Emilio Cavaterra

Emilio Cavaterra (1925–2014) fut un journaliste, écrivain et essayiste italien, figure marquante — quoique marginalisée — du journalisme politique et religieux d’après-guerre en Italie. Il est une figure de la droite catholique italienne, avec un passé d’engagement aux côtés du fascisme italien.
Spécialiste des questions vaticanes et de l’histoire italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, il a laissé une œuvre abondante, aussi bien journalistique qu’essayistique, au croisement de la chronique, de la mémoire combattante et de l’analyse politico-religieuse.

Emilio Cavaterra au cœur du projet La Sindone ( hors commerce, 1975 )

En 1975, Emilio Cavaterra participe à un ouvrage de prestige intitulé La Sindone, publié hors commerce à Rome par Dino Editore à l’occasion de l’Année jubilaire. Ce volume luxueux, richement illustré et relié de manière artistique, était offert ou vendu un prix élevé qui en limita la diffusion. Cavaterra y signe le chapitre d’ouverture, Il lungo viaggio nella storia (« Le long voyage dans l’histoire »), dans lequel il retrace le destin complexe du suaire à travers les siècles, en s’appuyant sur une approche à la fois historique, narrative et apologétique.

Un parcours enraciné dans la guerre

Né en 1925, Cavaterra s’engagea dans sa jeunesse comme volontaire dans la Repubblica Sociale Italiana (RSI), régime néofasciste fondé par Mussolini en 1943 après l’armistice. Cet engagement militaire et idéologique imprégnera durablement sa pensée et ses écrits, nourrissant une mémoire « dissidente » de la guerre, souvent à rebours du récit dominant de la Résistance.

Après 1945, il entame une carrière dans le journalisme, écrivant notamment pour Il Quotidiano, Il Gazzettino di Venezia, Il Roma de Naples, Il Giornale di Sicilia, avant de rejoindre des publications plus marquées politiquement comme Il Borghese (sous le pseudonyme « Lo Svizzero »), Il Secolo d’Italia (sous le pseudonyme « Belfagor »), ou encore Il Giornale d’Italia, dont il fut rédacteur en chef.

Écrivain prolifique et polémiste catholique

À la fois polémiste et historien autodidacte, Cavaterra a publié de nombreux ouvrages, souvent en marge de l’historiographie académique, mais empreints d’une érudition militante. Parmi ses publications les plus notables figurent :

  • Il Papa negro (1968), roman de politique-fiction publié chez Il Borghese, décrivant un pontificat fictif dans un style dystopique ;
  • La Repubblica armata (2002) et Mussolini e l’innocente (2002), essais apologétiques sur la RSI et ses figures méconnues ;
  • Salvate Milano ! (1995), sur la médiation du cardinal Schuster pour éviter la destruction de la ville en 1945 ;
  • L’occhio del Vaticano sull’Italia in guerra (2008), analysant les perceptions diplomatiques du Saint-Siège durant le conflit ;
  • Il giallo della Sindone (1978), dans lequel il explore les mystères entourant le Suaire de Turin, croisant enquête historique et critique religieuse.

Il fut aussi l’éditeur ou le coordinateur de dossiers politiques comme Libro bianco sull’apertura a sinistra (1962) ou Dossier Conciliazione (1961), toujours dans une perspective critique vis-à-vis du dialogue entre démocratie chrétienne et gauche.

Un regard affûté sur le Vatican

Cavaterra a consacré une grande partie de ses recherches aux affaires vaticanes, notamment aux conciles, aux controverses doctrinales et aux figures de la curie. Dans Il prefetto del Sant’Offizio (1990), il retrace la vie du cardinal Ottaviani, gardien de l’orthodoxie romaine pendant le concile Vatican II, avec admiration mais aussi lucidité.

Son ouvrage I Parlamenti di Dio (1961) proposait déjà une histoire synthétique des conciles œcuméniques, en insistant sur les enjeux doctrinaux et géopolitiques du Concile Vatican II, alors en phase préparatoire.

Une figure marginale mais cohérente

Figure du catholicisme intransigeant, Emilio Cavaterra se positionnait dans la continuité des penseurs contre-révolutionnaires et conservateurs italiens, tout en adoptant les outils de l’enquête journalistique et de la narration historique. Il a su faire entendre, à travers une œuvre dense et variée, la voix d’une mémoire italienne « refoulée », celle des vaincus de l’histoire, des soldats de la RSI, et d’un catholicisme hostile à l’ouverture conciliaire.

Décédé à Rome le 13 août 2014 à l’âge de 89 ans, Emilio Cavaterra laisse derrière lui une œuvre composite, parfois controversée, mais toujours engagée. Ses funérailles furent célébrées le lendemain à l’église des Sette Santi Fondatori, place Salerno à Rome, dans une discrétion à l’image de son parcours en marge des courants dominants.

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