Note au sujet des nouvelles photographies de G. Enrie

Note au sujet des nouvelles photographies de Giuseppe Enrie

Paul Vignon.

Il s’agit d’une note de Paul Vignon le 5 Juin 1931. On la trouve publiée dans la revue Sindon n° 14-15 – Décembre 1970.

Les documents originaux sont suivis d’une transcription permettant d’être traduite par les outils de traduction de vos navigateurs.

Documents originaux.

Transcription

Paris ( 7 ° ) 9 Boulevard de la Tour – Maubourg.

5 Juin 1931.

Note de M. Paul Vignon.

Le fait nouveau, tout à fait capital, après la nouvelle photographie du Saint Suaire, est la découverte d’une action post-mortem visible à l’occiput.

Déjà, sur les épreuves réalisées en 1898 par le chevalier Secondo Pia, j’avais remarqué des taches à l’occiput, causées par la couronne d’épines, qui étaient mouchetées de points pâles que je ne pouvais expliquer. Aujourd’hui, grâce à la grande photographie du dos, je constate que ces mouchetures pâles sont causées par une dissolution partielle du sang, due à un liquide que la peau du cadavre aurait laissé suinter après environ trente heures, probablement dans une atmosphère chaude.

Ce liquide forme, entre les caillots sanguins, de petites gouttelettes qui parfois se rejoignent. Il s’est concentré davantage vers l’axe et s’est légèrement étendu vers le bas. Sous l’effet de la pesanteur, ce liquide s’est accumulé à l’occiput et la peau l’a laissé filtrer.

Cela confirme donc que le Suaire a bien enveloppé un cadavre.

Voir les coups du flagrum sur la grande photographie du dos. Ils sont en forme d’haltère et très diversifiés. Entre les renflements terminaux, la tige se devine plus ou moins et toujours de la sérosité tache l’étoffe. Une fois, je crois voir que la pièce de métal n’a fait que rayer la peau en l’écorchant.
Ailleurs, le centre des renflements aura, seul, amené un peu de sang. Ou bien ce sont seulement des contusions, et non des vraies plaies.

Les lanières, que les pièces de métal devaient coiffer, pincer, n’auront pas marqué ici parce que la pièce en forme d’haltère, plus lourde, précédait la lanière qui, tout de suite, se relevait.


Sur l’image-face, les pieds ne sont pas dessinés.

Il est difficile de dire avec précision jusqu’à quel point l’étoffe inférieure, en enveloppant le bout des pieds, empêchait [l’étoffe] supérieure de les toucher, mais il y aura eu quelque chose comme cela. Bien signaler la dissymétrie des images dans la région des jambes — le sang, qui, de la plaie faite par le clou sous le pied droit du Christ, aura coulé jusqu’au talon, puis sur l’étoffe — les taches de sang sous le pied gauche qui ne visent à dessiner aucun stigmate et même semblent dépasser le pied extérieurement.

Insister, d’après l’agrandissement direct, sur la minutie de la plaie du poignet.

Déjà, sur l’image-face du Suaire entier, on discerne (vers le milieu et un peu sur la droite de la tache) la blessure même, à peu près ronde. Avec un peu d’attention, on la voit aussi sur l’agrandissement. Le sang aura d’abord coulé vers la main. Le Christ dressé sur la croix, le sang aura coulé le long du bras en laissant une trace étroite et faible de son passage à partir de la plaie. Une tache étroite et longue et forte contribue à former la tache du poignet : obéissant à la pesanteur, le sang s’est amassé au bout. Une tache plus courte, élargie, est faite par le sang qui s’est échappé en dernier de la plaie.

(Pour constater que le sang aura bien coulé suivant la verticale, le Christ une fois dressé avec la croix, placer quelque chose comme un crayon sur le dos de son propre poignet, disposé comme sur le Suaire, puis, en maintenant le crayon, ouvrir le bras en le relevant un peu comme pour lui faire rejoindre la branche horizontale de la croix).

De la sérosité a également taché l’étoffe.


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Voir, sur l’agrandissement, les contours estompés de ce que l’on discerne du dos de la main supérieure, des doigts de la main inférieure, sans oublier la ligne pâle qui sépare les deux mains.

Sur l’image-face du Saint Suaire, deviner la cage thoracique : le sternum a marqué.

Sur le front, les taches de sang au front sont d’autant plus « naturelles » que les photographies les montrent en vraie grandeur. Ne pas oublier, en haut et à gauche la petite tache faite, au centre, de sang, et, sur le pourtour, d’une sérosité sertie


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Aucune des photographies connues de moi jusqu’ici ne montre bien le coup de lance.


Je l’ai examiné sur l’étoffe. La lèvre supérieure de la plaie est très nette.
La lèvre inférieure est en partie masquée par l’écoulement sanguin : très détaillé et nuancé.

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Il y a un problème avec la bouche : si « dessinée » (trop nettement délimitée, marquée en teinte trop plate, pour la lèvre supérieure ?).

Mais examinons les choses sur l’image du Saint Suaire, pour juger de ce qu’il aurait fallu que peignît un faussaire.

Nous croyons alors voir une lèvre supérieure foncée, une lèvre inférieure pâle, une ombre étroite sous la lèvre inférieure : c’est cela que le faussaire aurait peint.


Or, l’examen du négatif du Suaire montre que nous nous trompons radicalement : ce que nous croyons représenter la lèvre supérieure est la moustache ; ce que nous prenons pour la lèvre inférieure est la supérieure, ce que nous prenons pour l’ombre qui suit la ligne de la mâchoire est cette lèvre même.

Bref, le faussaire aurait peint (trop près du nez) une fausse bouche ; mais capable de devenir la vraie bouche une fois les valeurs renversées par la négativation photographique : chose impossible.

La bouche trop délimitée ne trahit donc pourtant pas l’intervention d’un peintre.

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Mettons toujours en parallèle avec les images du Saint Suaire, les copies ridicules et souvent volontairement faussées, qu’on en a faites.

Ne pouvant ou ne voulant même pas copier le Suaire, comment l’aurait-on réalisé picturalement ?

Paul Vignon

( transcription S. Bourgois – 2024 )

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