Gilbert Raes

1914 – 2013

Gilbert A. T. J. Raes, né à Zelzate le 14 février 1914, était un ingénieur spécialisé en génie civil, diplômé de l’Université d’État de Gand en 1936. Il a ensuite poursuivi ses études dans le domaine textile, obtenant en 1949 un certificat en « Textile Technology » du Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Boston, États-Unis.

Parcours :

Il a mené une brillante carrière académique et scientifique, occupant divers postes à l’Université de Gand, notamment en tant qu’assistant et chef de travaux au Laboratoire de Mécanique Industrielle et de Technologie des Textiles, sous la direction du Professeur De Meulemeester. Ses recherches ont porté sur des domaines variés, notamment la technologie textile, la sélection du coton en collaboration avec des stations de recherche au Congo Belge, et l’utilisation d’isotopes dans la recherche textile.

En 1953, il a été nommé professeur à la Faculté des Sciences Appliquées de l’Université de Gand et a dirigé le Laboratoire De Meulemeester pour la Technologie des Textiles.

Il est décédé en 2013

Analyses du Saint Suaire de 1973

Prélèvement des échantillons :

En 1973 lorsque le professeur Gilbert Raes est invité à prélever deux petits échantillons du tissu pour analyse, c’était la première fois que des échantillons étaient prélevés directement du Suaire dans un cadre scientifique. Ces prélèvements étaient destinés à des recherches approfondies en structure, fabrication, hématologie et ultra-structure, effectuées par des experts dans ces domaines.

Lorsque Le professeur Gilbert Raes évoque l’échantillon du linceul de Turin, il mentionne que ce prélèvement avait été réalisé en son absence et lui avait été remis à son arrivée à Turin peu après midi, le 24 novembre 1973.

Officiellement l’origine des prélèvements de cette période est attribuée au Professeur Gilbert Raes mais quelques précisions semblent importantes :

  • Dans une lettre du 8 juin 1973, le Professeur Silvio Curto, conservateur du musée égyptien de Turin invita Gilbert Raes a participer à une étude préliminaire sur le Suaire de Turin à l’occasion d’une éventuelle exposition. Gilbert Raes, en tant qu’expert textile, devait examiner la fabrication du tissu et la nature des matériaux utilisés. Selon le Professeur Curto des prélèvements étaient envisagés en vue d’analyses. (
  • Quelques temps plus tard, le Professeur Silvio Curto informa Gilbert Raes qu’une exposition du Suaire se tiendrait le 23 novembre 1973, suivie d’un examen par les experts le 24 novembre. Le jour venu, en raison d’un retard de vol à l’aéroport de Paris, Gilbert Raes arriva à Turin aux alentours de midi. Malgré son absence, il avait été décidé de procéder au prélèvement d’une petite quantité de matériau dans un coin, incluant à la fois le tissu principal et la bande ajoutée sur toute sa longueur.
  • Ce travail délicat fut confié à quatre Sœurs de l’Institut des Filles de Saint Giuseppe de Turin, spécialistes en broderie (Sister Eliselda Campagnolo, Sister Luciana Lunardi, Sister Albertina Maggiorotti, Sister Angelina Negro ). Cet échantillon fut remis au Professeur Gilbert Raes lors de son arrivée. C’est lors de la reprise des travaux l’après-midi que le professeur Gilbert Raes fut informé des actions réalisées en son absence. Les procédures avaient été supervisées par Msgr. Caramello, Cottino et Baldi.
  •  » Le professeur Gilbert Raes de l’Institut supérieur de technologie textile de Belgique était absent de l’événement en raison des conditions météorologiques affectant les vols. Malgré ce retard, il a été décidé de prélever une petite quantité de matériau dans le coin prévu, où l’échantillon contiendrait à la fois le tissu original et la bande ajoutée sur sa longueur, pour les mettre à disposition du professeur Raes ou d’autres chercheurs souhaitant les examiner (… ) À 14 h 30, le travail a repris. À ce moment-là, le professeur Raes est arrivé et a été informé de la procédure qui avait eu lieu en son absence. » ( Giorgio Bracaglia 2019 )

Analyse de Gilbert Raes :

Raes concentre son étude sur la composition matérielle du Suaire, cherchant à identifier le type de lin utilisé et à mieux comprendre les techniques de tissage employées.

Il conclut que le Suaire est composé de lin et présente un tissage en chevron (ou « herringbone »), une technique utilisée dans l’Antiquité, bien que ses conclusions sur l’âge du tissu demeurent sujettes à débat. Ce prélèvement a marqué le début d’une série d’examens plus techniques, conduisant à des études plus approfondies sur la nature même du Suaire, que ce soit son âge ou sa fabrication.

Présence anormale de Coton :

Raes a découvert que les échantillons de 1973 contenaient du coton parmi les fils de lin. Cette présence de coton interroge : bien que la culture du coton soit attestée dans l’Antiquité, elle restait marginale !

La présence de coton dans les échantillons prélevés en 1973 par Gilbert Raes a suscité des interrogations sur la nature du tissu du Saint Suaire de Turin. En examinant les fils au microscope, Raes a observé que certains filaments de coton étaient mêlés aux fibres de lin. Or, si le coton était connu dans l’Antiquité, sa culture et son usage restaient très limités dans le monde méditerranéen par rapport au lin. Cette présence pourrait donc suggérer soit une contamination ultérieure, soit l’emploi de fils provenant d’une réparation ou d’un tissage composite.

Certains chercheurs ont ainsi envisagé l’hypothèse d’un rapiéçage médiéval dans la zone analysée. Le chimiste Raymond N. Rogers ( 2005) a confirmé l’observation initiale de Gilbert Raes : les fibres prélevées contiennent du coton mêlé au lin du Saint Suaire de Turin. Par analyses microscopiques et spectrométriques, Rogers a identifié un coton probablement du type Gossypium herbaceum, courant dans les textiles orientaux, mais absent du reste du tissu. Cette particularité suggère une zone réparée ou retissée et pourrait remettre en cause la représentativité de l’échantillon utilisé pour la datation radiocarbone de 1988.
Référence : Rogers, R. N. (2005). Studies on the radiocarbon sample from the Shroud of Turin. Thermochimica Acta, 425(1–2), p. 189-194.

Cette question est devenue importante dans les débats sur l’histoire matérielle et la datation du tissu.

Résumé de la communication de Raes : (Raes, G. – 1989)


24 novembre 1973 – Raes reçoit un échantillon du Suaire de Turin à Turin pour ses recherches. Cet échantillon servira à ses analyses, et un rapport est envoyé en février 1974. Les résultats sont publiés en 1976.

Les échantillons de Raes sont restés en sa possession jusqu’en octobre 1976 après les épisodes implicant le Révérend Henry David Sox et le Dr. Walter McCrone,

Juin 1976 – Le Révérend Henry David Sox prend contact avec Raes pour organiser une rencontre avec le Dr. Walter McCrone, spécialiste du Carbone 14, qui souhaite utiliser l’échantillon pour des tests de datation. Raes, sceptique quant à la précision, consulte le Professeur Apers, spécialiste de la datation au Carbone 14.

18 septembre 1976 – Raes reçoit chez lui Henry David Sox et Walter McCrone. Il organise une rencontre avec Apers. Après évaluation, Apers ne trouve pas la méthode de McCrone convaincante et déconseille la datation sur un échantillon aussi petit.

Octobre 1976 – Suite à l’avis d’Apers, Raes retourne l’échantillon à l’Archevêque de Turin, comme demandé par Turin.

12 décembre 1976 – Sox informe Raes que McCrone a répondu aux objections d’Apers et demande de nouveau l’accès à l’échantillon. Raes informe alors Sox que l’échantillon n’est plus en sa possession et le dirige vers Turin.

Années suivantes – Aucun contact ultérieur avec Sox. Raes ignore ce qu’il est advenu de l’échantillon après ce point.

Observations sur la bande latérale – Raes aborde la bande de tissu de 6 à 7 cm de large, sur le côté du Suaire, qui soulève des hypothèses quant à sa fonction (rééquilibrage de l’image ou remplacement d’un morceau coupé). Les analyses indiquent que cette bande pourrait être d’un tissu différent du reste du Suaire, n’ayant pas les mêmes traces de coton.

Laboratoire d’Oxford – en 1988, seul ce laboratoire d’Oxford signale des fibres étrangères dans l’échantillon du Suaire qu’il a examiné. Cependant, aucune analyse spécifique pour déterminer la variété de coton n’est réalisée.

Références bibliographiques :

  1. Raes, G. (1976). L’étude textile de 1973-1974. Shroud Spectrum International, (38/39, Part 3), (pp 2-6)15–22. Shroud Spectrum International No. 38/39 Part 3 (Version amplifiée (1991) du rapport du Prof. Raes ).)
  2. Wilson, I. (1978). The Shroud of Turin: The burial cloth of Jesus Christ? Garden City, NY : Double day, pp. 94–95 (examen de la commission en 1973 ;découpe de deux échantillons du Suaire pour le Prof. Gilbert Raes).
  3. Raes, G. (1989). Historique de l’échantillon remis le 24 novembre 1973. Problème de la bande latérale. Fibres de coton dans l’échantillon remis au laboratoire d’Oxford. Dans Actes du Ier Symposium scientifique international du CIELT.
  4. Centre International d’Études sur le Linceul de Turin. (1990). Actes du Symposium scientifique international : Paris, 7–8 septembre 1989 (mention du prélèvement textile autorisé à Gilbert Raes en 1973-1974), p. 13. Paris : O.E.I.L. https://linceul.org/cielt/cielt.shtml
  5. Centre International d’Études sur le Linceul de Turin. (1990). Actes du Symposium scientifique international : Paris, 7–8 septembre 1989. Communication de Giovanni Riggi di Numana, président de l’Office turinois du S.T.U.R.P. (choix de la zone de prélèvement et référence au prélèvement textile de Gilbert Raes) (pp. 38–39, 41). Paris : O.E.I.L. https://linceul.org/cielt/cielt.shtml
  6. Centre International d’Études sur le Linceul de Turin. (1990). Testore, F. Examen et prélèvement effectués le 21 avril 1988 (choix de la zone et référence au prélèvement textile de Gilbert Raes). Dans Actes du Symposium scientifique international : Paris, 7–8 septembre 1989 (pp. 45, 49, 52–53, 68). Paris : O.E.I.L. https://linceul.org/cielt/cielt.shtml
  7. Giorgio Bracaglia 2019 – Uncovering the Paradox Within the Archives of the Holy Shroud Guild – Holy Shroud Guild – p 74-75 La Commission de 1973 ( prélèvement textile effectué pour Gilbert Raes).
  8. Bracaglia, G. Rapport sur l’examen du Saint Suaire de Turin en 1973 (traduction anglaise du rapport original italien, avec une introduction du révérend Pietro Caramello). Archives de la Guilde du Saint Suaire. Disponible sur : https://www.shroud.com/papers.htm (recherche par le mot-clé « 1973 »).
  9. Farey, Hugh. (2022). The 1973 Turin Commission. The Medieval Shroud. https://medievalshroud.com/the-1973-turin-commission/

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