Jean de Venderesse
Bailli royal et témoin de l’affaire du Saint Suaire de Lirey

Sceau de Jean de Venderesse, 1388.
Jean de Venderesse — Jehan de Venderesse dans les documents contemporains — est un chevalier et officier royal français de la seconde moitié du XIVe siècle. Les actes le qualifient de seigneur de Marfontaine.
Sa carrière administrative est bien antérieure à l’affaire du Saint Suaire. Il est nommé bailli de Senlis le 28 septembre 1374 et occupe cette fonction pendant une dizaine d’années. Plusieurs actes le montrent rendant des sentences ou intervenant dans des affaires administratives et judiciaires. En 1385, il agit également comme commissaire du roi. 2
Un sceau de Jean de Venderesse daté de 1388 est par ailleurs répertorié dans la base SIGILLA de l’IRHT.
Jean de Venderesse et le Saint Suaire
En 1389, Venderesse est bailli de Troyes. Il intervient à ce titre dans le conflit opposant l’évêque Pierre d’Arcis aux chanoines de la collégiale Notre-Dame de Lirey au sujet des ostensions du Saint Suaire.
Le 4 août 1389, Charles VI ordonne au bailli de faire exécuter une décision concernant le tissu conservé à Lirey.
Le 15 août 1389, Venderesse se rend personnellement dans la collégiale avec les représentants de l’évêque. Son procès-verbal raconte qu’il trouve le doyen et plusieurs chanoines dans la tribune, apparemment prêts à montrer le Suaire à la foule rassemblée devant l’église. Les torches destinées à l’ostension sont déjà allumées.
Les chanoines refusent cependant de montrer le tissu tant que les officiers royaux restent auprès d’eux. Le procureur de l’évêque affirme alors que le Suaire se trouve dans le « trésor » fermé de la collégiale et demande son ouverture forcée.
Le doyen soutient au contraire que le tissu ne s’y trouve pas et explique qu’il ne possède qu’une des clés nécessaires à l’ouverture.
Les chanoines ayant finalement interjeté appel, Venderesse décide de ne pas forcer le trésor et suspend la procédure.
L’intérêt historique de son témoignage
Le document de Venderesse présente un intérêt particulier parce qu’il est contemporain des événements et émane d’un officier laïc du roi.
Venderesse n’écrit ni une histoire du Suaire ni un texte dévotionnel. Il rend compte de l’exécution d’une mission administrative. Son procès-verbal constitue ainsi un témoignage indépendant particulièrement précieux sur les conditions matérielles d’une ostension du Suaire à Lirey en 1389.
L’original était conservé sur parchemin à la Bibliothèque nationale de France, Collection de Champagne, vol. 154, fol. 130. Ulysse Chevalier en a publié la transcription intégrale en 1900.
Références
- Jean de Venderesse. (1389, 15 août). Procès-verbal relatif à l’exécution des lettres royales concernant le drap conservé dans la collégiale Notre-Dame de Lirey [Acte sur parchemin]. Bibliothèque nationale de France, Collection de Champagne, vol. 154, fol. 130.
- Chevalier, U. (1900). Étude critique sur l’origine du St Suaire de Lirey-Chambéry-Turin. Alphonse Picard et fils.
https://archive.org/details/tudecritiquesur00chevgoog - Saxer, V. (1990). Le Suaire de Turin aux prises avec l’histoire. Revue d’histoire de l’Église de France, 76(196), 5–55.
https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1990_num_76_196_3483 - SIGILLA. (s. d.). Jean de Venderesse : sceau de 1388. Institut de recherche et d’histoire des textes.
https://sigilla.irht.cnrs.fr/
- Moulage Douët d’Arcq n° 5152, d’après l’empreinte Archives nationales,
J 161, n° 10. Source : SIGILLA–IRHT.[↩]
- Cette carrière permet de considérer Venderesse comme un officier royal expérimenté lorsque survient l’affaire de Lirey.[↩]
- Le procès-verbal ne constate donc pas l’absence du Suaire. La tentative de saisie est interrompue pour une raison procédurale : l’appel formé par le doyen et les chanoines.[↩]
- L’acte se présente sous le nom de « Jehan de Venderesse, sire de Marfontainnes, chevalier, bailli de Troyes » et est daté du dimanche 15 août 1389, fête de l’Assomption.[↩]