Les phototypes du Sainte-Suaire
La Stampa. (1899, 29 mars). Fototipie della SS. Sindone (p.3). Turin : La Stampa.
Présentation : Dès le 29 Mars 1899, la diffusion des images du Saint Suaire entre dans une ère nouvelle : pour la première fois, les clichés réalisés par Secondo Pia en 1898 sont reproduits et commercialisés à grande échelle sous forme de phototypies, accessibles au public à prix modique. On trouve plusieurs formats et des images autant en négatif qu’en positif …

Techniquement, on comprend l’importance d’une innovation technique majeure : l’usage des procédés d’impression issus de l’autotypie, perfectionnés par les ateliers viennois d’Angerer et Göschl. ( voir plus bas )
Cette technique, fondée sur la décomposition de l’image en trames de points, permettait de restituer avec une fidélité inédite les nuances du négatif photographique — un point crucial dans le cas du Suaire, dont l’image présente précisément des caractéristiques inversées. S.B.

Les phototypies de la Sainte-Suaire.
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Hier ont été mises en vente, au siège situé via Arsenale n° 15, à Turin, les splendides phototypies, en grand et en petit format, tirées de la photographie de la Sainte-Suaire, tant en positif qu’en négatif.

Le travail, exécuté dans l’établissement Simondetti avec les procédés de la maison Angerer et Goesch de Vienne 1, est une œuvre d’art très réussie et rencontrera, aussi grâce à son prix très modique, la plus large faveur du public.

Phototypies de la Sainte-Suaire.
Sont mises en vente les phototypies tirées de la photographie de la Sainte-Suaire, tant positives que négatives, en grand et en petit format, aux prix suivants :
- Grandes phototypies, retirées au bureau : 2 lires
- Les mêmes, expédiées par la poste, soigneusement emballées et recommandées : 2,55 lires
- Petites phototypies, retirées au bureau : 0,60 lire
- Les mêmes, expédiées par la poste, soigneusement emballées et recommandées : 0,85 lire
Le bureau est situé à Turin, via Arsenale n° 15, rez-de-chaussée.
Note Complémentaire sur la reproduction par autotype
Sylvain Bourgois
Note sur l’autotypie (procédé de tramage)
L’essor des phototypies du Saint Suaire à la fin du XIXe siècle ne peut être compris sans rappeler le rôle déterminant d’une innovation technique majeure : l’autotypie, ou procédé de tramage, mis au point par Georg Meisenbach en 1881.

Jusqu’à cette date, la reproduction des images — qu’il s’agisse de peintures ou de photographies — reposait essentiellement sur des techniques artisanales lourdes, comme la gravure sur bois ou sur cuivre, qui limitaient fortement la fidélité et la diffusion des images. L’invention de Meisenbach introduit une rupture décisive : l’image n’est plus reproduite directement, mais décomposée en une trame régulière de points.

Le principe est simple en apparence, mais révolutionnaire dans ses effets : une image en niveaux de gris est transformée en un réseau de points dont la taille varie selon l’intensité lumineuse.
– Petits points : zones claires
– Grands points : zones sombres
Ce procédé permet de simuler les dégradés continus à partir d’une structure discrète, rendant enfin possible l’impression fidèle des photographies.
Dès 1882, Meisenbach perfectionne sa méthode grâce à un procédé photochimique utilisant une trame de verre interposée lors de la reproduction sur plaque sensibilisée.
Cette technique, appelée autotypie, s’impose rapidement dans toute l’Europe, notamment dans la presse illustrée, car elle est plus rapide, plus précise et beaucoup plus économique que les procédés traditionnels.

Sur le plan industriel, cette innovation s’accompagne de dispositifs impressionnants : grandes caméras de reproduction, utilisation de la lumière naturelle grâce à des verrières, transformation des plaques exposées en matrices d’impression par zincographie.

L’ensemble constitue une véritable chaîne de production de l’image, préfigurant les procédés modernes.
Il est essentiel de souligner que cette révolution technique joue un rôle direct dans la diffusion des photographies du Saint Suaire. Les ateliers viennois tels qu’Angerer et Göschl, mentionnés dans l’article de La Stampa, comptaient parmi les principaux utilisateurs et diffuseurs de ces procédés autotypiques à l’échelle européenne.
Ainsi, l’autotypie ne constitue pas seulement un progrès technique : elle représente un changement de paradigme dans la circulation des images, comparable, à bien des égards, à l’avènement des technologies numériques contemporaines.
Dans le cas du Suaire, elle a rendu possible la reproduction et la diffusion massive d’une image dont la nature même — structurée en valeurs tonales inversées — trouvait dans ce procédé un mode de restitution particulièrement adapté.
Références :
- La Stampa. (1899, 29 mars). Fototipie della SS. Sindone (p.3). Turin : La Stampa.
- C. Angerer & Göschl. (s.d.). In Wikipédia. Deutschland
- Autotypie. (s.d.). In Wikipédia. Deutschland
- Christoph Pallaske (15 février 2016). Autotype : Photos in Mass Reproduction and Photographic Image Memory. Historical Thinking | Making History
- Carl Angerer et Alexander Göschl étaient leaders sur le marché européen, notamment dans le domaine de l’impression d’images autotypes[↩]
- Ausführliches Handbuch der Photographie, (3d ed.), vol. 1, part 1 (1905), p. 421. [↩]