
Plan de l’église du Saint-Sépulcre selon la description de l’évêque Arculfe
(Vienne, Bibliothèque nationale autrichienne, cod. 458, IXe siècle)
Le récit attribué à l’évêque Arculfe rapporte son voyage en Terre sainte au VIIᵉ siècle et décrit les Lieux saints de Jérusalem, notamment l’église du Saint-Sépulcre, ainsi que certaines reliques liées à la sépulture du Christ.

L’evêque Arculfe est une figure singulière du VIIᵉ siècle, connue exclusivement par le témoignage indirect que rapporte l’abbé Adomnan d’Iona dans son traité De locis sanctis, rédigé entre 679 et 688.
est Présenté comme un évêque franc ayant séjourné environ neuf mois à Jérusalem, Arculfe est donné par Adomnan comme un témoin oculaire fiable des Lieux saints. Son récit revêt une importance particulière pour l’histoire du Saint Suaire en ce qu’il évoque explicitement, à l’intérieur de l’église du Saint-Sépulcre, la présence d’un linge sépulcral associé au Christ.

Dessin de Jérusalem selon le récit d’Arculfe, publié dans De locis sanctis.
Ce témoignage s’inscrit dans le cadre monumental issu de la fondation constantinienne : l’église du Saint-Sépulcre fut édifiée après 325 sur l’initiative de Constantin Ier, à l’emplacement supposé du tombeau du Christ.
Le récit attribué à Arculfe attesterait ainsi qu’au VIIᵉ siècle, la tradition d’un linge funéraire conservé ou montré à Jérusalem était déjà établie, bien avant l’apparition documentée du Saint Suaire de Turin en Occident.

Le Saint-Sépulcre de Jérusalem au VIIè siècle d’après la description faite par Arculfe, copie dans le manuscrit Zurich, Ms. Rh. 73, Île de Reichenau, saec. IXmed., fol. 5r (le plus ancien plan d’architecture connu). 1
Cette mention constitue l’un des jalons textuels anciens régulièrement mobilisés dans les débats sur l’existence, la nature et la pluralité des linges de la Passion (sudarium et sindon).
Le Vicomte de Gourgues a produit une analyse très détaillée de ce récit dont il démontre la fiabilité documentaire toujours reproduit alors que des pélèrins faisaient régulièrement le pélerinage à Jérusalem et qu’il a été fort en usage. 2

Plan des églises de la Résurrection ou du Saint-Sépulcre, du Golgotha, de Sainte-Marie, et de Constantin, tracé sar une tablette de cire, au septième siècle, par Arculfe 3
A. Oratoire rond. — B. Sépulcre du Seigneur. — C. autels. — D. autels. — E. Eglise. — F. Eglise du Golgotha. — G. Emplacement de l’autel d’Abraham. — H. Endroit où fut trouvée sous terre la croix du Seigneur, avec celles des deux larrons. — I. Table de bois. — K. petite enceinte dans laquelle brûlent jour et nuit des lames. — L. Eglise de Sainte-Marie. — M. Basilique de Constantin, un des Martyrs. — N. Chaise et Calice du Seigneur.
Dominicum habetur sepulcrum, subjecta declarat pictura ( pag. seq. ), necnon et trium aliarum figuras ecclesiarum, de quibus inferius intimabitur.
A Tegurium rotundum. B Sepulcrum Domini. C Altaria dualia. D Altaria. E Ecclesia. F Golgothana ecclesia. G In loco altaris Abraham. H In quo loco crux Dominica cum binis latronum crucibus sub terra reperta est. I Mensa lignea. K Plateola, in qua die ac nocte lampades ardent. L Sanctae Mariae ecclesia. M Constantiniana basilica, hoc est martyrium. N Exedra cum calice Domini.
Références :
- Adomnán d’Iona (vers 624–704). (s. d.). De locis sanctis [Des lieux saints, d’après le témoignage d’Arculfe, évêque franc du VIIᵉ siècle]. 4 Remacle. https://www.remacle.org/bloodwolf/historiens/adamnan/lieuxsaints.htm
- Charton, É. (1854). Voyageurs anciens et modernes, ou choix des relations de voyages les plus intéressantes et les plus instructives, depuis le cinquième siècle avant Jésus-Christ jusqu’au dix-neuvième siècle, avec biographies, notes et indications iconographiques (Tome 1, Voyageurs anciens). Paris : Aux bureaux du Magasin pittoresque.
- Migne, J.-P. (Éd.). (1844–1864). Patrologiae cursus completus, series latina (Vol. 88, col. 779–814). Paris : J.-P. Migne. ( Patrologia Latina)
- Meehan, D. (Éd. & Trad.). (1958). Adamnan’s De locis sanctis (texte critique de L. Bieler). Scriptores Latini Hiberniae, 3. Dublin : The Dublin Institute for Advanced Studies. ( Édition critique et traduction anglaise)
- Bieler, L. (Éd.). (1965). Adamnani De locis sanctis. In Itineraria et alia geographica (Corpus Christianorum, Series Latina, 175, pp. 175–234). Turnhout : Brepols. (Édition critique (Corpus Christianorum)
- Arculfe, & Adomnán d’Iona (vers 624–704). (vers 690). Saint-Sépulcre de Jérusalem : plan d’Arculfe [Manuscrit, plan architectural, copie du IXᵉ siècle, Ms. Zurich, Rh. 73, fol. 5r]. Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Saint-S%C3%A9pulcre_(plan_d%27Arculfe).jpg [↩]
- cf. de Gourgues, A. J. D. (1868). Le Saint-Suaire, suivi d’un essai sur les pèlerinages à Jérusalem avant les Croisades (en collaboration avec M. Martial Delpit). Jean Bounet, Paris, France [↩]
- reproduit de Charton, É. (1854). Voyageurs anciens et modernes, ou choix des relations de voyages les plus intéressantes et les plus instructives, depuis le cinquième siècle avant Jésus-Christ jusqu’au dix-neuvième siècle, avec biographies, notes et indications iconographiques (Tome 1, Voyageurs anciens). Paris : Aux bureaux du Magasin pittoresque. [↩]
- 679 est l’année où Adomnan devint abbé du monastère d’Iona, 688 l’année où il offrit son De locis sanctis au roi Aldfrith de Northumbrie, qui, selon Bède le Vénérable, en assura la diffusion. [↩]