L’histoire de ceux qui conquirent Constantinople
Clari, R. de. (1216) . Li estoires de chiaus qui conquisent Constantinoble de Robert de Clari en Aminois, chevalier (P. E. D. Riant, éd. 1868 ). Paris : s.n. (Édition fondée sur le manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles, sous la cote MS 3865 (anciennement 12765–12766) )
Le manuscrit unique conservant le texte de Robert de Clari est conservé à la Bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles, sous la cote MS 3865 (anciennement 12765–12766) ; il s’agit d’un manuscrit sur parchemin du XIVᵉ siècle, rédigé en ancien français picard, disposé en deux colonnes par page, et copié environ un siècle après la rédaction originale du texte (vers 1216).
Il constitue l’unique tradition complète connue de l’œuvre — aucun autographe n’existe — et le passage relatif aux Blachernes et au « sydoines » se situe autour des folios 123r–123v dans l’édition fondée sur ce témoin bruxellois ; on trouve toutefois également une section attribuée à Robert de Clari dans le manuscrit de Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Gamle Kongelige Samling, ms. GKS 487 2°, aux folios 100v–128r. L’édition moderne semble éditée à partir du manuscrit de Copenhague.
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Toutes ces merveilles que je vous ai racontées ici — à l’église Sainte-Marie des Blachernes — et encore bien d’autres que nous ne pouvons vous décrire, les Francs les trouvèrent à Constantinople lorsqu’ils l’eurent conquise. Et je ne crois pas, selon mon jugement, qu’aucun homme vivant qui serait resté longtemps dans la ville puisse énumérer toutes les abbayes qu’elle contenait, tant il y en avait, de moines et de nonnes, sans compter les autres églises hors de la ville ; et l’on estimait qu’il y avait largement trente mille prêtres, moines et autres religieux.
Quant aux autres habitants, aux grands et aux petits, aux pauvres et aux riches, à la grandeur de la ville, aux palais et aux autres merveilles qui s’y trouvaient, nous laisserons cela de côté ; car aucun homme sur terre, fût-il resté longtemps dans la ville, ne pourrait les compter ni les raconter. Si l’on vous en disait seulement la centième part de la richesse, de la beauté et de la noblesse qu’il y avait dans les abbayes, les églises, les palais et la ville, cela vous semblerait mensonge et vous ne le croiriez pas.
Et parmi ces églises, il y en avait une autre qu’on appelait Notre-Dame de Blachernes, où se trouvait le suaire ( sydoine ) dans lequel Notre Seigneur fut enveloppé ; chaque vendredi il se dressait tout droit, de sorte qu’on pouvait bien voir la figure de Notre Seigneur ; et jamais on ne sut, ni Grec ni Français, ce que devint ce suaire ( sydoine ) lorsque la ville fut prise. »