Giovanni Colli

Le nom du jésuite Giovanni Colli S.J. apparaît aujourd’hui beaucoup plus rarement que ceux de Paul Vignon, Pierre Barbet, Pietro Scotti ou Giovanni Judica Cordiglia dans l’histoire des recherches sur le Saint Suaire. Son ouvrage publié en 1942 occupe pourtant une place intéressante : il paraît au moment où les travaux issus du congrès de Turin de 1939 viennent d’être publiés et où plusieurs hypothèses concurrentes tentent d’expliquer la formation de l’image.

Colli ne semble pas avoir été l’un des expérimentateurs réunis au congrès. Son rôle est différent : il intervient immédiatement après cette phase de recherches pour en proposer une synthèse et prendre position sur certaines questions encore débattues.

Un jeune jésuite en formation

Giovanni Colli appartient à la Compagnie de Jésus. Eugenio Valentini le désigne en 1968 comme « P. Giovanni Colli S.J. ». 1

Les catalogues jésuites retrouvés indiquent cependant qu’au début des années 1940 Colli poursuit encore son cursus de formation théologique. Il faut donc rester prudent sur son statut exact au moment de la publication de son livre : le titre de « Père » employé par Valentini en 1968 peut être rétrospectif.

Colli n’apparaît pas comme médecin, chimiste ou physicien. Son ouvrage relève plutôt d’une synthèse critique réunissant histoire, exégèse, archéologie et résultats scientifiques.

Dans le prolongement du congrès de 1939

Le Congrès national d’études sur le Saint Suaire se tient à Turin les 2 et 3 mai 1939. Ses actes ne paraissent qu’à la fin de novembre 1941. 1

Valentini cite notamment Giovanni Judica Cordiglia, Giuseppe Romanese et Pietro Scotti pour la formation des empreintes, Caselli et Masera pour les questions médico-légales, Schiapparelli et Giuseppe Enrie pour la photographie et Timossi pour le textile. Colli ne figure pas parmi les intervenants mentionnés. 1

Nous ne disposons donc actuellement d’aucune preuve qu’il ait présenté une communication au congrès de 1939. Son livre appartient en revanche directement à la séquence intellectuelle qui en découle.

Storia e scienza di fronte alla Sindone

En février 1942, quelques mois seulement après la publication des actes, Colli fait paraître à Chieri :

Storia e scienza di fronte alla Sindone. L’autenticità di un cimelio di Casa Savoia,

dans la collection S.O.S., nos 77-80, chez Officina Grafica Editrice G. Astesano. L’ouvrage compte 84 pages. 2 1968 SINDON 70 années de rehcer…

La chronologie est remarquable :

1939 : congrès de Turin → 1939–1941 : poursuite des recherches → novembre 1941 : publication des actes → février 1942 : livre de Colli.

Colli intervient donc pratiquement au lendemain de la publication des résultats du congrès.

Une synthèse de l’état de la question

Valentini donne en 1968 une indication particulièrement claire sur la fonction du livre. Il écrit que l’ouvrage de Colli :

« riassume mirabilmente i termini della questione e le soluzioni proposte »

c’est-à-dire qu’il « résume admirablement les termes de la question et les solutions proposées ». 1

Le sommaire de l’ouvrage confirme cette ambition très large. Colli examine successivement l’histoire et la critique historique, le tissu, les données évangéliques et archéologiques, la photographie, les questions médico-légales, l’iconographie et enfin la genèse des empreintes, avec les théories vaporographiques, les théories par contact et les recherches chimiques.

Son intérêt historique tient donc moins à une expérience originale qu’à sa capacité à offrir un état du dossier scientifique tel qu’il pouvait être présenté en 1942.

Colli prend position sur la formation de l’image

Colli n’est pourtant pas un simple compilateur.

Les recherches présentées autour de 1939 avaient notamment opposé les mécanismes faisant intervenir le contact direct du corps avec le linge à l’hypothèse vaporographique développée auparavant par Paul Vignon.

Valentini révèle précisément la position de Colli :

« Contrariamente a ciò che asserisce il Colli, noi non crediamo neppure che sia stato provato apoditticamente che il metodo per contatto debba preferirsi al metodo vaporografico. »

Autrement dit, contrairement à Colli, Valentini ne considère pas comme démontré que la méthode par contact doive être préférée à la méthode vaporographique. 1 1968 SINDON 70 années de rehcer…

Colli paraît donc considérer en 1942 les expériences disponibles comme suffisamment convaincantes pour privilégier une formation de l’image par contact. L’examen intégral de son ouvrage permettra de déterminer précisément les expériences et les auteurs sur lesquels il fonde cette conclusion.

Un témoin d’une période de transition

C’est probablement là que réside le principal intérêt de Giovanni Colli.

Depuis les nouvelles photographies de Giuseppe Enrie en 1931, les études médicales et anatomiques se sont développées, différentes expériences ont été entreprises sur la formation de l’image et le congrès de 1939 a confronté plusieurs disciplines. Colli arrive après cette accumulation de recherches et tente d’en présenter une vision d’ensemble.

Son livre se situe en outre presque au terme de cette première période expérimentale. Valentini indique qu’après sa publication, la guerre empêche la poursuite de nouvelles recherches importantes et qu’il faut attendre 1950 et le premier Congrès international de Rome et Turin pour retrouver une grande manifestation scientifique consacrée au Suaire. 1 1968

La place de Colli peut ainsi être résumée :

Enrie (1931) → recherches médico-anatomiques et expérimentales → Vignon (1938) → congrès de 1939 → publication des actes (1941) → Colli (1942) → interruption de guerre → congrès international de 1950.

Giovanni Colli n’apparaît donc pas comme l’un des principaux expérimentateurs de cette période, mais comme un témoin et un synthétiseur du nouvel état des recherches au début des années 1940. C’est précisément cette position qui donne aujourd’hui à son ouvrage tout son intérêt documentaire.

Bibliographie

  • 1938 — Vignon, P. Le Saint Suaire de Turin devant la science, l’archéologie, l’histoire, l’iconographie, la logique. Paris : Masson.
  • 1940 — Barbet, P. Le cinque piaghe di Cristo. Studio anatomico e sperimentale sui dati della Sindone. Traduction italienne autorisée et revue par l’auteur, introduction et additions de Pietro Scotti. Turin : SEI.
  • 1941 — Scotti, P. (dir.). La Santa Sindone nelle ricerche moderne. Risultati del Convegno Nazionale di studi sulla S. Sindone (Torino 1939). Turin : LICE.
  • 1942 — Colli, G. Storia e scienza di fronte alla Sindone. L’autenticità di un cimelio di Casa Savoia. Chieri : Officina Grafica Editrice G. Astesano, collana S.O.S., nos 77–80, 84 p. 1968 SINDON 70 années de rehcer…
  • 1968 — Valentini, E. « Settant’anni di ricerche e studi sindonologici ». Sindon. Medicina – Storia – Esegesi – Arte, année XI, nos 12–13, décembre 1968.
— Notes —
  1. Valentini, 1968[↩][↩][↩][↩][↩][↩]
  2. Colli, 1942 ; Valentini, 1968[↩]

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