
Jean Calvin (1509-1564) est un théologien et réformateur protestant d’origine française. Il est l’un des principaux acteurs de la Réforme protestante, notamment avec la publication de son ouvrage majeur, L’Institution de la religion chrétienne (1536)/ om a également exercé une influence durable à Genève, où il a contribué à l’organisation d’une communauté réformée et à l’implantation du protestantisme comme projet politique alternatif en rupture avec l’organisation héritée du catholicisme.
Critique du Saint Suaire.
Jean Calvin s’est vivement opposé à la vénération des reliques, qu’il considérait comme une forme de superstition incompatible avec la foi chrétienne authentique. C’était une dérive historique qui posait de nombreux problèmes éthiques, notamment dans la critique de la vente des indulgences, à savoir le pardon des péchés accordé par l’Église contre des dons financiers ou d’autres actes, souvent utilisés pour financer des projets religieux.

Dans son Traité des reliques publié en 1543, il dénonce ce qu’il perçoit comme une manipulation religieuse visant à tirer profit des croyances populaires. Calvin critique spécifiquement les reliques liées à Jésus-Christ, dont le Saint Suaire, qu’il accuse d’être une fraude destinée à abuser les fidèles.
Il s’agissait d’une débat très vif au sujet d’une pratique très critiquée lors de la Réforme. Pour lui, les reliques et les indulgences étaient toutes deux des moyens pour l’Église de contrôler les croyants en échange de bénéfices matériels, ce qui posait des problèmes éthiques fondamentaux. Par ailleurs, on sait que la Contre-Réforme protestante a été théorisée lors du Concile de Trente qui s’est tenu en plusieurs sessions entre le 13 décembre 1545 et le 4 décembre 1563.
Une critique théologique et politique des reliques :
Pour Calvin, les reliques ne sont rien d’autre que des objets artificiels créés pour enrichir l’Église catholique et renforcer son autorité. Il souligne la multiplication suspecte des « Saints Suaires » à travers l’Europe en faisant références aux pratiques de dévotion rendues aux copies du Saint Suaire. Et il pointe l’incohérence des récits liés à ces objets.
Sa critique s’inscrit dans le contexte de la Réforme protestante, développant notamment un rejet plus global des pratiques religieuses qu’il considérait comme idolâtres, appelant à un retour aux Écritures et à une foi pure, débarrassée des « artifices » comme les reliques.
Calvin, dans sa critique, s’insurge contre ce qu’il appelle « les impostures papales », qualifiant le Saint Suaire de faux grossier, fabriqué pour tromper le peuple. Il insiste sur l’importance de ne pas confondre la foi authentique avec ces objets qu’il juge sans valeur spirituelle.
Analyse contemporaine des Critiques de Jean Calvin :
Les historiens qui se sont penchés sur les critiques de Jean Calvin concernant le Saint Suaire ont relevé plusieurs lacunes dans ses arguments. Calvin, dans son Traité des reliques, dénonçait ce qu’il considérait comme une fraude, mais ses analyses sur le Saint Suaire manquent parfois de profondeur historique et méthodologique. Voici quelques points soulevés par les historiens :
- Absence d’examen direct : Calvin n’a jamais vu le Saint Suaire lui-même. Sa critique se base sur des récits et des témoignages indirects, ce qui affaiblit la crédibilité de son analyse. Les historiens notent que Calvin s’est fié à des rumeurs et à des suppositions, sans avoir examiné directement la relique.
- L’approche théologique plutôt qu’historique : Calvin abordait le sujet avec une forte motivation théologique. Son objectif était de dénoncer ce qu’il voyait comme l’idolâtrie dans l’Église catholique. Cependant, les historiens soulignent que cette approche théologique a biaisé son analyse historique, le poussant à ignorer des éléments qui auraient pu contredire sa position. Par exemple, il ne considère pas les preuves matérielles ou scientifiques.
- Manque d’analyse des preuves scientifiques : À l’époque de Calvin, les techniques d’examen scientifique n’étaient évidemment pas disponibles comme aujourd’hui, mais il n’a même pas pris en compte les analyses ou les études disponibles sur la nature du tissu ou l’histoire des copies du Saint Suaire, qui auraient pu remettre en question ses affirmations de fraude pure et simple.
- Simplification et généralisation : Calvin a souvent simplifié la question des reliques, incluant le Saint Suaire dans une critique plus large des reliques sans s’attarder sur ses particularités. Il ne distingue pas suffisamment le Saint Suaire des autres reliques, le traitant comme une simple imposture parmi d’autres, sans tenir compte de l’intérêt historique particulier que suscitait cet objet dès cette époque.
En résumé, les historiens reconnaissent que la critique de Calvin contre le Saint Suaire est fortement influencée par ses préoccupations religieuses et anti-catholiques.
Mais, du point de vue de l’examen scientifique du Saint Suaire dans la perspective moderne, la réflexion de Calvin manque de profondeur dans l’analyse historique et matérielle du linceul lui-même. Calvin n’a pas pris en compte les détails spécifiques ou les preuves qui auraient pu nuancer son jugement.