Don Antonio Tonelli – Nécrologie.
par Enrico Tittarelli, Salésien
Tittarelli, E. (1938, 20 février). Don Antonio Tonelli : Nécrologie [Circulaire nécrologique salésienne]. Istituto Salesiano « Valsalice », Turin, Italie. https://archiviosalesiano.net/
Il s’agit d’une circulaire nécrologique salésienne adressée aux confrères de la Congrégation environ deux semaines après le décès (20 février 1938) par un de ses collègues, Don Enrico Tittarelli, directeur de l’Institut salésien de Valsalice de 1936 à 1942.
Antonio Tonelli (1877–1938)
Institut salésien « Valsalice »
Turin – Viale Enrico Thovez, 37
20 février 1938
Chers confrères,
J’ai le douloureux devoir de vous annoncer le décès de notre confrère, religieux de profession perpétuelle,
le Père Antonio Tonelli
survenu dans cet Institut, dans la matinée du 3 février dernier.
Il était né à Marzabotto, dans la province de Bologne, le 14 octobre 1877, de Pietro Tonelli et Filomena Andreoli.
Devenu orphelin de père alors qu’il était encore très jeune, il fut envoyé dans notre collège de Faenza, où, grâce à une étude assidue et à une pratique religieuse fervente, il ressentit les premières inspirations qui le conduisirent à mûrir sa vocation religieuse.
Après avoir achevé la quatrième année de gymnase (enseignement secondaire classique italien), il demanda son admission au noviciat.
Sa mère, devenue veuve avec deux jeunes filles à charge, aurait naturellement souhaité que son fils unique — en qui reposaient toutes les espérances de la famille — demeure auprès d’elle.
Mais cette femme d’une foi profonde ne voulut pas s’opposer aux mystérieux desseins de la Providence et le laissa partir en lui donnant sa bénédiction.
Notre confrère rappelait encore, dans les derniers jours de sa vie, combien cette séparation lui avait coûté, sacrifice que seule la foi et l’amour du Seigneur avaient rendu possible.
Admis au noviciat de Foglizzo en 1893 [ 16 ans], il prononça l’année suivante sa profession religieuse perpétuelle.
Au cours des deux années suivantes [ 1894-1895 soit 17-18 ans ], il poursuivit ses études philosophiques à Valsalice.
En 1896 et 1897 [19-20 ans] , il fut professeur et assistant des clercs, tout en étudiant la théologie à Ivrea.
En 1898, après avoir obtenu la licence ecclésiastique, il revint à Valsalice. [ 21 ans ]
Il s’inscrivit alors à la Faculté royale des sciences naturelles de l’Université de Turin.
Tout en poursuivant ses études de théologie, il commença à enseigner les sciences naturelles et les mathématiques au lycée.
Sa vie d’apostolat, humble, discrète mais intense et profondément admirée, commença ainsi dans cet établissement où il demeura presque sans interruption jusqu’au jour où le Seigneur l’appela à Lui.
J’ai sous les yeux la fiche biographique qu’il avait lui-même rédigée.
Il en ressort que, de 1902 à 1906, il enseigna :
- les mathématiques ;
- la physique ;
- les sciences naturelles
au lycée ainsi que dans les écoles normales.
En 1906 et 1907, son enseignement à Valsalice ayant été réduit, il assuma celui des sciences physiques, des sciences naturelles et de l’agronomie dans les écoles normales des Filles de Marie Auxiliatrice à Nizza Monferrato.
Mentionnons également sa licence en sciences naturelles, brillamment obtenue à l’Université royale de Turin en décembre 1902.
Le 19 mars 1905, après avoir terminé ses études théologiques, il célébra à Valsalice sa première messe, en compagnie de Monseigneur Climati, ami de son âme, ancien condisciple, devenu ensuite un travailleur infatigable et savant dans nos lycées et écoles normales.
Avec une ardeur renouvelée, il reprit alors son enseignement, qu’il considérait désormais comme un véritable ministère sacré.
De 1909 à 1911, il fut envoyé à Mato Grosso, au Chubut, en Patagonie et en Terre de Feu, afin d’y entreprendre des recherches d’ethnographie et d’histoire naturelle.
Il rapporta une documentation précieuse pour les expositions missionnaires salésiennes ainsi que des informations très importantes sur les origines, les coutumes et les langues des tribus indigènes de ces régions.
Il rédigea plusieurs mémoires et donna des conférences très appréciées lors de congrès géographiques nationaux.
Cependant, de ce long voyage, riche d’aventures, de découvertes scientifiques et d’impressions profondes, il aimait surtout rappeler un épisode.
Un soir, il arriva dans une mission très isolée précisément au moment où un confrère prêtre était sur le point de mourir.
Celui-ci, en le voyant, le salua comme s’il accueillait un ange venu du ciel et lui dit :
« Merci ! C’est Don Rua qui vous envoie… Je l’ai tant prié… »
Il reçut alors les derniers sacrements et mourut en paix, réconforté par son confrère.
Pendant la Première Guerre mondiale (1915-1918), Don Tonelli servit d’abord comme soldat au cabinet de radiologie de l’Hôpital militaire de Turin, puis comme officier du Commissariat.
Toutes les heures que lui laissait son service, qu’il accomplissait avec le plus grand sens du devoir, il les consacrait à Valsalice, poursuivant sa vie exemplaire de Salésien et d’enseignant.
Pendant la guerre mondiale, de 1915 à 1918, Don Tonelli fut d’abord soldat, affecté au cabinet de radiologie de l’Hôpital militaire de Turin, puis officier du Commissariat ; mais toutes les heures que lui laissait son service, qu’il accomplissait comme un très haut devoir, il les passait à Valsalice, poursuivant sa vie exemplaire de Salésien et de professeur.
Après son congé, Don Tonelli revint à son école et à ses études de prédilection, qui portèrent également des fruits précieux dans le domaine religieux. En effet, avec le regretté Don Noguier [ de Malijay ] , autrefois son professeur dans ce lycée, il s’était passionné pour les études qui, après 1898, se développèrent sur le Saint Suaire de Turin. Par des démonstrations fondées sur des expériences physico-chimiques, il expliqua l’origine des empreintes du Corps du Seigneur sur le Saint Linceul dans lequel, après sa mort, Il avait été enveloppé ; il défendit l’authenticité de la Sainte Relique également par des conférences illustrées de projections lumineuses d’un très grand intérêt. En 1933, il eut l’honneur d’être appelé par Son Éminence le Cardinal Archevêque de Turin à faire partie du Comité chargé d’exécuter la seconde photographie du Saint Suaire ; sur cette question, pour répondre aux objections les plus hardies, il publia dans la Rivista dei Giovani une série d’articles, denses et précis, que Son Éminence fit ensuite réunir en volume. Ces travaux lui valurent l’approbation et les éloges d’éminents savants.
L’esprit de piété et d’apostolat qui l’animait jusque dans ces recherches apparaît clairement dans les dernières lignes de son livre :
« Lorsqu’on considère l’insolite processus physico-chimique qui a produit les empreintes du Suaire, on ne peut qu’admirer la Providence qui a tout disposé pour nous laisser ce document scientifique de la Passion du Christ, afin de rappeler à l’humanité moderne la nécessité de mortifier l’égoïsme et d’orienter plus sûrement sa vie vers les problèmes de l’esprit » 1
.Et c’est pour notre Congrégation un titre d’honneur que deux fils de saint Jean Bosco aient apporté une coopération si efficace à la diffusion dans le monde du culte du Saint Suaire de Turin.
Mais une activité si féconde devait être douloureusement interrompue.
En décembre 1936, Don Tonelli fut atteint d’un érysipèle 2) qui évolua en septicémie et provoqua une affection cardiaque toujours plus grave et très douloureuse. Les soins des meilleurs médecins, les attentions de ses confrères et même le repos absolu de plusieurs mois dans la très hospitalière maison d’Alassio ne purent l’emporter. Le Salésien infatigable se sentit perdu ; il se retira dans la solitude et, dans une douleur résignée, dans une prière toujours plus fervente, attendit l’appel du Seigneur.
Pendant sa maladie, il reçut à plusieurs reprises la visite du Très Révérend Recteur Majeur, des Supérieurs du Chapitre, de Monsieur l’Inspecteur, de nombreux confrères, d’élèves actuels et d’anciens élèves ; pour tous, il avait un mot de remerciement ou une exhortation affectueuse, ou tout au moins, même lorsque les contractions de son visage traduisaient les spasmes de la douleur, un sourire bienveillant et reconnaissant.
Lorsqu’il ne put plus célébrer la Sainte Messe, il voulut recevoir chaque matin la Sainte Communion ; il demeura très fidèle à tous les exercices de piété. Il se faisait lire chaque jour la méditation et, bien souvent, lorsque le lecteur le croyait assoupi après une longue veille tourmentée ou étouffé par l’angoisse, interrompait la lecture, il ouvrait les yeux et disait : « Continuez ; continuez encore ! » L’esprit de prière qui se manifesta durant ces derniers mois lui avait été habituel toute sa vie et atteignit alors un degré insoupçonné. Un confrère, en effet, apprenant son départ, écrivit : « Ce matin, réveillé à deux heures, selon notre accord, je me suis uni dans la prière à l’inoubliable Don Tonelli… J’appris ensuite que c’était précisément à cette heure-là que les confrères se pressaient autour de lui, à son agonie… » C’est grâce à cet esprit qu’il sut souffrir avec tant d’amour pour Dieu et qu’il s’approcha toujours davantage de Lui avec confiance. À ceux qui lui demandaient comment il allait, il répondait habituellement : « Bien… Ainsi le Seigneur le veut... » Un jour, il refusa de boire, bien qu’il fût dévoré par la soif, en disant : « Non, non… Sur la Croix, le Seigneur aussi avait soif, et personne ne Lui donna à boire. »
Pressentant sa fin prochaine, il demanda le Sacrement des malades et le Saint Viatique ; lorsque je lui proposai de les faire administrer par l’un de nos anciens et vénérés supérieurs, il répondit : « Pourquoi ?… Non, non… L’autorité, l’autorité… » On récita les prières du Rituel Sacré et celles des agonisants ; lorsqu’on arriva aux paroles : Licet enim peccaverit, tamen Patrem et Filium et Spiritum Sanctum non negavit, sed credidit, il leva vers le ciel ses yeux et ses mains tremblantes en disant : « Oh ! cela oui, cela oui ! » Par cette exclamation, il révélait la raison intime de son généreux dévouement à l’idéal salésien : il avait toujours fermement cru, et le don de la foi, dans son cœur, s’était uni à une charité vivante et à une espérance consolatrice.
Le soir du 3 janvier, en présence de Monsieur l’Inspecteur et des confrères de la maison, il voulut recevoir la Sainte Onction ; mais auparavant, avec l’humilité qui le caractérisait, il en vint à dire qu’il avait fait du mal à tous, tandis que tous lui avaient fait du bien, et il demanda pardon ; puis, prosterné avec les confrères, il voulut exprimer, par la récitation du Te Deum, la joie de son âme. Le lendemain matin, on lui apporta solennellement le Saint Viatique ; dès lors, tandis que son corps se consumait douloureusement, il semblait hâter de tous ses désirs l’heure de s’unir à Dieu. Parfois, il délirait ; mais il suffisait de lui suggérer une prière pour qu’il reprît ses esprits et la poursuivît, fût-ce d’une voix très faible. Il récitait souvent, lentement, quelques-unes des plus belles strophes du Lauda Sion et, vers la fin de cette hymne, il semblait se complaire à répéter : Alleluja, alleluja ! Vers la fin de janvier, il arriva aux dernières limites de ses forces ; il laissa à ses sœurs et à ses proches, comme ultime souvenir, l’exhortation à faire le bien, beaucoup de bien envers le prochain ; le soir du 2 février, il salua tous les confrères, reçut avec reconnaissance la dernière bénédiction de notre Très Révérend Recteur Majeur et de Marie Auxiliatrice, puis demeura comme assoupi.
Plus tard, on l’entendit répéter à plusieurs reprises, à voix basse : « Viens… viens… » Puis, après une pause, comme s’il demandait qui devait venir, il ajouta : « Mère de Dieu… Mère de Dieu… » Ensuite il appela sa maman et ne prononça plus une parole. À quatre heures du matin, le 3 février, Don Tonelli s’éteignit paisiblement.
Les funérailles furent, comme l’écrivit admirablement l’un de ses anciens élèves, « un triomphe de l’amour ». La Messe solennelle de Requiem fut célébrée le 5 février par Monsieur l’Inspecteur et chantée par les élèves de notre lycée avec un groupe de clercs de l’Institut Théologique de la Crocetta ; la communion de suffrage fut générale et fervente. Aux obsèques assistèrent les sœurs et de nombreux parents, le Très Révérend Don Ziggiotti, du Chapitre Supérieur, représentant notre Recteur Majeur, des directeurs, des confrères, des professeurs, notamment de l’Université Royale, des religieuses, des représentants de nos instituts de la ville, ainsi qu’un très grand nombre d’anciens élèves. Monsieur l’Inspecteur, Don Fanara, lui adressa un dernier salut en des paroles empreintes d’une profonde émotion, lui appliquant les expressions par lesquelles l’Église exalte les héros de la sainteté : « pius… humilis, pudicus… duxit sine labe vitam ». Au crépuscule, notre Don Tonelli, parmi les prières et les larmes des confrères et des anciens élèves, descendit dans la paix de notre tombeau, au cimetière de Turin.
Dans l’école de Don Tonelli, à Valsalice, se sont succédé des générations de clercs, d’élèves des écoles normales et de lycéens ; tous admirent unanimement l’étendue de son savoir, son enseignement précis, efficace et passionné, son humilité et la délicatesse acquise par son âme. Un ancien élève l’a défini, dans une formule admirable, comme un « maître de sagesse et de bonté » ; un autre écrivit : « Belle âme et grand cœur de Don Tonelli ! Il travailla sans relâche, dans l’obscurité de sa vie d’apôtre, sans accepter aucun éloge, sans jamais se plaindre… sans même laisser paraître une larme ou une douleur… » Un autre encore : « Quel enthousiasme dans son enseignement ! Dans certaines explications, des flammes de pudeur montaient à ses joues, révélant la pureté de son âme… Il vivifiait ses leçons, surtout celles de géologie, par un si grand amour pour Dieu Créateur qu’il entraînait l’admiration et l’adhésion de tous. » Beaucoup ont déclaré avoir reçu de lui une impulsion puissante vers la fermeté dans la foi et la vie chrétienne, grâce à son intelligence brillante et à son cœur rempli de douceur, qu’il prodiguait avec une générosité sans limites. Son souvenir vivra longtemps, dans la Congrégation comme au dehors, en bénédiction. Il fut un excellent fils de Saint Jean Bosco.
Tous ceux qui l’ont connu durant sa vie et approché au cours de sa douloureuse maladie sont convaincus qu’il jouit déjà du Paradis, parce que « ceux qui auront enseigné la justice à un grand nombre resplendiront comme les étoiles dans l’éternité ».
Cependant, afin de répondre aussi à son vif désir, je le recommande encore aux prières de tous les confrères, qui se sentent unis à lui par le devoir de la reconnaissance et par le lien de la charité. Je demande également un souvenir devant le Seigneur pour moi-même et pour cette maison si douloureusement éprouvée.
Votre tout dévoué en Jésus-Christ,
Abbé Enrico Tittarelli
Directeur
Notice nécrologique : Abbé Antonio Tonelli, né à Marzabotto (Bologne) le 14 octobre 1877, décédé à Valsalice (Turin) le 3 février 1938, après 44 années de profession religieuse et 33 années de sacerdoce.
— Notes —- A. Tonelli, Examen objectif du Saint Suaire, Turin, S. E. I. — Il collabora également à l’ouvrage du chevalier Giuseppe Enrie, Le Saint Suaire révélé par la photographie, dont Son Éminence prépare une deuxième édition, où il sera spécialement fait mention de la valeur de ses travaux.[↩]
- L’érysipèle est une infection bactérienne aiguë de la peau et des tissus sous-cutanés, presque toujours causée par des streptocoques (plus rarement par d’autres bactéries[↩]