Harry Goove

Harry E. Gove (1922–2009), physicien et professeur émérite de physique à l’Université de Rochester, est reconnu pour son rôle fondamental dans la datation du Suaire de Turin grâce à son invention de la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS).

L’introduction de l’AMS, une technique permettant de dater de minuscules échantillons de matière, a marqué un tournant dans l’archéologie et l’étude de reliques précieuses, comme le Suaire de Turin, car elle ne nécessitait qu’une fraction de la matière précédemment requise pour des résultats précis. Cette technique a conduit à la datation du Saint Suaire au carbone 14 en 1988.

Découverte et Développement de l’AMS

Après la conférence d’Albuquerque en mars 1977, Gove fut sollicité pour la première fois à propos du Suaire par David Sox, secrétaire de la British Society for the Turin Shroud (BSTS), après que Sox eut pris connaissance d’un article dans Time Magazine sur les avancées de Gove dans la technique de datation au carbone 14 par  spectromètres de masse par accélérateur (AMS)

Sox proposa à Gove de tester le Suaire de Turin pour établir son authenticité à travers une datation au carbone, car cette nouvelle méthode permettait d’utiliser des échantillons très réduits. Avant cela, ni Gove ni son équipe n’avaient entendu parler de cette relique. Conscient de la nouveauté de la méthode AMS, Gove s’interrogea sur l’opportunité d’appliquer une technique encore récente à un objet aussi sacré et emblématique​

Le Processus de Datation en 1988 :

Malgré ses hésitations initiales pour participer, Gove joua un rôle déterminant dans le protocole de datation mis en place en 1988. Gove, bien qu’il n’ait pas directement mené les tests, participa à la supervision des procédures en tant qu’inventeur de la technique AMS. Trois laboratoires, situés à Oxford, Zurich et Tucson, reçurent chacun un fragment de lin prélevé sur le Suaire.

Le 13 octobre 1988, les résultats de la datation furent révélés, indiquant que le Suaire daterait de la période entre 1260 et 1390, ce qui semblait contredire la tradition chrétienne associant le Suaire au linceul de Jésus-Christ.

Gove, dans un ouvrage ultérieur intitulé Relic, Icon or Hoax? Carbon Dating and the Shroud (1996), offrit un récit détaillé de ce processus et de ses enjeux, tout en se montrant assez catégorique sur la précision des résultats de l’AMS, allant même jusqu’à estimer la probabilité que le Suaire date de l’époque de Jésus à « une chance sur un millier de trillions »​

Controverse sur les Contaminations Microbiennes

Cependant, dès 1993, des débats surgirent sur la possible contamination microbienne des échantillons de lin suite aux travaux du Dr Leoncio A. Garza-Valdes.

En 1994, lors d’une conférence à l’Université du Texas, le microbiologiste Stephen Mattingly présenta des échantillons contaminés par des biofilms microbiens pouvant avoir affecté la datation au carbone. Mattingly proposa de démontrer l’effet potentiel de cette contamination en envoyant à Gove deux échantillons : l’un exempt de bactéries et l’autre recouvert d’une couche microbienne représentant 60 % du poids sec de l’échantillon de lin, simulant une contamination similaire à celle supposée du Suaire.

Mattingly espérait que Gove reconnaîtrait l’impact que ces biofilms auraient pu avoir sur la datation. Cependant, Gove ne répondit jamais, ni ne retourna les échantillons, ce qui laissa Mattingly perplexe sur son silence​

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L’Héritage de Gove et son Influence dans la Recherche sur le Suaire

Bien que Gove soit resté un fervent défenseur de l’AMS, son attitude à l’égard de la contamination microbienne a suscité des interrogations. D’un côté, il reconnaissait la possibilité de biofilms, mais de l’autre, il semblait réticent à admettre que cela aurait pu compromettre la datation officielle, peut-être en raison des implications négative pour les laboratoires de radiocarbone qui utilisaient sa méthode.

Harry Gove, malgré les pressions, n’a jamais publiquement invalidé les résultats de 1988, tout en reconnaissant la nécessité d’un débat sur les biais éventuels dans le protocole.

Bibliographie :

  • Elmore D, Gove H E, Beukens R P, Litherland A E, Purser K H and Rubin M (1978) A method for dating the Shroud of Turin La Sindone e la Scienza, Bilanci e Programmi, Atti del II Congresso Internazionale di Sindonologia 2nd edn, ed P Coero-Borga (Turin: Edizioni Paoline) pp 428-36
  • Gove H E (1987) Turin workshop on radiocarbon dating the Turin Shroud Nuclear Instruments and Methods in Physics Research, B 29 193-5
  • Gove H E (1989) Progress » in radiocarbon dating the Shroud of Turin Radiocarbon 31 965-9
  • Gove H E (1990) Dating the Turin Shroud-an assessment Radiocarbon 32 87-92
  • Gove, H. E. (1996). Relic, Icon or Hoax? Carbon Dating the Turin Shroud. Institute of Physics.
  • Gove H E, Mattingly S J, David A Rand Garza-Valdes L A (1997) A problematic source of organic contamination of linen Nuclear Instruments and Methods in Physics Research. B 123 504-7
  • Gove, H. E. (1998). From Hiroshima to the Iceman: The Development and Applications of Accelerator Mass Spectrometry (1st ed.). Inst of Physics Pub Inc. Pages 146 à 169
  • Wilson, I. (2009). Obituary – Professor Harry E. Gove. British Society Shroud of Turin Newsletter, (69), June 2009.

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