Ezio Dutto

Ezio Dutto

(dates de naissance et de mort non identifiées à ce stade)

Ezio Dutto est un photographe et technicien italien actif au XXe siècle, principalement connu pour sa collaboration étroite avec Giuseppe Enrie (1886–1961), photographe officiel de l’ostension du Saint Suaire de Turin en 1931. Son activité professionnelle est bien documentée à travers son rôle au sein du studio turinois situé via Garibaldi, 26.

Tampon d’authentification des tirages photographiques officiels de la Sainte-Suaire réalisés par Giuseppe Enrie (1896–1961), photographe officiel de l’ostension de 1931, portant la mention de son atelier à Turin (Via Garibaldi, 23) et daté du 1er octobre 1934

Activité professionnelle de Dutto

Selon la notice biographique consacrée à Enrie dans l’encyclopédie Treccani, celui-ci reprit en 1911 un studio photographique nommé Fotografia nazionale di Bosco e Bricca, qu’il transforma ensuite en Fotografia nazionale del cav. Giuseppe Enrie. Ce studio devint un centre photographique de référence à Turin.

Dans ce contexte :

  • Ezio Dutto y travailla à partir de 1939
  • Il collabora avec Enrie jusqu’à la mort de ce dernier en 1961
  • Après 1961, Ezio et Elio Dutto reprirent la direction du studio ( Treccani )

La question de la contretypie dans les photographies d’Enrie (1931)

Dans leur contribution de 1977, Ezio et Elio Dutto, anciens collaborateurs de Giuseppe Enrie (1886–1961), répondent à l’hypothèse formulée par Giovanni Battista Judica Cordiglia selon laquelle les clichés de 1931 auraient été obtenus parcontretypie.

Ils rappellent d’abord que, même si une telle technique avait été employée, elle ne constituerait pas en soi une falsification, puisqu’elle consiste en une duplication du négatif visant à renforcer le contraste. Toutefois, en 1977, ils rejettent catégoriquement cette hypothèse dans le cas d’Enrie, en s’appuyant sur la description détaillée fournie par celui-ci en 1933 dans son ouvrage publié, dans lequel il ne mentionne aucun recours à ce procédé et insiste sur la transparence des opérations réalisées en présence de nombreux témoins, dont Monseigneur Maurilio Fossati. 1

Les Dutto invoquent également des arguments techniques et matériels. En 1931, Enrie travaillait exclusivement sur plaques de verre de grand format (40 × 50 cm), dans un contexte où les pellicules de dimensions équivalentes n’étaient pas disponibles, ce qui rendait la contretypie difficile à mettre en œuvre. 2 Ils soulignent que le développement des clichés s’effectuait immédiatement après la prise de vue, dans un environnement contrôlé et observé, laissant peu de place à des manipulations intermédiaires. Leur propre expérience au sein du studio, à partir de 1939, confirme que les contretypes n’ont été utilisés que plus tard, pour des raisons pratiques liées à la fragilité et à la taille des plaques originales, notamment lors de la production de copies.

Enfin, leur analyse met en évidence les conditions techniques spécifiques des prises de vue d’Enrie : malgré l’usage de plaques orthocromatiques à faible sensibilité, nécessitant des temps de pose très longs (de deux à neuf minutes), emploi d’objectifs à longue focale fortement diaphragmé, et distance d’environ 8,17 m pour les vues d’ensemble. Autant de facteurs pouvant expliquer la qualité des images.

Selon les frères Dutto, ces paramètres expliquent le contraste élevé et la netteté des images obtenues, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des procédés de transformation ultérieurs.

Les auteurs concluent ainsi que la qualité des photographies de 1931 résulte directement de choix techniques rigoureux, et non d’une intervention par contretypie.

Les deux frères Dutto ne mentionnent jamais l’utilisation d’un filtre jaune Agfa n°3 pourtant cité par Enrie dans son ouvrage de 1933.

Contribution écrite en 1988 :

Dans un supplément de la revue Collegamento Pro Sindone de 1988, Ezio Dutto publie ensuite :

« Les prises de vue photographiques de la Sainte Sindone, réalisées par le comm. Giuseppe Enrie en 1931 : données techniques de l’exécution » (1988)

Une tension manifeste apparaît entre les déclarations des Dutto en 1977 et celles d’Ezio Dutto en 1988. En 1977, les auteurs rejettent « de la manière la plus catégorique et absolue » l’hypothèse selon laquelle Enrie aurait recouru à la contretypie, tout en reléguant cette pratique à une phase ultérieure et prudente de reproduction. En 1988, au contraire, Ezio Dutto affirme explicitement qu’Enrie réalisa « plusieurs contretypes » à partir des douze plaques originales afin de produire tirages et agrandissements, et va jusqu’à soutenir qu’un contretype bien exécuté peut « améliorer l’effet original ». :

 » À cette époque, on utilisait comme matériau de prise de vue des plaques orthocromatiques (peu sensibles aux tonalités chaudes), et ce fut là l’un des motifs des résultats exceptionnels des prises de vue photographiques. Il ne faut pas oublier en outre que le matériau sensible sur verre, par sa surface parfaitement plane, donne des images plus nettes que celles obtenues sur pellicule. Les douze plaques donnèrent un excellent contraste, mettant en évidence même les plus petits détails.

À partir des douze plaques originales, Enrie réalisa plusieurs contretypes afin de pouvoir produire des tirages par contact  3 (au moyen de bromographie 4 et de torchettes 5 ) et des agrandissements sans courir le risque d’éventuelles cassures des plaques photographiques originales. Il convient de rappeler que le « contretype » n’est autre que le passage d’un négatif à un positif, et vice versa ; ainsi, l’image originale n’est en rien altérée ; au contraire, si le contretype est réalisé avec compétence (et, certainement, Enrie n’en manquait pas), il peut même améliorer l’effet original. « 

Les déclarations de Ezio Dutto sont quelques peu contradictoires, sans doute de crainte qu’on remette en question la qualité et la valeur de son mentor Giuseppe Enrie ?



Bibliographie

— Notes —
  1. (( S.B. Voir aussi Procès verbal du 23 mai 1931 : Authentification de la reproduction parfaitement fidèle du linceul photographié. transcrit dans G. Enrie 1933 -« Le Suaire de Turin révélé par la Photographie » – Page 109-110 Giulio Turbil, Adolfo Barberis, Ambrogio Delle Donne, Giovanni Battista Pinardi, Oreste Castagneri, Pietro Bergese, Antenore Ferraris, Carlo Augusto Navone, Maggiorino Gramaglia [↩]
  2. on pouvait utiliser une plaque de verre de même format, l’argument n’est pas vraiment valide. S.B. [↩]
  3. Le tirage par contact est une technique consistant à placer directement le négatif sur le papier photosensible pour en obtenir une image, sans agrandissement.[↩]
  4. La bromographie est un procédé utilisant du papier au bromure d’argent, courant en photographie argentique, permettant d’obtenir des images de haute qualité [↩]
  5. Les torchettes désignent de petites sources lumineuses manuelles utilisées en chambre noire pour contrôler localement l’exposition lors du tirage[↩]

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