Études sur l’échantillon de datation radiocarbone du linceul de Turin

Études sur l’échantillon de datation
radiocarbone du linceul de Turin
par
Raymond Rodgers
2005

Numérisé par Elsevier

Transcription – Sylvain Bourgois

Études sur l’échantillon de datation
radiocarbone du linceul de Turin
Raymond N. Rogers


Laboratoire national de Los Alamos,
Université de Californie, 1961 Cumbres Patio, Los Alamos, NM 87544, USA
Reçu le 14 avril 2004 ; révisé le 14 avril 2004 ; accepté le 12 septembre 2004


Résumé

En 1988, des laboratoires de datation par radiocarbone situés en Arizona, Cambridge et Zurich ont déterminé l’âge d’un échantillon du Linceul de Turin. Ils ont rapporté que la date de fabrication du tissu se situait entre 1260 et 1390 apr. J.-C., avec un niveau de confiance de 95 %. Ce résultat a surpris au vu de la technologie utilisée pour produire le tissu, de sa composition chimique et de l’absence de vanilline dans sa lignine. Ces résultats ont soulevé des questions quant à la validité de l’échantillon.

Des estimations préliminaires des constantes cinétiques pour la perte de vanilline à partir de la lignine indiquent un âge bien plus ancien pour le tissu que celui suggéré par les analyses au radiocarbone. La zone de prélèvement de l’échantillon de radiocarbone est recouverte de manière unique d’une gomme végétale jaune-brun contenant des pigments de teinture. Les résultats de la pyrolyse-spectrométrie de masse effectuée sur la zone de l’échantillon, associés à des observations microscopiques et microchimiques, prouvent que l’échantillon utilisé pour la datation radiocarbone ne faisait pas partie du tissu original du Linceul de Turin. Ainsi, la date obtenue par radiocarbone n’était pas valable pour déterminer l’âge réel du linceul.

Mots-clés : Linceul de Turin ; Cinétique de la lignine ; Pyrolyse/spectrométrie de masse ; Analyses des fibres de lin

1. Introduction

Le Linceul de Turin est une grande pièce de lin qui montre l’image diffuse d’un homme sur sa surface. Beaucoup de personnes croient qu’il s’agit du linceul funéraire de Jésus, ce qui en fait un objet extrêmement controversé. En 1988, des âges radiocarbone ont été déterminés [1], ce qui aurait dû mettre fin aux controverses concernant l’âge du lin. Les datations radiocarbone effectuées en 1988 représentaient le meilleur résultat qui pouvait être obtenu. Les méthodes de préparation des échantillons ont été comparées et confirmées, et les mesures ont été réalisées avec les instruments les plus avancés disponibles à l’époque. Damon et al. ont rapporté [1] que « l’âge du linceul est estimé entre 1260 et 1390 apr. J.-C., avec un niveau de confiance d’au moins 95 % ». Cependant, cette datation ne concorde pas avec les observations sur la technologie de production du lin ni avec la chimie des fibres obtenues directement de la partie principale du tissu en 1978 [2,3]. L’opération de prélèvement d’échantillon de 1988 a été décrite dans [1] : « Le linceul a été séparé du tissu de renfort le long de son bord inférieur gauche et une bande (∼10 mm × 70 mm) a été découpée juste au-dessus de l’endroit où un échantillon avait été prélevé en 1973 pour examen. La bande provenait d’un seul site sur la partie principale du linceul, éloignée de toute zone rapiécée ou carbonisée. »

Franco Testore, professeur de technologie textile au Politecnico de Turin, et Gabriel Vial, conservateur du Musée des Textiles Anciens de Lyon, en France, ont approuvé l’emplacement de l’échantillon de datation radiocarbone. Cependant, l’opération a été réalisée en secret, et aucune analyse chimique n’a été effectuée à l’époque pour caractériser l’échantillon.


2. Échantillons

Le professeur Gilbert Raes de l’Institut de Technologie Textile de Gand a découpé l’échantillon de 1973 [4] mentionné par Damon et al. [1]. Raes a découvert qu’une partie de son échantillon contenait du coton, alors que l’autre côté d’une couture n’en contenait pas. Il a rapporté que le coton était une variété ancienne du Proche-Orient, Gossypium herbaceum, sur la base de la distance entre les inversions dans les fibres en forme de ruban (environ huit par centimètre). J’ai reçu 14 échantillons de fil provenant de l’échantillon de Raes de la part du professeur Luigi Gonella (département de physique, Politecnico de Turin) le 14 octobre 1979. J’ai photographié les échantillons reçus et archivés

Les échantillons que j’ai reçus ont été archivés séparément dans des fioles numérotées. Certains échantillons ont été détruits lors de tests chimiques entre 1979 et 1982, mais la plupart des échantillons ont été préservés.

Dans le cadre du projet de recherche sur le Linceul de Turin (Shroud of Turin Research Project, STURP), j’ai prélevé 32 échantillons à l’aide de bandes adhésives sur toutes les zones du linceul et des textiles associés en 1978 [2]. Ronald Youngquist, de la société Minnesota Mining and Manufacturing Corporation, a produit un adhésif spécialement conçu pour le projet. Cet adhésif, un hydrocarbure amorphe et inerte, n’a pas contaminé le linceul ni les échantillons, tout en permettant des tests chimiques directs sur les fibres de lin et les particules récupérées. L’adhésif pouvait être éliminé en le lavant avec du xylène. Les bandes adhésives ont été appliquées sur la surface du linceul à l’aide d’un applicateur équipé d’un manomètre pour permettre des comparaisons semi-quantitatives entre les échantillons.

Le linceul a été gravement endommagé lors d’un incendie d’église en 1532. Des religieuses ont rapiécé les trous causés par les brûlures et ont cousu le linceul sur un tissu de renforcement désormais connu sous le nom de « tissu hollandais » (Holland cloth). J’ai également prélevé des échantillons de ce tissu en 1978. Le tissu hollandais constitue un échantillon authentique et documenté de lin produit en Europe entre 1532 et 1534.

Le 12 décembre 2003, j’ai reçu des échantillons de fils de chaîne et de trame que le professeur Luigi Gonella avait prélevés sur l’échantillon destiné à la datation radiocarbone avant sa distribution. Gonella a rapporté qu’il avait excisé ces fils au centre de l’échantillon de datation radiocarbone.


3. Méthodes alternatives pour estimer l’âge du lin

Le projet STURP n’a pas été autorisé à prélever des échantillons pour la datation radiocarbone en 1978. Il a donc été utile de concevoir des méthodes indépendantes pour déterminer l’âge du linceul et vérifier la validité de la date publiée [1]. Le changement le plus évident lié au vieillissement est le fonçage de la couleur sépia du lin. Des mesures absolues de réflectance spectrale ont été réalisées par Gilbert et Gilbert [5]. Cependant, aucune relation simple entre la couleur et l’âge n’a pu être établie, car les méthodes de blanchiment ont changé au fil des siècles.

La structure cristalline des fibres de lin agit comme un dosimètre : elle accumule des défauts causés par les radiations au fil du temps. Malheureusement, le rayonnement de fond varie considérablement en fonction des conditions de stockage et de la latitude. Par exemple, le radon s’accumule dans de nombreux bâtiments anciens et tombeaux, et les particules alpha provoquent des traces d’ionisation courtes mais intensément biréfringentes. Les radiations électromagnétiques (ultraviolets, rayons X et gamma) causent une biréfringence diffuse de fond, qui varie en fonction de l’emplacement et des méthodes de production du lin. Les neutrons produisent des protons de recul à l’intérieur des fibres, et les protons énergétiques produisent de longues traces d’ions qui se ramifient parfois.

L’estimation de l’âge basée sur les radiations est très subjective. Cependant, les populations de défauts indiquent que le lin du linceul a absorbé plusieurs types de radiations pendant une très longue période.

La lignine présente aux nœuds de croissance des fibres de lin du linceul (Fig. 1) n’a pas donné le test chimique habituel pour la lignine (test au phloroglucinol/HCl pour détecter la vanilline). En revanche, le tissu hollandais et d’autres lins médiévaux ont donné un résultat clair. Cela suggère que le taux de perte de vanilline à partir de la lignine pourrait offrir une méthode pour estimer l’âge du linceul. Le réactif phloroglucinol-acide chlorhydrique détecte la vanilline (4-hydroxy-2-méthoxybenzaldéhyde) avec une bonne sensibilité. 1

Cependant, les échantillons de lignine prélevés sur le linceul et ceux des manuscrits de la mer Morte ne réagissent pas au test de la vanilline. Cela suggère une perte complète de cette molécule dans les échantillons les plus anciens. Si l’on suppose que la limite de détection du test reste constante, il est possible de comparer des échantillons âgés en observant les températures et les durées qui provoquent les dernières réactions colorées détectables.

Stanley T. Kosiewicz, du laboratoire de Los Alamos, a fait vieillir des échantillons contenant de la lignine à 40, 70 et 100 °C sur une période allant jusqu’à 24 mois. La comparaison des limites de détection entre ces échantillons a montré que le taux de perte de vanilline est très faible. Un modèle prédictif chimique adapté pourrait donc être élaboré.

Les taux de toutes sortes de réactions chimiques peuvent être modélisés par l’expression d’Arrhenius : ( 1 )

où :

  • α est la fraction de la réaction effectuée à un moment donné t
  • k est la constante de réaction (s−1),
  • Z est le facteur de fréquence d’Arrhenius (s−1),
  • E est l’énergie d’activation d’Arrhenius (J mol−1),
  • R est la constante des gaz (8,314 J K−1.mol−1),
  • T est la température absolue en kelvins.

Le facteur f(α.) dépend de l’état physique du réactif, du type de réaction et/ou du nombre de molécules impliquées.

L’analyse des données de temps/température/limite de détection a permis de formuler le modèle prédictif d’Arrhenius suivant pour le taux de perte de vanilline dans la lignine (2 )

Une fois la constante de réaction k calculée à une température spécifique, il est possible de déterminer le temps nécessaire pour que la vanilline soit totalement dégradée par une réaction d’ordre 1 à cette température : (3 )

Le principal obstacle pour estimer l’âge du linceul réside dans le fait que la loi de vitesse de dégradation est exponentielle. En d’autres termes, la température maximale quotidienne est bien plus importante que la température minimale de stockage. Cependant, des températures de stockage raisonnables peuvent être prises en compte pour estimer une plage d’âges probables.

Si le linceul avait été conservé à une température constante de 25 °C, il aurait fallu environ 1319 ans pour perdre 95 % de sa vanilline (valeur conservatrice). À 23 °C, cette perte aurait pris environ 1845 ans, et à 20 °C, environ 3095 ans.

Si le linceul avait été produit entre 1260 et 1390 apr. J.-C., comme indiqué par les analyses radiocarbone, la lignine devrait encore contenir de la vanilline et être facilement détectable. Par exemple, un lin produit en 1260 apr. J.-C. aurait conservé environ 37 % de sa vanilline en 1978. Les fils de l’échantillon Raes, le tissu hollandais et tous les autres lins médiévaux ont donné un test positif pour la vanilline dans les zones où de la lignine était observée aux nœuds de croissance. L’absence totale de vanilline dans la lignine du linceul indique un âge beaucoup plus ancien que celui rapporté par les laboratoires de datation radiocarbone.

L’incendie de 1532 n’a pas pu affecter de manière significative le contenu en vanilline de la lignine dans toutes les parties du linceul de manière uniforme. La conductivité thermique du lin est très faible (2,1 × 10−4 cal.cm-1.s-1.°C -1. Ainsi, les parties non brûlées du linceul plié n’ont pas pu devenir très chaudes. Le gradient de température à travers le tissu dans le reliquaire devait être très abrupt, et le centre du tissu n’aurait pas été chauffé du tout dans le temps imparti. Le changement rapide de couleur, passant du noir au blanc aux marges des brûlures, illustre ce fait.

Tout chauffage durant l’incendie aurait réduit la quantité de vanilline dans la lignine en fonction de la température atteinte et de la durée d’exposition. Cependant, des quantités différentes de vanilline auraient été perdues dans les différentes zones du linceul. Or, aucun échantillon provenant du linceul n’a donné de résultat positif au test pour la vanilline.


Puisque le linceul et d’autres lins très anciens ne donnent pas de test positif à la vanilline, le tissu doit être très ancien. Il est donc très peu probable que le lin ait été produit à l’époque médiévale.

Tous les fils de l’échantillon Raes et les segments de fil de l’échantillon radiocarbone présentent des incrustations ou des revêtements colorés sur leur surface (Figs. 2 et 3).

Le matériau de revêtement n’est pas éliminé par des solvants non polaires, mais il gonfle et se dissout dans l’eau. Aucun revêtement de ce type n’était présent ni sur le tissu hollandais ni sur la partie principale du linceul. Lorsqu’on ouvre les fils des échantillons Raes et radiocarbone avec une aiguille de dissection à leurs extrémités, les cœurs apparaissent incolores, ce qui suggère que la couleur et le revêtement ont été appliqués par essuyage d’un liquide visqueux sur la surface du fil.

Une différence marquée entre les fibres internes et externes est caractéristique des échantillons Raes et radiocarbone. Le revêtement jaune-brun sur la surface des fils de chaîne de l’échantillon radiocarbone est si épais qu’il semble noir en lumière transmise (Fig. 2).


Composition chimique des revêtements

Des tests chimiques réalisés sur les échantillons radiocarbone et Raes montrent que leurs revêtements consistent en une gomme végétale contenant un colorant à base d’alizarine sous deux formes. Une partie est dissoute dans la gomme, lui donnant une couleur jaune. Une autre partie est complexée avec de l’oxyhydroxyde d’aluminium hydraté (Al-O-(OH)) pour former des pigments rouges (Fig. 3). Ces pigments sont gélatineux et habituellement très petits. Un bon microscope est nécessaire pour les observer.

La gomme servant de véhicule au système colorant/agent fixateur des échantillons Raes et radiocarbone rend difficile l’observation des pigments. Elle ne peut être retirée sans endommager ces derniers, mais elle peut devenir invisible en ajustant son indice de réfraction avec une huile d’indice 1,515. Avec la gomme invisible ou légèrement gonflée dans l’eau, il est facile de voir les pigments suspendus dans la gomme et adhérant aux fibres.

La Fig. 3 montre (en haut à gauche) des pigments colloïdaux de colorant rouge suspendus dans la gomme. À droite, certains pigments distincts peuvent être observés adhérant à la surface d’une fibre de coton. Plusieurs zones de gomme teintée en jaune sont visibles. Quatre fibres de coton et deux fibres de lin apparaissent dans l’image.

L’échantillon radiocarbone contient à la fois un revêtement à base de gomme/colorant/agent fixateur et des fibres de coton. La partie principale du linceul ne contient pas ces matériaux.

Poudre d’alizirine – Wikipedia – 2024
Poudre de Purpurine Wikipedia –

L’alizarine et la purpurine sont extraites de la racine de garance et sont apparues pour la première fois en Italie vers 1291 apr. J.-C. [6]. L’alizarine a longtemps été utilisée comme indicateur acido-basique en analyse chimique : elle est jaune en dessous d’un pH de 5,6, rouge au-dessus d’un pH de 7,2, et violette au-dessus d’un pH de 11,0. Le revêtement coloré montre tous ces changements en fonction du pH. L’HCl (6N) dissout les pigments et les rend jaune vif. L’alun a été utilisé comme agent fixateur commun pendant des millénaires. Les pigments rouges sont caractéristiques des colorants de la racine de garance et de l’alun.

Les caractéristiques de solubilité des pigments rouges indiquent la présence d’oxyhydroxyde d’aluminium (AlO(OH)). Le revêtement est insoluble à pH 8,0, mais se dissout à des pH plus bas ou plus élevés. Les pigments colorés/agents fixateurs rouges se dissolvent dans une solution de NaOH 2N, produisant une solution violette. La présence d’aluminium dans le matériau de revêtement est cohérente avec les résultats d’Adler, Selzer et DeBlase [7], qui ont réalisé des analyses élémentaires aux rayons X sur différents matériaux du linceul, y compris des fibres des fils de chaîne de l’échantillon radiocarbone. Ils ont rapporté des concentrations d’aluminium dans l’échantillon radiocarbone 20 fois supérieures à celles des fibres du linceul.

D’autres agents fixateurs que Al-O-(OH) produisent des couleurs différentes avec les colorants de la racine de garance. Les composés calciques produisent des couleurs bleues, et quelques pigments bleus peuvent être observés sur certaines fibres recouvertes de gomme. Ces pigments bleus sont dissous avec de le 6 N HCl. La couleur suggère de l’alizarine fixée sur des cristaux de calcite ou d’aragonite présents dans les fils.


Manipulation des couleurs et implications :

La présence de colorant à base d’alizarine et de pigments rouges dans les échantillons Raes [ 1973 ] et les échantillons radiocarbone [ 1988 ] indique que la couleur a été manipulée. Plus précisément, la couleur et la distribution du revêtement impliquent que des réparations ont été effectuées à une époque inconnue avec du lin étranger teint pour correspondre au matériau original plus ancien. Cette hypothèse a été avancée par Benford et Marino [8,9]. La conséquence de cette conclusion est que l’échantillon radiocarbone n’était pas représentatif du tissu original.

Le revêtement de gomme a été rapidement hydrolysé par de l’HCl concentré ou du NaOH 2N. Cette propriété, ainsi que sa solubilité dans l’eau, suggère qu’il s’agit probablement d’un polysaccharide et non d’une protéine dénaturée. Une hydrolyse à une vitesse modérée dans l’HCl 6N suggère qu’il s’agit probablement d’un pentosane, composé d’unités de sucres à cinq carbones. Les gommes végétales à base de pentosanes forment une couleur jaune vif réversible avec de l’iode aqueux. La couleur disparaît complètement après l’évaporation de la solution, prouvant que la couleur n’est pas le résultat de réactions d’iodation ni de déshydratations catalysées par l’iode. Les échantillons Raes et radiocarbone donnent tous les deux cette réaction.


Analyse par pyrolyse/spectrométrie de masse (pyrolyse/MS)

L’une des méthodes analytiques utilisées lors des études STURP était la pyrolyse couplée à la spectrométrie de masse (pyrolyse/AMS). Le Midwest Center for Mass Spectrometry (MCMS) de l’Université du Nebraska, à Lincoln, a effectué des dizaines de scans sur différents échantillons [du STURP 1978 ] en 1981. Le système d’ionisation chimique utilisé était alors le spectromètre de masse le plus sensible, capable de détecter des traces de l’ordre du milliardième provenant d’oligomères issus des sacs en polyéthylène utilisés par Luigi Gonella pour emballer les fils de Raes.

L’instrument du MCMS est équipé d’une source pulsée avec une résolution temporelle de 100 ns, produisant une série de spectres de masse à mesure que l’échantillon est chauffé. Cependant, il était impossible de déterminer une température absolue précise pour les microfibres individuelles analysées ; seules des températures relatives pouvaient être comparées. Sept échantillons différents ont été soumis à de multiples analyses au MCMS. Les résultats ont été corrigés avec des échantillons vierges de l’instrument. Le perfluorokérosène a été utilisé comme étalon interne, et son spectre a été soustrait par l’ordinateur de l’instrument. Les courants ioniques totaux (CIT) ont été mesurés.


Origine des échantillons analysés sur le Saint suaire.

Certains échantillons provenaient de zones présentant des flux de sang apparents, d’autres de zones brûlées, l’un d’entre eux (« le fil de Zina ») était un segment complet de fil retiré de la zone de l’image du talon, un autre provenait d’une zone d’image pure, et un autre encore d’une tache d’eau dans une zone d’image. Plusieurs provenaient de reproductions modernes de lin fabriqué selon des techniques anciennes. Mme Kate Edgerton (décédée) avait produit ces reproductions à partir de lin brut, conformément aux récits historiques des techniques anciennes. Pour obtenir des données reproductibles, certaines analyses de pyrolyse/MS ont été effectuées sur des fibres uniques de 10 à 15 µm de diamètre et de 5 à 6 mm de long. Comparées aux fibres extraites des bandes adhésives, les fibres de l’échantillon Raes étaient abondantes et devraient être représentatives de toute la zone d’échantillonnage Raes/radiocarbone.


Résultats et implications des études STURP

Au moment des analyses, l’objectif de STURP était de déterminer si l’image avait été peinte. Les résultats des analyses de pyrolyse/MS se sont avérés cohérents avec une série d’observations indépendantes et de données [2], montrant que l’image n’était pas le résultat d’un matériau appliqué. Une fois cette conclusion établie, les dizaines de jeux de données de pyrolyse/MS peuvent maintenant être réanalysés pour comparer les échantillons provenant de la zone radiocarbone avec ceux provenant du tissu principal.

Cellulose et pyrolyse des fibres de lin

La cellulose se pyrolyse pour produire de l’hydroxyméthylfurfural (masse molaire 126), qui commence à se déformyler dans une série de réactions pour produire du furfural (masse molaire 96). Le furfural est toujours un produit mineur de la décomposition de la cellulose. Les fibres de lin provenant de la partie principale du linceul ne montraient pas d’évolution significative des produits jusqu’à des températures relativement élevées (probablement autour de 260 °C), mais les produits contenaient les fragments attendus (Fig. 4).

Les pentosanes, en revanche, ne produisent pas d’hydroxyméthylfurfural et se pyrolysent beaucoup plus rapidement à des températures plus basses que la cellulose. Lorsque les premiers produits de pyrolyse sont apparus pendant le chauffage, les fibres Raes ont montré un signal pour le furfural à une masse de 96 (Fig. 5). Aucun signal n’a été observé à une masse de 126. Ces résultats prouvent que le revêtement de gomme sur les échantillons Raes et les échantillons radiocarbone est un pentosane. Aucun pentosane n’a été détecté sur les fibres de la partie principale du linceul.

Accessoirement, les spectres de pyrolyse/MS des échantillons provenant de taches de sang apparentes montraient des pics d’hydroxyproline à une masse de 131, un produit de pyrolyse des protéines animales.


Âge du linceul et cinétique de la perte de vanilline

Le fait que la vanilline ne puisse pas être détectée dans la lignine des fibres du linceul, du lin des manuscrits de la mer Morte, et d’autres lins très anciens indique que le linceul est très ancien. Une détermination des constantes cinétiques de la perte de vanilline suggère que le linceul a entre 1300 et 3000 ans. Même en tenant compte des erreurs de mesure et des hypothèses sur les conditions de stockage, il est peu probable que le tissu ait moins de 840 ans.


Revêtement de gomme et matériaux étrangers

Un revêtement à base de gomme/colorant/agent fixateur est facile à observer sur les fils Raes et radiocarbone. Aucune autre partie du linceul ne montre un tel revêtement. L’apparition précoce de furfural lors des analyses de pyrolyse/MS, la solubilité relativement facile dans l’eau, la couleur jaune formée avec l’iode et l’hydrolyse facile suggèrent qu’il s’agit de gomme arabique. La gomme arabique est extraite de l’Acacia senegal et est composée d’unités de sucres pentoses.

Sa présence comme composant majeur des revêtements sur les échantillons Raes et radiocarbone n’est pas surprenante, car elle a longtemps été un véhicule commun dans les peintures à la tempera. L’échantillon radiocarbone avait été teint. La teinture a probablement été réalisée intentionnellement sur un matériau de remplacement intact afin de correspondre à la couleur du tissu plus ancien et de teinte sépia. La gomme est probablement du même âge que les fils Raes et radiocarbone et ne devrait pas avoir d’effet sur la détermination de l’âge.

En tout état de cause, cette gomme hydrosoluble et facilement hydrolysée aurait été complètement éliminée par les procédures de nettoyage utilisées sur les échantillons datés [1].


Datation des colorants

Le colorant trouvé sur l’échantillon radiocarbone n’était pas utilisé en Europe avant environ 1291 apr. J.-C. et n’est devenu courant que plus de 100 ans plus tard [6].


Conclusion

Les preuves combinées issues de la cinétique chimique, de l’analyse chimique, de la teneur en coton et de la pyrolyse/MS démontrent que le matériau provenant de la zone radiocarbone du linceul est significativement différent de celui du tissu principal. Par conséquent, l’échantillon radiocarbone ne faisait pas partie du tissu original et est invalide pour déterminer l’âge du linceul.

Étant donné que les conditions de stockage au cours des siècles sont inconnues, une détermination plus précise de l’âge nécessitera de nouvelles analyses radiocarbone avec plusieurs échantillons entièrement caractérisés et soigneusement préparés.

Cellulose carbonisée et restauration de 2002

Une quantité significative de cellulose carbonisée a été retirée lors de la restauration du linceul en 2002 [10]. Les matériaux provenant de différentes zones brûlées du linceul ont été conservés dans des conteneurs séparés. Le carbone élémentaire a pu être complètement nettoyé dans de l’acide nitrique concentré, ce qui a permis d’éliminer toutes les traces de fibres étrangères, de sébum dû aux manipulations répétées, ainsi que le thymol adsorbé provenant d’une procédure malencontreuse de stérilisation du reliquaire du linceul en 1988.

En outre, les échantillons séparés pourraient fournir un « cluster » de dates, ce qui est toujours une procédure souhaitable en archéologie.

Une nouvelle analyse radiocarbone devrait être réalisée sur le matériau carbonisé conservé lors de la restauration de 2002.


Remerciements

Je tiens à remercier Barrie Schwortz, photographe officiel pour le STURP, pour son assistance experte dans la préparation des figures. Aucun des travaux rapportés n’a été financé par une entité du gouvernement des États-Unis ni par aucune autre organisation de financement. Tout le travail de microscopie et d’analyse chimique humide a été réalisé dans le laboratoire personnel de l’auteur.


References

  • [1] P.E. Damon, D.J. Donahue, B.H. Gore, A.L. Hatheway, A.J.T. Jull,
  • T.W. Linick, P.J. Sercel, L.J. Toolin, C.R. Bronk, E.T. Hall, R.E.M. Hedges, R. Housley, I.A. Law, C. Perry, G. Bonani, S. Trumbore,
  • W. Woefli, J.C. Ambers, S.G.E. Bowman, M.N. Leese, M.S. Tite, Nature 337 (1989) 611–615.
  • [2] L.A. Schwalbe, R.N. Rogers, Anal. Chim. Acta 135 (1982) 3–49. [3] E.J. Jumper, A.D. Adler, J.P. Jackson, S.F. Pellicori, J.H. Heller, J.R.
  • Druzik, ACS Adv. Chem. Archaeol. Chem. III 205 (1984) 447–476. [4] G. Raes, Rivista Diocesana Torinese (1976) 79–83.
  • [5] R. Gilbert Jr., M. Gilbert, Appl. Opt. 19 (1980) 1930–1936.
  • [6] B. Hochberg, Handspinner’s Handbook, Windham Center, Norwalk, CT, 1980, pp. 1–4.
  • [7] A.D. Adler, R. Selzer, F. DeBlase, In: D. Crispino (Ed.), The Or- phaned Manuscript, Effata Editrice, Via Tre Denti, 1-10060 Can- talupa, Torino, Italy, 2002. pp. 93–102.
  • [8] M.S. Benford, J.G. Marino, http://www.shroud.com/pdfs/textevid. pdf.
  • [9] M.S. Benford, J.G. Marino, http://www.shroud.com/pdfs/histsupt.pdf.
    [10] G. Ghiberti, Sindone le immagini 2002, Opera Diocesana Pre- servzione Fede — Buona Stampa Corso Matteotti, 11-10121
  • Torino.

— Notes —
  1. ce test est connue dans la chimie des tannins. N.d.T.[↩]

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