La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénérée dans la Chapelle Royale de Turin

La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénérée dans la Chapelle Royale de Turin

Tomaso Chiuso

1885


Chiuso, T. (1885). La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénérée dans la Chapelle Royale de Turin décrite par le théologien Tomaso Chiuso, chanoine de la Basilique métropolitaine. Turin : Cav. L. Romano.

Chiuso, T. (1885). La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénérée dans la Chapelle Royale de Turin décrite par le théologien Tomaso Chiuso, chanoine de la Basilique métropolitaine. Turin : Cav. L. Romano.

La très sainte Sindone
de Notre-Seigneur Jésus-Christ
vénérée dans la Chapelle Royale de Turin

décrite par le théologien
Tomaso Chiuso
chanoine de la Basilique métropolitaine

Turin
Cav. L. Romano, éditeur
(Droits littéraires réservés)
1885

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Nous recommandons la publication du présent opuscule, destiné à promouvoir davantage le culte de la Très Sainte Sindone ; et, tout en déclarant authentiques les indulgences qui y sont mentionnées, nous confirmons celles qui furent concédées par notre Prédécesseur de vénérée mémoire.

Turin, du palais archiépiscopal, le 21 mai 1885.

† GAETANO, Card. Archev.

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Au lecteur

Le but que je me suis proposé en écrivant ces notes sur la Sindone est de maintenir vivant, chez les Turinois, le culte envers la Très Sainte Relique ; d’offrir à ceux qui viennent visiter notre ville et montent jusqu’à la magnifique chapelle située à l’extrémité de l’église métropolitaine un souvenir de l’objet de leur vénération, et, de cette manière, d’en promouvoir…

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… la dévotion à la Passion de notre Divin Rédempteur, dont ce saint Linceul est un précieux mémorial.

Et, pour écrire beaucoup en peu d’espace tout en parlant avec ordre, je rapporte ce que l’Évangile a écrit au sujet de la Sindone ; ce qu’en disent les Pères, les écrivains de l’Église et l’Histoire ; les dispositions ecclésiastiques ; les prodiges accomplis par son intermédiaire et les éloges adressés à la Sindone. Enfin, comme couronnement, je propose quelques formules de prières à la Passion de Notre-Seigneur en relation avec la Sindone.

Chanoine Tomaso Chiuso.

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I. Le Linceul et l’Évangile

Le soir de ce grand jour où s’était accompli le mystère de notre rédemption, où le ciel s’était réconcilié avec la terre, où Dieu avait fait la paix avec l’homme, tandis que pendait encore à la croix la dépouille exsangue de Jésus, un riche notable d’Arimathie, noble décurion, homme juste, qui n’avait pris part ni à l’action ni au conseil de ceux qui avaient condamné…

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Le Sauveur, et qui était son disciple, mais en secret, par crainte des Juifs, se présenta à Pilate et demanda qu’on lui remît le corps de Jésus. Pilate appela le Centurion pour savoir si Jésus était réellement déjà mort ; et, ayant appris du Centurion que c’était bien le cas, il donna le corps à Joseph d’Arimathie.

Celui-ci se rendit donc au Calvaire, prit le corps de Jésus et le descendit de la croix. Nicodème vint aussi avec lui — celui qui auparavant était venu trouver Jésus de nuit — apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, près de cent livres. Ils prirent le corps de Jésus ; Joseph l’enveloppa d’un linceul propre, avec les aromates, selon la coutume juive d’ensevelir. Or, dans le lieu où il avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau neuf qui…

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Joseph avait taillé dans le roc un tombeau où l’on n’avait encore jamais déposé personne. Là ils déposèrent Jésus, et l’on plaça une grande pierre à l’entrée du monument. Ainsi le rapporte l’Évangile (1).

Chez les Juifs, il était d’usage que le cadavre d’un condamné fût remis aux parents ou aux amis qui en faisaient la demande ; et voici comment Joseph, homme juste, influent et ami de Jésus, demanda et obtint ce corps vénéré.

Le mot « sindone » ne signifie rien d’autre qu’un très fin linge, dont on se servait pour envelopper la personne comme d’un vêtement, ou pour disposer les cadavres. Et notre Saint Suaire de Turin est précisément de très fin lin, tissé à motifs floraux, selon le genre de travail qui se faisait à Damas.

La parola Sindone non significa altro che pannolino finissimo, che usavasi peravvolgere la persona a guisa di veste, o per comporvi i cadaveri . E la nostra sindone di Torino è appunto di lino finissimo tessuto a fiori in quel genere di lavoro che si faceva in Damasco.

(1) S. Matthieu 27, 57 ; S. Marc 15, 43 ; S. Luc 23, 50 ; S. Jean 19, 38.

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Les Hébreux avaient ensuite la même coutume que les autres habitants de l’Orient et de l’Égypte pour ensevelir leurs morts. Ils les oignaient abondamment d’aromates et d’huiles parfumées ; puis, après avoir soigneusement couvert le visage d’un petit linge, appelé suaire, ils les enveloppaient dans un large linceul — la Sindone — en les liant de nombreuses bandelettes, de sorte qu’ils étaient presque entravés ; comme on le lit au sujet de Lazare qui, bien que ressuscité, ne pouvait se mouvoir qu’une fois ôtées les bandelettes dont il était ceint.

Le Seigneur voulut que la sépulture de cette très sainte dépouille fût honorable, tant par la qualité des personnes qui y prirent part que par la manière dont elle fut exé-

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— Ainsi ne restait-il aucun motif de soupçon pour les calomniateurs quant à l’identité de ce même corps, puisqu’il fut enseveli par des personnages de grande autorité ; et s’accomplissait la prophétie d’Isaïe, qui dit : « On lui donnera sa sépulture avec un homme riche, parce qu’il n’a pas commis d’iniquité. » (ch. 53, v. 9). Ces aromates mêlés au très saint sang de Jésus laissèrent visiblement imprimée sur la Sindone sa vénérable image.

— La myrrhe était une huile extraite de la sève suintant du tronc et des rameaux d’un petit arbrisseau de l’Arabie, de l’Éthiopie et d’autres régions méridionales, en y pratiquant des incisions. L’aloès, pour sa part, était un suc odorant tiré d’une autre plante, dont, comme pour la myrrhe, faisaient usage les Orientaux…

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…pour parfumer les vêtements et les maisons, et pour embaumer les cadavres.

Pour les riches, on avait l’habitude d’immerger presque tout le corps dans les aromates ; et c’est ce que l’on voulut faire avec les cent livres du mélange apporté par Nicodème et par les saintes femmes, qui étaient revenues le dimanche pour oindre de nouveau le Corps sacré.

Après la résurrection de Notre-Seigneur, les Évangélistes reparlent de la Sindone, et ils en parlent comme d’une preuve de sa résurrection, distinguant clairement le suaire du visage de la Sindone qui recouvrait entièrement les membres vénérés.

Ainsi saint Jean écrit-il au chapitre vingt de son Évangile : « Le matin du premier jour de la semaine, très tôt, alors qu’il faisait encore sombre, Marie Mag… »

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…elle vint au tombeau et vit que la pierre qui le fermait avait été enlevée. Elle courut donc trouver Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et leur dit : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » Pierre sortit donc avec l’autre disciple et ils se rendirent au tombeau. Ils couraient tous deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au sépulcre ; se penchant, il vit les linges gisant à terre, mais il n’entra pas. Vint ensuite Simon Pierre qui entra aussi dans le tombeau ; il vit également les linges gisant, et le suaire qui avait été placé sur sa tête, non pas avec les linges, mais roulé séparément dans un autre endroit.

« Il est d’usage chez les Évangélistes de… »

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…relater tout ce que l’Esprit du Seigneur les poussait à écrire, sans rien dire de superflu et sans taire rien de nécessaire. Or, pourquoi parle-t-on ici avec tant de soin des linges qui se trouvaient dans le sépulcre ? et pourquoi dit-on qu’ils étaient placés non ensemble mais séparément : dans un angle la Sindone, dans un autre le suaire qui avait servi à voiler la sainte face de Jésus ? La raison en est claire : l’évangéliste veut fournir une preuve de la résurrection. Si le très saint corps avait été dérobé, les voleurs auraient-ils pris la peine de le dégager des linges et de les remettre bien pliés, rangés, séparés les uns des autres ? À toute hâte, ils auraient délié la dépouille et, jetant les enveloppes, auraient enlevé le précieux trésor. Et ils furent déposés séparément, presque…

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signifiant que ces saintes reliques ne devaient pas parvenir à un seul peuple, mais à plusieurs : les uns recevraient en don le suaire du visage, d’autres la Sindone, d’autres encore les bandelettes. Et c’est pourquoi nous, Turinois, avons été favorisés, ayant reçu une part si grande de ces précieux linges.

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II.
La Sindone, les Pères et les écrivains de l’Église.

Saint Ambroise, dans ses commentaires sur l’Évangile de saint Luc, en parlant de la sépulture de Jésus, écrit ainsi : « Qu’est-ce donc que ce fait que ce ne sont pas les Apôtres, mais Joseph et Nicodème qui enterrent le Christ ? L’un est juste et constant, l’autre est sans tromperie. Telle en effet doit être la sépulture du Christ : exempte de fraude et de péché. Aux Juifs, par là, toute voie d’esquive est fermée, et ils sont convaincus par des témoins domestiques. Si les Apôtres l’avaient enterré, ils auraient certainement dit que non… »

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…avoir été enseveli, puisqu’eux-mêmes dirent ensuite qu’il avait été enlevé.

Le juste recouvre le corps du Christ avec la Sindone, l’innocent l’oint d’aromates ; et cette distinction n’est pas sans raison : la justice revêt l’Église, et l’innocence l’orne de grâce. Toi aussi, revêts le corps du Christ de sa gloire, afin que toi aussi tu sois juste ; et si tu le crois mort, couvre-le pourtant de la plénitude de sa divinité. Oins-le de myrrhe et d’aloès, pour que tu sois « bonne odeur du Christ ».

Un bon linceul déposa ce Joseph, homme juste ; et peut-être le même que Pierre vit ensuite descendre vers lui, dans lequel se trouvaient quadrupèdes, oiseaux et bêtes, à l’image du peuple païen. Avec ce mystique onguent de la foi donc on ense—

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…velit l’Église, laquelle associa la diversité des peuples dans la communion de sa foi.

Ce Joseph est appelé juste par Luc, et riche par Matthieu. Et à bon droit il est dit ici riche, puisqu’il reçut le corps du Christ : car en recevant le Seigneur, il ignora la pauvreté de la foi. Est donc riche celui qui est juste. Le juste l’enveloppe dans la Sindone ; l’Israélite mêle divers parfums de vertus, déposant presque cent livres d’aloès, c’est-à-dire la mesure d’une foi parfaite. Et ils lièrent le corps de Jésus selon la coutume des Juifs, selon l’esprit — non avec des nœuds de perfidie, mais avec des liens de foi. Et ils le déposèrent dans un jardin, où souvent l’Église est comparée à un jardin qui porte divers fruits de mérites et fleurs de vertus.

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« Ce n’est pas non plus sans signification que l’un des évangélistes ait dit “le tombeau neuf”, et l’autre “le tombeau de Joseph”. Le Christ n’avait pas de sépulcre à lui. Le sépulcre est préparé pour ceux qui sont soumis à la loi de la mort. Le vainqueur de la mort n’a pas de sépulcre propre. Qu’y a-t-il de commun entre Dieu et un tombeau ? …

Qui est donc ce Joseph, dans le tombeau duquel il est déposé ? C’est le juste. Il convient que le Christ soit confié au tombeau du juste, afin que le Fils de l’homme ait où reposer la tête et qu’il demeure dans la demeure de la justice. Il convient aussi que le tombeau soit neuf, au sens littéral, pour que les impies ne puissent dire qu’un autre serait ressuscité. »

Saint Augustin, dans le traité sur

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L’Évangile de saint Jean, chap. 19, dit : « Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de lui remettre le corps de Jésus ; vint aussi Nicodème, celui qui auparavant était venu de nuit trouver Jésus, apportant environ cent livres d’un mélange d’aloès et de myrrhe… Ils prirent donc le corps de Jésus et l’enlièrent de bandelettes avec des aromates, selon la coutume des Juifs. » Il ne me paraît pas que l’Évangéliste ait dit sans raison : « selon la coutume des Juifs » ; mais, si je ne me trompe, il l’a dit pour indiquer que, dans les offices rendus aux défunts, il convient d’observer la coutume de chaque nation (1). Or il y avait, en ce lieu où…

(1) Pourvu toutefois qu’elles n’aient rien de superstitieux.

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« … se trouvait un jardin, et dans le jardin un tombeau neuf où personne encore n’avait été déposé ; et de même que, dans le sein de Marie, nul avant ni après lui ne fut conçu, ainsi, dans ce tombeau, nul avant lui, nul après lui ne fut enseveli. Là, parce que l’endroit était proche, ils déposèrent Jésus, car le sabbat était imminent. L’évangéliste fait allusion à la hâte avec laquelle on s’en acquitta, afin que le soir ne vînt pas, moment où il n’était plus licite aux Juifs d’accomplir cet office à cause de la Préparation, que les Juifs appellent cenapura.

« Ils couraient donc tous deux ensemble, et l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau… S’étant penché, il vit les linges gisant là, mais n’y entra pas. Alors vint Simon Pierre, qui le suivait, et il entra dans… »

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« …au tombeau, et il vit les linges et le suaire qui avait été placé sur sa tête, non pas avec les linges, mais roulé séparément en un seul endroit.

— Dans le sermon attribué à saint Jean Chrysostome sur la Résurrection de notre Seigneur, que l’Église prescrit de lire durant l’octave de la fête de la Sainte-Suaire, on commente la venue de Madeleine au tombeau pour répandre de nouveau des aromates sur la dépouille du Rédempteur en ces termes : “Marie vint portant les aromates de la sépulture, et elle trouva dans le tombeau les saints parfums de la Résurrection. Non pour oindre le corps du Seigneur, mais pour répandre le chrême sur la tête des régénérés. Elle vint au tombeau, elle le crut fermé, et elle trouva suspendus à sa porte les linges qui l’avaient voilé. Femme, …” »

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Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Cherches-tu parmi ces pierres Jésus qui a brisé les chaînes de la mort ? Que cherches-tu, Marie ? La vraie vie ? Voici que, des sarments de la mort, se prépare dans le jardin une nouvelle vendange. As-tu entendu le prophète David qui te dit : « Tes fils comme des rejetons d’olivier » ? Regarde, autour de l’autel du Seigneur, les enfants en fleurs au milieu des eaux (il fait allusion au saint baptême du temps pascal), car, tels des cerfs, ils désireront les sources des eaux. Qu’est-ce donc, Marie ? Celui que tu cherches n’est pas ici. Il est ressuscité, comme il a été dit de lui. Vois, on a soigneusement rangé les linceuls ; il n’y a rien là qui doive t’effrayer. Les linges du Christ sont la sépulture de ton péché : qu’ils essuient les larmes de ton deuil et rafraîchissent l’ardeur de tes désirs. Tu verras au paradis ce que tu cherches dans le sépulcre.

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Origène, sur l’Épître aux Romains (liv. V, col. 561, éd. Migne), dit ceci : « Ce fut donc le soin de l’Esprit Saint de nous manifester par les Saintes Écritures que le tombeau où Jésus fut déposé était neuf, et que la sindon dans laquelle il fut enveloppé était pure, afin que celui qui veut être enseveli avec le Christ par le baptême sache que rien de vieux ne doit être mis dans un tombeau nouveau, et que rien d’impur ne doit être mis au contact de la sindon pure. »

— Saint Isidore de Péluse (lettre 127, p. 263, éd. Migne) écrit ainsi : « Est pure cette sindon qui fut étendue sous le ministère des dons divins ; c’est l’œuvre de Joseph d’Arimathie ; en effet, de même qu’il donna la sépulture au corps du Seigneur enveloppé dans la sindon, par quoi pour tout le genre…

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…au genre humain fut donnée la résurrection ; de même, en sanctifiant le pain de proposition dans la Sindone, nous y trouvons avec certitude le corps du Christ, d’où nous vient, comme d’une source, l’immortalité, et que notre Sauveur, Jésus, porté au tombeau par Joseph, nous a accordée puisqu’il est passé de la mort à la vie.

Saint Bède, écrivain ecclésiastique du VIIe siècle, dit le Vénérable, dans son homélie du mardi de la Semaine sainte, s’exprime ainsi sur la sépulture de notre Seigneur : « Joseph acheta une sindon, et, après avoir déposé le corps du Crucifié, il l’enveloppa dans la sindon. Selon le sens littéral, nous pouvons entendre ici qu’il ne convient pas d’envelopper le corps du Seigneur dans l’or, dans la soie… »

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… mais dans un lin très pur. Cela signifie d’ailleurs que celui qui reçoit Jésus avec un cœur pur l’enveloppe dans une sindone immaculée. De là est née dans l’Église la coutume que le sacrifice de l’autel ne soit pas offert sur un tissu de soie, ni teint, mais sur du lin végétal.

Ainsi, en mémoire de la Sindone, l’Église prescrit gravement aux prêtres de consacrer la sainte Eucharistie non sur un voile de soie ni sur d’autres étoffes précieuses, mais sur une toile de pur lin ou de chanvre.

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III.
Le Linceul et l’Histoire.

Un écrivain de nos jours, le ch. Raboult de Fleury, dans son ouvrage sur les instruments de la Passion de Notre-Seigneur, mentionne divers Suaires qui étaient connus dans les temps anciens, dont aujourd’hui on n’a plus de nouvelles.

Dans un inventaire du diocèse de Besançon de 1343, on décrit un Suaire de lin damassé, long de 2 mètres 60 centim., large de 1,30 ; mais il fut dispersé lors de la

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révolution de 1793, et l’on n’en a plus que le coffret qui la renfermait.

On en possédait aussi une à Compiègne, avec quelques bandelettes : elle était de lin damassé, longue de 2,40 mètres, large de 1,20. On disait qu’elle avait été donnée par Charles le Chauve en 877 à Compiègne, après avoir été apportée d’Aix-la-Chapelle ; mais elle disparut également après 1793.

L’église de Cadouin, dans le diocèse de Périgueux, en possède une, qui, dit-on, fut rapportée en France par Adémar, évêque du Puy, en 1098, à son retour des croisades, et l’on ignore ensuite par quelles mains elle fut portée à Cadouin. Elle mesure 2,81 mètres de long, 1,13 de large ; elle est peinte à bandes colorées, variées, sur un fond de tissu naturel et ornée de fleurs, mais ne porte pas l’image de Notre-Seigneur.

La ville de Cahors possède le suaire de la tête. Il est de triple lin…

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…de lin fin d’Égypte. Le célèbre égyptologue Champollion, l’ayant examiné, déclara qu’il pouvait appartenir à l’époque de Jésus-Christ ; il a la forme d’un voile propre à envelopper la tête, avec un petit bouton sous le menton, et il porte de nombreuses taches de sang ; on dit qu’il aurait été donné à Cahors par Charlemagne ; il fut visité par le pape Calixte II en 1119.

Ces suaires n’enlèvent rien à la véracité de celui de Turin, puisqu’il était conforme à l’usage oriental d’envelopper les dépouilles dans plusieurs linceuls ; et puisqu’il n’en est aucun autre qui porte imprimées les traces du corps de Jésus, cela peut être un indice que le nôtre a été le premier à avoir été mis au contact de ces très saintes chairs.

Notre Sainte-Suaire est donc celle-là même qui fut achetée par Joseph, ointe par Nicodème avec des aromates très précieux ;

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les deux disciples du Christ étendirent le lin au-dessus et au-dessous du corps divin de Jésus, l’enveloppèrent tout autour et l’attachèrent. Sur ce linge, le sang divin et les aromates — soit par simple effet naturel, soit par une opération surnaturelle — reproduisirent la vénérée effigie du Rédempteur du monde. Sur lui — comme l’auteur de ces lignes put l’observer attentivement lors de la dernière solennelle ostension de 1868 — sont tracées les plaies des mains et des pieds ; on y distingue encore, d’un rouge sombre, la blessure du côté ; on y remarque les piqûres faites par la couronne d’épines qui ceignit ce front très saint ; on voit les marques de la barbe et de la chevelure nazaréenne de l’Homme-Dieu ; et y est imprimée la figure entière du corps de Notre-Seigneur, dont la longueur est de 1,77 m, la Sainte-Suaire mesurant 4,10 m de long et 1,10 m de large.

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Ce saint Lin fut recueilli par les Apôtres et par Madeleine lorsqu’ils le trouvèrent gisant sur un côté du sépulcre après la résurrection du Christ. Et, porté en lieu sûr, peut-être dans la maison de Joseph, la Très Sainte Vierge, le disciple de l’amour et la sœur pénitente de Lazare y fixaient souvent leurs regards, y reconnaissant les traits du bien-aimé Jésus. Et l’on ne doit pas douter qu’ils mirent tout soin à le conserver et à le transmettre à la postérité, comme furent conservées la tunique sans couture, la couronne d’épines, la lance, et même le berceau qui, trente-trois ans auparavant, avait recueilli les tendres membres du Sauveur.

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La vénération des saintes reliques remonte aux origines de l’Église ; les premiers chrétiens et les Souverains Pontifes s’employèrent toujours à conserver les souvenirs de la Passion et de la mort de l’Homme-Dieu ; de même qu’ils conservèrent ensuite avec amour et sollicitude les reliques des saints Martyrs. Et comment n’aurait-on pas jalousement conservé toute chose qui aurait été en contact avec l’humanité très sainte de Jésus ?

La Sainte Sindone demeura donc cachée à Jérusalem, et peut-être en fut le gardien le premier évêque, saint Jacques, apôtre et parent du même Jésus, qui pendant vingt-neuf ans eut soin de cette Église. Lors de la destruction de la ville, les fidèles réfugiés aux environs mirent en sûreté les précieux dépôts des saintes …

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…des reliques de la Passion du Seigneur, et ils les gardèrent cachées aux temps des persécutions qui, pendant trois cents ans, sévirent partout où la religion chrétienne avait été prêchée. La paix une fois donnée à l’Église par l’édit de Constantin, on mit en lumière les saintes reliques, désormais à l’abri des mains sacrilèges des idolâtres.

Sainte Hélène, mère de l’empereur, se rendit en personne à Jérusalem, découvrit la Sainte Croix, purifia les lieux où s’étaient accomplis les mystères de notre rédemption, et y érigea de splendides basiliques dont on voit encore les précieux vestiges.

Quelques années plus tard, Sulpice Sévère, le pieux historien de saint Martin de Tours, demandait à saint Paulin de Nole quelques reliques à déposer dans une église qu’il avait fait édifier à…

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France ; et celui-ci lui répondait que c’était chose certaine, et qu’il ressortait non seulement des traditions, mais aussi d’écrivains ecclésiastiques, que les principales reliques de la Passion de Notre-Seigneur avaient été conservées.

Sorties saines et sauves des persécutions de l’idolâtrie, un autre péril menaçait les saintes Reliques. Une nouvelle hérésie, née en Orient au début du VIIIe siècle et protégée par les empereurs chrétiens de Constantinople, livra une guerre d’extermination aux saintes images. Le culte qui leur était dû eut aussi ses apôtres et ses martyrs. Beaucoup périrent sous la fureur dévastatrice de ces sectaires ; mais la Sindone, qui porte l’image du Rédempteur, en sortit sauve. Elle fut, par la Providence, préservée de la…

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… destruction. Et saint Jean Damascène, écrivain ecclésiastique érudit vers la fin de ce même siècle, et grand défenseur des saintes images, nous assure que les reliques de la Passion étaient gardées et vénérées dans l’église patriarcale de Jérusalem ; il énumère, dans l’un de ses discours, le saint Bois de la Croix, les Clous, l’Éponge, la Lance, le Roseau, la sainte Robe, les Tuniques, les Sindones et les bandelettes.

Le vénérable Bède mentionne le Suaire du visage qui se conservait au VIIIᵉ siècle dans une église de Constantinople ; il raconte les prodiges qui s’opéraient par son moyen en ces jours-là ; et comme les dimensions qu’il en donne dépassent celles d’un simple suaire du visage, certains jugent…

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qu’il y soit désigné notre Sainte Sindone (1).

De notre précieuse relique, que nous savons avoir existé à Jérusalem au VIIIe siècle, on n’eut plus de nouvelles pendant longtemps ; et peut-être les documents qui nous l’auraient rappelée périrent-ils. Nous la retrouvons ensuite au XIVe siècle à…

(1) Rohault de Fleury, dans l’ouvrage cité, rappelle « le saint cabouin de N.-S. », sorte de coiffe conservée à Carcassonne ; les suaires de Sainte-Marie-Majeure, de Saint-Jean-de-Latran, de San Francesco a Ripa, de Sainte-Marie-en-Transtévère et de Saint-Marc à Rome, qui sont peut-être des suaires de la tête ; le voile de la Véronique de Jaén ; une Sindone avec l’image de Notre-Seigneur conservée au monastère d’Enxobregas au Portugal ; une Sindone à Toulouse et à Mayence ; un fragment de Sindone à l’abbaye de Ferrières ; et une petite portion de Sindone provenant de la Sainte-Chapelle de Paris ; il est encore question d’un autre Suaire donné par Baudouin à saint Louis, roi de France ; mais aucune de ces reliques n’a les caractères d’authenticité de la nôtre, ni n’a suscité une si grande vénération..

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en France, dans un lieu de Bourgogne appelé Lirey, dont le seigneur était Geoffroi de Charny, vaillant guerrier qui avait pris part aux croisades.

Quant à la manière dont il en vint en possession, voici ce qu’en disent Pingone dans sa Sindone evangelica, et d’autres historiens, s’appuyant sur des traditions anciennes et non négligeables :

Amédée III, comte de Savoie, fondateur de Hautecombe, s’étant rendu au début du XIIᵉ siècle pour combattre les Turcs lors de la seconde croisade, après avoir reçu du Grand Maître des Hospitaliers de Jérusalem la précieuse relique, la transporta à Chypre et, l’ayant remise aux Lusignan du Poitou, qui alors avaient la domination de l’île, elle demeura dans cette…

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…famille jusqu’à ce que le royaume chrétien d’Arménie fût menacé par les Mahométans. Alors Hugues, roi de Chypre, envoya autant d’aides en armes et en navires qu’il lui fut possible ; mais celles-ci ne suffisant pas, et le péril pour l’Arménie étant imminent, il pria le pape Jean XXII, résidant à Avignon, de solliciter les puissances d’Europe d’expédier de prompts secours. Godefroy de Charny partit alors pour l’Orient et, l’entreprise achevée en 1337, il rentra au pays en prenant le commandement de l’armée qui combattait pour Jean de Valois contre l’Angleterre et les Flandres. Fait prisonnier dans l’une des principales actions et détenu dans les prisons de Londres, afin de recouvrer la liberté il fit vœu à…

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…la Très Sainte Vierge d’édifier une église en son honneur à Lirey. Rentré libre parmi les siens, il s’acquitta de son vœu en érigeant, dans son château, une église, qu’il pourvut d’un chapitre de chanoines par un acte de l’an 1353, et il y exposa à la vénération publique la sainte Sindone, dont il déclara s’être rendu possesseur de son propre sang, en combattant contre les infidèles. Il est probable qu’en récompense de la libération du roi d’Arménie, Hugues de Chypre — qu’il avait invité par l’entremise du Pape — lui fit le gracieux don de la Sindone.

Cependant les foules accouraient en grand nombre pour vénérer la sainte Relique, et sa renommée se répandait en Bourgogne et dans les provinces voisines. L’évêque de Troyes, dans le dioc—

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…dont faisait partie Lirey, s’opposa à cette solennelle vénération : faisant courir le bruit qu’il ne s’agissait de rien d’autre qu’une image peinte sur toile par la main d’un artisan, et qu’il était trompeur de la faire croire celle qui avait reçu Jésus ; et il en interdit l’ostension publique.

Les œuvres du Seigneur rencontrent toujours des contradictions, et c’en est un signe. Et il est bon que l’autorité de l’Église veille ainsi contre la supercherie et donne ensuite plus de poids à ses ordonnances lorsqu’elles procèdent de longs et diligents examens. La Sindone fut donc tenue cachée et vénérée en privé. Entre-temps, dans une autre guerre, mourut le pieux Geoffroi ; et environ trente-quatre ans plus tard, un de ses fils du même nom prit la décision de tirer hors de la…

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…l’obscurité le très précieux trésor. Mais, pour s’assurer qu’il ne se ferait pas d’opposition, il eut recours au légat du pontife Clément VI, antipape résidant à Avignon, afin d’en obtenir la permission. Celle-ci lui fut d’abord accordée ; puis, à la suite des remontrances de l’évêque de Troyes, elle fut refusée ; bien plus, l’ostension de la Sindone fut interdite comme relique dépourvue d’arguments d’authenticité, œuvre d’art dont la vénération relevait de la superstition. Ainsi la Sindone retourna dans l’obscurité par l’action d’un antipape, et elle y resta jusqu’à ce qu’elle entrât dans le domaine des comtes de Savoie, choisis par Dieu pour en être les fidèles gardiens.

En l’an mil quatre cent dix-huit, de très rudes guerres ayant éclaté en Bourgogne, les chanoines…

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…de Lirey, qui étaient les gardiens de la Sindone, craignant qu’il ne lui arrivât malheur et qu’elle ne fût dispersée, la transportèrent en Franche-Comté auprès de Marguerite de Charny, nièce de Geoffroi, épouse d’Humbert, comte de La Roche et de Villersexel.

Celui-ci en donna récépissé, promit de la conserver dans son château de Montfort et, les périls une fois cessés, de la restituer aux mêmes chanoines. Là, loin de l’évêque de Troyes, on se remit à l’exposer à la vénération publique dans un vaste pré qui suffisait à peine à la grande foule qui y accourait, et que l’on appela le pré du Seigneur.

Vingt-cinq années passèrent, et les guerres ayant cessé, le chapitre de Lirey vint demander la

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…restitution de la Sindone ; mais ils trouvèrent Marguerite peu disposée à la leur rendre, tant par crainte de nouveaux troubles en Bourgogne que parce qu’il s’agissait d’un bien de famille ; elle obtint un délai de trois ans, au terme duquel elle en prit un autre triennal ; et, entre-temps, la dame se réfugia dans la seigneurie de Chambéry auprès du comte Louis de Savoie.

Pingone raconte que là se produisirent des choses prodigieuses autour de la Sainte Relique. Quelques gens de maison de Marguerite, ayant vu le coffre qu’elle gardait avec tant de jalousie et soupçonnant qu’il renfermait le meilleur de ses diamants, de ses pierreries, le lui enlevèrent. Inconsolable d’une telle perte, elle pria le Duc de pourchasser les misérables qui avaient dérobé le précieux trésor. Louis…

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…publia un édit promettant l’impunité à ceux qui restitueraient la Sindone ; et elle fut aussitôt rapportée à la Dame. Mais les voleurs eurent à éprouver la vertu divine qui procédait du saint Lin. L’un d’eux devint aveugle tandis qu’il voulait en effacer les taches pour pouvoir la vendre ; l’autre, qui tenta de la couper avec des ciseaux, resta les mains et le cou renversés en arrière ; et tous deux ne revinrent à leur premier état de santé que lorsqu’ils rendirent la sainte Sindone.

Lorsque ensuite Marguerite était sur le point de rentrer dans ses terres, la bête de somme qui portait la sainte châsse, arrivée aux portes de Chambéry, ne voulut plus avancer d’un pas ; et l’on tint cela pour une manifestation de la volonté…

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…divine que la Sindone demeurât à Chambéry ; et Pingone dit avoir vu ce fait exprimé sur une ancienne toile placée dans la chapelle de la Sindone à Chambéry ; on le tenait, parmi les habitants de la ville, pour chose indubitable, et il en avait trouvé mémoire parmi les papiers de Pierre Pingone, son aïeul.

Marguerite, toutefois, soit pour laisser en des mains plus sûres le gage sacré, soit par reconnaissance envers le comte de Savoie qui l’avait accueillie et qui avait récupéré des voleurs la Sindone, soit pour accéder aux pieuses instances de la comtesse Charlotte, épouse de Louis, unique héritier du royaume de Chypre, dont les ancêtres la possédaient déjà, — ou mieux par volonté de Dieu — la donna à Louis. Mais, rentrée dans sa patrie, le Chapitre de Lirey fit de nouvelles…

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…plus vigoureuses instances pour ravoir la Relique, sachant qu’elle avait été donnée au Comte de Savoie. Ils intentèrent procès devant l’évêque de Besançon, et elle fut même frappée de peines ecclésiastiques. Ils ne se calmèrent que lorsque Louis, par un acte de 1464, leur accorda en compensation une pension annuelle de 50 francs.

La Sindone étant demeurée à Chambéry, Louis rendit publique et perpétuelle la mémoire de ce fait en faisant frapper des médailles d’or et d’argent, où la Sindone était représentée soutenue par un ange, et, à l’autre face, son effigie et ses armes. Et cette ville fut aussitôt le théâtre des gloires et des merveilles du saint Lin. — Amédée VIII, le Bienheureux, et Yolande, son épouse, firent construire la sainte Chapelle qu’on voit en—

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…encore aujourd’hui dans le château de Chambéry ; Paul II l’éleva en collégiale, Sixte IV l’appela chapelle du saint Suaire, et Jules II y érigea une confrérie à laquelle il accorda de très grands privilèges.

L’affluence de peuple pour la vénérer était immense. S’y rendit en pèlerinage, à plusieurs reprises et à pied depuis Verceil, Amédée VIII avec Yolande son épouse ; le duc Charles le Bon s’y rendit également à pied, accompagné de douze seigneurs de sa cour, pour remercier le Seigneur de la délivrance de la peste. En outre, ce duc obtint du pape Jules II l’office et la messe propres de la Sindone.

Et lors de la peste qui menaçait le Piémont en l’an mille cinq cent vingt-deux, douze décurions de notre ville, qui était…

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…étaient restés indemnes du fléau, se rendirent par vœu vénérer la sainte Relique.

Tandis que la Sindone était conservée dans l’église du château de Chambéry, elle faillit être détruite par un incendie dont Pingone fut témoin ; mais elle en fut prodigieusement préservée. Dans la nuit du 4 décembre 1532, on ne sait si par hasard ou par malveillance, le feu prit aux bancs et aux sièges des chanoines de la sainte Chapelle, puis se propagea avec une extrême violence à la sacristie voisine, bâtie en forme de tour, où, pour plus de sécurité, l’on gardait la sainte Sindone dans un coffret d’argent. Deux franciscains, un conseiller ducal et quelques ouvriers accoururent parmi les premiers et, non sans danger, après avoir franchi les flammes, ils retirèrent de la…

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…niche déjà presque entièrement détruite par le feu, le coffret — en partie fondu — où était la sainte Relique, qu’ils craignaient, avec une très grande douleur, de voir consumée par l’incendie. L’ayant toutefois aussitôt dépliée, ils virent intacte l’image du Sauveur, et seulement brûlée et enfumée en douze points, aux plis restés dans les angles du coffret ; comme on peut encore le constater aujourd’hui, témoignage de la divine Providence qui a conservé ce précieux dépôt.

Peu après, cependant, se répandit la rumeur que la Sindone avait été la proie des flammes et qu’un nouveau linceul, à l’imitation de l’original, lui avait été substitué ; et l’on veut que cette rumeur ait été propagée par les calvinistes qui rôdaient alors en Savoie.

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Alors Charles III écrivit au pape Clément VII pour qu’il mît fin aux tristes insinuations en ordonnant la reconnaissance de la Relique. Le Pape confia la mission au cardinal Louis de Gorrevod, évêque de Maurienne et légat apostolique, lequel, après avoir examiné avec soin le saint Lin et interrogé les témoins, le reconnut authentique. Puis il le porta en procession au monastère de Sainte-Claire et le fit réparer aux endroits où il avait été endommagé par le feu (1). Ensuite il fut replacé dans la sainte Chapelle, d’où, peu de temps après, il fut transféré à Pont d’Arcy, et à Billiac, terres de Savoie, et…

(1) Piano rapporte en entier le Bref pontifical de délégation fait à Gorrevod ; on le trouve aussi dans un manuscrit de la bibliothèque royale.

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…enfin, à la suite de diverses vicissitudes survenues en Piémont.

En l’an 1536, François Iᵉʳ, roi de France, ayant fait la guerre au duc Charles III, avançait vers la Savoie ; et celui-ci, pour soustraire la Sindone au danger de tomber aux mains de l’ennemi, s’enfuyant de Chambéry, la transporta avec lui à Turin ; mais le refuge ne lui y paraissant pas assez sûr, il l’emmena encore et l’enferma dans le château de Verceil. De là, s’étant rendu à Nice pour le congrès qu’il tint avec le pape Paul III, avec Charles Quint empereur et avec François Iᵉʳ, il la garda auprès de lui, la reportant à Verceil à son retour dans cette ville.

Verceil ayant été occupée par les Français, le général Brissac voulut s’emparer de la Sindone et la conduire à…

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…France ; et ce fut avec peine qu’elle fut mise en sûreté par les chanoines de la cathédrale, qui en gardèrent ensuite la mémoire et en obtinrent pour récompense le droit de se frotter d’une médaille où la sainte Sindone est gravée.

Emmanuel-Philibert, l’ayant recouvrée avec ses États par la paix de 1559, fit la reporter dans la sainte Chapelle de Chambéry, où elle demeura jusqu’à ce que, sachant que le grand archevêque de Milan, saint Charles, désirait la vénérer, pour lui abréger le chemin il la fit porter à Turin, dans la chapelle intérieure du palais ducal, où le Saint, à l’été 1578, vint la vénérer.

Ce fut là un magnifique spectacle de foi. Le grand évêque partit à pied de Milan le 6 octobre.

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Après un pèlerinage à pied de trois jours, au cours desquels il priait et méditait les mystères de la Passion du Seigneur, à huit milles de Turin il fut d’abord rencontré par l’archevêque Girolamo della Rovere et par le clergé. Ensuite il fut salué et accompagné par le cardinal Ferrero, évêque de Verceil et abbé de Saint-Michel, puis par Charles-Emmanuel, fils du Duc, par les évêques et par les grands de la Cour. Le lendemain de son arrivée, la Sainte Sindone, portée dans le chœur de la Métropolitaine, fut déployée sur une table, vénérée par les assistants, puis montrée depuis le château, et enfin exposée à la vénération publique dans la Métropolitaine pendant quarante-huit heures, tandis que saint Charles et les autres prélats entonnaient tour à tour les cantiques.

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…et les prières, aux sermons ; et le Duc, les dignitaires et les chevaliers montaient la garde du dépôt sacré.

Alors le vaillant Emmanuel-Philibert fit frapper une médaille à la mémoire de l’événement ; mourant, il ordonna à son fils d’élever un grandiose temple pour la Relique, où devaient aussi reposer ses os ; et le fils commença d’édifier, à l’intérieur du palais, une petite église de forme ronde entourée de colonnes, que l’on voit encore aujourd’hui près du garde-meuble, où elle fut conservée pendant quelques années.

Dès lors, la Sindone demeura à Turin, où la visitait un autre célèbre prélat, à savoir saint François de Sales, évêque de Genève. Venu dans notre ville en l’an 1613, il prit part à la solennelle ostension de la Sainte Sindone, répandant…

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…des larmes d’une douce consolation, et il racontait ensuite lui-même à sainte Chantal les émotions éprouvées lors de cette fonction : « Me trouvant, dit-il, il y a un an à Turin, et le saint Suaire étant montré à un peuple très nombreux, bien des gouttes de sueur, descendant de mon visage, tombèrent sur le saint linceul, et mon cœur se soulageait en ces affections. Ah ! Sauveur de ma vie, daignez mêler mes indignes sueurs aux vôtres, et fondre mon sang, ma vie, mes affections dans les mérites de votre sacré Cœur !! Le Prince cardinal (Maurice) allait s’indigner en voyant que ma sueur tombait goutte à goutte sur le Suaire de mon Sauveur ; mais il me revint à l’esprit de lui dire que Notre-Seigneur n’était pas si délicat, …

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…attendu qu’il n’avait répandu ni sueur ni sang, sinon pour les mêler aux nôtres, afin de leur donner le prix de la vie éternelle. Mais qu’est-ce que je dis là ?… Que votre cœur donc, en ce saint jour, se place dans le Suaire de notre divin Père, qu’il demeure enveloppé de sa sueur et de son sang, et qu’il y soit enseveli avec la même mort du Sauveur, dans le sépulcre d’une résolution invariable : demeurer toujours mort à lui-même jusqu’à ce qu’il ressuscite à la vie éternelle » (1).

Il éprouvait en outre un très suave délice à contempler l’image du Saint Suaire où se trouvait l’empreinte du Seigneur ; de celles-ci il en gardait une dans l’office canonial,

(1) Vita di S. Francesco di Sales du chanoine Gallizia, chap. XXXI, livre III.

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…une dans sa propre chambre, une dans la chapelle, à l’oratoire, dans la salle de réception et dans la galerie. Et à qui lui demandait pourquoi il éprouvait une telle attirance pour cette effigie, il répondait : « Elle me représente les souffrances de Jésus-Christ tracées par son propre sang, et rien n’est plus propre que cela à nourrir la piété et à rallumer la ferveur » (1).

Cette grande femme aussi, qui fut l’instrument principal dont Dieu se servit pour propager et rendre durables les œuvres de saint François de Sales, à savoir la mère Jeanne-Françoise de Chantal, était très dévote à la Sindone, et elle la vénéra également dans notre Turin.

Charles-Emmanuel Premier avait déjà…

(1) Spirito di S. Francesco di Sales, partie IV, section 29.

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…décidé d’édifier la chapelle qu’en mourant son père avait ordonnée ; et, à cette fin, il avait disposé qu’on employât les marbres noirs des carrières de Frabosa, alors tout récemment découverts. Mais n’ayant pu s’y mettre, Charles-Emmanuel II commença lui-même la construction de la magnifique chapelle qui se trouve à l’extrémité de la Métropolitaine, dessinée par le Père Guarino Guarini, Théatin, et poursuivie par la duchesse Jeanne-Baptiste, régente tandis que le duc Victor-Amédée II était mineur. En outre, cette Princesse ordonna en 1683 une solennelle ostension de la Sindone ; deux ans plus tard, elle la fit transporter dans la Métropolitaine, où elle demeura d’abord dans le chœur, puis à l’autel de Saint-Étienne jusqu’en 1694, année où…

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…au premier juin, la chapelle ayant été achevée par Victor-Amédée II, elle fut solennellement replacée dans le grandiose tombeau de marbre où elle est encore conservée aujourd’hui.

Là, le 26 juin de ladite année, l’archevêque de Turin visita la Sainte Sindone ; et notre Sébastien Valfrè la vénéra avec grand amour, joignant, pour mieux la conserver, un voile de soie rouge sur la partie supérieure et un autre de soie noire sur la partie postérieure.

Ce trésor dut de nouveau « pérégriner » hors de Turin lorsque celle-ci fut assiégée par les Français ; et alors la duchesse l’emporta avec elle à Cherasco, chez les comtes Salmatoris, qui rappelèrent le fait par une inscription placée dans leur château ; puis à Gênes…

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…hébergée dans le palais des marquis Carrega. Turin ayant été délivrée du siège le 7 septembre 1706, et la famille ducale y étant revenue, notre Relique y revint aussi pour ne plus en repartir.

Des confréries se formèrent également en l’honneur du Saint Suaire. L’une d’elles fut érigée à Turin dans l’ancienne paroisse de Saint-Pierre-du-Coq en 1595 ; elle grandit bientôt en nombre et reçut de nombreux legs. Cette ancienne église ayant été détruite, elle fut transférée à Sainte-Marie ; puis les confrères bâtirent leur propre église, dédiée à la Bienheureuse Vierge des Grâces et au Saint Suaire, et ils y établirent tout près l’hôpital des pauvres insensés, le premier de ce genre construit à Turin.

Une autre pieuse association s’élevait à Rome dans l’église natio—

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…nale des Piémontais, qui fut ensuite intitulée du Saint Suaire ; on en a mémoire en 1597, mais il semble qu’elle existât déjà et fût florissante en 1585.

Nos Souverains se sont toujours fait un devoir de promouvoir la vénération envers la Sainte Sindone. Charles-Emmanuel III en ordonna par trois fois l’ostension publique, dans les années 1735, 1737 et 1750 ; Victor-Amédée III la fit montrer avec grande solennité à l’occasion des noces de son fils aîné, Charles-Emmanuel IV. Elle fut montrée à l’empereur Joseph II d’Autriche, lorsqu’il vint à Turin. Et, en la mémorable et funeste nuit où ce malheureux souverain fut contraint par la violence de la révolution française d’abandonner le Piémont, avant de sortir du palais il fit apporter dans ses appartements la sainte…

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…Relique ; et là, avec son épouse, la vénérable Clotilde de France, ils la vénérèrent, et il l’aurait emportée avec lui en voyage si la pieuse reine ne l’en avait dissuadé. Toutefois, la rumeur s’étant répandue que la Sindone ne se trouvait plus dans notre ville, l’archevêque Buronzo del Signore en fit une reconnaissance officielle, y apposa les sceaux et fit rédiger un rapport spécial sur son authenticité.

Autrefois, la Sindone était montrée plus fréquemment ; mais, dans des temps plus proches de nous, nos Souverains accordèrent très rarement à leurs sujets la consolation désirée de jouir de l’ostension publique de ce saint Gage, la réservant pour les noces des princes — et même des seuls aînés, comme ce fut le cas la dernière fois pour celles du prince Humbert.

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La Sindone et l’Église.

L’Église catholique, parmi les très nobles fonctions qui lui ont été confiées par son divin Fondateur, a aussi celle de veiller à ce que les fidèles n’exercent pas des cultes superstitieux et vains ; c’est pourquoi, en tout temps, elle a examiné attentivement les objets vers lesquels se tournait la dévotion des fidèles, la réglant lorsqu’elle n’était pas ordonnée, la dirigeant lorsqu’elle n’était pas droite, et l’interdisant même lorsqu’elle était fausse ou impie. C’est pourquoi, si nous voyons que l’Église, par l’entremise des Souverains Pontifes, a permis ou approuvé le…

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…culte de la Sindone, nous serons certains qu’on peut et qu’on doit lui rendre vénération comme aux autres reliques de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Je ne parle pas de la première concession et de l’interdiction subséquente de vénérer publiquement la Sainte Sindone, faites par un Clément VII en 1385, mais non reconnu comme légitime Vicaire du Christ parce qu’il siégeait à Avignon, tandis que Rome reconnaissait un autre Pape. Les actes d’un tel pontife ne peuvent nous servir de norme.

Je viens à Paul II qui, en 1467, accorda au duc Amédée IX, le Bienheureux, et à Yolande son épouse, d’édifier une église où déposer la Sainte Sindone, de la nommer Sainte-Chapelle, et qu’elle fût éri—

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…qu’elle comportât un Collège de douze chanoines pour la desservir.
Paul II, et son successeur Sixte IV, accordèrent au Collège d’autres faveurs pour assurer le service plus régulier de la Chapelle. Appauvri en revenus, Jules II, en 1511, et Léon X, en 1514, lui ajoutèrent diverses dotations provenant de bénéfices ecclésiastiques vacants.

Le même Jules approuva que, dans la chapelle de Chambéry, on honorât d’une manière spéciale la sainte Sindone le Samedi saint et les deux jours suivants ; par une bulle du 25 avril 1506, il fixa la fête de la Sindone au 4 mai, avec office propre ; Léon X l’étendit à toute la Savoie, en concédant des indulgences plénières ; Grégoire XIII accorda la fête à tous les États du duc de Savoie, deçà et delà…

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…deçà et delà des monts ; et beaucoup d’autres Pontifes romains accordèrent des indulgences à ceux qui venaient visiter la sainte Sindone à Turin.

Le pape Benoît XIV, dans cette œuvre si pleine d’érudition, où il donne les normes que l’on suit encore pour la béatification et la canonisation des Saints, parle de notre Sindone (1) ; il rappelle en peu de mots ce que dirent les Papes des temps anciens dans les actes qui la concernent. Il dit que Paul II, Sixte IV, Jules II, Clément VII attestent qu’elle est bien celle-là même dans laquelle Notre-Seigneur fut enveloppé ; que Sixte IV, en 1480, décréta sacelli honore esse decorandum ; que ce même Sixte, dans un traité qu’il composa sur le Sang de Jésus, …

(1) Livre IV, partie II, chap. XXXI, n° 17.

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…affirma que, dans cette Sindone, on voit l’image et le même Sang du Christ ; que Jules II, confirmant ce qu’avait établi son prédécesseur Sixte, donna le titre de Sainte-Chapelle à l’église où elle était conservée « en raison de la très illustre Sindone dans laquelle Notre-Seigneur lui-même fut enveloppé lorsqu’il fut déposé au sépulcre ». Or, si nous adorons la sainte Croix sur laquelle Notre-Seigneur Jésus fut suspendu, il paraît assurément chose digne et due d’adorer et de vénérer la Sindone, où l’on voit clairement — comme on le dit — les reliques de son humanité et de son véritable sang. »

Il rappelle que Clément VII envoya auprès du duc Ludovic son légat pour veiller à ce que la Sindone fût gardée et vénérée ; et [qu’elle fut] préservée en 1533 de l’incendie.

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Il rappelle aussi Pingone, Francesco Vittero qui écrivit un traité sur la Sindone, et Alfonso Paleotto, archevêque de Bologne, lequel, après avoir accompagné saint Charles Borromée dans son voyage à Turin, publia un livre sur notre Relique.

Il traite enfin de la concession de l’office, de la messe propre et de la fête de la Sindone, et il dit que les leçons propres furent examinées diligemment par le cardinal Bona et approuvées par la Sacrée Congrégation des Rites par décret du 21 mai 1673.

Le Siège apostolique, en approuvant l’office propre, et spécialement les hymnes, a certes conféré à notre Relique un caractère bien à elle d’authenticité, en particulier dans les premières strophes du…

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l’hymne des vêpres :

Gloriam sacrae celebremus omnes Syndonis;laetis recolamus hymnis,Et piis votis monumenta nostraeCerta salutis;Quae refert semper veneranda Syndon,Sanguine impressis decorata signis,Dum cruce ex alta tulit involutumCorpus Iesu.

« Célébrons tous la gloire de la sainte Sindone ; renouvelons par des hymnes joyeux et par des vœux pieux les témoignages certains de notre salut ; la vénérable Sindone nous rappelle toujours, ornée des marques imprimées de sang, quand elle reçut — déposant de la haute croix — le corps de Jésus enveloppé. »

« Célébrons la gloire de la Sainte Sindone : vénérons, par des hymnes joyeux et des vœux pieux, les monuments certains de notre salut, toujours indiqués par la vénérable Sindone décorée de signes imprimés de sang, tandis qu’elle enveloppa le corps de Jésus descendu de la haute croix. »

« Et, dans le dernier répons de l’office des matines, l’Église dit : Felix domus Sabaudiae quae tanto pignore ditata, hoc sacro munere gaudet : “Heureuse la Maison de Savoie, enrichie d’un si grand gage, qui se réjouit de ce don sacré” ; heureuse la Maison de Savoie, enrichie d’un si… »

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gage, elle se réjouit de ce don sacré. Et la messe et l’office furent concédés non seulement pour le 4 mai, mais pour tous les vendredis du Carême, et pour d’autres vendredis de l’année, une fois par mois, lorsqu’ils ne sont pas empêchés par des offices majeurs.

En outre, nous gardons le souvenir des marques de respect données par les Pontifes romains à notre Sindone. L’un des papes les plus célèbres l’honora dans notre ville et laissa des témoignages autorisés de l’estime où il la tenait. Ce fut Pie VII de ce nom, célèbre dans les annales de l’Église pour la sainteté de sa vie, pour un long pontificat, pour ses grandes œuvres et pour tout ce qu’il eut à souffrir pour le bien de l’Église.

Invité par Napoléon à le consacrer solennellement empereur…

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à Paris, il accéda à ses désirs et, au mois d’octobre 1804, parti de Rome, après un voyage de plusieurs jours au cours duquel les Italiens lui donnèrent de très hauts témoignages de vénération, accompagné de pas moins de sept cardinaux, il fit son entrée à Turin comme en triomphe le soir du 12 novembre, reçu par le général Menou, administrateur général du Piémont. Il logea au palais royal, alors résidence du gouvernement français, et, le lendemain matin, assista à la sainte Messe dans la Chapelle du Saint Suaire ; puis, le même jour, la sainte Relique ayant été tirée de son urne, il la fit étendre sur une table et, en présence des cardinaux, de huit évêques piémontais et des officiers de l’Empire français qui se trouvaient à Turin, comme l’écrivit le…

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…le chancelier archiépiscopal qui s’y trouvait déclara qu’« il s’agenouilla, la baisa avec une dévotion inexprimable, et fit le tour de la table pour observer attentivement les teintes du sang divin, qui, en bien des endroits, apparaissaient très nettement ». Après que les cardinaux et les évêques eurent eux aussi examiné et vénéré le saint Linceul, sans l’exposer à la vénération publique, il fut de nouveau replié et replacé dans la cassette, que le pape scella de ses propres mains. Ce même pontife, après la captivité de Fontainebleau et son second éloignement de Rome, vint de nouveau à Turin, où nos Souverains étaient revenus, et là, avec grande pompe, exposa la sainte Relique. Il arriva de Gênes dans notre ville le 19 mai, reçu par…

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… aux portes du palais royal par le roi Victor-Emmanuel Iᵉʳ. Le 21, il célébra la sainte Messe dans la chapelle de la Sainte-Suaire, puis assista à celle que célébra Mgr Menocchio, évêque de Porphyre, dont on instruit maintenant le procès de béatification. Après s’être retiré quelque temps dans les appartements royaux, il rentra dans la chapelle avec le Roi et le Prince de Carignan ; on lui présenta alors les clefs du coffre, qu’il remit à Menocchio ; et celui-ci, à son tour, les donna au gardien afin qu’il retirât l’urne et la déposât sur l’autel, où elle fut encensée par le Pape. Elle fut ensuite portée par quatre Dignitaires du Chapitre métropolitain jusqu’au Palais Madame, sous le baldaquin dont les hampes étaient tenues par le Roi, le Prince de Cari—

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… le prince de Carignan, le doyen des Chevaliers et le Grand Écuyer.
Parvenus dans le grand salon, le Pape, après avoir coupé les rubans qui portaient les sceaux, déploya la Sainte-Suaire et, la tenant par le milieu tandis que les évêques romains et piémontais qui l’accompagnaient la soutenaient aux extrémités, il la montra depuis les balcons donnant sur les deux places latérales du palais. Au même moment, les cloches de la ville, le canon de la citadelle et la musique militaire en donnaient l’annonce aux lointains et manifestaient l’honneur qu’elle devait recevoir des plus proches, accourus en foule pour la vénérer. La solennelle cérémonie achevée, le Pape replaça la relique dans son urne, sur laquelle furent apposés les sceaux pontificaux et royaux.

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V.
La Sindone et les miracles.

Les œuvres de Dieu s’accompagnent toujours de manifestations de sa toute-puissance ; c’est par ce caractère que nous les distinguons des œuvres de l’homme. Ainsi, pour prouver la divinité de l’Église, nous avons l’argument des miracles ; et cette preuve ne manque pas pour notre sainte Relique.

Déjà le saint Linceul avait été prodigieusement préservé des mains des voleurs ; déjà le feu lui-même n’avait pas osé exercer sur lui son œuvre de destruction ; et ces faits étaient de ceux qui avaient…

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…attiré l’attention des contemporains, et ils en tirèrent argument pour en prouver l’authenticité. La simple conservation d’une matière si fragile, passée par tant de mains et à travers tant de périls, a quelque chose de prodigieux. Mais nous ne manquons pas non plus de faveurs spirituelles très particulières et de guérisons miraculeuses obtenues par ceux qui ont eu un recours confiant à la sainte Sindone ; et bien qu’il nous manquent, à ce sujet, des procès ecclésiastiques, nous avons cependant quelques paroles de très haute autorité : ce sont celles de Jules II, dans sa bulle du 25 avril 1506, où, récapitulant ce que le duc lui avait exposé, il dit : « ob tantae Reliquiae devotionem et miracula quae in dies Altissimus circa fideles suos praefatae Syndonis devotos operatur », c’est-à-dire en raison de la dévotion envers une si grande Relique et des miracles que, de jour en jour, le Très-Haut accomplit à l’égard des fidèles dévoués à ladite Sindone, pour la dévotion…

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…à une si grande Relique et pour les miracles que, de jour en jour, le Très-Haut accomplit en faveur de ses fidèles dévoués à la dite Sindone.

Le Pape dit que, pour les dévots de la Sindone, le Seigneur opérait des miracles ; voyons-en quelques-uns rapportés par Pingone.

Une jeune fille de Chambéry, nommée Fusina, fille de Guglielmo, était devenue paralytique en l’an 1533, et ne pouvait plus se lever de sa petite couche, où elle semblait condamnée à demeurer immobile toute sa vie. Elle avait déjà invoqué avec ferveur la protection de nombreux saints, mais le Seigneur ne l’ayant pas consolée par leur intermédiaire, un jour elle se fit porter à bras par ses parents dans la sainte Chapelle où se trouvait la Sindone, et là elle pria ardemment le Seigneur afin que…

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…par la vertu de la sainte Relique, il veuille lui rendre l’usage de ses membres languissants. Le Seigneur exauça la prière de la jeune fille affligée et, comme pour le paralytique de l’Évangile, il rendit vigueur à ces membres engourdis : les mains et les pieds revinrent à la vie, et elle, joyeuse et guérie, se mit à marcher seule avec promptitude. Un tel événement se répandit aussitôt dans la ville, et il fut commémoré par un ex-voto peint que l’on voyait encore dans la Chapelle en 1624.

Le même auteur rapporte que l’épouse de l’un de ses régisseurs en Savoie, prise de compassion, avait recueilli chez elle un jeune homme de dix-huit ans, natif de Cairo en Piémont, dont la langue s’était tellement enroulée qu’il ne pouvait parler, et même la nourriture ne pouvait…

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… être pris par lui sans grande peine et être bien broyé ; et, ne pouvant travailler, il devait quêter sa subsistance en demandant l’aumône de porte en porte. Pendant que le pauvre jeune homme demeurait dans cette famille, il arriva que, par ordre du duc Emmanuel-Philibert, une exposition publique de la Sindone fut annoncée, et les sujets furent invités à se préparer à la solennelle fonction par des prières et par les saints sacrements, afin de se rendre dignes des faveurs célestes. Le jeune homme en question s’y disposa lui aussi, exhorté par la pieuse femme ; il fit vœu de jeûner plusieurs fois dans l’année en l’honneur de la S. Sindone, et donc, bien qu’il résidât loin de Chambéry, il se rendit à cinq reprises visiter la S. Relique. Après la dernière visite, rentré chez lui et…

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… s’étant mis au repos, lorsqu’il se réveilla il sentit sa langue déliée, et après six ans sans avoir prononcé une parole il dit : « Ô Jésus-Christ ! ô sainte Sindone !! »

Dans les dernières années où la Sindone demeura à Chambéry, une noble jeune fille de Bourgogne, qui était muette, fut conduite dans la sainte chapelle, et elle y reçut promptement l’usage de la parole.

Une autre grâce, rapporte l’historien Chifflet, fut accordée à un jeune homme devenu aveugle par maladie. Il fit une neuvaine à la S. Sindone et recouvra la vue, rappelant la grâce par un ex-voto en tablette que le même écrivain dit avoir vu suspendu dans le lieu sacré.

Chaque fois que la sainte Relique était montrée publiquement, de toutes parts on apportait vers elle…

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… des malades atteints de toutes sortes d’infirmités et des possédés par les esprits mauvais. Et en l’an 1535, plusieurs malheureux s’étant ainsi approchés, à peine eurent-ils vu le saint Linceul qu’ils en éprouvèrent l’efficacité, les démons sortant d’eux en jetant des flammes et de la fumée hors des corps qu’ils abandonnaient.

De beaucoup d’autres grâces, écrit le P. Piano dans ses Commentaires sur la Sainte-Suaire. Un certain Pietro Borgondi, voyant son fils tomber d’un très haut pont sur le torrent Cherant près de Rumilly, en Savoie, s’écria : « Sainte Sindone, sauve mon fils ! » Celui-ci resta sauf, bien qu’il eût chuté sur de grosses pierres et qu’un joug tombé avec lui fût brisé par le choc.

François Ier, roi de France, raconte que la fortune des armes…

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… la fortune ne lui souriant point à la bataille de Marignan, il fit vœu de venir vénérer la Sainte-Suaire; il demeura victorieux et s’acquitta de son vœu en venant la visiter à pied depuis la ville de Lyon.
Yolande, épouse d’Amédée, le Bienheureux, assigna mille cinq cents florins pour le service de la sainte Chapelle, disant que, par la vertu de la Sainte-Suaire, elle avait été délivrée de nombreux malheurs comme par miracle.
Une tablette votive en argent, suspendue dans l’actuelle chapelle de la Sainte-Suaire à Turin, rappelle un vœu de notre commune en l’an 1632 pour la libération de la peste de 1630.
Les faveurs spirituelles accordées à ceux qui prièrent devant la Sainte-Suaire ne furent pas moindres. Si…

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si la Savoie et le Piémont conservèrent la pureté de la foi, malgré les efforts qu’aux temps passés firent les hérétiques pour corrompre les mœurs et la religion de nos populations, on le doit aussi à ce puissant moyen de défense que le Seigneur a placé au milieu de nous.

En priant devant cette sainte Relique exposée en l’année 1676, naquit dans le cœur d’une noble demoiselle de Turin la vocation à la vie religieuse ; elle entra ensuite dans l’ordre des Carmélites déchaussées de cette ville et, menant une vie sainte, mérita l’honneur des autels. Ce fut la bienheureuse Marie des Anges, vénérée dans l’église de Sainte-Thérèse, où son corps est visité chaque jour par un grand nombre de fidèles.

De la fervente dévotion à la…

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La Sindone inspirait à notre Bienheureux Sébastien Valfrè une grande ardeur à avancer dans les voies de la perfection chrétienne, et à embraser bien des cœurs de l’amour de la vertu. Aussi le Bienheureux Valfrè lui-même, dans un de ses écrits sur la Sindone, exhortait les deux sœurs princesses Marie-Adélaïde et Marie-Louise, filles du roi Victor-Amédée II, « à se poser, telles des abeilles laborieuses, sur les saintes plaies pour en extraire le miel d’une piété solide et constante ; s’arrêtant tantôt sur les épines qui couronnèrent la tête de Jésus-Christ, tantôt sur son sacré côté, tantôt sur les blessures des mains et des pieds, afin d’en tirer, de chaque plaie, un vif désir et des résolutions fermes de vivre toujours en saintes princesses dans l’état auquel Dieu… »

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« … les aurait appelées pour l’accomplissement de sa volonté ».
Puis, la seconde étant montée sur le trône d’Espagne comme épouse de Philippe V, et la première ayant épousé le duc de Bourgogne, ensuite Dauphin de France, elles montrèrent par leurs œuvres combien elles avaient fait leur profit des exhortations de Valfrè et quelle force elles avaient puisée dans la Sindone pour resplendir de vertus chrétiennes.

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VI.
La Sindone louée par les orateurs.

Comme il existe la pieuse coutume que, chaque vendredi de Carême, quelques-uns des prédicateurs de notre ville fassent un sermon sur la sainte Sindone, le Père Paolo Segneri, en l’an 1633, lorsqu’il prêcha le carême dans l’église des Saints-Martyrs à Turin, prononça un éloquent panégyrique de la sainte Relique, prenant pour thème ces mots : « la difformité qui fait aimer » ; à savoir que le portrait que Jésus nous a laissé dans la Sindone, quoique tracé à grands traits et déformé…

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…des cicatrices des plaies, est pourtant si beau qu’il attire les cœurs à lui ; et, dans la péroraison, il disait ainsi : « On ne peut croire quel trouble j’éprouve lorsque je lis l’étrange émotion qu’un des partisans de César, alors récemment tué, provoqua à Rome : pour enflammer le peuple en sa faveur, il ne plaida point, n’exclama pas, ne frémit pas ; il tira seulement une image très difforme de cet homme jadis si honorable et si majestueux, et il se mit à compter une à une ces vingt-trois coups de poignard qui lui avaient arraché avec fureur l’âme, quoique contre son gré. Une telle tendresse s’éveilla aussitôt dans le cœur de tous à ce spectacle qu’ils commencèrent à crier à haute voix contre les conjurés, les contraignirent à la fuite,

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…les poursuivirent jusqu’à la mort ; et, pareils à des furies, les uns ici, les autres là, tous coururent, torches à la main, pour brûler leurs maisons et y mettre le feu. Et pourtant, dites-moi : César n’avait-il pas été l’un des plus grands offenseurs que Rome eût eus ? Celui qui lui avait ravi l’autorité ? Celui qui complotait de l’avilir jusqu’à l’esclavage ? Celui qui, par une cupidité insatiable de triomphe, l’avait traînée derrière lui comme un troupeau à l’abattoir ? Car, s’il est vrai — comme César s’en vanta lui-même — que durant sa vie il avait fait disparaître du monde plus d’un million cent quatre-vingt-dix mille de ses ennemis, combien d’amis le cruel dut-il laisser tuer pour avoir contre qui massacrer tant d’ennemis ? Et néanmoins, pour vingt-trois coups de poignard, dont il était tout meurtri, s’enflamma tant le cœur…

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… un amour commun pour lui, même dans une Rome qui, l’espace d’une heure, telle une mère trop indulgente, avait oublié toute offense. Que devrait-on donc voir ici ? Le Christ, notre cher libérateur, ne montrerait pas seulement vingt-trois blessures dans son portrait défiguré, mais tant et tant qu’aucune prunelle mortelle ne parvient à en discerner l’ensemble, non seulement le nombre, mais encore la distinction et la forme. Et qu’on considère encore, à notre avantage, que, pour d’autres images, on peut soupçonner que, soit par malice, soit par ignorance, soit par une certaine ostentation du merveilleux — dont tous sont toujours friands — l’artiste aura peut-être exagéré bien au-delà du vrai, grâce au large pouvoir que les peintres, par abus ou par convenance, se sont arrogé, de condescen-

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… se livrer entièrement au caprice audacieux.
Mais, s’agissant de Jésus, un tel soupçon n’est pas possible. Non seulement il n’a jamais eu l’ambition d’amplifier les tortures qu’il a endurées pour notre bien, mais il a plutôt toujours cherché à les atténuer.

« Toutes les fois que les prophètes eurent à expliquer en leur propre personne ce que le Christ souffrit ensuite, jamais ils ne l’ont voilé par d’autres vocables plus fréquents que ceux d’inondation, de haute mer, de tempête. Intraverunt aquae usque ad animam meam: veni in altitudinem maris et tempestas demersit me; ainsi, dans le psaume quatre-vingt-huit, David se plaignit : Fluctus tui super me transierunt; ainsi le même au psaume quarante-et-un : Fluctus tuos induxisti super me; ainsi le même au… »

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le psaume quatre-vingt-sept : Inundaverunt aquae super caput meum, dixi, Perii ; ainsi Jérémie, là, dans la plus plaintive de ses lamentations ; mais plus que tous, dans son cantique, Jonas parla ainsi : Omnes gurgites tui et fluctus tui super me transierunt; circumdederunt me aquae usque ad animam, abyssus vallavit me, pelagus operuit caput meum. Et ce n’est pas sans grande raison : puisque, dans le Christ, se sont réunies toutes les douleurs qui, chez les hommes, sont réparties, tout comme dans l’océan se réunissent tous les fleuves.

Cependant, trouverez-vous par hasard que, lorsqu’ensuite le Christ parla lui-même de cette même Passion, il se soit jamais servi de métaphores si retentissantes, si tonitruantes ? Point du tout ; mais savez-vous comment il la nomma ? Baptême : c’est-à-dire, lavement le plus…

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la plus légère, la plus discrète qu’on puisse employer même pour un enfant délicat : « Baptismo habeo baptizari, et quomodo coartor usque dum perficiatur? » — « J’ai un baptême à recevoir, et combien je suis pressé jusqu’à ce qu’il s’accomplisse ! » Et même, comme si cette expression lui semblait encore excessive, lorsqu’il lui arriva d’en parler autrement, il l’appela « calice » : « Potestis bibere calicem quem ego bibiturus sum? » — « Calix quem dedit mihi Pater, non vis ut bibam illum? » — « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? La coupe que le Père m’a donnée, ne veux-tu pas que je la boive ? » Comme s’il avait voulu nous faire entendre que, selon lui, cet océan d’amertume n’était, à tout prendre, que quelques gorgées. Il n’y a donc aucun risque que le Christ, à la manière d’un peintre sans retenue, ait osé en rien exagérer ou accroître les peines qu’il a ici décrites ; il y a bien plutôt lieu de craindre qu’il ne les ait peut-être pas exprimées, dans sa…

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…ni si cruelles ni si nombreuses que celles qu’il endura pour nous. Quel sentiment, dès lors, leur vue doit-elle exciter dans nos cœurs ? Quelles tendresses de charité ? Quelles douleurs ? Quels anéantissements ? Ne devrions-nous pas, à ce spectacle, être touchés bien davantage que ne le fut saint Grégoire de Nysse en voyant un Isaac le cou incliné sous le couteau paternel ; plus que ne le fut saint Jean Chrysostome en regardant un Paul à la tête tranchée par l’épée d’un tyran ; ou plus que ne le fut un saint Astère, évêque d’Apamée, lorsque, contemplant dans l’un de ses tableaux la sainte vierge Euphémie représentée comme saisie par les cheveux par un misérable et ainsi maltraitée, il ne pouvait jamais retenir les larmes qui jaillissaient de ses yeux ? Et qu’est-ce que ce seul…

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gage d’amour qu’on puisse offrir à celui qu’on ne peut plus secourir de la main ?

Pour moi, auditeurs, je ne puis certes nier que je n’envie grandement votre sort, lorsque je considère la belle opportunité dont vous jouissez ici de dévoiler au Christ l’amour que vous lui portez. Ici, vous pouvez, tel des aigles, tourner sans cesse autour d’un cadavre, tel que jamais, à coup sûr, il n’en gît de plus horrible sur la terre ; et, sans plus vous soucier de regarder le soleil — image belle, oui, mais non pas si vraie ni si naturelle du visage divin — ici vous pouvez, plus avides, tenir vos regards fixés en permanence, sûrs que le Rédempteur agréera souverainement votre affection, puisque, tout défiguré et effrayant qu’il demeure encore, vous ne l’avez pas fui ; mais tant…

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…vous enflammera davantage à le désirer. « Vidimus eum, et non erat aspectus, et desideravimus eum » (« Nous l’avons vu, et son aspect n’était pas [attrayant], et nous l’avons désiré »). Continuez donc avec ardeur à vous attacher à un si grand bien ; réjouissez-vous-en, exultez-en, et surtout rendez à Dieu de vifs remerciements de vous avoir choisis pour dépositaires fidèles d’une œuvre si sublime de son pinceau. Saint Augustin conseille, dans l’un de ses Sermons, avec un très grand amour, qu’en cette vie chacun de nous garde près de soi le Christ, mais le Christ défiguré : « In hac ergo vita deformem Christum teneamus » (Serm. 22, De verbis Apost.). Or qui ne voit qu’un sort si noble et si précieux — garder le Christ défiguré — vous a été échu à vous ? À vous il s’est confié, au milieu de vous il s’est placé, espérant qu’avec le temps, à force de tant le contempler, il ne se trouvera parmi vous personne qui…

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Mais vous, pendant ce temps, que dites-vous ? Aimez-vous encore Jésus défiguré, vous, mesdames, qui chaque jour inventez de nouveaux fards et apprêts lissants pour paraître plus gracieuses ? Aimez-vous encore Jésus défiguré, vous, jeunes gens, qui cherchez chaque jour de nouveaux atours de gala pour paraître plus éclatants ? Vous, dis-je, qui que vous soyez, vous qui avez coutume de placer toute votre gloire dans de vaines pompes, dans les luxes, les fastes, les vêtements, les livrées : pouvez-vous encore dire en vérité que vous aimez Jésus défiguré ? Ah ! qu’il est rare que l’on pénètre bien au fond que la beauté d’un chrétien devrait consister tout entière à avoir la chair livide sous les flagellations, meurtrie par les cilices, macérée par les chaînes, consumée par les souffrances, et que toute plaie en nous doit…

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quelle chère joie ce serait ! Mais quoi qu’il en soit : qu’il y aille donc, qu’il y aille, et que s’éprenne qui veut d’une beauté qui devra bientôt languir, comme le givre au soleil, comme la neige au vent d’auster, comme les fleurs des prés sous la faux ; pour moi, il est vrai, je désire tomber amoureux — et je le désire vivement — mais seulement de cette difformité que je me suis ici proposé de célébrer, bien que je n’aie jamais encore été digne de la contempler. »

Le chanoine Giordano

, ce très pieux concitoyen qui, durant de longues années, attira un nombreux auditoire par sa parole aisée, éloquente et qui parlait au cœur, s’exprimait ainsi au sujet de la Très Sainte Sindone :
« Transportez-vous en pensée sur l’esplanade du Golgotha, lorsque Jésus, accablé de souffrances et chargé…

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…d’opprobres, cédait enfin à la douleur et mourait ; la grande œuvre est déjà accomplie ; le sacrifice est consommé, et de la victime divine il ne reste plus que la dépouille inanimée. Les ténèbres se retirent, et le Calvaire, qui auparavant avait été secoué par d’effrayants tremblements, redevient immobile sur son antique base. Alors Joseph d’Arimathie, homme juste et ancien d’Israël, s’étant pourvu d’aromates précieux et de linceuls blancs, prit le chemin de la sainte montagne pour embaumer le corps du Sauveur et lui rendre l’honneur du tombeau. Il y avait aussi Nicodème, plusieurs pieuses femmes, Madeleine, et se trouvait là également la très sainte Marie. Ayant appuyé les échelles, ils se mirent à décrocher la froide dépouille de ce bois maudit et à la descendre de la croix, tristes, silencieux et émus ;

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la montagne déserte, la nature attristée, le jour lui-même qui s’assombrit : tout semble, dans la mélancolie, contempler cette scène. Après avoir détaché les bras et les pieds, ils entourent la sainte personne d’une bande, et ainsi la soutenant tout doucement, tout doucement, comme s’ils portaient sur leurs bras un ami blessé à mort, ils avançaient avec une extrême délicatesse, craignant presque d’ouvrir de nouveau les plaies et de causer à Jésus de nouvelles souffrances. Lorsque le saint corps eut été couvert de baumes, l’ayant soulevé dans leurs bras, ils le portent dans une grotte creusée plus bas dans le roc, en forme de tombe. Là, après avoir étendu un large drap, ils y déposent cette dépouille bénie, puis, selon l’usage des Hébreux, ils en replient les bords et enveloppent le corps à la manière d’un suaire. L’œuvre pieuse accomplie…

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…ils poussent à force de bras un énorme rocher pour fermer l’entrée du sépulcre ; et Pilate lui-même, le soir du sabbat, envoya faire apposer le sceau. À peine l’aube du jour suivant pointait-elle que Madeleine et les Apôtres, revenus à la grotte, trouvèrent le rocher renversé, le tombeau ouvert, et de la dépouille ils ne retrouvèrent que les linges et le Suaire : humide des sueurs de la mort, il avait bu les dernières gouttes de sang qui sortaient encore des plaies, si bien qu’il en demeurait une empreinte merveilleuse, à la manière d’une effigie. C’était là l’unique dépouille de Jésus qui restait encore, le gage le plus cher que Jésus laissait sur la terre avant de monter au ciel. — Seigneur, je ne sais si le monde est digne de posséder un si grand trésor ; mais si…

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…dans tes conseils divins il est décidé qu’il demeure parmi nous ; Seigneur, quel sera le pays destiné à le recevoir ? où est ce peuple pour lequel tu as réservé les dernières gouttes de sang et vers lequel tu tournas l’extrême de tes pensées ?
« Je me figure les anges tutélaires des nations s’avancer, avides, l’accompagner du regard, t’adresser leurs supplications : In Jacob inhabita, in Israel haereditare ! et les uns présenter leurs vœux, les autres hâter sa venue… Auditeurs, n’allongeons pas davantage ; la terre choisie fut la nôtre, les fils prédilects, c’est nous : Cum dilexisset suos, in finem dilexit eos.
« Et ici, auditeurs, recueillons-nous un instant pour savourer la douceur de ce mystère, pour lequel Jésus, presque naufragé dans une mer de ca- »

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…il trouva encore le moyen de nous signaler sa prédilection. Il n’est rien qui révèle aussi fidèlement le cœur de l’homme que l’expression du visage et le portrait de la personne : c’est là que paraissent les affections, que se lisent les pensées, et celui qui te tend son portrait te tend son cœur. C’est pour cela que le père le laisse au fils, l’épouse à l’époux, et eux le baisent en pleurant et le serrent sur leur poitrine comme la chose la plus chère et la plus tendre. Ainsi est fait l’amour : il désire la proximité des siens, et quand il lui faut s’en éloigner, il demeure encore auprès d’eux par une certaine effusion de soi,en laissant l’image de lui-même. De quelles images est-ce que je parle pourtant ? Les images se teignent de couleurs ; celle-ci est peinte de sang ; les images te donnent l’expression du visage et le tempérament de ses sentiments ;

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; la Sindone, au contraire, te raconte l’histoire de ses douleurs, et l’instant même de sa mort. Ô vous qui désirez connaître combien Jésus nous a aimés, âmes affectueuses et pieuses, que démange le désir de repasser en pensée cette journée horrible, avec les tourments et les angoisses qu’il a soufferts pour nous : ne le cherchez pas ailleurs ; voici ouvert devant vous le livre où sont racontées toutes les preuves de sa Passion : « Venite et videte » (« Venez et voyez »). Des siècles auparavant, le prophète nous avertit que ces mains adorables seraient percées de part en part : « foderunt manus meas » (« ils ont percé mes mains »). Et à quoi bon le prophète ! en voici le signe : regardez les gouttes de sang qui jaillirent encore de ces plaies et montrent le cruel supplice qu’on leur fit subir, les clous s’enfonçant dans la chair à force de coups, et en…

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les poignets ; et les nerfs en tressaillent. Oh, combien il souffrit ! combien il nous a aimés ! Cum dilexisset suos ! Les prophètes me racontent ses pieds tout meurtris par les plaies et tremblants de fatigue ; mais à quoi bon des paroles ? les voici : c’est ici que se posèrent les saintes plantes ; que l’entaille est vaste et profonde, cette blessure ! Le poids du corps pesait tout entier sur les pieds, ce qui avivait la plaie et en déchirait les muscles ; ciel ! quelle souffrance ! quel amour ! Cum dilexisset suos. Les prophètes se lamentent : ses épaules, comme sillonnées par la charrue, ne sont plus qu’une plaie : Super dorsum meum… oh, taisez-vous, taisez-vous ; je vois bien les longues zébrures, les lambeaux de chair et les sillons laissés par les fouets ; quel supplice ! Cum dilexisset suos. Et cette immense nappe de sang, ainsi répandue sur le lin,

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c’est la plaie du côté, lorsque la Sindone fut appliquée là sur cette bouche, sanctuaire d’amour, où tant de mystères furent accomplis, et qu’elle buvait les dernières gouttes de sang mêlées d’eau. Cum dilexisset suos.

« Mais si ces signes concernent tous les hommes, la Sindone en renferme encore qui nous concernent nous ; et si ceux-là sont des preuves de sa charité, ceux-ci sont des preuves de sa prédilection, in finem dilexit eos. Et c’est cette pensée délicate que Jésus nous laissait, à nous seuls, dans ce lin, la vive image peinte de son très doux Cœur, la rendant en même temps portrait et relique, image du visage et peinture du Cœur, in finem dilexit eos. Et c’est le fait de nous choisir parmi tant de peuples et de nous donner… »

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preuve d’amour jusque dans l’acte même de mourir pour tous ; si bien qu’il te semble le voir s’étendre dans le tombeau, déposer son front fatigué… il n’a plus de forces ni de vie, mais une pensée d’amour, une étreinte de la main, il l’eut encore pour nous, in finem dilexit eos.

« Et notez ici, ô auditeurs, que cette Sindone est le seul monument resté de sa Passion que nous puissions contempler sans honte, car elle ne fut pas pour Jésus un instrument de tourment ; les épines, les clous, la croix, sont de chers gages de son amour, bénis par le sang du Rédempteur ; mais, en voyant enfin les clous de sa Passion, il me semble apercevoir là tout près la hideuse face du bourreau levant le marteau et assenant les coups ; le saint Jésus qui gémit et tout entier tremble de… »

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spasme ; mais en voyant la Sindone… elle rougit de sang, c’est vrai, mais ce n’est pas elle qui le fit couler ; elle te montre des plaies, mais ne les ouvrit pas ; au contraire, elle les enveloppa avec pitié en son sein.

« Cette colonne à laquelle on l’attacha au prétoire est certes précieuse, toute imprégnée de sang ; mais près d’elles se tiennent des hommes pervers, les bras levés et les yeux féroces ; j’entends le fracas des coups, et Jésus qui se ramasse sur lui-même. Toi seule, chère Sindone, je puis te contempler sans honte : c’est du sang, je le sais, c’est le sang de Jésus-Christ dont tu t’es teinte ; mais ce n’est pas celui qui fit éclater le crime, c’est celui qui tordit l’amour ; oui, devant toi seule je puis me rappeler que je suis homme, sans avoir le remords d’avoir été… »

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…du bourreau. Ailleurs je sens une crainte qui m’abat, un frisson qui m’effraie, il me semble avoir les mains teintes de sang ; mais au pied de la Sindone je sens dans mon cœur la confiance, et je puis au moins me complaire dans ce que j’ai fait. Ô don, ô précieux don que tu nous as offert — in finem dilexit eos — c’est un don qui n’éveille pas le reproche, mais ne demande qu’un échange d’affection ; qui ne suscite pas le remords, mais seulement l’espérance, des espérances qui ne furent pas déçues, des espérances telles qu’on peut dire qu’avec la Sindone tout bien nous est encore venu.

« Et ici je voudrais dérouler les siècles comme les feuilles d’un livre et, pour soulager la gratitude de la patrie, vous montrer les gages continus d’une prédilection toute spéciale qu’elle nous accorda, au point de rendre tout à fait palpable la protection de… »

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Dieu… Ô ma patrie, retourne en arrière pour repasser les épreuves, les périls que tu as courus et dont Dieu te sauva ; te souviens-tu — ce n’est pas d’il y a tant d’années — lorsque le choléra se présenta à nos portes, si riche en hécatombes, si chargé de victimes ? Les nouvelles arrivaient terribles : Gênes, Sassari… nos belles campagnes tremblaient d’effroi ; l’un tombait soudain, l’autre agonisait sur la route, tel autre se débattait en délire, et les serviteurs des sépulcres, en funèbre ronde, parcouraient les villages pour entasser les cadavres ; et lorsque le fléau venait lécher ces murailles et, tout autour, les encerclait comme les vagues entourent les écueils de la mer, ne semblait-il pas, à chaque instant, voir devant soi l’horrible coursier de la mort et entendre le cri strident de l’aigle volante, annonciatrice de maux ? Dites-moi, en ces…

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jours de tristesse et de trouble universels, n’avons-nous pas touché du doigt que Dieu nous a sauvés, que Jésus nous aime ?

« Il n’y a pas longtemps qu’un ouragan furieux semblait balayer d’un bout à l’autre de la péninsule : nous avons vu des trônes renversés et des sceptres brisés comme des roseaux de marais, et Turin toujours tranquille. Rome, Naples, Florence, Gênes entendirent le tonnerre du canon, les cris des blessés, les chevaux fouler les moissons, et les soldats plonger les mains dans les chevelures… Turin toujours tranquille ; et combien de villes sœurs virent la fureur de la discorde agiter des torches dans les quartiers, et le frère contre son frère, tandis que le sang coulait sur les pavés des rues — et Turin toujours tranquille ; n’est-ce pas une preuve »

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qu’entre nous et le ciel existent certains pactes d’amour ? Et les Turinois le savent bien : à peine sentent-ils s’avancer de loin le châtiment, qu’ils présentent leur gage d’amour pour l’apaiser. Et qui pourrait me dire les supplications déjà faites au pied de cette urne, combien de larmes y furent versées, et combien de générations se sont agenouillées sur ce seuil ? Qui pourrait me dire les chastes émotions qu’éprouvèrent tant d’âmes saintes — le bienheureux Amédée, François de Sales, Charles Borromée, le bienheureux Valfré — et nous-mêmes, Turinois, qui en apprenons le respect dès le berceau ? Je me rappelle encore — et les parents en font souvenir avec plaisir à leurs enfants — quand ce lin adorable était déployé à la vue de toute la ville était là ;

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c’était la plus belle fête qu’un bon père nous offrait pour les noces de son fils : l’un, encore robuste et plein de vie, ne connaissait que l’amour de ses vassaux ; l’autre, dans la fleur de la jeunesse, commençait déjà à les connaître et à les aimer… Hélas ! pourquoi la vie s’éteignit-elle si tôt chez ce père, et la douleur transperça-t-elle si vite le cœur du fils ? La foule, pressée et frémissante, les yeux fixés, les bras levés, attendait d’instant en instant… Le ciel se voilait par respect, et le peuple, silencieux, paraissait pressentir l’arrivée ; et voici que d’en haut apparaissent les vénérés Pontifes ; la précieuse relique est déployée ; le genou fléchi jusqu’à terre, cette houle humaine s’abaisse, incline la tête… Ce fut un moment solennel, et il courut…

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…un frisson parcourut tous : Turin savait bien qu’elle avait devant elle le gage le plus cher de Jésus-Christ. Et les souverains sabauds l’ont toujours su ; ils le tiennent pour la plus belle gemme de leur couronne ; et ce superbe édifice, ces marbres, ces bronzes, ces lampes ardentes… c’est ici qu’ils se prosternent aux jours de péril et dans les pénibles soucis du trône. Et vous aussi, nos chères reines, Marie-Adélaïde et Marie-Thérèse, vous y veniez ; au matin, à l’aube, vêtues avec simplicité, entièrement voilées, vous apparaissiez en silence dans ce temple, et là vous priiez pour l’époux, pour les enfants, pour nous tous. Il y eut pour elles des moments d’une angoisse terrible : face à l’ennemi, à la gueule des canons se tenaient leurs chers, et elles — oh, quelles prières tremblantes…

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…qu’elles auront faites ! ô les vœux ! L’une avait un époux, l’autre un mari et des enfants, et si cet enfant revint, nous le devons peut-être à elles ; elles détournaient de lui les coups et lui couvraient la poitrine, bien que lointaines, et cette poitrine fut sauvée, car la couvraient l’amour d’une épouse et la charité d’une mère ! Et quand un malheur s’ajoutait à un autre, et que la mort venait frapper aux portes du palais, et que la douleur s’abattait sur ces seuils comme la foudre, il me semble encore la voir, cette jeune reine, se porter, le flanc affaibli, au pied de l’urne, lever son visage pâle… Le paradis, déjà proche, envoyait sur son front son rayon, et elle priait pour ses enfants, pour l’époux bien-aimé… pardonnez, pardonnez : mon cœur m’a trahi, il m’a détourné du sujet.

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« La Sindone fut toujours chère à nos pères ; poursuivons, nous aussi, à imiter leur dévotion ; nous aussi sommes dans les détresses, et le ciel au-dessus de nos têtes n’est pas si serein ; supplions le Seigneur, par cette Sindone qu’il nous a laissée, de ranimer notre foi et de continuer à nous accorder ses amours. Que les mères conduisent de bonne heure leurs enfants : — regarde, là dedans se trouvent l’espérance et le trésor des Turinois ; là dedans se trouve le portrait de Jésus-Christ, qu’il voulut nous donner parce qu’il nous a tant aimés… — et si jamais le malheur venait à se présenter aux portes, et que Celui qui est aux cieux se montrât irrité contre nous, sortons aussitôt à sa rencontre pour l’apaiser, tenant en main ce gage de son pardon et lui montrant la chère Sindone : »

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Père, n’est-ce pas là la tunique de ton fils ? Vide nunc tunica filii tui sit an non ; n’est-ce pas l’image, n’est-ce pas le sang de Jésus-Christ que tu nous as laissés ? Respice in faciem Christi tui ; pardonne, Père, pardonne, non pas pour nous, mais pour lui. Je porte mon regard vers l’avenir, et j’ai dans le cœur l’espérance que ce trésor restera toujours avec nous ; et comme il fut un gage d’amour pour nos pères, ainsi il le sera pour nous et pour les fils de nos fils ; il restera toujours avec nous comme un mur d’airain pour nous défendre de l’esprit d’irréligion qui nous menace et voudrait envahir la patrie ; il restera toujours avec nous pour nous conserver et protéger la Maison de Savoie dans l’amour et la dignité de la nation ; il restera toujours avec nous, afin que Turin soit toujours la ville…

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…de la Sindone, du Miracle et de Marie consolatrice. Et lorsque, à la fin des siècles, ces masses s’écrouleront et que le monde retombera dans son néant, alors nous la verrons remonter au ciel, près de la croix, les anges protecteurs du royaume formant sa couronne, et ces âmes saintes — le bienheureux Amédée, Humbert de Savoie, Boniface — la soulevant par les bords ; et toi aussi, vénérable Clotilde, tu y seras. Et nous aussi, chers concitoyens, nous y serons, si, constants dans la foi de nos pères, nous suivons la voie tracée par l’honneur et la piété ; et de même que Jésus nous donna un gage d’amour parmi tous les peuples, de même l’emporterons-nous parmi les peuples par des sentiments de gratitude ! »

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Mgr Lorenzo Gastaldi, très zélé archevêque de Turin, dont nous pleurons la perte depuis deux ans, écrivait ainsi au sujet de la Sainte-Suaire en 1868, alors qu’il était encore évêque de Saluces, dans une lettre aux fidèles :

« Chez nos Souverains, gardiens d’une si illustre Relique, s’est établie depuis longtemps la pieuse coutume que les noces du prince héritier soient réjouies et comme bénies par une ostension publique de celle-ci. Sa Majesté le Roi n’a donc pas voulu que, pour le mariage tout récemment célébré de son fils aîné, le prince Humbert, avec la princesse Marguerite de Savoie, manquât cette fête religieuse si chère et si agréable à tous les Piémontais ; et ainsi, le matin du dernier vendredi d’avril dernier, …

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En présence de toute la famille royale, l’archevêque de Turin, assisté des archevêques de Milan et d’Udine et de quatre évêques — parmi lesquels nous eûmes aussi la très douce fortune de nous trouver — retira de l’urne d’argent où il est conservé ce très saint Linceul ; l’ayant déroulé sur une table, tous, prosternés, le vénérèrent. Puis S. M. le Roi, la Reine de Portugal, le Prince et la Princesse de Piémont, le Duc et la Duchesse d’Aoste, la Princesse Clotilde Napoléon, la Duchesse de Gênes et le Prince de Carignan, l’ayant pieusement baisé, la sainte Relique fut portée au Dôme, où, étendue sur un châssis recouvert de taffetas cramoisi, elle demeura exposée sur le maître-autel pendant quatre jours entiers.

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On vit bientôt que, parmi toutes les fêtes nuptiales, celle-ci était la plus belle et la plus vivement désirée par la population ; car, bien qu’on n’eût eu avis certain de cette sainte exposition que la veille de son ouverture, à peine la nouvelle se fut-elle répandue dans le Piémont qu’elle attira une foule d’étrangers bien plus nombreuse que celle des courses, des illuminations et des autres spectacles ; et cette foule, sans nul doute, eût été décuplée si les évêques avaient pu en prévenir à temps leurs diocésains.
La sainte Suaire, ensuite, déployée au milieu d’une splendide couronne de cierges continuellement allumés, offrait un spectacle de religion que, non sans peine, on pouvait…

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…désirer plus magnifique et plus émouvant. Évêques, chanoines, curés, aumôniers et chapelains du Roi, ainsi que d’autres ecclésiastiques distingués, chacun dans son costume, se tenaient là en adoration continue, se relayant régulièrement les uns les autres, tandis que des milliers de fidèles affluaient sans interruption pour se prosterner humblement aux pieds de cette auguste Relique et manifester le saint enthousiasme dont ils étaient pénétrés. L’un des quatre jours, plus de quarante corporations différentes de la ville y rendirent leurs fervents hommages, commençant dès l’aube et terminant tard dans la soirée. Les méritants frères de Saint-Vincent-de-Paul prirent soin de l’adoration pendant les trois nuits, durant lesquelles…

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…où le Dôme offrait, vivante, l’image des antiques catacombes. Dans le plus profond silence, on voyait sans cesse un grand nombre d’ecclésiastiques et d’autres fidèles, même des classes les plus élevées, demeurer à genoux à terre, comme plongés en une extase de prière devant cette Sainte Sindone. Que d’actes de foi vive et de charité jaillirent alors des cœurs, que de prières ferventes sortirent des lèvres des centaines de milliers de fidèles rassemblés en ces jours autour de ce monument adorable ! Oh ! la foi chrétienne vit encore dans notre Piémont ; le sentiment religieux y est si enraciné qu’il peut résister à tous les assauts de Satan. Cette exposition publique de la sainte Lin…

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…nous en donna une preuve palpable et nous donna raison d’espérer que les impies ne parviendront pas à nous ravir notre principale richesse, qui est la sainte foi catholique.

Le solennel et ininterrompu défilé d’actes religieux en l’honneur de ce saint Linceul que nous avons décrit jusqu’ici reçut, pourrions-nous dire, sa couronne de la princesse Clotilde, fille aînée de notre roi et épouse du prince Napoléon. Le matin du 28 avril, après avoir assisté à la sainte messe et reçu la sainte Eucharistie, elle se mit à genoux, puis entreprit de détacher de la précieuse Relique la soie noire à laquelle elle avait été cousue soixante-dix ans auparavant par la vénérable Clotilde, reine de Sardaigne, et qui était maintenant abîmée, afin de la remplacer

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…pour y fixer un drap de soie damas cramoisi ; elle resta constamment à genoux pendant les deux heures qu’elle mit à accomplir cette œuvre de piété, offrant ainsi à tous un éminent exemple de foi et de dévotion que l’on doit éprouver envers cette Relique sanctifiée par le contact et par le sang de notre divin Rédempteur.

Et si vous, très chers Frères, désirez de nous quelques renseignements sur ce Saint Linceul, nous dirons qu’il est en lin très fin, tissé selon la méthode que nous appelons “de Damas”, d’environ quatre mètres de long et un peu plus d’un mètre de large. Les deux illustres personnages Joseph et Nicodème y enveloppèrent le corps sacré de Jésus-Christ après l’avoir descendu de la croix, et, de la tête jusqu’… »

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aux pieds, on répandit des aromates et des onguents odorants ; puis, enveloppé dedans, on le déposa au sépulcre : en sorte que ce Linceul est à la fois mémoire de la mort de Notre Divin Rédempteur et de sa résurrection ; car, au moment de ressusciter, il s’en dégagea et s’en libéra, le laissant vide dans un angle de la grotte sépulcrale, avec les bandelettes et les autres linges qui avaient été posés sur son corps.
Mais ce qu’il y a de plus admirable, c’est que la dépouille auguste de Notre Seigneur Jésus y laissa l’empreinte de telles traces d’elle-même que, même après dix-huit siècles, elles sont encore très visibles ; et nous les avons, à plusieurs reprises, examinées et touchées de nos yeux et de nos mains. L’empreinte est double, représentant le corps…

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du Notre Divin Seigneur, vue par devant et par derrière ; et tant sur l’une que sur l’autre face, sur la tête, les mains, les bras, le dos et les pieds, apparaissent vives et encore rouges les gouttes de sang sorties des plaies ouvertes par les épines, les fouets et les clous. Le lieu où le sang se montre beaucoup plus abondant qu’ailleurs est l’ouverture du côté, comme si Jésus-Christ avait voulu nous donner un signe plus visible de sa charité là où en était la source, c’est-à-dire son très saint Cœur.

Ces précieuses et émouvantes traces du Corps de Jésus mettent en pleine lumière l’authenticité et la vérité de notre Saint Suaire : car si elles étaient l’œuvre de l’art, elles auraient une tout autre forme que…

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…celle qu’elles ont. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si, en tout temps et en tout lieu, les fidèles lui rendirent leurs profonds hommages et se sentirent animés d’un enthousiasme religieux en la vénérant.

Elle, avec les autres suaires susmentionnés, était à Jérusalem l’objet touchant de l’adoration des chrétiens au huitième siècle, comme nous l’atteste saint Jean Damascène. Transportée ensuite à Chypre, lorsque toute la Palestine retomba aux mains des Turcs en l’an 1187, là, vers le milieu du XIVᵉ siècle, un certain Godefroi, prince de Charny en France, l’acquit du souverain de cette île en récompense des services rendus à sa cause ; l’ayant apportée en France, il est indescriptible de dire combien cette Relique émut…

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par sa présence, les populations, qui accouraient donc de toutes parts pour la visiter.

«Mais le Dieu miséricordieux voulut enrichir notre Piémont de ce trésor inestimable ; c’est pourquoi il disposa que la princesse Marguerite de Charny, descendante dudit Godefroi, en fît don à la dynastie de Savoie au mois de mars 1452 ou 1453 ; et, après être restée à Chambéry pendant plus d’un siècle, elle fut enfin transportée à Turin et placée, en tête de la cathédrale, dans une magnifique et splendide chapelle de marbre. Sa coupole, s’élevant vers le ciel, indique de loin que là repose l’un des monuments les plus illustres et les plus chers relatifs à la mort et à la résurrection de notre divin

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…Sauveur ; là résident le fondement, l’espérance, la source et le gage de toute prospérité éternelle et temporelle des Piémontais.

« Allons, chers F. F. et F. F., de temps à autre en pieux pèlerinage jusqu’à ce sanctuaire, pour méditer près de cette très sainte Sindone sur les souffrances et les douleurs de Notre Divin Jésus. Mettons sous nos yeux l’exemple du bienheureux Amédée, autrefois notre souverain, qui, en 1453, partit de Verceil avec son épouse et fit à pied le pèlerinage jusqu’à Chambéry pour vénérer cette Sindone ; et l’exemple de saint Charles Borromée qui, en 1578, vint de Milan à pied jusqu’à Turin pour adorer cette même relique ; et encore l’exemple de saint François de Sales, de sainte Gio— »

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…de sainte Jeanne-Françoise de Chantal, du bienheureux Sébastien Valfré et du Souverain Pontife Pie VII, qui se prosternèrent à plusieurs reprises devant ce saint Linceul, laissant jaillir les tendres affections de leur cœur ; et il sera sans doute très doux et très consolant pour nous de faire ce que firent ces saints et illustres personnages.

Hélas ! s’il nous avait été possible de vous rassembler tous, très chers F. F. et F. F., autour de ce précieux Drap au moment où il était exposé ! Que volontiers nous l’aurions fait, pour vous émouvoir tous efficacement à aimer Jésus qui nous a tant aimés. Mais si nous n’avons pu procurer à nous-mêmes et à vous une si douce consolation, nous n’avons pas pour autant négligé de vous placer tous, au moins par la

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pensée et par l’affection, au pied de ce saint Linceul, et, dirais-je, vous placer dans les plaies du Rédempteur. Oui, très chers F. F. et F. F., chaque fois que nous nous sommes trouvés en contact avec cette Sainte Tunique — non pas une seule fois, mais à plusieurs reprises, avec tout l’élan de notre âme — nous avons supplié Jésus-Christ de vous bénir et d’inscrire chacun de vous au nombre de ses élus.

Nous avons prié pour vous, très chers Prêtres et Ministres du Très-Haut, afin que notre divin Rédempteur daigne vous remplir de son esprit ; nous avons prié pour vous, très chers élèves du Sanctuaire, afin que Jésus-Christ allume dans votre cœur le feu de son saint amour, et qu’ainsi, très bientôt, vous puissiez répandre et propager ce feu céleste dans toute la diocèse.

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Pour vous, nous avons supplié Jésus, ô Magistrats, et vous tous qui tenez quelque part du pouvoir civil, afin que vous l’employiez toujours tout entier au profit de la justice et de la vérité, et de l’Église de Dieu ; pour vous, ô parents, nous avons élevé de ferventes prières, afin que vous vous appliquiez avec tout votre zèle à éduquer chrétiennement vos enfants ; pour vous, tout spécialement, nous avons imploré la protection de notre divin Sauveur, ô garçons et filles, jeunes gens et jeunes filles, afin qu’il vous bénisse et vous préserve du venin de l’incrédulité, de l’indifférence religieuse, de la vanité et de la sensualité, que l’on cherche hélas de toutes les manières à faire pénétrer dans votre esprit. En bref, nous avons prié pour chacun de vous, ô très chers…

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…afin que le Dieu miséricordieux vous garde tous fermes dans la foi, et que vous obteniez le seul bien qui doive nous importer et pour lequel nous avons été créés, c’est-à-dire notre salut éternel.

Vous voyez donc quelle dette nous avons envers Dieu de le remercier de tout cœur pour nous avoir fait don d’une Relique si insigne, et avec quel sentiment de foi et d’amour nous devons la vénérer. C’est pourquoi nous vous recommandons vivement de tourner souvent vers ce Saint Suaire vos pensées et vos affections, en tâchant que chacun en ait chez soi quelque image ; de répandre partout la dévotion envers lui ; et lorsque vous vous rendrez à Turin, d’aller à la chapelle royale où…

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où il est conservé, afin de lui rendre hommage du mieux que vous savez et d’y gagner les indulgences offertes dans ce sanctuaire. Nous exhortons vivement tous les prêtres à ne pas manquer, lorsqu’ils vont à Turin, de monter jusqu’à ce lieu sacré pour y célébrer la sainte messe, en rappelant à tous qu’en nous approchant de ce Saint Suaire teint du sang de Jésus-Christ, nous tenons pour ainsi dire en main le gage assuré de pouvoir jouir pour toute l’éternité du fruit de ce très précieux sang.

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PRIÈRES

À réciter en l’honneur du Saint Suaire

I

Humblement prosterné devant vous, ô mon divin Rédempteur Jésus-Christ, je vous supplie de me faire la grâce de pouvoir vénérer comme il convient les mystères de votre Passion, de votre Mort et de votre Résurrection, qui me sont représentés par ce Suaire dans lequel votre très saint Corps fut enveloppé; et de pouvoir, par son intermédiaire, obtenir l’application de vos mérites infinis.
Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

II

Je vous adore, ô bienheureuse plaie de la main droite de mon Rédempteur, si nettement imprimée sur le Saint Suaire, et encore rouge du très précieux sang… (à suivre).

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II (suite)

…de votre très saint sang : sauvez-moi, ô Jésus, par la puissance de votre droite ; frappez de cette main mon ennemi infernal afin qu’il ne prévale jamais contre moi. Oui, que votre droite dirige toujours mes pensées, mes paroles et mes actions, pour qu’elles soient toujours orientées vers vous, mon dernier but.
Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

III

Je vous adore, ô bienheureuse plaie de la main gauche de mon Sauveur, si nettement décrite sur le Saint Suaire et empourprée de son sang divin. Ô Jésus, par votre main puissante avec laquelle vous avez vaincu le démon, aidez-moi à vaincre les ennemis de mon âme ; soyez mon guide sur le chemin de la vie ; délivrez-moi de mes ennemis afin que je puisse vous servir dans la sainteté et la justice tous les jours de ma vie.
Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

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IV

Je vous adore, ô vénérable plaie du pied droit de mon aimable Jésus, Agneau immaculé qui efface les péchés du monde, si finement reproduite sur ce très précieux Linceul. Faites, ô mon bon Seigneur, que mes pieds avancent sans relâche dans la voie de vos commandements, et que je cherche toujours ce qui plaît à votre volonté divine. Dirigez mes pas selon votre loi, afin qu’en allant de vertu en vertu je vous voie, ô mon Dieu, dans la Sion céleste. Que votre parole soit une lampe à mes pieds, une lumière sur le sentier de ma vie, pour que je vous rende toujours gloire, ô mon Dieu.
Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

V

Je vous adore, ô vénérable plaie du pied gauche de mon bon Jésus, tracée par votre très puissant Sang sur ce glorieux Suaire : délivrez, ô Seigneur, mes pieds des pièges que me tendent les ennemis ; gardez mon âme afin qu’elle ne cède pas…

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V (fin)

…qu’elle ne soit pas la proie du démon ; que mon cœur ne se gonfle pas d’orgueil, mais qu’il marche toujours dans la simplicité devant vous ; guidez-moi sur le chemin de la justice, apprenez-moi vos voies, afin que je sache ce qui vous plaît et que j’accomplisse vos préceptes.
Pater, Ave, Gloria.

VI

Je vous adore, ô très salutaire blessure du côté et du cœur de mon très admirable Rédempteur, ouverte par une lance très aiguë après votre mort, d’où, en coulant le sang et l’eau, me fut figurée l’Église, votre épouse. Blessure si parfaitement reproduite et arrosée d’un sang rougeoyant sur ce vénérable Suaire : ah ! blessez mon cœur de votre amour, afin que lui seul je l’aime, l’adore et l’honore ; purifiez mon cœur par cette eau et par ce sang, pour qu’ayant été lavé de toute tache je puisse vous voir, ô mon Dieu, avec ceux qui ont le cœur pur, et vous contempler dans l’éternité bienheureuse.

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Pater, Ave, Gloria.

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