Le suaire de Cadouin tel que rapporté par Noël Noguier de Malijay.

Rreproduction en taille réelle du Suaire de Cadouin – fac-similé du tissu fatimide nommé Saint Suaire de Cadouin réalisé depuis 2006 par l’E.N.S.I.S.A (Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs d’Alsace)  avec la  collaboration du L.R.M.H (Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques)  – Cloître de Cadouin. (2026 )

Le suaire de Cadouin tel que rapporté

par Noël Noguier de Malijay. 1928

transcrit par

Dorothy Crispino

1986

Noguier de Malijay, N. (1928). Le suaire de Cadouin. Bulletin du Saint-Suaire, 13, 1er trimestre, 1–21.
présenté et transcrit dans :
Crispino, D. (1986). The cloth of Cadouin as related by Natale Noguier de Malija ∗Le suaire de Cadouin tel que rapporteˊ par Natale Noguier de Malijay. Shroud Spectrum International, (18), 18–19. https://www.shroud.com/pdfs/ssi18part5.pdf

Le suaire de Cadouin tel que rapporté

par Noël Noguier de Malijay.

Dorothy Crispino

1986

Traduction Moniquer Cuer.

Présentation par Dorothy Crispino :

Le numéro 13 du Bulletin du Saint-Suaire, premier trimestre 1928, est entièrement consacré à une étude sur le Saint-Suaire de Cadouin

L’article couvre 21 pages et comprend une bibliographie et deux photographies de la relique. L’auteur, Don Natale Noguier de Malijay, salésien de Don Bosco, a travaillé sans relâche en faveur du Suaire de Turin pendant une trentaine d’années. Une activité énorme qui dépasse ses responsabilités de prêtre et de professeur de sciences : conférences, publications pieuses et scientifiques, diffusion d’images du Suaire et réponses érudites aux savants qui, dans les premières décennies après la photographie de Pia de 1898, se sont élevés en contradiction.

Don Noguier n’a jamais douté qu’un examen scientifique du Suaire de Turin ne démontrerait de manière concluante qu’il était authentique sur tous les points, convaincant ainsi les opposants et mettant fin à toute dissension. C’est dans cet esprit qu’il rédigea un ensemble de propositions pour un examen et alla voir le prince Humbert et les autorités religieuses pour demander l’autorisation d’organiser un tel examen lors de la prochaine exposition. Il ne devait pas assister à l’exposition de 1931 ; il mourut en 1930, un mois après son 69e anniversaire.

En 1925, il lança le Bulletin du Saint-Suaire et le poursuivit malgré toutes les difficultés jusqu’en 1928. Je suis reconnaissant à Don Luigi Fossati, SDB, de m’avoir envoyé toute la collection en photocopie.

Ce qui est présenté ici est un condensé de l’article de Don Noguier ; seul l’extrait du récit d’Arculf tel que publié dans Alcide Caries, Histoire du Saint-Suaire de NSJC (Paris 1875), a été entièrement traduit.

Dans l’obscurité d’archives oubliées – murées comme l’Image d’Edesse et le Drap de Cadouin – les textes anciens et antiques renferment des richesses incalculables. Quand par hasard on en retrouve un, on lit avec étonnement des thèmes récurrents, dont certains remettent en cause certaines théories actuellement admises sur le Suaire de Turin.

Les légendes élaborées autour du Drap de Cadouin sont parallèles à celles inventées autour du Suaire de Turin : il y a l’épreuve du feu, le scellement de la relique dans un mur et la découverte miraculeuse après en avoir perdu toute trace ; il y a les vols de la relique dans les églises en feu. Les documents ultérieurs font état de litiges, d’appels aux rois et aux papes, de miracles, de transferts du Drap dans des châteaux sûrs en temps de guerres diverses. Il y a même l’évêque qui, nouvellement installé, fait descendre le coffre du caveau de l’église et y trouve la relique scellée avec l’histoire de son origine telle que racontée par l’évêque Arculfe.

Après une étude « sévère et détaillée » de tous les documents des archives de Cadouin, l’évêque Jean de Lingendes, en 1643, jugea que ce Drap était bien le sudarium capitis mentionné par saint Jean.

Dans cet article, comme dans d’innombrables documents au fil des siècles, on trouve deux objets spécifiquement nommés comme ayant été utilisés pour l’enterrement du Christ : un suaire et un sindone, un linceul. Deux objets bien distincts. Trois, en fait, parce que Cadouin possédait aussi la Sainte Mentonnière, qui avait été apportée d’Orient avec le fameux Drap et plusieurs autres reliques et vénérée au monastère depuis 1117.

Don Noguier rapporte qu’il ne reste qu’un fragile vestige de la Mentonnière. Malheureusement, dans la langue française, le linceul est encore communément appelé le Saint-Suaire. Suaire vient du latin sudarium, un mouchoir pour essuyer la sueur. De nombreux auteurs, notamment Don Noguier et le Père Paul de Gail, ont insisté pour que le terme ambigu de suaire soit remplacé par le mot linceul (de linteolum, toile de lin), qui est en fait le mot approprié pour désigner un grand drap funéraire.

Don Noguier fait cette distinction dans son article : Le Linceul est le Suaire de Turin, le suaire est la relique de Cadouin. Pour éviter d’utiliser le même mot « suaire » pour traduire à la fois suaire et linceul, j’ai conservé suaire partout où l’auteur l’a utilisé ; et là où il utilise Linceul, il sera traduit par Suaire.

En 1935, dans la bordure décorative du Tissu de Cadouin, une inscription fut identifiée. Écrite en caractères coufiques, une forme d’écriture arabe utilisée du VIIe au XIe siècle, l’inscription nomme le calife égyptien Ali, qui régna de 1094 à 1100. Ainsi sont établis à la fois un terminus a quo et un terminus ad quem pour la fabrication du Tissu. Bien entendu, cette découverte n’était pas connue de Don Noguier lorsqu’il écrivit en 1928.

Noguier de Malijay composa cet article après sa visite à Cadouin le 20 septembre (1927), jour de fête, célébré avec processions et grandes cérémonies. À cette occasion, il fut autorisé à examiner la relique et, comme il était professeur de physique, de chimie et de sciences naturelles, il aurait pris soin d’en donner une description précise.

[ Dorothy Crispino ]

Le suaire de Cadouin tel que rapporté

par Noël Noguier de Malija

( abrégé par Dorothy Crispino )

Description de la relique

Le suaire de Cadouin est une toile de lin fin, un peu jaunie par le temps, tissée régulièrement, à environ trois fils par millimètre. Elle mesure 2,81 m de long, 1,24 m de large, avec lisière sur les deux côtés ; elle est cousue sur un support de velours rouge. A chaque extrémité, on voit deux bandes décoratives de diverses couleurs ; l’une de fleurs, l’autre de médaillons entrelacés.

Le vicomte de Gourgues écrit que l’ouvrage semble d’origine orientale : « Il a été impossible de déterminer le mode de fabrication des bandes décoratives. Elles sont aussi nettes, aussi soignées, sur le dessous que sur le dessus. Sur le dessous, il n’y a pas de nœuds, pas de traces de fils coupés. Il est évident que ce ne sont pas des broderies ; elles sont tissées dans le tissu et ne présentent aucun relief.  » 1 Une pieuse tradition veut que la Sainte Vierge elle-même ait tissé cette toile en vue de l’enterrement de Jésus.

Au Temple, les jeunes vierges étaient employées à la confection des vêtements sacerdotaux. Connaissant par un privilège spécial ce qui allait arriver à son divin Fils, il est tout naturel que la Vierge Marie elle-même ait préparé à l’avance ce précieux lin qui devait servir de sudarium capitis, le suaire de la tête, qui dans les sépultures orientales était souvent préparé à l’avance et richement brodé.

Le Saint-Suaire de Cadouin n’a pu être réalisé que par des mains extrêmement habiles ; c’est un ouvrage d’une délicatesse exquise et inouïe.

Le vicomte Gourgue assista à Paris, en 1867, au déballage d’une momie égyptienne, prêtre thébain d’une dizaine de siècles avant Jésus-Christ. Un grand drap rouge fut plié autour du corps, puis un système de bandelettes, serré 176 fois autour de la momie.

« Alors le démonstrateur s’arrêta et annonça qu’il allait maintenant retirer le morceau appelé suaire. Il reposait sur le haut du corps, allant des genoux jusqu’au visage qu’il couvrait ; puis il était replié sur la tête et attaché. J’ai remarqué qu’aux deux extrémités il était décoré d’une bordure de franges. »

Il n’est donc pas étonnant qu’un grand nombre de linges aient été disponibles pour l’enterrement de Notre-Seigneur. Le grand linceul acheté par Joseph d’Arimathie est notre linceul de Turin ; quant au sudarium capitis, il aurait été placé sur le dessus du linceul, de la tête aux genoux.

Les autres linges n’ont pas été utilisés lors de l’enterrement préliminaire, car le lavage et l’onction rituels n’avaient pas été faits ; mais ils étaient placés comme coussins pour soutenir la tête et d’autres parties du corps, de manière à enfermer le corps sous le Linceul et le suaire.

Saint Jean raconte qu’il vit les linges couchés à plat et le suaire qui avait couvert la tête de Jésus non avec les autres linges, mais plié dans un endroit à part.

Ce suaire est évidemment le Saint-Suaire de Cadouin.

Plusieurs auteurs ont compris les paroles de Jean, qui étaient au-dessus de sa tête, comme signifiant le Suaire de Turin, car on pouvait aussi les appliquer au Suaire. Il me semble plus plausible que l’évangéliste ait réellement désigné les linges funéraires par leur véritable nom. Dans ce cas, il aurait compris le Suaire et les autres linges dans l’othonie, et il aurait remarqué le suaire, comme il le dit, dans un endroit à part.

Dans un guide des pèlerins de Cadouin, on lit : « L’attention respectueuse que les anges eux-mêmes lui donnèrent, par les mains desquels il fut « plié et mis à part », dut le désigner d’une manière spéciale au culte des premiers chrétiens, qui durent très certainement savoir de quelles mains il avait été fait. » Comme le Linceul et les autres linges de la Passion, il dut être gardé d’abord par la Sainte Vierge dans la maison de l’apôtre Jean, puis il passa entre d’autres mains pieuses.

De qui ? Hélas ! aucun document ne nous le renseigne. Il faut remonter au VIIe siècle, lorsque saint Adamnan écrivit le rapport que lui dicta Arculfe. Arculfe raconta à Adamnan qu’au cours de son pèlerinage à Jérusalem il avait vu et vénéré la sainte relique dans la grande église où elle était conservée et qui avait été bâtie en son honneur. Et d’après les témoignages qu’il recueillit sur les lieux, il fit le récit suivant. Nous le transcrivons d’après l’excellent petit livre du P. Carles, Histoire du Saint-Suaire de NSJC.

L’Histoire

« Après l’Ascension du Fils de Dieu, un Juif, converti à la foi chrétienne, eut le Suaire de la tête de Notre Seigneur Jésus-Christ et le garda longtemps. Étant sur le point de mourir, il dit à ses enfants : « Mes enfants, qui d’entre vous voudrait garder fidèlement le Suaire du Seigneur ? » A ces paroles, le fils aîné, héritier des biens du père, prit le Suaire et le vendit à son frère. O prodige ! Dès ce jour, ses richesses commencèrent à diminuer et après plusieurs malheurs il perdit tout.

L’autre fils, au contraire, heureux d’avoir préféré le Suaire de Notre-Seigneur aux richesses paternelles, du moment qu’il avait acquis le Suaire de la main de son frère, devint, par la faveur divine, très riche en biens temporels, sans être privé des biens célestes. Ses fidèles descendants le gardèrent jusqu’à la cinquième génération ; mais alors, comme il n’y avait plus d’héritiers, le Saint-Suaire passa aux mains des Juifs infidèles ; ceux-ci, quoique indignes du trésor, l’ayant conservé avec honneur, devinrent à leur tour riches et opulents. Or les Juifs fidèles, apprenant ces choses, commencèrent à disputer avec les infidèles au sujet du Suaire et employèrent toutes sortes de moyens pour s’en emparer.

« Cette querelle divisa les habitants de Jérusalem en deux partis : les fidèles et les infidèles. Tous ensemble, ils allèrent trouver le roi des Sarrasins, qui s’appelait Mahuvias (fondateur de la dynastie des califes omeyyades ; il régna de 661 à 680).

Mahuvias dit aux infidèles : « Donnez-moi le Suaire sacré que vous possédez ». Ils obéirent aussitôt. Le roi, le recevant avec respect devant tout le peuple assemblé, ordonna qu’on allume un grand bûcher. Puis, s’approchant du feu, il dit aux deux partis : « Que le Christ, dont on dit qu’il est mort pour le genre humain et qu’il a eu sur sa tête et sur son corps ce Suaire que je tiens et qui est un sujet de dispute entre vous, soit juge et qu’il désigne par les flammes de ce feu quel parti en héritera ».

En même temps, il jeta le saint Suaire dans le bûcher. Le feu fut impuissant à le toucher ; il s’éleva au-dessus des flammes à une grande hauteur et après s’être arrêté un peu entre les deux partis, il tomba enfin, par la permission divine, à côté des chrétiens. Ceux-ci, levant les mains au ciel, rendirent grâces à Dieu, et la tête inclinée reçurent le Suaire du Seigneur avec un profond respect. Ils le portèrent ensuite à Jérusalem, en chantant des hymnes de louange et le déposèrent dans le trésor de l’église. Notre frère Arculfe le vit, le baisa et lui rendit hommage. Il a huit pieds de long.

Le récit d’Albéric

Ce qui arriva ensuite au saint-Suaire nous est raconté par un moine de Trois-Fontaines, Albéric, mais son récit ne commence qu’à l’époque des croisades et nous ne savons rien de toutes les années qui suivirent. Cependant, tout porte à croire qu’une forte tradition s’en est conservée, car le suaire fut reconnu sans hésitation lorsqu’il fut retrouvé au siège d’Antioche.

En 1098, après la prise d’Antioche, l’illustre prélat-chevalier Adhémar de Monteil, évêque du Puy, légat du XVIIe Saint-Siège à la première croisade, entreprit la reconstruction de l’église de la ville, profanée par les Turcs. Caché dans l’épaisseur d’un mur, il découvrit le suaire dans son lieu de cachette oublié. Il comptait le rapporter en France pour sa cathédrale du Puy, mais il fut victime de ces maladies qui décimèrent l’armée des croisés plus encore que les cimeterres des infidèles. Mourant, il confia le suaire à l’un des chapelains de sa suite.

Ce chapelain s’embarqua pour la France, accompagné d’un humble prêtre du Périgord, mais voilà que le chapelain, devant une mort imminente, confia le précieux linge, renfermé avec son histoire dans un coffret de plomb, à son compagnon de voyage. Celui-ci, n’ayant pas réussi à le faire accepter au chapitre du Puy (on craignait sans doute une fraude), le cacha dans l’humble église de Brunet, son village natal, sur la commune de Cussac.

Mais il était absent quand, en 1117, un incendie détruisit l’église sans toutefois toucher à la relique. A cette nouvelle, quelques-uns des moines qui étaient à Cadouin coururent chez Brunet et, prenant le coffret contenant le saint-Suaire, ils le transportèrent dans leur couvent. Lorsque le prêtre revint, il alla reprendre son trésor mais les moines, protestant qu’ils l’avaient sauvé au péril de leur vie, refusèrent de le rendre. Alors, pour ne pas être séparé de son trésor, le prêtre demanda l’habit religieux. Il vécut une vie sainte au monastère et mourut dans la vénération de tous. Il fut enterré sous le pavé de la chapelle Sainte-Madeleine.

Tels sont les récits des deux religieux, Arculfe et Albéric, qui constituent l’histoire du saint-Suaire de Cadouin aux premiers siècles. Ces récits furent écrits sur un parchemin, encadré sous verre, qui fut déposé dans l’église de Cadouin en 1135. Les parties essentielles de l’histoire furent gravées sur une plaque de cuivre. Tous ces documents ont malheureusement disparu dans la tourmente.

Le « supplice » est bien sûr la Révolution française. De là, l’auteur retrace l’histoire ultérieure du drap de Cadouin, la ramenant jusqu’à son époque. Il est étrange qu’à l’époque de Don Noguier, lorsque les controverses commencèrent à faire rage contre le Suaire de Turin, personne ne voyait de raison de remettre en cause la tradition vieille de 800 ans selon laquelle le drap de Cadouin avait été utilisé pour l’enterrement du Christ.

* Le canton de Cussac se trouve au sud de la Haute-Vienne ; Cadouin se trouve au sud-est de la Dordogne, non loin de Bergerac. La Haute-Vienne se trouve au-dessus de la frontière nord-est de la Dordogne.

— Notes —
  1. cf. de Gourgues, A. J. D. (1868). Le Saint-Suaire, suivi d’un essai sur les pèlerinages à Jérusalem avant les Croisades (en collaboration avec M. Martial Delpit). Jean Bounet, Paris, France [↩]

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