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formation et Conservation des plis en rapport avec la texture du Textile
Le Suaire, étant plié et conservé dans un long coffre de l’autel Bertola pendant le XIX ° siècle, a subi une pression prolongée et des conditions de conservation qui favorisent la formation de plis durables.
La finesse du tissu a permis que même une faible pression exercée par le pliage répété génère des plis durables. Ces plis durables sont observables sur les clichés de Secondo Pia (1898)
Texture et souplesse du tissu
Paul Vignon, dans son ouvrage de 1902, souligne la souplesse et la texture particulière du Suaire en citant un témoin direct de l’ostension de 1868.
Sans doute ceux à qui il a été permis de tenir le Saint-Suaire entre leurs mains doivent être aujourd’hui bien rares. Nous avons eu la bonne fortune de recueillir le témoignage d’une des personnes privilégiées qui accompagnaient Mme la princesse Clotilde lors de l’ostension de 1868. Ce témoin précieux, qui a pu manier le Suaire, m’a certifié que la toile l’avait frappé à cause de son extrême souplesse : ( page 35 )
Paul Vignon ne cite pas cette personne 1 , mais il n’a jamais été contredit sur ce point par les nombreux lecteurs informés ayant connaissance de son ouvrage.
Par ailleurs, il développe un raisonnement expliquant que la finesse du tissu rendait impossible la formation de l’empreinte par la présence de pigments dans un liguant comme dans la peinture à la détrempe, car alors le Saint Suaire souvent plié par le passé aurait présenté une apparence craquelé car la peinture à la détrempe est fragile et sensible aux plis. 2
Cette souplesse extrême correspond à l’analyse des tissus fins et flexibles, qui réagissent de façon permanente aux plis. En effet, le faible niveau de résistance de ce type de tissu aux forces de flexion permet non seulement de former des plis sous une force modérée, mais aussi de les maintenir. Ce maintien s’est avéré stable au fil des siècles, permettant à des traces de plis de rester visibles sur le le Saint Suaire lors de son exposition en 1898.
Pliage visible autour de l’empreinte du visage
La photographie de Secondo Pia révèle également des marques de pliage autour du visage, ce qui est en accord avec l’analyse mécanique de la formation des plis.

Les forces superficielles, en association avec la finesse du Suaire, ont contribué à « fixer » ces pliages par l’effet de la conservation prolongée sous pression modérée. Ces plis peuvent aussi avoir légèrement modifié la position ou la diffusion de l’empreinte visible du visage, la compression du tissu ayant potentiellement joué un rôle dans la préservation de l’image en se formant autour de cette empreinte.
Conclusion
Ainsi, la finesse et la texture souple du Saint Suaire ont contribué à maintenir les plis visibles aujourd’hui, tels que ceux observés autour de l’image du visage. Le pliage durable et la conservation du tissu dans un espace restreint ont, au fil du temps, laissé ces traces structurelles sans grande force extérieure, rendant ces marques des témoins historiques et matériels de son mode de conservation.
L’aptitude d’un tissu à former des plis est influencée par plusieurs facteurs liés à sa structure et aux forces mécaniques et superficielles qui agissent sur lui. Lorsqu’on compare des tissus plus fins et plus épais, on observe que les tissus fins se plient plus facilement en raison de leur flexibilité accrue, mais cela implique des interactions subtiles entre la composition du matériau, la tension superficielle, et les propriétés mécaniques.
1. Théorie textile : l’épaisseur et la flexibilité du tissu
Dans la théorie textile, la flexibilité est directement influencée par l’épaisseur et la densité des fibres. Un tissu fin, qui contient moins de matière par unité de surface, est donc naturellement plus flexible et moins rigide qu’un tissu épais. Cette faible épaisseur réduit la rigidité, permettant ainsi au tissu de se déformer plus facilement sous l’effet d’une force extérieure. Cela explique en partie pourquoi un tissu fin est plus enclin à se plier et à former des plis.
Les tissus plus épais possèdent davantage de fibres et donc une structure interne plus dense, ce qui les rend plus rigides. Cette rigidité s’oppose à la formation des plis, nécessitant une force plus importante pour les plier. Par ailleurs, les fibres dans un tissu épais génèrent plus de frottements internes lors de la déformation, ce qui limite aussi sa capacité à former des plis.
2. Forces de tension superficielle et courbure
La tension superficielle joue un rôle moins direct dans les textiles que dans les liquides, mais elle peut influencer la façon dont les plis se forment, surtout lorsque le tissu est en contact avec d’autres matériaux ou est humide.
Lorsqu’un tissu est très fin, la force nécessaire pour le courber et le maintenir en place est plus faible en raison de sa flexibilité accrue. En effet, la tension superficielle (et, par extension, les forces de Van der Waals et capillaires) peut exercer une force suffisante pour maintenir les plis dans un tissu léger. Par contre, un tissu plus épais, avec sa structure plus robuste, nécessite une plus grande force pour courber ses fibres et former un pli stable.
3. Analyse des forces de traction et de flexion
En termes de physique mécanique, la force requise pour courber un matériau est proportionnelle à sa rigidité et à son module de Young. Les tissus plus fins possèdent un module de Young inférieur et une rigidité plus basse, ce qui signifie qu’ils nécessitent une force de flexion moindre pour se courber. Cela leur permet de plier sous l’effet de forces plus faibles.
Les plis sont donc plus stables dans un tissu fin car la résistance à la déformation, étant faible, n’oppose pas de force significative pour ramener le tissu à sa forme originale. En revanche, les tissus épais exercent une force plus importante pour revenir à leur forme d’origine, rendant les plis plus temporaires.
Conclusion
Ainsi, un tissu plus fin présente plus aisément des plis qu’un tissu plus épais en raison de sa flexibilité et de sa faible résistance à la flexion. Les tissus fins nécessitent moins de force pour être courbés, et les forces de tension superficielle sont souvent suffisantes pour stabiliser ces plis dans certains cas. En revanche, la structure plus robuste des tissus épais exige des forces plus importantes pour créer et maintenir des plis, les rendant moins enclins à adopter ces formes sans application continue de pression.
— Notes —- cela pourrait-il être le Baron Antonio Manno qui était proche de Vignon et était très proche de la famille de Savoie ? spéculation à ce stade [↩]
- Citation : « On obtient ainsi une peinture, encore très mince, et qui cependant se montre déjà très fragile. Le plus faible effort suffit pour l’arracher, dès que la batiste est pliée. » page 35 [↩]