Dom Jacques Langellé — dont le nom apparaît aussi sous les formes Langelé ou Langellée — est un bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, mort en 1689. Il semble pouvoir être identifié au Jacques Langelé né vers 1654, qui fit profession à l’abbaye Saint-Faron de Meaux le 25 octobre 1674, à l’âge de vingt ans. 1

En 1684, Langellé publie à Paris chez Jean-Baptiste Coignard son Histoire du Saint Suaire de Compiègne. L’attribution à Jacques Langellée et la date de 1684 apparaissent également dans les fonds de la Société historique de Compiègne conservés au Catalogue collectif de France. 2
Un ouvrage apologétique mais documentaire
Langellé écrit pour défendre la relique conservée à Saint-Corneille de Compiègne. Son ouvrage appartient donc à une littérature apologétique consacrée aux reliques, mais il présente un intérêt documentaire considérable puisqu’il écrit alors que le Suaire de Compiègne existe encore matériellement et fait toujours l’objet d’un culte.
Son témoignage est particulièrement précieux lorsqu’il décrit des éléments qu’il affirme avoir vus ou consultés : « écritures gothiques », peintures anciennes, traditions liturgiques et surtout « titres anciens ». À propos de l’arrivée traditionnelle du Suaire à Compiègne en 876-877, il rapporte notamment que les ermites du Saint-Signe conservaient encore des documents anciens et que des peintures représentaient Charles le Chauve accompagné des évêques. 3
Cette dimension impose toutefois une lecture critique. Langellé écrit près de huit siècles après les événements carolingiens qu’il rapporte. Il faut donc distinguer systématiquement :
ce qu’il observe au XVIIe siècle ; ce qu’il affirme avoir lu dans des documents plus anciens ; et ce qu’il transmet comme tradition.
Le Saint Suaire de Compiègne et les autres Suaires
Dans son Histoire du Saint Suaire de Compiègne publiée en 1684, Dom Jacques Langellé compare la relique de Saint-Corneille aux principaux Suaires alors connus en Europe. Il distingue nettement le Suaire de Turin, décrit comme portant le sang et l’empreinte du corps du Christ, le Suaire de Besançon, présenté comme un linge « rempli de baumes » et « figuré des traits de son image », et le Suaire de Cahors, identifié comme le « Suaire de la tête de Jésus-Christ ». 4
Pour Besançon, Langellé rapporte que la relique est attestée, selon Chifflet, par un rituel antérieur à 1253. Tenue pour détruite lors de l’incendie de l’église Saint-Étienne en 1349, elle aurait été retrouvée vers 1377 ; deux peintres appelés à l’examiner auraient alors déclaré que la figure corporelle visible sur le linge résultait non d’un travail humain, mais de l’impression du sang et des onguents funéraires. Langellé ne donne cependant aucune dimension précise du Suaire de Besançon. 5
Bibliographie APA chronologique
- Chifflet, J.-J. (1624). De linteis sepulchralibus Christi Servatoris crisis historica. Anvers : Officina Plantiniana. La BnF confirme cette édition de 1624.
- Dominicy, M.-A. (1640). De sudario capitis Christi liber singularis. Cahors. L’ouvrage est consacré à la relique aujourd’hui connue comme la Sainte Coiffe de Cahors.
- Langellé, J. (1684). Histoire du S. Suaire de Compiègne. Paris : Jean-Baptiste Coignard.
Google Books : Consulter l’ouvrage numérisé - Morel, É. (1904). Le Saint-Suaire de Compiègne. Bulletin de la Société historique de Compiègne, 11.
Société historique de Compiègne : Bulletin B11 consacré au Saint-Suaire de Compiègne - Société historique de Compiègne. (s. d.). Histoire de l’ermitage du Saint-Signe. Compiègne : Société historique de Compiègne. Consulter l’étude en PDF
- Institut de recherche et d’histoire des textes – Bibale. (s. d.). Abbaye Saint-Faron (Meaux, Seine-et-Marne). Référentiel d’autorités Bibale. Notice Bibale de Saint-Faron
- Bibliothèque nationale de France – Catalogue collectif de France. (s. d.). MS. SHC 76-12. Actes divers, XVIIe-XVIIIe siècles. Fonds de la Société historique de Compiègne.
- Cette identification est cohérente avec les données prosopographiques de l’IRHT-Bibale, qui recensent un « Langelé, Jacques (v. 1654-1689) » ayant fait profession à Saint-Faron de Meaux en 1674. Elle reste toutefois à considérer avec prudence tant qu’une source biographique contemporaine ne relie pas explicitement cette notice à l’auteur de l’Histoire du Saint Suaire de Compiègne. IRHT-Bibale, notice « Abbaye Saint-Faron ».[↩]
- Le CCFr signale dans le fonds de la Société historique de Compiègne une pièce intitulée Histoire du Saint Suaire de Compiègne par Jacques Langellée en “datte” de l’an 1684. Cette concordance confirme l’attribution et la datation de l’ouvrage.[↩]
- Dans son récit, Langellé écrit que les ermites du Saint-Signe « montrent encore quelques écritures gothiques » et ajoute : « Je trouve même, dans les titres anciens que j’ai lus… ». La Société historique de Compiègne a reproduit ce passage dans son étude consacrée à l’ermitage du Saint-Signe. Langellé, 1684 ; Société historique de Compiègne, Histoire de l’ermitage du Saint-Signe.[↩]
- Langellé, 1684, pp. 58, 128-131 [↩]
- Chifflet, 1624 ; Dominicy, 1640. [↩]