Noalejo – I – Espagne – 1527

Il existe deux copies quasiment identiques du Saint Suaire à Noalejo : voir Noalejo II


Les deux copies de Noalejo, datées de 1527 et comptent parmi les plus fidèles et anciennes copies du Suaire de Turin, apportant un témoignage précieux sur l’apparence du Suaire avant l’incendie de Chambéry de 1532 . Elles sont conservées dans l’église paroissiale de Noalejo, dans la province de Jaén.

Description :

Il s’agit de deux copies en grandeur nature du Saint Suaire de Turin.

Les copies de Noalejo se démarquent par la présence de certains détails précis, tels que les trous en forme de « L » et les taches de sang spécifiques, reproduites avec une exactitude frappante par rapport à l’original.

Contrairement à d’autres copies artistiques de l’époque, les copies de Noalejo reflètent un effort de fidélité :

  • le corps est représenté nu comme sur l’original,
  • les bords sont flous sans qu’on puisse distinguer de tracé de contour,
  • la barbe est fourchue
  • les pouces ne sont pas visibles, tout comme sur l’original
  • certaines taches de sang pourraient être représentées alors qu’elles auraient été partiellement détruites lors de l’incendie de 1532.

Histoire

La copie de Noalejo en Espagne, a été réalisée en 1527, comme le révèlent les inscriptions latines visibles sur son périmètre et mentionnant sa réalisation à partir du Suaire conservé à Chambéry
Le texte des inscriptions sur la copie Noalejo I est le suivant :

Partie supérieure :

Sindonis imaginem sacri Chambariaci saccelli cernere hic potest recta dimensione per Gir.

Actum
« Ici, vous pouvez voir l’image du Saint Suaire qui est conservé dans la chapelle sacrée de Chambéry, dans ses dimensions véritables, par « Gir. »

Partie inférieure :
« desuper extensa servatur pictura hec simillia rei « sabaudie duc » sindonen piussime »

« Cette représentation étendue d’en haut est similaire au Suaire conservé par le Duc de Savoie avec une grande révérence« 

La copie, signée par l’artiste Gir, a-t-elle été réalisée par quelqu’un ayant probablement vu ou copié le Saint-Suaire de Turin à Chambéry avant 1532, comme cela fut le cas pour d’autres copies du Saint Suaire ?

Histoire et contexte

La relique semble avoir été héritée par Doña Mencía de Salcedo de l’empereur Charles Ier dit Charles Quint (1500-1558). L’année de 1527 correspond à la naissance de Philippe II d’Espagne, ce qui accrédite encore cette attribution.

Après la mort de la reine Isabelle du Portugal (1503-1539), la copie a été déplacée à Noalejo. Initialement conservée dans un palais, elle fut transférée à l’église paroissiale avant la mort de Doña Mencía de Salcedo entre 1575 et 1580.

Les deux copies de Noalejo sont restées oubliées pendant des décennies avant d’être redécouvertes en 2001 par Andrés Santiesteban, prêtre de la paroisse. Elles se trouvaient alors dans un coffre, dissimulées derrière une réplique d’un tableau de la Vierge.

Hypothèses : « Giuliano Romano »

On pourrait émettre l’hypothèse que GiR soit la signature « Giuliano Romano » (Rome vers 1492 ou 1499 – Mantoue 1546). ( voir Hypothèse : « Giuliano Romano » pour Noalejo S.B. )

Analyses scientifiques

2009 :

Des analyses scientifiques révèlent l’utilisation de pigments, et les inscriptions latines sur la toile confirment leur authenticité en tant que copies officielles du Suaire conservé à Chambéry. En 2009, César Barta, José Manuel Orenga, et Daniel Duque et le Centro Español de Sindonología ont réalisé une analyse par microscopie électronique à balayage (ESEM) et spectroscopie de dispersion d’énergie (EDS). Cette étude a révélé la présence de pigments de métaux lourds, notamment le plomb, l’étain et le fer, ainsi qu’un effet tridimensionnel similaire à celui du Saint-Suaire de Turin.

Les auteurs soulignent aussi que ces copies permettent d’avoir une idée de l’apparence du suaire avant les dommages causés par le feu. Elles montrent notamment la position des coudes, qui reste visible sur les images dorsales, et suggèrent une méthode de formation d’image qui ne repose pas sur un contact direct. Ce dernier point soulève des questions sur la manière dont l’image aurait pu se former par projection verticale.

Les chercheurs ont cherché à comprendre à quoi pouvait ressembler l’original du Saint-Suaire avant les dommages causés par l’incendie de 1532. Ils ont également comparé les deux copies de Noalejo avec d’autres copies anciennes de la même période, à savoir celles de Xábregas (1507) et de Lierre (1516), en analysant les détails qui les rapprochent ou les éloignent du modèle original.

Matériaux et techniques
La peinture a été réalisée avec des pigments de sol à base de métaux lourds, et la feuille d’or a été utilisée pour le texte. L’artiste a employé la technique du trompe-l’œil pour créer une illusion de relief.


2012 :

Selon Barta, C., & Carrascosa, A. V. , le Suaire de Turin montre des traces de sang mais pas d’image à travers la toile, contrairement aux copies, où l’image est visible sur les deux faces lorsque la reproduction du Saint Suaire s’est attachée à reproduire les caractéristiques visibles présentes sur la relique originale. Ce qui indique une technique de peinture traversant le tissu pour les copies en tissu mais non pour le Saint Suaire tel qu’il fut étudié par le STURP en 1978. Cette remarque est utile pour la discussion sur les théories de l’empreinte


Restauration
Bien qu’aucun détail spécifique sur une éventuelle restauration ne soit mentionné, le drap est dans un état de conservation remarquable. Certaines portions de tissu manquent, probablement utilisées comme talismans protecteurs au fil des siècles sans aucune documentation à ce propos.

Il semble qu’un travail de mise en valeur des deux reliques soit entrepris depuis 2017.

Polémique :

La polémique autour des copies du Suaire de Noalejo a éclaté en avril 2025, lorsqu’une des deux répliques historiques datées de 1527 a été discrètement transférée à la cathédrale de Jaén pour y être exposée dans le cadre de l’exposition « L’Homme Mystérieux ». Ce déplacement, effectué à l’initiative du diocèse, a suscité l’indignation du maire de Noalejo, Antonio Morales, qui dénonce un manquement au testament de Doña Mencía de Salcedo. Cette noble dame, proche de l’impératrice Isabelle de Portugal, avait expressément stipulé que les suaires ne devaient « jamais quitter » l’église paroissiale de Noalejo, considérée comme leur sanctuaire définitif. Le maire regrette de n’avoir reçu ni notification officielle, ni information sur les protocoles de transport et de sécurité, et craint un précédent mettant en péril l’attachement communautaire à ces reliques. De son côté, le diocèse de Jaén affirme détenir la propriété juridique de l’objet et garantit le retour du suaire après l’exposition, tout en projetant un lieu d’exposition permanent à Noalejo. Cette situation révèle une tension croissante entre l’autorité ecclésiale, légalement dépositaire des objets sacrés, et la mémoire vivante d’une communauté locale qui perçoit ces suaires comme un legs intime, transmis depuis cinq siècles, et dont la conservation sur place fait partie intégrante du patrimoine immatériel. ( Rosa Jaenes, M. (2025, 16 avril). )

Sources :

Images complémentaires :

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