Le Saint Suaire, photographie mystérieuse

Le Saint Suaire, photographie mystérieuse

Leon Vidal

15 septembre 1898

Vidal, L. (1898, 15 septembre). Le saint suaire, photographie mystérieuse. Le Moniteur de la photographie, 2e série, 5(18), pp 273-274 et 285–287

Avettissement :

les informations données ici doivent être étudiées avec prudence. Il s’agit d’une retranscription d’informations publiées par d’autres. Il y a également une déclaration douteuse notamment  » les plaques ont été préparées d’après une méthode inventée par M. Pia pour les rendre plus sensibles à la couleur jaunâtre du linceul  » alors que Secondo Pia a déclaré avoir utilisé un filtre jaune pâle. L’article de l’Osservatore Romano que nous recherchons en vain actuellement permettrait de mieux comprendre. S.B. ( Avril 2026)

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CHRONIQUE

Nous publions plus loin un intéressant extrait de la correspondance d’Autriche publiée dans le Bulletin du Photo-Club de Paris.

Le fait en lui-même ne saurait être commenté par nous puisque nous ne connaissons ni le saint Suaire de Turin, ni le cliché photographique qu’en a obtenu M. Secondo Pia.

Nous nous bornons à prendre acte des assertions de l’Osservatore Romano, pour mettre le public en garde contre cette nouvelle application de la photographie à la reconstitution des légendes sacrées, par suite d’un pouvoir mystérieux qui confine de très près à la photographie spirite.

Pour peu que la croyance à ce pouvoir spécial vienne à s’accréditer davantage, on peut s’attendre à de bien autres miracles que celui dont il est question.

Dans le cas actuel, on peut encore admettre la reproduction d’une image jadis dessinée ou peinte sur ledit suaire. Mais on ne s’en tiendra pas là, à coup sûr, et il serait bon de couper dès maintenant la queue de pareils canards pour éviter qu’ils ne fassent des petits.

Il y a mieux à faire avec la photographie, que de l’employer au profit d’œuvres mystérieuses et de la rendre inséparable de tous les miracles et autres intrigues de l’avenir.

Il eût été vraiment surprenant que, dans la malheureuse affaire Dreyfus, elle n’eût pas été appelée à jouer un rôle, nous ne disons pas dans quel sens.

Il était si facile de faire représenter par ce témoin irrécusable, en personne et en action, certains des personnages incriminés.

On n’y a presque pas songé, heureusement ; mais rien n’étant encore terminé, nous ne nous montrerions pas étonnés le jour où l’on nous servirait de nombreuses preuves photographiques.

Léon Vidal.


2) Le saint suaire, photographie mystérieuse

Le saint suaire, photographie mystérieuse (1)

(1) Extrait de la Correspondance d’Autriche du Photo-Club de Paris.

Depuis quelques jours on s’occupe ici du cas extraordinaire auquel les gazettes romaines consacrent d’énormes notices. On sait qu’il s’agit d’une photographie du saint suaire obtenue au moyen de la lumière électrique, laquelle photographie, prise dans le dôme de Turin, durant l’exposition de la précieuse relique, montre le corps du Sauveur. Le cliché a été exécuté, avec l’autorisation du roi Umberto, par M. Secondo Pia, avocat, membre du comité des monuments religieux. M. Pia, amateur distingué, avait commencé par préparer son négatif au moyen de certains agents chimiques non autrement spécifiés, puis, ayant dirigé sur la plaque de puissants réflecteurs électriques (!!), il vit bientôt apparaître le visage, les mains et les jambes du Christ. Le correspondant romain de la Nouvelle Presse libre télégraphie à ce journal que la photographie montre parfaitement la face et les mains, et qu’elle accuse nettement la forme du corps.

D’après la tradition, il santissimo sudario serait le linceul même dans lequel Joseph d’Arimathie enveloppa le Christ, descendu de la croix. La relique est conservée dans la « capella del Santissimo Sudario » attenante au dôme de Turin, et qui, autrefois, servit de crypte aux ducs de Savoie. Elle est précieusement enfermée dans une urne placée sur le maître-autel ; la même tradition assure qu’au temps des croisades, le linceul fut apporté de Terre-Sainte jusqu’en Italie.

L’Osservatore Romano, en rendant compte du cas extraordinaire, semble dire que la photographie prise par M. Pia fait reconnaître une image non visible sur le linceul même. Mais les ecclésiastiques de Vienne, plus prudents que certains rédacteurs du journal romain, se montrent réservés en cette matière.

Monsignor Marschall, chanoine capitulaire de l’Église Votive de Vienne, fait observer qu’il a vu en Italie, il y a de longues années, des estampes du saint suaire, indiquant les contours d’un corps. Les dernières publications illustrées de Londres contiennent une esquisse faite sur place d’après un tableau représentant l’adoration de la santa sidone (saint suaire) exposée sur un autel. Là on distingue dans le linceul tendu sur un châssis, deux impressions assez foncées d’un corps humain qui se rejoignent au vertex, comme si elles provenaient du thorax et de la colonne vertébrale d’un cadavre qui aurait été enveloppé dans ce linceul.

Un photographe de Vienne, consulté sur la question, répond qu’on ne saurait émettre un avis avant d’avoir sous les yeux une des épreuves de M. Pia et avant d’être fixé exactement sur la méthode suivie par cet amateur. Il faudrait également être renseigné sur les aptitudes et les connaissances scientifiques du susdit photographe romain. De plus, il y aurait intérêt à obtenir plusieurs négatifs du même objet. On verrait alors si le phénomène constaté sur le premier cliché de M. Pia se reproduit sur les autres plaques, et, dans ce cas seulement, on pourrait conclure qu’il ne s’agit point d’une image née fortuitement, ni d’une illusion optique. Tous les photographes tant soit peu experts savent que les clichés de beaucoup d’objets révèlent des détails que l’œil n’a pu apercevoir sur l’objet même : tel est notamment le cas pour les vieux parchemins dont la reproduction accuse souvent très clairement des passages effacés ou enlevés au grattoir. On pourrait donc admettre que, sur ce linceul, on aura peint, à une époque fort reculée, le corps du Christ avec les couleurs du temps, ou qu’on aura tracé les contours avec une matière tinctoriale, de manière que, dans le cours des siècles, la peinture ou le tracé a pu pâlir pour reparaître plus distinctement dans la reproduction photographique.

Tout cela est assez vague et n’éclaircit guère le mystère du suaire impressionné. Et ce qui rend encore plus suspect le phénomène reproduit par M. Pia, c’est que le linceul de Turin n’est pas le seul qui passe pour être authentique. Je me rappelle avoir vu à Besançon, dans l’abside de la cathédrale de Saint-Jean, la célèbre chapelle du Saint-Suaire, qui renferme, dit-on, une pièce de lin d’environ 2m50 de long sur 1m25 de large. Les deux côtés de l’étoffe montrent l’image de Jésus-Christ au tombeau.

Et je crois que les cathédrales de Toulouse, de Milan, de Cologne, de Compiègne et d’autres édifices religieux du continent, revendiquent également l’honneur d’abriter le vrai et authentique linceul du Sauveur. Cette multiplicité d’étoffes s’explique simplement par ce fait que, de tous temps, on a conservé dans les églises des linges sur lesquels était empreinte la figure de Jésus-Christ. L’abbé Bergier, au siècle dernier, a constaté la chose, sans pourtant nous renseigner sur les procédés techniques employés pour obtenir l’empreinte dont il s’agit.

J’ai bien peur que le travail photographique de M. l’avocat Pia n’aboutisse à un bien maigre résultat.

En attendant qu’on sache à quoi s’en tenir sur ce point, l’Osservatore Romano a cru devoir publier un rapport spécial. Nous y trouvons la description du procédé suivi par M. Pia. Tout d’abord, dit le rapport, on a fait acquisition d’appareils de haute précision, et les plaques ont été préparées d’après une méthode inventée par M. Pia pour les rendre plus sensibles à la couleur jaunâtre du linceul. Malgré ces préparatifs méticuleux, le premier a échoué par suite de l’oscillation des réflecteurs électriques employés pour éclairer l’étoffe. M. Pia recommença l’essai et voici ce qu’on observa.

« On sait que les traces de sang du saint suaire, examinées directement, montrent le corps du Seigneur en double, parce que ce corps fut couché sur une face du linceul et que l’autre bout de l’étoffe fut passé par-dessus la tête et étendu jusqu’aux pieds, de manière que l’impression sanglante demeura au-dessous et au-dessus du corps. Quelque pâlie que soit la trace, elle est pourtant encore assez distincte et suffisamment claire, tout en n’indiquant que les contours. On sait depuis longtemps que les négatifs photographiques retournent les couleurs, c’est-à-dire qu’ils laisseraient en blanc les lignes marquées par le sang et montreraient en noir les places où l’étoffe n’a point d’empreinte. Mais on admettait en même temps que ce renversement conserverait le caractère indécis des lignes de l’original. Au lieu de cela, le développement de la plaque révéla quelque chose d’absolument inattendu. On vit apparaître le dessin parfait et complet de la sainte face, des mains et des jambes comme si le Sauveur n’eût point été enveloppé du linceul. Donc le saint suaire offrit un négatif exact, quoique méconnaissable en apparence, du corps saignant qui y avait été déposé. »

Le rédacteur de l’Osservatore Romano, qui a vu le négatif chez M. Pia, termine son rapport par ses mots : « Nous avons contemplé les traits du Sauveur et nous sommes les premiers à qui il ait été donné de les apercevoir après dix-neuf siècles, car personne n’aurait osé concevoir une pareille espérance. »

La Nouvelle Presse libre de Vienne, qui s’occupe de l’événement, assure que les archéologues et les savants romains sont d’avis que, sur l’étoffe, venue de Palestine en Italie au temps des croisades, on avait peint une double image du Christ, probablement en style byzantin, et que couleurs et contours de cette peinture se sont graduellement effacés, pour disparaître entièrement au cours des siècles ; la photographie les a rendus au jour. Cette explication fort raisonnable enlève au phénomène une grande partie de son intérêt, et réduit la découverte de M. Pia à des proportions modestes. Toutefois, il faut s’attendre à ce qu’on versera encore beaucoup d’encre sur l’empreinte sacrée retrouvée dans la relique de Turin.

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