Édouard III, roi des Anglais, préparait.
Ensuite, en l’an 1342, il fut préfet du dernier contingent de l’armée française, conduit en Bretagne sous le commandement de Vénètes des Vénètes, afin de libérer les assiégés anglais.
Puis, l’an 1346, à Béthune, dans le comté d’Artois, il fut assiégé pendant trois semaines par les Belges, lesquels, ayant conclu une alliance avec les Anglais, harcelaient les Français ; ceux-ci commencèrent enfin à se retirer sans résultat.
Ensuite, l’an 1347, au moment où l’Anglais assiégeait Calais, dans l’armée du roi Philippe, accablée par de graves revers, Auriflamme [l’oriflamme] étant alors déployée.
Puis, avec Picard, il fut constitué prisonnier à Poix, le 1er janvier 1349, livré par Aymeric le Lombard, et tomba aux mains des ennemis ; ensuite, libéré (par intervention divine ou humaine, comme je l’ai dit ailleurs), l’an 1351, à Ardres, ville voisine de Calais, avec d’autres Français, il mit en fuite l’élite de l’armée anglaise par un combat remarquable ; là même, capturé parmi d’autres, Aymeric le traître, comme juste châtiment de sa perfidie envers Geoffroi, fut écartelé en quatre parts à Saint-Omer.
Enfin, l’an 1356, le 19 septembre, lors de cette désastreuse défaite de Poitiers, non loin du camp d’Auguste chez les Pictaves, capturé par les Anglais, le duc des Vallois, prince, et emmené en Angleterre avec le roi Jean lui-même, ainsi que son fils Philippe, duc de Touraine, puis duc de Bourgogne, surnommé le Hardi, comte de Flandre, connétable d’Athènes, la noblesse française fut accablée d’une manière lamentable, lui-même ce qui fait que Geoffroi de Charny, portant l’étendard royal, tomba.
Mais dans tout cela, rien concernant l’origine de la Sindon.
Jean Boterus, à propos de Louis, duc de Savoie, dit qu’elle fut apportée de Jérusalem à Chypre.
Papirius Massonus de même, à propos de Louis, affirme qu’elle fut amenée de Jérusalem aux rois de Chypre.
Jean Tondus, pour sa part, dit qu’elle passa des rois de Jérusalem aux rois de Chypre.
Alphonse Paleotti rapporte des choses semblables, ainsi que d’autres auteurs plus récents.
Mais comme tous ceux-ci, à l’exception de Masson, se trompent au sujet de la famille et du lieu d’origine de Marguerite, et ne se souviennent pas que la Sindon avait autrefois été possédée en Gaule par Geoffroi de Charny, il est juste de soupçonner que dès l’an 1353, ces auteurs ont été induits en erreur par Anne de Chypre (à qui la Sindon fut transmise par Marguerite), conduits à attribuer la Sindon à la famille de Chypre, et à la faire dériver de Chypre.
Marguerite de Charny, dans des actes datés de l’an 1453, déclara que cette Sindon lui était échue de son père Geoffroi par héritage de guerre ; mais où, et à quel moment, elle l’obtint, elle ne le révéla nullement.
Il ne fait aucun doute qu’elle avait été apportée de Palestine en Grèce, puis de là en France par les soldats croisés.
Mais de quelle manière, et par quelle occasion précise, ce linge sacré parvint finalement à Geoffroi, on le reconnaît difficilement.
Il est cependant certain qu’il s’agit de ce linge unique, dans lequel le corps même du Christ fut enveloppé, marqué de ses linéaments, et dans lequel il fut entouré au moment de la sépulture dans le sépulcre (car il fut enseveli hors de la ville) ; mais seulement avant l’ensevelissement, sujet sur lequel il faut maintenant traiter avec un peu plus de précision.
CHAPITRE XXV
Que la Sindon allobroge a reçu le corps sanglant du Christ, récemment descendu de la Croix, et ne l’a pas enveloppé dans le sépulcre après l’ensevelissement.
Pingonius et Paleotti, répondant à Calvin et aux hérétiques qui objectent que, si la Sindon est véritable, elle aurait dû porter les marques laissées par les clous, puisque selon le rite de la sépulture juive les mains et les pieds du Christ devaient être liés ; mais comme la tête, qui était enveloppée dans le suaire proprement dit, n’était pas liée, ils répondent que c’est pour cette raison qu’on ne voit pas sur la Sindon de Turin les marques des clous : parce qu’elle n’a pas reçu le corps très saint du Christ déjà lavé dans le sépulcre, oint et lié par des bandelettes, mais l’a reçu sanglant et récemment descendu de la Croix.
Car n’était-il pas convenable, dit Pingonius, que deux hommes très nobles aient enseveli le Christ mort, l’un Joseph d’Arimathie, homme riche, l’autre Nicodème, lui aussi homme pieux ; que cependant Joseph ait apporté un linceul pur, et Nicodème des aromates d’aloès et de myrrhe ; et que la Sindon ait reçu le corps lorsqu’il fut descendu de la Croix, afin que le Christ y fût aussitôt couvert, enveloppé et honorablement reçu, jusqu’à ce que l’appareil de la sépulture et le temps opportun fussent prêts, et qu’ainsi, enveloppé, il fût porté au tombeau.
Quant aux aromates, afin qu’après avoir été descendu dans le jardin, aux portes du tombeau, il fût lavé selon le rite, oint et lié par des bandelettes ou des linges funéraires, ou par des bandes, comme nous l’avons déjà dit, il fallait nécessairement s’y conformer.
Et cependant, bien que l’un et l’autre ait eu lieu, et que la vérité de la Sindon ainsi que le rite de la sépulture subsistent, l’ensevelissement ne pouvait se faire ni assez commodément dans ce lieu, ni assez sûrement, puisque surtout Joseph est dit avoir été caché avec Jean, disciple du Christ, à cause de la crainte des Juifs.
Donc, pour parler avec distinction, et pour exposer cet appareil funéraire selon un ordre correct, nous dirons : que Joseph reçut d’abord le corps de Jésus descendu de la Croix ; qu’ensuite il l’enveloppa dans cette Sindon, ou du moins le couvrit ; qu’en troisième lieu il le porta au monument, l’oignit d’onguents, l’enveloppa d’autres linges préparés à cet effet, le lia, l’oignit, et le déposa dans le sépulcre selon la coutume de sa patrie.
Car qui ne dira très justement que Joseph ne pouvait trouver de Sindon plus pure que celle avec laquelle il reçut aussitôt le corps très saint descendu de la Croix, et dont il le couvrit entièrement de la tête aux pieds, pour l’honneur et la vénération.
C’est pourquoi, puisque nous avons dit qu’il en fut ainsi, cette Sindon, longue d’environ douze pieds, large de trois pieds et davantage, étendue et déployée d’abord sur la terre disposée comme une table, puis le corps, retiré de la croix, y avoir été déposé ; au moyen du linge placé au centre, la Sindon ayant été relevée de la tête jusqu’aux pieds, et ajustée à tout le corps ; et ainsi portée et placée dans le tombeau.
De là il est aisé de comprendre que le corps, marqué par les flagellations, les coups, et les plaies très cruelles encore récentes, les clous ayant été retirés, ruisselant de sang, humide de sueur et de sanie, ravivé par les secousses du corps blessé, se soit imprimé, en chaque point, et ait laissé sa forme dans la Sindon, représentant l’image par la convergence autour du milieu du linge, les mains repliées, et les pieds étendus vers l’un et l’autre bord, d’où résulte l’effigie ombrée de l’homme, ainsi que la symétrie intacte, telle qu’elle doit être déduite de certains tracés décrits, surtout si l’on considère la figure éclairée par la lumière oblique, une fois les bandelettes retirées ; de sorte qu’on peut la voir, et non seulement la contempler, par un raisonnement tiré d’un effet très solide.
Ces choses ayant été suffisamment examinées avec soin, que celui qui voudrait s’y opposer en produisant la bulle de Jules II, donnée en l’an 1506, où il est dit que la Sindon de Chambéry est celle dans laquelle notre Seigneur Jésus-Christ fut placé, enveloppé, dans le tombeau, réponde que le Pontife n’a pas parlé ici par décret doctrinal, mais selon l’opinion commune du peuple.
Ainsi donc, de toute cette affaire, pour dire ce que je pense, il faut surtout affirmer avec Pignon que la Sindon allobroge n’a pas enveloppé le corps du Christ dans le sépulcre, mais seulement avant la sépulture, lorsqu’il fut retiré de la croix : ce qui, certes, comme il est évident, ne produit pas ce que Pignon estime être l’objection principale de Calvin (car en un autre endroit il a apporté la raison pour laquelle il ne devrait pas y avoir, dans le suaire de Vésontino, qui fut placé à l’intérieur même du tombeau, — ce qui n’est pas douteux — les marques des clous ; mais ici l’argument est tout autre).
La première raison est que, dans le linge turinois, apparaissent les traces d’un corps sanglant, visibles surtout aux bras, au visage, à la poitrine, aux épaules, ainsi qu’à d’autres parties du corps, et le sang coagulé se trouve en ces mêmes endroits où, en raison de la position et de la disposition des membres, le Christ suspendu à la croix l’avait porté.
Ce sang, devenu concret par lavage et onction, ne saurait être mis en doute, puisque nul vestige de ce genre n’apparaît dans le suaire de Vésontino, lequel, ayant déjà touché un corps lavé, n’a conservé que les marques sanglantes des cinq grandes blessures.
Ainsi donc, la Sindon turinoise n’a pas adhéré au corps dans le sépulcre, mais avant la sépulture, et elle a été imprégnée du sang répandu de la rédemption, encore fluide.
Une autre raison m’est fournie par le voile (ainsi qu’on le montre à Aix-la-Chapelle), par lequel furent couvertes les parties honteuses du Christ crucifié ; voile dont dans l’une et l’autre partie de la Sindon, les traces apparaissent très distinctement ; d’où il résulte aussi, comme le prouve Salmeron, que le Christ, fixé à la croix, avait été couvert en ces parties.
Mais nul ne dira avec raison que ce voile ait été laissé dans le sépulcre, puisqu’aucune trace de celui-ci n’apparaît dans le suaire de Vésontino ; et les parties couvertes des morts ne sont nullement prouvées par quelque raison ou autorité que ce soit.
Ainsi donc, je pense que les choses se sont déroulées ainsi : le corps, détaché de la croix, a été dépouillé de la couronne d’épines, et il est resté le voile par lequel étaient couvertes les parties.
Or, comme il ne pouvait être convenablement ni suffisamment procédé au soin du cadavre par Joseph et Nicodème, hommes honorables mais agissant en secret, par crainte des disciples, sur le lieu même de la crucifixion, il a fallu faire autrement ; et d’une manière honnête, le corps a été couvert, sans être lavé.
On étendit donc un linge ; ce linge, jeté ensuite du sommet de la tête jusqu’aux pieds, adhéra aux deux faces du corps ; ainsi enveloppé, il fut transporté au lieu de la sépulture, non loin du tombeau, où l’on procéda selon le rite à l’onction, avec d’autres linges, et nommément avec le suaire de Vésontino, dans lequel il fut enveloppé.
Mais la Sindon, en tant qu’elle avait reçu le corps tout juste descendu de la croix, entièrement ensanglanté, et qu’il n’était pas convenable de l’appliquer de nouveau à un corps lavé et purifié,
ce linge donc, par lequel le corps du Christ avait été couvert depuis la croix jusqu’au lieu de la sépulture, est la Sindon de Turin ; Pingonius ne l’ignore pas, et il faut surtout comprendre, que la Sindon est dite “pure”, celle-là même dans laquelle Joseph, le marchand, enveloppa le corps du Seigneur déposé ; bien que cette expression de “Sindon pure” (comme aussi le “linge blanc” mentionné) semble pouvoir s’étendre à tout linge funéraire.
Et il apparaît par ce qui a été dit que la Sindon de Turin n’est pas le Sudarium, dont Jean dit qu’il avait été posé sur la tête du Seigneur (quoi que Paléotus soutienne le contraire avec Mallonio) ; car le Sudarium se trouvait à l’intérieur du sépulcre et couvrait le corps, tandis que cette Sindon n’était pas dans le sépulcre.
Or ce Sudarium, dont Bède fait mention, je l’ai montré ailleurs, à partir de la longueur différente des linges.
CHAPITRE XXVI
De la Sindon de Compiègne
À Compiègne, en Picardie, province de la Gaule, on conservait dans l’église de saint Corneille un linge très blanc, mince à la manière de la soie, que l’on appelait la Sindon du Seigneur Christ ; il fut transféré en ce lieu par Charles le Chauve, depuis Aix-la-Chapelle, où il était auparavant conservé comme un don de l’empereur Charlemagne.
Des manuscrits l’attestent, et Nicolas l’affirme.
Nicolas Gilles, dans son ouvrage sur Charles le Chauve, et Philippe de Bergame dans sa Chronique, année 800, ont jugé opportun d’ajouter à leurs travaux ce témoignage tiré de cet illustre instrument des archives de Compiègne.
À tous les orthodoxes et aux fidèles du culte catholique, Foulques de Bonneval, évêque de Soissons, salut éternel dans le Seigneur.
Nous faisons savoir que, en ce jour, par les présentes, en vertu de l’ordination et de la confiance de notre seigneur le roi des Francs, très pieux Louis, par la charge attachée à ce titre princier, dans la vénérable Église du monastère de la Bienheureuse Marie Vierge et des saints martyrs Corneille et Cyprien de Compiègne, de l’Ordre de saint Benoît, relevant directement de la Curie romaine et n’ayant aucun intermédiaire, réunis dans le diocèse de Soissons, avec les nobles et révérends Pères en Christ : François, évêque d’Amiens ; Jean Olivier, abbé du monastère de Montaigu de Saint-Médard de Soissons, chroniqueur du très serein roi notre seigneur ; Nicolas Parent, abbé du monastère de la Bienheureuse Marie de Vaucelles, du diocèse de Noyon, professeur de théologie sacrée ; frère Guillaume Parvi, confesseur ordinaire du susdit seigneur roi et assistant pour le roi ; ainsi que les vénérables frères religieux Robert Orget, prieur claustral ; Pierre de Marà, trésorier ; Antoine Brion, prieur du prieuré de Saint-Pierre de Compiègne ; Jean Parquier, prévôt, et d’autres religieux de ladite église de Compiègne étant présents, avec les susdits, le vénérable homme maître Robert Cenalis, professeur de théologie sacrée, pénitencier du diocèse de Soissons ; maître Laurent le Tondeur, vicaire commun de la curie spirituelle de Compiègne ; Jean Datches, doyen de l’église collégiale de Saint-Clément de Compiègne ; et les honorables hommes, maître Laurent le Caron, licencié en droit et lieutenant du seigneur Bailli de Senlis ; maître Pierre Meurier, procureur du roi ; et les maîtres Nicolas de Henault et Laurent Thibaud, jurisconsultes ; conseillers dudit monastère de Compiègne, ainsi que de nombreux autres hommes ecclésiastiques et séculiers ; afin d’ouvrir la châsse d’or très pur, fermée et fabriquée avec des gemmes très précieuses, dans laquelle était conservé ce saint Linceul, appelé vénérable Linceul par l’Évangéliste, et dans lequel le corps du Seigneur fut enveloppé durant trois jours dans le sépulcre ; lequel saint Linceul, par l’empereur Charles, homme très chrétien et magnifique monarque de tout l’Univers, fut déposé dans ledit monastère de Compiègne ; et fut conduit avec des cœurs débordant d’une dévotion exceptionnelle dans un vase d’ivoire, puis placé dans un second coffret ; et fut transmis à Mathilde, pieuse reine des Anglais ; puis, par la providence de Dieu, au très serein Philippe, roi des Francs, avec une intention dévote, en sa présence et celle de très nombreux prélats révérends, ainsi que de diverses autres dignités et personnes, en même temps qu’une foule innombrable du peuple étant entrée ; ainsi que cela nous est connu par des lettres authentiques du roi Philippe lui-même, dont la teneur est attestée avec une fidélité constante.Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, de la sainte et indivisible Trinité. Philippe, par la providence de Dieu très pieux roi des Francs, averti par l’expiation divine de Dieu, et par la très humble supplication de nos frères de l’Église de Compiègne, et surtout par la très ardente sollicitation de la très chrétienne Mathilde, reine des Anglais, il nous a plu que les Reliques du Seigneur et Sauveur, lesquelles l’empereur Charles, homme très chrétien et magnifique monarque de tout l’univers, avait déposées dans le lieu royal et vénérable de Compiègne, et qu’il avait fait conserver dans un vase d’ivoire, puis dans un autre, lesquelles la susdite reine des Anglais, magnifiquement ornées d’or, de gemmes et de pierres très précieuses, avait transférées et offertes à l’Église de Compiègne, nous les déposions.
Cela fut donc fait et ainsi ordonné et disposé par les évêques et les fidèles du Christ, le jour du Seigneur, la quatrième férie de la semaine, à la fête de saint Lazare, à la sixième heure de la journée, après l’accomplissement d’un jeûne de trois jours, en ouvrant la châsse sacrée, à savoir le saint Linceul, c’est-à-dire le linge dans lequel le corps du Seigneur est rapporté avoir été enveloppé dans le sépulcre, que nous appelons Linceul selon l’Évangéliste. Et, tiré du vase d’ivoire susdit et déposé dans un vase d’or, au milieu des actions de grâces et des vœux des fidèles, une foule innombrable étant rassemblée et une multitude infinie de chrétiens.
Et afin que la mémoire d’un événement si illustre et d’une solennité si célèbre demeure, il a été statué et décrété par nous et par nos évêques que ladite fête dominicale du milieu du Carême, en tout temps solennelle et authentique, serait observée et célébrée par tous les fidèles qui, pour obtenir l’indulgence de leurs péchés, devraient revenir chaque année, selon la révolution annuelle, en ce même lieu, par l’intercession des bienheureux martyrs Corneille et Cyprien.Ces choses ayant donc été heureusement accomplies, et comme il avait été statué qu’elles fussent établies à perpétuité, nous avons donné à cette même Église, à savoir aux frères et au trésorier, en commun, la dîme entière de toute négociation, ainsi que des larrons, et de toute monnaie et usure du dehors, et aussi de la dîme du pain, et de toutes choses faites au dehors, ou de quelque lieu qu’elles proviennent, pendant trois jours, à savoir le jour de la solennité dominicale elle-même, ainsi que le jour précédent et le jour suivant la célébration de celle-ci.
Et si jamais il arrivait que ce forum fût de droit de saint Clément ou de saint Maurice, il est statué et arrêté par nous que dix sous soient reçus pour leur dîme par le chapitre canonial des Églises susdites, et par les frères et le trésorier de saint Corneille.
Nous confirmons et concédons en outre au trésorier, avec notre confirmation, que durant les trois jours susdits, de toute oblation, quoi que ce soit qui aura été offert dans l’Église ou hors de l’Église, la moitié appartienne aux chanoines, et que l’autre moitié revienne au trésorier.Toutes les choses que nous avons dites plus haut, nous les avons transmises à l’Église avec cette teneur, afin que, chaque année, pendant les jours du Carême, les Frères de l’Église reçoivent les aumônes, une aumône en l’aumône de Charles, pour le salut et le remède de mon âme, et de celles de mes prédécesseurs et de mes successeurs.
Et afin que notre donation demeure inviolable et indivisible, par l’autorité royale nous avons statué, et par nos évêques nous avons excommunié, pour que nul de nos successeurs ou de nos familles n’ose soustraire quoi que ce soit à la susdite Église, que nous avons donné fermement et à perpétuité.
C’est pourquoi nous confirmons cet ordre par notre propre main, et comme nous l’avons décrété et établi, nous l’avons marqué par l’empreinte de notre sceau, et par l’autorité royale nous ordonnons qu’il soit observé à perpétuité.Or cet acte fut fait à Compiègne, dans le palais royal, l’an du Verbe de Dieu incarné M.C.XI, indiction XV.
Hubert, chancelier, l’a écrit et l’a souscrit.SCEAU DE PHILIPPE, GLORIEUX ROI DES FRANCS.
Certes, l’affaire ayant été prise en charge de cette manière, elle ne fut pas sans fruit, et dans le même contexte elle fut menée à terme, comme les forces mêmes des choses le montrent.
En effet, bientôt après, des exaucements et des prières très fréquentes furent répandues vers le Seigneur, et la châsse de ce genre, exposée sur l’autel du trésor royal susdit, fut ensuite recouverte par l’ingénieux travail d’un orfèvre, au moyen d’une lame d’argent, fixée en dessous, sur une base de bois, et de manière fort soignée par un petit office rapporté, dans le même coffret, on avait auparavant placé un petit linge, enroulé autour d’un petit corps, replié en plusieurs plis. Ensuite, un petit faisceau de tissu de soie, entouré de liens de soie de diverses couleurs, fut trouvé à l’intérieur, et en fut extrait. Celui-ci, une fois déployé, se révéla être un autre linge de lin, aux extrémités duquel trois lignes de différentes couleurs étaient tissées par un seul et même artifice ; avec encore un autre petit tissu de soie blanche, dans lequel, en un globe arrondi, long de trois paumes et large de deux, semblable par le mode et la forme à ceux dans lesquels le très pieux Philippe, roi des Francs susnommé, avait décrété que l’on enfermât ce très saint et très vénérable linge sacré, tissé du lin le plus pur et le plus délicat.Alors, en présence du Révérend Père d’Amiens, des prélats, des abbés de Saint-Médard, de Notre-Dame de Vif-Capo, du confesseur royal, du prieur claustral, du trésorier, et des notaires spécialement convoqués et présents, ce même seigneur tint longtemps une supplication, les genoux fléchis, louant le Christ Roi de tous les saints, le vénérant, l’adorant, l’invoquant.
Et sans retard, en présence desdits prélats d’Amiens, il plaça ce très saint gage de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur l’autel sacré et principal, avec une plus grande solennité, parmi les saintes reliques dignes de vénération, ornées de pierres précieuses et de certains ornements, pour le Sacrifice
(ce qui, d’une manière particulière, relevait de la coutume milanaise), célébrant [ce rite] pour sa propre humanité et sa disposition intérieure. Ce qui, ensuite, ayant été reçu avec les mains de la manière la plus mesurée, avec zèle, pureté, sainteté et dévotion, ils jugèrent qu’il devait être vénéré et adoré sans retenue de larmes, jusqu’à ce qu’il fût placé sur l’autel au terme du Sacrifice (représentant Notre-Seigneur Jésus-Christ), avec révérence.
Le Sacrifice de la Messe ainsi achevé, et le cantique d’exultation Veni Creator Spiritus (afin qu’il répande le feu de sa charité et infuse la rosée céleste) ayant été chanté, il plut de présenter ce gage des dépouilles du Christ à la plèbe assistante, humblement, prosterné, et en servant le Seigneur avec vigilance, pour qu’il soit regardé avec attention, afin de reconnaître et de vénérer le bienfait de Dieu qui resplendit et s’éclaire par sa sainteté.
Alors, publiquement, il déclara et admonesta la foule de ce lieu avec une vérité manifeste, détournant leurs esprits de l’erreur de la fausseté, très pernicieuse (par laquelle les sophistes sont extrêmement habiles à tromper les âmes), et il parla en ces termes.
Enfin, par notre office, avec les prélats et les officiers du roi présents, nous décidâmes que ce très vénérable gage du Christ fût placé dans son coffret, selon la délibération des Frères religieux du monastère susdit, et selon l’assidue et pressante instance des hommes éprouvés de Compendien.
Nous instituâmes une procession solennelle (dans laquelle étaient présents les prélats, les frères du monastère, les prédicateurs, les mineurs, les clercs, et le peuple de Compendien accouru) ; car en effet
il ne convenait pas que notre éternité passe cela sous silence : à savoir que ce peuple de Compendien, extrêmement dévot, dans une assemblée publique tenue dans l’atrium du monastère, rendait hommage avec une dévotion très vénérable à ces monuments visibles de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, conservés depuis quatre cent vingt-quatre ans, offerts à la contemplation des yeux corporels ; non point pour que la foi fût placée en ces choses qui étaient offertes à la vue, mais parce que ce qui avait été reçu par l’Église devait être tenu pour véritablement approuvé.
Enfin, vers la troisième heure de l’après-midi, nous, l’évêque susdit de Soissons, assistés de l’infant susdit, confesseur royal du Seigneur, avec nous présents lesdits Pères religieux, le prieur et le trésorier, les officiers du roi et les notaires, nous plaçâmes le très saint Linceul, tel qu’il avait été trouvé et enveloppé de la manière et selon la forme susdites, dans son coffret, et nous le scellâmes du sceau du Révérend Père en Christ, le susdit seigneur évêque d’Amiens, du couvent du monastère susdit de Compendien, et du seigneur Ballius de Silvanecte, lieutenant du seigneur, et nous ordonnâmes qu’il fût conservé dans le même coffret, à la partie inférieure, avec les reliques, jusqu’à ce que, sur décision du très sérénissime roi de France, il fût autrement statué.
À la louange de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui pour nous est mort et a été enseveli, qui véritablement est descendu aux enfers, qui doit être redoutable pour les royaumes infernaux, qui doit briser les portes de bronze, fracasser les verrous, et dépouiller qui est véritablement ressuscité des morts le troisième jour, qui siège maintenant à la droite du Père ; à qui, avec le Père éternel et l’Esprit-Saint, appartiennent l’honneur commun, une gloire égale, une puissance égale, pour les siècles des siècles. Amen.
Et au sujet de toutes ces choses, et de chacune d’elles, nous avons ordonné et commandé que des lettres fussent rédigées et signées par les notaires soussignés, et scellées de l’apposition de notre sceau. Ces actes ont été accomplis aujourd’hui, sixième jour avant les calendes d’octobre, l’an du Seigneur mille cinq cent seizième.
Moi, Antoine Raguet, prêtre, maître des arts libéraux, du diocèse de Soissons, notaire juré de la cour spirituelle de Beauvais, par autorité apostolique et impériale, attendu que, lors de l’ouverture du coffret de la très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans l’assemblée susdite, avec tous les autres, tant collectivement qu’individuellement, comme il a été dit ci-dessus, par le susdit seigneur évêque de Soissons, et en sa présence, ces choses ont été faites et accomplies, j’ai été présent ; et j’ai vu et entendu que ces choses se faisaient ainsi ; et j’en ai pris note, et j’ai signé de mon nom et de mon seing accoutumés, conjointement avec l’apposition du sceau du susdit seigneur évêque de Soissons, aux présentes lettres scellées, en foi, force et témoignage des choses susdites, requis et demandé.
Ainsi signé : M. Fabri, secrétaire du Révérend Père en Christ et Seigneur, Monseigneur l’évêque d’Amiens ; de Beauregard, secrétaire du susdit Révérend Seigneur évêque de Soissons ; et Araquet et scellé de trois sceaux dans de la cire rouge, suspendus par une double queue de parchemin.
La Sindone de Compiègne, dont le culte est ancien et établi en Gaule Belgique, bien que Claude Campegius, dans son petit traité Des lieux saints de la Gaule, écrive que l’image du Christ Seigneur n’y est nullement marquée, dis-je néanmoins que tout le corps du Christ, à l’intérieur du tombeau, fut enveloppé extérieurement de linges funéraires, au-dessus du suaire de Véronique ; de la même manière que le linceul de Turin reçut le corps sanglant et rigide du Christ, détaché de la croix.
CHAPITRE XXVII
D’autres linges tenus pour sépulcraux du Christ : la plupart étant des étendards sacrés ; les linges des martyrs et des anciens chrétiens.
ΟΘΟΝΙΟΝ, en grec, signifie ce dont on se sert pour ensevelir ; d’où l’on appelle linteum ce qui est tissé de lin, et ce dans quoi l’on enveloppe ; ou bien des linges, ou des toiles de lin. Les anciens appellent le linceul ὀθόνιον, les linges ὀθόνια, les bandelettes ὀθονίδια, ou ὀθονίδια ; ailleurs, au pluriel et en nombre indéterminé, ὀθόνια, c’est-à-dire des linges. Ainsi, lors des funérailles de Mélèce, évêque d’Antioche, Grégoire de Nysse parle de bandelettes ; et dans le mystère de la sépulture du Christ, Jean mentionne les linges : ce qui indique que plusieurs linges furent utilisés pour la sépulture du Seigneur qu’ils avaient été employés, comme cela a déjà été expliqué plus haut.
C’est pourquoi il n’est pas étonnant, dit Gretser, que plusieurs [linges] soient dits se trouver en plusieurs lieux, puisque plusieurs ont réellement existé.
À Périgueux, dans le monastère de Cadouin, du diocèse de Cahors, on conserve un certain linge très fin comme le suaire du Christ, placé là par les moines bernardins, l’an du Seigneur 1619, selon
Nicolas Gillius dans ses Chroniques. Serarius, à propos des affaires de Mayence, rapporte d’après un ancien manuscrit que sainte Bilhilde reçut de la princesse Cunégonde un suaire avec lequel la tête et le visage du Christ Seigneur avaient été couverts dans le sépulcre ; et qu’une partie de ce linge est conservée à Mayence dans le monastère du Mont-Vierge, et qu’à certaines dates, lors de fêtes solennelles, elle est déployée et montrée au peuple.
Dans le Théâtre des antiquités parisiennes, est décrit un diplôme de l’empereur Baudouin, donné à Saint-Germain-des-Prés à Paris, l’an du Seigneur 1147, par lequel il concède, entre autres choses, au roi de France Louis, une partie du suaire, par lequel le corps du Christ avait été enveloppé dans le sépulcre. Pierre Beek rapporte dans ses écrits que, dans le monastère de Saint-Corneille d’Aix-la-Chapelle, riche de mille marches de Grana, l’empereur Louis le Pieux déposa le linceul pur dans lequel Joseph enveloppa le corps du Seigneur, et une partie du suaire qui avait été sur sa tête Il se pourrait que ce fût là le suaire même que Charles le Chauve, fils de Louis, donna aux habitants de Compiègne. Que le suaire du Christ soit revendiqué en divers lieux dans la Ville [de Rome], dans l’église de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie-Majeure, Attilio Serrano en témoigne dans son livret sur les sept églises de la Ville. Pingonius, Mallonius et Prosper Bonafamilia indiquent de même des fragments conservés en Lusitanie, à Turin, et en Basse-Germanie, récemment transportés ; mais nous reconnaissons, sur la foi certaine des érudits, que cela est faux. Dans une certaine bibliothèque de l’église de Chartres est conservée une portion du suaire du Christ, selon Rolliard dans ses écrits sur Chartres. Je ne rappelle pas les autres parcelles de la Sindone réparties en divers sanctuaires.
Or parmi ces linges, que l’on tient pour de véritables suaires ou suaires secondaires du Christ, conservés en divers lieux, certains sont purs et blancs, d’autres portent l’image du Christ Seigneur imprimée. Quant aux peintures, pour la plupart, on croira aisément, avec Gretser,
que de telles images sacrées et linges ont été produits par imitation, et tirés d’un prototype plus ancien, ou bien copiés d’après un modèle déjà exprimé, afin de persuader les fidèles qu’ils possèdent un véritable exemplaire ; alors même qu’ils ne possèdent pas une image reproduite d’après le premier suaire ou la sindone. Que toute erreur soit écartée : aussi bien dans les originaux que dans les copies qui en sont tirées par imitation, que Dieu, notre Rédempteur, soit honoré.
À Lisbonne, principale ville de Lusitanie, hors les murs, dans le monastère des Vierges de la Mère de Dieu d’Enxobregas, on montre, le jour saint du vendredi, un suaire avec l’image du Christ Seigneur, mais qui est un simple exemplaire. Mallonius rapporte expressément que, du linge de Chambéry, d’autres exemplaires ont été tirés, lesquels, tenus en grande estimation, étaient conservés ; et nous avons vu la même chose faite à partir du [suaire] de Véronique, exposé publiquement.
Ajoute que jadis on peignait très fréquemment le Christ sur les suaires ; comme l’indiquent les paroles de Léonce, évêque de Néapolis à Chypre, que l’on lit au second concile de Nicée :
« Le Christ, dit-il, les passions du Christ, sont représentés dans les églises, dans les maisons et sur les places, en peintures, sur les suaires, sur les linges d’autel, sur les vêtements ; afin qu’en contemplant continuellement ces images, elles viennent à notre esprit, et que nous n’oubliions pas notre Seigneur Dieu. »
Concernant les suaires purs et blancs, d’autres raisons peuvent être avancées. Tout d’abord, autrefois, on enveloppait même les morts, quoique revêtus de vêtements précieux, dans des linges.
Aterius, sénateur (selon Eusèbe), rapporte à propos de saint Marin martyr, que, lorsqu’il fut frappé au moment de la mort et que la vie l’abandonna, il tomba ; on lui ôta son vêtement éclatant et précieux, on l’emporta dépouillé de son habit, et, l’ayant enveloppé d’un linge magnifique et somptueux, on le déposa dans un tombeau convenable.
An gradus, moine, dans la Vie d’Ansbert, évêque de Rouen, qui fleurit l’an du Seigneur 683 [DC.LXXXIII], rapporte :
« Ce saint corps fut revêtu avec une grande ferveur de foi, et par-dessus enveloppé de linges cirés. »
Ainsi avons-nous pieusement cru que quelques linges sabbata [= linges sacrés], introduits à l’intérieur du sépulcre du Christ, où reposait le corps enveloppé, et que, de même, d’autres linges sabbata furent apportés par cette même piété, avant la fermeture du sépulcre ; puisque Pierre et Jean sont dits avoir vu, lors de la Résurrection, les othonia au pluriel : et même, qu’après l’ensevelissement, il n’y eut rien qui interdît que plusieurs linges aient été soit étendus sous le corps divin, soit disposés par-dessus, comme nous l’avons dit ailleurs.
Nous lisons aussi dans les histoires sacrées que l’ancienne coutume de l’Église romaine n’était pas seulement d’éprouver de l’horreur à ce que les corps des saints fussent transportés hors de Rome ; mais qu’elle ne permettait pas non plus que l’on détachât ou que l’on touchât de quelque manière que ce soit leurs reliques ; mais qu’on défendait aux chrétiens de les honorer, ou même d’y appliquer quelque voile, ce que l’on appelait sanctuarium, sinon le brandeum, lequel, par ce seul contact, était réputé acquérir une grande puissance d’opérer des miracles.
Saint Germain et son collègue, légats apostoliques, dans un rescrit qu’ils adressèrent au pontife Hormisdas, sous le consulat de Rusticius, l’an du Seigneur 535 [D.XXXV],
lorsque Justinien, fils très magnifique de Constantinople, dit-on, accomplissant les choses qui convenaient à la foi, érigea la basilique des Apôtres, dans laquelle il établit que se trouveraient les reliques des très saints Apôtres Pierre et Paul, et du bienheureux Laurent ; il espéra, par notre petitesse, obtenir que les reliques des saints susdits lui fussent concédées plus promptement. Ayant donc présenté la demande, selon l’usage des Grecs, nous l’exposâmes à l’examen du Siège apostolique ; la requête fut reçue.
Et parce que tel est l’élan de sa foi, qu’il mérite tout ce qu’il sollicite du Siège apostolique ; et tel est celui qui l’espère, d’où l’âme et la foi s’accroissent par le salut ; il convient de ne pas refuser à de tels désirs une demande juste. C’est pourquoi votre Béatitude jugera bon que les sanctuaires des bienheureux Apôtres Pierre et Paul soient accordés selon l’usage ; et s’il est possible d’y joindre aussi d’autres sanctuaires, il est de votre ressort d’en décider, etc.
Il existe, dans un manuscrit de la Bibliothèque Vaticane, une lettre du pape Hormisdas adressée aux mêmes légats à ce sujet ; et une autre de ce même Justinien, par lesquelles le pontife signifie qu’il n’envoie que des sanctuaria.
De nouveau, l’an du Seigneur 541 [D.XLI], pour la mémoire de saint Paul, l’auguste Constantina, ayant fait édifier une église dans son palais, estima qu’elle devait être ornée de certaines reliques des Apôtres ; pour cette raison, elle écrivit au pape romain Grégoire V, afin qu’il envoyât à Constantinople la tête de ce même Apôtre, ou quelque partie de son corps.
Grégoire, par une longue lettre, répondit avec prudence à la demande de l’Augusta, et entre autres choses écrivit ceci :
« Reconnaissez, très tranquille Dame, que chez les Romains il n’est pas d’usage, lorsqu’ils donnent des reliques des saints, de permettre que l’on touche quoi que ce soit du corps ; mais seulement qu’un brandeum soit envoyé dans un reliquaire, et placé auprès des très saints corps des martyrs ; ce qui, une fois élevé, doit être reconnu dans l’Église avec la vénération qui lui est due ; et tant de vertus s’attachent à cela, que ceux-là mêmes sont délivrés spécialement par ce contact de leurs corps. »
D’où il s’ensuivit que, du temps du pape Léon de bienheureuse mémoire (comme cela est transmis par les anciens), tandis que certains Grecs doutaient de telles reliques, le pontife susdit entailla ce brandeum avec des forces tranchantes, et du sang en jaillit par cette incision.
Enfin, il récusa aussi le Sudarium même de saint Paul, par ces paroles :
« Le Sudarium que l’on voudrait envoyer ne peut être transmis, puisqu’il est avec son corps ; et on ne peut y toucher, pas plus qu’accéder à ce corps. »
Il faut donc entendre par brandeum et voile sanctuaire, comme l’enseigne Baronius, ce que Grégoire appelle ailleurs velamen, c’est-à-dire quelque chose qui est seulement appliqué aux saints corps des martyrs , ce que les pontifes romains avaient coutume de transmettre, comme un grand don, aux personnes illustres et aux Églises. D’où il n’est pas étonnant que, par la suite des temps, certaines de ces choses aient été appelées sanctuaires, auparavant sudaires ; et qu’elles aient été véritablement attribuées au Christ, dignes d’admiration, pour ce qu’elles rapportent à l’Auteur.
Ainsi, de la clé du Seigneur, dont plusieurs se retrouvent ici et là, Baronius dit :
« Il arrive peut-être quelque part, dit-il, qu’une clé ait été apportée parmi les saintes reliques, par laquelle les membres mystiques du Christ — à savoir quelque martyr qui a été transpercé — aient été touchés ; et cette clé même aurait été extraite des clous du Christ. »
Quoi qu’il en soit, la foi (dit Ambroise) purifie les actes, puisqu’aucun fidèle ne vénère le fer, mais adore dans le fer la Passion totale du Christ.
Quant aux linges sépulcraux des martyrs, il ne dit rien de nouveau, puisqu’il est établi que les corps ont été enveloppés de linges. Eusèbe rapporte qu’un certain diacre en Égypte, peu après évêque de Laodicée en Syrie (ainsi que le rapporte Eusèbe dans son Histoire), sous la persécution de l’empereur Valérien, en l’an du Christ 260, fit usage de linges, dans lesquels on enveloppait les corps des bienheureux martyrs défunts, en méprisant le danger de la vie.
On rapporte qu’Abibus, diacre et martyr, enseveli en Syrie l’an 316, fut entouré par ses proches et amis d’un linge précieux.
Muliebris leurs corps, frappés à maintes reprises, ensanglantés, tombés (chez Jérôme), les clercs, à qui cette charge incombait, les enveloppaient de linges. Et ce prélat observait cette coutume, lui qui s’adressa un jour ainsi au martyr Tharacus :
« Ne me perds pas, comme je l’ai dit auparavant, et ne laisse pas tes reliques, sans envelopper ton corps d’un linceul, sans l’orner d’onguents et de parfums. »
Et ce n’étaient pas seulement les martyrs, mais aussi les autres saints et chrétiens, serviteurs, que l’on appelait laborantes, que l’on ensevelissait avec des linges.
Prudentius atteste cet usage :
« C’est l’usage de tendre des linges d’une blancheur éclatante,
Et de parfumer le corps avec la myrrhe de Saba,
Pour le soigner comme par un remède. »
Saint Grégoire affirme qu’en son temps les corps étaient lavés, oints et enveloppés de linges.
Les disciples de saint Antoine recouvrirent de terre le corps enveloppé de leur maître.
Le corps de saint Hubert, évêque de Liège, fut lavé avec de l’eau et entouré de trois manteaux.
Denys, évêque d’Alexandrie, rapporte les pieux soins des chrétiens envers les défunts, tels qu’ils se pratiquaient en Égypte, sous l’empereur Valérien :
« En effet, dit-il, ils recevaient aussi les corps des saints, les mains levées, les prenant sur leurs genoux, les déposant sur leur sein, fermant les yeux, bouchant la bouche, couvrant les épaules du cadavre,
les orner décemment, s’y attacher avec affection, accomplir les devoirs amicaux, les laver soigneusement, et les envelopper d’un linceul funéraire ne leur pesait pas.
Cette coutume est encore aujourd’hui en vigueur dans presque toute la Gaule et la Germanie, sauf que les corps y sont enveloppés de draps de lit, et non liés par des bandelettes enduites. Peut-être donc, chez certains, le suaire d’un martyr particulier, ou celui d’un autre saint personnage, est-il honoré comme le Suaire du Christ.
CHAPITRE XXVIII
Des bandelettes funéraires du Christ Seigneur, distinction.
La fascia, le taenia, est prise pour tout lien souple et de lin, le mot venant de τὸ τείνειν, c’est-à-dire « étendre », parce qu’elle s’étend en longueur, avec une largeur étroite. Elles servaient autrefois à serrer certaines parties du corps, ou bien le corps entier.
Sur la tête, elle est appelée en syriaque maso, mitra ; en grec μίτρα ; en latin vitta. C’est de là que l’on comprend la parole du Christ Seigneur, disant : « Si quelqu’un lie sa tête avec une bandelette, il est ridicule pour tous ; mais les rois estiment cela honorable, et beaucoup de milliers d’hommes meurent pour ce petit linge. »
Les prêtres et les poètes furent aussi ceints de bandelettes ; et les cheveux des femmes, sur la tête, étaient rassemblés. La fasciola, que Varron appelle taenia ; Virgile, vitta ; Ennius, vitta crinalis ; Martianus Capella, vinctulum sociale crinium.
Les anciens appellent la bandelette de la poitrine σύνδεσμον, « lien pectoral », par lequel ils retenaient le sein des jeunes filles ; leurs mères avaient coutume de les y contraindre.
Des bandelettes étaient aussi employées dans le chaussage, selon Pline. Les habitants de l’Orient appellent fasciae crurales et pedules celles qu’ils rangent parmi les ornements féminins ; dans lesquelles se trouve aussi enfermée une plante, la lutatio Placidia ; la fasciola qui orne seulement la partie inférieure de son pied.
Ils serraient aussi le tronc du corps tout entier, avec les membres supérieurs et inférieurs, chez les nourrissons, appelant cela σπαργάνα, ou σπαργανώματα. Les auteurs étymologistes disent ἡ πρώτη φασκία, la première bandelette ; les cunabula de Bède sont les langes des enfants.
De cette enveloppe, dit Pline, on tire l’homme hors des liens, et de l’enchaînement de tous ses membres. Ainsi le nouveau-né gît heureusement, les mains et les pieds liés, plein d’âme, animal parmi les autres êtres animés, et il entrevoit la vie humaine sous des auspices favorables, sans aucune faute, puisqu’il vient de naître.

Nous voyons ici le nourrisson d’abord resserré par des liens, d’après une ancienne statue de marbre, à Rome, près de l’Antuerpienne transportée à Anvers, dans la maison de Pierre-Paul Rubens, spectateur fidèle des antiquités.
Les bandelettes de l’enfance du Sauveur (fasciae infantiae Salvatoris), c’est-à-dire les linges dont la Vierge Mère l’enveloppa, furent possédées par Eudoxie, épouse de Théodose II, et femme de l’évêque juvénal de Jérusalem ; lesquelles, reçues ensuite par Eudoxie, furent placées par Pulchérie Auguste dans le temple dit ὁδηγῶν, c’est-à-dire « du guide », avec l’image de la Bienheureuse Vierge peinte par saint Luc.
Le jour anniversaire de cette fête, le premier du mois d’août, la treizième indiction, fut institué pour le peuple chrétien ; on y récite les louanges des Pères, selon Lipomanus, en ce jour-là dans l’Église. Aujourd’hui encore on croit que ces bandelettes se trouvent en divers lieux. Elles sont à Rome dans l’église de Sainte-Marie-Majeure ; à Constantinople, là où elle fut autrefois ; à Damas, dans l’église de saint Ananias ; à Augsbourg des Vindélices, dans l’église de la très sainte Vierge : dans la basilique de Notre-Dame de Chartres, et ailleurs.
Il ne convenait pas non plus de laisser le défunt sans liens propres : il était juste, en effet, que l’homme retournât à ses origines, afin que, de même qu’il avait vu la lumière enveloppé de langes, ainsi aussi mort il fût couché ; non seulement dans le berceau, mais encore dans le sépulcre, il devait être lié. Hésychius appelle ἐνδανιστὰς ἐντετυλιγμένας les bandelettes très serrées, par lesquelles les cadavres, entourés de linges, sont commodément enveloppés.
Hérodote écrit que les Égyptiens usaient de liens pour ensevelir les morts, et le prince Radziwiłł l’a observé en Égypte. Nous aussi, à Venise, nous avons vu des cadavres ensevelis, apportés des sépulcres voisins du Caire (où l’on recherche les momies), entourés de bandelettes semblables. À Rome également, dans certains cimetières, on observe des figures de ce genre, esquissées d’une main grossière tenant Mercure dans l’ombre du pouvoir des morts.

« Rome, encore dans un autre cimetière. »
(Légendes sous les figures)
« Dans un cimetière ancien de Rome, sur la voie Ardéatine. »
« Rome, encore dans un autre cimetière. »
Et ceux qui
« Par un coup de verge le traître retire les âmes, Et rappelle à la lumière. »
Certes, puisque les images laissées dans les catacombes par les chrétiens, et la résurrection très souvent proposée, représentaient Jonas vivant et sortant du ventre, Daniel intact parmi les lions, les trois Enfants délivrés de la mort dans la fournaise de Babylone, je croirais aussi que les résurrections de Lazare pouvaient être figurées, puisque les premiers chrétiens, au seuil même de la résurrection, voulaient graver ou peindre dans les sépulcres ces symboles.
Ainsi l’affirme Jean Macaire dans ses Hagioglyphes encore inédits.
« Lorsque tu verras, dit-il, dans un temple, une petite cellule ou une niche, à laquelle on monte par degrés, dans laquelle on veut montrer un petit garçon enveloppé de bandelettes, debout, qu’une certaine verge atteint par-dessus, l’enfant lui-même : Lève-toi, dit-elle, petit enfant ; la verge touchant, le Christ, qui ressuscite Lazare, l’éveille d’entre les morts. Dans la verge, il n’y a rien ici à chercher qui ne soit parfaitement apte à produire des miracles, sans aucun doute symbole ; non point non plus selon la raison des bandelettes enroulées sept ou huit fois autour de la tête et du corps ; mais quant à cet enfant figuré, je dis qu’il est rendu à ses commencements, et qu’ainsi Lazare renaissant a pu être peint de cette manière par Jean. »
Constantinopolitain, dans son oraison publique et privée : enveloppé dans un monument, et Basile de Séleucie, évêque, [disent] qu’il est né du sépulcre, et entravé par des bandelettes de nourrisson ; car celui-ci [dit] :
« Ayant rejeté toute apparence de vieillesse du corps,
Ayant quitté les rides, et les marques de la vieillesse,
Et ayant déposé l’aspect sénile,
Il sortit du tombeau,
Ne portant aucun signe de corruption. »
De là il faisait sortir des symboles mortuaires, figurant un enfant de quatre jours, et, comme s’il se dépouillait de la mort, il ne quittait pas le seuil du sépulcre, mais il se montrait enveloppé de bandelettes mortuaires, comme né du sépulcre, et portant après l’enfantement les bandelettes de l’enfance.
Le corps très saint du Christ, sans souffle vital, couvert du suaire, et enveloppé d’autres linges, fut l’objet d’un usage semblable. Il est en effet indiqué clairement dans l’Évangile de Jean que la couture est totalement exclue selon le rite judaïque, suivant lequel Lazare avait été lié aux mains et aux pieds ; ceci est [ainsi], comme le Lexique le traduit, par bandelettes sépulcrales, lesquelles étaient faites d’une toile tissée, découpée non transversalement mais dans le sens de la longueur, comme tissée, la coupe étant droite, comme le veut Galien.
Juvencus, poète, au sujet de Lazare :
« Sans délai, les mains et les pieds liés ensemble,
Il sort soudain du tombeau, le visage enveloppé d’un linge,
Et une bandelette délicate unit tout le corps. »
Basile, dans la même oraison :
« Il sortit, non pas marchant avec les pieds, mais glissant ;
Et il ne portait pas la marque de la corruption ;
Il sortit lié, mais non retenu. »
Lazare apparaissait, comme un trophée improvisé, se présentant face à la mort ; il apparaissait en laissant certes l’enfer, mais héritier des bandelettes sépulcrales. Il sortit lié : car en effet ses pieds ne portaient pas [le corps], mais la grâce lui donnait des ailes.
Nonnos au sujet du Christ Seigneur :
« Le corps, enveloppé de multiples liens odorants,
Comme si, bien que mort, il était gardé par des liens bienheureux. »
Ils entourèrent le corps du mort de linges délicats,
Par des liens multipliés d’enveloppements parfumés,
Comme l’usage des Juifs le prescrivait dans les rites funéraires.
Augustin fait mention de bandelettes, par lesquelles le corps du Christ fut lié. Et l’Augusta Pulchérie plaça ces bandelettes du Christ Seigneur, que le Ressuscité laissa dans le monument, conservées pieusement pour les fidèles, en un même lieu que le tombeau du Seigneur, dans le temple qu’elle fit construire à la Sagesse.
« C’est une œuvre de beauté, dit Nicéphore, le temple sacré de la Génitrice de Dieu, qui est appelé Blachernes, digne en tout du Verbe incarné, comme demeure indiquée, comme son trône, que l’on appelle la Sagesse ; dont le tumulus divin, et les bandelettes sépulcrales, furent trouvés, avec … la vénération la plus élevée lui rendit hommage. J’ai aussi entendu dire qu’il en existait encore autrefois dans la cité d’Albi, en Aquitaine de la Gaule.
CHAPITRE XXIX
De quel lin sont faits les linges sépulcraux du Christ Seigneur, et de quelle manière ils sont tissés.
Le lin, comme le mot grec λείον, signifie « lisse, doux et uni » ; par extension, ce terme est employé pour tout ce qui est propre au tissage, qu’il s’agisse de fines herbes, de fruits, d’arbres ou même de pierres. Pline attribue au lin asbestinien la première place dans tout l’univers, parce qu’il ne se consume pas au feu ; c’est de là qu’il est appelé vivant. Les nappes faites de ce lin, jetées dans les foyers ardents des banquets, ressortent éclatantes, plus brillantes que le feu lui-même, comme si elles avaient été lavées dans l’eau. Il fut rarement trouvé et difficile à tisser, à cause de sa brièveté ; mais autrefois on en séparait les tuniques funéraires des rois, afin de détacher les cendres du reste du corps.
Je pense que ce lin n’est pas fabriqué à partir d’une plante, mais à partir de la pierre amiante de Chypre, qui, broyée par des marteaux, fouillée hors de la terre, est filée en chevelures très fines, puis tissée en toile. De là viennent les voiles qui, jetés au feu, brûlent certes, mais, retirés des flammes, ressortent plus éclatants, selon Dioscoride.
On pense qu’à Athènes Callimaque fabriqua une lampe d’or, qui brûla très longtemps, avec de l’huile ne se consumant pas avant qu’une année entière fût écoulée, comme l’écrit Pausanias ; et Plutarque rapporte qu’en Carystie elle naît de la roche, avec une fibre douce et pierreuse, à partir de laquelle on fabriquait des manteaux, des filets et des résilles, ainsi que des revêtements intégraux pour la tête.
Vient ensuite un honneur très proche accordé au byssus, surtout prisé pour le luxe féminin, né autour d’Élim en Achaïe. Philostrate, dans la Vie d’Apollonios, dit que le byssus naît sur un arbre, semblable au peuplier par le tronc, mais aux feuilles de saule ; et Thémistius mentionne des lettres très anciennes, enveloppées de byssus très blanc, conservées à Suse et à Ecbatane, en Antiochie de Médie.
La gloire ne manque pas non plus au lin xylin : il naît dans la partie supérieure de l’Égypte, tournée vers l’Arabie, à partir d’un arbrisseau que certains appellent gossypium ; il porte plusieurs capsules (xylon), est petit, et produit un fruit semblable à une noix barbue, dont l’intérieur est laineux comme la soie ; et de ce fil sont faits des linges qui ne peuvent être surpassés par aucun autre en blancheur et en douceur.
Il existe aussi des espèces de lin dites amorgides ; Suidas les appelle λινοκάλαμον, d’où vient le mot amorgina, un lin extrêmement fin, célèbre chez les Anciens : à tel point que l’on disait que les fils de lin naissaient du roseau des marais, du chanvre, et même des courges poussant sur les arbres.
Le lin commun, proprement ainsi nommé, l’Égypte le produit en abondance, de même que l’Arabie et l’Inde l’importent comme marchandise.
La Gaule aussi, tout entière, tisse des voiles à partir de celui-ci ; en Germanie également et chez nous, où ils travaillent le sol en profondeur ; et de même en Italie, quoique selon un procédé différent.
L’Hispanie citérieure possède une plaine très riche en lin, arrosée par un cours d’eau qui, de sa nature, se jette vers Tarragone.
De ce lin commun, les prêtres égyptiens sont appelés linigères, comme le rapporte ici Hérodote :
« Ils portent des vêtements de lin toujours fraîchement lavés, s’adonnant avant tout à cette pratique. »
Et ailleurs :
« Ils ont des tuniques de lin très blanc ; ils portent sur la tête des bandelettes de lin ; ils se chaussent de sandales faites de papyrus ; ils ne portent aucun vêtement de laine, et ne se recouvrent pas non plus de laine ; ils ne se mêlent pas aux femmes ; et ils observent la continence. »
Ils sont vêtus de tuniques de lin, frangées autour des jambes, qu’ils appellent calasiris ; par-dessus lesquelles ils portent une petite tunique blanche de laine, comme superposée.
Mais la laine n’est ni portée dans les édifices sacrés, ni ensevelie avec un cadavre ; car elle est tenue pour profane.
Apulée dit à plusieurs reprises du tissu de lin :
« Le plus pur des vêtements pour les choses divines, puisque la laine, très marquée par les excréments du corps animal dont elle est arrachée, est déjà tenue pour profane depuis Orphée et Pythagore ; mais les tissages de lin, très purs, issus des meilleures récoltes de la terre, non seulement ne souillent pas et ils imitent les prêtres très saints des Égyptiens, mais ils montrent aussi le lin comme chose sacrée dans les usages sacrés»
Le lin commun terrestre est ici compris comme madurien, dont on réserve la meilleure production parmi les céréales, ce qui ne convient pas à un autre lin ; et Plutarque, dans De Iside et Osiride, le remarque lui-même par la couleur de la fleur, là où il dit que les prêtres d’Isis portent des vêtements de lin, parce que le lin, en fleurissant, émet une couleur bleuâtre, semblable à celle de l’éther qui l’environne.
Il ajoute aussitôt une autre raison, à savoir que le lin signifie la terre, parce qu’il naît d’elle et qu’il en épuise la vigueur, comme le dit Palladius.
Or tout ce qui naît de la terre, on estime que cela est pur et net ; ainsi Philostrate l’enseigne à propos d’Apollonius.
Saint Jérôme rapporte d’abord que le vêtement du prêtre est du lin, parce que le lin signifie la terre ; et c’est pourquoi les Pères veulent que les enveloppes sépulcrales du Christ aient été de lin terrestre.
Rémius :
La sindon est un tissu de lin ; or le lin naît de la terre, et c’est avec un grand effort qu’il est conduit à la blancheur ; il signifie le corps lui-même, qui est tiré de la terre, c’est-à-dire pris de la Vierge, et qui, par le labeur de la Passion, est venu à la blancheur de l’immortalité
Bède, sur Marc :
Dans l’Église, il est de coutume que le sacrifice de l’autel ne soit ni dans la soie, ni dans un tissu teint, mais dans le lincar il est célébré comme terrestre, de même que le corps du Seigneur est enseveli dans une sindon pure ; selon ce que nous lisons avoir été établi dans les actes pontificaux sous le pape Silvestre.
Il ne manque pas de ceux qui rapportent que cette institution a été reçue d’un pape plus ancien, Eusèbe.
La sindon de Turin n’est pas faite de lin vivant, cela apparaît lorsque l’on considère qu’aucun dommage n’a été causé à l’habit depuis l’année M.D.XXXVII jusqu’à aujourd’hui. Paleotto dit que le tissu est de lin brut ; Boterus affirme qu’il est de coton grossier ; Papirius Massonus dit qu’il est de matière de lin ; tout le tissu ne présente aucune couture d’assemblage, sinon là où il est largement étendu ; Pingonius affirme qu’il est tissé d’une façon telle qu’aucune autre toile ne lui est comparable. À peine oserait-on le juger ou le décrire suffisamment.
À propos du suaire de Vérone, beaucoup l’ont admiré pour son usage et sa valeur : il est tissé de lin terrestre, précieux, lisse, et nullement ferme ou dense ; et ce n’est pas un tissu simple, mais marqué, ou bien catagraphié. Afin que tous comprennent cela, j’enseigne qu’il s’agit de lin pur et net ; autrement dit, comme aujourd’hui, les toiles travaillées par un triple procédé de filage, blanches certes, éclatantes et marquées.
Il est opposé au blanc le noir, dit Cornelius Fronto : car le blanc pâlit et naît ; le blanc resplendit et relève de l’art. Platon veut que la couleur blanche soit propre à la joie et aux dieux. Les jeunes filles canéphores naissent elles sont appelées jeunes filles canéphores, vêtues de robes blanches et de tuniques ; et le pouvoir sacerdotal est vêtu de lin ; la tunique des prêtres est dite blanche, parce qu’elle est tissée d’une toile blanche simple. Dans la loi :
« Alba » signifie la tunique de lin, ou bien la tunique longue.
À cause de leur finesse, les linges blancs possèdent une grâce durable ; c’est pourquoi ils sont souvent appelés carbasins ; ces linges éclatants et fins furent d’abord découverts en Hispanie Tarraconaise, et les anciens tissus de grand prix étaient tissés de cette matière.
Curtius dit :
Les corps des Indiens sont couverts de carbasins jusqu’aux pieds ; et leur roi repose sur un lit d’or, entouré de perles, revêtu de carbasins brodés d’or et de pourpre. Le vêtement que Apulée appelle carbasin, Pétrone le décrit ainsi : un tissu aérien dans un nuage de lin. Pacatus, dans le Panégyrique de Théodose, parle d’un vêtement tendre et délicat, et de légers carbasins. Le Panégyrique de Constantin mentionne des manteaux légers et des lins de soie, semblables à des carbasins et à des toiles de byssus.
De la blancheur naissent l’éclat et la lumière. Giton, homme prudent (chez Pétrone), craignant même la clarté de la lumière, aurait marqué à la craie toutes les colonnes et les piliers, afin que les linges, répandant leur éclat, indiquent la route aux errants dans la nuit. De là Polybe appelle la toge des prêtres éclatante ; Sénèque parle d’un vêtement translucide ; Tertullien d’un tissu transparent ; et Apulée rapporte que, dans les cultes sacrés, sont admis les hommes et les femmes de toute dignité et de tout âge, vêtus de linges d’une blancheur pure et lumineuse. Paulin place également parmi les dons sacrés les voiles récemment offerts :
— ou bien de lin pur éclatant,
sans figures variées tissées par des couleurs.
Les linges inscrits sont blancs, éclairés par l’éclat de la blancheur, et ombrés par des images tissées ; à leur sujet Juvénal dit :
— Damalippe va vers ceux-là,
aux calices des thermes, vers les linges inscrits.
Où l’ancien interprète Calderinus explique :
linges inscrits, c’est-à-dire les linges des thermes ; car ils étaient ainsi appelés à cause de la variété du tissage, dans laquelle ils semblaient être inscrits. Catulle parle de linges sudatoires et de lin figuré ; ceci est donc le lin inscrit.
Il y avait en outre ces tissus figurés d’un très grand profit, parcourant avec une grande célérité et par art des fleurs, des fruits, des animaux et diverses autres formes représentées sur la toile.
La toile est jointe par le fil, cependant la navette tranche le roseau ;
le fil est inséré au milieu par les rayons aigus ;
ce que les doigts déploient, et que, conduit entre les fils,
les dents du peigne frappent en ordre incertain.
Ainsi le fil est lié au fil, et le tissu se resserre, et la toile est achevée par les nœuds mutuels des fils. Quant à la lumière et à l’éclat, les figures peintes reçoivent par le polissage une douceur, laquelle se fait par un instrument comprimant en même temps et polissant ; par ce moyen, je pense que les vêtements teints deviennent brillants de lumière, appelés par Ammien pressoris luce nitentes. Martial, au livre douzième, fait mention des linges blancs comme neige ; et Apollinaris ordonne que les linges de Sidon soient introduits, afin que la ligne publique soit rendue célèbre dans le monde entier ; j’explique : non pas des linges simplement blanchis de neige, mais peints par l’art du tissage et inscrits ; de cette sorte, je pense qu’étaient ces mantilles dites κατεγμαχὰ λαμπρὰ ὀθονόψῃ, des mantilles éclatantes, tissées à la manière de la Sindon, lesquelles (selon Philoxène, cité par Athénée) étaient présentées aux enfants pour qu’ils s’essuient les mains. Lampridius, dans l’Héliogabale, appelle picta mantilia les mantilles que l’empereur envoyait à table, peintes de mets délicats, qu’on y disposait. Ces linges figurés étaient surtout recherchés pour orner les tables : pourquoi donc pas aussi pour ensevelir les morts ? Assurément parce qu’ils étaient enduits de parfums, il fallait des linges fermes et denses, dans lesquels on les enveloppait, afin que les mains ne soient pas souillées. Le sudarium de Vésontino du Christ Sauveur est un ouvrage figuré, non, comme le croit jusqu’ici le vulgaire, à la manière d’un tissu ordinaire, que les Vénitiens appellent parvum Veneti ; mais d’un autre genre, bien plus ancien et plus élégant.
CHAPITRE XXX
De l’image du Christ, imprimée sur les linges sépulcraux de Vésontino et de Turin : et d’abord de la stature et de la symétrie du corps ; ensuite de l’aspect même et de sa disposition.
Cet amour divin envers nous fut un μνημόσυνον, qu’il voulut nous laisser dans les saints linges sous forme d’image ; ce que, à mon avis, voulut le Christ Seigneur et notre Rédempteur, afin que, ce qu’il serait utile de voir exprimé comme une image de la vertu dans nos âmes, il le laissât aussi sous la forme d’une effigie extérieure. Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras : ainsi a mérité de dire Grégoire de Nysse, que celui qui fut le peintre de toute vie fut aussi l’artisan de cette œuvre ; les couleurs, les vertus ; que le Christ doit être le modèle ; afin que, de lui-même, nous ayons la forme et la règle chrétienne.
Nous rapporterons la description de la Sindon de Turin en partie d’après Paléote et Mallonio, qui ont traité la question avec soin ; en partie d’après les archives des Clarisses de Chambéry, à l’intérieur de leurs murs, où l’on conservait une image sacrée, contemplée paisiblement, chez lesquelles (comme ailleurs chez les moines) on tenait la Sindon à restituer après l’incendie,
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… laquelle, après l’incendie, fut conservée, et dont tous les linéaments ont été très soigneusement reproduits.
Mais à Vérone, afin d’être encore plus exact, il a été fait en sorte que la vue fréquente de cette image, deux fois par an, lorsqu’on a coutume de la déployer publiquement, — à savoir par l’insigne Chapitre métropolitain des chanoines, par une bienveillance singulière, en vertu du décret desquels le Sudarium devait être adoré, — fût montrée au peuple le septième jour avant les ides de juin de l’année M.D.C.XXIII ; à partir des linges de lin récemment tissés, choisis pour ce service, elle a été déposée avec grand soin sous une lumière abondante ; et à moi seul, à ce que je pense, peintre seulement, il fut proposé, dans la petite basilique Saint-Étienne, dans la sacristie, pendant trois heures entières, afin que je puisse prendre les mesures de chaque image sacrée, et exprimer avec exactitude ce qui pouvait être fait, l’image, dans sa longueur pédale.
J’instaure donc non une comparaison brève, mais une comparaison exacte de l’image de Vérone avec celle de Turin. Je signale toutefois d’abord deux points : le premier, que tout ce qui est à droite dans les saints linges se trouvait à gauche sur le corps du Christ, et inversement ; ici la droite correspond à la gauche, ce qui est parfaitement évident dans les miroirs. D’où il n’est pas difficile de reconnaître que le Sudarium de Vérone, quoique ambigu ailleurs, et presque également teint des deux côtés, adhéra presque de manière égale au corps du Christ ; en effet, par ce côté où la blessure du flanc (à droite, comme il est certain, se trouvait)…
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… présente, selon la tradition, à la gauche au lieu de la droite, dans laquelle face toutefois les blessures rougissent moins (ce qui est étonnant) que dans l’opposée ; néanmoins les linéaments de tout le corps sont distincts : ce qui apparaît aisément d’après la texture du linge sacré, et par la double face, cette partie qui a la blessure du flanc du côté gauche, puisqu’elle est plus harmonieuse et plus remarquable, ayant été appliquée au corps sacré.
Mais comment, dit-on, dans l’autre partie du Sudarium la blessure est-elle moins lumineuse ? Qu’est-ce qui a pu se produire ou a trompé ? Il a trompé certes, de sorte que le lieu et la disposition des blessures en cette partie n’ont pas été changés de droite à gauche comme dans un miroir, mais selon l’ordre droit, comme cela apparaît dans l’image. En vérité, il a aussi pu se produire facilement que le sang provenant des blessures, traversant le Sudarium, s’accumule davantage sur l’autre face, et qu’en la considérant on montre l’image plus rouge.
L’autre point, dont je veux te rappeler la mémoire, je l’ai déjà indiqué non une seule fois : à savoir que la Sindone de Turin a été marquée avant la mise au tombeau ; mais que le Sudarium de Vérone a été dans le sépulcre : et ainsi celui-ci se rapporte au corps du Christ sanglant et récemment descendu de la croix ; celui-là, en revanche, à l’image d’un corps déjà lavé et oint, et disposé dans la crypte. De là, sans aucune difficulté, tu distingues ce qui est semblable dans l’une et l’autre image, et ce qui est dissemblable.
Le Sudarium de Vérone a huit pieds de longueur, et environ quatre de largeur : la Sindone de Turin, selon Paleotto, a une longueur d’environ douze pieds, et une largeur de trois ; d’autres disent qu’elle a au minimum quatre pieds de large, et près de treize de long : celle-là montre seulement le corps de face, celle-ci aussi de dos : tant dans l’une que dans l’autre, on observe d’abord la stature et la symétrie du corps du Christ ; ensuite la figure elle-même et sa disposition ; ensuite les cinq blessures principales ; puis les cicatrices plus petites, et le sang répandu sur tout le corps ; de là le voile jusqu’aux cuisses ; puis la couleur, enfin la méthode et la raison de la peinture sacrée, si elle est naturelle ou au-delà du naturel. Chacun de ces points, je les traiterai séparément.
La stature du corps du Christ, du sommet de la tête jusqu’aux talons, dans le Sudarium de Vérone, je trouve qu’elle est de six pieds géométriques, moins trois doigts ; ou bien, ce qui revient au même, de cinq pieds et trois quarts d’un pied (car je fais, comme il se doit, le pied mathématique de douze doigts).
Cela étant observé, j’appliquai ces mêmes mesures à la longueur de l’image de la Sindone de Turin, que j’avais chez moi, et je trouvai la même proportion en tout, ce qui me causa une grande joie : car on rapportait à certains, mal informés, que l’effigie du Christ était plus longue dans le Sudarium de Vésontino que dans la Sindone allobroge ; erreur qui, à mon avis, est née de ce que la stature du Christ, depuis le sommet jusqu’au talon, et jusqu’aux extrémités mêmes des pieds, dans la Sindone de Turin prise en compte, la longueur a été comparée à celle de l’image de Vérone depuis le sommet jusqu’aux derniers doigts des pieds ; mais pourtant ici, en effet, elle est longue de six pieds et cinq doigts. La véritable longueur toutefois de l’une et l’autre image, qui commence au sommet et se termine au talon, s’accorde entièrement en une seule et même mesure, à savoir, comme je l’ai dit, de six pieds, moins trois doigts ; ce qui correspond à la mesure d’Alphonse Paleotti, qui dit que la figure du corps imprimée dans la Sindone de Turin s’étend, sur la partie antérieure, sur cinq pieds, et sur la partie postérieure sur quatre pieds et onze pouces : car, comme l’a bien noté aussi Mallonius, puisque Paleotti compte le pied de Bologne pour douze pouces, qui valent chacun deux pouces, ce pied a dépassé de cette manière la partie fixée. Et il n’est pas en désaccord avec ces mesures que Nicéphore dise que la stature du corps du Christ fut de sept palmes, lui qui, au plus haut degré, tient compte de la variation des mesures selon les lieux et les temps.
Au-delà de la stature, apparaît dans les linges sacrés toute l’apparence extérieure du Christ, et la conformation du corps, si l’on excepte une seule couleur. La largeur des épaules est d’un pied et de deux doigts et demi ; la chevelure est plus longue, non excessivement épaisse, s’inclinant doucement vers les boucles s’inclinant, et, selon l’usage des Nazaréens, séparés au sommet ; la barbe est modérément fournie, et bifurquée au milieu ; le front est plat et serein ; le nez est doux et s’évasant par un léger tracé ; les bras et les jambes sont droits ; enfin toutes choses conviennent à cette forme particulière qui sied aux fils des hommes ; et rien n’est étranger à celles-ci, de ce que Nicéphore a rapporté par écrit concernant l’apparence du Christ, et que Lentulus, préfet romain en Judée, a rapporté chez Eutrope dans les Annales.
La position dans l’une et l’autre image est couchée, et l’on distingue à peine une différence, si ce n’est dans la décussation des mains : car ici, dans l’une et l’autre, la main gauche de l’icône, qui répond à la droite du Christ, est placée au-dessus de l’autre ; toutefois, dans le linge de Vésontino, le carpe est posé sur le carpe, tandis que dans celui de Turin le métacarpe est sur le métacarpe. Ainsi, dans celui de Vérone, les blessures des deux mains sont visibles ; dans celui de Turin, une main couvre la blessure de l’autre.
Ajoutons en outre, quant à la disposition des parties, qu’on voit des dislocations des articulations des pieds dans l’effigie de Vésontino : assurément les pieds y apparaissent raides, et les onctions s’y sont largement répandues. Les jambes aussi apparaissent un peu détournées jusqu’aux genoux dans l’image de Turin, plutôt que dans celle de Vésontino.
CHAPITRE XXXI
Des cinq blessures principales, des petites cicatrices, et du sang répandu sur tout le corps.
Or, quant aux cinq blessures principales, le lieu, la grandeur, la figure sont dignes d’observation. Les blessures des mains sont presque au milieu des métacarpes ; mais celles du carpe en sont toutefois assez proches, et ne s’en écartent pas beaucoup par leur arrondi. Je néglige le scrupule de certains qui doutent, à savoir si les crucifiés furent autrefois fixés par des clous dans les métacarpes, ou bien dans les carpes, ou encore dans les bras entre le cubitus et le radius, afin qu’ils tiennent plus fermement. Ils produisent Plaute, qui dans le Mostellaria dit :
« on y est suspendu par les pieds, par les bras ».
Mais contre tout cela s’élèvent les images anciennes, les blessures de saint François, qui sont dans les métacarpes ; l’Écriture elle-même.
« Si je ne vois, dit Thomas, dans ses mains la marque des clous… ».
Et le Christ montre deux fois aux disciples ses mains et ses pieds, et son côté ; de sorte qu’à bon droit on comprend de ce passage de Zacharie :
« Que sont ces plaies au milieu de tes mains ? »
Et pourtant les os des métacarpes sont si peu solidaires entre eux, et avec le reste du corps humain, qu’ils ne peuvent soutenir tout le corps. Ajoute à cela ce que la plupart concèdent, conduits par des arguments non légers : qu’on apportait un support sous les pieds, et même des cordes pour attacher le corps, lesquelles étaient employées lors de la crucifixion comme on a coutume de dire. Le passage de Plaute n’a pas de force, car beaucoup lisent obstringantur, non comme les autres offigantur ou affigantur. Mais si toutefois tu comprends cela de la fixation, je dirai que le comique a parlé métaphoriquement. Car si un homme est percé seulement en trois ou quatre parties, on dit qu’il est tout entier transpercé ; bien plus encore dit-on que les bras sont fixés, si les extrémités sont fixées.
Quant aux blessures des pieds, la question est plus grande et plus difficile : à savoir si, d’après les saintes linges, quelque lumière se jette sur cette célèbre difficulté, à savoir si le pied du Christ a été fixé par un seul clou, ou par deux. De cette question, Paléotti avec Mallonius, et Lorinus dans le psaume vingt et un, ont abondamment et savamment traité ; et il semble à beaucoup de gens probables, de part et d’autre, qu’on puisse établir quelque chose de certain.
Paléotti toutefois avertit avec prudence qu’on ne peut pas clairement conclure à partir du Linceul de Turin (j’ajoute : ni même du Suaire de Besançon) si le Sauveur fut fixé à la croix par trois ou par quatre clous. Mallonius cependant juge reconnaître sur le Linceul que les pieds du Christ ont été transpercés par un seul clou, et que le pied gauche a été posé sur le droit.
Ainsi donc, dit-il, la plaie qui apparaît dans le cou-de-pied du pied gauche est plus large et plus ouverte que celle qui apparaît dans le pied droit ; de sorte que de là est donnée une conjecture probable en faveur de l’opinion que l’on lit dans les Révélations de sainte Brigitte que le pied gauche a été fixé au-dessus du droit par le clou. Toutefois, les deux plaies, tant celle du pied droit que celle du pied gauche, sont circulaires, de sorte que nous reconnaissons que les clous n’étaient pas quadrangulaires, mais arrondis et pyramidaux. Il ne faut cependant pas passer sous silence que la blessure du pied droit est plus proche du tibia que des doigts du pied, tandis que la blessure du pied gauche est plus éloignée.
Car la blessure du pied droit, au-dessus du cou-de-pied, est distante des extrémités des doigts vers le tibia de trois pouces et demi ; mais la blessure du pied gauche est distante des extrémités des doigts vers le tibia de cinq pouces.
Bien que sur le cou-de-pied les blessures possèdent la position et la forme que j’ai indiquées, cependant dans la plante du pied elles indiquent une figure quelque peu différente, mais toujours plus éloignée : car la blessure du pied droit, qui sur le cou-de-pied est distante des extrémités des doigts de trois pouces et demi, dans la plante du pied n’est distante de ces mêmes extrémités que de deux pouces et demi ; la blessure du pied gauche, en revanche, qui sur le cou-de-pied est distante des extrémités des doigts de cinq pouces, dans la plante du pied n’est distante que de quatre pouces incomplets.
De tout cela enfin on conclut que, pour que le corps du Christ fût davantage étendu sur la croix, les clous n’étaient pas enfoncés dans la croix selon des angles droits, mais avec une pointe inclinée quelque peu vers le bas, afin que le clou pénétrât davantage le bois et que le corps du Christ fût davantage étendu. De ces choses-là, à partir desquelles certes personne ne conclurait que les deux pieds ont été percés par un seul clou, et que les blessures sont presque d’égale grandeur, si ce n’est que la blessure droite (qui correspond au pied gauche du Christ) est quelque peu plus large et plus étendue que l’autre. S’il y a quelque autre différence notable entre les empreintes des deux saintes toiles, qu’on considère les lotions et les onguents, la grandeur des blessures, leur forme, voire même la toile elle-même, qui a pu être aisément modifiée en certains endroits.
La cicatrice de la blessure infligée au côté est située à gauche dans l’une et l’autre image, de sorte qu’elle correspond évidemment au côté droit du Christ. Elle est très large dans le Sudarium de Besançon, et recouvre fermement trois côtes entières, la cinquième, la sixième et la septième ; elle montre cette blessure entre la cinquième et la sixième vraie côte, proche du sternum ; dans le côté droit du Christ elle est presque ronde au-dessus, et s’allonge en ellipse vers le bas ; dans le Linceul de Turin elle est dite large de trois doigts.
De là sont réfutées deux erreurs : la première est celle de quelques-uns qui estiment que la blessure a été infligée au côté gauche, contre le sentiment commun des très saints Pères et Docteurs, et contre l’usage de l’Église dans les images ; auxquels ont donné appui les Révélations de sainte Brigitte, l’image du Christ crucifié à Clarenuenta, et encore la blessure qui était située au côté droit de saint François, comme le rapporte saint Bonaventure dans sa Vie ; et d’autres témoignages témoignages, que rapportent les interprètes évangéliques, ainsi que Daniel Mallonius au chapitre vingt-et-unième de Paleotti. D’autres encore, Alexandre d’Hales (d’où saint Vincent Ferrier, dans un sermon pour la Parascève), Gabriel, et d’autres cités chez Mallonius au même endroit, disent que le Christ a certes été percé au côté droit, mais au-dessous des côtes, dans l’hypochondre ; toutefois, que la pointe de la lance a pénétré jusqu’au cœur. Car si, disent-ils, la lance avait été enfoncée dans les côtes du Seigneur Christ, quelque os aurait été brisé, contrairement à la prophétie et au type de l’agneau pascal. Mais ce raisonnement est vain : car quel espace pouvait-il y avoir entre les côtes pour que la pointe de la lance pût passer, comme un clou entre les os du pied et de la main ? La divine providence a voulu en effet que le fer fût dirigé de telle sorte que les côtes elles-mêmes ne fussent pas rompues, mais seulement contournées et traversées entre elles.
Outre les cicatrices des cinq blessures principales, aucune marque continue de coups n’apparaît dans le Sudarium de Besançon, sinon sur le front, où l’on peut distinguer quelques traces confuses de blessures légères. Le Linceul de Turin, au contraire, puisque c’est le corps sanglant du Christ avant l’ensevelissement qu’il a reçu, et qu’il représente le sang s’écoulant des blessures et s’étant coagulé sur la peau, montre aussi certaines très petites marques de coups de fouet ensuite les onguents les ont effacées et entièrement supprimées ; ce qui est rapporté avec la plus grande précision. Le front apparaît blessé par le sang provenant de la couronne d’épines ruisselante ; le visage livide, les joues tuméfiées, à savoir à cause des soufflets, principalement la droite, qui correspond au côté gauche du Christ ; les cheveux et la barbe soit partiellement arrachés, soit déformés par le sang coagulé ; le corps, enfin, fixé par les clous et recouvert ; un écoulement abondant de sang aux mains, aux pieds, et s’écoulant des blessures du côté ; les épaules, soit par les coups de fouet, soit par le port de la croix, meurtries et accablées ; le cou, honteusement tuméfié par les cordes et les chaînes, par lesquelles il fut lié et traîné ; les jambes, les bras, les reins, la poitrine, tout le corps, soit meurtri par de rudes coups, soit couvert de marques visibles de flagellation, soit souillé par les gouttes sanglantes issues des coups de fouet : de sorte qu’à juste titre, le poète évangélique s’écria à propos du Christ souffrant :
« De la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a en lui aucune partie saine. »

CHAPITRE XXXII
De ce qui couvre les cuisses : puis de la couleur des saintes images, de leur raison et de leur mode.
Quant aux cuisses et aux parties honteuses, aucune marque n’apparaît dans le Sudarium de Besançon ; et il n’est pas non plus laissé croire cette illusion, selon laquelle [le corps] aurait pendu à la croix ; d’autant plus que cela aurait empêché l’ensevelissement.
Dans la Sindone de Turin, en revanche, je reconnais des traces de ce voile avec Salmeron, qui affirme que, dans cette Sindone (qui, lorsqu’il écrivait, se trouvait à Nice), tant la partie antérieure que la postérieure présentent très clairement les marques de ce voile. Et cela est aujourd’hui l’opinion commune, indiquée par les images turinoises de la Sindone, autant que je les ai vues (j’en ai vu très nombreuses, et tirées de formes diverses), lesquelles rapportent toutes que le voile couvrait les parties honteuses.
Et j’affirme cela avec d’autant plus de distinction que je vois que Paléot et Mallonius, n’ayant fait aucune mention de ce fait, ont reconnu à sa place, dans les reins du Christ, une plaie horrible, laquelle fut produite soit par les chaînes dont il fut lié, soit par des coups de fouet répétés dans cette même région du dos.
Mais quant à l’image elle-même qu’ils proposent, si l’on examine soigneusement la lettre C, il apparaît suffisamment que les plis d’un certain linge noué autour des reins du Christ peuvent être aperçus en elle, plutôt qu’une quelconque plaie représentée ; car ni la couleur noire et sanguine ne fait une plaie ; puisqu’il n’est pas possible que ce linge n’ait pas été imprégné du sang encore ruisselant de la tête, des mains, du côté, des épaules, et de toute la poitrine, et surtout des reins, encore tout récemment et très fraîchement blessés.
Donc la Sindone ne doit pas être regardée comme ils veulent montrer une large plaie aux reins, mais le voile ensanglanté entourant les reins. Et certes, qui croirait que le voile ait été auparavant retiré de ces parties, avant que le corps du Christ ne fût transporté de la croix au lieu de l’ensevelissement ? Assurément très peu, au jugement de Gretser, Jansenius, Suarez, et d’autres parmi les partisans de Lorin, qui estiment que le Christ pendait sur la croix entièrement nu, et sans aucun vêtement, ou du moins sans ceux que la nature commande de couvrir.
Car premièrement, tel semble être le sentiment de l’Église, qui propose toutes les images du Seigneur crucifié avec les cuisses couvertes. Ensuite, nous lisons le contraire rapporté par la Vierge Mère de Dieu dans les Révélations de sainte Brigitte, en deux passages : le premier, certes, concerne son fils consulté, lequel ordonna que le voile fût retiré : ce que confirment saint Anselme, saint Bernard, Vincent Bruno, Salmeron, Mallonius dans Paléot, et beaucoup d’autres encore.
Mais Abulensis s’y oppose, lorsqu’il affirme que le Christ crucifié, et même enseveli, l’aurait été avec les cuisses découvertes.
« Nul en effet, dit-il, ne serait si dur qu’il oublierait la pudeur humaine, au point d’oser enlever ceci, ni le Christ ne l’aurait permis. »
Mais cette opinion est sans fondement et sans autorité. Ce qui doit plutôt être retenu pour notre position, c’est que la plupart des Pères, loués par Gretser et Lorin, lorsqu’ils affirment que le Christ fut conduit nu à la croix, ne le nient pas qu’un voile lui ait été attaché autour des parties honteuses ; car nu, enfin (du moins pour la plus grande part), il pouvait être justement dit, puisque seules ces parties furent couvertes, le reste étant sans vêtement.
Dans les couleurs des images sacrées, la matière est observée ainsi que la forme : dans la [Sindone] de Turin, je ne reconnais qu’une seule matière, à savoir le sang du Christ, et une poussière précieuse ; dans celle de Vésontino, en dehors du sang, il y a aussi des onguents. Or la forme de la couleur est celle-ci : dans l’icône de Vésonne, en dehors des cinq plaies, dont la rougeur est éclatante, tout le reste pâlit par la flamme ; chez Philippe II, roi des Espagnes, bien qu’il soit représenté sur un linge, aucune couleur n’a pu y être discernée, sinon une teinture extraite de girofliers et de cinnamome. L’image de Turin, presque partout, montre une pourpre rude et âpre, et n’a rien d’autre que les plaies elles-mêmes ; bien que cependant les linéaments de tout le corps soient assez nettement esquissés, de sorte que l’aspect extérieur de tout le corps apparaît dessiné par une flamme affaiblie et blanchissante, et que les marques de toutes les plaies semblent appliquées.
Reste la manière et la raison de la peinture, que j’affirme n’avoir pas été faite seulement par la main, mais encore par des forces supérieures à la nature : premièrement, parce que les linges ne devaient être souillés que par le corps sacré du Christ, soit par le sang, soit par la transpiration, mais non être peints avec une telle distinction.
Ensuite, puisque nous croyons que le suaire fut enroulé autour de tout le corps, bien qu’il n’ait pourtant conservé que les linéaments de la face antérieure. Enfin, il n’apparaît pas dans les saintes toiles une largeur du visage plus grande que celle qui convient à un homme représenté avec art sur une surface plane ; elle est même beaucoup plus large, si l’on considère seulement l’effet naturel des joues, qui font ressortir la couleur : ce qui se produit dans l’expérience, si l’on adapte des bandelettes ou un linge au visage ; alors, du fait que tout le visage est couvert, il doit être étendu à plat ; car alors il s’étale beaucoup plus largement et outrepasse les lois naturelles de la symétrie. Le Christ a voulu assurément que, dans les saintes toiles, ne soit pas seulement conservée la mort, mais aussi un témoignage de la conformation extérieure du corps. Le suaire de Vésonne, que je t’ai représenté jusqu’ici par le discours, t’est montré dans cette image comme un ectypum, exprimé le plus exactement possible d’après le prototype, en un seul regard avec le suaire de Turin.
CHAPITRE XXXIII
Du Suaire d’Édesse
Outre les images sépulcrales du Christ Seigneur, il y en eut d’autres dans l’orbe chrétien, dites ἀχειροποίητοι (non faites de main d’homme), lesquelles furent vues très anciennes, et imprimées sur le tissu par l’effusion même de la sueur divine. « Ὁ μὲν γὰρ τῆς Ἐδέσσης βασιλεὺς Αὔγαρος », dit Jean Damascène,
« ayant envoyé un peintre pour qu’il reproduisît l’image, ne permit pas au peintre de la représenter par les traits du visage, à cause de l’éclat resplendissant qui en jaillissait ; mais le Seigneur lui-même, ayant appliqué un linge sur son propre visage, y imprima son image, et l’envoya à Abgar. »
Il est transmis par l’histoire qu’Abgar, roi d’Édesse, envoya à cette fin un peintre nommé Ananias, afin qu’il exprimât l’image du Seigneur ; mais que le peintre ne put, à cause de la splendeur émanant de son visage, y parvenir ; alors le Seigneur, ayant appliqué sur son visage un linge, y imprima son image, et la remit à Abgar, lequel, aussitôt guéri, la conserva avec un très grand soin.
La même cité d’Édesse possède encore aujourd’hui cette image dans ses tablettes et ses archives, comme le rapporte Nicéphore :
C’est pourquoi, frappé d’un ardent désir pour le Christ, Abgar, roi des Édesséniens, envoya vers lui un peintre excellent afin qu’il représentât avec soin et exactitude son visage par la peinture, et qu’il lui apportât l’image selon son désir. Et celui-ci vint effectivement, et se tenant dans un lieu plus élevé, s’efforçait de peindre le visage du Christ comme il convenait.
Mais comme l’œuvre entreprise ne réussissait pas (car l’éclat divin et la grâce jaillissant de son visage faisaient obstacle), le Sauveur, ayant reconnu cela, demanda un linge ; sur celui-ci, il imprima lui-même son visage, et l’envoya à Abgar.
La même image, Léon, lecteur de l’Église de Constantinople, rapporte qu’elle fut apportée, lorsqu’il descendit en Syrie avec les apocrisiaires du roi, et qu’il vit le peuple l’adorer et l’honorer à Édesse ; ce qui est également attesté dans le saint concile de Nicée II.
Nicéphore encore, et Eusèbe l’Ancien, racontent que, lorsque Chosroès, roi de Perse, fit la guerre à Édesse, cette image fut portée à travers la ville, θεότευκτον εἰκόνα καὶ οὐχ ἀνθρωπίνων χειρῶν ἐξειργασμένην, image fabriquée divinement et non par des mains humaines ; laquelle on appelait le custode et la conservatrice de la cité d’Édesse ; comme on le lit dans l’Oraison de Constantin Porphyrogénète.
Enfin, cette image fut transférée d’Édesse à Constantinople, ainsi que le rapporte Baronius, l’an du Christ 944, sous Constantin et Romain Lécapène, la trente-troisième année de leur règne. La cause et la manière en sont rapportées par les écrivains anciens. Zonaras, dans le Roman de Lécapène :
…et l’empreinte non faite de main du Sauveur.
Chosroès, roi des Perses, ayant appris que la ville d’Édesse possédait cette empreinte divine, la réclama pour lui ; mais les habitants d’Édesse, craignant les dangers des sièges romains qui alors les pressaient, la cachèrent dans une muraille. Et plus tard, lorsque les Perses occupèrent Édesse, cette empreinte divine, par un prodige de Dieu, conserva la cité.De même, sous le règne de l’empereur Romain, l’effigie du Christ, non faite par la main de l’homme, mais divinement imprimée sur un linge, fut transférée dans la ville impériale. Elle se trouvait alors à Édesse ; et comme cette ville était en danger de destruction, les Agarènes qui l’occupaient rachetèrent leur sécurité auprès des Romains au moyen de cette effigie.
Paul le Curopalate rapporte autrement les faits: lorsque les troupes romaines assiégeaient Édesse, et que les assiégés étaient durement accablés par la pression du siège, ils envoyèrent des légats à l’Empereur, demandant que l’armée se retirât du siège ; ils dirent qu’ils livreraient en échange la sainte effigie du Christ. Le siège ayant donc été levé, l’Image fut remise, et conduite vers la ville royale ; l’Empereur la reçut avec un cortège splendide et digne, par l’intermédiaire du préfet du cubiculum impérial, Théophane.
Toute cette affaire est rapportée dans un long discours que Constantin Porphyrogénète lui-même prononça ; il y écrit que Romain Lécapène (qui avait confié l’ambassade de cette translation depuis Édesse à Abraham, évêque de Samosate) avertit fidèlement celui-ci de ne pas se laisser tromper lors de la transmission de l’Image, ni par une copie comme autographe ; car il existait certaines autres images, dont l’une avait été peinte à l’occasion de la guerre contre les Perses, et une autre semblable, qui était célébrée dans l’Église des Nestoriens ; l’Empereur voulut les conserver toutes deux quelque temps auprès de lui, puis il les rendit ensuite, après les avoir restituées à leurs archétypes.
De là il arriva récemment à Constantin que, durant le voyage, beaucoup éprouvèrent par la vertu miraculeuse de la sainte Image. (Car, dit-on, par le seul attouchement de celle-ci, les membres brisés étaient redressés, les aveugles rendaient la vue, ceux qui depuis longtemps gisaient sur leur lit se levaient, et les fiévreux étaient guéris, ceux dont la main était desséchée, et toute maladie et infirmité s’enfuyait.)
Il ajoute ensuite qu’elle fut déposée à Constantinople dans le temple du Phare, et qu’elle y fut conservée pour la gloire des fidèles, la garde des Empereurs, la protection de toute la cité et l’état des chrétiens. On célèbre solennellement ce dépôt le seizième jour avant les calendes d’août, ainsi qu’on le trouve consigné dans le Ménologe des Grecs :
« Commémoration de l’Image non faite de main du Seigneur Dieu et de notre Sauveur Jésus Christ, sortie de la ville d’Édesse, conservée pour Dieu, et transportée dans la ville royale. »
À peu près à la même époque se produisit un autre miracle concernant cette Image :
Photius, patriarche de Constantinople, fut envoyé par l’empereur Constantin Porphyrogénète avec des lettres auprès de saint Paul, anachorète au mont Latros. Celui-ci, lorsqu’il parvint auprès de l’homme saint, et lui ayant donné les lettres, et étant retourné aussitôt, il rapporta que le saint lui avait demandé que l’image du Christ, non faite de main d’homme, que nous avons coutume d’appeler le saint Manteau, et le linge auquel le voile devait être appliqué, lui fussent envoyés, afin qu’il ne lui fût pas pénible de les recevoir. Ce qui fut fait selon sa demande ; et il affirma, selon le sentiment de son esprit, que, lorsqu’il déploya le voile, il vit sur celui-ci l’effigie du Christ exprimée avec la plus grande exactitude, et une figure répondant très précisément à la forme ; et il apparaissait tel qu’il était.
Baronius rapporte ces faits dans la Vie de saint Paul ; dans laquelle il raconte que, plus tard, lors des guerres survenues, et la cité de Constantinople ayant été presque prise et dirigée par les ennemis, il arriva par la providence de Dieu que cette même Image vénérable fut transportée à Rome, où elle est aujourd’hui honorée dans le titre de Saint-Sylvestre. D’autres rapportent qu’elle se trouvait à Gênes, ville de Ligurie, dans le temple du divin Barthélemy. Il n’y a guère de doute que la première version est vraie quant au lieu ; l’autre est rapportée comme miracle accompli en un autre endroit.
CHAPITRE XXXIV
Du Soudarion de Véronique
Il arrivait que le Christ, portant la croix vers la croix, tandis qu’au milieu des femmes de Jérusalem, qui le pleuraient et se lamentaient sur lui, une femme pieuse, du nom de Véronique, sortant hors des portes de sa maison (qui était angulaire, selon le témoignage d’Adrichomio) le linge de la tête fut étendu au Christ, par lequel elle essuya son visage de la sueur et du sang qui s’en écoulaient ; mais lui, en retour, imprima parfaitement l’image de son visage sur le linge, et la rendit à Véronique comme gage et monument de son amour.
Il y en a qui croient que ce voile de la tête de Véronique fut oblong, plié en trois ; et que l’image, imprimée divinement, fut reçue en triple forme ; dont l’une fut conservée à Rome, l’autre dans la cité de Gênes en Hispanie, la troisième à Jérusalem. Que celle qui est à Rome ait été transférée, on lit dans un petit livre manuscrit conservé à la Bibliothèque Vaticane, selon le témoignage de Baronius ; et Jean Molanus ajoute qu’elle fut faite sous Tibère, et rapporte toute l’histoire, très ancienne, consignée par des caractères, que Thomas Stapleton vit à Rome et parcourut entièrement.
Bozius raconte, selon une ancienne tradition, que la femme Véronique apporta ce voile, sur lequel l’effigie du visage du Rédempteur était imprimée, à Rome, et qu’elle guérit par ce moyen l’empereur Tibère Auguste, alors atteint d’une maladie grave. Ensuite, ce même linge vint entre les mains du pape saint Clément ; puis il fut placé par l’empereur Constantin dans la basilique de Saint-Pierre. Jean VII, pape (qui mourut l’an du Seigneur 707), construisit à côté du voile une chapelle d’un ouvrage admirable, qui fut appelée la Maison de la sainte Mère de Dieu, et Sainte-Marie en Véronique. Innocent III, dans ses sermons du premier dimanche après l’Épiphanie, il fait mention de la procession du suaire de Véronique depuis la basilique de Saint-Pierre jusqu’à l’église du xénodochium du Saint-Esprit en Saxie, l’an du Seigneur 1208 ; de ces paroles furent ensuite usagers les pontifes Honorius III et Alexandre IV, ses successeurs.
Boniface VIII, l’an du Seigneur 1298, transféra le suaire de Véronique du temple susdit du Saint-Esprit (où auparavant il était habituellement exposé) à la basilique du Prince des Apôtres, et l’exposa de ses mains depuis un lieu élevé, en présence des rois Jacques d’Aragon et Charles de Sicile ; et il décida qu’il serait dorénavant exposé en ce lieu à la postérité, et qu’en certains jours il serait montré au Souverain Pontife.
Enfin Paul V transféra également le suaire dans le nouveau temple de la basilique de Saint-Pierre, le vingt-et-unième jour de mars de l’an du Seigneur 1606, selon l’instrument de Jacques Grimaldi, sous-préfet du trésor de la basilique vaticane, cité par Bozius.
Les images peintes d’après l’archétype romain sont publiquement conservées en de nombreux lieux. Elles sont célèbres en Gaule au nombre de deux : l’une, qui est montrée au peuple à Cahors, en Vasconie ; l’autre, dans le diocèse de Laon, très fréquentée par les pèlerins, dans le monastère des vierges de l’Institut cistercien, que l’on appelle Monasteriolum, vulgairement Montreuil-les-Dames.
En l’an 1249, à Rome, Jacques Pantaléon, de nation gauloise, originaire de Troyes (qui devint ensuite le pape Urbain IV), sollicité par sa sœur, moniale, dit-on, de Monasteriolum, jugea bon d’y envoyer une épître, qu’il plaît de rapporter ici intégralement, en latin gallican.
Aux vénérables et dévotes sœurs, chères dans le Seigneur, à l’abbesse et à la communauté religieuse du monastère de Monasteriolum, Jacques de Troyes, archidiacre de Laon, chapelain de notre Saint Père le Pape, salut, et ensuite jouissance entière et parfaite, et claire vision du bien divin désiré.
Par le rapport très cher de notre sœur, nous avons compris que, par un ardent attachement, vous désiriez voir et avoir auprès de vous le visage et la figure de notre Sauveur, que nous gardions en notre possession, tandis qu’il vivait sur terre et conversait avec les hommes, plus beau que les fils des hommes ; afin que, par sa contemplation, vos affections dévotes soient davantage enflammées, et que vos intelligences soient rendues plus pures.
Nous donc, qui voulons très volontiers procurer tout ce par quoi vous puissiez acquérir la grâce de Dieu en ce monde et la gloire éternelle dans l’avenir, désirant, autant qu’il est en nous, satisfaire aux saints désirs de la susdite notre sœur bien-aimée, nous vous envoyons le saint Visage susmentionné.
Et n’attendez pas que vous le trouviez décoloré et flétri. Car afin que ceux qui demeurent toujours sous un air tempéré et frais, et qui se reposent continuellement en des lieux agréables, aient une chair blanche et délicate ; et qu’au contraire ceux qui vivent perpétuellement aux champs aient la peau brûlée, noircie et altérée. Ainsi ce saint Visage fut-il seul décoloré par le soleil et l’ardeur des tribulations, comme on le lit dans les Cantiques, lorsque notre Seigneur travaillait en un champ très rude, pour notre rédemption.
C’est pourquoi nous vous exhortons vivement, et à cause de la révérence due à celui qu’il représente, à la recevoir comme la sainte Véronique, ou comme la véritable image et ressemblance de lui-même ; à la traiter pieusement, doucement et avec bienséance, afin que vous tiriez un plus grand fruit de sa contemplation.
Souvenez-vous de nous dans vos saintes prières et méditations ; et croyez avec certitude que cette image est regardée ici avec le plus grand honneur et la plus grande vénération, comme conçue, à ce qu’il semble, par des hommes saints.
Fait l’an de grâce 1249, le troisième jour de juillet, jour de lune, après la fête des saints Pierre et Paul.
Théodoric de Brabant, abbé de Dunes en Brabant, dans le comté de Flandre, devant consacrer son église, par l’intermédiaire de Radulphe de Morinen et de Jean de Tournai, évêques, l’an du Seigneur 1262, apporta cette même Image audit monastère, afin que la nouvelle dédicace de la basilique fût plus solennelle ; et véritablement là, par sa vertu, la santé fut rendue à de nombreux infirmes : les aveugles virent, les sourds entendirent les muets parlèrent, et les boiteux marchèrent droit. La même Image fut ensuite portée au sanctuaire de saint Quentin, l’an 1495, où elle secourut surtout ceux qui souffraient des yeux. D’après les monuments du monastère et de l’Église de Dunes.
CHAPITRE XXXV
Des autres images du Christ Seigneur non faites de main d’homme.
Je ne doute pas que d’autres images, dès l’origine romaine, aient été produites sur des linges par une opération miraculeuse, comme nous l’avons montré pour celle d’Édesse ; surtout puisque l’auteur très ancien Simocatta enseigne qu’une certaine effigie du Christ, non faite par la ligne du peintre ni par l’art humain, se trouvait sous l’empereur Maurice à Constantinople, ou plutôt dans les archives des Romains, lesquelles conservaient l’archétype romain.
« Car il y eut une grande victoire des Romains, lorsque Philippe le Théologien transporta hors de la ville cette image divine et vénérable ; et par cela même elle devint célèbre et honorée parmi les Romains, et reçut un renom glorieux. Car on disait que, par la seule présence de cette image, les ennemis étaient mis en fuite. Cela fut écrit par le même auteur, qui raconte les guerres des Perses et les victoires des Romains ; et ces choses furent rapportées parmi les récits des historiens, et transmises jusqu’à nous avec fidélité. »
Lorsque les ennemis s’approchaient, un nuage de poussière en donnait l’indice ; Philippe, chef de l’armée (alors) que, hors du palais de l’empereur Maurice, on portait autour l’effigie du Dieu-homme Jésus Christ. Déjà autrefois la renommée s’en était répandue, et elle dure encore aujourd’hui : que cette effigie n’a pas été obtenue par la main de tisserands, ni variée par les couleurs de l’art d’un peintre, mais qu’elle a été divinement formée ; c’est pourquoi aussi, chez les Romains, elle est célébrée comme ἀχειροποίητος, c’est-à-dire non faite de main d’homme, et elle est honorée par des cultes sacrés ; car ils en possèdent l’archétype romain, et la vénèrent comme une chose très sainte. Cette effigie sacrée, portée en tête (ou du moins exposée), accompagnait l’armée, et insufflait ainsi aux soldats une ardeur généreuse et invincible à oser combattre.
Voilà ce que rapporte Simocatta ; lequel raconte aussitôt plus bas que, durant ce temps de guerre, on crut que Philippe eut été tué.
Plus tard, le même Priscus, successeur de Philippe, utilisa l’icône divine pour apaiser une sédition de l’armée ; et enfin Héraclius, parti contre Chosroès le Perfide, la porta autour des rangs dans la bataille.
Théophane, dans la Vie d’Héraclius :
«Le roi, tenant de ses mains la forme vénérable, non faite de main d’homme, mais imprimée par Dieu, montrait l’image au peuple et à l’armée, afin que tous participent à la sainte lutte, et que chacun, dans sa propre maison, soit fortifié par ces images. » L’effigie, reçue dans les mains de l’empereur, qui montrait le Christ Dieu et homme, non façonnée par des mains humaines, mais que ce Verbe, qui forme et façonne toutes choses, produisit comme en image, sans peinture, une figure, de même que, sans union charnelle ni semence, il se donna à naître. Fort de cette forme divinement imprimée, il engagea le combat avec assurance, affermit la foi des soldats, car elle les exhortait : que la victoire, la mort, et avec elles la liberté de leurs frères, se décidaient dans la guerre et le combat.
De cette expédition perse, le même fait le récit avec Théophane Cédrénus, à savoir que l’image du Christ fut portée par Héraclius dans la bataille à la main ; et il ajoute en outre que cette même image fut portée par lui lors de l’expédition contre Phocas, transportée depuis l’Afrique jusqu’à Constantinople, avec la flotte impériale ; ainsi que ceci :
« Héraclius, après avoir expulsé Phocas d’Afrique, et repris la ville impériale de Constantinople, porta avec lui l’image acheiropoïète du Christ, ainsi que celle du Christ Seigneur et Dieu. »
Entre-temps, Héraclius, avec une grande armée et une flotte, se rend à Constantinople, portant avec lui l’image de notre Sauveur, non faite par le ministère d’aucune main humaine.
De ces faits, il ressort que, sous les règnes de Maurice et d’Héraclius, l’image acheiropoïète fut conservée à Constantinople, et qu’ensuite elle fut souvent portée par les généraux dans les camps de l’armée.
Mais sous Tibère Second, qui reçut l’Empire de Maurice son beau-père, elle était déjà conservée avec le plus grand soin dans la même ville, selon le Ménologe grec, au dix août , où l’on lit ceci :
« Mémoire de l’image non faite de main d’homme de notre Seigneur et Dieu et Sauveur Jésus Christ. » Récit de l’image non faite de main d’homme du Seigneur Dieu et de notre Sauveur Jésus Christ.
Et l’on peut en outre reconnaître que, déjà alors, elle fut portée au combat (en l’an du Christ DLXXXI), lorsque Tibère, roi des Perses, Chosroès, après la mort de Justin, envahit l’Empire romain ; mais par les très vaillants généraux Justinien, neveu de Justinien, et Maurice, il fut vaincu dans divers combats, et la Perse fut totalement repoussée.
On conserve aussi des monnaies de Tibère et de Justinien, sur lesquelles on voit pour la première fois l’effigie du Christ gravée, et peut-être déjà changée depuis l’image divine en image profane : un aureus est ainsi décrit par le numismate :
D. N. IVSTINIANVS ET TIBERIVS PP. AVG. duo facies.
D. N. IHS. CHRIST. REX REGNANTIVM. imago Christi cum cruce.

Un autre aureus de Justinien, fils de Justinien, également en or, présentait visiblement cette forme :
Il est en outre admirable que, dès les premiers siècles, ce qui fut accompli à Constantinople par la vertu de la sainte Image, soit raconté dans les Ménées des Grecs, qu’il n’est pas hors de propos d’ajouter ici :
« Aux jours de Tibère le roi, un grand et étonnant prodige advint.
Car une peste très violente s’abattit sur la ville, appelée Maïa, qui est aussi nommée Philopator, dans la région de Palestine.
Or, comme cette ville était tourmentée par une affliction très grave et privée de toute aide humaine, elle s’adressa à Dieu, notre Seigneur Jésus Christ.
Alors fut célébrée une assemblée sainte, et l’on envoya auprès des ministres l’image sainte et non faite de main d’homme, afin qu’elle leur soit apportée.
Et aussitôt qu’elle fut introduite dans la ville, les habitants, remplis de joie, l’accueillirent avec foi, en disant que Dieu avait pardonné leurs péchés, qu’il les délivrerait de cette maladie pénible et destructrice, de cette misère accablante et de cette détresse ; et, par les prières des saints, ils reçurent le caractère du Maître et saint [l’Image], pour la complète guérison de la maladie et pour la rémission des péchés, et pour qu’il demeure avec eux.
Ceux qui avaient été atteints par la maladie furent guéris, et une grande gloire fut rendue à la sainte Image.
Et lorsque fut accomplie la sainte célébration, la femme et tous ensemble prirent la sainte Image ; ayant pris un tissu de lin très pur, ils le posèrent au-dessus d’elle, et, après l’avoir enveloppée, ils la conservèrent avec grand soin ; et ils demeurèrent dans la paix durant quatre jours. »
« Or, après l’espace de quatre jours, les douleurs de la femme devinrent extrêmement violentes et pénibles, au point qu’elle ne pouvait même plus supporter le contact du lit. Alors on appela les prêtres de l’Église, afin qu’ils la purifient ; mais ils ne purent rien faire.
Ils exposèrent donc à sa droite la sainte Image, en disant : “Seigneur, nous sommes indignes ; mais par l’intercession de ta sainte Image, aie pitié de ta servante.”
Et voici qu’un grand et redoutable feu, semblable à une flamme, jaillit soudain de la sainte Image, s’éleva avec violence, embrasa tout l’espace alentour, et consuma entièrement le matelas et le lit ; mais le corps de la femme ne subit aucun dommage.
Et lorsque la flamme eut cessé, la femme se leva aussitôt, parfaitement guérie, sans aucune trace de la maladie, et rendit grâce à Dieu.
À la vue de cela, tous les habitants de la ville, accourant, furent saisis de stupeur. Et tandis que la flamme s’élevait et se dissipait, tous criaient : “Seigneur, aie pitié.”
Lorsque les prêtres eurent récité les prières, la flamme s’éteignit, et, adorant la sainte Image, ils dirent qu’elle était vraiment sainte et véritable.
Ils prirent alors un tissu de lin très pur, et, par respect, l’étendirent sur la sainte Image non faite de main d’homme, et la placèrent dans le lieu le plus honorable.
Et ils rendirent gloire à Dieu. »
« Tous, s’étant approchés et l’ayant embrassée, rendirent gloire à Dieu. Et aussitôt la femme, dont les douleurs avaient été violentes, fut entièrement délivrée de la souffrance, la maladie se retira, et la femme, revenue pleinement à elle-même, se leva et rendit grâce à Dieu devant tous, en présence des prêtres.
Sous le règne de Tibère, qui gouvernait l’Empire, un autre miracle éclatant survint. Une certaine matrone, nommée Marie, issue de l’ordre sénatorial, noble patricienne, très religieuse, privée de son mari, fut atteinte d’une maladie grave et mortelle, contre laquelle aucun secours humain ne pouvait lui venir.
Alors qu’elle confiait son salut à Notre-Seigneur Jésus-Christ, une bonne pensée lui vint à l’esprit. Elle pria les prêtres gardiens de la sainte Image, faite non par la main de l’homme, de la lui remettre pour un certain temps.
Se présentant devant eux en suppliante, elle dit : “Je t’en prie, Seigneur mon Dieu, puisque, à cause des fautes de mes péchés, je suis châtiée par cette maladie grave et dangereuse, moi, malheureuse et indigne, par vos prières, que l’effigie sainte du Seigneur soit transférée pendant quarante jours dans ma très humble demeure ; peut-être obtiendrai-je ainsi la miséricorde du Seigneur.”
Les prêtres, ayant reconnu sa piété et sa religion, lui accordèrent la sainte Image du Seigneur. Elle se retira donc dans sa maison, vénéra l’Image et, s’étant dépouillée, reçut un tissu de soie, qu’elle étendit sur la sainte effigie de grande taille, et le posa sur l’Image du Seigneur.
Ensuite, elle plaça l’Image du Seigneur de telle sorte que couverte, elle la conserva enfermée dans un coffret très pur, et, l’ayant disposée dans son oratoire, magnifiquement illuminée de lampes, elle la vénéra continuellement pendant quarante jours entiers. Le quarantième jour étant écoulé, la femme, accablée de douleurs très graves, insupportables, ne put pourtant se lever de son lit.
Elle appela donc une autre femme, qu’elle avait prise pour compagne, et lui dit : “Va, je t’en prie, apporter la châsse de la sainte Image, afin qu’en l’adorant je reçoive de là quelque soulagement de mes douleurs.” Celle-ci, étant entrée dans l’oratoire, vit un prodige terrible et inattendu.
Une flamme, pour témoigner de la foi due à la sainte Image, jaillit de l’armoire où elle se trouvait, s’éleva dans les airs, embrassa tout l’autel, et descendit jusqu’au pavé, sans cependant causer aucun dommage à l’autel. La jeune fille, frappée de stupeur, s’effondra, et, courant par un autre chemin, annonça la chose à sa maîtresse : laquelle, effrayée, descendit de son lit, et, s’appuyant sur tous ceux qui étaient présents, se dirigea vers l’édicule, et, à la vue de la flamme, s’écria : “Kyrie eleison.”
Les prêtres accoururent aussitôt, accompagnés d’une grande foule d’hommes, tous saisis d’un immense miracle. Or la flamme, montant et descendant, comme un voile ballotté par une tempête violente, fit retentir pendant de longues heures les paroles : “Kyrie eleison.”
Mais après que la flamme se fut retirée, et que le coffret eut été ouvert, on trouva l’effigie sainte du Seigneur parfaitement exprimée sans l’intervention de la main humaine, intacte et sans altération ; car le tissu de soie que la patricienne avait placé sur l’Image fut appliqué à une autre image sans y porter atteinte, et, par là même, il la rendit conforme à cet archétype véritable (ô miracle vraiment étonnant !). La forme du Seigneur, sans aucune intervention humaine, y fut imprimée.
Après avoir rendu grâce au Nom divin pour ce bienfait, elles appliquèrent avec joie l’image à la femme souffrante ; aussitôt toutes les douleurs de la maladie se dissipèrent, et la femme, entièrement rétablie, se leva. Elle rendit alors les louanges dues à Dieu, avec tout le clergé et le peuple assemblé.
Ces Ménées rapportent ensuite qu’à la fin de sa vie, la femme, vénérant cette image miraculeusement exprimée, prit soin de la déposer dans le cénobion meliténien de la Sainte-Assomption ; d’où elle fut enlevée par Serge, patriarche, puis, par un nouveau miracle, Dieu le voulant ainsi, elle fut rétablie.
Jusqu’ici, au sujet des images du Christ Sauveur dites acheiropoiètes : on y cherche lesquelles furent faites ainsi ; et assurément celles qui reçurent cette forme par l’application première d’un voile ; mais aussi celle d’Abgar sur un manteau, et celle du peuple de Véronique, par le contact du visage du Christ, soit par les larmes, soit par la sueur répandue.
Je dirai donc que toutes celles-ci (non les images funéraires) ont été produites par miracle, afin qu’elles fussent des types éternels et remarquables de l’amour du Christ Seigneur envers les mortels ; et afin que, par elles, comme par des paroles, nous fussions conduits par la main (selon la Sixième Synode de Constantinople) à la mémoire de sa vie dans la chair, de sa Passion, de sa mort salutaire, et, en outre, de la rédemption opérée pour le monde»
J’affirmerai en outre que celles-ci ont été peintes par le doigt de Dieu (comme parle Baronius), c’est-à-dire par la puissance de la vertu divine ; de même que ce voile, divinement peint parmi les saintes Images, et suspendu dans l’église de Saint-Étienne Protomartyr, dans la cité de la province africaine de Uzalis, à propos duquel Evodius, évêque de ce lieu, a transmis par écrit un souvenir destiné à l’éternité.
De toutes ces images, si quelque doute subsiste encore, qu’il considère Celui qui les a faites (dit Hugues de Saint-Victor), et il décidera que tout ce qui est merveilleux existe ; et si quelque chose est merveilleux, cela n’est pas impossible : car si l’agent tout-puissant est conçu, rien n’est impossible.
CHAPITRE XXXVI
Quel culte doit être rendu aux linges sépulcraux du Christ Seigneur ?
Très excellent, assurément, s’il faut préférer quelque autre objet aux saintes Images, nous enseignons que les Linceuls sont à ce point très saints, étant les Images du Christ Sauveur, non exprimées par un art humain, mais imprimées par la main divine ; et qu’ils doivent être tenus, parmi les gages principaux de notre religion, pour supérieurs même aux meilleurs.
Car ce ne sont pas tant les couleurs de ces Images qui en constituent les traits principaux, que les lignes mêmes du Christ précieux, onguents, et sang pourpré, dont il est permis d’oblitérer quelque peu les traces et vestiges. Qu’une certaine quantité de sang, tombée à terre, ait cependant survécu longtemps, Caïetan l’accorde, lorsqu’il distingue entre le sang vital et le sang nutritif. Le sang vital, dit Galien, est pulsatile, et est porté du ventricule gauche du cœur par l’aorte à travers tout le corps ; si celui-ci est exclu du cœur, les médecins en infèrent la pauvreté du nectar vital. Le sang nutritif, au contraire, Caïetan estime fortement que c’est celui-là qui, destiné à une nutrition continue, se formait dans le foie du Christ mortel, et qu’il n’a pas été tout entier recueilli de nouveau dans le Christ ressuscitant : ce que concède également Suarez, puisque le corps humain n’est pas capable d’en contenir une si grande quantité.
Pie II, dans une bulle adressée à l’abbé de Sainte-Marie de Xanten, dans le diocèse de Liège, a défini que cette opinion n’est pas contraire à la foi :
“Nous”, dit-il, “qui avons une connaissance certaine des choses précédemment dites, considérant que rien de cela ne répugne à la vérité de la foi, affirmons que notre Rédempteur a laissé sur la terre, pour la mémoire de sa Passion, quelque part de son sang très précieux, etc. Et la Mantouane Église se glorifie de posséder le sang qui a coulé du côté du Christ Sauveur (et non du côté de l’image du Christ crucifié en Syrie, dans la cité de Beyrouth), et elle a déclaré que ce sang est véritablement le sang du Seigneur.” »
Léon III, Pontife, l’a décrit il y a environ huit cents ans, comme le note Bellarmin ; et Baronius rapporte qu’il existe à Rome des diplômes pontificaux dans lesquels la vérité de ce sang est confirmée. Matthieu de Paris écrit également que le patriarche de Jérusalem envoya à Henri III, roi d’Angleterre, un vase contenant le véritable sang du Christ, lequel fut reçu avec une célébration incroyable, les évêques prêchant, et rendant raison de la vérité de ce sang.
Dans la ville narbonnaise de Gaule, à Saint-Maximin, on conserve le véritable sang du Christ Seigneur, enfermé dans une fiole de verre ; lequel, chaque vendredi saint, lorsque l’office de la Passion du Seigneur est récité, est observé avec le plus grand miracle par sa liquéfaction et son bouillonnement. Sixte IV, dans son opuscule Du Sang du Christ, affirme que le véritable sang et l’image du Christ se voient sur le Linceul de Chambéry ; ce qu’approuve et ratifie Jules II dans une bulle, en l’an 1506, par laquelle il institua pour ce Linceul une fête et un office propres, comme nous l’avons rapporté ci-dessus.
Quelle injure d’affirmer que le Linceul a été brûlé par erreur, et cependant de reconnaître un sang de ce genre sur la terre. Enfin, Vasquez concède
qu’une certaine parcelle du sang du Christ a subsisté sur les épines, dans les clous, le bois de la croix, le suaire, et autres choses ;
toutefois non pas sous la forme du sang, mais sous celle d’une certaine couleur pourprée.
Mais quoi que l’on statue dans cette controverse, il sera facile d’établir notre position concernant le culte dû au Suaire, si l’on observe qu’une chose est d’adorer une image pour elle-même, et une autre à cause d’elle ; de même, comme beaucoup le distinguent, on adore l’exemplaire dans l’image, et l’image à cause de l’exemplaire. En effet, tous les catholiques confessent que l’image ne doit jamais être adorée pour elle-même, puisqu’elle n’est pas proprement capable de l’excellence à laquelle nous nous soumettons (car c’est une chose inanimée) ; cependant beaucoup soutiennent qu’on adore dans l’image ceci, et non autre chose, ou avec autre chose, à savoir ce qui est simulé.
Donc, puisque l’image est adorée à cause de l’exemplaire, et que dans celle-ci l’exemplaire est adoré, et que l’acte s’arrête finalement et de façon prochaine sur cet exemplaire, bien que toute la raison de ce culte et de cette vénération soit la chose même qui est exprimée dans l’image ; il n’en va pas autrement que lorsque l’ambassadeur est honoré à cause du roi : ce n’est pas pour lui-même, mais à cause du roi qu’il est honoré ; et toute la raison de cette volonté converge vers ce moyen, et s’y achève.
Lorsque donc nous affirmons que l’exemplaire est adoré dans l’image dans laquelle il resplendit, nous voulons que l’image ne soit pas adorée pour elle-même, mais par autre chose, ou dans autre chose ; nous voulons que le prototype lui-même soit non seulement le motif de l’adoration, mais encore la matière elle-même et le terme prochain : car on adore d’abord celui-ci, et l’image seulement avec lui ; de sorte que l’image ne puisse même pas être séparée en pensée ni en intelligence du prototype. De là il résulte qu’il y a un seul culte de l’image et de l’exemplaire.
C’est pourquoi, puisque cette très ancienne sentence est très vraie, tant celle des Pères que celle des théologiens, selon laquelle l’image est faite à partir de l’exemplaire, et qu’un seul et même culte est reconnu pour l’un et l’autre, à savoir que le prototype est vénéré dans son type ; il apparaît combien ces effigies divines du Christ doivent être honorées par un saint culte.
Il faut donc poser une fois pour toutes cette sentence concernant la vénération des images : à savoir que la foi a été exactement définie de cette manière par Vásquez, troisième partie, disputation centième et huitième, où il est confirmé par l’accord de tous les anciens, au chapitre second.
Il est manifeste aussi et absolument conforme à l’opinion de saint Thomas, au même endroit, question XXV, article III : car il enseigne que la même adoration est attribuée à l’image du Christ qu’au Christ lui-même, à savoir l’adoration de latrie ; ce qu’il rappelle aussi au même endroit à l’article IV, à propos de la Croix, en enseignant de nouveau le mode d’adoration, comme nous le dirons, par exposition.
François Turrianus aussi, très âpre adversaire des hérétiques, le démontre de même à partir de Nicéphore, patriarche de Constantinople, qui, dans le Dialogue orthodoxes, interrogeant l’hérétique, auquel il répond ainsi, à propos de l’adoration des saintes images du Christ :
là où il est écrit que l’image doit être adorée, là il est écrit que le Christ doit être adoré, puisque l’effigie est inséparable du prototype.
Et il poursuit ensuite en montrant que l’image et l’exemplaire sont un, non par nature, mais par relation.
Dieu et homme, dit-on du Christ, par signification du nom, et par nature de divinité et d’humanité ; l’image, quant à elle, signifie le Christ par la signification du nom, non toutefois par la nature de la divinité et de l’humanité, mais elle possède la communauté du nom, de l’honneur et de l’adoration avec le prototype.
Les autres Pères sont donnés par Vásquez : en tête de tous se trouve Basile, dans le livre Sur l’Esprit Saint à Amphiloque, chapitre 18 (texte également utilisé par Damascène, et au septième Synode, dans la quatrième action, chez Jean le Prêtre, où il dit :
« Le Roi est appelé roi, et l’image du roi ; et il n’y a pas deux rois, de même qu’il n’y a ni division ni partage de la gloire. Car, de même que notre domination est une et notre puissance une, ainsi notre glorification est une et non multiple ; c’est pourquoi l’image passe au prototype. »
De même que l’image du roi est appelée roi, et qu’il n’y a pas deux rois, ni deux empires, ni une gloire divisée. De même que la principauté et la puissance sont une, qui nous gouvernent, ainsi la glorification est une en nous, et non multiple ; et cela parce que l’image ne s’arrête à l’image, mais il passe au modèle.
Par ces paroles, Basile rend une excellente raison, selon laquelle la glorification du roi et de son image est courbe (curva), c’est-à-dire qu’il n’y a qu’un seul et même empire et une seule dignité ; car il n’existe absolument aucune autre dignité ni excellence à laquelle nous nous soumettions, sinon celle qui resplendit dans le modèle lui-même, même si l’image est inanimée ; et l’image est totalement incapable de recevoir l’affection intérieure qui est propre au modèle, raison pour laquelle nous nous soumettons immédiatement au modèle, et rapportons extérieurement à celui-ci ses signes.
Mais l’adoration consiste dans l’affect intérieur, non pas dans les yeux, ni dans les génuflexions, qui, par elles-mêmes, ne produisent que des simulacres. Ce qui montre encore plus clairement l’absurdité de l’opinion contraire : car qui donc dirait que l’image est capable d’injure, si elle était offensée, comme si l’offense atteignait le prototype ?
Enfin, le Concile de Trente favorise pleinement cette doctrine, lorsqu’il statue par son décret sur les images qu’elles doivent être vénérées,
non parce que l’on croirait qu’il y a en elles quelque divinité ou vertu à cause de laquelle elles devraient être honorées, ou que quelque chose devrait être demandé à partir d’elles, ou que la confiance devrait être placée dans les images, comme autrefois cela se faisait chez les Gentils, qui plaçaient leur espérance dans les idoles ; mais parce que l’honneur qui leur est rendu se rapporte aux prototypes qu’elles représentent ; de sorte que, par les images que nous baisons, et devant lesquelles nous découvrons la tête et nous prosternons, nous adorons le Christ, et les saints dont elles portent la ressemblance, nous les vénérons.
Toutes ces choses concordent pleinement, comme participant d’un certain culte, dû au Christ lui-même, soit patient, soit mort, et montrent clairement que les saints suaires doivent être vénérés comme des images miraculeuses du Christ, ainsi que nous l’avons tant de fois affirmé ; bien que, selon ce mode de parler, on doive s’abstenir de la latrie proprement dite, ainsi que le veulent à bon droit Vasquez et Bellarmin, conformément aux décrets du septième concile.
Car la latrie signifie l’affection d’une servitude intérieure, qui se fait en esprit et en vérité, et qui n’est rendue qu’à Dieu ; cette affection ne se porte pas sur l’image en tant qu’exemplaire ; ce qui toutefois semble exprimé par ces paroles au premier abord :
“l’image est adorée par la latrie”.
Si l’on considère en effet l’acte extérieur par lequel nous honorons l’image, celui-ci naît d’une affection intérieure qui est latrie ; et, en un certain sens analogique, il y a une proposition vraie : car le regard, la génuflexion ou tout autre signe qui touche de près l’image du Christ procède de la latrie ; c’est pourquoi ce culte extérieur est parfois appelé adoration.
Enfin, il faut juger de la même manière à propos des saints suaires que de la sainte Croix (que saint Thomas disait devoir être adorée par la latrie), puisque les raisons sont partout semblables ; et même ceux qui veulent que l’image soit honorée d’un culte distinct de celui du modèle, inférieur toutefois, concèdent cependant analogiquement le culte du prototype ; et ainsi le culte rendu aux images des saints est dulie selon le mode secondaire ; celui rendu à la Bienheureuse Vierge est hyperdulie selon le même mode ; et celui rendu au Christ est, à proprement parler, latrie selon ce mode. Ainsi Bellarmin, au livre second De Sanctis ; et tous, en outre, assignent un culte particulier et supérieur à la Croix dominicale, en raison de l’aspersion du très sacré Sang, du contact du Christ, et de l’instrument de notre rédemption : raisons qui militent absolument en faveur des saints suaires, ainsi que d’autres instruments de la Passion dominicale, à propos desquels Damascène dit :
“Nous vénérons et adorons le bois de la sainte Croix, les clous, l’éponge, le roseau, la lance, la tombe, la crèche et le salut, la Croix, les clous, les linges, les suaires.”
Nous vénérons et adorons le bois de la sainte Croix, les clous, l’éponge, le roseau, la lance, la crèche et le salut, la tunique, les suaires, les bandelettes.
C’est donc à juste titre que Léontius, dans le cinquième Dialogue contre les Juifs, comme le rapporte aussi le septième Concile au quatrième article, dit : “De même que Jacob, recevant de ses fils la tunique sanglante de Joseph, la considéra en pleurant, et, lorsqu’il eut entouré ses yeux, il ne considéra pas attentivement la tunique en tant que telle, mais, par elle, estima voir Joseph de ses yeux et le tenir dans ses mains ; ainsi aussi tous les chrétiens, tenant les images du Christ et embrassant de nos yeux sa chair nous semblons embrasser le Christ lui-même.
Ainsi donc, dans ces vêtements sanglants de notre Joseph, c’est Joseph lui-même, dont celui-ci était l’ancienne ombre, que nous devons vénérer de tout notre cœur. Quant à moi, je vénère de très nombreux honneurs l’image divine qui resplendit dans notre Suaire de Besançon, comme le monument très auguste de notre salut ; et, pour finir, je l’exhorte par cette même prière par laquelle autrefois Constantin Porphyrogénète, empereur, l’imprima sur le Suaire d’Édesse :
Ô divine ressemblance de Celui qui ne peut être changé, ressemblance du Père !
Ô caractère du caractère de la substance divine !
Ô vénérable signe, digne de tout honneur, de la première ressemblance du Christ, notre Dieu !
(Je te parle en effet comme à une réalité animée.)
Conserve-le et garde-le toujours, Lui qui nous commande avec piété et mesure, et qui célèbre avec éclat la mémoire de ton avènement ; Lui que, par ta bonté, tu as accordé à l’aide et à la protection paternelle ; confirme son germe et sa génération ; accorde une descendance et une succession ; une prospérité perpétuelle ; donne à l’État une condition pacifique ; fais que cette Reine des cités demeure inexpugnable ; et que nous, agréables à ton Archétype, le Christ notre Dieu, soyons admis dans son royaume céleste, en Le glorifiant et en Le célébrant , puisqu’à Lui conviennent la gloire et l’adoration, dans les siècles des siècles. Amen.
Quant à moi, je ne changerai certes pas une seule lettre dans la très pieuse prière de César ; car mon intention est en tout semblable : prier pour notre très invincible empereur Ferdinand ; pour tous les princes chrétiens et catholiques, desquels dépend la bienheureuse tranquillité de la République chrétienne ; pour notre Besançon, à qui il est permis d’être appelée à bon droit Reine des cités au-delà des Alpes, puisqu’elle possède le trésor, confié à elle seule, de l’Image divine ; enfin pour notre salut, que nous accorde pour l’éternité la source et l’origine de tous les biens, Dieu, en qui je me confie : que nous arrivions à l’issue finale par un chemin certain, même si la fin demeure incertaine. Amen. »
Catalogue des auteurs que nous louons, expliquons, ou corrigeons.
A.
ABulanensis.
Acta Capituli Bisontini.
Adornus.
Adrichomius.
Agellius.
Alcuinus.
D. Ambrosius.
Ammianus Marcellinus.
Angradus Monachus.
Annales Societatis Iesu.
Apuleius.
Arias Montanus.
Aristophanes.
D. Athanasius.
Athenæus.
Attilius Serranus.
D. Augustinus.
B.
Baronius.
D. Basilius.
Bayfus.
Beda.
Bellarmine.
Bellonius.
D. Bernardus
D. Bonauentura
Boterus
D. Brigitta
Bzouius
C.
Cæretanus.
Calderinus.
Camuzzatus.
Cassianus.
Catullus.
Cedrenus.
D. Chrysostomus.
Codex Rituum Bisontinus.
Codex Rhemensis vetus.
Concilium Tridentinum.
Constantinus Porphyrogenitus.
Cornelius Fronto.
Curopalates.
Curtius.
D.
D. Iulius Damascenus.
Dio Cassius.
Dio Chrysostomus.
Diodorus Siculus.
Dionysius Alexandrinus.
Dioscorides.
Donatus.
Durandus.
E.
Auteur des Étymologies.
Euagrius.
Euchologium.
Euripides.
Eusèbe.
Eusèbe.
Euthymius.
Eutrope.
F.
Froissart.
G.
Galen.
Gautherus.
Gemma animae.
Gennadius Scholasticus.
D. Germanus.
Nicolas Gilles.
Girardus Hallianus.
Glaber.
Glosses anciennes.
Gordonus.
Goropius Becanus.
D. Grégoire le Grand.
Grégoire de Nazianze.
Grégoire de Nysse.
Gruterus.
Guichardus.
Gutherius.
H.
Hallensis.
Hérodote.
Hesychius.
D. Hieronymus
Hippocrate.
Histoire lausanne.
Histoire de Reims.
Homère.
Hugues de Saint-Victor.
I.
Anselme.
Leontius Episcopus Cyprius
Joachim abbé.
Jean de Constantinople.
Isidore.
Justin.
Juvénal.
Juvencus.
L.
Lampridius.
Léonce, évêque de Chypre.
Léon d’Ostie.
Auteur de lexique.
Anciens livres manuscrits.
Lipomanus.
Lorinus.
Lucien.
Lucrèce.
Lactance Placide.
M.
Macaire.
Macrobe.
Maïeul.
Mantuanus.
Martial.
Martianus Capella.
Martin de Crusius.
Martyrologe romain.
Ménées des Grecs.
Ménologe des Grecs.
Métaphraste.
Molanos.
Moine anglais.
Monodus.
N.
Nicéphore.
Nonius Marcellus.
Nonnos, poète.
Nummographe.
O.
Auteur des Onomastiques.
Ovide.
P.
Pactatus.
Pacuvius.
Paléotti.
Palladius.
Panégyrique de Constantin.
Papirius Masson.
Paulin.
Pausanias.
Pétrone.
Pierre de Beek.
Philippe de Bergame.
Philon le Juif.
Philostrate.
Phocylide.
Pingonius.
Platon.
Plaute.
Plinius.
Plutarque.
Pollux.
Plinus
Plutarchus
Pollux
Polybius
Pomponius Mela.
Pontifes divers.
Prosper de Bonafamille.
Prudence.
Q.
Quadrigarius.
Quintilien.
R.
Rabbi Jacob.
Rabbi Moïse.
Prince Radziwill.
Rémi.
Ribera.
Robert Sunella.
Rolliardus.
Rufus d’Éphèse.
S.
Salmeron.
Salvien.
Sénèque.
Serarius.
Sextus Empiricus.
Sextus Philosophe.
Sidonius Apollinaris.
Sigonius.
Silius Italicus.
Sixte IV, pape.
Sophocle.
Stapleton.
Strabon.
Suárez.
Suétone.
Suidas.
Surius.
Synésius.
Synode d’Udine.
T.
Tacite.
Térence.
Tertullien.
Ancien Testament.
Nouveau Testament.
Théâtre des Antiquités parisiennes.
Thémistius.
Théophane.
Théutès.
D. Thomas.
Tonjus.
Tullius.
Turrecremata.
Turrianus.
Tyrius.
V.
Valla.
Varron.
Vasconcellius.
Vázquez.
Vincentius Brutus.
D. Vincent Ferrier.
Virgile.
Z.
Zonaras.
INDEX DES MATIÈRES
A
Adam, premier parent,
qui fut également mis à mort. p. 2
Les Égyptiens confiaient les corps à la terre. p. 3
Ils les déposaient selon trois modes distincts. p. 7, 18
Ils les enveloppaient de linges. p. 6, 7
Ils les conservaient à domicile. p. 8, 9
Triple mode de préparation égyptienne. chap. 10
Les prêtres égyptiens porteurs de lin. p. 178, 179
La tunique blanche des prêtres. p. 181
Albert délivre l’archiduc Isabelle. p. 75
L’autel du Saint Suaire de Besançon, protégé par privilège. p. 83
Le duc de Savoie bâtit la chapelle du Saint Suaire à Chambéry. p. 120
Amict de lin égyptien : le suaire. p. 23
Amoris, espèce de lin. p. 177
Anabathisme, le suaire. p. 23
Les rites égyptiens découverts chez saint Antonin. p. 9
Antonin de Vergy est créé archevêque. p. 73
Aires, cryptes souterraines. p. 4
Saint Athanase confie sous peine de bannissement certaines religieuses de saints, selon ce qu’il a décrété. p. 9, 10
Figures étroites voilées sur les monnaies. p. 43
Asneric, traître, écartelé en quatre parties. p. 143
B
La ceinture du Seigneur. p. 57, 58
Le bras de saint Luc. p. 60
Le bras de saint Étienne. p. 56, 82
Brandeum (linge de contact sacré). p. 166
C
Les cadavres déposés dans une terre clémente. p. 1
Les aveugles recouvrent la vue. p. 75, 76
Chaussures précieuses. p. 133, 34, 35, 140
La Sainte-Chapelle du Suaire à Chambéry (en bronze / métal). p. 120
Les cheveux de la Bienheureuse Vierge. p. 56, 99, 104
On coupait les cheveux des morts. p. 17
La châsse d’argent du Saint Suaire de Chambéry. p. 121, 122
La tête est délivrée par une vertu divine de l’air (ou des influences aériennes). p. 99
La tête divisée en deux parties. p. 43
La tête représentant l’homme tout entier. p. 43
La tête de saint Jean Calybite conservée. p. 63
Carbasa unde dicta. — Les toiles de lin, d’où vient le nom. 181
Chrysopolis, ou Besançon. p. 63
Carbula : origine du nom. p. 184
Le pèlerinage de saint Charles Borromée. p. 134
Le visage de Charlemagne couvert d’un suaire. p. 48
Charles le Chauve transporta le Suaire de Aix-la-Chapelle à Compiègne. p. 150
Un coffre utilisé pour la conservation. p. 7
Saint Cassien, évêque de Narni. p. 49
Le catéchisme des chrétiens. p. 4
Onguent de cèdre. p. 8
La plus ancienne charte des Grecs. p. 63
La foi des chrétiens dans la résurrection. 4
Les chrétiens déposent les corps en des lieux déterminés. 3, 4
Le Christ est fréquemment représenté sur les suaires. 163
Le Christ enseveli, la tête inclinée. 18
La ceinture n’est pas le suaire. 55, 56, 57
Les clés des martyrs, clés christologiques. 167
La multitude des clous du Christ, par lesquels les linges furent assemblés. 191
Cimetières des chrétiens. 4
Constantin Porphyrogénète, auteur de l’image d’Édesse. 227
La gens cornelienne, dans laquelle il fut enseveli. 2
Le corps entier déposé dans un sarcophage. 2
Comment le corps du Christ fut enveloppé. 47, 48
La portion de la croix du Seigneur retrouvée. 59
Analyse impossible de la croix du Seigneur. 28
D
Les entrailles sont le siège des forces corporelles féminines. 5
Diadème. 169
Didon Pallante voulant régner. 33
Douleur de la cité : la confrérie du Suaire de Besançon est instituée. 82
Dortoirs des chrétiens. 4
E
L’église de Lirey est détruite. 98, 99
La fête de l’Épiphanie et le corps du Sauveur. 56
Exemplaires matériels des morts. 12
F
Le visage, partie antérieure de la tête. 44
L’aspect du très saint corps. 45
Le visage tel quel. 169
Visage barbu, en os. 14
Visage aux cheveux bouclés et aux pieds. 170
Visage des défunts. 21, 22, 172
Visage de l’enfant Christ. 171
Visage funèbre du Christ. 21, 22, 174, 175
Les visages funéraires couvraient tout le corps, sauf la tête. 55, 56, 57
La femme apparaît plus fragile que l’homme. 17
Fête du Saint Suaire de Cambrai. 121
Ourlet des vêtements du Christ, Véronique. 60
François Ier, roi des Francs, autorisa l’ostension publique du Saint Suaire de Cambrai. 122
Il choisit lui-même le jour pour montrer le Suaire de Compiègne. 151
Funérailles solennelles chez les païens. 4
Figure de la Bienheureuse Vierge. 32
G
Abbaye. 113, 114, 115
Les Gaules, Église, reliques, dispersion. 60
Les gemmes, protection pour la sépulture des cadavres. 16
Godefroy de Charny apporta le Suaire à l’église de Lirey. 99
Leur éclat est très grand. 143
La gloire de la Bienheureuse Vierge. 32
La grâce faisait resplendir les prêtres morts. 48
H
Les hérétiques furent consumés par une fièvre ardente. 71
Henri, comte, parent des rois de Lusace. 60
Héristrate de Besançon défend le Saint Suaire de Besançon 52
Humbert, comte, reçut le Suaire de Lirey en dépôt. 103, 104
I
Jacob, comment sa tunique ensanglantée fut examinée par Joseph. 226
Idoles trouvées sur des monnaies. 1
Idoles placées aux carrefours. 15, 16
Les Égyptiens croyaient que les animaux avaient une âme. 10
Comment les images des dieux furent faites. 217
Couleur, matière et peinture des images du Christ dans les suaires. 198
Aucune analyse ne devait être faite sur les images. 221
Image du Christ non faite de main humaine. 209
La Véronique défendue à Rome. 210, 211
Image apportée à Constantinople. 215
L’image se serait conservée sans être brûlée. 170
Images funéraires, comment elles entouraient le corps. 48
Les images ne devaient pas être notées sur le Suaire de Besançon. 34, 42
Joachim, abbé, capturé à cause du Suaire, et emprisonné. 55
Les Juifs avaient les reins ceints. 44
Les Juifs habitaient en Égypte. 7
Les Juifs ensevelissaient les cadavres par un double procédé. 16
Les Juifs confiaient les corps à la terre. 3
Ils oignaient de parfums. 18
Ils enveloppaient les corps de linges. 6, 16, 19, 20, 21, 22
Les Juifs furent les premiers professeurs du Suaire du Seigneur. 30
L
La laine n’est pas usée. 178
La lance du côté du Christ. 59
La larve de la mort utilisée en Égypte. 14
On lavait les cadavres avant l’ensevelissement. 18
Image de Lazare ressuscité. 39, 172
Pourquoi Lazare fut enseveli comme un enfant. 173
Léonard de Gervais, miracles racontés. 70
Linges blancs, nets, sans inscription. 181, 182, 183
Les linges funéraires du Christ étaient de lin de la terre. 179
La pluralité des linges dans la sépulture du Christ. 22, 48, 164
Linges imprégnés dans la sépulture judaïque. 41
Linge placé devant le visage des mourants. 49
Linge du Christ aux pieds des disciples.
Linges dont l’usage était incompréhensible. 28, 29
Linge déposé, un seul. 176
Linge byssin. 177
Linges en cartonnage. 182
Le lin pourpre n’est pas écrit. 126
Le lin vulgarisé par la terre. 178, 179
Lin byssin. 177
Ludovic, duc de Savoie, charte en faveur du Suaire de Cambrai. 111
M
Marthe, sœur de Lazare, oint le Seigneur. 44
Les mains et les pieds, les membres intacts, leur signification. 38
Mappula, suaire sacerdotal. 26
Marguerite de Carniola. 91
Sainte de Bourgogne. 94
Le Suaire confié aux ducs de Savoie, relique. 109
Marie, mère du Seigneur, vécut en Égypte.
Mathilde, reine d’Angleterre, chasuble L’or employé pour le Suaire de Compiègne. 152
La matrone et la femme noble portaient des vêtements teints et des amictes. 52, 33
Les ministres travaillant aux morts ensevelis. 168
Miracles de Lazare ressuscité. 37, 38
La menthe. 169
Mort blanche, enfant de la nuit. 46
La mort ressuscitée par la vertu du Suaire et de la Véronique. 69
Les momies furent des cadavres embaumés. 11
La myrrhe utilisée pour l’embaumement. 7
N
L’inondation causa l’embaumement à l’égyptienne. 10
Le natron dans l’embaumement égyptien. 8
Comment le roi Numa fut enseveli. 2
Les monnaies préfèrent le Suaire de Cambrai. 119, 120
O
Les yeux étaient fermés chez les défunts. 17
L’huile de la Bienheureuse Marie de Sardouane. 105
Orarium, suaire. 26
Os des femmes ressuscitées. 5
Visage osseux, barbe fendue. 14, 17
Visage osseux. 160
P
Les pieds de la Vierge. 56
Les pieds et les mains, membres intacts, leur signification. 38
Pénélope tissait une toile funéraire. 33
Les personnes chez lesquelles la larve de la mort était utilisée en Égypte. 14
La peste chassée par la vertu de la Véronique et du Suaire. 80
Charte du roi Philippe des Francs en faveur du Suaire de Compiègne.
Le Suaire de Compiègne. 152
Philippe II, roi catholique, exemplaire du Suaire. 79
La portion du Suaire du Seigneur, de la Véronique. 60
La tunique sacerdotale, pouvoirs. 181
Le corps de Poppée Augusta enseveli. 3, 7
Poppée ensevelie voilée. 43
La préface, ceinture des reins. 37
Les blessures. 170
R
Les religions recherchent la vérité qu’elles acquièrent. 51
Les fausses religions montrent des reliques. 138
Le sentiment de la résurrection dans les âmes des Éthiopiens. 4, 5
Richard Pica, archevêque de Reims, défenseur de la patrie de Besançon. 69
S
Le Suaire de Véronique, jadis fut le Saint Suaire de Maïmbode. 71
Les prêtres voilés. 44
Les confréries de Salamanque du Suaire de Véronique reçurent leur nom. 82
Les sanctuaires du Suaire. 164, 167
Le sang des vaisseaux, autres nourritures. 219
Le sang laissé sur la terre du Christ.
Le sang du côté du Christ coulant.
Le sang et l’eau sortant du côté du Christ.
Le sang du Christ contenu dans les linges. 220
Saint Maximin.
Sapphira, livre ancien. 61
L’écriture en lettres d’argent du Suaire de Véronique. 71, 86
Le semi-byssus, semi-sépulture. 42
Les rites funéraires variés. 1
Les sépultures plus anciennes dans la terre. 2
Les sépultures sont désignées par des noms variés. 5
La longueur du sépulcre du Seigneur. 29
Suaire des Sindonites. 24
Qu’est-ce que le suaire. 23, 24
Le suaire est mentionné dans l’Évangile. 20, 22, 41
Le suaire est appelé amictus chez Marc dans l’Évangile. 24
Le suaire de Compiègne. 150, 162
L’image du Christ n’est pas peinte sur le suaire. 160
Le suaire de Turin, qui fut d’abord à Lirey, puis à Chambéry, ensuite à Alba, enfin en France. 165, 167
À Godefroy de Charny, tué à la guerre. 106, 144
Sa longueur et sa largeur. 29, 187
Sa description. 184 et suiv. 195
Le suaire n’est pas le linge de la tête du Christ. 30, 150
Le suaire ne recouvrit pas le Christ dans le sépulcre. 21, 34
Il fut marqué par le sang du Christ avant l’ensevelissement. 145, 186, 194
Il fut conservé d’abord en Campanie. 95, 99
Il séjourna à Trèves. 100
Son culte fut mal interdit par Clément VII, pape. 102
Sa vérité est défendue. 137
Il vient ensuite d’Humbert, comte, qui le porta à Ripaille. 103, 104
Il fut conservé en Bourgogne, dans l’église de Saint-Hippolyte. 104, 107
Marguerite, veuve d’Humbert, le donna aux ducs de Savoie. 107
Ses miracles furent accomplis à Cambrai. 92, 123 et suiv.
Il sortit des flammes. 124
Il fut transféré à Turin. 134
Confrérie du Saint Suaire de Véronique. 81
Confrérie du Saint Suaire de Cambrai. 121
Les soudures prouvent que le corps du Christ fut enveloppé. 18
Quelque chose du Suaire du Seigneur, de la Véronique. 60
La stature du Christ dans les suaires est analysée. 187
La ligne subtile du corps du Christ, là. 32
Le suaire non tissé. 26, 179
Les suaires des martyrs et des saints. 165, 167
Les suaires presque égyptiens. 162
Les suaires de soie. 26
Les suaires doivent être exposés au culte. 225
Le suaire selon la langue syriaque et latine. 25, 58
La forme propre du visage. 44
La ceinture dans le rite funéraire. 27
La longueur du suaire de la tête du Seigneur. 28, 29
Il couvrait tout le corps, à l’exception de la tête. 42, 45, 49
Vertu incompréhensible. 28
Le culte des suaires dans la cité des Sarrasins. 50
Le suaire du Christ, qui fut trouvé au mont des Oliviers. 27
Le suaire du Christ contient des images des Apôtres. 32
Le suaire d’Édesse. 200
Il fut transféré à Constantinople. 201
Puis à Jérusalem. 204
Le suaire de Mayence. 49, 161
Le suaire de saint Paul Apôtre. 166
Le suaire de Procorne. 161
Le suaire de Véronique. 204
À Rome, quand il fut transféré. 205
Les images célèbres de Cadix et de Manoppello. 206
Suaire de Besançon, dit aussi de Ponce. 163
Suaire de Véronique, jadis de Besançon, et suaire de la tête du Christ, dont parlent saint Jean et Bède. 29, 40
Conçu par la Bienheureuse Vierge, de Joseph. 31
Il est vu à travers un linge de lin. 32
Il n’est pas la ceinture du Seigneur. 55
Racheté avec de l’argent palestinien. 52
Le suaire de Véronique est porté. 50, 52
Ses rites anciens sont exposés. 54
Sa description. 185
Sa longueur et sa largeur. 186
Des animaux y sont représentés, et ils y sont repoussés. 67, 68
Il était autrefois exposé dans les champs. 70
Ses miracles. 66 et suiv.
La demeure de Magnat. 73
Les yeux des travailleurs sont fermés. 76
On doutait de la foi. 76, 77
Par le suaire de Véronique, il est délivré. 80
Les démons n’osèrent pas s’en approcher. 86
Les images ont force contre les poisons. 86
Chose admirable de ce suaire. 84
Quand il est exposé publiquement. 70, 87
Quand il est porté au cimetière. 88
Sa surface, d’où elle est dite. 45
T
Tacite est corrigé. 7
La tunique, quoi que ce soit. 169
Les tuniques servaient aussi de suaires. 48, 172
Les étoffes, laine et lin. 170
Le théâtre de Véronique est étendu pour défendre le suaire. 70
Relique de saint Théodole. 82
Ainsi, en Égypte, on n’aspergeait pas lors de l’ensevelissement. 7
À Trondion, en Gaule, fleurit le culte du Saint Suaire de Besançon. 82
Les inepties des théologiens sont réfutées. 140
Tombeaux des chrétiens. 4
Tunique sans couture du Christ. 32
V
Voiles funéraires, tuniques blanches. 6
Voiles funéraires, symboles de la mort. 45
Voile, partie chevelue de la tête d’abord. 44
Voile des flancs du Christ crucifié. 195, 196
Jérusalem et Aix-la-Chapelle. 148
Voile de Plautilla, et de Véronique, pourquoi on les appelle suaires. 44
Voiles portés. 43
Les Phéniciens lavaient les cadavres lors de l’ensevelissement. 7
Vierges consacrées à Dieu, voilées. 44
Les hommes et les femmes enveloppaient les cadavres à l’égyptienne. 17
Les cadavres nus chez les Indiens sont reçus avec onction. 19
On lavait et on embaumait. 18
Les blessures du Christ, combien furent-elles. 7
Les blessures apparaissent dans le Suaire de Besançon. 148
Blessure du côté du Christ. 193
Blessures des mains du Christ. 190
Blessures des pieds du Christ. 191
FIN
APPROBATION
L’ouvrage de Jean-Jacques Chifflet, gouverneur de Vesontio, et du Saint Empire romain, Commentaire sur le Suaire de Vesontio, le Suaire de Turin, et les autres linges sépulcraux du Christ Sauveur, est digne d’être tenu entre toutes les mains ; car il expose avec exactitude diverses antiquités, tant sacrées que profanes, jusqu’ici non comprises.
Donné à Bruxelles, le jour précédent les calendes d’avril, l’an 1624.
Aubert Miraeus, doyen d’Anvers
et censeur royal.
Comme cette histoire des linges sépulcraux du Christ Seigneur est conforme à la doctrine catholique, et que s’y trouvent présentés des monuments singuliers tirés de l’Antiquité, lesquels sont non seulement utiles à l’instruction des lecteurs, mais encore très propres à exciter et nourrir la piété, j’estime qu’il convient grandement qu’elle soit publiée, avec un grand profit.
Anvers, aux calendes d’août, l’an 1624.
P. Coens, S.T.L., chanoine
et censeur des livres d’Anvers.
SOMMAIRE DU PRIVILÈGE
Par privilège accordé par Philippe IV, roi catholique des Espagnes et très puissant prince des Pays-Bas, il est expressément interdit que l’ouvrage de Jean-Jacques Chifflet, Des linges sépulcraux du Christ Sauveur. Histoire chrétienne, soit imprimé par qui que ce soit, de quelque manière que ce soit, en dehors du territoire de la Belgique, ou qu’il soit importé, après impression, depuis d’autres régions dans les territoires de la Basse-Germanie, ou mis en vente.
Quiconque fera le contraire sera puni par la confiscation des livres et par une autre peine grave, comme il est plus largement exposé dans les lettres données à Bruxelles, le trentième jour de mai de l’an 1624.
Signé :
De Witte
À ANVERS,
DE L’IMPRIMERIE PLANTINIENNE
DE BALTHASAR MORETUS.
1624.
- La maison d’édition : l’atelier d’imprimerie Plantinien d’Anvers. ( Musée Plantin-Moretus ) fondé par Christophe Plantin (vers 1520 – 1ᵉʳ juillet 1589) imprimeur, éditeur et humaniste français établi à Anvers. Les gravures seraient de Cornelius ou Cornelis Galle l’Ancien ( 1576 – 1650 ) [↩]
- plus précisément Chifflet, J.-J. (1679). Miscellanea Chifletiana, ou opuscules divers des Chifflet, illustrant l’histoire et l’antiquité, tant sacrée que profane (Œuvres précédemment publiées séparément, désormais réunies en un seul volume). Amsterdam, Provinces-Unies : Henri Wetsten. [↩]
- Ad exemplum an. 1624 editum Antverpiae : Ex officina Plantiniana, 1688. Numérisé par Internet Archive – 2014 https://archive.org/details/jojacchiffletiidOOchif [↩]
- Extrait & traduit du Latin de Iacques Chifflet, Par A. D. C. P. [ anonyme : Abbé de la Compagnie de Jésus, Prêtre ? ]
A PARIS, Chez SEBASTIEN CRAMOISY, rue S. Iacques, aux Cigongnes. [↩]
- il semblerait qu’il s’agit de Baudouin de Rethel, appelé de Bourcq ou du Bourg dit « l’Aiguillon », né vers 1075 et mort le 21 août 1131, est comte d’Édesse de 1100 à 1118, puis roi de Jérusalem de 1118 à 1131 sous le nom de Baudouin II de Jérusalem. [↩]
- il possède la seigneurie de Bourcq dans les Ardennes[↩]
- Jean II de Furnes — abbé de Saint-Bertin 1125 à 1131 ? – on possède une liste des abbé de Saint Bertin ici Catalogus abbatum Bertiniensium,
manuscrit enluminé sur parchemin, 38 feuillets, gothique textura, début du XVe siècle (1400-1407),
conservé à Saint-Omer, Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, ms. 755
(anciennes cotes : Saint-Bertin 771 ; M 23). [↩] - Saint-Omer n’était pas un port maritime de haute mer, mais un port fluvial majeur relié directement à la mer du Nord, jouant un rôle stratégique dans les réseaux logistiques, religieux et humains de la Flandre pendant les croisades. Son abbaye de Saint-Bertin en faisait un lieu naturel de réception, de conservation et de mise en mémoire des objets et reliques provenant de Terre sainte.[↩]
- La référence n’est pas précise mais il semble que Jean Lorinus (1559-1634), père jésuis d’Avignon [↩]






