
H. David Sox, né le 24 avril 1936 à Hickory, Caroline du Nord, était un prêtre épiscopalien américain, enseignant et écrivain au sujet du Suaire de Turin.
Il a d’abord été un fervent défenseur de l’authenticité du Suaire, mais ses recherches l’ont finalement amené à croire qu’il s’agissait d’un faux.
Son rôle dans la datation au carbone 14 en 1988 a suscité quelques interrogations.
Découvert du Saint suaire :
Le premier contact de Sox avec le Suaire eut lieu en 1956 à Turin, en route pour un camp œcuménique de jeunes. En visitant la chapelle où le Suaire était conservé, il consulta un dictionnaire italien-anglais et comprit que le mot « sindone », mentionné dans la littérature de la chapelle, faisait référence au « Suaire de Jésus ». Sox, en rébellion contre le christianisme traditionnel de son père et grand-père luthériens, développa un intérêt pour des aspects du christianisme du Vieux Continent. Ce lien avec le Suaire resta en sommeil jusqu’en 1976, où il commença à lire intensément à ce sujet. ( Stephen Jones, 2017)
Partisan de l’Authenticité :
Initier la datation au carbone 14 dès 1977 :
Après la conférence d’Albuquerque en mars 1977, David Sox était alors le secrétaire de la British Society for the Turin Shroud (BSTS) et il a sollicité Harry Goove après avoir pris connaissance d’un article dans Time Magazine sur les avancées de Gove dans la technique de datation au cardone 14 par spectromètres de masse par accélérateur ( AMS )
Sox proposa à Gove de tester le Suaire de Turin pour établir son authenticité à travers une datation au carbone, car cette nouvelle méthode permettait d’utiliser des échantillons très réduits.
Sox a publié File on the Shroud (1978), où il explorait les preuves en faveur de l’authenticité du Suaire, notamment dans le cadre des premières publications du STURP. Selon Stephen Jones, cet ouvrage avait pourtant une ouverture très forte pour l’approche sceptique envers l’authenticité du Saint Suaire ( Stephen Jones, 2017)
Détracteur de l’Authenticité :
Cependant, dès 1979 après la découverte par Walter McCrone d’infimes quantités de pigments d’oxyde de fer sur le tissu, Sox a révisé son point de vue. ( voir Polémique Mc Crone et STURP, notamment A. Adler et J. Heller ) ..
Henry David Sox a démissionné de la British Society for the Turin Shroud (BSTS) vers 1980 et a publié The Image on the Shroud (1981), dans lequel il concluait que le Suaire était une œuvre d’art.
Il a également écrit The Shroud Unmasked (1988), un ouvrage dans lequel il approfondissait ses critiques.
Henry David Sox ,Walter Mc Crone et Gilbert Raes
Sox connaissait personnellement McCrone depuis 1976, lorsque les deux se rencontrèrent à Londres. (McCrone, 1999, p.62.) McCrone s’intéressait à la datation par radiocarbone d’un échantillon du Suaire prélevé en 1973 pour analyse textile par le professeur belge Gilbert Raes, spécialiste des textiles.
En novembre 1976, Sox et McCrone visitèrent Gilbert Raes à Gand, où ils examinèrent l’échantillon, étonnés de constater qu’il était conservé de manière informelle mais en bon état, apparemment adapté à la datation par radiocarbone, bien que son histoire documentée fût incomplète, ce qui limitait son utilisation.
Quatre mois après leur visite à Gand, McCrone présente en mars 1977, lors de la conférence d’ Albuquerque, l’idée de dater l’échantillon de Raes par radiocarbone, une approche qu’il propose d’appliquer via des « traces électroniques sur une plaque photographique ». Ce procédé, ambitieux mais controversé, suscite le scepticisme du professeur Raes, expert en textiles, qui consulte le physicien belge Désiré Apers, spécialiste en radiocarbone. Apers critique la méthode de McCrone comme « dévastatrice », car il la considère scientifiquement insensée, une position appuyée plus tard par Harry Gove, expert reconnu en physique nucléaire et spécialiste de la datation au carbone 14. Raes, prévoyant une insistance de Sox et McCrone pour obtenir l’échantillon, informe Turin, déjà méfiant envers McCrone. Turin demande alors le retour de l’échantillon, qui est déposé en octobre 1977 dans le coffre de la chapelle royale de Turin ( plus de détails dans l’excellent article de Stephen Jones, 2017 )
Les Fuites dans la Presse de la Datation Médiévale au Carbone 14 :
En mai 1978, Harry Gove et son équipe, motivés par la possibilité de démontrer publiquement l’efficacité de la datation par spectrométrie de masse accélératrice (AMS), envisagèrent de dater le Suaire de Turin. Sox, qui avait en 1977 contacté Gove, déclencha ainsi une série d’événements menant à la datation officielle en 1988.
Le 3 juillet 1988, une fuite dans le Sunday Telegraph par Kenneth Rose évoquait une datation médiévale, rapidement reprise par les médias. Le journaliste a rapporté que la datation au radiocarbone du Suaire était en cours et que « malgré le secret absolu entourant l’enquête, j’ai entendu des signes indiquant que le tissu de lin a été prouvé comme étant médiéval »
Comme remarqué par Stephen Jones, le livre du révérend H. David Sox, The Shroud Unmasked, mentionne dans son introduction qu’il a été rédigé en « août 1988« , et le London Sunday Times en possédait un exemplaire dès le 18 septembre 1988, plus de deux semaines avant l’annonce officielle du résultat de la datation par le carbone, le 13 octobre 1988, établissant la période « 1260-1390 ». Par ailleurs, Sox y cite, de manière surprenante, « Timothy Linick« , prématurément décédé en 1989 ( Jones, S. E. 2014, Juin 24).
Le 26 août, le London Evening Standard publia un article de première page intitulé « Le Suaire de Turin est vraiment un faux », accompagné de l’opinion du Dr Richard Luckett, bibliothécaire à Cambridge. Il y mentionnait qu’une datation probable aux environs de 1350 semblait justifiée et ajoutait que « les laboratoires sont des institutions plutôt étanches ». Pourtant, comme le Dr Richard Luckett était-il au courant ?
Le 23 septembre 1988, Ian Wilson, expert du Suaire, accusa Henry David Sox Sox de ces fuites.
Sox admit alors partiellement sa responsabilité, bien qu’il ait démenti toute implication auprès de Gove. Le lendemain, le 24 septembre, dans La Stampa , Sox était cité comme admettant qu’il était en partie responsable des fuites : « Que je sois damné si je devais laisser toute la responsabilité retomber sur moi » (Eva Ferrero 1988)
Anastasio Ballestrero réagit alors le 15 Octobre 1988 » Le fait déplorable que de nombreuses informations relatives à cette recherche scientifique aient été divulguées dans la presse, notamment dans la presse anglophone, est pour moi une source de regret personnel, car cela a également favorisé l’insinuation, loin d’être sereine, que l’Église avait peur de la science et tentait de cacher ses résultats, une accusation en contradiction flagrante avec l’attitude que l’Église a toujours adoptée, même dans cette circonstance, avec toute la fermeté requise. » – ( Communiqué de presse )
Critique des reliques religieuses :
Au-delà de ses écrits sur le Suaire, Sox a publié plusieurs livres sur d’autres controverses et faux en art, notamment The Gospel of Barnabas (1984) et Unmasking the Forger: The Dossena Deception (1987).
Il a enseigné pendant 19 ans à l’American School de Londres et a passé quatre décennies au Royaume-Uni avant de s’installer à Palm Springs, en Californie. Il est décédé le 31 janvier 2016, laissant derrière lui son partenaire de longue date, Allan Offermann.
sources :
- Sox, H. D. (1978). File on the Shroud. London: Unwin Paperbacks.
- Sox, H. D. (1981). The Image on the Shroud: Is the Turin Shroud a Forgery? London: Mandala Books. ISBN: 9780042000398.
- Sox, H. D. (1984). The Gospel of Barnabas. London: Allen & Unwin.
- Sox, H. D. (1987). Unmasking the Forger: The Dossena Deception. London: Allen & Unwin.
- Sox, H. D. (1988). The Shroud Unmasked. London: Birlinn Limited.
- Eva Ferrero ( 1988, 24 Septembre ) « Sacerdote inglese la spia dei risultati sulla Sindone » ; La Stampa. (page 6 )
- ANSA ( agence de presse) ( 1988, 16 octobre ) « Un filo rosso ha tradito la Sindone » (La Stampa, 1988, numéro 229, page 9)
- Marinelli, E., & Petrosillo, O. (1990). La sindone. Rizzoli.
- McCrone, W.C., (1999), « Judgment Day for the Shroud of Turin, » Prometheus Books.
- Jones, S. E. (2014, June 24). My theory that the radiocarbon dating laboratories were duped by a computer hacker #6. The Shroud of Turin Blog.
- Jones, S. E. (2017, August 15). Obituary: Rev. H. David Sox (24 April 1936 – 28 August 2016). The Shroud of Turin Blog.
- Marino, Joseph G. (2022) “The Rev. H. David Sox: His Intriguing Role in the Shroud’s C-14 Dating. ” 2022.