Enrico Reffo (1831-1917) est une figure marquante de la peinture religieuse en Italie, particulièrement dans la région du Piémont. En 1898, il est chargé par la maison de Savoie de réaliser une reproduction grandeur nature du Saint Suaire.

Cette œuvre de Reffo serait conservée à l’Institut des Artigianelli bien que sa localisation actuelle reste incertaine


Formation et influences artistiques :
Né à Turin de parents modestes originaires de la vallée de Valsesia, Reffo a dès son plus jeune âge manifesté un intérêt pour l’art, encouragé par son père, un artisan tourneur, qui l’a placé en apprentissage chez un bijoutier. Cet apprentissage, bien que technique, a éveillé chez le jeune Reffo un goût pour l’esthétique et l’expression artistique, qu’il approfondira par la suite à l’Académie Albertina de Turin.

À l’Académie, Reffo suit les cours de Gaetano Ferri, un maître réputé pour sa profonde connaissance de la peinture et sa capacité à transmettre la dimension spirituelle de l’art. Sous son influence, Reffo développe un style unique, marqué par une attention méticuleuse aux détails et une quête d’expression morale dans ses œuvres.
Reffo se spécialise dans la peinture sacrée, un domaine où il se sent en harmonie avec ses convictions religieuses profondes, héritées de son environnement familial pieux.
Malgré des difficultés financières qui limitent sa formation académique, Reffo réussit à bâtir une carrière florissante. Sa nomination en 1865 comme professeur de dessin appliqué aux industries à l’Institut des Artigianelli de Turin lui assure une stabilité financière et un cadre pour se consacrer à son art.
Contribution au Saint Suaire
La notoriété de Reffo en tant que peintre sacré atteint son apogée en 1898 lors de l’ostension du Saint Suaire à Turin, un événement marquant pour les fidèles et pour l’Église, attirant des milliers de pèlerins.

Enrico Reffo est alors chargé de réaliser une reproduction grandeur nature du Saint Suaire, une mission de grande importance pour l’Église et pour la dévotion populaire. L’oeuvre a été peinte d’après nature dans le Cathédrale de Turin ( source)
Reffo chez Noguier de Malijay :
Cette reproduction a été également documentée par Noguier de Malijay en 1922 dans l’ouvrage Le Saint Suaire et la Sainte Face de notre Seigneur Jésus Christ (*)

Dans son ouvrage de 1922, Le Saint Suaire et la Sainte Face de Notre Seigneur Jésus Christ, Noguier de Malijay met en avant la reproduction du Saint Suaire réalisée par Enrico Reffo lors de l’ostension de 1898. La Figure 8 présente cette aquarelle sépia de Reffo, qui montre l’empreinte du visage du Christ avec des traits sombres sur un fond relativement clair. La légende souligne un détail important : « Elle montre que l’œil de l’artiste a exactement vu ce qu’a vu l’objectif photographique : l’empreinte humaine en teinte sombre, donc négative, sur le fond clair relativement de la toile. »
Ainsi, Noguier de Malijay fait de cette illustration une confirmation implicite de l’observation de Secondo Pia par sa prise de vue du 28 Mai 1898 : la similitude entre les œuvres de Reffo et Pia, toutes les deux réalisées en 1898, suggère que l’aspect négatif du Suaire était bien une caractéristique intrinsèque de la relique.
La reproduction de Reffo se pose ainsi en double visuel de la photographie de Pia, renforçant la crédibilité de cette découverte majeure en affirmant que l’image sombre perçue sur le Suaire n’est pas propre à la photographie, mais bien un élément inhérent à la relique elle-même.
Reffo chez Luigi Fossati.
Luigi Fossati nous renseigne dans son article de 1994 :

Le peintre Enrico Reffo (… ) a également représenté le Suaire d’après nature, en peignant une petite aquarelle conservée, d’après ce qu’écrit [Antonio] Tonelli dans l’article cité, à l’Institut des Artigianelli de Turin, mais qui est aujourd’hui introuvable. Bien que le Père [Antonio] Tonelli ne le mentionne pas, il est certain, d’après la documentation existante, que Reffo a lui aussi représenté le Suaire en taille réelle. Voir la Table XVI dans la publication L’Ostensione della Santa Sindone, Turin, 1931, avec la légende suivante : « Fac-similé du Saint Suaire peint par le peintre E. Reffo en 1898. ( positif et négatif) » Cette information fut confirmée plus tard dans une publication sur Reffo, où l’on peut lire : « Copie du Suaire (peut-être dans le placard de la Chapelle Royale) (sic). »
Œuvres dérivées :
L’œuvre d’Enrico Reffo, réalisée lors de l’ostension de 1898, est une référence reconnue, utilisé plusieurs fois pour produire des œuvres secondaires comme en témoigne notamment cette carte postale éditée pour l’ostension de 1931, intitulée » Le Saint Suaire de notre Seigneur Jésus Christ vénéré dans la Chapelle Royale de Turin ». La carte postale porte la mention » Approuvée par l’Autorité Ecclésiastique – Reproduction de l’original exécuté par M. Enrico Reffo durant l’Ostension de 1898 «

(*) la carte postale a été produite avant l’ostension de 1931.

(*) la carte postale a été produite avant l’ostension de 1931.
Transcription du Verso de la carte postale :
LA PIU GRANDE RELIQUIA DEL CRISTIANESIMO
La Sacra Sindone, cioé il lenzuolo nel quale fu avvolto il cadavere di Gesù Cristo appena deposto dalla Croce, si conserva a Torino nell’artistica cappella del Palazzo Reale. E’ la più grande Reliquia della nostra santa Religione.
Essa fu portata dall’Oriente da Goffredo di Charny, verso la metà del secolo XIV, e poi donata, nel 1453, alla Casa di Savoia, la quale ne è tuttora depositaria.
Per sfuggire a guerre e ad altri pericoli, la preziosa Reliquia fu fatta peregrinare da Chambéry a Torino, da Torino a Pinerolo, poi a Vercelli e a Cherasco. Dopo l’assedio del 1706, ritornò definitivamente a Torino, e le sue ostensioni, che nel secolo scorso furono sei, diedero sempre luogo a dimostrazioni religiose davvero grandiose.
Come i nostri padri e i nostri avi, uniamoci anche noi con fede alle turbe dei pellegrini, che accorrono, in questi giorni, a venerare una sì celebre Reliquia, ricordando con riconoscenza la Passione del Divin Salvatore, affinché possiamo per i meriti di essa giungere alla perenne gloria della risurrezione.
RICORDO DELLA SOLENNE OSTENSIONE
fatta in Torino nel Maggio 1931
“La Palatina,” G. Bonis – Torino, Via Giulio, 20 Riprod. vietata sotto qualsiasi forma.
Traduction :
LA PLUS GRANDE RELIQUE DU CHRISTIANISME
Le Saint Suaire, c’est-à-dire le linceul dans lequel fut enveloppé le corps de Jésus-Christ juste après sa descente de la Croix, est conservée à Turin dans l’élégante chapelle du Palais Royal. C’est la plus grande Relique de notre sainte Religion.
Elle fut apportée d’Orient par Geoffroy de Charny, vers le milieu du XIVᵉ siècle, et ensuite offerte, en 1453, à la Maison de Savoie, qui en est encore aujourd’hui dépositaire.
Pour échapper aux guerres et à d’autres dangers, la précieuse Relique fut transportée de Chambéry à Turin, de Turin à Pignerol, puis à Verceil et à Cherasco. Après le siège de 1706, elle revint définitivement à Turin, et ses ostensions, qui furent au nombre de six au siècle dernier, donnèrent toujours lieu à des démonstrations religieuses vraiment grandioses.
Comme nos pères et nos aïeux, unissons nous nous aussi avec foi aux foules de pèlerins, qui affluent, en ces jours, pour vénérer une si célèbre Relique, en nous souvenant avec reconnaissance de la Passion du Divin Sauveur, afin que nous puissions, par ses mérites, parvenir à la gloire éternelle de la résurrection.
SOUVENIR DE LA SOLENNELLE OSTENSION
fait à Turin en mai 1931
“La Palatina,” G. Bonis – Turin, Via Giulio, 20 Reproduction interdite sous toute forme.
Source :
- Reffo, E. ( 1898 ) Aquarelle reproduisant le Saint Suaire in L’Ostensione della Santa Sindone, Turin, 1931, Table XVI.
- Barbavara, G. C. (1898). Enrico Reffo. Dans Arte Sacra – 1898 – (pp. 193-194). Roux Frassati.
- Noguier de Malijay, N. (1922). Le Saint Suaire et la Sainte Face de notre Seigneur Jésus Christ (*) page 33.
- Tonelli, A. (1929, novembre). Rivista dei giovani. ( cité par L. Fossati 1994) ( nous le cherchons )
- Fossati, L. (1994). Photographing the Holy Shroud during the 1898 Exhibition. Collegamento pro Sindone, septembre/octobre 1994.