1902 – Paul Vignon Le linceul du christ étude scientifique
APA – Vignon, P. (1902). Le linceul du Christ : Étude scientifique . Masson et Cie Paris
le cadre trop court :
page 4 édition de 1903 :
En prenant connaissance de ce document, nous nous étions demandé si,
sur le drap, les pieds de la silhouette antérieure étaient visibles : M. le baron
A. Manno a bien voulu nous renseigner à cet égard. Le drap se prolonge encore
sur une certaine longueur, au delà de la partie qu’a reproduite la photographie.
Mais, au moment de l’exposition de Turin, on a dû reployer les extrémités de
l’étoffe par-dessous. La commission officielle avait fait préparer un grand
cadre oblong, destiné à être dressé sur l’autel, dans la chapelle dite chapelle
du Saint-Suaire.Personne n’ayant aperçu le drap depuis 1868, une erreur fut commise au sujet des dimensions que devait avoir le cadre; celui-ci se trouva sensiblement trop court. Le temps pressait au moment où on s’aperçut
de cette erreur regrettable. Comme personne ne croyait que l’ostension dût
devenir la source d’études scientifiques et qu’on ne songeait même pas
encore à photographier le document, la commission passa outre et utilisa
le cadre tel qu’il avait été confectionné. Nous ne connaîtrons donc pas, dans
cette étude, l’aspect exact que présentent les pieds de la silhouette antérieure.
Certaines copies nous fourniront cependant, à cet égard, des renseignements
au moins sommaires.
Description de la coupure des pieds de chaque côté :
En débutant son ouvrage, Paul Vignon débute une description des traits de Jésus aperçus au travers du Saint Suaire. Il note la difficulté d’y distinguer clairement les traits du visage du fait des particularités de l’empreinte mais les détails anatomiques sont plus facilement distinguables.
A partir des tirages dont il dispose en 1902, Paul Vignon documente la limite des images du Saint Suaire dans la prise de vue de Secondo Pia (1898) que ce soit dans l’image antérieure (de l’empreinte faciale) ou bien dans l’image postérieure ( de l’empreinte dorsale)
Il reporte ainsi la différence entre L.a. la limite de l’image antérieure et L.p . la limite de l’image postérieure sur ses tirages selon une méthode qu’il détaille. En effet le Saint Suaire a été replié de telle sorte que l’empreinte des pieds n’est pas coupé de la même manière sur chaque extrémité de l’image produite par Secondo Pia le 28 Mai 1898.
Page 69 à 74

(..) On désignera savoir à quel niveau nous cessons de pouvoir examiner l’empreinte antérieure, sur la photographie de M. Pia : la figure 8 répond d’elle-même à cette question : le profil de la jambe est coupé suivant le trait pointillé L.a. Nous expliquerons de quelle façon nous avons pu tracer cette limite avec une exactitude que ne laisse rien à désirer. Le lecteur sait déjà que M. Pia n’a pas pu photographier la totalité du drap, parce que les extrémités en étaient reployées par-dessous, lors de l’exposition de 1898. ( page 74 édition 1902 )
Ainsi donc l’empreinte antérieure s’interrompt, sur nos planches IV ou V, un peu plus bas que la cheville. A ce niveau, l’image, tout en conservant ses caractères d’imprécision, commence pourtant à se renforcer : on sent que le contact, quelque peu perdu en dessous des mollets, va redevenir tout à fait immédiat jusqu’à l’extrémité du pied. C’est là un point que notre figure 8 met parfaitement en évidence.


Etudions l’image dorsale.
La région occipitale de la tête a donné une empreinte énergique. Les cheveux sont parfaitement rendus; on les voit recouvrir la nuque d’une nappe étalée et descendre, sur le dos, jusqu’aux omoplates.
Sur les épreuves de S. Pia, les mèches des cheveux se distinguent même admirablement: l’hélio gravure a quelque peu amolli leur modelé. Les épaules, de part et d’autre de la masse des cheveux, sont un peu remontées. Il ne faut pas oublier que le corps reposait avec force sur le drap inférieur, et celui-ci a dû envelopper quelque peu les épaules. Cette déformation n’est pas bien considérable.
Les omoplates sont visibles, surtout la gauche. Elles faisaient une saillie et se sont imprimées fortement.
Par-dessous, le thorax est bien modelé; on voit l’empreinte s’affaiblir
Elle s’affaiblit aussi dans la région axiale à mesure qu’on se rapproche des reins. En ce point, les vertèbres lombaires ont formé une voûte solide. Sur une certaine longueur, l’empreinte devient par suite à peu près nulle. Ce minimum, très facile à constater, coïncide avec celte tache d’eau qui coupe l’axe du drap, sous forme d’une bande étroite et sinueuse.
Plus bas, la saillie du sacrum commence à se prononcer, puis le corps repose largement sur les parties charnues. Immédiatement au-dessous, nouveau minimum de l’empreinte : il correspond au sillon transversal qui sépare les cuisses et les parties charnues. Les cuisses elles-mêmes sont ensuite assez bien imprimées, surtout la gauche. Cependant elles sont très floues. (Sur la ligure 7, A, elles s’écrasent d’une façon excessive.) On distingue aisément le creux des jarrets.
Plus bas encore, la région postérieure des mollets a donné une forte image, puis l’empreinte se dégrade rapidement au niveau des tendons d’Achille. Ces tendons étaient soulevés assez haut au-dessus du drap inférieur.
La raison de cette surélévation est évidente: les pieds sont fortement étendus; pour se placer dans cette position, ils ont tourné autour des chevilles; les talons, formant excentriques, se sont rapprochés des mollets; en même temps ils faisaient une forte saillie par dessous, ainsi qu’on s’en rendra compte en examinant la figure8.
Si, au contraire, la direction générale des pieds avait continué à faire avec l’axe du corps l’angle normal de 80° environ, les talons se seraient trouvés à leur hauteur ordinaire et les tendons d’Achille auraient reposé sur le drap.
On peut se rendre compte de l’attitude qu’aurait eue le corps, en examinant au Louvre la superbe statue couchée qui se trouve dans la salle Germain Pilon, et qui est digne du ciseau de ce maître.
Après avoir achevé, sur les photographies, l’examen de cette image dorsale, nous avons tenu à nous assurer, grâce à une observation directe, si les diverses régions du corps avaient bien contracté avec l’étoffe les rapports que l’anatomie rend nécessaires.
A cet effet, nous avons prié un de nos amis de s’étendre sur une table de laboratoire, avec les pieds allongés et joints. Dans ces conditions, le corps est supporté par l’occiput, les omoplates, les parties charnues, les mollets et les talons. Les cuisses touchent à peine la table : il est facile de glisser la main par-dessous.
Sans doute, dans cette région, le corps devait arriver à peu près au contact du Suaire; toutefois les cuisses ne pouvaient pas s’écraser sur le sol, ainsi que les mollets l’ont fait d’une façon évidente. On comprend donc pourquoi l’image des cuisses, quoique bien visible, est particulièrement vague.
Quant à la région lombaire ainsi qu’à celle des tendons d’Achille, elles restent fortement soulevées, tout comme sur l’image de Turin. On voit donc que, sur le Suaire, le modelé de l’empreinte dorsale est scrupuleusement réel.
Une seule particularité reste inexpliquée : pourquoi les plantes des pieds et surtout celle du pied droit, ont elles faites leur image, tout en passant assez loin du plan horizontal ? C’est là encore un de ces points de détail au sujet desquels il est préférable de ne pas proposer d’hypothèse trop précise.
D’ailleurs plusieurs interprétations seraient parfaitement acceptables. On pourrait admettre que des paquets de linge ont été disposés sous les pieds pour maintenir le corps. On pourrait dire encore que le drap inférieur, plus long qu’il n’aurait fallu, a pu être rabattu par-dessus les pieds. Mais il est inutile de s’arrêter à ces conjectures invérifiables : ce que nous pouvons observer avec certitude suffit à prouver combien l’empreinte s’est faite d’une façon rationnelle.
Expliquons maintenant quelle est la signification du croquis reproduit figure 8.

Nous avons disposé une feuille de papier sur la photographie, le long de l’image dorsale, de façon que le bord de cette feuille se trouvât parallèle à l’axe de l’image et que l’empreinte des jambes restât entièrement visible.
Nous avons fait tomber sur le bord de la feuille une série de perpendiculaires, passant par les régions les plus faciles à définir. Une première perpendiculaire nous a donné le bord de la photographie, en L. p; une seconde a marqué la projection du talon droit, si bien visible; puis, en étudiant avec grand soin les renforcements et les atténuations de l’image, nous avons délimité successivement la saillie des mollets, le creux des jarrets, le sillon qui sépare les cuisses des parties charnues; enfin, nous avons pu dessiner exactement le modelé de la région sacrée et de la région lombaire, cette dernière, comme on sait, fortement soulevée au-dessus du sol horizontal.
Ces opérations nous ont permis de tracer le profil dorsal de la jambe et du bassin. Après quoi, nous inspirant de la statue couchée de Germain Pilon, nous avons, en face du profil dorsal, mis en place le profil antérieur, notamment la rotule et la région ombilicale.
Enfin nous avons complété le dessin du pied.
Cela fait, nous avons retourné la photographie, de manière à amener notre même feuille de papier en face de l’image antérieure, en maintenant toujours son bord libre parallèle à l’axe de l’étoffe.
Nous avons placé notre feuille de telle façon, qu’une perpendiculaire, abaissée du centre de la rotule gauche, tombât sur le point G. Par ce procédé, le profil antérieur de la jambe se trouvait disposé à la hauteur convenable, le long de l’image face.
Nous avons ensuite marqué, en L.a, non pas exactement le bord inférieur de la photographie, mais le point où l’image cesse d’être visible. En dehors de ce point, il reste, sur le cliché, une bande d’une certaine largeur, qui n’a pas été impressionnée. (Cadre trop court lors de la photographie de 1898)
Nous avons ensuite constaté que les masses musculaires de la jambe se trouvaient à la hauteur voulue sur la photographie, et que l’empreinte antérieure correspondait à l’empreinte dorsale avec une parfaite exactitude. C’est alors que, traçant, à partir de la voûte des reins, une ligne perpendiculaire au bord de notre feuille de papier, perpendiculaire destinée à couper, sur l’image antérieure, la région ombilicale par son travers, nous avons rencontré précisément l’image de l’ombilic.
Nous ne cherchions pas du tout cette image, parce que nous ne l’avions pas, jusque-là, reconnue sur les photographies. Après quoi, nous avons fait réduire notre croquis, afin de le ramener à l’échelle de nos planches en héliogravure.
Il restait à nous assurer si la longueur des jambes était bien normale. On sait que, chez un homme debout, la distance qui sépare du sol l’axe de. la rotule est égale à deux longueurs de tête. J’ai mesuré la dimension de la tête en doublant la distance qui sépare l’angle interne de l’œil du bord inférieur du menton.
Sur les photographies de M. Pia, cette longueur est de 1,7 cm à 1,8cm . Le double est de 3,5cm, ce qui nous donne la longueur de la tête. En doublant encore, je trouve 7 centimètres. Or, de l’axe de la rotule gauche, jusqu’au niveau qu’occuperait la voûte plantaire, si l’on ramenait le pied sur une perpendiculaire à l’axe du corps, il y a environ 7,2cm. La longueur de la jambe est donc absolument correcte (1).
En effectuant les calculs nécessaires pour évaluer la longueur totale du corps en fonction de la tête, nous trouvons que la tête devait être contenue environ 7,2 fois dans la longueur totale. Mais ces calculs n’ont pas une précision suffisante pour que nous insistions sur ce résultat. Une légère incertitude se glisse en effet dans la mesure de la tête, et une erreur d’un demi-millimètre, à l’échelle des photographies de M. Pia, modifie sensiblement le résultat final. En pareil cas, l’œil est le juge le plus sûr : il suffit d’être habitué au dessin pour estimer que le corps reproduit sur le Suaire est parfaitement proportionné.
Malgré le vague des contours et les déformations, par excès ou par défaut, qui résultent des rapports variables établis entre le corps et le Suaire dans les différentes régions, on peut même dire que les images ont une véritable noblesse. Lorsqu’on regarde, sur le négatif de M. Pia, l’empreinte dorsale placée debout, il n’est pas besoin d’avoir une imagination très puissante, pour se figurer qu’on a sous les yeux une statue solidement modelée, vue dans une demi-obscurité: on se prend à croire qu’il va suffire d’augmenter un peu l’intensité de l’éclairage, pour que la statue apparaisse en pleine lumière, avec une complète réalité. C’est par ce mot de réalité que nous désirons terminer ce long chapitre.
(1) Sur mon propre corps, de l’axe de la rotule au sol, quand je suis debout, la distance est de 48 centimètres, soit deux têtes. Si j’allonge fortement le pied, de façon à faire remonter le talon jusqu’au niveau de la cheville, je raccourcis cette distance de 6 centimètres. On voit donc que le talon, sur notre image dorsale, est très sensiblement remonté. Des personnes qui n’avaient pas fait attention à la position allongée du pied, révélée par le soulèvement considérable du tendon d’Achille, avaient cru que le talon était trop rapproché du genou: il est en effet plus haut que si le pied était placé à la façon de celui d’un homme debout, mais il n’est pas plus haut qu’il ne doit être, étant donnée la position du corps
Nous avons peu à peu écarté toutes les hypothèses satellites; nous avons précisé les termes du problème et nous avons fait connaître les caractères physiques des images. Voudrait-on réduire la question à la simple solution d’un dilemme? Nous serions alors en droit de la considérer comme tranchée : non, nous ne sommes pas en présence d’une peinture; oui, nous avons sous les yeux des empreintes véritables, soumises aux exigences impérieuses de la loi des distances. L’accord nous a semblé parfait, au travers des complexités d’un problème dont nous avons vu les éléments varier sans cesse; c’est pourquoi nous n’hésitons pas à affirmer que les images de Turin sont réellement l’expression d’un phénomène naturel. Mais ce phénomène, quelles ont été les conditions chimiques, physiologiques ou historiques de sa réalisation?