Geoffroi II de Charny

Geoffroi de Charny ( petit fils ) et sa seconde épouse, Jeanne de Vergy, sont les premiers propriétaires historiquement attestés du Suaire de Lirey appelé depuis son transfert à Turin, le suaire de Turin. Il fonde la collégiale de Lirey en 1353. Geoffroy II de Charny mourut en 1398, laissant le Suaire en héritage à sa fille, Marguerite de Charny, qui jouera elle aussi un rôle important dans la transmission de cette relique.

Un chevalier parmi les plus prestigieux du royaume de France

Fils puîné de Jean de Charny et de Marguerite de Joinville, petite-fille du célèbre chroniqueur de Saint Louis, Geoffroi de Charny naît au début du XIVe siècle. Conseiller des rois Philippe VI de Valois (1293-1350) et Jean II le Bon (1319-1364), chevalier de l’Ordre de l’Étoile, diplomate, homme de guerre et écrivain, il est considéré par ses contemporains comme l’un des plus grands chevaliers de son temps. Il est notamment connu pour ses traités sur l’idéal chevaleresque, qui lui ont valu une réputation durable de théoricien de la chevalerie.

Sa carrière militaire est marquée par plusieurs campagnes importantes de la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Morlaix en 1342, puis à nouveau lors de combats contre les Anglais, il accède progressivement aux plus hautes responsabilités militaires du royaume. En 1356, il porte l’Oriflamme de France à la bataille de Poitiers et trouve la mort le 19 septembre en défendant le roi Jean II le Bon face aux troupes du Prince Noir.

La fondation de la collégiale de Lirey

L’événement majeur qui rattache Geoffroi de Charny à l’histoire du Saint Suaire est la fondation de la collégiale Sainte-Marie de Lirey.

Les documents publiés par Nicolas Camusat dans son Promptuarium sacrarum antiquitatum Tricassinae dioecesis permettent de suivre cette fondation avec précision. La charte primitive de juin 1353 montre que Geoffroi fonde à Lirey une collégiale composée de six chanoines prébendés, dotée de revenus propres et chargée d’assurer un service liturgique permanent pour le salut de son âme, de sa famille et de ses bienfaiteurs. La fondation est juridiquement complétée par un acte de la prévôté de Paris du 20 mai 1356, puis confirmée par Henri de Poitiers, évêque de Troyes, le 28 mai 1356.

Cette confirmation épiscopale est particulièrement importante. Elle atteste que l’établissement de Lirey est reconnu comme une institution ecclésiastique légitime quelques mois seulement avant la mort de son fondateur.

Geoffroi de Charny et le Saint Suaire

Les documents de 1353 et 1356 publiés par Camusat ne mentionnent pas explicitement le Saint Suaire. Ils concernent avant tout la création, l’organisation et la reconnaissance canonique de la collégiale.

Toutefois, plusieurs sources historiques convergent pour faire de Geoffroi de Charny le premier propriétaire historiquement attesté du Suaire. Les premières ostensions connues ont lieu à Lirey vers le milieu du XIVe siècle, dans l’église qu’il avait fondée.

Le témoignage le plus important demeure la lettre de Louis de Savoie du 6 février 1464 (1465 selon notre calendrier moderne), reproduite par Camusat. Le duc y rappelle que Geoffroi de Charny avait donné à l’église de Lirey un très saint linge représentant la figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin qu’il y soit conservé et montré aux fidèles. Ce document constitue l’un des témoignages les plus anciens et les plus explicites reliant Geoffroi de Charny au Suaire de Lirey.

Une figure centrale de l’histoire du Suaire

La personnalité de Geoffroi de Charny occupe une place singulière dans l’histoire du Saint Suaire. D’une part, il est le fondateur de l’institution religieuse où la relique apparaît pour la première fois de façon documentée. D’autre part, la mémoire transmise par les actes du XVe siècle le présente comme celui qui aurait confié le Suaire à cette collégiale.

Il convient néanmoins de distinguer soigneusement les faits établis des hypothèses. Les documents conservés permettent d’affirmer que Geoffroi fonde Lirey en 1353, que cette fondation est confirmée en 1356 et que les générations suivantes considéraient le Suaire comme provenant de lui. En revanche, aucun document actuellement connu n’explique avec certitude comment il acquit cette relique ni à quelle date précise elle arriva à Lirey.

Une énigme historique toujours ouverte

Plus de six siècles après sa mort, Geoffroi de Charny demeure l’un des personnages les plus importants de l’histoire du Saint Suaire. Les documents publiés par Nicolas Camusat révèlent un chevalier profondément engagé dans une œuvre religieuse durable, reconnue par l’Église diocésaine avant même sa mort. Ils montrent également que la tradition documentaire de Lirey et de la Maison de Savoie associait explicitement son nom à la transmission du Suaire.

Ainsi, bien avant les controverses de la fin du XIVe siècle, l’histoire du Suaire apparaît déjà étroitement liée à celle d’un homme dont la réputation de loyauté, de piété et d’honneur était exceptionnelle aux yeux de ses contemporains.

Bibliographie

Camusat, Nicolas. Promptuarium sacrarum antiquitatum Tricassinae dioecesis [Recueil des antiquités sacrées du diocèse de Troyes]. Troyes, Natalis Moreau dit Le Coq, 1610.

Charte primitive de fondation de l’église Sainte-Marie de Lirey (juin 1353), dans Camusat, fol. 412r-420r.

Acte complémentaire de la prévôté de Paris (20 mai 1356), dans Camusat, fol. 420v-422r.

Henri de Poitiers, Lettres confirmant la fondation de l’église de Lirey (28 mai 1356), dans Camusat, fol. 422v-423r.

Louis de Savoie, Lettre relative au suaire autrefois conservé dans l’église de Lirey (6 février 1464/1465), dans Camusat, fol. 423v-425v.

Geoffroy II de Charny (1352-1398), fils de Geoffroy Ier de Charny, est un personnage historique important, surtout connu pour avoir hérité du Saint Suaire de Lirey, une relique aujourd’hui conservée à Turin et vénérée comme le linceul funéraire de Jésus-Christ.

Héritage et Gestion du Saint Suaire

Né vers 1352, Geoffroy II de Charny hérita du Suaire de Turin à la mort de son père, Geoffroy Ier de Charny, un chevalier et compagnon du roi Jean II de France. Geoffroy Ier de Charny avait acquis le Suaire dans des circonstances qui restent floues, mais il est mentionné pour la première fois dans les années 1350 à Lirey, en Champagne, où il fut exposé au public.

Geoffroy II a continué l’œuvre de son père en gardant et exposant le Suaire à Lirey. Toutefois, cette relique fit l’objet de controverses dès le XIVe siècle, notamment en 1389, lorsque l’évêque de Troyes, Pierre d’Arcis, accusa les Charny d’exposer une « imitation peinte » du linceul du Christ, affirmant que c’était une fraude.

Relations avec l’Église et l’Ordre de la Toison d’Or

Malgré les controverses entourant l’authenticité du Suaire, Geoffroy II de Charny demeura un noble respecté, en partie grâce à son allégeance à l’ordre de la Toison d’Or et à son statut de chevalier. Il continua à soutenir les pratiques religieuses liées à la vénération du Suaire, malgré les tensions avec certains membres de l’Église.

Fin de Vie

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