Liste des copies du Sainte-Suaire mentionnées dans des documents du passé mais qui n’ont plus été retrouvées.

Liste des copies du Sainte-Suaire mentionnées

dans des documents du passé mais qui n’ont plus été retrouvées.

Luigi Fossati

1998

Fossati, L. (1998). Elenco di copie della Sacra Sindone ricordate in documenti del passato ma non più ritrovate. Collegamento pro Sindone, n° 5 (maggio–giugno 1998), pp. 25–39.

LISTE DES COPIES

DE LA SAINTE SINDONE
MENTIONNÉES DANS LES DOCUMENTS DU PASSÉ
MAIS NON RETROUVÉES
par Luigi Fossati

Dans la présentation des données recueillies, il n’a pas été possible de suivre un ordre chronologique rigoureux ni même alphabétique des localités, parce que les mentions des copies sont vagues et incomplètes.

André Perret, à la fin de son étude historique sur les vicissitudes de la Sindone de Lirey à Chambéry, publiée en 1960 1, consacre quelques pages à la dévotion populaire et à l’iconographie de la Sindone. L’intention de l’auteur n’était pas de nous donner une liste des principales manifestations, mais simplement de mettre en évidence certaines formes de dévotion envers la Sindone et le souvenir concret que les fidèles en conservaient à travers la recherche d’objets la représentant.

  1. — (1523) Copie conservée dans la chapelle dédiée à la Sindone, dite cathédrale de Lausanne.

Perret, dans l’étude citée, à la page 117, en rapportant une information reprise d’un auteur précédent, J. Stammler 2), rappelle que :

« Dans la cathédrale de Lausanne avait été fondée en 1523 une chapelle du Saint Suaire, où l’on voyait une image peinte sur toile de la relique. »

2. — Copie demandée par Philippe II d’Espagne (1527–1598) à Emmanuel-Philibert (1528–1582)

Prospero Bonafamiglia, dans la publication La Sacra Historia della Santissima Sindone di Cristo Signore Nostro…, Rome 1606 3 , aux pages 27–28, rapporte cette information :

« Il est chose notoire concernant le grand roi Philippe II d’Espagne, lequel écrivit au duc Emmanuel-Philibert, son cousin (…), le suppliant, par amour pour le même Seigneur, de permettre qu’un excellent peintre en fasse un portrait et le lui envoie en Espagne, où, à la place du prototype, il l’aurait conservé avec toute révérence. »

Suit une description quelque peu invraisemblable du peintre qui, tête découverte et à genoux, aurait reproduit la Sindone pendant que des ecclésiastiques et des fidèles imploraient l’aide céleste pour la bonne réussite du travail 4.


3. — (1571) Copies de la Sindone demandées par saint Pie V

D’après le document accompagnant la copie d’Alcoy (1571), il résulte que saint Pie V (Antonio Michele Ghisleri, 1566–1572) aurait demandé au duc Emmanuel-Philibert deux copies. L’une est précisément celle d’Alcoy, dont il a été parlé dans l’article sur les copies datées. Et la seconde, où est-elle passée ? ‘5


4. — (1576) Ruban (fettuccia) avec les mesures de la Sindone envoyé à saint Charles

On ne peut considérer comme une copie de la Sindone, bien qu’Anna Bo Signoretto 6 la qualifie ainsi, le ruban destiné à se prémunir contre la peste alors en expansion, que le secrétaire d’Emmanuel-Philibert, Francesco Lino, avait envoyé à saint Charles avec une lettre d’accompagnement écrite de Vigevano le 21 novembre 1576 7

Je rapporte le passage complet de cette lettre, qui manifeste une simplicité et une foi admirables :

« Ayant appris que les choses qui ont touché le Très Saint Suaire à Chambéry reçoivent une vertu admirable, et que l’on a vu des miracles, j’ai voulu envoyer à Votre Seigneurie Illustrissime le ruban ci-joint, qui a touché cette sainte relique et qui en est la mesure, lequel Très Saint Suaire est d’une telle dévotion et beauté que je confesse qu’un pécheur comme moi n’était pas digne de le voir. »

Encore quelques remarques sur les informations transmises par Francesco Lino : le ruban portant la mesure de ladite Très Sainte Sindone était une longue bande, large de quelques centimètres, très répandue autrefois, avec mesures et inscriptions.

Mais combien d’autres détails précieux dans ces quelques lignes :

  • vertu thaumaturgique des objets mis en contact avec la Sindone
  • témoignage de miracles survenus
  • contact du ruban avec la Sindone
  • profonde vénération envers cet objet si beau à voir

5. — (1578) Copies rappelées par Francesco Adorno dans la lettre sur le pèlerinage de saint Charles Borromée à Turin

8


6. — Copie envoyée par Emmanuel-Philibert au marquis d’Ayamonte, gouverneur de Milan

Adorno écrit à propos de cette copie :

« J’en avais déjà vu un portrait de même grandeur envoyé par le duc de Savoie au marquis d’Ayamonte, gouverneur de cet État pour le roi catholique ; mais il y a autant de différence qu’entre le portrait d’un homme et l’homme vivant qui respire. » 9


7. — (1579) Copie réalisée sur ordre d’Emmanuel-Philibert pour le cardinal du Portugal

10

8. — (1578) Copie donnée à saint Charles Borromée par Emmanuel-Philibert

Il est probable que la copie d’Inzago (Milan), décrite dans la liste précédente des copies sans date, soit celle donnée à saint Charles au moment de son départ de Turin.


9. — Copie envoyée à saint Charles, sur sa demande, par Charles-Emmanuel Ier

L’existence de cette copie est documentée par une brève lettre du duc 11 :

« Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
Dès que j’ai appris le désir que Votre Seigneurie Illustrissime avait que je lui envoie un portrait du Très Saint Suaire, je me suis efforcé de la servir comme je le dois en toute chose, et je le lui envoie, à condition qu’elle s’en contente.
De Turin, le 7 août 1581. »


10–11. — Deux copies mentionnées dans le document de donation de la copie conservée à Tolède, au couvent des Madres Commendadoras de Santiago

Dans le document daté du 15 janvier 1587, il est affirmé qu’une copie identique fut donnée au couvent de San Juan de los Reyes dans la même ville de Tolède, et qu’une troisième existait à Sigüenza, sans qu’il soit précisé qui la possédait 12.

Indépendamment de la copie de Tolède et des deux autres mentionnées dans ce document, on peut rappeler que l’année 1587 vit le baptême du second fils de Charles-Emmanuel Ier, Vittorio Amedeo Ier, et qu’à cette occasion eut lieu une ostension solennelle de la Sindone, dont le nonce fait mention dans sa lettre du 17 mai 1587 13.

Il est évident de penser que, dans ces circonstances, des copies furent réalisées, dont certaines furent envoyées en Espagne en raison des liens de parenté existant entre les ducs de Savoie et les rois d’Espagne (Catherine d’Autriche, épouse de Charles-Emmanuel Ier, était fille de Philippe II).


12. — (1599) Copie donnée au cardinal Federico Borromeo


13. — Copie demandée par Monseigneur Alfonso Paleotti

L’archevêque de Bologne, Monseigneur Alfonso Paleotti, dans l’introduction de son ouvrage Esplicatione del sacro Lenzuolo, Bologne, 1599 14, dédié à Sa Sainteté le pape Clément VIII, mentionne une copie de la Sindone donnée au cardinal Federico Borromeo, ainsi qu’une seconde qu’il demanda lui-même dans la même circonstance.

Voici le texte, assez long, concernant ces deux copies :

« Me trouvant moi-même avec les Illustrissimes cardinaux de bonne mémoire, Carlo Borromeo et Gabriele Paleotto, lorsqu’ils allèrent à Turin pour visiter la Sainte Sindone, après avoir vu une chose si admirable, je demeurai animé d’un vif désir d’en avoir une reproduction de même dimension, afin de pouvoir, en fixant mes yeux sur elle, imprimer dans mon esprit ces très saintes plaies pour le salut de mon âme. Et comme, il y a peu de temps, mon désir fut exaucé grâce à l’œuvre et à la bonté du cardinal Federico Borromeo, à qui était parvenue une copie fidèlement et soigneusement tirée de l’original, en la contemplant souvent, il m’est venu certaines réflexions et j’ai découvert quelques secrets révélés dans ce linge » 15.


14. — (début XVIIe siècle) Copie donnée par Charles-Emmanuel Ier à sa fille Isabelle (1591–1626) à l’occasion de son mariage (1608) avec Alphonse d’Este, duc de Modène

Dans la biographie écrite par Pasquale Codretto 16, on lit :

« Le jeudi et le samedi, je fais exposer mon Saint Suaire avec sermon, et le vendredi il y a indulgence plénière. »

L’existence de cette copie est confirmée par une tradition selon laquelle l’exemplaire conservé chez les pères Théatins de Naples dépend de la copie possédée par la princesse Isabelle.

Voici le témoignage du père Bernardo Laugeri, communiqué par lettre du 13 février 1996 :

« Il y a environ vingt ans, j’appris l’histoire de cette représentation. Elle est l’œuvre d’un peintre anonyme. La princesse Isabelle de Savoie, duchesse de Parme, permit audit peintre de reproduire l’image du Christ mort telle qu’on la voyait sur la copie authentique qu’elle avait reçue de son père comme précieux cadeau de noces, en lui faisant jurer de ne pas la reproduire davantage, car la Sainte Sindone devait rester un patrimoine exclusivement réservé à la maison de Savoie. »

Et cela suffit à nous convaincre de l’existence d’une copie authentique de la Sindone aujourd’hui disparue.


15–16. — (1624) Copies demandées à la duchesse de Mantoue Marguerite de Savoie (1589–1655), épouse de Francesco Gonzaga, par la grande-duchesse de Toscane

Sanna, dans La Santa Sindone, Turin, 1901, p. 57, rapporte :

« La sérénissime infante Marie-Madeleine d’Autriche, grande-duchesse de Toscane, par lettre d’avril 1624, demande à Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, fille de Charles-Emmanuel Ier, d’obtenir par ses bons offices que deux copies de la Sindone soient réalisées. Ces copies furent exécutées fidèlement par un bon peintre sur toile, tant par le tissu que par les dimensions et la peinture semblables à celles de la véritable Sindone ; et pour leur donner plus de valeur, elles furent déposées pendant quelque temps sur la véritable relique. Il existe la lettre de demande ainsi que celle de réception, datée du 27 avril 1626 (Archives d’État, Mazzo 31, n° 33). »

L’affirmation de Sanna, fondée sur les documents conservés aux Archives d’État de Turin, est certainement plus solide que celle, plus tardive (1898), de Lanza 17.


17. — (1636) Copie demandée par le cardinal Richelieu

En 1636, le cardinal Richelieu fit savoir à Vittorio Amedeo Ier qu’il désirait obtenir un exemplaire grandeur nature de la Sainte Relique 18.


18. — Copie de la Sindone réalisée sur ordre de Madame Christine de France pour le bienheureux Sebastiano Valfrè, et donnée par celui-ci à son confrère le P. Carlo Bonifacio Buronzo

« Madame Christine avait fait reproduire une copie de la Sindone pour en faire cadeau à un prince étranger. La copie se révéla si fidèle que l’on craignit qu’elle ne puisse être confondue avec l’original. Elle ne fut pas envoyée. La duchesse la donna au cardinal Maurizio, qui la donna à Giovanni Matteo Boneforte “lequel la transmit en cadeau à Valfrè, qui habitait près de lui”. Ensuite, le P. Valfrè, “par crainte de s’attacher trop à un objet si précieux, la donna à son confrère, le P. Carlo Bonifacio Buronzo” » 19.


Copies attribuées à la princesse Francesca Maria Apollonia (1594–1656)

Dans la vie de la vénérable servante de Dieu, l’infante Maria Francesca Apollonia 20, on lit :

« La Sainte Sindone était l’objet le plus cher de la plus profonde vénération de la pieuse infante Maria Francesca et de sa sœur… Elle prenait en outre plaisir à confectionner de ses propres mains des copies fidèles, qu’elle offrait ensuite soit à des personnages de haut rang, soit à des associations pieuses. »

Les quelques informations suivantes proviennent d’un biographe antérieur de la servante de Dieu, Bernardino Alessio 21, auquel Croset-Muchet se réfère ; elles ne suffisent cependant pas à fournir une information exhaustive sur l’activité de la princesse, ni même à nous faire connaître approximativement le nombre des copies qu’elle a réalisées.


19. — (1) À sa sœur Isabelle, duchesse de Modène, qui en avait déjà reçu une de leur père (à moins qu’il ne s’agisse de la même)


20. — (2) Au cardinal Federico Borromeo

Il est possible que le cardinal Federico Borromeo ait reçu une copie peinte par la princesse Maria Francesca, puisqu’il vécut jusqu’en 1631. En revanche, il est impossible que la copie reçue avant 1598, comme il a été rappelé, ait été réalisée par cette même princesse, puisqu’elle naquit en 1594.

Il en va de même pour la copie reçue par Paleotti grâce à l’intermédiaire du cardinal Federico Borromeo et, selon certains historiens, offerte ensuite au pape Clément VIII, puis donnée par celui-ci à l’église du Saint Suaire qu’il avait lui-même inaugurée en 1605.


21. — (3) Aux religieux du couvent de Saint-Alexandre à Milan, qui avaient coutume de l’exposer tous les vendredis de Carême à la vénération

22.

Toutes les recherches effectuées pour retrouver cette copie se sont révélées vaines. Voici ce que l’avocat Giammario Rossi Fizzotti de Milan a communiqué dans un écrit :

« Je me suis entretenu à plusieurs reprises avec l’archiviste, le père Mandelli, qui a été très aimable et a examiné une grande quantité de documents, sans toutefois trouver trace de la reproduction de la Très Sainte Sindone. »

22. — (4) Aux religieuses Angéliques du couvent de Milan


23. — (5) À l’archevêque Alfonso Paleotti

Il s’agirait d’une seconde copie, car celle mentionnée dans l’introduction de son livre ne pouvait certainement pas être de la princesse Maria Francesca (1594–1656), celle-ci étant trop jeune à l’époque pour peindre une copie de la Sindone.


24. — (6) Une autre copie est celle qu’elle [ la princesse Maria Francesca (1594–1656) ] portait toujours avec elle, où qu’elle allât (Vigevano, Bologne, Rome), de sorte que, durant son long séjour à Bologne, elle la fit exposer à plusieurs reprises depuis le balcon de son palais devant une grande affluence de fidèles

23.


25. — (7) Une copie fut offerte au pape dans un grand cadre avec des bordures d’ébène… afin qu’elle serve de grand « extrait » du Très Saint Suaire, non mentionnée par Croset-Muchet, mais décrite par le premier biographe de la servante de Dieu, Bernardino Alessio

24.

Avec ce cadre destiné à contenir ce grand « extrait », fut également offert au Souverain Pontife — non nommé mais probablement Innocent X (Giovanni Battista Pamphili, 1644–1655) — un petit reliquaire d’or orné de diamants très fins, dans lequel étaient enfermés environ quatre fils du véritable Très Saint Suaire conservé à Turin.


26. — Copie de la Sindone donnée par Charles-Emmanuel Ier au sanctuaire de Varallo

G. B. Fassola, dans La nuova Gerusalemme o sia il Santo Sudario di Varallo, Milan, 1671, rappelle que la copie était exposée dans l’hospice du sanctuaire.


27. — Copie de la Sindone donnée à Pie VI

Giovanni Lanza, dans son ouvrage La Santissima Sindone, pp. 18 et 146, rapporte qu’une copie de la Sindone fut demandée par Pie VII, après s’être rendu à deux reprises pour vénérer personnellement la relique ; une copie lui fut alors donnée, portant l’inscription :

« EXTRACTUM EX ORIGINALI TAURINI 1643 » 25.

Cette copie est encore aujourd’hui conservée et vénérée par la noble famille Chiaramonti, et fut authentifiée par la curie épiscopale de Cesena le 18 mai 1846.


28. — (1643) Copie conservée au monastère de la Trinité à Vendôme (France)

D’après O. Cellier, Le signe du linceul, Paris, 1992, p. 79 :

Dom Anselme Le Michel, dans ses notes sur le monastère de la Trinité de Vendôme, rapporte qu’en 1643 « la duchesse de Vendôme, encore vivante, avait récemment apporté de Turin à Vendôme le fac-similé du suaire du Christ, que l’on expose ici au peuple avec une pompe quasi religieuse (cum apparatu tanquam religioso), et il semble à craindre qu’avec le temps la crédulité du peuple ne le vénère comme véritable » 26.


29. — (1643) Copie réduite donnée par Madame Christine à la Sainte-Chapelle de Chambéry

Léon Bouchage 27 rapporte :

« On lit chez M. de Jussieu (La Sainte Chapelle…, Chambéry, 1869, document 13) que la Sainte Chapelle possédait à la Révolution une copie du Saint Suaire, tirée en réduction de l’original par ordre de Madame Royale, qui l’avait donnée en 1643 » 28.


30. — (1655) Copie conservée à Bastia en Corse

Le journal L’Italia Reale – Corriere Nazionale du 8 juin 1902 publia un article, repris du Petit Bastiais du 18 mai, intitulé : « Un souvenir de la Sainte Sindone à Bastia en Corse », rapportant qu’un certain Bauchiero, podestat de la ville en 1655, avait publié un guide descriptif de la ville dans lequel on lisait :

« Dans l’église de Saint-Ignace, ils possèdent de nombreuses reliques des saints, parmi lesquelles une copie de la Très Sainte Sindone de Notre Seigneur, tirée de l’original conservé à Turin. »

L’observation évidente est que la copie est antérieure à cette date (1655) et que, aujourd’hui, on ignore totalement ce qu’elle est devenue.


31. — Copie de la Sindone destinée aux rois d’Espagne


32. — Copie de la Sindone reproduite furtivement dans les mêmes circonstances

La copie de la Sindone conservée dans la paroisse romaine de Saint Jude Thaddée, bien qu’elle ne porte ni date ni inscription, est accompagnée d’une lettre écrite à Turin le 10 mars 1692, qui informe de l’existence de deux autres copies aujourd’hui disparues.

La lettre indique que, outre le présent portrait (celui conservé dans la paroisse), une copie avait été réalisée par l’excellent peintre Conti pour être offerte aux rois d’Espagne (Charles II, mort en 1700), et une autre copie avait été produite furtivement, servant de modèle à celle envoyée par Giuseppe Valletti à sa cousine Angela Caterina Valletti à Rome.

Un autre détail non moins intéressant est l’affirmation selon laquelle ce portrait, « par privilège spécial, a touché à deux reprises le Très Saint original du Suaire » 29.

Les copies sont donc au nombre de trois :

  1. Portrait grandeur nature destiné comme très précieux cadeau aux rois d’Espagne 30.
  2. Copie reproduite furtivement.
  3. Copie dérivée de la précédente.


33. — (1750) Copie pour le roi d’Espagne

Dans la sacristie de l’église ouverte au public de la Petite Maison de la Divine Providence de Turin est conservée une copie de la Sindone, placée dans une élégante cassette qui porte à l’intérieur du couvercle l’inscription suivante :

« Copie très exacte qui a été tirée du Très Saint Suaire à Turin en 1750, à l’occasion où fut réalisée une copie similaire pour le roi d’Espagne qui en avait fait la demande à Sa Majesté le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel. »

Cette inscription, telle quelle, nécessite quelques commentaires.

L’occasion de reproduire la Sindone en 1750 fut favorisée par deux événements liés entre eux : le mariage de Vittorio Amedeo (III), fils de Charles-Emmanuel III, avec Antonia de Bourbon, infante d’Espagne, fille de Philippe V (morte en 1746), et l’ostension solennelle présidée par le cardinal Carlo Vittorio Amedeo delle Lanze, qui eut lieu le 29 juin.

À cette époque, le roi d’Espagne était Ferdinand IV (1746–1759).

On ne connaît pas la destination de cette copie, à moins de l’identifier avec celle mentionnée par la revue Linteum, n° 16, organe du Centre espagnol de Sindonologie de Valence, conservée à l’Escurial de Madrid, copie très belle portant l’inscription en caractères majuscules :

« NOBILIOR POTUIT SALAMANORUM VINCERE SINDON — NON TIMET ILLA IGNIS HAEC TIMOR IONIS ERAT. »

Cette copie a été décrite dans l’article « Une copie de la Sainte Sindone au Cottolengo de Turin », Collegamento pro Sindone, 1995, pp. 8–27.


34. — (1764) Copie au séminaire de Besançon

Le cardinal de Besançon, Henri Binet, dans une lettre de 1936 conservée aux archives de la Confraternité du Très Saint Suaire de Turin, soutient l’hypothèse d’un séjour de la Sindone à Besançon et affirme que :

« Le séminaire de Besançon possède une reproduction datée de 1764 », ajoutant qu’elle « ressemble merveilleusement aux photographies modernes de la Sainte Sindone authentique de Turin » 31.

Ce détail — une copie de 1764 ressemblant parfaitement aux photographies modernes (référence implicite aux clichés d’Enrie en 1931) — fait penser à une copie analogue à beaucoup d’autres aujourd’hui recherchées.

En dehors de ce témoignage, aucun autre document ne confirme l’existence de cette copie, ni aucune reproduction n’en est connue.


35. — Fin du XIXe siècle — Copie donnée par la princesse Clotilde de Savoie à la Sainte-Chapelle, conservée dans la sacristie

La présence d’une copie de la Sindone à Chambéry est confirmée par Perret dans la monographie La Sainte Chapelle du Château ducal de Chambéry, 1967, p. 14 :

« Les armes de Yolande de France, duchesse de Savoie, sœur de Louis XI, sont sculptées à la clé de voûte de cette sacristie, où est conservée une copie du Saint Suaire, don, au XIXe siècle, de la princesse Clotilde de Savoie, épouse du prince Napoléon. »


36–37. — Deux copies de la Sindone réalisées par Monseigneur Valerio Anzino

Dans l’ouvrage déjà cité de Lanza (p. 18), ces copies sont mentionnées :

« Deux copies du Saint Linceul de Turin furent réalisées il n’y a pas longtemps par Son Excellence Monseigneur Valerio Anzino, chapelain majeur du roi, et offertes au pape Léon XIII, qui les conserva pendant quelques jours dans sa chambre ; il enrichit l’une d’indulgences particulières ; l’autre fut donnée l’année suivante (donc 1897) à Monseigneur Autin, archevêque de Chambéry » 32.

D’après ces informations, il devrait y avoir à Chambéry deux copies (voire trois), conservées en différents lieux (archevêché et Sainte-Chapelle), mais il n’existe pas de confirmation récente précise.


38. — (1898) Copie exposée dans l’église du Saint Suaire lors du triduum préparatoire à l’ostension de 1898

Le journal L’Italia Reale – Corriere Nazionale du 9–10 mai 1898 rapporte :

« Le triduum solennel en préparation de l’ostension de la Très Sainte Sindone a commencé hier dans l’église du Saint Suaire. Pour l’occasion, l’image de la Sindone, grandeur nature, fut placée sur le maître-autel, sous un magnifique voile de velours cramoisi à franges d’or. L’affluence des fidèles fut très grande… »

On ne sait rien de plus sur cette copie, qui pouvait appartenir à la confrérie ou à une autre institution.


39. — (1898) Copie de Reffo réalisée lors de l’ostension de 1898

Dans une publication récente consacrée à Reffo, à l’occasion d’une exposition de ses dessins à Pinerolo 33, on lit :

« Copie de la Sindone (aujourd’hui peut-être dans les réserves de la chapelle royale). »

Cependant, cette copie n’existe plus aujourd’hui, car, durant la Seconde Guerre mondiale, elle fut remise aux Allemands à la place de la véritable Sindone, que ceux-ci avaient demandée. 34

Les détails de cet épisode ont été exposés dans l’article « Une page peu connue de l’histoire de la Sainte Sindone conservée de 1939 à 1946 à l’abbaye de Montevergine » 35.


Conclusion

Au terme de cette recension, il apparaît que celle-ci n’est pas complète, car de nombreuses autres copies ont été oubliées, en raison de la raréfaction des ostensions et de l’affaiblissement de la dévotion.

Il est possible que certains lecteurs connaissent l’existence de copies non mentionnées dans les trois listes publiées.

Toute information à ce sujet sera accueillie avec reconnaissance par Collegamento.


— Notes —
  1. Essai sur l’histoire du Saint Suaire aux XIVe–XVIe siècles, dans Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie, sixième série, tome IV, pp. 49–120.[↩]
  2. Le Trésor de la cathédrale de Lausanne (Mémoires et documents publiés par la Société de la Suisse romande, 2e série, t. V, 1902, p. 24[↩]
  3. (3) L’ouvrage eut plusieurs éditions et fut également traduit en espagnol. Voir E. Dervieux, Bibliografia della SS. Sindone, Chieri, 1929, p. 11, nos 12–13.[↩]
  4. (4) Bien qu’Emmanuel-Philibert soit explicitement mentionné, mort en 1582, il pourrait aussi s’agir de Charles-Emmanuel Ier, compte tenu du fait que Philippe II mourut en 1598. Tel est l’avis, bien que non mieux documenté, d’Agaffino Solaro (Sindone evangelica historica e theologica, Turin, 1627, p. 100) et de Giovanni Lanza (La Santissima Sindone, Turin, 1898, p. 17).[↩]
  5. (5) Voir D. Leone, El Santo Sudario en España, Barcelone, 1959, pp. 63–76 ; Collegamento pro Sindone, « Trois anciennes copies datées conservées en Espagne », janvier-février 1994, pp. 13–26.[↩]
  6. Voir « Profil iconographique de la Sindone dans les États de Savoie », in AA.VV., La Sindone di qua dei monti, Turin, 1978, p. 49.[↩]
  7. Voir G. Galbiati, Les ducs de Savoie Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel Ier dans leur correspondance avec saint Charles Borromée, Milan, 1941.[↩]
  8. Cf. P. Savio, « Pèlerinage de saint Charles Borromée à la Sindone à Turin », Aevum, VII (octobre–décembre 1933), fasc. 4, pp. 423–454.[↩]
  9. Il faut souligner la comparaison faite par Adorno entre la Sindone originale et la copie : la différence entre le portrait d’une personne et la personne elle-même.[↩]
  10. Savio, dans la note 1 de la page 448, rappelle qu’en 1579 Emmanuel-Philibert fit de nouveau reproduire la Sindone pour le cardinal du Portugal.[↩]
  11. 11 : Cf. G. Galbiati, I duchi di Savoia Emanuele Filiberto e Carlo Emanuele I nel loro carteggio con san Carlo Borromeo, Milan, 1941, p. 83[↩]
  12. 12 : Voir D. Leone, El Santo Sudario en España, Barcelone, 1959, pp. 77–83[↩]
  13. 13 : Cf. P. Savio, op. cit., p. 309 ; Collegamento pro Sindone, « Les ostensions de la Sainte Sindone de 1578 à 1630 », mars-avril 1991, p. 16[↩]
  14. 14 : Deuxième édition, avec légères variantes par rapport à celle de 1598 ; plusieurs autres éditions suivront, dont une traduction latine en 1606 et diverses adaptations en allemand, français et autres langues[↩]
  15. 15 : Le texte ne permet pas de comprendre clairement si la copie reçue par le cardinal Federico Borromeo fut ensuite donnée à Paleotti, ou si celui-ci en reçut une autre ; en tout état de cause, cette copie ne peut être celle conservée à la cathédrale de Bologne, datée de 1646, ni celle du monastère du Corpus Domini, qui présente des caractéristiques différentes[↩]
  16. 16 : Cf. Annotazioni della vita e morte della serenissima Infanta Donna Isabella, duchessa di Modena e Reggio, Mondovì, 1654, p. 89[↩]
  17. 17 : Cf. G. Lanza, La Santissima Sindone, Turin, 1898, p. 18[↩]
  18. 20 : Cf. A. Bo Signoretto, « Profil iconographique de la Sindone dans les États de Savoie », in AA.VV., La Sindone di qua dei monti, Turin, 1978, p. 50 ; avec référence à G. Claretta, Storia della reggenza di Cristina di Francia, Turin, 1869, p. 41[↩]
  19. 21 : Cf. C. Fava, Vita e tempi del beato Sebastiano Valfrè, Turin, 1984, p. 69[↩]
  20. 22 : Cf. Giuseppe Croset-Muchet, œuvre posthume éditée par Vincenzo Croset-Muchet, Turin, 1878, pp. 32–33[↩]
  21. 23 : Vita della Serenissima Infanta Maria di Savoia, Milan, 1663[↩]
  22. 24 : Ce détail avait déjà été mentionné en 1844 par Pellegrini dans un sermon sur la Sainte Sindone[↩]
  23. 25 : Cf. Croset-Muchet, op. cit., p. 33[↩]
  24. 26 : Cf. op. cit., Milan, 1663, p. 164[↩]
  25. 27 : Un exemplaire portant la même date existe également au monastère des Carmélites de Moncalieri ; voir Collegamento pro Sindone, novembre–décembre 1997[↩]
  26. Paris, Bibliothèque Nationale, ms. latin 1820[↩]
  27. 28 : Cf. Le Saint Suaire de Chambéry, Chambéry, 1869, p. 38[↩]
  28. 29 : Cette date de 1643 apparaît également sur une copie grandeur nature appartenant à un particulier ; cf. Collegamento pro Sindone, novembre–décembre 1997, pp. 7–33[↩]
  29. 30 : Voir le texte intégral de la lettre dans l’article « Une visite à la paroisse de Saint Jude Thaddée à Rome », Collegamento pro Sindone, mars–avril 1990, pp. 18–26[↩]
  30. 31 : À cette époque, on croyait pieusement que les copies mises en contact avec l’original acquéraient un caractère de relique[↩]
  31. 32 : Cf. Alpino Lorenzo, Lo stato attuale degli studi sulla Santa Sindone, Vita e Pensiero, septembre 1936, pp. 434–440[↩]
  32. 33 : Cf. F. Nicollet, Le Christ dans le Saint Suaire de Chambéry-Turin, Chambéry, 1969, p. 29, qui donne une version légèrement différente concernant la provenance de la copie[↩]
  33. 34 : Enrico Reffo – Pittore religioso tra Ottocento e Novecento, Pinerolo, 1991, p. 42[↩]

  34. La Stampa – Venerdì 1 Novembre 1946, pagina 2. Cet épisode n’est pas très vraisemblable car les photographies d’Enrie 1931 étaient largement diffusées et on peut douter que les officiers se soient satisfaits de la copie de Reffo. S.B. [↩]
  35. 35 : Cf. Collegamento pro Sindone, novembre–décembre 1995, pp. 28–30[↩]

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