Les études des savants français sur la Sainte Sindone de Turin – L’Évangile confirmé par la science
Les études des savants français sur la Sainte Sindone de Turin : L’Évangile confirmé par la science. (1902, 25 avril). La Stampa (Turin), pp. 1–2.
Les études des savants français sur la Sainte Sindone de Turin
L’Évangile confirmé par la science
On nous télégraphie de Paris, le 24 avril 1902, à 23 heures :
La Sainte Sindone de Turin continue d’occuper la presse parisienne. Paul Roche, collaborateur du Gaulois, 1 a voulu interviewer Paul Vignon, auteur du rapport lu à l’Académie des sciences.
Vignon est docteur ès sciences naturelles et préparateur auprès du professeur Yves Delage, titulaire de la chaire de biologie à la Sorbonne.
« Je suis très reconnaissant — déclare d’abord Vignon — à mon cher maître Delage d’avoir admirablement présenté ma communication, et à l’Académie de l’avoir accueillie avec une bienveillance remarquable. Je comprends parfaitement qu’elle se soit arrêtée devant la perspective de recherches archéologiques qui ne sont pas de son domaine ; mais j’ai néanmoins l’espoir que, si l’occasion se présente, elle examinera résolument un problème dont l’intérêt scientifique, quel que soit le personnage en cause, est hors de doute. »
L’intervieweur lui demanda alors :
« Pour vous, les images révélées par la photographie du Saint Suaire se sont-elles produites spontanément, en dehors de toute fraude, même pieuse ? »
« Comment en douterais-je ? — répondit Vignon. — Regardez attentivement la photographie : vous y retrouverez les stigmates, c’est-à-dire les traces des blessures du Christ, telles qu’elles apparaissent dans les récits évangéliques.
Les livres saints disent que le Christ fut flagellé, crucifié, couronné d’épines et que son côté fut percé d’un coup de lance. Or les traces de ce quadruple supplice sur son corps, dont la Sainte Sindone de Turin conserve l’empreinte, sont d’une précision et d’une concordance telles, d’un réalisme si conforme aux lois de l’anatomie, et les conditions dans lesquelles l’empreinte s’est produite sont si évidentes, qu’il est impossible d’y reconnaître la main d’un faussaire.
Même si cet imposteur avait été capable d’une telle vérité, il n’aurait pas osé s’écarter des traditions populaires. Il n’aurait pas placé le clou au poignet, comme le montre la Sindone et comme l’exige l’anatomie, mais dans la main, selon la tradition suivie par les artistes.
De plus, quiconque s’est regardé dans un miroir sait qu’il voit à gauche ce qui est à droite. Les peintres ont placé la plaie du côté à droite. Ils avaient raison du point de vue artistique, puisqu’ils faisaient un portrait ; mais la Sindone tient compte de l’inversion de l’image, d’où la plaie à gauche.
Autre raison d’exclure une fraude : le Christ du suaire est nu. Un artiste n’aurait pas osé insister sur cette nudité tout en représentant les stigmates, notamment celles de la flagellation.
Donc, puisque les stigmates désignent le Christ, nous devons conclure logiquement à l’authenticité du saint linceul de Turin.
Cette conviction se renforce encore lorsque j’examine les conditions nécessaires à la formation de l’image.
Avec le commandant René Colson, j’ai constaté que l’empreinte provient de l’action de la sueur fébrile dont le corps du Christ était couvert sous un mélange d’huile et d’aloès utilisé pour la sépulture.
Cette action chimique suppose deux conditions : que le corps n’ait pas été lavé mais oint d’aromates, et qu’il ne soit pas resté assez longtemps dans le linceul pour entrer en décomposition.
Or l’Évangile nous apprend que l’ensevelissement fut fait à la hâte et que le corps n’était plus dans le tombeau dès le lendemain. »
« Donc — demande Roche — votre travail confirme totalement l’Évangile ? »
« — Absolument, — répondit Vignon, — il le complète même ! J’ai parlé des aromates : les livres saints disent qu’ils furent apportés par Joseph d’Arimathie ou par Nicodème, mais ils ne disent pas l’usage qui en fut fait. L’étude de la Sindone nous permet d’établir qu’ils servirent à oindre le corps.
Mais ce qui domine tout le problème, c’est son aspect esthétique ; la physionomie du Christ s’y révèle plus expressive, plus conforme à sa personnalité morale dans l’empreinte de la Sindone que dans tous les portraits qui en ont été faits, même par des artistes immortels. Aucun pinceau n’a rendu, comme ce linceul, l’admirable sérénité du supplicié, supérieure à sa torture, la douceur de la victime qui pardonne à ses bourreaux.
Roche termina en souhaitant que l’Académie des sciences accomplisse une recherche complète de la vérité, en procédant à une enquête à Turin.
— Elle en a le devoir, — dit Roche, — ne fût-ce que pour une question patriotique, puisqu’un corps scientifique italien pourrait reprendre et mener à bien cette étude, qui pour lui serait entièrement nationale.
— Que l’Académie des sciences ne mette pas le pied sur le terrain de sa voisine — l’Académie des inscriptions — et ne s’affirme pas sur celui de l’archéologie, soit ; mais elle ne voudra pas, d’autre part, céder aux conseils de l’obscurantisme manichéen, qui tenta de mettre « sous le boisseau » la lumière divine.
— Notes —- probablement un pseudonyme [↩]