Dans le contexte de l’étude du Saint Suaire, l’« espace de Destot » désigne une zone anatomique dans le poignet qui a joué un rôle central dans les analyses de Pierre Barbet, un chirurgien français, pour expliquer la position des clous de la crucifixion et les effets associés visibles sur les empreintes du Suaire.

L’Espace de Destot et la Fixation des Mains par les Clous
L’espace de Destot est un intervalle entre les os du carpe (les petits os du poignet), précisément entre les os unciné, capitatum, pyramidal et semi-lunaire. Cette zone est suffisamment large pour permettre le passage d’un clou d’environ 7 à 8 millimètres de diamètre sans briser les os adjacents, ce qui correspond aux observations faites sur le Suaire.
Cette localisation dans le poignet est significative parce qu’elle fournit une solidité structurelle capable de soutenir le poids du corps lors d’une crucifixion, contrairement à une insertion du clou dans la paume de la main, qui aurait provoqué une déchirure sous le poids du corps.
Travail de Pierre Barbet : Lésion du Nerf Médian et Repliement des Pouces
Pierre Barbet a approfondi l’étude de l’impact d’un clou traversant l’espace de Destot sur le nerf médian, un nerf important qui passe précisément dans cette région anatomique et qui contrôle, entre autres, les muscles de l’éminence thénar (la base du pouce). Il a utilisé le corps de personnes l’ayant généreusement donné pour le progrès de la science pour montrer que la fixation du clou dans l’espace de Destot permettait de soutenir le poids d’un corps suspendu à une croix.

Barbet a démontré, par des expériences sur des membres amputés, que l’introduction d’un clou à cet endroit cause une lésion directe du nerf médian. Cette lésion provoque une contraction des muscles de l’éminence thénar, ce qui entraîne une flexion caractéristique des pouces vers l’intérieur de la paume, un phénomène appelé « rétraction » ou « repliement ». Sur le Suaire, cette contraction semble être à l’origine de l’absence d’empreinte des pouces, car ils se replient sous la paume en raison de la lésion nerveuse.

Importance de l’Espace de Destot et des Observations de Barbet
L’étude de l’espace de Destot et des effets de la lésion du nerf médian par Barbet fournit des preuves anatomiques et physiologiques qui soutiennent l’authenticité de l’image sur le Suaire, en raison de la précision des empreintes du corps crucifié. Ces empreintes témoignent d’une blessure qui respecte non seulement les connaissances anatomiques modernes mais aussi des éléments médicaux et physiopathologiques qui auraient été impossibles à imiter ou à anticiper à l’époque médiévale.
La Position des Clous : Une Connaissance Perdue à l’Époque Médiévale
La position exacte des clous lors des crucifixions romaines, notamment leur insertion dans les poignets plutôt que dans les paumes, était une connaissance anatomique perdue à l’époque médiévale.

Dans les œuvres d’art médiévales et même jusqu’à nos jours, la crucifixion est presque toujours représentée avec les clous plantés dans les paumes des mains. Cette représentation erronée persiste à travers des siècles d’art chrétien, reflétant l’absence de compréhension anatomique précise des effets d’une crucifixion. En réalité, un clou traversant la paume n’aurait pas pu supporter le poids d’un corps suspendu et aurait déchiré les tissus, ce qui aurait nécessité des liens ou un support supplémentaire pour maintenir la victime en place.
Codex de Pray et Repliement des Pouces
Le détail du repliement des pouces, tel qu’observé sur le Saint Suaire de Turin, est également visible sur le célèbre Codex de Pray, un manuscrit hongrois datant d’environ 1192-1195. Ce codex est considéré comme l’une des plus anciennes représentations du Suaire, bien antérieure à la datation au carbone 14 de 1988, qui a estimé la création du Suaire aux alentours de 1260-1390.

Dans l’image du Codex de Pray, le corps du Christ est représenté avec les pouces repliés sous les mains, exactement comme sur le Suaire, ce qui correspond à la lésion du nerf médian causée par la crucifixion, comme l’a démontré Pierre Barbet. Ce détail anatomique précis et spécifique n’aurait pu être connu ou reproduit sans une connaissance approfondie des effets physiques de la crucifixion, notamment l’atteinte du nerf médian et la contraction de l’éminence thénar.
La présence de ce repliement des pouces dans le Codex de Pray constitue donc un argument puissant en faveur de l’authenticité du Suaire et remet en question la datation au carbone 14 de 1988. La correspondance anatomique exacte avec le Suaire, combinée à la date du Codex de Pray, bien antérieure à la datation suggérée par le carbone 14, plaide en faveur de l’idée que le Suaire de Turin existait déjà au XIIe siècle, soutenant son authenticité historique et religieuse.
Références :
Ces ouvrages et articles fournissent des analyses approfondies sur les aspects anatomiques, historiques et scientifiques liés au Saint Suaire, à l’espace de Destot et aux recherches de Pierre Barbet.
- Vignon, P. (1902). Le Linceul du Christ. Paris: Masson.
- Barbet, P. (1937). Les cinq plaies du Christ. Paris: Téqui.
- Barbet, P. (1950). La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon le chirurgien. Paris: Téqui.
- Wilson, I. (1978). The Turin Shroud. London: Victor Gollancz Ltd.
- Heller, J. H., & Adler, A. D. (1981). Blood on the Shroud of Turin. Applied Optics, 19(16), 2742-2744.
- Zugibe, F. T. (1989). The Man of the Shroud Was Washed. Sindon, N.S., Quad. No. 1, juin 1989.
- Scavone, D. C. (1989). Joseph of Arimathea, the Holy Grail, and the Turin Shroud. Biblical Archaeologist, 52(1), 1-10.
- Adler, A. D. (1996). Updating Recent Studies on the Shroud of Turin. Applied Optics, 35(16), 1930-1936.
- Lavoie, G. R. (1998). Unlocking the Secrets of the Shroud. New York: Thomas Nelson.
- Zugibe, F. T. (2005). The Crucifixion of Jesus: A Forensic Inquiry. New York: M. Evans and Company.
- on peut observer ici le repliement des pouces [↩]