L’Abbé Pierre Auguste Raboisson

Pierre-Auguste Raboisson (1830–1903), prêtre catholique français, appartient à cette génération d’ecclésiastiques érudits du XIXe siècle engagés dans le dialogue — souvent tendu — entre foi, science et modernité.

Aumônier à l’hôpital Cochin et auteur de plusieurs ouvrages à la croisée de l’exégèse biblique, de la philosophie politique et de l’eschatologie (notamment en 1874), il se distingue également par son intérêt pour les méthodes scientifiques contemporaines, en particulier la photographie, qu’il pratique dans le cadre de ses voyages en Orient.

Membre de la Société française de photographie de 1884 à 1894, ses photographies témoignent de sa maîtrise technique des procédés contemporains de l’époque. ce qui en fait un témoin significatif du contexte culturel et scientifique ayant rendu possible, en 1898, la prise de vue par Secondo Pia et l’interprétation photographique du Suaire de Turin.

Observation des plaques photographiques et des contre-types de Secondo Pia à Turin.

Témoin direct des premières expériences photographiques réalisées à Turin, l’abbé Pierre-Auguste Raboisson (1830–1903) rapporte ici une visite personnelle auprès de Secondo Pia [ nommé par erreur Carlo Pia], qui lui présente à la fois la plaque négative originale et le contre-type positif obtenu par tirage.

Raboisson ne se présente pas seulement comme un croyant enthousiaste, mais comme un témoin oculaire du dispositif photographique lui-même : reçu chez Carlo Pia, il affirme avoir examiné successivement la plaque transparente, puis deux tirages sur papier, l’un directement obtenu d’elle, l’autre à partir d’un contre-type. Son observation est importante, car son observation de la plaque lui semble très convaincante, mais il reconnaît d’abord que l’image issue de la plaque originale n’offre pas d’emblée une figure pleinement lisible : elle lui apparaît comme un négatif, avec inversion des ombres et des lumières, « sans relief apparent », donnant seulement l’impression d’une « vague ébauche ».

Lorsque Pia lui montre alors le second tirage, obtenu par contre-type, Raboisson estime retrouver, sous une forme cette fois visuellement cohérente, ce qu’il avait perçu dans la plaque : non plus une silhouette indécise, mais un corps modelé, où les jours et les ombres reviennent « à leurs places normales ».

Ce témoignage constitue ainsi l’une des premières tentatives d’authentification technique fondée sur l’observation directe des manipulations photographiques. S.B.

Référence :

  • Raboisson, P.-A. (1886–1887). En Orient : récits et notes d’un voyage en Palestine et en Syrie par l’Égypte et le Sinaï (2 vol.). Paris : Librairie catholique de l’Œuvre de Saint-Paul.
  • Raboisson, P.-A. (1898, 28 juillet). Turin. Exposition d’art sacré et le Saint Suaire. La Vérité, p. 1-2

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