Les expertises de 1969-1976 ont elles contredit les études précédentes ?
dans Observations sur les expertises officielles 1969-1976 de 1977
Numérisé par Monique Cuer
GIUSEPPE CASELLI
LES EXPERTISES DE 1969-1976 ONT-ELLES CONTRADIT LES ÉTUDES PRÉCÉDENTES ?
Note :
Giuseppe Caselli, docteur en médecine et chirurgie, a présenté un rapport lors du congrès de 1939 ainsi qu’une communication à celui de 1950, où, pour la première fois, dans une assemblée de l’UIST (Union internationale pour l’étude du Suaire de Turin), il a fait allusion à un nouveau facteur parmi les causes de la formation des empreintes.
J’ai lu avec un retard considérable le livre La S. Sindone, contenant les résultats des expertises des commissions d’étude nommées dès 1969.

Je dois avouer ma surprise et mon regret d’apprendre que le résultat des recherches hématologiques a donné un résultat complètement négatif quant à la présence d’hémoglobine sur le matériel prélevé des taches de sang. 1
Pour expliquer ce fait, on a déjà pris en compte, en premier lieu, le facteur temps, puis les nombreuses péripéties, manipulations, incendies, etc. Cependant, après de longues réflexions, je suis arrivé à la conviction qu’il pourrait y avoir une autre raison, que je me permets de soumettre aux chercheurs intéressés par ce sujet, dont personne ne saurait ignorer l’importance capitale.
Le 14 avril 1963, après un voyage au Liban, en Syrie et en Jordanie, j’eus le grand plaisir de passer Pâques à Jérusalem. Comme chacun le sait, la ville de David s’élève sur deux collines (Sion et Ophel) à une altitude de 600 à 650 mètres au-dessus du niveau de la mer, dont elle est distante d’environ 60 kilomètres. À l’est, une chaîne de montagnes arides et dénudées, alternant avec des zones désertiques et rocailleuses, la sépare de la mer Morte. Tout cela confère à Jérusalem un climat particulièrement sec. Le ciel d’une clarté merveilleuse permet au rayonnement solaire de se faire pleinement sentir, au point que le blé était déjà récolté en avril.
J’ai voulu mentionner ces caractéristiques climatiques pour souligner que le Corps du Christ, suspendu sur la Croix à midi, a été exposé aux rayons du soleil pendant plusieurs heures dans un climat d’absolue aridité. Le sang des différentes hémorragies, à peine coagulé, a ainsi subi un processus complet de dessiccation. Ayant perdu tout son contenu en eau et en humidité, ce sang, ainsi séché au soleil, ne pouvait en aucun cas imbiber le Suaire ni même y laisser des traces ou des marques, car il n’aurait pu se détacher des blessures, des cheveux, des poils ou des peluches du corps.
L’idée que le Suair) ait été imbibée du Sang de Notre Seigneur était une erreur. Il a dû se produire exactement le contraire.
Le Suaire de Joseph d’Arimathie a été imbibé des infusions aromatiques de Nicodème, utilisées pour l’ensevelissement. Le Corps du Christ a été déposé puis recouvert par cette étoffe, qui avait un degré d’humidité suffisant pour permettre aux coulures de sang en contact avec elle de se dissoudre juste assez pour laisser leur empreinte exacte.
Si l’on admet ce concept, on peut facilement comprendre pourquoi les échantillons de fils prélevés sur les taches de sang étaient colorés uniquement à la surface et que la teinte ne pénétrait pas au-delà de la moitié du fil. La substance colorante de ces demi-fils contenait certainement de l’hémoglobine dans un premier temps, mais après deux mille ans, elle n’est plus chimiquement identifiable. À cela, il faut ajouter les manipulations, les péripéties, les expositions à la fumée des cierges et des torches, la poussière, les brossages, ainsi que la chaleur d’un incendie, des facteurs qui ont pu retirer des substances et en ajouter de nouvelles (page 47).
Ces taches de sang ont permis au médecin de distinguer les hémorragies de sang vif : sur la tête, les bras, les poignets ; de sang écoulé après la mort : au côté, au dos ; et de sang hypostatique, comme le montre la coulée depuis la plaie du clou du pied droit, le long de la plante jusqu’au talon. Les médecins constatent sur ce Corps les blessures, les ecchymoses, les lésions dues à des traumatismes contusifs, ainsi que tous les signes confirmant ce que les études modernes ont établi sur la Passion et la Mort de Notre Seigneur.
En ce qui concerne la formation de l’image de ce Corps, nous restons encore plongés dans le plus grand mystère ; rien de positif ne ressort des expertises. Il [ Les experts ] sembleraient plutôt prêts à admettre un faux pictural. Un décalque sur toile à partir d’une matrice, mais une telle méthode ne peut produire une image négative : les teintes restent identiques, et seule une inversion de la figure est obtenue, où la gauche devient la droite et vice versa. Il n’est pas non plus possible d’accepter l’hypothèse d’un décalque par superposition de la toile sur des cadavres ou des mannequins en plâtre, en argile, en cire, etc. Tous les nombreux essais de ce type ont montré qu’ils ne produisent que des empreintes grossières qui, bien qu’ayant une apparence de négatif, n’ont rien à voir avec les clair-obscurs qui composent le négatif du Suaire.
À la page 88, on peut lire :
« Création d’un grand artiste actif vers la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, qui a utilisé la technique du sfumato léonardesque. » 2
Cet artiste au pinceau habile aurait non seulement réussi à exécuter un parfait négatif, reproduisant sur ce corps de manière anatomique et historiquement exacte les blessures et les hémorragies, mais il aurait également eu la chance extraordinaire d’utiliser un Suaire datant de l’époque de Jésus, sur lequel des pollens de plantes du Jourdain de cette période ont été retrouvés.
Les ducs de Savoie auraient ainsi possédé deux suaires : l’un, celui de Lirey, reçu en don le 22 mars 1452 de Marguerite de Charny, et l’autre, créé quelques décennies plus tard par cet artiste inconnu du style léonardesque. Ce dernier serait passé indubitablement entre leurs mains, car c’est le même qui a subi l’incendie de Chambéry le 4 décembre 1532.
Je suis désormais vieux, mais en 1932, j’ai été parmi les premiers à me rendre à Turin pour voir, admirer, étudier et vénérer les belles photos d’Enrie, si limpides dans leurs merveilleux contrastes. Je reconnais que nous, chercheurs des années 1930 à 1960, imprégnés d’un saint enthousiasme, avons pu être conduits à plusieurs naïvetés (page 66). Mais il faut également admettre qu’aujourd’hui encore, même avec un esprit froid et rationnel, certaines naïvetés continuent d’être écrites.
Personnellement, je peux déclarer que je suis prêt à souscrire aujourd’hui encore à tout ce que j’ai exposé au Congrès de Turin en 1939 dans mon rapport sur les constatations de la médecine moderne concernant le Suaire de Turin, ainsi que dans d’autres travaux publiés dans des journaux et revues. Je n’ai rien à modifier, bien au contraire : en suivant toujours les études historiques et les découvertes archéologiques récentes sur la Passion de Jésus, j’y ai trouvé une parfaite correspondance avec le Suaire de Turin.
Permettez-moi deux dernières considérations.
À l’exception de l’expertise hématologique, j’ai cherché en vain dans le livre la contribution d’un médecin légiste. Étant donné qu’il s’agit de l’image d’un homme présentant des signes évidents de mort violente, il revient aux experts en médecine légale de formuler un jugement définitif.
Une autre lacune : l’absence d’un examen du revers de la toile, qui revêt une grande importance pour les chercheurs. Bien que l’on puisse lire à la page 73 que le Suaire est dépourvu de traces chromatiques au verso, le fait demeure qu’il n’a pas été possible, et par prudence on n’a pas souhaité, le découdre de la toile sous-jacente. La seule photo du revers du Suaire est la n°97 (page 30), mais elle ne couvre qu’une dizaine de centimètres et ne s’étend pas jusqu’à la zone portant la trace de sang du pied.
Je conclus en affirmant que, selon mon avis, les expertises récentes ne compromettent en rien l’authenticité du Suaire.
— Notes —
- Caselli fait référence aux conclusions de Giorgio Frache et Guido Filogamo [↩]
- Il s’agit de GABRIELLI NOEMI , La Sindone nella storia dell’arte, [ Le Suaire dans l’histoire de l’art] pp. 87-92. in Richerche et Studi della Commission di Esperti nominata dell’Arcivescovo di Torino Card. Michele Pellegrino, nel 1969.[↩]