la photographie du Saint Suaire (1931)

La Photographie du Saint Suaire (1931)

Giuseppe Enrie

publié dans L’Ostensione della Santa Sindone Torino – 1931

pp 41-45

Numérisation Monique Cuer

LA PHOTOGRAPHIE DU SAINT SUAIRE


En 1898, la photographie avait déjà apporté une grande révélation concernant le Saint Suaire : elle avait dévoilé la signification claire d’un dessin resté pendant des siècles inexpliqué et obscur aux yeux des foules comme à l’analyse des savants.
Ce qui jusque-là avait été considéré uniquement comme une pieuse empreinte, rudimentaire du point de vue esthétique et figuratif, ou bien comme la grossière création d’un ancien faussaire, peintre peut-être peu habile et peu ingénieux, se révéla être en réalité l’image négative précise d’un corps d’homme déposé.
L’image négative est, comme chacun le sait, la matrice indispensable pour obtenir photographiquement l’image positive de l’original auquel elle correspond.
On comprit donc en 1898 qu’il s’agissait d’un document d’une haute et précise valeur descriptive, et qu’il suffisait pour le lire de s’arrêter au négatif photographique : c’est-à-dire photographier la Relique, considérer son négatif, dans lequel apparaissait aussitôt et constamment l’image positive du Corps du Rédempteur.
Avec cette révélation sensationnelle, la photographie avait imposé une nouvelle orientation aux discussions sur l’authenticité de la précieuse Relique. Il apparaissait clairement absurde qu’un mystificateur ait pu concevoir et réaliser une image négative, plusieurs siècles avant l’invention de la photographie, et avant même que l’humanité ne possède la notion même de négatif.
Mais la photographie n’avait pas encore dit tout ce qu’elle pouvait et devait dire.
Les chercheurs sur le Saint Suaire, à partir de 1898, demandèrent à plusieurs reprises à la photographie de nouveaux examens et relevés, montrant ainsi qu’ils reconnaissaient dans les premiers résultats une valeur réelle, non d’hypothèse, mais de constatation effective.
Conscientes de ces attentes et de ces exigences, les Autorités chargées de préparer l’Ostension de 1931 se préoccupèrent de programmer une documentation photographique officielle, et de la faciliter dans l’accomplissement de sa mission.
L’auteur de ces lignes, qui eut l’immense honneur d’être choisi pour cette tâche, doit tout d’abord déclarer qu’aucune limitation ne lui fut imposée, aucun sujet interdit ou suggéré, et qu’on lui accorda la plus ample liberté d’enquête et d’illustration, dans les limites imposées par les circonstances exceptionnelles de l’ostension solennelle et du culte.
Il reçut même la recommandation de satisfaire autant que possible les demandes des chercheurs et de leur permettre tout contrôle : un acte de foi et d’honnêteté que l’histoire saura certainement reconnaître.
Ce fut grâce à ces facilités que l’œuvre photographique s’avéra à la hauteur des attentes générales.
En 1898, la photographie avait réservé une grande révélation ; avec l’accroissement de mai 1931, elle ne fit pas que confirmer pleinement cette révélation, elle permit d’y ajouter que l’empreinte conservée sur le Saint Linceul, outre qu’elle est sans doute une image négative, présentait clairement l’inimitable perfection du clair-obscur, caractéristique principale et exclusive des images obtenues par des procédés photographiques, et excluait totalement les signes d’une contrefaçon.
Il suffisait pour cela d’exécuter, dans des proportions égales ou très proches de celles du sujet, quelques relevés des détails les plus saillants, et surtout, du Saint Visage.
Si les chercheurs avaient déjà affirmé qu’il était impensable qu’un faussaire ait pu, avant 1840 (date de l’invention de la photographie), concevoir et même exécuter une image négative telle qu’imprimée sur le Saint Suaire, on peut affirmer aujourd’hui qu’on est en mesure de juger toute la merveilleuse et réaliste perfection de cette image.
Puisque, comme il a été mentionné, le mérite principal de la photographie fut de faciliter la lecture de l’empreinte existante sur le Saint Linceul, il ne sera pas inutile que le technicien prononce quelques mots sur les particularités de la reproduction photographique.
On croit souvent, à tort, que la description photographique correspond toujours à la vision perçue par notre œil.
Tout d’abord, l’œil humain n’a pas une vision constante, mais variable selon les conditions physiques de l’individu ; de plus, aucune impression véritablement stable n’est produite dans l’œil humain qui permette des comparaisons, que ce soit avec le sujet ou avec les visions d’autrui.
La description photographique possède au contraire les grandes qualités de constance, de stabilité et d’unicité de la vision, en plus du pouvoir d’une parfaite simultanéité de réception sur un champ optique beaucoup plus vaste. À ces avantages s’ajoute la possibilité d’exalter l’évidence des images qu’elle reproduit, sans compromettre la précision ni la fidélité, que ces images soient reproduites à l’échelle originale, réduites ou agrandies.
Dans le cas particulier du Saint Suaire, il s’agit d’une image constituée d’une teinte monochrome, que le temps a certainement estompée, image qui se manifeste sur une toile de plus de quatre mètres de long et dont la couleur unique et fondamentale se confond avec le jaunissement de la toile elle-même causé par sa vétusté millénaire. La finesse du dessin, l’indécision des couleurs et la largeur de l’image sont les obstacles principaux auxquels on se heurte dans l’examen de la Sainte-Suaire, sans compter l’inversion du clair-obscur.
Or, toutes ces difficultés sont pour la photographie les plus faciles à surmonter, tant la transformation de l’incertaine empreinte du Saint Suaire en une image photographique suffisamment vigoureuse et marquée, presque brillante, ne doit pas surprendre par le fait en soi, ni susciter la merveille, ni l’admiration.
Qu’on me permette cette déclaration, après avoir entendu contester à maintes reprises la fidélité des photographies officielles, sous prétexte (car l’œil n’a pas su voir aussi bien) que la photographie ne pouvait être considérée comme véridique.
Et si déjà l’on atteint l’incompétence en matière photographique, que dire lorsqu’il s’agit de la simple et tout à fait normale traduction du clair-obscur du Saint Suaire, de négatif en positif ?
On a presque accusé les Autorités d’irrévérence pour avoir permis l’examen, et le photographe de sacrilège !
Penser qu’il s’agit de l’opération photographique la plus élémentaire !
Certes, il est intéressant de s’arrêter au négatif photographique, parce que c’est lui justement qui nous révèle l’image positive du Rédempteur mort.
Il n’y a aucun procédé spécial à suivre pour parvenir à cette révélation. L’homme n’y a eu aucun mérite : en appliquant un procédé scientifique, il y est fatalement parvenu.
La prise de vue photographique s’est entourée de toutes les garanties possibles.
Cinq estimables professionnels exerçant actuellement l’art photographique et représentants légaux de leurs confrères, après un examen attentif des plaques, des copies et de l’original vénéré, se sont prononcés sur l’authenticité absolue des photographies officielles du Saint Suaire exécutées par l’auteur de ces lignes, comme le prouve l’attestation notariée (voir page suivante).
Je considère encore comme nécessaire et honnête une déclaration d’ordre professionnel.
On pourrait croire à tort que pour exécuter les photographies officielles, une capacité extraordinaire fut requise. En réalité, les difficultés techniques à surmonter n’étaient pas de nature à dérouter un opérateur expérimenté dans n’importe quelle branche de la photographie.
Les principales difficultés résidaient dans l’impossibilité d’un examen préparatoire du sujet à photographier, dans le flou des informations à son sujet, dans l’exiguïté du temps alloué pour l’exécution, dans la disposition défavorable des lieux, dans l’intimidation suscitée par la vénérable Relique, et dans la présence continue de nombreuses personnalités, y compris LL. AA. RR., ainsi que dans le contrôle constant des chercheurs.
Toute trace d’altération ou d’infidélité étant donc exclue, on ne pourra d’autant moins douter que la photographie officielle ait pu servir à masquer les signes de falsification ou de fraude.
La photographie — ce merveilleux œil de notre époque, qui constamment serein et stable, peut scruter les lointains infiniment petits du monde astral et les recoins profonds du microcosme — dans les relevés spécialement réalisés du Saint Suaire, aurait implacablement fixé et mis en évidence, avec facilité, les traces du dessin ou du pinceau du dessinateur ou, en tout cas, les ruses du faussaire, si l’image du Saint Linceul avait été une œuvre humaine.
Je ne sortirai pas de mon domaine pour dire quelle est la nature de l’image négative que le Saint Suaire a conservée.
Au photographe averti, il suffira d’affirmer qu’elle n’est pas d’origine humaine.
J’ajouterai que l’homme ne peut même pas copier l’inimitable perfection négative de l’image imprimée sur le Saint Suaire: perfection faite — comme le technicien le sait — de valeurs de clair-obscur très délicates, d’une diffusion particulière, d’un quid impondérable que l’on ne peut ni définir ni séparer avec précision, mais dont dépend surtout, dans le portrait des figures humaines, la ressemblance avec la vérité extérieure du corps et même avec celle de l’esprit. Pour ne pas citer des médiocres, je me limiterai à la copie exécutée par un peintre universellement reconnu comme dessinateur d’exception : le Reffo. Cet homme, mû par une foi profonde qui inspira toute sa carrière d’artiste consciencieux et illustre… Eh bien, la copie qu’il exécuta du Saint Suaire, examinée dans son effet positif correspondant (Tav. XVI), est une tentative défectueuse et pénible.
Le photographe, ce nouveau savant de l’art figuratif que la civilisation mécanique est en train de former, après s’être exercé à reproduire des visages et des profils, des masques et des physionomies par milliers, a désormais aussi le droit de se prononcer sur la valeur émotive contenue dans l’image du Visage du Rédempteur mort que le Saint Suaire nous a transmise.
Mais les valeurs de ce Visage, dans sa reproduction absolument fidèle, n’ont pas besoin d’être signalées par un expert : elles se sont imposées d’elles-mêmes, elles ont suscité un plébiscite d’admiration émue, elles ont fait couler les larmes des croyants, vibrer la sensibilité des plus raffinés, et provoqué la stupeur des sceptiques.
Un tel succès ne pouvait naître d’aucune autre toile que celle qui est la reproduction photographique directe et fidèle de la Vérité.


Giuseppe Enrie

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