Giovanni Benedetto Parolis

Un militaire turinois à la retraite, identifié par différentes sources :

L’identité de Parolis, auteur de La passione, la morte, la risurrezione, ed ascensione al cielo di nostro signor Gesù Cristo, publiée à Turin en 1820, n’est pas définitivement établie.

Une hypothèse vraisemblable consiste cependant à l’identifier à Giovanni Benedetto Parolis. Tout d’abord l’ouvrage est introduit par un certain Parolis se présentant comme un vétéran des guerres contre les troupes napoléoniennes, et on retrouve sa trace de façon cohérente dans les archives turinoises à la fin du XVIIIe siècle. 1

Par ailleurs, son ouvrage a été relu et validé par deux personnages contemporains et identifiables : le père Tommaso Tosi, Tosi, théologien, professeur de théologie dogmatique et réviseur archiépiscopal de Turin (Revisore Arcivescovile), 2 ainsi qu’un [ Giuseppe ] Bessone, intervenant au titre de la chancellerie 3.

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Cette double approbation montre que l’ouvrage ne constitue pas une publication privée isolée : il a été soumis au contrôle ecclésiastique et administratif préalable à son impression par les Eredi Botta, imprimeurs archiépiscopaux et de la ville de Turin.

On peut également supposer que Parolis évolue ainsi dans le même Turin que le théologien Pio Bruno Lanteri (1759–1830), prêtre piémontais très actif dans les réseaux catholiques de la capitale, du fait .

Proche de l’Amicizia Cristiana, Lanteri accordait une place essentielle à la sélection, à l’édition et à la diffusion des livres. Il participa à la fondation des Oblats de la Vierge Marie en 1816, dont la première règle fut approuvée en 1817 ; après une interruption, la congrégation fut définitivement réorganisée et reçut l’approbation pontificale de Léon XII le 1er septembre 1826. 6 On peut alors supposer que la brochure publiée par Giovanni Benedetto Parolis s’inscrit dans l’univers de l’Amicizia Cristiana à Turin dans ces années là.

Le problème des mesures du Saint Suaire chez Parolis ( 1820 )

Fossati (1993) revient d’abord sur un passage de Parolis (1820, p. 80), dans lequel celui-ci attribue au Saint Suaire des dimensions de 4,10 m de longueur sur 1,40 m de largeur. Il souligne toutefois que Parolis ne précise pas l’origine de ces mesures : Fossati se demande donc s’il les reprend d’une source aujourd’hui non identifiée ou s’il s’agit d’un calcul personnel, éventuellement lié à la diffusion récente du système métrique.

Fossati montre ensuite que ces mêmes dimensions réapparaissent chez Lazzaro Giuseppe Piano, dans le second tome de ses Commentarii storico-archeologici sopra la SS. Sindone (1833). Piano consacre deux pages à la question des dimensions du Suaire et compare plusieurs mesures anciennes qu’il tend à considérer comme équivalentes malgré leurs écarts ; il explique ces différences par la prise en compte ou non des fractions, par une tension plus ou moins forte du tissu lors de la mesure, ainsi que par les variations de température et d’humidité. Piano fournit finalement deux séries de mesures, l’une exprimée en pieds liprandi, l’autre dans le système métrique, soit 4,10 × 1,40 m. Or, pour cette seconde valeur, il renvoie explicitement en note à Parolis (1820) qui est la source d’information pour Piano ( 1833 ) à ce sujet.

Hypothèses sur les mesures de Parolis :

Les dimensions de 4,10 × 1,40 m données par Parolis en 1820 sont d’autant plus intéressantes qu’elles apparaissent après une période de transition métrologique importante.

Nous suivons ici les démarches de Fossati ( 1992 ) qui consacre un article entier à analyser les ostensions entre 1775 et 1822. 7

Lors de l’ostension de 1775, Francesco Avondo décrit encore le Suaire selon les anciennes unités, en lui attribuant environ dix pieds de longueur sur trois pieds de largeur.

Le système métrique n’est élaboré qu’à partir de 1791, puis institué juridiquement en France par la loi du 18 germinal an III, soit le 7 avril 1795 ; les étalons définitifs du mètre et du kilogramme sont ensuite déposés aux Archives de la République le 22 juin 1799. 8.

Les valeurs métriques données par Parolis pourraient donc résulter d’une conversion tardive d’anciennes mesures exprimées en pieds, plutôt que d’un mesurage effectué directement sur le Suaire. Cette hypothèse est d’autant plus plausible qu’entre l’ostension de 1775 et la publication de 1820, plusieurs occasions auraient théoriquement permis de mesurer la toile :

  • une présentation privée devant Pie VII le 13 novembre 1804
  • une grande ostension publique le 21 mai 1815.

Or, dans la documentation consultée jusqu’à présent, aucune de ces manifestations n’est associée à un procès-verbal donnant explicitement une longueur et une largeur mesurées en mètres. 9.

Une seconde possibilité serait donc que Parolis ait eu accès à une mesure administrative ou de cour aujourd’hui non identifiée, prise lors de l’une de ces ouvertures du reliquaire, puis convertie dans le nouveau système métrique. Il faut toutefois rester prudent : Parolis ne précise ni la source de ses chiffres ni les circonstances dans lesquelles ils auraient été obtenus, et Fossati constate lui-même que l’origine de ces 4,10 × 1,40 m demeure inconnue. 10.

L’ostension suivante, organisée le 4 janvier 1822 pour marquer l’avènement de Charles-Félix, apporte toutefois un élément particulièrement intéressant : une copie du Suaire fut alors déclarée égale à l’original en longueur comme en largeur et fut appliquée directement contre lui, les deux toiles étant décrites comme coïncidant exactement. Cette opération montre qu’au début des années 1820 on était parfaitement en mesure d’effectuer une comparaison dimensionnelle grandeur nature, même si le certificat connu ne fournit pas lui-même de valeurs numériques. 11.

Références :

— Notes —
  1. « P…… Gio. Benedetto, vecchio militare » est une mention qu’on relève dans l’ouvrage. Il apparaît dans des documents administratifs et militaires, notamment dans le contexte de la milice urbaine de Turin. L’analyse croisée des sources permet de proposer avec prudence le parcours d’un Giovanni Benedetto Parolis, d’abord engagé dans une carrière militaire ou administrative avant 1793, puis « jubilé » de sa fonction le 6 avril 1793 et rapidement réemployé dans la milice urbaine de Turin, où ses services sont encore récompensés en 1794-1795. Cette chronologie montre qu’il était alors encore pleinement actif et n’implique nullement un âge avancé : selon une naissance située entre 1745 et 1760, il aurait eu environ 33 à 48 ans en 1793, puis 60 à 75 ans en 1820. Dans ces conditions, l’hypothèse qu’il puisse être l’auteur de l’ouvrage religieux publié à Turin en 1820 reste tout à fait compatible avec les données connues, sans toutefois être démontrée. Archivio di Stato di Torino, 1793, 1795, 1797. [↩]
  2. L’identification du père Tosi est particulièrement solide quant à sa fonction. Une correspondance contemporaine dresse de lui un portrait professionnel remarquablement précis : « P. Tosi, Revisore Arcivescovile, Professore di Dogmatica », c’est-à-dire « père Tosi, réviseur archiépiscopal, professeur de théologie dogmatique ». Le document indique également qu’il examinait effectivement des ouvrages avant leur publication et pouvait les munir de son approbation. Il s’agit donc exactement du type de personnage que l’on s’attend à retrouver parmi les approbateurs de l’ouvrage de Parolis. [↩]
  3. Parolis, 1820, page 114 de notre PDF [↩]
  4. Nous l’identifions à Giuseppe Bessone qui est, de son côté, explicitement qualifié de « Bibliotecario della Regia Università » dans la documentation universitaire turinoise. Les registres comptables de l’Université confirment qu’il exerçait effectivement cette fonction en 1820, puisqu’un mandat du 4 octobre porte notamment les signatures ou mentions du trésorier Felice Accelli, du censeur Viotti, du réformateur Ferraris et du « Bibliotecario Bessone » ; d’autres mandats des 21 octobre et 29 décembre 1820 sont directement établis en faveur de ce dernier. Quelques décennies plus tard, Luigi Cibrario le mentionne encore parmi les préfets de la bibliothèque de l’Université et décrit Giuseppe Bessone comme un homme de « vaste érudition », de vive intelligence et de grande probité. Une source institutionnelle récente désigne toutefois le préfet bibliothécaire de cette période sous le nom de Giovanni Antonio Bessone ; cette divergence de prénom devra donc être éclaircie avant de proposer une identification biographique définitive. Quoi qu’il en soit, la présence documentée d’un Bessone à la tête de la bibliothèque universitaire précisément en 1820 renforce considérablement l’intérêt de la mention figurant dans l’ouvrage de Parolis. Par ailleurs, PASOMV mentionne dans ce même milieu un théologien Bessone, professeur de morale au séminaire diocésain et de histoire ecclésiastique à l’Université de Turin. Une autre source permet de l’identifier comme Giuseppe Bessone, titulaire de cette chaire dans les années 1810. Il appartenait toutefois à un courant gallican et régaliste, donc doctrinalement assez éloigné de Lanteri. Treccani indique même que le censeur théologique G. Bessone dénonça certaines importations de livres favorisées par l’Amicizia Cattolica ; ces interventions contribuèrent au contexte qui mena à la dissolution de l’association en 1828.[↩]
  5. Source : Archivio della Postulazione O.M.V. / PASOMV.[↩]
  6. Le site PASOMV – Archivio della Postulazione degli Oblati di Maria Vergine publie un important ensemble de documents et de lettres provenant ou reproduits à partir des archives de la Postulation O.M.V. Cette correspondance permet de reconstruire le réseau intellectuel et religieux dans lequel évoluait Lanteri : ecclésiastiques, membres de l’Amicizia, libraires, auteurs et diffuseurs de « bons livres ». Lanteri rappelle lui-même que l’Amicizia distribuait gratuitement de nombreux ouvrages, jusqu’aux Indes, et faisait continuellement préparer de nouvelles éditions afin d’en diminuer le prix. Cette documentation constitue donc une source particulièrement pertinente pour rechercher et identifier Giovanni Benedetto Parolis dans le Turin contemporain de la publication de son ouvrage de 1820. PASOMV, La pagina del Fondatore, documents et correspondance de Pio Bruno Lanteri : https://www.pasomv.it/fondatore/ ; voir également Oblati di Maria Vergine, histoire de la congrégation.[↩]
  7. Fossati, L. (1992). Ricognizioni ed ostensioni della Sindone dal 1775 al 1822 (da Vittorio Amedeo III a Carlo Felice). Collegamento pro Sindone, juillet-août, 10–34.[↩]
  8. Avondo, 1775, p. 18 ; Convention nationale, 1795 ; BIPM, 1991[↩]
  9. Fossati, 1992 ; Consiglio regionale del Piemonte, s. d.[↩]
  10. Parolis, 1820, p. 80, n. 46 ; Fossati, 1993[↩]
  11. Fossati, 1992 ; British Society for the Turin Shroud, 2006[↩]

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