Madrid – I – 1567

Cette copie du Saint Suaire, réalisée en 1567 par un artiste inconnu est conservé Monastère de San Lorenzo del Escorial de Madrid. Elle fait partie du patrimoine national sous le numéro d’inventaire 1003518.

Crédit photo : Almudena Pérez de Tudela (2022)

Description

Cette copie du Saint Suaire est une peinture sur toile de lin mesurant 228 cm par 98 cm

Le tissu présente des signes d’usure, notamment des zones effilochées et décolorées. L’histoire raconte qu’au moment de l’invasion des troupes napoléoniennes, des actes de vandalisme ont été commis sur la copie, avec notamment des marques au niveau de la bouche, qui auraient été barbouillées par dérision (Duque, 2001a).

Inscription :

La copie présente seulement une reproduction de l’empreinte faciale avec une inscription.

Nous Lisons :  » D’ ALUA QUESTA IMAGINE ESTATA FATA ET EXTEZA A NEL CASTELLO DI CHÃBERE AU 12 OCTOBRE 1567  » et traduirions comme ceci  » « De cette image qui a été faite et étendue dans le château de Chambéry le 12 octobre 1567. »

Il pourrait s’agir d’une image tronquée car l’inscription ne semble pas ici complète.
Par ailleurs, la langue présente ici semble être un mélange d’italien et de français avec des traits archaïques, possiblement influencée par le piémontais ou le savoyard, dialectes régionaux dans les territoires de Savoie et du Piémont à cette époque. Les écarts orthographiques tels que « exteza » pour « étendue » ou l’utilisation de « Chãbere » pour « Chambéry » reflète une influence phonétique régionale ou une transcription approximative dans une langue espagnole, comme l’indiquerait la présence du tilde « ~ » sur le « a ».

Histoire :


Cette copie est conservée au Monastère de San Lorenzo del Escorial qui est un haut lieu du Royaume d’Espagne depuis l’époque de Philippe II. Le monastère contient une des plus grandes bibliothèques de son temps. C’est aussi un sanctuaire qui contient l’une des plus grandes collections de reliques du monde catholique : on y trouve quelque 7 500 reliques abritées dans 570 reliquaires répartis dans tout le monastère, mais spécialement dans la basilique Saint-Laurent.

Une deuxième copie aurait été produite pour la Chambre du Roi Philippe II. Elle se trouverait au bout du lit de Philippe II.

Chambre de Philippe II – San Lorenzo de El Escorial – Cadre à droite de l’image. –

Philippe II, collectionneur passionné de reliques, aurait spécifiquement demandé que cette copie du Suaire soit placée dans ses appartements pour qu’il puisse la voir depuis son lit. José Manuel García Bautista rapporte que cette réplique miniature aurait été installée à la demande du roi, qui tenait à ce que les objets de vénération religieuse soient toujours à sa portée. Malgré les années et les conditions de conservation parfois difficiles, la copie est toujours présente à son emplacement d’origine.

Cette copie mesure seulement 0.45m x 0.12m encadrée dans un bois d’ébène de 30,5 x 70,5 cm.

La phrase en latin « Nobilior potuit salamandram vincere sindon; non timet illa ignes, haec timor ignis erat » pourrait se traduire comme suit : « La plus noble [toile] a pu vaincre la salamandre ; celle-ci ne craint pas le feu, mais celle-là a été la terreur du feu. »

Ce vers semble établir une comparaison symbolique entre le Suaire de Turin et la salamandre, qui, dans le folklore, est réputée pour être insensible aux flammes. Le contraste entre la résistance mythique de la salamandre et la vulnérabilité apparente du Suaire met en relief la résistance inattendue de ce dernier face aux flammes, notamment lors de l’incendie de 1532, affirmant ainsi sa noblesse et sa force symbolique. 1

Passage dans CHIFFLET ( 1624 ) – De Linteis Sepulchralibus Christi Servatoris Crisis Historica

Il est possible que le modèle ait été le Suaire de Besançon et non le Saint Suaire !

 » Le roi très catholique Philippe II, ayant été informé par le cardinal Granvelle que l’on conservait à Besançon le Suaire du Seigneur, demanda aux chanoines, gardiens de ce précieux dépôt, qu’ils lui fassent parvenir au plus vite une copie fidèlement exécutée par une main experte. Désireux d’obéir sans délai à la volonté royale, les ministres sacrés convoquent un peintre des plus expérimentés, afin qu’il réalise une copie de l’icône sacrée imprimée sur le lin.

Mais, dès qu’il commence à travailler, à la lumière des cierges allumés, il avoue ne pouvoir à peine supporter l’éclat jaillissant du linge ; tantôt l’image lui apparaît plus courte et plus étroite, tantôt plus longue et plus large ; les marques sanglantes lui semblent parfois plus rougeâtres, d’autres fois plus pâles.

Ce n’est qu’après avoir célébré le Saint Sacrifice, une fois la divinité apaisée et la brume de ses yeux dissipée, qu’il parvient à esquisser l’image du Christ à l’aide d’un pinceau délicat. Cette image fut ensuite envoyée en Espagne au roi.

Ce peintre, surnommé “d’Argento”, réalisa ensuite plusieurs autres copies d’après le modèle bisontin, sur des linges de mêmes dimensions en longueur et en largeur.

L’une d’elles se trouve aujourd’hui en possession du très noble Henri de Varick, margrave d’Anvers ; d’autres sont conservées dans les maisons privées de plusieurs puissants à travers l’Europe.

J’en donne ici l’avertissement, afin qu’on ne se méprenne pas à l’avenir, et qu’on ne prenne pas ces copies pour les véritables suaires du Christ.

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Sources

Photographies :

Fernando Martínez et Díaz de Zugazúa, (2013 ) ; Habitación de Felipe II ( Collegio La Salle Santander Cours d’Histoire de l’Art )

Almudena Pérez de Tudela, ( 2022 ) « Entre Madrid et Turin : l’Infante Catalina Micaela » (agenart.org )

— Notes —
  1. on peut se demander si cette copie est bien une copie originale car cela ressemble à une reproduction moderne ?? [↩]
  2. CHIFFLET ( 1624 ) – De Linteis Sepulchralibus Christi Servatoris Crisis Historica De Linteis Sepulchralibus Christi Servatoris Crisis Historica, p 79 – 80 [↩]

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