Le Saint Suaire de Besançon
( Effigie de Pélerinage trouvé à Paris – Pont au Change – 1855 )
Forgeais, Arthur (1822-1878).
1865
Forgeais, A. (1865). Le Saint Suaire de Besançon : effigie de pèlerinage trouvée à Paris (Pont-au-Change), 1855. in Forgeais, A. (1862–1866). Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine et recueillis par Arthur Forgeais. Quatrième série : Imagerie religieuse, pp 105-108
Avertissement : L’auteur, Arthur Forgeais (1822-1878). antiquaire et érudit parisien, spécialisé dans les objets de piété populaire et les effigies anciennes. interprète l’effigie dans le contexte des années 1865 en France, c’est à dire avec des sources en langue française qui font plus référence au Saint Suaire de Besançon qu’au Saint Suaire de Turin. Ce qui explique sans doute bien des interprétations qu’il avance ici. La datation qu’il propose repose sur les armoiries de la famille de Vergy, alors qu’il peine à reconnaitre celles de la famille de
LE SAINT SUAIRE DE BESANÇON

Représentation d’un tombeau, ou peut-être d’un autel. La table de l’autel (supposé que c’en soit un) présente l’aspect d’une natte ou d’une étoffe rayée, sur laquelle semblent être deux personnages nus, les têtes affrontées, couchés l’un sur le dos, l’autre sur le ventre ; ils paraissent attachés tous les deux par les pieds et par la ceinture. Mais un peu de réflexion fera reconnaître les traces antérieure et postérieure du corps ensanglanté de Jésus-Christ, qu’on avait enveloppé (dans le linceul) replié de la tête aux pieds. Le devant de l’autel est orné de diverses figures.
Au milieu, dans un grand cercle, est placé un tombeau (creusé en manière d’auge) sans couvercle, d’où sort une croix au pied long, dont le fût est chargé d’une couronne cordée (en fleurs ou en épines), et dont la partie supérieure s’étend hors du cercle qui entoure le petit tombeau.
Cette représentation centrale est flanquée de deux écus triangulaires, chargés l’un de trois écussons, l’autre de trois quintefeuilles et d’une bordure.
Ce dernier écusson est aux armes de Vergy, qui étaient de gueules à trois quintefeuilles d’or, deux en chef et une en pointe, ou de gueules à trois quintefeuilles d’or, posées 2 et 1. Ces armes pourraient indiquer que l’enseigne a été faite du temps de l’archevêque de Besançon, Guillaume de Vergy, que je trouve cité en 1377 et en 1380 dans le Traité des monnaies des prélats et barons de France de Duby 1 Entre les écussons et le petit tombeau sont placés deux fouets à double mèche, renversés.
Derrière l’autel, on aperçoit encore les torses de deux personnages sur la poitrine desquels se croise l’étole. C’étaient donc des prêtres, comme celui que nous avons vu ailleurs présentant le chef de saint Jean-Baptiste à la vénération des Picards (t. II, p. 90-97).
Ce petit monument du XIVᵉ siècle (peut-être, mais je ne voudrais pourtant pas l’affirmer) est mutilé, ce qui en rend la description incomplète et moins facile ; il a été trouvé au pont au Change en 1855.
On conservait autrefois, dans l’église cathédrale de Besançon, un saint suaire qui attirait tous les ans, le jour de Pâques et le dimanche de l’Ascension, un nombre considérable de pèlerins. À cette occasion, on le montrait au peuple avec beaucoup de précaution. De peur qu’un excès de zèle ne portât quelque indiscret à se jeter sur une si précieuse relique, on ne l’exposait, ces deux jours-là, que du haut d’une galerie extérieure. Ce que j’ai indiqué comme un autel pourrait donc bien n’être que la galerie élevée où le saint suaire se déployait devant la multitude accourue pour vénérer cette insigne relique ; et les ornements que je signalais comme décorant le devant d’autel ne figureraient alors qu’une garniture jetée sur cette espèce de balcon pour indiquer l’objet et l’époque de la solennité.
Je pense m’être assez prononcé jusqu’à présent, dans un cas semblable à celui-ci, pour qu’on ne s’attende pas à me voir mettre aux prises ici les Périgourdins (de Cadouin), les Comtois et les Savoyards ou les Piémontais, au sujet de leurs droits à la possession du vrai linceul (ou suaire) de Notre-Seigneur. L’érudition et le patriotisme de Jean – Jacques Chifflet 2 . ne l’empêchaient point de reconnaître que l’on pouvait, hors de la Franche-Comté, élever des prétentions raisonnables à la possession de reliques aussi vénérables que celles dont ses concitoyens se vantaient.
C’était réellement, comme on le voit sur notre plomb et sur maintes gravures, un linceul de grande dimension. Cependant, les reproductions anciennes les plus autorisées ne donnent pas lieu de croire que l’on montrât en Franche-Comté l’empreinte postérieure du cadavre de l’Homme-Dieu. À Turin, ce sont les deux faces, telles que les donne notre plomb comtois du XIVᵉ siècle.
À quels titres et depuis quand ? Ce n’est pas l’objet de mon travail, qui a bien assez à faire avec l’indication des monuments, sans se jeter dans les difficultés de la critique. Je l’ai dit, du reste, et je m’y tiens obstinément, pour ne point dépasser les limites raisonnables de mes recherches, qui sont suffisamment embarrassantes. Veut-on faire mieux ? On peut se donner carrière ; mon petit domaine est plus humble, et je m’y tiens sans céder aux entraînements d’une érudition querelleuse, laquelle n’est ni de mon goût ni à ma mesure. Cela soit dit une fois pour toutes, quoique je l’aie suffisamment donné à entendre dans l’occasion ; et je ne dis pas que je n’y reviendrai point, le cas échéant, tant est arrêtée ma détermination de fixer des limites où je prétends me circonscrire. D’autres dépasseront, s’ils le trouvent bon, cet horizon modeste ; voilà ma ligne, à laquelle je m’arrête. Il n’est certainement pas impossible de pousser au-delà, mais tel est décidément le plan que je me suis tracé. Qui veut davantage peut s’en charger ; pour moi, j’ai dit ce que j’entendais faire et ne m’engage à rien de plus. Que l’on veuille bien s’en référer, ne fût-ce que dans ce volume, à la profession de foi que je faisais page 100.
— Notes —
- Note de l’auteur : Mais Besançon eut un autre archevêque du même nom, Antoine de Vergy, qui fut guéri par le saint suaire, en 1541, d’un grave danger de mort subite. Le souvenir de cette faveur était rappelé par sa statue agenouillée dans la chapelle. En outre, un laïque de la même famille donna, en 1621, une lampe d’argent qui devait brûler sans cesse devant la relique. On voit qu’il y a de quoi choisir, selon que l’on se sera fait un avis sur l’époque un peu flottante de notre plomb. [↩]
- Note de l’auteur : cf Jean – Jacques Chifflet ( 1624 ) De Linteis Sepulchralibus Christi, Antverpiae, 1624 [↩]

