Hypothèse du rayonnement Ultra-Violet

Cette hypothèse a émergé après les examens du STURP de 1978 et les difficultés des chercheurs pour expliquer la formation de l’empreinte du corps sur le Saint Suaire. Les observations du STURP ont en effet remis en question l’hypothèse de la vapographie ammoniacale soutenue par Paul Vignon et René Colson au début du XX ° siècle.

L’hypothèse du rayonnement est fondée sur la théorie que l’image du corps sur le tissu du Suaire pourrait avoir été formée par une intense décharge de lumière ou de rayonnement ultra-violet (UV), suffisamment puissante pour affecter les fibres de lin de manière superficielle, sans pénétration en profondeur.

Dans les années 2000, l’hypothèse a été étudié par des expériences suites aux travaux de Paolo Di Lazzaro et de son équipe de chercheurs à l’ENEA (Agenzia nazionale per le nuove tecnologie, l’energia e lo sviluppo economico sostenibile) en Italie.

Historique :

L’hypothèse selon laquelle l’image du Suaire de Turin pourrait être due à un phénomène de rayonnement, en particulier d’impulsion de rayonnement ultraviolet (UV), a émergé grâce aux travaux du STURP.

Les recherches ont débuté avec le Shroud of Turin Research Project (STURP) en 1978. Les observations chimiques apportaient des observations paradoxales qui ne cadraient pas avec l’hypothèse de la vapographie ammoniacale. Jackson et son équipe ont constaté que l’image n’était pas due à des pigments ou des peintures, mais qu’elle se limitait à la surface des fibres de lin, ce qui a mené à des théories autour de décolorations thermiques et radiatives.

1982 :

En 1982, John P. Jackson, Eric J. Jumper William R. Ercoline ont proposé que la formation de l’image pourrait être associée à un phénomène radiatif, sans pour autant spécifier le type de rayonnement. Jackson, Jumper et Ercoline ont utilisé des techniques d’analyse informatique pour examiner la relation entre les variations de teinte de l’image et la distance supposée entre le corps et le tissu. Ils ont découvert que l’intensité de l’image semblait codée en trois dimensions, correspondant à la distance entre le tissu et le corps. En effet, l’étude des caractéristiques tridimensionnelles de l’image posaient la question de l’importance de phénomènes énergétiques d’origine radiative dans la création de cette image sans pénétration profonde dans le tissu. Les chercheurs ont posé l’hypothèse que si l’image avait été formée par un rayonnement émis à partir du corps, la distance entre le corps et le tissu pourrait avoir influencé l’intensité de la décoloration sur le lin. Un rayonnement de courte portée, tel que les ultraviolets ou les infrarouges, aurait pu générer une image tridimensionnelle en fonction de l’intensité et de la proximité, de manière similaire à la projection d’une ombre ou d’une empreinte de chaleur sur une surface réceptive.

1984 :

Dans leur article A Comprehensive Examination of the Various Stains and Images on the Shroud of Turin, Jumper, Adler, Jackson, Pellicori, Heller, et Drusik analysent les propriétés physiques et chimiques de l’image du Suaire et évoquent des mécanismes radiatifs potentiels pour expliquer sa formation. Ils détaillent une analyse minutieuse des taches et de l’image, en notant que l’image est confinée à la surface externe des fibres de lin. Ils analysent une décoloration superficielle observée à la surface du Saint Suaire. Ils font observer que cette observation pourrait être compatible avec une source d’énergie à faible pénétration, comme les UV. 1 Ils ont suggéré que les effets de dégradation superficielle sur les fibres du lin pourraient être similaires à ceux produits par des expositions contrôlées aux UV, ce qui suggère que le rayonnement ultraviolet pourrait théoriquement produire une image avec les mêmes caractéristiques de superficialité et de détail que celle du Suaire. Ils ont également exploré certaines propriétés de fluorescence de certaines zones, qui posent d’autres questions et qui pourraient être des indices d’une exposition à une source de rayonnement intense.

Vers des Hypothèses de Rayonnement UV.

Au début des années 2000, Giulio Fanti et Marco Moroni ont approfondi ces recherches en proposant que l’image pourrait être le résultat d’un processus radiatif très spécifique, et a publié des travaux sur la double superficialité de l’image dont ils analysent les causes possibles.
Dans leur article The double superficiality of the frontal image of the Turin Shroud, Giulio Fanti et Marco Moroni explorent le concept de « double superficialité » de l’image du Suaire, c’est-à-dire que l’image apparaît uniquement à la surface des fibres de lin, aussi bien sur le côté frontal que dorsal, sans pénétration dans la structure interne des fibres. Ce phénomène particulier soulève des questions sur les processus qui pourraient être à l’origine de cette caractéristique unique.

Fanti et Moroni discutent de l’hypothèse selon laquelle la formation de l’image pourrait être liée à un processus de radiation. En se basant sur des études précédentes et des analyses microscopiques, ils constatent que la coloration est extrêmement superficielle, compatible avec un rayonnement de haute intensité mais de courte durée, comme des impulsions dans le domaine de l’ultraviolet. 2

Ils explorent l’idée que des radiations énergétiques pourraient avoir provoqué une décoloration limitée aux couches externes des fibres, sans affecter les couches internes, ce qui expliquerait cette « double superficialité ». Leurs recherches se concentrent sur les modèles énergétiques qui pourraient créer une telle empreinte, en examinant l’impact de la radiation UV ou d’autres types de rayonnements capables de provoquer une altération aussi précise du lin.

Ses études ont contribué à orienter la recherche vers des modèles de radiation et de décoloration.

Expérimentations de Di Lazzaro et al. (2010-2013)

Les travaux de Paolo Di Lazzaro et de son équipe ont véritablement établi les fondements de l’hypothèse du rayonnement UV.
En 2010, ils ont publié des résultats montrant que des impulsions de lumière UV extrêmement courtes (de l’ordre des nanosecondes) pouvaient provoquer une décoloration superficielle sur des échantillons de lin, reproduisant ainsi des effets similaires à ceux du Suaire .
En 2011, ils ont confirmé ces résultats en utilisant des impulsions laser dans la gamme du vacuum ultraviolet, prouvant que ce rayonnement pouvait créer une coloration de surface tout en respectant la faible profondeur observée sur le Suaire .

Leur étude de 2013 a poussé cette hypothèse plus loin, suggérant que la technologie nécessaire pour reproduire l’image du Suaire dans son intégralité n’est pas actuellement disponible, renforçant l’idée d’un phénomène unique, peut-être d’origine surnaturelle, selon certains interprètes .

Bibliographie

  1. Jackson, J.P., E.J. Jumper and W.R. Ercoline, « Three Dimensional Characteristic of the Shroud Image, » IEEE 1982 Proceedings of the International Conference on Cybernetics and Society, October 1982, pp. 559-575.
    • Cette étude introduit une analyse des caractéristiques tridimensionnelles de l’image, posant la question de possibles effets radiatifs dans sa formation.
  2. Jumper, E.J., A.D. Adler, J.P. Jackson, S.F. Pellicori, J.H. Heller and J.R. Drusik. « A Comprehensive Examination of the Various Stains and Images on the Shroud of Turin, » Archaeological Chemistry III, ACS Advances in Chemistry No. 205, J.B. Lambert, Editor, Chapter 22, American Chemical Society, Washington D.C., 1984, pp. 447-476.
    • Les chercheurs discutent des propriétés physiques et chimiques de l’image, évoquant des mécanismes potentiels d’origine radiative.
  3. Fanti, G., & Moroni, M. (2002). The double superficiality of the frontal image of the Turin Shroud. Journal of Optics A: Pure and Applied Optics, 4(6), 492-503. https://doi.org/10.1088/1464-4258/4/6/304
    • Giulio Fanti explore les effets de la superficialité et introduit l’idée d’une décoloration potentiellement liée à un processus de radiation.
  4. Di Lazzaro, P., Murra, D., Santoni, A., Nichelatti, E., & Baldacchini, G. (2010). Deep ultraviolet radiation simulates the Turin Shroud image. Journal of Imaging Science and Technology, 54(4), 040302-1-040302-6. https://doi.org/10.2352/J.ImagingSci.Technol.2010.54.4.040302
    • Cette étude montre que des impulsions de rayonnement ultraviolet peuvent produire une coloration superficielle du lin, similaire à celle observée sur le Suaire.
  5. Di Lazzaro, P., Murra, D., Santoni, A., Nichelatti, E., & Baldacchini, G. (2011). Superficial and Shroud-like coloration of linen by short laser pulses in the vacuum ultraviolet. Applied Optics, 51(2), 214-220. https://doi.org/10.1364/AO.51.000214
    • L’équipe approfondit leurs recherches en testant l’impact des impulsions laser UV, confirmant la possibilité de reproduire des effets similaires à l’image du Suaire.
  6. Di Lazzaro, P., Murra, D., Nichelatti, E., Santoni, A., & Baldacchini, G. (2013). Italian study on laser effects supports Turin Shroud’s authenticity. Optics and Photonics News, 24(1), 36-42. https://doi.org/10.1364/OPN.24.1.000036
    • Une analyse des implications des résultats précédents, suggérant que les caractéristiques de l’image ne peuvent pas être reproduites avec des technologies conventionnelles.
— Notes —
  1. et comme une radiation thermique dans l’infra-rouge également contrôlée ? [↩]
  2. en revanche, cela pourrait être compatible avec une exposition de longue durée à des rayonnements thermiques infra-rouge d’intensité modérée ? [↩]

This website uses cookies. By continuing to use this site, you accept our use of cookies.