
Hans Naber / Kurt Bena / John Reban
Hans Naber est une figure controversée mais très déterminée dans le domaine de la recherche sur le Suaire de Turin, poursuivant sa quête de vérité et de reconnaissance pour ses théories, même face à l’adversité. Il soutenait que Jésus ne serait pas mort sur la croix et que les traces matérielles sur le Saint Suaire permettaient de le comprendre. Il a publié ses théories en utilisant les pseudonymes de Kurt Bena en langue allemande et de John Reban en langue anglaise.
Malgré ses théories non conventionnelles, il semble avoir joué un rôle très actif auprès du Vatican dans les années 50 à 70.
Parcours :
Hans Naber, né en 1921 ( ou 1923 ) à Stuttgart, a grandi en Allemagne et a commencé sa carrière dans l’hôtellerie, un choix qui lui a permis d’échapper aux obligations de la Jeunesse hitlérienne. Il a travaillé dans des établissements prestigieux, notamment au Ritz à Londres, où il explique avoir côtoyé des figures marquantes comme Winston Churchill.
Après ses premières années en tant que barman et serveur, il a rejoint l’armée allemande en 1941, où il aurait occupé de modestes fonctions administratives.
En février 1947, Hans Naber racontait que sa vie aurait pris un tournant décisif car il affirmait avoir eu une vision de Jésus-Christ à Stuttgart. Selon lui, Jésus lui aurait révélé qu’il n’était pas mort sur la croix, mais qu’il avait survécu à la crucifixion.
Cette expérience mystique a profondément influencé Naber qui a a débuté ses recherches dès les années 50, voyant dans cette révélation une mission de vie pour partager ce message au monde.
Théorie de la Survie à la Crucifixion :
Hans Naber s’est engagé dans l’étude du Saint Suaire de Turin, interprétant les traces de sang visibles sur le linceul comme une preuve physique à la fois de la Passion et d’une révélation salvifique. Très tôt, il s’intéressa aux théories médico-légales marginales du Dr William B. Primrose (1892–1977), médecin anesthésiste de Glasgow, ancien chef de service à la Royal Infirmary.
Primrose avait proposé dès 1949, dans un article publié dans The Hibbert Journal (A Surgeon Looks at the Crucifixion), une relecture médicale du récit de Jean 19,34. Selon lui, l’écoulement de sang consécutif au coup de lance suppose une circulation sanguine encore active, ce qui remet en question l’hypothèse d’une mort déjà survenue au moment de la blessure thoracique. Cette thèse, suggérant une possible survie de Jésus, fut jugée audacieuse voire hétérodoxe, mais suscita l’attention de plusieurs chercheurs.
En 1950, Hans Naber — intervenant alors sous le pseudonyme de Kurt Bena — fit connaître cette hypothèse au Ier Congrès international d’étude sur le Saint Suaire à Rome. Il ne cessa, par la suite, de rappeler et de défendre les travaux de Primrose dans ses propres écrits.
(cf. Fossati, L. (1979), pp. 62–64)
Sans être médecin, Hans Naber a développé une forme de travail de vulgarisation et un développement théorique pour démontrer que la présence de sang indique une circulation encore active en refusant l’idée que la lance aurait percé le cœur de Jésus. La rédaction est assez peu académique dans la forme mais s’emploie à remettre en question la croyance traditionnelle sur la mort de Jésus sur la croix.
Tout au long de sa carrière, il a écrit de nombreux ouvrages pour défendre cette théorie, malgré le scepticisme de la communauté scientifique et religieuse. Il a publié ses ouvrages à comptes d’auteur en allemand et en anglais. Il a publié son premier livre en 1954 sous le pseudonyme de Kurt Berna, Le Cinquième Évangile, dans lequel il expose ses découvertes et soutient que Jésus aurait survécu à sa crucifixion.
Convention allemande pour le Linceul – 1956
En 1956, il fonde une organisation « Convention allemande pour le Linceul » qu’il présente comme une assemblée libre de chercheurs et de spécialistes appartenant à la foi catholique, évangélique et juive. ( Naber, 1959). Il semble que le Dr William B. Primrose aie fait partie de cette société savante non institutionnelle, ainsi qu’un mystérieux « Dr Hirt » qui aurait pu être une invention.

En 1957, Hans Naber utilise le pseudonyme de Kurt Bena et il publie « Das Linnen » (Le Linceul – Réponse sur les causes et les découvertes du XXe siècle ), une forme de roman à clés où il se met en scène au travers d’un savant indépendant, mû par une volonté de réconcilier chrétiens et juifs grâce à la démonstration que Jésus ne serait pas mort sur la Croix et donc en mesure d’annihiler les racines historiques de l’anti-sémitisme chrétien 1 par une contre-enquête tirant sa source de l’observation du Saint Suaire. Le personnage principal rencontre d’autres figures appartenant à l’Eglise ainsi que des savants et des théologiens sans qu’il soit aisé de les identifier.
Lettre à Jean XXIII – 1959

A la mort du pape Pie XII en 1958, il écrit en latin 2 une lettre au nouveau pape Jean XXIII dès février 1959 pour demander une autorisation d’études supplémentaires, notamment l’analyse des traces de sang et des tests de datation au carbone 14 dont la technique vient d’émerger . 3 Hans Naber y affirme que l’état du linceul et la présence de traces de sang démontrent que Jésus aurait survécu à la crucifixion. Il avance que l’activité cardiaque aurait perduré lors de l’inhumation, rendant leurs conclusions conformes aux données scientifiques de l’époque.
» La position, l’apparence, les traces de sang sur le linceul en soi démontrent que le supplice a été effectué de manière imparfaite selon cette formule juridique à cette époque. » ( Naber, 1959 )
C’est ensuite Guido De Mestri, un obscur conseiller par intérim de la Nonciature Apostolique d’Allemagne qui répond à Hans Naber dans une lettre du 13 juillet 1959 : en réponse à sa demande concernant le Linceul de Turin, il l’informe que le cardinal Maurilio Fossati, archevêque de Turin, n’est « pas disposé à accéder à sa requête« , sans motiver son refus.
En 1961, il publie par ailleurs une brochure de grand format diffusée en kiosque en Allemagne de l’Ouest, en Suisse et en Autriche dont le titre est « Jésus n’est pas mort sur la croix » ( cf. Naber/ John Reban, 1976, p 94-95). Cette brochure attaque violemment l’Eglise catholique romaine et fera l’objet de mesures de retraits des kiosques pour trouble à l’ordre public notamment en suisse. 4
En utilisant alors le pseudonyme de John Reban, il publie en 1967 une traduction anglaise de ses thèses sous le titre Inquest on Jesus Christ, Did He Die On The Cross ?
dossier de recherche au Vatican – 1969.

Il continuera de solliciter le Vatican pour réaliser des examens complémentaires. On trouve dans son ouvrage de 1976, des documents sur la transmission d’un important dossier de recherche en 1969 réceptionné de Mgr Charles Moeller, un proche du pape Paul VI qui l’avait nommé Secrétaire pour l’unité des chrétiens et recteur de l’Institut œcuménique de Jérusalem.
Procès et Prises de Risques Financiers
Pour diffuser ses découvertes et financer ses publications, Hans Naber a pris des risques financiers importants, notamment en contractant des prêts substantiels. Entre 1964 et 1968, ces engagements ont conduit à des difficultés financières, culminant dans un procès en 1971 où il fut accusé de fraude. Naber se défendait en affirmant que son dévouement à la recherche sur le Suaire justifiait ces prises de risques. Le journaliste de Der Spigel explique que Hans Naber déplie sa photocopie du Suaire de Turin, long de 4,36 mètres et large de 1,10 mètre, bruissant et crépitant pour exposer ses théories en plein tribunal. ( Der Spiegel, 1971)
Bien que sa condamnation ait révélé des lacunes dans sa gestion, elle a également souligné son engagement indéfectible envers sa mission.
Références :
- Primrose, W. B. (1949). A surgeon looks at the crucifixion. The Hibbert Journal, 47, juillet 1949. Reproduit dans les archives du Royal College of Physicians and Surgeons of Glasgow.
- Naber, H. (1959), Lettre à Jean XXIII pour des examens scientifiques. in Naber, H. (1976 ) Christus wurde lebendig begraben.
- Naber, H. / John Reban (1967) Inquest on Jesus Christ, Did He Die On The Cross ? – Leslie Frewin Publisher Limited.
- Naber, H. / Reban, J. (1976). Christus wurde lebendig begraben. Interfound Publishing.
- Der Spiegel. (1971, 18 juillet).
- Ganz harte Arbeit. [[Une tâche très ardue.( Procès de Hans Naber )] (1971, juillet 18). Der Spiegel (n° 30/1971). https://www.spiegel.de/politik/ganz-harte-arbeit-a-22bc061c-0002-0001-0000-000043144946
- Fossati, L. (1978 ) – Breve saggio critico di bibliografia e di informazione sulla Sacra Sindone – Bottega d’Erasmo, Torino année 1950. pp. 62–64
- L’antisémitisme chrétien se réfère aux préjugés et à la persécution des Juifs perpétrés dans le contexte chrétien, souvent en les accusant de déicide (la mise à mort de Jésus) et en justifiant ainsi des siècles de discrimination et de violence. Ce sentiment a été alimenté par des interprétations théologiques qui voyaient les Juifs comme collectivement responsables de la crucifixion [↩]
- L’écriture d’un tel texte en latin pose question car on peut se demander si Hans Naber était en mesure de rédiger une telle lettre dans cette langue morte ou s’il a reçu l’aide d’une personne plus lettrée, notamment un ecclésisastique ? [↩]
- En 1949, Willard Frank Libby réalise la première datation au carbone 14 et reçoit le prix Nobel de chimie en 1960 pour récompenser le développement de cette méthode. [↩]
- voir par exemple l’interdiction dans le canton d’Uri : « Par ses photos et par ses textes, cette publication attaque violemment 1 ‘ église catholique-romaine, porte atteinte aux convictions religieuses de la plus grande partie de la population uranaise et met en danger la paix confessionnelle. En vertu de la constitution cantonale, le gouvernement uranais a décidé d’interdire la vente et la diffusion de cette publication et a chargé la direction de police d’appliquer rigoureusement cette mesure. » in « Le Nouvelliste du Rhône » journal régional suisse – 11 Mars 1961 [↩]