On trouve cette lettre de Vignon dans l’ouvrage de Giuseppe Enrie à la page 75-76 de la traduction française 1
GIUSEPPE ENRIE :
Mais le plus grand intérêt de ces trois photographies de détail réside dans l’empreinte des pieds, comme le fait ressortir la figure 19.
Sur l’empreinte frontale, l’indication des pieds manque complètement. Nous ne relevons que des traces de sang provenant du transpercement par les clous. Sur l’empreinte postérieure, au contraire — au rebours de ce qu’on pourrait attendre — nous avons l’impression des plantes de pieds, non en raccourci, mais à plat. Les traces et traînées de sang mêlées de sérosité y sont plus nettes et plus abondantes, ce que l’on peut attribuer à une descente de croix hâtive, entraînant nécessairement un arrachage brutal du clou.
Celui-ci avait sans doute traversé la partie postérieure du grand intervalle entre le second et le troisième métatarsien. C’est seulement grâce à cette photographie qu’on a pu établir définitivement la position des pieds du corps du Rédempteur au Sépulcre.
Pour fixer le lecteur avec plus de précision, je laisserai la parole sur cette question au savant docteur Paul Vignon, qui a bien voulu, dans une lettre, me faire part de ses constatations, aujourd’hui admises par tous ceux qui ont eu l’occasion d’en prendre connaissance :
PAUL VIGNON :
— Notes —« Les pointes des pieds se croisaient : le pied gauche, posé sur le droit, a laissé une empreinte assez visible de son talon, le reste de la plante étant à peine marqué. Le pied droit a laissé une empreinte plus forte. [ de la plante ]
L’étoffe a adhéré à la plante des pieds parce qu’elle avait été rabattue sur les pointes ; elle devait recouvrir, à l’origine, toute la partie antérieure des pieds ; mais, à l’heure actuelle, cette partie manque, ayant sans doute servi à faire des reliques.
Sous le pied droit, la blessure du clou est très foncée et saignante.
L’image du sang sur le Linceul a été produite, en général, par contact et décalque : ainsi dans la région du poignet, au côté, à l’occiput.
Pas toujours cependant.
Ainsi, il y a sous le pied droit deux sortes de marques sanguines :
1° Du sang avait jailli sitôt le pied percé. Il coulait vers la pointe en deux flux un peu courbes qui, bientôt, se résolvent en gouttes. Nous avons sur le Linceul le décalque de ce flux, qui avait séché sur le corps pendant que le Christ était en croix.
2° Le corps, une fois couché sur le dos dans le Linceul, a laissé couler vers le talon un flux double, fait de sérum et d’un caillot non encore consolidé. Ce flux a été libéré par l’arrachement du clou. Il provenait du sang à demi coagulé, hors des vaisseaux rompus. Il a taché le drap directement.
L’équivalent de ce flux post mortem est visible au pied gauche. Mais, sous ce pied gauche, le linge ne garde aucune trace d’un sang transporté par décalque, puisque le Suaire ne s’appliquait pas ici contre la plante du pied (cela, du fait que le pied gauche reposait, du bout, sur le bout du pied droit).
Les pieds n’ont pas laissé de trace sur l’empreinte antérieure.
Évidemment, l’extrémité de l’étoffe étendue sous le corps ayant été rabattue sous la plante des pieds, empêchait le contact de ceux-ci avec la partie supérieure du Linceul.
La grande tache de sérum sanguinolent montre seulement que la partie inférieure de l’étoffe, repliée par devant, avait été traversée par l’écoulement de sang provenant des blessures des clous, et qui avait ensuite imprégné l’extrémité de la partie supérieure rabattue.
Rien de tout cela n’aurait pu être imaginé ni représenté par un peintre ; tout cela prouve, au contraire, que l’étoffe a renfermé non seulement un corps, mais un cadavre. »
- Enrie, G. (1933). Le Suaire de Turin révélé par la photographie (G. Porché, Trad.). Turin : Éditions de la Maison de la Sainte-Face. (Éd. française publiée en 1936) page 75-76 [↩]